Électricité | Tourner la page des coupures et planifier l’été 2027

L’addition a été lourde pour le tissu économique tunisien. Selon l’enquête de l’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE), dont les résultats ont été présentés lors de son Tunis Forum annuel, tenu le 26 octobre 2026, sous le thème stratégique «La Tunisie dans la géopolitique de l’énergie», les coupures d’électricité de l’été dernier ont généré une perte moyenne de 13 jours d’activité, touchant près des deux tiers des entreprises et coûtant 1 269,6 millions de dinars (MD) en valeur ajoutée directe. Face à la persistance des tensions sur le réseau pour la prochaine saison estivale, l’heure n’est plus à la fatalité, mais à une anticipation rigoureuse pour éviter que ce triste scénario ne se répète.

Lotfi Sahli

Les entreprises interrogées dans le cadre de cette enquête s’attendent à une récurrence des difficultés électriques en 2027. La question n’est donc plus de savoir comment récupérer les journées perdues durant l’été dernier, mais bien comment éviter que ces pertes ne se reproduisent l’été prochain.

Du délestage subi au délestage planifié

Afin d’éviter les coupures imprévisibles qui endommagent les machines et paralysent la production, la solution résidera dans la mise en place d’un calendrier national de délestage tournant avant le début de l’été.

Ce système préventif offrira une visibilité indispensable aux industriels à travers :

– des coupures régulières et annoncées : en cas de déficit de production, des interruptions programmées (par exemple, une fois par semaine par zone) permettront aux usines d’anticiper leurs livraisons, d’ajuster leurs horaires et d’effectuer sereinement leurs opérations de maintenance ;

– la protection du matériel : un arrêt planifié préservera les équipements sensibles (moteurs, compresseurs, systèmes informatiques) des chocs électriques brutaux ;

– la préservation des secteurs stratégiques : les entreprises exportatrices et les activités en continu bénéficieront d’un traitement spécifique afin d’éviter les ruptures d’approvisionnement et les pénalités contractuelles.

Vers une flexibilité organisée du temps de travail

Ce système pourrait prendre la forme d’un véritable calendrier national de gestion de la demande électrique. Les zones industrielles seraient réparties en plusieurs groupes et soumises à une rotation des interruptions lors des périodes de pointe. En contrepartie, les entreprises concernées pourraient bénéficier de règles claires en matière d’organisation du travail et de repos compensateur.

Une telle démarche aurait également le mérite de replacer la question des coupures dans une logique de planification. L’expérience de 2026 a montré que le coût d’une interruption ne se limite pas à l’électricité non fournie. Il englobe les machines endommagées, la production perdue, les commandes retardées, les pénalités éventuelles, les clients qui peuvent être perdus et les investissements reportés.

Pour compenser le temps de production perdu sans alourdir excessivement la charge des salariés, le dispositif s’appuiera sur une flexibilité concertée.

Dans le respect du cadre légal et des conventions, certains dimanches du printemps ou de l’été pourront être intégrés, sur la base du volontariat, pour rattraper l’activité. Les heures supplémentaires ainsi réalisées ouvriront droit à un repos compensateur, répartissant l’effort sur la durée pour ne pas faire peser toute la charge sur une seule période critique.

Prévenir ces pertes coûtera toujours moins cher que de réparer les dégâts (commandes annulées, investissements reportés, clients perdus…).

Le véritable défi sera donc de transformer le choc de l’année passée en un modèle d’organisation pérenne. En posant dès maintenant les bases d’un calendrier clair, la Tunisie permettra à son économie de traverser la prochaine saison estivale sans subir l’imprévisibilité.

Donnez votre avis

Votre adresse email ne sera pas publique.

error: Contenu protégé !!