La Tunisie officielle rejette l’idée de faire du pays un territoire d’accueil permanent pour les migrants en situation irrégulière en route vers l’Europe. Sauf qu’en réalité, la Tunisie est en passe de devenir un territoire de transit ou d’installation pour beaucoup de migrants irréguliers, notamment subsahariens, généralement entrés par les frontières algériennes et libyennes. Ce qui pose des problèmes sécuritaires et sociaux et alimente la colère d’un bon nombre de Tunisiens, notamment les plus démunis, qui pensent, non sans raison, que la présence de ces personnes – dont les autorités évitent d’estimer le nombre réel – aggrave la situation économique et sociale dans un pays déjà en crise. (Photo : Pour quelques milliers de migrants irréguliers retournés chez eux, combien entrent chaque jour au pays et combien dépensent l’argent que leur donne l’OIM et reviennent par les mêmes voies?)
Imed Bahri
La Tunisie continuera à lutter contre les réseaux criminels impliqués dans le trafic de migrants et la traite des êtres humains, a déclaré le ministre des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger, Mohamed Ali Nafti, lors d’une réunion conjointe des commissions parlementaires de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et du Conseil national des régions et des districts (CNRD), vendredi 6 novembre 2026, consacrée à l’examen du budget de son ministère pour 2027, réaffirmant au passage le refus du pays de devenir un pays de transit ou d’installation pour les migrants en situation irrégulière, ou encore une plateforme de débarquement pour les migrants et les demandeurs d’asile.
Le chef de la diplomatie tunisienne a réaffirmé la détermination du gouvernement à défendre la souveraineté nationale, à protéger les frontières et à combattre les organisations criminelles qui exploitent les flux migratoires. Il a toutefois souligné que la politique migratoire tunisienne repose sur une approche globale intégrant les dimensions humanitaires, économiques, sociales et de développement, dans le respect de la dignité et des droits des migrants.
Selon les données communiquées par les autorités tunisiennes lors d’une rencontre entre M. Nafti et la directrice générale de l’OIM, Amy Pope, à New York le 22 septembre dernier, 5 077 retours volontaires avaient été enregistrés depuis le début de l’année 2026 dans le cadre du mécanisme d’assistance et de réintégration. Cela porte à 25 351 le nombre total de bénéficiaires du programme, sans compter les retours effectués via des vols commerciaux réguliers.
Pour quelques départs, combien d’entrées ?
La position exprimée par le ministre s’inscrit dans la ligne politique du président Kaïs Saïed, qui rejette l’idée de faire de la Tunisie un territoire d’accueil permanent pour les migrants en situation irrégulière en route vers l’Europe. Sauf que la lutte contre la migration irrégulière en empêchant les migrants de rejoindre les côtes européennes, si elle baisse les flux de leurs arrivées sur les côtes italiennes, elle ne sert pas les intérêts de la Tunisie, qui se trouve submergée, du nord au sud, de l’est à l’ouest, dans pratiquement toutes les villes côtières, par une population qu’elle n’a pas les moyens de nourrir, d’abriter, d’éduquer et de soigner…
Ne nous voilons pas la face : pour quelques milliers de migrants irréguliers retournés chez eux, combien entrent chaque jour au pays et combien dépensent l’argent du retour que leur donne l’OIM et reviennent à notre pays par les mêmes voies?
En d’autres termes, les gesticulations ne règlent pas les problèmes; elles servent parfois à cacher la réalité qu’elles dénoncent. N’est-ce pas M. Nafti ?



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