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	<title>Archives des Mohamed Habib Salamouna - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Mohamed Habib Salamouna - Kapitalis</title>
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		<title>L&#8217;immigré, hôte ou parasite ?</title>
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		<pubDate>Fri, 30 Jun 2023 07:50:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Que devient l’hospitalité de nos jours où la question de la lutte contre l'immigration est devenue un enjeu politique ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/30/limmigre-hote-ou-parasite/">L&rsquo;immigré, hôte ou parasite ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’étranger fut d’abord une proie, puis l’humanité se civilisant, celui que l’on se doit d’accueillir. Avec toujours la crainte de le voir s’incruster.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Mohamed Habib Salamouna</strong> *</p>



<span id="more-8602921"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/07/Mohamed-Habib-Selmouna.jpg" alt="" class="wp-image-307224"/></figure></div>


<p>Les drames liés à l&rsquo;immigration clandestine ne sont pas près, hélas, de s’arrêter&nbsp;!&nbsp;Face à cette tragédie, la question de l’hospitalité revient nécessairement en avant. Mais comment parler de l’hospitalité de nos jours&nbsp;?</p>



<p>On serait d’emblée tenté de répondre en invoquant l’ancienne coutume romaine; l’hospitalité constituait alors une obligation d’accueillir l’autre. Elle se combinait avec le don d’un symbole, d’un objet que l’on se partageait pour sceller le pacte de visite.</p>



<p>Cette réponse est-elle suffisante&nbsp;? Certainement pas, car elle ne statue pas sur les obstacles opposés à l’hospitalité. Il y a, en effet, dans la pratique de l’hospitalité, un point décisif&nbsp;: une conception de la <em>«maison»</em> à partir de laquelle on voit venir les autres. Elle se place à la croisée d’un mouvement (de celui qui vient) et d’un territoire (celui qui reçoit.)</p>



<p>Prenons une perspective large. Toute réception commence par une série d’interrogations. Parfois même, celui qui reçoit a du mal à se défaire de la suspicion et d’un imaginaire de la menace. Que vient faire cet étranger ici, ne va-t-il pas tout déranger et me déranger&nbsp;? En ce sens, l’hospitalité est bien précédée d’une interrogation sur la conformité ou non-conformité entre des normes sociales, culturelles et politiques différentes. Elle est vite devancée par la crainte du parasite et la mise en œuvre d’une défense vis-à-vis de celui qui va s’installer en ne donnant rien, alors que l’hôte est censé donner et ne rien recevoir. Le parasite ne risque-t-il pas de vivre de nous&nbsp;? Il est appréhendé comme un prédateur qui va s’incruster&nbsp;: à la manière de Tartuffe, ne va-t-il pas séduire pour s’installer, puis envahir le territoire, et vivre aux dépens de son hôte en redistribuant tout autour de lui, en fonction de lui&nbsp;?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La possibilité d’une communauté humaine</h2>



<p>Ce n’est qu’en surmontant cette crainte que l’hospitalité finit par devenir possible, puis se transforme en devoir. Mieux encore, l’hospitalité émerge précisément au point de désarticulation du cannibalisme : le geste de l’hôte doit consister à accueillir l’étranger (à le protéger de soi-même) à sa table, parce que, sans l’hospitalité (les transactions symboliques), l’étranger aurait probablement constitué le repas. Ce n’est pas pour rien que les termes de l’hospitalité en latin, «<em>hospes</em>» et «<em>hostis</em>», désignent à la fois l’étranger et l’ennemi. Le vocabulaire ne cesse de rappeler la proximité entre <em>hospitalité </em>et<em> hostilité</em><sup>(1)</sup>. Il rend compte de la distance qui sépare les hommes, en retenant de leurs différences et de leurs déplacements qu’ils doivent pourtant se rencontrer. D’ailleurs, la générosité déployée par l’hospitalité est plus courante qu’on ne le croit, à voir le tollé provoqué dans de larges secteurs de l’opinion publique par le discours tenu par le président Kaïs Saïed<em>,</em> le 21 février dernier, accusant les migrants originaires de l’Afrique subsaharienne de <em>«faire du grabuge»</em>, de <em>«modifier la composition démographique de la Tunisie»</em> et de <em>«menacer son identité arabo-musulmane.»</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="eWKGY6nkcI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/15/pourquoi-le-president-kais-saied-sen-prend-il-aux-migrants-subsahariens/">Pourquoi le président Kaïs Saïed s’en prend-il aux migrants subsahariens ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Pourquoi le président Kaïs Saïed s’en prend-il aux migrants subsahariens ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/15/pourquoi-le-president-kais-saied-sen-prend-il-aux-migrants-subsahariens/embed/#?secret=XkMLRe5xOA#?secret=eWKGY6nkcI" data-secret="eWKGY6nkcI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>L’exercice de l’hospitalité touche dès lors à un code moral de la relation inégale-privée et individuelle ou publique et collective. Cet exercice apprend à construire des liens malgré les déchirures, à maintenir, au moins idéalement, la possibilité d’une communauté humaine universelle. En devenant accueillent, chacun se reconnaît comme membre d’une seule et même humanité. Cela définit, d’une certaine manière, la loi de l’hospitalité, et lui donne sa teneur absolue : offrir à l’arrivant un accueil sans conditions.</p>



<p>Du point de vue historique, on peut dire que ce principe a revêtu trois figures successives; d’abord, les témoignages des Grecs sur les pratiques de l’hospitalité ne manquent pas. Les Grecs ne les ont pas d’emblée réglementées par des lois. L’hospitalité constitue, pour eux<sup>(2)</sup>, un devoir fondamental et sacré. Il suffit de lire Homère pour saisir la teneur de ce devoir : donner un repas, faire asseoir l’étranger devant le foyer et lui fournir une couche. Ce n’est que progressivement que ces figures ont été institutionnalisées. D’où est venue la notion de <em>proxénie</em>, dérivée du mot grec désignant l’étranger : <em>xénos.</em> </p>



<p>La deuxième figure de l’hospitalité nous est ensuite offerte par l’Eglise du Moyen Âge. Englobée dans la perspective de la charité et du salut, elle renvoie aux mœurs des monastères, lieux dans lesquels les pèlerins et autres errants pouvaient trouver refuge et hospitalité. Dès les premières règles monastiques, des garanties de survie étaient promises aux hommes lancés sur les chemins. On s’en convainc en relisant la légende de Saint-Julien l’Hospitalier, ce grand chasseur devant l’Eternel, qui finit par se convertir et devenir moine hospitalier.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand la politique prend le pas sur la morale</h2>



<p>La modernité, enfin, hésite constamment entre deux voies&nbsp;; le rappel des principes, d’un côté, et leur réalisation, de l’autre. C’est une hésitation qui vire rapidement au paradoxe. La Révolution française en présente les traits essentiels. Elle met en avant un principe d’hospitalité assez général pour permettre à de nombreux <em>«étrangers»</em> de devenir citoyens français. Mais elle assortit ce principe de restrictions, dès lors que la suspicion se fait plus forte et les périls plus nombreux. Quelques députés ont même émis le souhait de voir rédiger un projet de décret portant sur l’impératif de porter un certificat d’hospitalité lorsqu’on avait été admis sur le territoire de la république&nbsp;: <em>«Ceux qui obtiendront un certificat d’hospitalité seront tenus de porter au bras gauche un ruban tricolore sur lequel sera tracé le mot hospitalité et le nom de la nation chez laquelle ils sont nés<sup>(3)</sup>.»</em></p>



<p>Autant dire que, du principe à sa réalisation, lorsque la politique est obligée de prendre le pas sur la morale, l’hospitalité se restreint. L’étranger désirable est celui qui provient d’un territoire ami, celui qui est socialement utile et bénéficie d’une reconnaissance sociale et politique.</p>



<p>Que devient l’hospitalité de nos jours&nbsp;? Elle demeure un<em> «principe moral.<sup>(4)</sup>»</em> En parle-t-on dans les établissements scolaires pendant les cours d’instruction civique&nbsp;? Il le faut bien&nbsp;! On doit faire crédit à nos enfants-élèves pour ne pas laisser à l’abandon quelques principes d’existence grâce auxquels chacun&nbsp; reconnaît être membre d’une humanité toujours en péril de soi-même.</p>



<p>* <em>Professeur de français.</em></p>



<p><strong><em>Notes</em></strong>&nbsp;</p>



<p><em>[1]&nbsp; Consulter à ce propos l’excellent&nbsp;‘‘Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale’’,&nbsp;dirigé par&nbsp;Monique Canto-Sperber,&nbsp;Paris, PUF.&nbsp;</em></p>



<p><em>[2]&nbsp;&nbsp;Comme pour les Perses et les Arabes. Ces derniers désignent l’hospitalité par le vocable&nbsp; «diyafa».</em></p>



<p><em>[3]&nbsp;&nbsp;Projet de décret, cité in&nbsp;‘‘L’impossible citoyen’’&nbsp;de&nbsp;Sophie Wahnich, Paris, Albin Michel.&nbsp;</em></p>



<p><em>[4]  Selon Tahar Ben Jelloun, in ‘‘Hospitalité française’’, Le Seuil.</em></p>



<p></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="oxwTcwjlP0"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/06/20/il-etait-une-fois-des-immigres-italiens-en-tunisie/">Il était une fois, des immigrés italiens en&#8230; Tunisie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Il était une fois, des immigrés italiens en&#8230; Tunisie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/06/20/il-etait-une-fois-des-immigres-italiens-en-tunisie/embed/#?secret=A6ebVk1UyC#?secret=oxwTcwjlP0" data-secret="oxwTcwjlP0" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La démocratie est-elle vouée à disparaître ?</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jan 2021 11:25:02 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La démocratie a eu raison de tous les totalitarismes. Quoi d’étonnant alors si elle en vient à achever le dernier système survivant : elle-même ? N’est-ce pas, finalement, de l’intérieur de la démocratie que ses valeurs se délitent et que ses institutions s’affaissent. Par Mohamed Habib Salamouna * Un peu partout dans le monde, le...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/01/Democratie-Leadership.jpg" alt="" class="wp-image-330470"/></figure>



<p><strong><em>La démocratie a eu raison de tous les totalitarismes. Quoi d’étonnant alors si elle en vient à achever le dernier système survivant : elle-même ? N’est-ce pas, finalement, de l’intérieur de la démocratie que ses valeurs se délitent et que ses institutions s’affaissent.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Mohamed Habib Salamouna</strong> *</p>



<span id="more-330469"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/02/Mohamed-Habib-Salmouna.png" alt="" class="wp-image-282803"/></figure></div>



<p>Un peu partout dans le monde, le régime parlementaire est malade. Que la constitution soit parlementaire, présidentielle ou mixte, le pouvoir semble se retirer des assemblées comme la vie d’un moribond; la démocratie tend à s’incarner dans les hommes plutôt que dans les assemblées.</p>



<p>Le suffrage universel ne se porte pas mieux. En France, en Grèce ou en Tunisie, l’abstention progresse, et le suffrage mérite de moins en moins l’épithète d’<em>«universel»</em>. Réputé souverain, c’est un monarque débonnaire et lointain, aussi étranger aux affaires de l’Etat que le doge à celles de Venise. Il règne, mais ne gouverne pas.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les partis rongés par le clientélisme et la corruption</h3>



<p>Quant aux partis, faut-il s’étendre sur la maladie de langueur dont ils souffrent? Ressassant leurs petites ambitions et leurs convictions molles, ils sont aujourd’hui<em> «les gâteux de la République»</em>, selon l’expression utilisée par Jean-Claude Kaufmann dans<em> ‘‘La Fin de la démocratie : Apogée et déclin d&rsquo;une civilisation’’</em>, et les luttes intestines entre leurs chefs vont hâter encore leur décadence. À gauche, et même à droite, les formations politiques ont cessé de susciter le dévouement de leurs militants : ils ont renoncé à la plus noble de leurs fonctions, celle d’être les instituteurs de la démocratie et les intercesseurs entre le peuple et leurs dirigeants. Rongées par le clientélisme et la corruption, il ne leur reste plus qu’à sélectionner le personnel politique, tâche dont ils s’acquittent de plus en plus mal, au fur et à mesure que les talents se détournent de la carrière publique au profit des affaires privées.</p>



<p>Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que le puissant souffle de liberté qui balaie aujourd’hui le monde ait quelque peine à être contenu dans les formes les plus anciennes de la démocratie politique, telle qu’elle s’est développée en Occident.</p>



<p>Aussi, masses et élites de la société civile ont-elles pris acte du déclin non seulement de la démocratie représentative, mais aussi de la politique elle-même, considérée comme l’art d’imposer aux peuples des orientations collectives et de les mener par divers moyens, de la persuasion à la coercition, là où ils n’iraient pas naturellement. Les hommes auront toujours besoin d’être administrés, mais il est possible que leur besoin d’être gouvernés aille en diminuant. Ici, libéraux et libertaires s’accordent pour considérer la politique comme<em> «politogène»</em>, suscitant de façon artificielle et inutile autant de problèmes qu’elle en résout.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le pouvoir ne sert presque plus à rien</h3>



<p>Considérons la journée d’un personnage <em>«important»</em>. Cet homme sur-occupé passe entre 70 et 80% de son temps disponible à des activités parfaitement futiles et dérisoires : représentation, présence muette, parades… Viennent ensuite les affaires politiciennes : intrigues, contre-intrigues, chausse-trappes, leurres, mensonges, insultes, comédie… Le temps laissé à des tâches vraiment utiles et nécessaires devient extrêmement réduit, et les grandes décisions sont prises dans des conditions d’improvisation que toute entreprise privée jugerait inadmissibles.</p>



<p>Dans les dernières pages de son ouvrage intitulé ‘<em>‘La Démocratie contre elle-même’’</em>, Marcel Gauchet écrit : <em>«Voulez-vous que je vous dise le grand secret, le seul que je crois avoir découvert après de longues années d’examen attentif de l’univers politique ? C’est que le pouvoir ne sert à rien !»</em> Pour être précis, disons qu’il ne sert à presque rien. Oh ! Sans doute, sa capacité de nuire est presque infinie. Le pouvoir peut empêcher, opprimer, emprisonner, torturer, affamer, assassiner. Il a pour cela des soldats, des policiers, des juges, des administrateurs, des ministres. Mais sa capacité d’être utile est presque nulle. A titre d’exemple, prenons la question la plus importante pour le gouvernement tunisien actuel : le chômage. On voit mal comment ce gouvernement (qu’il soit composé de technocrates ou d’affiliés à des partis politiques) pourrait créer, par ses seuls moyens, un seul emploi productif. Mais, inlassable mouche du coche, pitoyable saltimbanque, il prétend <em>«traiter»</em> le chômage. En réalité, il attend, dans un grand attirail de discours, de lois et de conférences, que la conjoncture se retourne.</p>



<p>Cependant, l’opposition joue le jeu et feint de reprocher au gouvernement son absence de résultats, alors qu’elle sait bien qu’il est radicalement impuissant. Chacun joue une partition convenue, destinée à faire croire que la politique peut quelque chose.</p>



<p>Comme le dit très bien Jacques Julliard, dans la préface de son court et virulent essai titré<em> ‘‘Le Génie de la liberté’’</em>, <em>«un peuple civilisé a une administration; il n’a pas de gouvernement. En démocratie, le pouvoir est un lieu vide, et les acteurs sont des figurants qui miment en play-back une musique qui vient d’ailleurs. Tel Jean-Christophe, faute de commander aux nuages, les politiques leur ordonnent d’aller là où ils se dirigent spontanément.»</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">Vers le dépérissement de la politique</h3>



<p>Résumons : la démocratie n’est pas un régime politique qu’on pourrait au besoin choisir sur catalogue parmi d’autres formes de gouvernement. La démocratie est le stade suprême de la politique, celui après lequel il n’y a rien d’autre que le dépérissement de la politique elle-même. Après être passée par un stade théologique – le gouvernement par les dieux – puis par un stade métaphysique – le gouvernement aristocratique –, l’humanité, à des rythmes inégaux, selon l’état de développement de ses diverses parties, s’achemine progressivement vers le gouvernement populaire, sous la forme de la délégation, voire de l’auto-gouvernement. N’imaginons pas qu’elle s’en tiendra là. L’idéal de l’auto-gouvernement est contradictoire dans les termes et autodestructeur : il se consume au fur et à mesure qu’il se réalise. Quand tout le monde commande à tous, on n’est plus très loin du moment où personne ne commandera plus à personne.</p>



<p><em>* Professeur de français.</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis : </em></h4>



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