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	<title>Archives des Driss Guiga - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Driss Guiga - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>‘‘De Saint-Cyr au peloton d’exécution’’: Le curieux destin d’un opposant atypique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 Feb 2025 07:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Moncef El Materi apporte une lumière crue sur le complot dit de Lazhar Chraïti contre Bourguiba en 1962. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/02/de-saint-cyr-au-peloton-dexecution-le-curieux-destin-dun-opposant-atypique/">‘‘De Saint-Cyr au peloton d’exécution’’: Le curieux destin d’un opposant atypique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Ce livre, le tome 1 d’une autobiographie de Moncef El Materi, apporte une lumière crue sur le complot dit de <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2016/01/28/in-memoriam-lazhar-chraiti-pere-pardonne-nous/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Lazhar Chraïti</a> contre Bourguiba en 1962, par l’auteur, directement impliqué.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia *</strong></p>



<span id="more-15368144"></span>



<p>Il a d’abord l’immense mérite de révéler le côté obscur et hideux du régime, son système carcéral inhumain dans la continuité d’une justice expéditive dont les avocats (Maître&nbsp;Slaheddine Caid Essebsi) bien avant ceux de Ceausescu, s’excusent de devoir défendre <em>«de tels criminels»</em> (!!!). On ne peut éprouver que de la compassion envers tous ceux qui en ont subi les redoutables effets,&nbsp;qui ont été exécutés à la suite de procès&nbsp;dont l’équité demeure contestable et contestée,&nbsp;et qui ont été enterrés dans des fosses communes anonymes sans possibilité pour les familles d’accomplir leur deuil et de d’honorer leurs morts.</p>



<p>Comment tout cela a-t-il été possible? On relèvera évidemment la présence de Béji&nbsp;Caïd&nbsp;Essebsi visitant le bagne de Ghar El Melh dans l’exercice de ses responsabilités au ministère de l’Intérieur, et les représailles qui en ont résulté contre les détenus lorsque quelques-uns parmi eux lui ont demandé une amélioration de leurs conditions de détention. Il n’en sera pas pour autant en tant que sauveur de la Nation, élu à la Présidence de la République plus de 50 ans plus tard. Les voies du Peuple Tunisien, tout comme celles du Seigneur, sont ainsi souvent impénétrables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Amateurisme et naïveté des conjurés</h2>



<p>On ne peut cependant pour en revenir au complot lui-même s’empêcher de relever l’amateurisme et la naïveté des conjurés, autant&nbsp;civils que militaires, ainsi que leur organisation défectueuse.</p>



<p>Pourtant, en dépit de certains avertissements émanant de quelques militants destouriens, les services de sécurité, en particulier Driss Guiga, pour qui <em>«Zarg Layoun&nbsp;voit des complots partout»</em> (sic) selon une annotation de sa main d’un rapport des renseignements, n’y avaient vu que du feu. Seule une dénonciation émanant d’un officier participant au complot a fait avorter le projet. Et c’est Bahi Ladgham, le ministre de la Défense faisant fonction de premier ministre, qui a mené lui-même l’interrogatoire des militaires impliqués, apparaissant ainsi, lui un transfuge ex-Yousséfiste d’apparence plutôt effacée, comme un fidèle pilier du régime de Bourguiba. C’était sans doute ce qu’on avait exigé de lui, en tant qu’ex-adversaire, de témoigner de sa fidélité, et il s’en était acquitté. L’auteur l’avait néanmoins taxé d’acharnement injustifié et de menaces gratuites. Cela doit être relativisé du moment qu’il n’eut recours ni à la torture physique ni à l’humiliation contre les suspects.</p>



<p>Quant à Taïeb Mhiri, qui en tant que ministre&nbsp;de l’Intérieur s’est également impliqué dans l’enquête, le livre suggère qu’il en savait beaucoup plus qu’on veut bien le dire, en particulier par le biais du résistant Bouyahya. Tout comme d’ailleurs Mongi&nbsp;Slim, que quelques-uns des conjurés avaient proposé comme futur président après l’élimination de Bourguiba. Mais quelles étaient les motivations du complot?</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="mEBaLLhoze"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/">Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/embed/#?secret=KhiI8hEG9X#?secret=mEBaLLhoze" data-secret="mEBaLLhoze" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Un homme comme <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ahmed Rahmouni</a>, accusé à tort de Yousséfisme par les petits chefs du Parti Destourien à Thala, et déjà incarcéré pour cela durant deux années, s’était retrouvé dépouillé de son statut prestigieux de Zeitounien et éloigné de son terroir pour devenir un simple professeur salarié d’un collège de Tunis enseignant l’éducation civique, de peu d’importance aux yeux des élèves.</p>



<p>Ainsi, à côté des motivations personnelles des conjurés, d’anciens résistants lésés ou frustrés par le collectivisme de Ben Salah, ou des Yousséfistes ayant subi les rigueurs de la répression, tout un pan traditionnel de la population tunisienne avait été heurté par le comportement provocateur et la volonté de Bourguiba de marginaliser selon eux la langue arabe et l’Islam dans la Tunisie nouvelle.</p>



<p>On peut comprendre que des militaires issus du Machreq dont quelques-uns avaient même participé à la guerre de Palestine, hostiles de principe à la langue française, ou de l’ancienne armée beylicale, y aient été sensibles. C’est néanmoins la participation des Saint Cyriens, censés adopter les normes modernes, qui a semé la panique et perturbé le pouvoir tunisien.</p>



<p>Mais la lecture du livre n’éclaire pas sur les motivations profondes de l’auteur, un membre de la bourgeoisie tunisoise&nbsp;aisée, condamné à mort dont la peine au dernier moment a été commuée en détention à vie, pour des raisons qu’il prétend ignorer.</p>



<p>Une bataille sans objet et ne servant que les intérêts égoïstes de Bourguiba</p>



<p>On ne peut pas considérer que les divergences entre son oncle Mahmoud El Materi et Bourguiba n’y aient pas été pour quelque chose, dans cette condamnation, du moins jusqu’à un certain point. Néanmoins la motivation principale semble avoir été la bataille de Bizerte pour laquelle l’auteur avait quitté le contingent stationné au Congo, qui a coûté la vie à au moins 5000 Tunisiens dont plusieurs militaires, à commencer par un ami de l’auteur, et saint-cyrien comme lui, le commandant Mohamed Béjaoui, tombé au champ d’honneur.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="n0ZLR9Fao3"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/">‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/embed/#?secret=foBV3Hksvt#?secret=n0ZLR9Fao3" data-secret="n0ZLR9Fao3" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Selon le livre, cette bataille fut sans objet et ne servit que les intérêts égoïstes de Bourguiba, une thèse soutenue par Salah Ben Youssef. On peut comprendre que des jeunes frais émoulus de l’académie militaire eussent pu le penser face au déséquilibre des forces en présence et l’ampleur des pertes subies. Mais plus de 60 années après les faits, que l’on puisse encore en être convaincu appelle certaines précisions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’honneur de l’armée tunisienne</h2>



<p>L’affaire de Bizerte a commencé pour deux raisons: le refus de la France de fixer une date à son évacuation de la ville et de la base aéronavale, et les travaux entrepris par l’armée française pour prolonger les pistes d’atterrissage en empiétant sur le territoire tunisien afin d’accueillir les nouveaux avions de chasse supersoniques, démontrant ainsi une volonté de ne pas quitter les lieux de sitôt. Dans les circonstances de l’époque, cela ne pouvait s’apparenter qu’à une provocation française.</p>



<p>Or, l’État tunisien, tout comme tout autre État dans le monde, est à tout moment en droit d’étendre sa souveraineté sur son territoire, en recourant pour y parvenir aux moyens de son choix. Et il est à cet égard paradoxal que les maximalistes de l’indépendance, à commencer par Salah Ben Youssef, qui jusque-là l’accusaient de collusion avec la France, l’aient critiqué sur cela. Une telle argumentation est donc dénuée de bonne foi.</p>



<p>Quant à l’honneur de l’armée tunisienne qui aurait été terni par la défaite et les morts inutiles, même ses adversaires français ont reconnu son courage et sa bravoure malgré des pertes sévères et la disproportion des moyens. Quoiqu’on en dise, l’honneur du soldat partout dans le monde demeure de servir et d’obéir, si ce n’est pas de mourir. De surcroît, De Gaulle avait la volonté d’en découdre afin d’offrir une victoire à l’armée française après le putsch des généraux d’Alger de 1961 qui refusaient l’indépendance de l’Algérie.</p>



<p>Cet élément crucial de la tuerie a été totalement passé sous silence, et tout cela a été porté au passif du seul Bourguiba, coupable de surcroît, il faut bien en convenir, d’avoir fait abattre le secrétaire général du Néo Destour à Genève, dans le cadre de la sale&nbsp;guerre que les deux hommes n’avaient cessé de se livrer.</p>



<p>Il est non moins significatif que dans son discours de Janvier 1963,&nbsp; justement qualifié de terrible selon le Docteur Slimane Ben Slimane, Bourguiba qui avait disculpé l’Egypte, ait lui aussi omis de mentionner Bizerte et De Gaulle, et ait au contraire choisi d’attaquer, outre ceux considérés comme les ennemis intérieurs du régime (haineux, fellaghas,&nbsp;yousséfistes, communistes), le président algérien Ben Bella <em>«proche des&nbsp;Chinois (maoïstes)&nbsp;et de Che Guevara»</em>, et coupable de contrevenir aux normes diplomatiques&nbsp;internationales en appuyant le complot par le biais d’un citoyen algérien, Mostari Ben Saïd.</p>



<p>D’une manière étonnamment prémonitoire d’un futur changement de régime en Algérie, qui surviendra en 1965, le discours évoquait les désaccords entre Ben Bella et son ministre de la Défense, le colonel Boumediene. Il balayait&nbsp; toute possibilité de démocratie et de multipartisme, renvoyée à un avenir où le peuple tunisien jouirait de la maturité et du patriotisme du peuple britannique, autrement dit aux calendes grecques.</p>



<p>Qu’il ait omis de mentionner que l’Armée&nbsp;d’un pays aussi enraciné dans la démocratie que la France avait tenté de renverser et d’assassiner son président élu explique certes la référence par cet adepte convaincu de la francophonie&nbsp;au seul cas britannique, puisque le peuple français s’était révélé aussi immature que le sien tunisien.</p>



<p>Ce discours allait tout de même malgré certaines incohérences constituer le programme cadre&nbsp;par lequel le Destour allait verrouiller toute possibilité de pluralisme politique et de partage du pouvoir qui&nbsp;se prolongerait jusqu’au départ de Ben Ali, en 2011, soit durant 50 ans, auquel tous les opposants, à commencer par l’auteur, opposeront&nbsp;plus tard à partir des années 70 l’expérience sénégalaise du président Senghor.</p>



<p>C’est oublier que dans les pays d’Afrique, le système représentatif est inné à la société, par le biais des assemblées des villages ou des anciens, épargnées par le colonisateur dont elles propageaient&nbsp;l’influence, ce dont les organisations sociales des pays du Maghreb sont dépourvues, elles dont les élites traditionnelles dépossédées et passées souvent à la résistance armée ont été laminées par le colonialisme et remplacées par une administration aux ordres.</p>



<p>D’autre part, la démocratie a-t-elle un sens lorsque la monnaie, en l’occurrence le Franc CFA, est imposée par l’ancienne puissance coloniale, détentrice des réserves de devises dont le pays où elle occupe toujours des bases militaires ne peut lui-même librement disposer?</p>



<p>Pour tout dire Bourguiba a bien tiré profit du complot de 1962 pour verrouiller à son profit le système politique. Il ne faut pas oublier qu’en 1958, Tahar Mahdaoui, agissant sur instructions de Salah Ben Youssef, n’avait pas eu le courage de l’abattre en plein théâtre de Tunis lorsque, armé d’un fusil, il s’était trouvé à quelques mètres de lui.</p>



<p>Cependant, prétendre que les conjurés ne méritaient pour autant pas plus de cinq années d’emprisonnement parce que le complot n’était pas passé à sa phase exécutoire demeure une spéculation fortuite, qui n’est que renforcée par la nature du régime politique qu’ils projetaient d’instaurer, ou pis, sur laquelle ils n’étaient pas encore arrivés à se mettre d’accord. Mais&nbsp; il apparaît que l’auteur du livre se soit fait un point d’honneur non seulement à ne pas dénoncer ceux qui avaient participé au complot et qui n’ont pas été arrêtés, et il y en a, mais également à défendre la mémoire de ses camarades de cellule, d’abord son ami Hamadi Ben Guiza, plus tard tourmenté par les services de sécurité du <em>«démocrate»</em> Mohamed Mzali à la recherche d’un complot de Kadhafi ou de Wassila, ensuite Ezzedine Chérif, l’un des chefs du commando armé de la ville de Gafsa pris et exécuté en 1980.</p>



<p>Evidemment cet épisode demeuré mystérieux&nbsp;sort ainsi quelque peu de l’ombre. Les membres du commando venus d’Algérie se cachent trois semaines avant l’attaque dans la ville dont ils essaieront de prendre le contrôle. Lâchés&nbsp;par les Libyens et les Algériens qui semblent leur avoir fait de fausses promesses, et déçus par la population qui&nbsp;refuse de collaborer et de prendre les armes qu’ils leur apportent,&nbsp;ceux qui prétendaient soulever la population des villes <em>«oubliées»</em> de l’Ouest du pays, dont on ignore toujours le nombre, quand ils ne succombent pas dans les combats, sont pris et exécutés sommairement ou après jugement.</p>



<p>Selon l’auteur, c’est le séjour durant trois années au bagne de Ghar El Melh qui a radicalisé Ezzedine Chérif&nbsp;et en a fait un adversaire implacable du régime.</p>



<p>Néanmoins cette affaire est située&nbsp;dans le cadre des luttes de clans faisant rage, et une collusion entre Wassila Bourguiba, Boumediene, et Kadhafi, y est implicitement&nbsp;suggérée, il est vrai en citant Amor Chédli, afin d’écarter Hédi Nouira du pouvoir. Il s’avère qu’un certain Azzedine&nbsp;Azzouz avait&nbsp; prévenu le ministre de l’Intérieur Othman&nbsp;Kechrid de contacts avec les Algériens, mais confié à Ben Ali, alors directeur de la sûreté pour interrogatoire, celui-ci l’avait simplement placé en cellule jusqu’à l’attaque. Or des témoignages rapportés par un journaliste tunisien à Beyrouth ainsi qu’un officier concordent pour confirmer que l’armée tunisienne était au courant que quelque chose se tramait trois semaines avant les faits et qu’elle avait pris certaines dispositions.</p>



<p>Naturellement, on ne s’étonne pas de la volonté de l’auteur de disculper ainsi le futur gendre de son fils Sakhr de toute responsabilité, d’ailleurs sans grand résultat; Ben Ali en charge d’un témoin important n’en a pas tiré les renseignements disponibles à temps. Si ses ennemis tels Driss Guiga et Wassila y ont trouvé un alibi pour l’écarter, il ne le doit qu’à son impéritie.&nbsp;</p>



<p>L’intervention de l’armée française dans les combats? Peut être, et c’est encore un argument utilisé par ses détracteurs pour prouver que Bourguiba était à la solde des Français contre son propre peuple, mais les Saoudiens n’avaient pas hésité à utiliser le GIGN français dans l’enceinte de la mosquée de la Mecque. Tout État a donc le droit d’utiliser tous les moyens disponibles contre la subversion.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ultime ironie du destin</h2>



<p>Quoiqu’il en soit, sous le régime de Bourguiba, l’auteur a eu toute latitude de devenir un homme d’affaires prospère et de voyager, malgré la surveillance à laquelle il a été constamment soumis, même si de temps à autre il fut privé de son passeport, en particulier après des rencontres imprudentes à l’étranger avec des opposants.</p>



<p>Néanmoins, ultime ironie du destin, c’est paradoxalement avec l’avènement de la liberté&nbsp;en Tunisie en 2011 pour laquelle il considère avoir lutté et sacrifié dix années de sa vie, que Moncef El Materi, réfugié&nbsp;à l’étranger, verra ses biens gelés, fera l’objet d’une demande d’extradition et paiera le prix de ses liens matrimoniaux avec les familles Ben Ali et Trabelsi, quand son ancien geôlier tortionnaire deviendra président de la République. Peut être cela explique-t-il sa réticence à publier le Tome 2 de ces mémoires.</p>



<p>C’est dommage !&nbsp; &nbsp; &nbsp;</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique.</em></p>



<p><strong><em>‘‘De Saint-Cyr au peloton d’exécution de Bourguiba (Tome 1)’’, de </em></strong><strong><em>Moncef El Materi Arabesques Editions, Tunis, 1<sup>er</sup> mars 2014.</em></strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Driss Guiga et l&#8217;arabisation de l&#8217;enseignement en Tunisie</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Nov 2024 08:56:49 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Mohamed Sadok Lejri]]></category>
		<category><![CDATA[Myriam Belkadhi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Driss Guiga, l'architecte de l'arabisation de l'enseignement en Tunisie, ne renie rien de ce choix sur lequel il revient dans un livre de mémoire publié récemment.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/">Driss Guiga et l&rsquo;arabisation de l&rsquo;enseignement en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La question de l&rsquo;arabisation partielle de l&rsquo;enseignement en Tunisie, qui a commencé dans les années 1970-1980, continuent de susciter des polémiques, souvent d&rsquo;ordre idéologique et politique. L&rsquo;architecte de cette réforme, l&rsquo;ancien ministre Driss Guiga ne renie rien de ce choix sur lequel il revient dans un livre de mémoire publié récemment. «Nous devons enseigner en arabe toutes les matières susceptibles de l&rsquo;être sans difficultés», écrit-il aujourd&rsquo;hui, quarante-cinq ans après. </em></strong></p>



<p><strong>Mohamed Sadok Lejri </strong>*</p>



<span id="more-14614959"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/08/Mohamed-Sadok-Lejri-1.jpg" alt="" class="wp-image-358589"/></figure></div>


<p>J’ai écouté l’interview que Driss Guiga a accordée à Myriam Belkadhi il y a de cela quelques jours. Je n’ai pas encore lu son autobiographie intitulée <em>‘‘Sur le chemin de Bourguiba’’</em> (éditions Cérès, septembre 2024, 261 pages) mais son témoignage est passionnant.</p>



<p>Driss Guiga était quand même l’une des pièces maîtresses du régime de Bourguiba. C’est un homme d’une stature exceptionnelle que l’on peut hisser au rang des bâtisseurs de l’Etat tunisien moderne.</p>



<p>En revanche, le fait de l’entendre promouvoir l’apprentissage des langues étrangères et la dimension méditerranéenne de la Tunisie et parler en français (une langue qu’il maîtrise à la perfection et qu’il semble savourer) pendant plus de la moitié de l’échange m’a fait marrer, ou plutôt m’a fait rire jaune. Car, pour moi et pour beaucoup d’autres, Driss Guiga est un peu à l’origine de l’annihilation de la langue de Molière en Tunisie.</p>



<p>En effet, on se trompe en disant que c’est Mohamed Mzali qui a commencé à arabiser les matières qui étaient enseignées en français, en particulier l’histoire-géo et la philosophie. C’est Driss Guiga qui a été le précurseur de l’arabisation.</p>



<p>A l’époque, il fallait combattre le courant marxiste en lui opposant une pseudo-identité arabo-islamique. On connaît le résultat. Au lieu de tirer la leçon des échecs successifs, on a persisté dans l’erreur en arabisant toujours davantage.</p>



<p>Ce n’est pas un hasard si nous assistons, depuis de nombreuses années, à la lente mais inexorable déclin de l’enseignement. Je persiste et signe : l’arabisation est en grande partie responsable de la faillite du système éducatif tunisien et de son effondrement. Comme m’écrivait un ami quelques jours plus tôt : <em>«La déconstruction de notre système éducatif des lumières, depuis sa prise en main par les arabisants dogmatiques, sa cession a un secteur privé au logiciel féodal et l’arrimage de la Tunisie à un Orient passéiste et décadent ont pondu tant d’ignorance, de bigoterie, d’hypocrisie et autres pathologies sociales inconnues dans les années 1960 et 1970, quand la Tunisie forçait l’admiration et le respect partout dans le monde.»</em> (Rachid M.)</p>



<p>Il aurait été souhaitable de laisser les idéologies de côté dans la conception et la mise en application de la réforme du système éducatif dans les années 1970 et 1980. Il fallait faire preuve d’ambition et d’audace : placer la barre le plus haut possible pour former des générations de jeunes compétents, pratiquant avec aisance aussi bien le français que l’arabe. C’était le pari de l’avenir.</p>



<p>Pourtant, l’école des années 1960, celle de la réforme Messaadi, avait partiellement répondu à cette exigence. Le ministre de l’Education nationale de l’époque, Mahmoud Messaadi, pourtant arabisant, mais pratiquant avec élégance la langue française, avait toujours reporté aux calendes grecques l’arabisation. Ahmed Ben Salah, quant à lui, titulaire d’une licence de lettres (arabe), a réintroduit l’enseignement du français en première année primaire lorsqu’il avait occupé pour une courte période le poste de ministre de l’Education nationale.</p>



<p>J’aimerais bien un jour rencontrer Driss Guiga pour recueillir son témoignage sur ce sujet bien précis et sur son rapport à la langue française.</p>



<p>* <em>Universitaire.</em></p>



<p><strong>NDLR:</strong></p>



<p>Dans ses Mémoires, Driss Guiga revient sur son passage à la tête du ministère de l’Education nationale et la mise en œuvre de la politique d’arabisation partielle de l’enseignement : les lettres, l’histoire, la géographie, le droit et la philosophie. <em>«Réintroduire la langue arabe comme moyen d’accès à la connaissance moderne et à la confrontation avec la modernité, de manière graduelle, pragmatique, souple, sans dogmatisme et sans contrainte pour le corps enseignant qui doit s’être préparé sérieusement à ce transfert»</em>, écrit-il.</p>



<p>Pour préparer cette réforme, Guiga raconte les péripéties d’un voyage qu’il a effectué dans plusieurs pays arabes du Proche-Orient pour étudier comment la langue arabe est utilisée dans l’enseignement, et parmi ses rencontres, il y en a une qui mérite d’être relatée pour sa pertinence, et telle qu&rsquo;il la raconte lui-même : <em>«Le recteur de l’Université d’Alep, qui était ingénieur de formation, nous dit clairement : ‘‘Si vous enseignez les matières scientifiques en français, ne changez pas !’’ A ma question : ‘‘Mais pourquoi ne le dites-vous pas à votre ministre ?’’, la réponse fut : ‘‘C’est un tabou politique et de toute façon les enfants des ministres de la nomenklatura du régime étudient  à l’Université américaine de Beyrouth.’’ CQFD.»</em>      </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/">Driss Guiga et l&rsquo;arabisation de l&rsquo;enseignement en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 07:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire reconnaîtra le rôle immense de Ahmed Mestiri dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard. </p>
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<p><em><strong>L’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri dont l’histoire reconnaîtra le rôle immense dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de son pays.</strong></em></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-14282061"></span>



<p>Nous autres Tunisiens avons l’exagération innée, comme tous les descendants de Latins. Tel le dis-je au risque de choquer nombre de mes compatriotes. Lors de la dernière campagne présidentielle, l’un des candidats s’était vu attribuer l’épithète d’homme d’Etat, évidemment par ses partisans, alors que rien dans son parcours politique ne le justifiait. On aurait pu tout aussi bien comprendre que, plus que le valoriser, il s’agissait de disqualifier ses adversaires conformément à l’adage <em>«Au royaume des aveugles les borgnes sont rois»</em>. Mais il est peu probable que telle en fût l’intention, même si en fin de compte l’idée générale était bien de le faire ressortir comme le plus capable d’assumer les charges de l’auguste fonction, du fait de ses antécédents ministériels. Il s’avère ainsi que pour beaucoup, les hautes fonctions dans l’Etat font l’homme d’Etat, une opinion qui en réalité est carrément erronée.&nbsp;</p>



<p>L’homme d’État est celui qui a passé une bonne partie de sa vie,&nbsp;en assumant les plus hautes charges, et qui lui a consacré toute son énergie et son imagination en lui imprimant un effet&nbsp; patent et durable,&nbsp;souvent reconnu comme bénéfique.</p>



<p>Dès lors un homme d’Etat commence par être un homme politique clairement conscient des mécanismes qui régissent les rapports à l’autorité et au pouvoir d’abord dans un parti politique, ensuite dans son pays. Si on s’en réfère à cette définition, il est clair qu’une bonne partie des ministres dans le monde ne furent pas des hommes politiques, et peu parmi ces derniers furent des hommes d’Etat. Pour ne citer que celui-là, l’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri.</p>



<p>Militant du Néo Destour, responsable de l’appareil secret du Parti, membre de la commission intérimaire provisoire, résistant entré dans la clandestinité, avocat, Ahmed Mestiri se place du côté de Bourguiba contre Ben Youssef. Il devint à l’indépendance et logiquement malgré son jeune âge le ministre qui a assumé avec brio la tâche complexe de tunisifier la structure de la justice, d’établir le Code du statut personnel (CSP) en collaboration avec des Cheikhs éclairés de la mosquée Zitouna. Il se voit ensuite confier le ministère des Finances et réalise la difficile tâche de sortir le pays de la zone franc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez les Soviétiques et les Nassériens</h2>



<p>Nommé ambassadeur à Moscou à sa demande, Ahmed Mestiri y établit des relations précieuses, il explique à ses interlocuteurs les carences des communistes maghrébins qui sont toujours demeurés subordonnés à leurs camarades français. Il obtient la collaboration des Soviétiques à des projets agricoles en Tunisie, à des taux avantageux. Il est ensuite nommé ambassadeur au Caire lors de la grande vague du Nassérisme, mais il s’attire l’antipathie de ses hôtes lorsque, à la suite de la sécession de la Syrie de la République Arabe Unie, il demande en public pourquoi on continue de nommer l’Egypte d’après une entité politique qui n’existe plus. Et il doit faire de son mieux pour arrondir les angles entre Nasser et Bourguiba qui se détestent, et l’assassinat de Salah Ben Youssef suivi de son enterrement en Egypte n’arrange pas les choses.</p>



<p>Après le séjour égyptien, c’est la nomination à Alger, à l’heure de l’indépendance. Ben Bella avec ses lubies révolutionnaires n’est pas un hôte de tout repos, d’autant que la Tunisie a misé sur le mauvais cheval en faisant le choix des trois colonels, Boussouf, Ben Tobbal, et Krim Belkacem. Et la borne 233 dans le sud à la frontière ajoute un autre sujet de discorde dont les deux pays se seraient passés.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="BZCJGDkHAI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=WCML4eaLL4#?secret=BZCJGDkHAI" data-secret="BZCJGDkHAI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>En fin de compte Ben Bella est renversé par Boumediene, le patron de l’armée des frontières, et le nouveau régime s’avère plus accommodant, puisqu’un compromis sur la frontière est finalement trouvé dans les années 70. Puis Ahmed Mestiri doit encore affronter une nouvelle crise et est rappelé à Tunis lorsque&nbsp;Bourguiba dénonce un complot militaire soutenu par Alger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Travailleur, modeste et souvent objectif</h2>



<p>Il est ensuite nommé au ministère de la Défense qu’il semble reprendre en main, l’armée étant&nbsp; démoralisée, et s’active pour la former, l’instruire et l’équiper, grâce à la collaboration d’officiers compétents, en lui insufflant la discipline et le respect de l’autorité civile. Mais il est rattrapé par la politique.</p>



<p>Il demeure modeste et souvent objectif. Il reconnaît ne pas avoir eu le courage en son temps de défendre Tahar Ben Ammar contre l’injustice qui le frappait. Il salue l’apport fondamental de Bahi Ladgham dans la création de l’armée nationale, après lui avoir rendu hommage dans le déblocage avec la partie française lors de la rédaction des accords de l’Indépendance, et s’oppose ainsi à la thèse de Bourguiba, prétendant&nbsp;en être l’artisan exclusif. Il a d’autant plus de raisons de le faire en abordant l’époque des coopératives auxquelles il s’oppose.</p>



<p>Puis vient le procès Ahmed Ben Salah, qui selon&nbsp;Mestiri doit se situer au niveau politique dont tout le gouvernement assume la responsabilité au même titre que l’accusé, et non pas pénal.&nbsp;Il présente sa démission du ministère, puis il est exclu du parti dont une fois réintégré il se voit confier le ministère de l’Intérieur.</p>



<p>C’est l’époque printemps tchécoslovaque, du doute, et les libéraux dont Mestiri est la figure de proue ont beau jeu de réclamer la démocratisation du parti dont le fonctionnement autoritaire n’a pas su empêcher les dérives du socialisme de Ben Salah.</p>



<p>En 1971 le Congrès de Monastir semble entamer la libéralisation du Parti mais c’est mal connaître Bourguiba qui prétend nommer lui même les membres du bureau politique et qui remet en question les décisions du Congrès. M. Mestiri démissionne du ministère de l’Intérieur après que des gouverneurs et des fonctionnaires aient été nommés sans son consentement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le passage tumultueux dans l’opposition</h2>



<p>C’est alors&nbsp; l’époque de l’opposition qui commence et qui aboutit en 1978, en pleine crise de l’UGTT, à la fondation du journal <em>Errai</em>. En 1980 c’est l’affaire de Gafsa. Puis en 1981 c’est celle des élections truquées. M. Mestiri et ses amis sont spoliés de leur victoire par Driss Guiga dont il n’évoque jamais le nom. Il est vrai que pour lui l’ennemi, c’est le système, les personnes n’étant que des exécutants. En 1984 ce sont les émeutes du pain, et en 1986 la destitution de Mohamed Mzali.</p>



<p>Entretemps, M. Mestiri a obtenu la reconnaissance de son Parti, le Mouvement des démocrates socialistes, appelé ainsi selon les vœux d’Habib Boularès, ainsi qu’il tiendra à la préciser, sans doute pour ne pas en assumer la responsabilité. Et en effet lui-même tient dès le début&nbsp;à qualifier son opposition de libérale, plus en phase avec ses origines et sa profession, alors que&nbsp;la social démocratie possède une toute autre histoire.</p>



<p>Néanmoins il reçoit&nbsp; les encouragements du Roi Hassan II et de Lionel Jospin, secrétaire général du Parti socialiste français. C’est l’époque d’une certaine libéralisation, le Parti communiste tunisien et quelques autres étant légalisés. L’opposition a pignon sur rue, publie des journaux, mais ne participe pas au pouvoir.</p>



<p>En 1987 a lieu le coup d’Etat médico-légal du Général Ben Ali. M. Mestiri ne désapprouve pas et attend de voir la suite. Il est déçu par la tournure autoritaire du régime nettement en retrait par rapport au Manifeste du 7 Novembre, et alors que les élections se profilent, il décide de ne pas participer. Il quitte alors la vie politique définitivement et met fin à ses activités dans son propre Parti. Sa carrière, quoique fort prestigieuse, se conclut ainsi sur un goût d’inachevé.</p>



<p>Qu’il ait été un homme d’état, nul ne le conteste; le pays garde encore de nombreuses traces bénéfiques de son passage, en particulier le CSP, la tunisification&nbsp;de la justice, de la monnaie, et la nationalisation des biens français. On peut même le qualifier de Grand&nbsp;homme d’État.</p>



<p>Cependant c’est dans le Parti Destourien qu’il fit souvent preuve d’approximation, et il est vrai que la présence de Bourguiba, ainsi que ses origines tunisoises, ne lui rendirent pas les&nbsp; choses faciles, tout comme la présence dans la dissidence de camarades prêts à retourner la veste à la première occasion, comme Béji Caïd Essebsi, ou Dali Jazi.&nbsp;</p>



<p>D’autre part son esprit légaliste et loyal à ses fonctions ne lui fut pas d’une grande aide. Il ne tenta jamais de noyauter les ministères qu’il dirigea par ses partisans, et en dépit des accusations de ses adversaires, il ne participa à aucun complot.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8NOzc7xrNJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/">In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/embed/#?secret=etMqr7W9db#?secret=8NOzc7xrNJ" data-secret="8NOzc7xrNJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Fait étonnant, bien qu’étant le gendre de M. Chenik, il se rangea contre son ancien ministre Salah Ben Youssef dont les prétentions panarabes lui apparaissaient&nbsp;irréalistes et dangereuses. Cependant, quelques côtés de son parcours demeurent contrastés. Ainsi, alors ministre de la Défense, il envoya les étudiants contestataires de Mai 68 accomplir leur service militaire, une mesure perçue par l’opinion publique comme particulièrement dure et qui eut souvent des répercussions sur les études des personnes concernées. Il se justifia plus tard par les nécessités de leur épargner l’incarcération. Il dirigea par ailleurs le ministère de l’Intérieur à une époque où le régime n’était pas un parangon de libéralisme, mais à sa décharge il démissionna parce qu’il n’y eut pas les coudées franches.</p>



<p>Eu égard à cela, sa venue aux vertus de la démocratie fut plutôt tardive. Il y eut donc nécessairement un moment où le cours de sa vie politique bascula d’une extrême à une autre. Les raisons n’y transparaissent pas clairement dans son livre. Peut-être son interlude diplomatique à Moscou, au Caire, à Alger, lui fit-il perdre toutes les illusions qu’il pouvait entretenir sur les vertus du parti unique, ou du pouvoir autoritaire. Sa tentative de démocratiser le parti unique fut tout aussi vaine que plus tard celle de Gorbatchev, qui lui avait les pleins pouvoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une quête demeurée vaine de la démocratie</h2>



<p>On perçoit chez l’auteur une certaine lassitude de la personnalité pesante de Bourguiba, de ses crises autoritaires, de ses sautes d’humeur. Il y aurait eu ainsi une époque où Bourguiba était supportable, une autre où il ne le fut plus, peut être à cause de sa maladie et de son âge. L’âge? Il s’agit visiblement d’un argument à posteriori, après le 7 novembre 1987, dont Béji Caïd&nbsp;Essebsi démontrera&nbsp;plus tard le manque de pertinence en accédant à la présidence à 89 ans. D’ailleurs le Pr Amor Chadli le rejettera en bloc.</p>



<p>Les raisons pour lesquelles M. Mestiri a bien accueilli le coup d’État de Ben Ali, à l’instar de la majorité du peuple tunisien, il faut l’avouer, ne supportent donc pas l’épreuve des faits. Et d’ailleurs il reconnaît s’être trompé sur la question au point de se retirer de la vie politique, et pas après le départ de Ben Ali, ce qui est tout à son honneur. Mis à part cela, un certain nombre de faits importants sont passés sous silence dans son témoignage.</p>



<p>A titre d’exemple, alors que les relations tumultueuses entre l’Algérie et la Tunisie sont développées d’une manière assez exhaustive, jusqu’à l’affaire de Gafsa, et on peut le comprendre venant d’un ancien ambassadeur à Alger, la tentative de coup d’État&nbsp;du colonel Tahar Zbiri contre Houari Boumediene est totalement occultée. C’est d’autant plus étonnant lorsque le chef des putschistes se réfugie en Tunisie. M. Mestiri ne pouvait donc pas tout simplement l’ignorer. Est-ce une nouvelle preuve de la méconnaissance des affaires de nos voisins, ou les nécessités du devoir de réserve?&nbsp;</p>



<p>La politique algérienne de la Tunisie apparaît autant&nbsp;&nbsp;comme une succession&nbsp; de mauvais calculs sur les rapports de forces y prévalant, d’imprévoyances, et même de malentendus quand des maquisards algériens sont soupçonnés d’avoir assassiné le militant destourien Houcine Bouzayane. Et les lubies de Bourguiba concernant la borne 233 ne peuvent pas tout expliquer.</p>



<p>Un autre sujet d’étonnement&nbsp;est évidemment les prises de positions relativement au parti islamiste Ennahdha, et immanquablement, le processus démocratique interrompu chez nos voisins de l’Ouest par l’armée, et y ayant marqué le début de la décennie noire. On peut concevoir que l’armée algérienne soit&nbsp;&nbsp;intervenue pour éviter de se voir écarter du pouvoir, tout comme le fera plus tard l’armée égyptienne. Mais si elle ne l’avait pas fait, que serait-il advenu aujourd’hui, alors que la sédition kabyle pointe?</p>



<p>Néanmoins, ainsi que le démontre l’Histoire du Liban, cette démocratie des communautés religieuses, ou l’exemple du printemps arabe, la contestation de l’ordre établi quelle qu’en&nbsp;soit la raison aboutit souvent à l’implosion des États, et l’instauration de la <em>«liberté»</em> à leur morcellement. Les cas de la Syrie, de l’Irak, de la Libye, devraient à cet effet pousser à une réflexion salutaire sur la relation parfois conflictuelle entre démocratie et raison d’état dans nos pays.</p>



<p>L’auteur a salué l’arrivée du Printemps Arabe en Tunisie, qui semblait consacrer le triomphe&nbsp;définitif de ses idées. Malheureusement, il en a été maintenu soigneusement à l’écart par Béji Caïd Essebsi qui avait été son camarade dans la dissidence destourienne avant de faire partie du groupe du journal <em>Errai</em>, ainsi qu’il avait été pudiquement qualifié pour taire la réalité d’une partie de l’opposition <em>«démocrate»</em> toujours prête à se compromettre contre une participation à quelque pouvoir que ce soit.</p>



<p>On ne connaîtra malheureusement pas l’opinion définitive de l’auteur sur le bilan de l’expérience<em> «démocratique»</em> en Tunisie, et la responsabilité de Béji Caïd Essebsi allié à Rached Ghannouchi dans le dérapage du processus. L’alliance avec les islamistes avait&nbsp;nettement été détournée à leur profit par ces derniers, démontrant l’inanité de la domestication par la pratique démocratique du terrorisme et de ceux dont l’objectif primordial ne peut jamais être autre que l’application de la chariâa.</p>



<p>Il est vrai que l’auteur reconnaît l’apport du texte religieux dans la législation, en interdisant ce qui est licite, et selon lui en ne permettant jamais l’illicite, ce que la législation sur les spiritueux contredit aisément. Mais peut-être se limitait-il par cet argument au seul CSP. Ce faisant l’auteur se révèle politiquement conservateur en accord avec ses origines sociales ainsi que les liens de sa famille avec le premier Destour de Abdelaziz Thaalbi. Cela peut expliquer sa tolérance du parti Ennahdha&nbsp;et sa relativisation du fait islamiste.</p>



<p>Pour conclure, la forte personnalité de Ahmed Mestiri ne pouvait se satisfaire de jouer éternellement&nbsp;les seconds rôles derrière Bourguiba.&nbsp;Le despotisme ambiant l’a sans doute égaré vers la quête demeurée vaine de la démocratie,&nbsp;mais cela valait encore mieux que les joutes de succession que d’autres ont choisi de livrer sans aucune considération pour les intérêts du pays. L’histoire reconnaîtra son rôle immense dans la fondation de l’État de l’Indépendance, mais&nbsp; le destin demeurera injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><em>« <strong>Témoignage pour l&rsquo;histoire</strong></em><strong><em>« , de Ahmed Mastiri, Sud Editions, Tunis, 1er janvier 2023.</em></strong></p>
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		<title>La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 27 Jul 2024 11:46:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire contemporaine de la Tunisie est une suite de crises, ponctuées de limogeages brutaux et de changements de cap, pas toujours bien menés,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/27/la-tunisie-face-a-ses-rendez-vous-manques-et-ses-opportunites-perdues-a-jamais/">La Tunisie face à ses rendez-vous manqués et ses opportunités perdues à jamais</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’histoire contemporaine de la Tunisie, c’est-à-dire de l’indépendance du pays à nos jours, est une suite interminable de crises, ponctuées de limogeages brutaux et de changements de cap, pas toujours bien menés, car portant souvent l’empreinte d’hommes ambitieux, sans véritables programmes et n’ayant pour seul souci que d’accéder au pouvoir, et de le garder le plus longtemps possible, parfois au-delà de toute raison.</em></strong></p>



<p><strong>Ridha Kefi</strong></p>



<span id="more-13633982"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/03/Ridha-Kefi.jpg" alt="" class="wp-image-203122"/></figure></div>


<p>De cette histoire, nous croyons tout connaître, mais notre connaissance est souvent biaisée par des partis-pris idéologiques, des préjugés régionalistes ou même des détestations personnelles. Pour ne rien arranger, celui qui accède à la magistrature suprême réécrit l’histoire selon ses vues pas toujours objectives, se donnant souvent le beau rôle et accablant injustement ses adversaires. Une fois éjecté du pouvoir, il subit lui-même l’injustice qu’il a infligée aux autres. Et ainsi de suite…</p>



<p>Généralement, quand le temps passe et que le pouvoir échoit à une nouvelle génération de dirigeants, les anciens croient devoir se justifier en commettant des autobiographies ou des mémoires. Dans leurs fausses confessions et pseudo-témoignages, ils s’arrangent pour soigner leur parcours, passer sous silence les manœuvres et les coups bas qu’ils ont commis pour se maintenir au cœur du pouvoir, accabler leurs adversaires ou minimiser leurs apports respectifs et poser devant le jugement de l’histoire comme des démocrates empêchés de réaliser leurs grands desseins pour la nation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fausses confessions et mémoires biaisées</h2>



<p>Bien sûr, toutes ces confessions et ces mémoires sont à prendre avec les réserves d’usage, mais les dizaines d’ouvrages de ce genre qu’affectionnent certains éditeurs fournissent une bonne matière brute et c’est aux historiens d’y séparer le bon grain de l’ivraie, pour emprunter le titre des mémoires de feu Béji Caïd Essebsi, écrites avant son accession à la magistrature suprême en 2015 et consacrées aux années qu’il avait passées dans le cercle du pouvoir, durant les règnes respectifs de Bourguiba et Ben Ali auxquels il a succédé (après la parenthèse du <em>«provisoire»</em> Moncef Marzouki) au Palais de Carthage.</p>



<p><em>«Séparer le bon grain de l’ivraie»</em>, c’est ce que Ridha Ben Slama affirme avoir fait dans son dernier ouvrage en arabe intitulé <em>‘‘La chute’’</em> et sous-titré <em>‘‘Les dessous du démantèlement de l’Etat de l’indépendance 1980-1987’’</em> (éditions Nirvana, Tunis, février 2024, 242 pages, prix&nbsp;: 25 DT).</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="NlCFCOkZpr"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/23/tunisie-un-pays-ou-la-responsabilite-a-desormais-un-gout-amer/">Tunisie, un pays où la responsabilité a désormais un goût amer</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie, un pays où la responsabilité a désormais un goût amer » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/23/tunisie-un-pays-ou-la-responsabilite-a-desormais-un-gout-amer/embed/#?secret=53VLVKjPqi#?secret=NlCFCOkZpr" data-secret="NlCFCOkZpr" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Pourquoi ces deux dates précisément, sachant que l’Etat de l’indépendance, fondé par Bourguiba, est né le 25 juillet 1957, avec la proclamation de la république ?</p>



<p>La réponse est simple&nbsp;: c’est la période durant laquelle l’auteur était directement associé lui-même à la gestion des affaires publiques en étant attaché au cabinet de l’ancien Premier ministre Mohamed Mzali et a donc été, à certains moments, un témoin privilégié des manœuvres des uns et des coups bas des autres dans le cadre d’une guerre de succession au Combattant suprême.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une guerre de succession fratricide</h2>



<p>Cette guerre de succession, commencée depuis l’annonce des problèmes de santé de l’ancien président en 1970, était conduite d’une main de maître par sa seconde épouse, Wassila Bourguiba, puis, dans un second temps, après le divorce de celle-ci, par Saïda Sassi, la très entreprenante nièce du Combattant suprême. </p>



<p>Les deux femmes, qui avaient de l’ascendant sur le <em>«malade de Carthage»</em> , s’étaient appuyées sur des membres de l’establishment politique animés par des ambitions de pouvoir, les montant les uns contre les autres, au gré d’alliances changeantes, quitte à provoquer des crises en série se traduisant, souvent, par des mouvements sociaux, des affrontements, des morts et des blessés, comme ce fut le cas en janvier 1980 (occupation de la ville de Gafsa par un groupe armé), janvier 1978 (affrontement entre le pouvoir et la centrale syndicale) ou encore janvier 1984 (les émeutes du pain).</p>



<p>Ridha Bouslama affirme avoir effectué un travail d’investigation en puisant la matière de son livre dans ses souvenirs personnels, les témoignages directs des protagonistes ou à travers leurs ouvrages publiés au cours des trente dernières années. Il n’en est pas moins vrai que, malgré son souci de vérité historique, son livre n’est pas exempt de subjectivité, puisqu’il se donne pour objectif principal de défendre l’honneur personnel et le bilan politique et économique de l’homme qu’il avait lui-même servi au Palais de la Kasbah, Mohamed Mzali en l’occurrence, dont l’image a été quelque peu brouillée par ceux qui l’ont longtemps combattu et obtenu son limogeage, en juillet 1986, en espérant se frayer un chemin vers le Palais de Carthage, destin auquel Mzali était un moment destiné en tant que fils spirituel et successeur putatif de Bourguiba.</p>



<p>Parmi ces grands manœuvriers, l’auteur cite, dans un premier temps, les sbires de Wassila Bourguiba&nbsp;: Tahar Belkhodja, Béji Caïd Essebsi et Driss Guiga, et, dans un second temps, l’homme à tout faire de Saïda Sassi, Zine El-Abidine Ben Ali, le seul militaire infiltré dans l’establishment politique, qui finit par coiffer tous ces ambitieux au poteau un certain 7 novembre 1987.</p>



<p>Une fois arrivé à la tête de l’Etat, au terme d’une longue série de manipulations, roulant dans la farine libéraux, démocrates progressistes et autres islamistes, l’<em>«artisan du changement»</em> a tenté de réécrire l’histoire de la république à sa guise. Mais ironie de l’histoire&nbsp;: il perdra lui aussi le pouvoir, 23 ans plus tard, dans des conditions assez semblables à celles qui l’ont vu y accéder, et ce pour avoir laissé son épouse Leïla Trabelsi animer, autour de lui, une camarilla de sbires et d’obligés qui finirent par ternir son image et accélérer sa chute, un certain 14 janvier 2011, dans des circonstances qui restent à ce jour très mystérieuses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un sentiment d&rsquo;énorme gâchis</h2>



<p>Nous n’entrons pas dans les détails des manœuvres <em>«politichiennes»</em> mises en œuvre par tous ces protagonistes, et dont ont été victimes, tour à tour et successivement, Bahi Ladgham, Ahmed Ben Salah, Hedi Nouira et Mohamed Mzali, qui eurent tous le malheur d’être cités comme des successeurs potentiels de celui qui les utilisera comme des boucliers avant de les laisser tomber et de chercher même ensuite à les humilier. Mais on remarquera, avec Ridha Ben Slama, que ceux qui parvenaient au Palais de la Kasbah, en subissaient tous la malédiction, en devenant la cible de toutes les manœuvres de déstabilisation qui finissaient par les faire tomber sous les coups de boutoir de conspirateurs intéressés, pressés et ambitieux, manipulant le président de la république et se faisant manipuler par lui, dans une sorte de jeu de la roulette russe au terme duquel la Tunisie et les Tunisiens sortent toujours perdants.</p>



<p>On lira avec un intérêt le livre de Ridha Ben Slama qui explique comment ce système autodestructeur mis en place par Bourguiba depuis 1970 a fonctionné durant le règne du Premier ministre Mzali dont l’image brouillée par ses adversaires mérite d’être rectifiée et son action en faveur du pluralisme et de la démocratie enfin reconnue par l’histoire. C’est là le but de ce livre, et l’auteur y a en partie réussi grâce aux informations qu’il a réunies et aux analyses qu’il a développées.</p>



<p>Reste qu’en fermant le livre, on reste sur un sentiment de frustration face aux rendez-vous manqués, aux opportunités perdues à jamais, au temps précieux gaspillé dans de vaines querelles et aux haines stupides infusées dans la vie de la nation et qui ont empêché un peuple éduqué et ambitieux d&rsquo;avancer sur la voie du progrès.</p>



<p>Derrière ce gâchis, que nous constatons encore aujourd’hui, il y a comme un péché originel ou un <em>«paradoxe originel»</em> pour emprunter l’expression de l’auteur, celui d’<em>«un système politique qui a fait de la modernité et de la généralisation de l’enseignement un but suprême, qu’il a contrebalancé par un pouvoir personnel, certes charismatique, mais qui refuse d’accepter les conséquences de cette généralisation de l’enseignement, qui a donné naissance à des générations de compétences dans tous les domaines et d’intellectuels, laissant ainsi échapper plusieurs occasions pour le progrès»</em>.</p>



<p>En cette année 2024, sommes-nous vraiment sortis de cette auberge-là? Je crains que non…</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="88d6RLIrLY"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/04/04/les-enfants-de-feu-mohamed-et-fathia-mzali-treve-dinjustice-et-de-mauvaise-foi/">Les enfants de feu Mohamed et Fathia Mzali : Trêve d’injustice et de mauvaise foi</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les enfants de feu Mohamed et Fathia Mzali : Trêve d’injustice et de mauvaise foi » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/04/04/les-enfants-de-feu-mohamed-et-fathia-mzali-treve-dinjustice-et-de-mauvaise-foi/embed/#?secret=yfF1XDmF3G#?secret=88d6RLIrLY" data-secret="88d6RLIrLY" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&#8217;a jamais eu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 May 2021 12:04:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ahmed Mestiri, le pionnier de la démocratie en Tunisie, décédé dimanche 23 mai 2021, à l’âge 96 ans, avait bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne conviendrait pas longtemps aux aspirations d’une population de plus en plus réfractaire. Par Francis Ghiles * En novembre 1981, la Tunisie a tenu ses premières élections multipartites...</p>
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<p><strong><em>Ahmed Mestiri, le pionnier de la démocratie en Tunisie, <a href="http://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">décédé dimanche 23 mai 2021</a>, à l’âge 96 ans, avait bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne conviendrait pas longtemps aux aspirations d’une population de plus en plus réfractaire.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Francis Ghiles</strong> *</p>



<span id="more-350197"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/01/Francis-Ghiles.jpg" alt="" class="wp-image-134482"/></figure></div>



<p>En novembre 1981, la Tunisie a tenu ses premières élections multipartites depuis l’indépendance en 1956.</p>



<p>Pendant les 25 premières années après la fin du joug colonial français, la Tunisie a été dirigée par le Parti socialiste destourien (connu sous son acronyme français PSD) et un président charismatique mais autoritaire, Habib Bourguiba dont le titre même El-Moudjahid Al Akbar donne une image plus grande que nature de son leadership incontesté de la lutte pour la libération et des affaires de la Tunisie post-indépendance.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un rendez-vous raté </h3>



<p>La campagne électorale fut animée, mais elle se déroula dans une ambiance parfois antidémocratique, car le PSD n’hésitait pas à utiliser des méthodes brutales d’intimidation pour perturber les réunions du Mouvement social-démocrate (MDS), parti d’opposition fondé par l’un des anciens ministres les plus brillants de Bourguiba, Ahmed Mestiri.</p>



<p>Le soir du scrutin, le 1er novembre, j’ai personnellement été témoin du bourrage des urnes au bureau de vote de Bab Jedid dans le centre de Tunis. J’ai décrit mon expérience sur le BBC World Service, le lendemain à 6 heures du matin, ce qui m’a valu une réprimande de la part du ministre de l’Information de l’époque, Tahar Belkhoja.</p>



<p>Le gouverneur du Kef, Fadhel Khelil, a téléphoné au ministre de l’Intérieur, Driss Guiga, pour lui dire que le candidat du MDS avait remporté l’élection dans cette ville, ce qui lui valut d’être rabroué.</p>



<p>«J’ai transmis les chiffres exacts du scrutin, vous les cuisinerez comme bon vous semble», a dit le gouverneur, l’un des rares de son rang à ne pas appartenir au PSD, dans sa réponse franche à son patron.</p>



<p>Les votes ont finalement été falsifiés dans un certain nombre de circonscriptions, notamment à Tunis-Centre, où Beji Caid Essebsi, qui deviendra plus tard le quatrième chef de l’État tunisien en 2014, a été élu sur la liste du PSD. Dans ses mémoires, trente ans plus tard, il a reconnu que si les résultats n’avaient pas été falsifiés, Ahmed Mestiri aurait été élu député de Tunis-Centre, pas lui.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un démocrate dans l&rsquo;entourage de Bourguiba </h3>



<p>Né en 1925 dans une famille aisée appartenant à la grande bourgeoisie de Tunis, Ahmed Mestiri a étudié le droit à l’université d’Alger et de Paris, puis a obtenu son diplôme à Sciences Po Paris. Il a rejoint le parti nationaliste Néo Destour à l’âge de 17 ans et, en 1952, et fut membre de sa direction clandestine. Il a même échappé à une tentative d’assassinat par l’organisation coloniale française «<em>La Main Rouge</em>» qui a réussit, en 1952, à assassiner Farhat Hached, le fondateur de l’UGTT, le principal syndicat tunisien.</p>



<p>Mestiri est l’un de ceux qui ont épaulé Mongi Slim dans la négociation de l’indépendance de la Tunisie. Il a ensuite représenté la Tunisie en France et aux Nations Unies et a contribué à la mise en place de la nouvelle monnaie nationale, le dinar. En tant que premier ambassadeur tunisien en Égypte et en Algérie, il a contribué à l’élaboration de la politique étrangère du nouveau pays et à la formation de son corps diplomatique naissant. Il a été nommé ministre de la Défense en 1966 et a ensuite dirigé le ministère de l’Intérieur, mais il fut limogé en septembre 1971 après son refus d’approuver la nomination par Bourguiba d’éléments durs dans les services de sécurité.</p>



<p>Au cours des années les plus inspirées du règne de Bourguiba, les femmes ont été émancipées et ont acquis des droits dont elles ne jouissaient dans aucun autre pays arabe, l’alphabétisation et le niveau de vie se sont améliorés et la généralisation de la santé et de l’éducation ont été instaurées. Mais Ahmed Mestiri a bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne sera pas accepté longtemps par une population de plus en plus réfractaire. L<em>’«expérience socialiste»</em> ratée menée par Ahmed Ben Salah dans les années 1960 a ruiné de nombreux agriculteurs et aggravé le mécontentement au-delà des zones rurales.</p>



<p>En 1978, Ahmed Mestiri et ses compagnons qui avaient fondé la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme (LTDH) ont décidé de fonder un nouveau parti. Le Mouvement social-démocrate (MDS) a été légalisé trois ans plus tard lorsque le Premier ministre, réformiste et partisan de l’arabisation, Mohamed Mzali, a autorisé les partis d’opposition à présenter des listes de candidats aux élections générales du 1er novembre.</p>



<p>Le MDS remporte plus de 5% des voix dans une poignée de circonscriptions, dont celle de la capitale, la plus symbolique. La fureur du vieillissant Habib Bourguiba ne connaît pas de limites et il ordonne à son docile ministre de l’Intérieur de truquer les résultats. Le MDS n’a été crédité que de 3,2% des voix, derrière les 94,6% du PSD au pouvoir. Lors d’une conférence de presse tendue au ministère de l’Intérieur, des journalistes tunisiens et étrangers ont publiquement tourné en dérision les résultats. Le roi était nu et toute la Tunisie le savait. Six ans plus tard, alors que l’opposition islamiste prenait de plus en plus de poids dans la rue, le Premier ministre, le général Zine El-Abidine Ben Ali, a conduit à un <em>«coup d’État médical»</em>, anticipant ainsi un coup d’État imminent des islamistes que beaucoup craignaient, au milieu de la montée des tensions sociales et politiques. Et des violences de rue.</p>



<p>Il est intéressant de réfléchir à la manière dont le cours de l’histoire tunisienne aurait pu être changé si, en 1981, Habib Bourguiba avait permis l’émergence d’une <em>«opposition loyale»</em> menée par un homme intègre et un réformateur libéral, lui-même issu des rangs du parti au pouvoir mais qui était convaincu que la primauté du droit était un principe universel, aussi valable pour les Arabes ou les musulmans que pour les Occidentaux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un homme d’État avisé, ferme mais juste</h3>



<p>Si les Tunisiens avaient eu l’option d’une opposition laïque sérieuse, le ressentiment face à l’incompétence croissante du régime et à l’aggravation de la crise interne n’aurait peut-être pas été canalisé uniquement par les forces islamistes. La Tunisie avait une opposition <em>«laïque»</em> naissante qui a été tuée dans l’œuf. En Mestiri, elle avait un diplomate qualifié, un homme qui comprenait mieux les habitudes du monde que beaucoup de flagorneurs de Bourguiba et un grand modéré, à l’écoute des caractéristiques de modernisme et de modération de son pays.</p>



<p>Ahmed Mestiri n’a jamais remis en question l’alliance de Habib Bourguiba avec l’Occident ni le soutien que ce dernier a apporté aux Palestiniens. C’était un homme d’État avisé, ferme mais juste, un homme d’une grande intégrité personnelle. Son malheur était que Bourguiba ne pouvait supporter d’avoir des ministres qui défiaient son autorité, aussi compétents ou honnêtes qu’ils eussent pu être.</p>



<p>Après avoir éloigné des personnalités comme Azouz Lasram, Mansour Moalla et d’autres, Bourguiba a, dans les années 1980, précipité la faillite politique et économique de son pays pendant les dernières années de son règne crépusculaire et attisé la guerre pour le pouvoir et les intrigues de palais. Les problèmes de santé du président malade et sa déconnexion de la réalité politique ont fait le reste.</p>



<p>La Tunisie paie aujourd’hui un lourd tribut au régime arbitraire de Bourguiba, en particulier au cours de sa dernière décennie au pouvoir. Le pays aurait été beaucoup plus sûr si Ahmed Mestiri avait succédé à Bourguiba de son vivant et avait inauguré une transition démocratique pour laquelle la Tunisie était probablement prête. Le pays aurait été épargné par de nombreux bouleversements inutiles alors que l’autoritarisme obsolète allait se poursuivre encore longtemps.</p>



<p>Les conversations avec Ahmed Mestiri sur l’histoire tunisienne ou les affaires internationales ont beaucoup appris au jeune journaliste que j’étais. Elles pouvaient être comparées à un jeu de tennis rapide. Je n’oublierais jamais son épouse, la fille de Mohamed Chenik, Premier ministre du bey, une grande dame, qui était l’incarnation même de cette grande bourgeoisie tunisienne que Bourguiba a tout fait pour humilier et rabaisser après l’indépendance. Le despote priva ainsi la jeune république des services d’une couche sociale éduquée qui aurait pu contribuer à bâtir une classe politique moderne.</p>



<p>Mestiri est probablement le plus grand président que la Tunisie n’a jamais eu.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Traduit de l&rsquo;anglais par</em> <strong>I. B. </strong></p>



<p><strong><em>Source</em></strong> :<em> <a href="https://thearabweekly.com/ahmed-mestiri-greatest-president-tunisia-never-had" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Arab Weekly. </a></em></p>



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