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	<title>Archives des Kabyles - Kapitalis</title>
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	<title>Archives des Kabyles - Kapitalis</title>
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		<title>Numides, Berbères, Amazighs &#124; Enjeux terminologiques pour un roman historique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Jun 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour définir la population d'Afrique du Nord, trancher entre Numides, Berbères et Amazighs relève autant de l'histoire que de la politique.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/10/numides-berberes-amazighs-enjeux-terminologiques-pour-un-roman-historique/">Numides, Berbères, Amazighs | Enjeux terminologiques pour un roman historique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Quelques lecteurs de <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">‘‘La Saga Massyle’’ </a>ont pris la peine de me contacter pour obtenir des éclaircissements sur l’absence de recours aux termes de «Numides, Berbères, Amazighs» dans mon roman. Cette abstention est justifiée, elle est le résultat d’une recherche approfondie, pour éviter d’utiliser des désignations de manière interchangeable ou anachronique en évoquant des populations nord-africaines de l’antiquité.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Ridha Ben Slama</strong> *</p>



<span id="more-18892682"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Pour garantir l’authenticité d’un roman historique comme <em>‘‘La Saga massyle’’,</em> le choix du terme adéquat pour désigner la population du royaume n’est pas une question anodine. Trancher entre <em>«Numides, Berbères et Amazighs»</em> constitue un défi à la fois historique, linguistique et politique. Chaque appellation porte une charge temporelle et symbolique bien précise et son emploi anachronique peut trahir une réalité que le roman cherche précisément à restituer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’analyse de la justesse historique et linguistique de ces termes révèle un décalage important entre la perception des observateurs gréco-romains de l’Antiquité et la réalité sociopolitique des populations autochtones de l’Afrique du Nord. L’examen détaillé, de la pertinence de ces appellations, a été effectué en recourant aux travaux de plusieurs chercheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les termes <em>«Numide»</em> et <em>«Numidie»</em> ne sont pas des endonymes – c’est-à-dire des noms que ce peuple s&rsquo;est donné lui-même –, mais des exonymes créés par les Grecs anciens (<em>Nomados</em>, Νoμάδες) puis latinisés par les Romains (<em>Numidae</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les Grecs, ce mot désignait littéralement les <em>«nomades»</em>, ceux qui vivent de l’élevage itinérant et déplacent leurs troupeaux selon les saisons. Cette étymologie est aujourd’hui largement contestée par les historiens modernes qui la jugent abusive ou inexacte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un cliché orientalisant</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dès la haute Antiquité, ces populations – notamment les Massyles et les Massaesyles – n’étaient pas uniquement des pasteurs errants. Elles possédaient une culture agricole développée, cultivaient le blé et s’organisaient autour de structures villageoises et urbaines sédentaires bien avant l’unification du royaume. Qualifier ce peuple de <em>«nomade»</em> revient donc à effacer sa complexité économique et sociale au profit d’un cliché orientalisant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par ailleurs, parler de <em>«la Numidie»</em> comme d’une entité homogène pour la période préromaine manque de précision historique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’origine, le territoire était fragmenté en plusieurs entités tribales distinctes. Les deux principales étaient les Massaesyles à l’ouest (bassin de la Moulouya jusqu’à la Tafna/Chélif) et les Massyles à l’est (jusqu’aux frontières territoriales de Carthage), dont est issu le lignage de Zelalsen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’appellation politique globale de <em>«Numidie»</em> ne prend un sens géopolitique réel qu’à partir du règne du roi Massinissa (202 à 148 av. J.-C.), qui, en s’alliant à Rome lors de la deuxième guerre punique, unifie les deux royaumes rivaux et fait passer la <em>«Numidie»</em> du statut de simple concept géographique grec à une réalité politique et territoriale.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F7siIGSBTM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/">‘‘La Saga Massyle’’ | Aux confins de Carthage, au cœur de la Tunisie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La Saga Massyle’’ | Aux confins de Carthage, au cœur de la Tunisie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/16/la-saga-massyle-aux-confins-de-carthage-au-coeur-de-la-tunisie/embed/#?secret=jLm0Bebjkr#?secret=F7siIGSBTM" data-secret="F7siIGSBTM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, la justesse géographique du terme <em>«numide»</em> varie considérablement selon l’époque à laquelle on se réfère. Sous Zelalsen et son fils Gaya, le royaume s’étendait de Sarim Batim (actuelle Constantine) à la lisière du territoire carthaginois. Sous Massinissa, le domaine royal se déployait de l’est de l’actuel Maroc jusqu’aux portes de la Libye, englobant une grande partie du nord de la Tunisie et de ce qui est devenu l’Algérie actuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après la défaite de Jugurtha (105 av. J.-C) et l’intégration progressive à l’Empire romain, la <em>«Numidie»</em> fut morcelée. Jules César créa l’<em>Africa Nova</em>. Plus tard, l’administration de l’Empire circonscrit la <em>«province romaine de Numidie»</em> à une zone beaucoup plus restreinte, dissociée de la Maurétanie à l’ouest et de la Proconsulaire à l’est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Finalement, cette appellation <em>«Numide»</em> est doublement problématique&nbsp;: elle réduit un peuple d’agriculteurs, de bâtisseurs et de cavaliers émérites à de simples <em>«nomades»</em>, et elle projette rétrospectivement sur les périodes antérieures une dénomination qui ne prend sens qu’à partir du II<sup>e</sup> siècle av. J.-C. Pour toutes ces raisons, le terme a été écarté du roman <em>‘‘La Saga massyle’’</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ancêtre éponyme légendaire </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme <em>«Amazigh»</em> (au pluriel <em>Imazighen</em>) pose lui aussi d’importants défis historiographiques, linguistiques et politiques. Il est aujourd’hui privilégié comme un endonyme valorisant en réaction au mot <em>«Berbère»</em> (issu du gréco-latin <em>Barbarus</em>, <em>«sauvage/étranger»</em>), son utilisation universalisante pour désigner l’ensemble des populations autochtones d’Afrique du Nord soulève plusieurs difficultés historiographiques et linguistiques majeures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Historiquement, ces populations ne se définissaient pas à travers une identité pan-berbère unique, mais par leurs affiliations tribales, régionales ou dialectales. Le mot <em>Amazigh</em> ou ses variantes (<em>Amahagh</em>, <em>Amacheq</em>) n’était utilisé de manière continue que par certains groupes spécifiques, notamment les Touaregs et certaines tribus du Maroc central ou du Rif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chroniqueurs arabes médiévaux, à l’image d’Ibn Khaldoun, utilisaient presque exclusivement le terme <em>Barbar</em> (Berbères) pour désigner l’ensemble de ces peuples. Le mot <em>Mazîgh</em> n’y apparaissait que sous une forme mythologique, désignant l’ancêtre éponyme légendaire de la race. L’extension du terme <em>Amazigh</em> à l’ensemble des berbérophones (Kabyles, Chaouis, Mozabites, Chleuhs, Rifains, Touaregs, Siwis) est une construction politique et académique récente, née dans la seconde moitié du XX<sup>e</sup> siècle, elle est portée par des mouvements culturels, notamment l’Académie berbère (<em>Agraw Imaziɣen</em>), fondée à Paris en 1966, par un groupe d’intellectuels et de militants, principalement kabyles. Le projet est porté par l’écrivain et ancien officier de l’ALN Mohand Arav Bessaoud (secrétaire de l’association), le linguiste Mohand Saïd Hanouz (président) et des militants comme Abdelkader Rahmani, Youcef Medkour ou Amar Naroun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affirmation quasi systématique selon laquelle <em>Amazigh</em> signifie textuellement <em>«homme libre»</em> est scientifiquement contestée par les linguistes. En linguistique historique berbère, la racine M-Z-Ɣ est originellement liée aux notions de <em>«noblesse»</em>, de<em> «courage»</em> ou de <em>«dignité»</em> (<em>mmuzeɣ</em> : être noble / généreux). C’est l’explorateur et diplomate Léon l’Africain qui, au XVI<sup>e</sup> siècle, qui a popularisé en Europe la traduction par <em>«homme libre»</em>. Les <em>«mouvements militants»</em> contemporains ont largement adopté cette traduction, car elle offrait un contrepoint politique parfait à l’histoire des dominations successives et au sens péjoratif du mot <em>«berbère»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan de la justesse historique, le mot est lié aux Mazices (ou <em>Mazyces</em>, <em>Maxyes</em>), une confédération tribale antique signalée par les auteurs gréco-romains (comme Hérodote). Le problème réside dans le fait que les Romains utilisaient <em>«Mazices»</em> pour désigner une tribu spécifique, souvent située vers la Tripolitaine ou la Maurétanie Césarienne, et non pour qualifier l’ensemble des populations de l’Afrique du Nord.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Utiliser <em>Amazigh</em> pour englober toute l’Antiquité nord-africaine revient à appliquer de manière rétroactive le nom d’une fraction à la totalité du peuple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, le terme <em>«Berbère»</em> est directement issu du grec <em>Barbaros</em> et du latin <em>Barbarus</em>, terme désignant initialement tout étranger ne parlant pas grec — par imitation onomatopéique incompréhensible —, puis rapidement connoté de <em>«sauvage»</em> ou <em>«inculte»</em>. Adopté par les Arabes sous la forme <em>Barbar</em>, il fut massivement employé par les chroniqueurs médiévaux comme Ibn Khaldoun, qui consacra aux peuples berbères une large partie de ses <em>Prolégomènes</em> (<em>Muqaddima</em>).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le terme <em>«Amazigh»</em> plaque un concept d’unité nationale et philosophique moderne (<em>«les hommes libres de Tamazgha») </em>sur une Antiquité et un Moyen Âge où la réalité était avant tout celle d’un archipel de confédérations locales indépendantes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La colonisation oppose Arabes et Berbères </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sous la colonisation française, le terme <em>«Berbère»</em> devint un outil politique, appliqué par l’administration pour désigner les populations jugées non arabes et potentiellement assimilables à la civilisation occidentale. Comme <em>«Numide»</em> et <em>«Amazigh»</em>, le terme <em>«Berbère»</em> recouvre une réalité extrêmement hétérogène.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les populations dites berbérophones partagent certes des langues de la même famille linguistique (<em>le berbère ou tamazight</em>), mais leurs structures sociales, leurs organisations politiques et leurs pratiques culturelles différaient considérablement d’une région à l’autre, et d’une époque à une autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’instrumentalisation coloniale de l’identité berbère – que l’historiographie moderne qualifie de <em>«politique berbère»</em> ou de <em>«mythe berbère»</em> – constitue l’un des exemples les plus documentés de la stratégie du <em>«diviser pour régner»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour asseoir sa domination en Afrique du Nord, l’administration coloniale française (principalement en Algérie et au Maroc) a cherché à fracturer la société autochtone en opposant artificiellement deux blocs : les Arabes et les Berbères. Dès le XIX<sup>e</sup> siècle, les bureaux arabes et l’armée coloniale théorisent une différenciation raciale et sociologique entre les populations des plaines et celles des montagnes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les idéologues coloniaux présentent le <em>Berbère</em> comme travailleur, sédentaire, attaché à sa terre, démocrate (via les assemblées de villages ou <em>Djemâas</em>) et superficiellement islamisé. On lui invente parfois de lointaines racines chrétiennes ou européennes (gothiques, romaines) pour justifier une supposée proximité avec l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À l’inverse, l’<em>Arabe</em> est dépeint par la vulgate coloniale comme nomade, paresseux, fataliste et profondément soumis au dogme religieux. Cette grille de lecture visait à prouver que les Kabyles étaient <em>«assimilables»</em> à la civilisation française, à l’inverse des Arabes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au Maroc, sous le protectorat du Maréchal Lyautey puis de ses successeurs, cette doctrine s’est traduite par une tentative de ségrégation juridique institutionnelle. Le 16 mai 1930, les autorités françaises font signer au jeune sultan Mohammed V un décret resté célèbre : le Dahir berbère. Ce texte soustrait les tribus amazighes de l’Atlas au droit musulman classique (la <em>Charia</em>) et à l’autorité des tribunaux du Sultan (le <em>Makhzen</em>), pour les soumettre au droit coutumier berbère (<em>Izref</em>) et aux tribunaux pénaux français.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Loin de diviser le pays, le Dahir berbère provoque une immense vague de protestations pan-marocaines. Les intellectuels arabophones et les chefs de tribus amazighes s’unissent pour dénoncer une tentative d’évangélisation forcée et de partition de l’Empire chérifien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’amazighité comme revendication politique  </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cet évènement marque l’acte de naissance du Mouvement national marocain moderne. Bien que la France ait cherché à flatter la spécificité culturelle amazighe pour des raisons géopolitiques, son action sur le terrain n’a jamais visé le développement de l’amazighité en tant que culture souveraine.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="u3MPxMaTEL"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/">Carthage, la «Tunisienne» | Nos ancêtres les Massyles (2-2)</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Carthage, la «Tunisienne» | Nos ancêtres les Massyles (2-2) » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/06/carthage-la-tunisienne-nos-ancetres-les-massyles-2-2/embed/#?secret=j2T425EEFy#?secret=u3MPxMaTEL" data-secret="u3MPxMaTEL" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph">La création de chaires d’études berbères à Alger ou à Rabat servait avant tout à fournir du renseignement militaire et ethnographique pour mieux contrôler les populations. L’<em>«école de la République»</em> imposait le français, tandis que l’administration coloniale unifiait ses documents officiels en français ou en arabe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’impact le plus lourd de cette instrumentalisation s’est fait sentir après la décolonisation. Les régimes postindépendance, obnubilés par l’unité nationale et dont certains étaient acquis à l’idéologie du panarabisme, ont perçu toute revendication culturelle ou linguistique comme une <em>«création coloniale»</em> ou une tentative de division fomentée par l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette suspicion historique a lourdement pesé pour la reconnaissance officielle de la langue et de l’identité <em>«amazighes»</em> au Maroc et en Algérie jusqu’au début des années 2000, avec l’officialisation du tamazight dans la Constitution marocaine de 2011 et la Constitution algérienne de 2016.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à la création du drapeau amazigh (appelé <em>Anay Amaziɣ</em>), c’est une aventure militante, artistique et politique née au cœur de l’exil parisien des années 1960 et 1970. Conçu à l’origine comme un emblème associatif discret, il est devenu le symbole transnational de l’identité, reliant les populations de l’oasis de Siwa en Égypte jusqu’aux îles Canaries. Le drapeau est indissociable de l’Académie Berbère (<em>Agraw Imaziɣen</em>), une association fondée à Paris en 1966. Face à la politique d’arabisation stricte menée par les régimes post-indépendance en Algérie, ces exilés cherchent à conceptualiser une identité visuelle et culturelle commune.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est précisément au courant de l’année 1970 que l’Académie Berbère concevait et présentait la toute première mouture de ce drapeau. Une partie de la symbolique des couleurs s’inspire de bannières plus anciennes. Amar Naroun mentionne notamment un étendard tricolore similaire brandi par son grand-père lors de l&rsquo;insurrection de 1854 en Kabylie, menée par la résistante Lalla Fadhma N’Soumer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1971, le design se fige avec l’ajout central d&rsquo;un glyphe de l’alphabet tifinagh : la lettre ⵣ (le <em>Yaz</em>), tracée en rouge vif. Chaque élément de la bannière a été pensé pour représenter <em>Tamazgha</em>, le territoire historique des <em>«Berbères»</em>, à travers sa géographie et sa philosophie. Le bleu (bande supérieure)représente la mer Méditerranée et l’océan Atlantique, les frontières maritimes du monde amazigh. Le vert (bande centrale) symbolise la nature, la fertilité de la terre et les montagnes verdoyantes (le Tell, le Rif, l’Atlas). Le jaune (bande inférieure) évoque le sable chaud du vaste désert du Sahara, territoire des Touaregs. Le Yaz rouge (ⵣ) : Cette lettre de l’alphabet néo-tifinagh correspond au son « Z ». Placée au centre, elle représente l’être humain debout, reliant le ciel et la terre. Sa couleur rouge symbolise la vie, la dignité (concept d’<em>Asfel</em>) et le sang versé par les ancêtres pour préserver leur culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce drapeau devient un symbole de ralliement public fort lors du Printemps berbère de 1980 en Algérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 1997, le Congrès Mondial Amazigh (CMA) se réunit à Tafira, dans les îles Canaries. Les délégués venus de tous les pays d’Afrique du Nord et de la diaspora décident d’adopter formellement comme le drapeau culturel et identitaire officiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 30 août est célébré internationalement par les militants comme la Journée mondiale du drapeau amazigh.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En résumé, aucun des trois termes n’est pleinement satisfaisant à l’échelle de l’Antiquité :</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Numide»</em> est un exonyme gréco-latin fondé sur une étymologie erronée, qui ne correspond à une réalité géopolitique cohérente qu’à partir du II<sup>e</sup> siècle av. J.-C.&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Amazigh»</em> est un endonyme valorisant, mais son usage pan-identitaire est une construction politique du XX<sup>e</sup> siècle, anachronique pour l’Antiquité&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>&#8211; «Berbère»</em> est un terme péjoratif d’origine étrangère, largement instrumentalisé par la colonisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour un roman historique situé dans l’Antiquité, la solution la mieux préconisée consiste à employer les dénominations tribales et régionales telles qu’elles existaient dans les sources antiques : Massyles, Massaesyles, Garamantes, Nasamons, Musulamii, etc. Ces appellations permettent de restituer la diversité réelle des peuples d’Afrique du Nord, sans projeter sur eux des catégories anachroniques — qu’elles soient gréco-romaines, arabes médiévales ou militantes contemporaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Ecrivain. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Note&nbsp;:</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>1-&nbsp;&nbsp; Salem Chaker, «Origine(s) berbère(s) : Linguistique et préhistoire», Encyclopédie berbère [En ligne], 35 | 2013. Hélène Claudot-Hawad, Gabriel Camps, Jehan Desanges…</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Kabyles de France: de l’impasse à la voie de garage   </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/18/kabyles-de-france-de-limpasse-a-la-voie-de-garage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Sep 2024 09:33:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
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		<category><![CDATA[Maghrébins]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En ce premier quart de siècle, comment pourrait-on caractériser la communauté kabyle installée en France?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Toulouse. Printemps 2024. Inauguration de la rue de la Kahina. Dans la continuité de la création du square Idir lors de l’hiver 2023 dans le vingtième arrondissement de Paris, l’existence d’une conscience franco-kabyle s’est affirmée jusqu’à l’officialisation. Tandis qu’en France les deux dernières séries d’élections (européennes et législatives) ont mis en avant des personnalités politico-médiatiques aux origines maghrébines le plus souvent d’origine algérienne (la secrétaire d’État Sabrina Agresti-Roubache, la députée européenne Malika Sorel…), une prédominance kabyle apparaît nettement si on en affine la prise en compte (Karim Zéribi, Amine El Bahi, Sophia Chikirou&#8230; jusqu’à Jordan Bardella du RN!). En ce premier quart de siècle, comment pourrait-on caractériser la coexistence franco-kabyle à travers une déclinaison allochtone plus régionalisante, c’est-à-dire la communauté kabyle installée en France?</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Jean-Guillaume Lozato</strong> *</p>



<span id="more-14012124"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Jean-Guillaume-Lozato-2.jpg" alt="" class="wp-image-10755817" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Jean-Guillaume-Lozato-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Jean-Guillaume-Lozato-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Jean-Guillaume-Lozato-2-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Pour répondre à ce qui correspond à un délicat enjeu de réflexion, la première des missions à accomplir serait de rappeler très sommairement ce que l’on définit par <em>«Kabyles»</em>. Pour immédiatement après analyser le relationnel avec la France. Afin de pouvoir rendre compte de la position des Kabyles en France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour rappel, les Kabyles s’apparentent au socle des peuples berbères présents en Afrique du nord. Ceci bien avant l’arrivée des Arabes. Vérité historique qui les place en position d’éclaireurs du Grand Maghreb. Sur un spectre de berbérité s’étendant du Maroc jusqu’à l’Ouest de l’Égypte (oasis de Siwa). Une bande territoriale d’une largeur d’environ 2270 kilomètres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">A l’origine, cet enracinement ethno-géographique était basé sur une ère culturelle regroupant les cinq Etats actuels de la partie septentrionale du cotinent africain. De nos jours, est perceptible l’éclatement de la berbérité, avec l’édification d’isolats épars. Parmi eux, les Berbères d’Algérie. Qui ne sont ni ceux des étendues désertiques égyptiennes, ni ceux des territoires bédouins de Libye. Qui n’ont pratiquement plus aucun lien avec ceux de Tunisie, encore plus minoritaires et très largement arabisés. Qui n’ont que quelques liens génétiques sans fraternisation réelle avec ceux du Maroc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Impérativement, tenons à l’esprit que la Kabylie se compose d’une petite et d’une grande <em>«Kabylie»</em>. Un découpage administratif se polarisant sur les deux plus grandes villes que sont Béjaïa et Tizi-Ouzou. Deux localités singulières quand on pense que Béjaïa a inspiré le mot&nbsp;<em>«bougie»</em> dans la langue de Molière, et que Tizi-Ouzou trône comme la gardienne du massif montagneux du Djurdjura. Ce toponyme d’un relief que les Romains surnommaient <em>«la montagne de fer»</em> était l’entrée en matière idéale sur la scène française.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La division des indigènes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, du temps de la colonisation, ainsi que l’a souligné le journaliste mais aussi chercheur Yassine Telamli&nbsp;(in <em>‘‘La genèse de la Kabylie. Aux origines de l’affirmation berbère en Algérie’’</em>): <em>«La formation, dès le début de l’occupation, de préjugés favorables aux Berbères, principalement les Kabyles, ne pouvait, de toute évidence, que servir le projet de division des indigènes»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Européens en général avaient peut-être produit un jugement hâtif, motivé par la conquête et la course à la rentabilité, plaçant les Arabes comme des rivaux prioritaires, jusqu’à reléguer les Kabyles au second plan étant donné la difficulté d’accessibilité à leurs zones de peuplement montagneuses, tortueuses et rendue dangereuses par un potentiel climat insurrectionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le territoire français est resté très longtemps paysan dans son âme, de la période médiévale avec le servage et des localités au plan redessiné en fonction des commodités (pressoir, moulin&#8230;) placées plus souvent au sud ou à l’ouest. Sans compter que tout un pays a été gouverné par la royauté jusque dans son expression absolutiste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec un retrait vers les terres dû à la crainte des attaques sur les côtes, et au fait de se consacrer pleinement à un immense espace agricole et forestier. La ruralité des plaines mais aussi des montagnes a donc imprégné longtemps une mentalité française dans sa conception des choses, y compris au sein de sa population urbaine. Comme chez les Kabyles. Voilà pourquoi s’est développé l’a priori moins négatif qu’envers les Arabes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ajoutons à cela l’observation chez les Kabyles de certains phénotypes différents des Arabes (une présence plus visible de dolichocéphalie, des teintes de peau plus claires), ou carrément communes aux Indo-Européens (yeux clairs ou cheveux clairs, parfois la combinaison des deux, dans certains cas rares des traits du visage n’ayant rien ou pratiquement rien de méditerranéen). La porte d’entrée rêvée, mieux qu’un visa si on se réfère aux propos de Deborah née en France&nbsp;: <em>«Je peux passer partout et je n’ai jamais rencontré de racisme»</em>, explique-t-elle (in&nbsp;: <em>‘‘Le Syndrome du Nord Magnétique’’</em>), en raison de ses yeux bleus. Un raisonnement qui fait écho à celui exposé par Elizabeth Nelson dans <em>‘‘Métropolitiques’’</em>&nbsp;(article intitulé <em>«Les Algériens en région parisienne&nbsp;: entre espaces d’inclusion et d’exclusion»</em>): <em>«Pour eux, vivre dans le centre de Paris pourrait donc être plus facile. En tout cas, certains des enquêtés s’identifiant comme berbères ont mentionné leur capacité à ‘</em>‘s’intégrer’’<em> grâce à leur peau claire, leurs yeux clairs et leurs cheveux blonds. Par exemple, Soumia une fille d’immigrés berbères de 20 ans, a déclaré&nbsp;: </em>‘‘Je leur ressemble, donc c’est plus facile pour moi<em> [de m’intégrer]’’.»</em></p>


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<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-14012185" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Diaspora-Kabyle-France.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>La diaspora kabyle en France fait entendre sa différence. </em></figcaption></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">L’expression répétée de toutes ces différences par rapport au reste des Algériens, des émeutes se sont produites <em>«presque»</em> naturellement après l’Indépendance au travers du Printemps Berbère. Avec des sursauts ressentis jusqu’en France. Le dernier en date a été la manifestation organisée par le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) place de la Nation, à Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La communauté berbère la plus conséquente d’Algérie s’est effectivement fait remarquer à plusieurs reprises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Favorablement, vis-à-vis des autorités autochtones ancestrales. C’est-à-dire dans des perspectives strictement locales, tout au plus régionales. Avec un basculement d’ordre plus national de par l’image de la résistance des combattants kabyles face aux oppresseurs ottomans, arabes ou européens. Le territoire a toujours été défendu, de l’époque de la reine Kahina jusqu’à l’insurrection des Mokrani aux temps de la colonisation française.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Défavorablement, peu après le joug colonial. La faute à quelques incompréhensions entre la population de cette portion de l’est algérien et le pouvoir central conditionné par un Houari Boumediene ayant scandé <em>«Nous sommes Arabes, Arabes, Arabes&nbsp;!»</em>. Le gouvernement eut par la suite à affronter les émeutes de 1988 s’ouvrant sur la fameuse décennie noire où extrémistes islamistes et militaires se rejetèrent la responsabilité de bien des séries d’exactions. Une des conséquences en a été le déplacement de la tribune d’expression des revendications kabyles vers l’espace francophone géographiquement (Canada, Belgique et surtout France), culturellement, médiatiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un sentiment d’exil</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Indéniablement, la Kabylie fait partie du patrimoine historique indépendantiste national. Mais le régionalisme semble avoir emprunté un horizon plus enclin au sécessionnisme. Avec l’expatriation, un sentiment d’exil s’est accru au fil des décennies, dont la genèse a été la fin du XIXe siècle. Aux quatre coins de l’Hexagone, une implantation solide a perduré. Nous sommes donc en présence d’un mouvement migratoire de longue date d’un groupe ethnique que l’on peut très logiquement qualifier de fortement enraciné. Ce flux ininterrompu a été le bâtisseur actif de l’itinéraire devenu traditionnel entre la France et l’Algérie. Puis l’anticipateur d’une scission arabo-berbère à l’algérienne. Jusqu’au creusement d’une brèche élargissant le fossé d’avec la population arabophone. Au point de creuser le tombeau des relations entre Algériens Kabyles et non Kabyles?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il semblerait que les choses empruntent cette voie. Au Canada, les Kabyles qui résident au Québec disposent d’un certain droit à la visibilité audiovisuelle. Alors concernant leurs coreligionnaires de France, la représentativité est encore plus poussée grâce à la francophonie servant des organes médiatiques comme Berbère TV ou Beur FM.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Kabyles de France bénéficient d’une image travaillée par la diaspora, à savoir toute une stratégie de différenciation accentuée. Le Kabyle en France, c’est l’Algérien installé tellement tôt qu’il fait partie du décor depuis les premières décennies du XXe siècle (entre 1914 et 1918, on en dénombrait déjà 80 000). Le Kabyle en France, c’est celui dont la présence et la force de travail sont associées à la réglementation dite <em>«Licence IV»</em> pour encadrer un débit de boissons. A la différence de l’épicier renvoyant à l’expression <em>«aller faire des courses chez l’Arabe du coin»</em>. Tout une symbolique. Une position qui a eu pour effet de diviser pour mieux régner au profit du colonisateur de l’époque. Une séparation qui a suggéré un séparatisme, entre autres à partir de l’alcool, substance déjà instrumentalisée par le passé aux dépens des Eskimos ou des Indiens d’Amérique. Une notion faisant penser aux analyses de Nessim Znaien dans <em>‘‘Les raisins de la domination’’ </em>où l’auteur tunisien s’était penché sur la question de l’histoire sociale de l’alcool dans sa patrie. Pour les Kabyles, pourrait-on parler de raisins de l’assimilation?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre soubresauts et soulèvements, ce n’est pas la première fois que l’Algérie Berbère se voit animée par une secousse tellurique partant de la contestation pour arriver à la contestation.</p>


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<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-14012187" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/09/Kabyles-de-France.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Les Kabyles de France affichent leur particularisme culturel.</em></figcaption></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Concentrons-nous sur notre époque <em>«post-moderne»</em>. En Algérie, bien que l’assassinat du chanteur engagé Matoub Lounes eût plongé le pays dans l’émoi en juin 1998, la solidarité interrégionale semble reléguée dans l’armoire à souvenirs. En France, le sentiment communautaire algérien paraît ne se manifester qu’en cas de match de foot international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est évident que cette problématique, mettant en cause l’Algérie nationale et transnationale par le biais de la régionalisation, tombe très mal en ce moment. S’ajoutant à d’autres préoccupations pour son gouvernement déjà confronté à un taux de chômage des jeunes très élevé, à la corruption, à la gestion sécuritaire de son immensité territoriale (2 381 741 km² ), à la gestion d’une économie défaillante dont la perte de vitesse de 1986 n’a jamais été réellement compensée. En plus de ses retards structurels, la vie économique voit son activité contrariée par la croissance des inégalités et le possible réveil du <em>«Hirak»</em> ou de quelque autre forme de contestation populaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Accentuation des contrastes interethniques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse à cette problématique peut tout à fait se matérialiser par l’affirmative. La récente requête menée par le chanteur <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/12/lunite-de-lalgerie-se-chante-aussi-en-kabyle-video/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Fehrat Mehenni</a>, au nom du MAK, a été enregistrée officiellement par l’Onu. Avec comme date butoir 2025 pour officialiser l’Indépendance de la Kabylie. Un glissement d’un régionalisme à grande échelle vers l’international.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Très active au Canada ainsi qu’en Belgique, la diaspora l’est encore davantage en France (notamment au travers d’associations comme Kabyles de France et AFKIF, AKFSO, AJKF…). Le militantisme pro-Kabylie y est tellement représenté qu’il pourrait fausser un débat et biaiser les intérêts réels aussi bien nationaux, régionaux, que municipaux en Algérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les préoccupations d’un Algérien Berbère installé en France peuvent nettement différer de celles d’un autre qui réside dans son pays d’origine. Ou même là commencent à se différencier les Kabyles des villes et ceux des campagnes, les Kabyles de Kabylie de ceux établis dans les quartiers algérois de Bab El-Oued, Tilimly ou Tikseraïne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par conséquent, pendant cette durée d’un an à compter du printemps 2024, les activistes indépendantistes attendent avec impatience l’issue d’une demande déposée dans une dimension internationale. Avec une possible accentuation des contrastes interethniques vus d’Algérie. Mais surtout vu de France dans un premier temps, sur un territoire où l’instrumentalisation du vote maghrébin est une réalité récurrente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Chez les expatriés, les sentiments balancent de l’espoir vers l’illusion d’un individu à un autre. <em>«De quoi vont vivre les gens de ma région là-bas? De la vente d’huile d’olive&nbsp;?»</em>, ironise Khaled, Kabyle installé sur Paris. <em>«Avec notre indépendance, c’est un moyen de faire enfin comprendre aux gens du monde entier que nous sommes différents des Arabes»</em>, espère un cafetier très sympathique mais conservant l’anonymat. Son fournisseur, algérien moitié arabe moitié kabyle, y va plus prudemment en prophétisant presque&nbsp;: <em>«Le destin réunira les deux groupes à nouveau s’il y a conflit au sujet de l’autodétermination»</em>.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ULE4tcCgmZ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/12/lunite-de-lalgerie-se-chante-aussi-en-kabyle-video/">L’unité de l’Algérie se chante aussi en kabyle  (Vidéo)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’unité de l’Algérie se chante aussi en kabyle  (Vidéo) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/12/lunite-de-lalgerie-se-chante-aussi-en-kabyle-video/embed/#?secret=N630vFvpVc#?secret=ULE4tcCgmZ" data-secret="ULE4tcCgmZ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph">Le danger vient justement de la dichotomie. En persistant à se différencier des Arabes sur tous les points, y compris sur le plan de la pratique religieuse, voire carrément de l’obédience (les conversions au christianisme surtout protestant ou l’adhésion à l’athéisme, les répercussions sont multiples, croisées&nbsp;: dans le passé, si l’on prend en note le compte-rendu émis par le Commandant Lesourd, lors de son discours dans le cadre du CHEAM, le 17 décembre 1956, qui y a démontré que <em>«la langue française a, à ce point, pénétré l’esprit kabyle, que certains en arrivent à écrire le nom de leurs morts en caractères français sur les pierres tombales»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans le présent&nbsp;: une scission est apparue cette deuxième décennie de notre siècle entre les Arabophones et les Berbérophones de France. D’abord à travers le fait religieux. Il n’y a qu’à remarquer que les associations communautaires (culturelles ou caritatives) arabophones sont bien plus souvent liées à des mosquées. Alors qu’en revanche leurs homologues berbérophones sont quasi systématiquement laïques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après cette vision collective des choses, passons à un niveau d’observation plus familial. Apparaissent alors les hésitations, les maladresses et les problèmes d’intégration. Voire d’affirmation ou d’acceptation de soi-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons l’exemple de Taos, mère de famille kabyle de la banlieue parisienne, qui décrit ainsi (dans <em>‘‘Le Syndrome du Nord magnétique’’</em>) ses interrogations et déceptions&nbsp;: <em>«J’ai été mal conseillée au départ. Par des copines de la même région que moi, très peu cultivées, dont deux analphabètes qui m’ont encouragée à oublier et à penser totalement comme les Français(e)s. Le problème, c’est que ni elle ni moi on savait exactement ce que ça voulait dire penser ou vivre à la française.[&#8230;] J’ai cru bien faire aussi en cuisinant du porc. J’ai cru bien faire en éloignant mes enfants et mon mari des Algériens, qu’ils soient arabes ou kabyles. Résultat: mes enfants m’ont déçue et se moquent de moi [&#8230;] J’ai fabriqué des personnes très égoïstes et matérialistes avant tout. Et maintenant je paye tout ça avec mon mari qui m’accuse tous les jours de l’avoir coupé de sa famille et de ses copains»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De prochaines grandes crispations</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette oppression causée par une course vers l’effacement en guise d’assimilation prend des allures de précipitation vers la reconnaissance. Un concours macabre aux contours imprécis, dictés plus par la subjectivité conformiste que par l’intellect. Avec des aberrations que relève Katia, avenante commerçante spécialisée dans la vente de pâtisseries algériennes, en disant&nbsp;: <em>«Chez nous, on commence à voir des enfants s’appeler Dylan, il y a vraiment des bizarreries. Où ça va nous mener tout ça?»</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="9tHNlIcat2"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/15/france-vers-une-algerianisation-des-esprits/">France : Vers une «algérianisation» des esprits ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« France : Vers une «algérianisation» des esprits ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/15/france-vers-une-algerianisation-des-esprits/embed/#?secret=YUJVjvVYWO#?secret=9tHNlIcat2" data-secret="9tHNlIcat2" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph">Dans un futur proche&nbsp;: l’approche de l’échéance quant aux réclamations formulées par le MAK agit comme un compte à rebours de prochaines grandes crispations dans la société algérienne. En Afrique du Nord, l’hostilité qui n’était plus que circonstanciée pourrait reprendre de l’ampleur. En Europe, on serait à même d’imaginer un scénario où les membres des communautés maghrébines s’affronteraient, y compris avec des luttes intestines entre Kabyles engagés et Kabyles modérés, Kabyles conservateurs et Kabyles modernes ou pas croyants. L’altercation d’il y a quelques mois, mettant au prises Malika Matoub (sœur du défunt chanteur) avec des gens de sa wilaya suite à son intention de rencontrer l’actuel président algérien en exercice, ne présage rien de bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec les résultats électoraux conjoints des européennes et des législatives en France, les citoyens étrangers et français d’origine étrangère sont en train de s’interroger. La polarisation extrême gauche/extrême droite aura-t-elle vocation à un ordre nouveau ou à un désordre nouveau? L’introduction d’une telle problématique allochtone s’y insèrerait dans quel sens dans les mois à venir&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En dehors du facteur ethnique, le fait religieux tend de façon accélérée à modeler les esprits. Jusqu’aux attitudes. Y compris à travers l’incompréhension comme on a pu le constater avec les polémiques nées à la suite de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris. Or, les ressortissants originaires de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Aokas, Asfoun, Azazga ou encore Tigzirt ne sont pas décrits comme les croyants les plus fervents par les autres Nord-africains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La communauté kabyle, ancestralement liée à l’Algérie, est extrêmement présente en France. Particulièrement en Région Parisienne et sur Marseille. Un étirement géographique qui a en fait tendance à instaurer un itinéraire balisé d’une façon disharmonieuse. Ainsi, une forme de séparatisme apparaît davantage en Île-de-France que dans la deuxième ville du pays où les algériens locuteurs arabophones et berbérophones se <em>«mélangent»</em> plus facilement. Si problème il y aura, cela partira vraisemblablement de l’espace francilien. Avant de se propager jusqu’à l’Algérie. Conséquemment, la Kabylie se trouverait en situation de contorsionniste sur le plan diplomatique, se voyant reprocher l’apparition de complications par les opinions publiques et composantes politiciennes d’Algérie et de France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En cas d’obtention ou non de l’indépendance, qui correspond à une requête prématurée au vu de l’impréparation de bien des observateurs. Sans oublier que la Kabylie, c’est l’Algérie sans les hydrocarbures. Il eût été plus judicieux de se projeter, pour une telle prospective autonomiste, au moins une trentaine d’année plus tard. Le temps de célébrer le centenaire de l’Algérie indépendante. Le temps de ne pas miser uniquement sur l’oléiculture et l’exploitation des cultures maraîchères. Le temps d’assimiler les paradigmes de l’économie éco-responsable qui pourrait cadrer avec la configuration géographique kabyle. Le temps de réadapter un système de pensée jusque-là reposant essentiellement sur des comités villageois. Le temps de reconsidérer le positionnement par rapport à&nbsp; la France et par rapport à l’International (le soutien d’Israël étant mal perçu…). Le temps de réaliser que l’Algérie ne pourra pas se passer de la Kabylie et vice versa?</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Une erreur scientifique peut tuer des personnes, mais une erreur culturelle peut tuer des générations»</em>, notait à juste titre Mouloud Mammeri, écrivain algérien natif de Tizi-Ouzou.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Universitaire et écrivain franco-italien.</em> </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="IIIctnWKzA"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/12/16/france-algerie-jusquou-peut-aller-la-crispation/">France-Algérie : jusqu’où peut aller la crispation ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« France-Algérie : jusqu’où peut aller la crispation ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/12/16/france-algerie-jusquou-peut-aller-la-crispation/embed/#?secret=oyPYKqBumL#?secret=IIIctnWKzA" data-secret="IIIctnWKzA" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/18/kabyles-de-france-de-limpasse-a-la-voie-de-garage/">Kabyles de France: de l’impasse à la voie de garage   </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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