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	<title>Archives des mondialisation - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des mondialisation - Kapitalis</title>
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		<title>Etats-Unis &#124; Le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 21 Jan 2026 07:18:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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		<category><![CDATA[ordre international]]></category>
		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les Etats-Unis face au dilemme de la puissance ou quand le leadership mondial devient un facteur de vulnérabilité voire de déclin.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/21/etats-unis-le-fardeau-de-lordre-international-devient-une-semence-du-declin/">Etats-Unis | Le fardeau de l’ordre international devient une semence du déclin</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En 1945, le Plan Marshall pose les bases d’un ordre international où l’Amérique échange sécurité et prospérité contre une centralité durable ; aujourd’hui, avec une dette proche de 39 000 milliards de dollars, cet investissement fondateur s’est mué en contrainte structurelle, révélant le dilemme d’une puissance dont le rôle de garant du système devient lui-même un facteur de vulnérabilité voire de déclin.</em></strong></p>



<p><strong>Yahya Ould Amar</strong> *<strong><em></em></strong></p>



<span id="more-18262502"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p>Derrière ce chiffre de la dette se cache une histoire humaine, celle de régions désindustrialisées, de classes moyennes fragilisées et de sociétés sommées de financer, génération après génération, le coût d’un rôle mondial dont les bénéfices se diffusent au-delà de leurs propres frontières.</p>



<p>Depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, l’ordre international s’est présenté comme une promesse de stabilité, de prospérité et de règles partagées, mais il s’est en réalité construit comme une architecture portée par un pays, les États-Unis fournissant au monde des biens publics qu’aucune autre puissance ne pouvait assumer seule — monnaie de référence le dollar, sécurité des routes maritimes, liquidité des marchés, crédibilité des institutions multilatérales.</p>



<p>Ce système a permis l’essor des échanges, l’intégration des économies émergentes et l’expansion sans précédent des chaînes de valeur, mais il a aussi concentré sur les Etats-Unis les coûts de la stabilité globale, transformant le leadership en charge budgétaire, sociale et politique.</p>



<p>À mesure que la dette s’accumule – aujourd’hui près de 39 000 milliards de dollars – que les fractures intérieures se creusent et que la concurrence stratégique s’intensifie, la question n’est plus de savoir si l’ordre mondial est juste ou injuste, mais s’il demeure soutenable pour ceux qui en ont été les principaux garants — et ce que signifie, pour le reste du monde, une Amérique qui ne cherche plus à préserver l’architecture entière, mais à en sauver la part qu’elle peut encore porter.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La charge de la stabilité</h2>



<p>Dans la mondialisation actuelle, les États-Unis constituent un pilier structurel du système avec leur monnaie, leurs marchés et leur capacité de projection stratégique formant une infrastructure invisible sur laquelle repose une part décisive de la circulation mondiale des biens, des capitaux et de la confiance.</p>



<p>Le dollar est devenu l’ossature monétaire d’un ordre international où la liquidité, le refuge et la prévisibilité sont fournis comme des biens publics informels à l’ensemble des économies, des centres financiers aux périphéries émergentes.</p>



<p>Cette centralité confère à Washington une influence qui dépasse la logique classique de la puissance, mais elle l’enchaîne aussi à une responsabilité systémique d’absorber les excédents du monde, recycler ses déséquilibres en dette souveraine et garantir, souvent au-delà de ses intérêts immédiats, la continuité d’un espace économique global dont la stabilité conditionne l’accès au financement, la trajectoire de développement et la sécurité monétaire de la majorité des nations.</p>



<p>Concrètement, ce rôle de garant s’est traduit dans une chaîne continue de coûts visibles et différés — budgets de défense pour entretenir un maillage mondial de bases et d’alliances, guerres lointaines de la péninsule coréenne aux déserts du Moyen-Orient, soins et pensions versés à des générations de vétérans, intérêts d’une dette contractée pour financer la stabilité globale. À cela s’ajoute une diplomatie de l’aide et des institutions, destinée à contenir les crises avant qu’elles ne deviennent systémiques. Additionnée et corrigée de l’inflation, cette facture à plus de 60 000 milliards de dollars, oscillant, selon les époques, entre 3% et 10% (guerre froide) de la richesse produite chaque année par les États-Unis.</p>



<p>L’ordre international peut se lire comme un contrat d’assurance implicite dont les États-Unis sont devenus l’assureur de dernier ressort. En temps de crise, le monde se tourne vers leur liquidité, leur sécurité et leurs marchés, tandis que les primes se transforment en dettes, déficits et engagements supportés par ce même pays au bénéfice de l’ensemble du système.</p>



<p>Ainsi, ce qui apparaît comme un privilège hégémonique se révèle être une charge structurelle, où la capacité de tenir le centre devient la condition même de la survie de l’ordre international qu’il soutient.</p>



<p>Giovanni Arrighi, théoricien des cycles hégémoniques, nous avertit que les puissances déclinantes s&rsquo;effondrent non par des menaces extérieures, mais par une résistance interne à l’adaptation – un avertissement qui s’applique à l’Amérique, enchaînée à son rôle systémique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La facture du leadership mondial</h2>



<p>La centralité américaine a inscrit la stabilité du monde dans le bilan de sa propre société, où la liquidité, la sécurité et l’ouverture se sont progressivement traduites en dettes, en déficits et en lignes de fracture.</p>



<p>Le privilège du dollar a longtemps différé les choix entre puissance extérieure et investissement intérieur, faisant de l’endettement le régulateur silencieux d’un ordre aux bénéfices mondialisés mais aux coûts largement supportés par les Etats-Unis.</p>



<p>À cette pression financière s’est ajoutée une géographie des gagnants et des perdants, où certaines régions se sont intégrées aux flux globaux tandis que d’autres – comme l’Amérique – se sont désindustrialisées.</p>



<p>Dès lors, la soutenabilité n’est plus un débat comptable, mais une épreuve politique, jusqu’où une démocratie peut-elle porter la stabilité du monde sans entamer la cohésion qui fonde sa propre légitimité ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">La mondialisation asymétrique</h2>



<p>L’ordre économique mondial s’est construit comme un mécanisme d’expansion collective reposant sur une dissymétrie structurelle, où les gains de la croissance ont été largement diffusés tandis que les coûts de la stabilité se sont progressivement concentrés sur le pays capable d’absorber les déséquilibres du reste du système. Les excédents industriels et commerciaux de l’Asie, les stratégies d’accumulation de réserves des économies émergentes et la recherche globale d’actifs sûrs ont trouvé dans la dette américaine un réceptacle naturel, transformant les déficits des Etats-Unis en contrepartie financière de la prospérité mondiale. Ce schéma a offert aux pays du Sud un accès inédit aux marchés, au capital et aux chaînes de valeur, mais il les a aussi arrimés aux cycles monétaires et budgétaires des Etats-Unis, faisant de chaque inflexion de la politique américaine une onde de choc transmise aux monnaies, aux investissements et aux équilibres sociaux des pays du Sud.</p>



<p>Ainsi, la mondialisation apparaît comme une architecture hiérarchisée de dépendances – et non un espace neutre d’échanges – où la promesse d’intégration s’accompagne d’une vulnérabilité systémique, et où la soutenabilité de la croissance de tous demeure étroitement liée à la capacité des Etats-Unis à continuer de porter le poids financier et politique de l’ensemble.</p>



<p>L’histoire offre un miroir troublant. Athènes finançait la sécurité de la mer Égée au prix de son trésor, Venise garantissait les routes du Levant en échange de sa prospérité, l’Empire britannique garantissait les mers au prix d’un endettement croissant. Toutes ont découvert que le centre du monde devient aussi son principal point de fatigue. L’Amérique s’inscrit aujourd’hui dans cette lignée, où la stabilité globale fut à la fois la source de la grandeur et la semence du déclin.<strong></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">Droit international et survie stratégique</h2>



<p>À mesure que l’ordre international se complexifie et empile les règles, les traités et les institutions, une tension s’exacerbe entre l’universalité proclamée du droit international et la réalité des intérêts vitaux des grandes puissances, pour lesquelles la sécurité nationale, la continuité économique et la stabilité intérieure demeurent des lignes de survie non négociables.</p>



<p>En Ukraine, à Gaza ou au Venezuela, le droit international se heurte aux impératifs de sécurité, de dissuasion et d’accès aux ressources stratégiques, révélant les limites d’un ordre fondé sur des règles, oubliées lorsque celles-ci entrent en conflit avec les intérêts des grandes puissances.</p>



<p>Cette fracture interroge sur la soutenabilité de l’ordre international lorsque ses garants – Etats Unis – considèrent que le respect strict du droit international affaiblit leur capacité à maintenir l’équilibre global.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La géopolitique des nœuds vitaux</h2>



<p>Le Moyen-Orient – avec 30 % du pétrole mondial et 17 % du gaz naturel – demeure le cœur énergétique du monde, dont la stabilité conditionne l’inflation mondiale et les équilibres budgétaires des États importateurs.</p>



<p>La mer de Chine méridionale – où transite plus de 20% du commerce mondial dont 45 % de pétrole brut – concentre les chaînes technologiques et industrielles dont dépendent les industries numériques et de défense.</p>



<p>Enfin, l’Arctique avec une superficie de 14 millions de kilomètres carrés, s’ouvre comme une frontière d’un avenir proche en raison de la fonte accélérée de la calotte glaciaire, où l’émergence de routes transpolaires, l’accès à des ressources critiques et le déploiement de capacités de dissuasion modifient la cartographie des corridors de navigation maritimes et aériens.</p>



<p>Dans cette configuration des espaces stratégiques, le Groenland s’impose comme un point de jonction entre la sécurité nord-américaine, la gouvernance des nouvelles routes et la définition des règles des espaces émergents.</p>



<p>L’intérêt américain pour le Groenland s’inscrit dans une logique ancienne de prévention stratégique, dès 1940, après l’invasion du Danemark par l’Allemagne, les Etats-Unis s’y sont positionnés pour empêcher que cette dernière ne fasse de l’Atlantique Nord et de l’Arctique une zone de projection contre le continent nord-américain.</p>



<p>Pour l’Administration de Trump, sécuriser ces différents points d’appui revient à protéger l’infrastructure physique de l’ordre international ; pour les pays du Sud, dont près de quatre cinquièmes du commerce transitent par ces corridors maritimes et numériques, chaque tension dans ces espaces se traduit par des coûts immédiats sur les prix, les devises et l’accès aux marchés.</p>



<p><strong>L’«affaire» du Groenland</strong></p>



<p>Le Groenland dépasse la seule question des territoires et des ressources, il révèle une mutation de la puissance au XXIᵉ siècle, où l’influence se mesure autant à la capacité de définir les règles des espaces émergents qu’à la maîtrise des zones déjà intégrées à l’économie mondiale.</p>



<p>Tandis que le réchauffement climatique ouvre des routes transarctiques, rapproche l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord et rend accessibles des minerais critiques pour la transition énergétique et les technologies avancées, l’enjeu central devient la maîtrise stratégique de ces nouveaux espaces.</p>



<p>Les corridors transarctiques offrent des trajets jusqu’à trois fois plus rapides entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant l’exposition aux goulets d’étranglement et aux vulnérabilités sécuritaires qui caractérisent aujourd’hui des passages comme le canal de Suez ou Bab El Mendeb (mer Rouge).</p>



<p>Pour les États-Unis, investir le Groenland, c’est projeter la sécurité nord-américaine dans le futur, sécuriser les corridors de demain et éviter que des puissances concurrentes ne définissent seules les standards d’accès, d’exploitation et de navigation.</p>



<p>Pour les pays émergents, cette reconfiguration annonce un monde où les centres de gravité du commerce et de l’influence peuvent se déplacer brutalement, reconfigurant les avantages comparatifs et les dépendances.</p>



<p>À mesure que ces recompositions se dessinent, une question s’impose, un ordre international peut-il durer lorsque la charge de sa stabilité devient plus lourde que les bénéfices qu’en retirent ses garants, et lorsque ceux qui en dépendent le plus n’en participent que marginalement à sa gouvernance ?</p>



<p>La soutenabilité devient une épreuve morale et institutionnelle, où se confrontent la promesse d’un monde régi par des règles communes et la réalité d’un système structuré par des rapports de force.</p>



<p>Préserver l’ordre international implique d’en redistribuer les coûts, d’en élargir la légitimité et d’en pluraliser les centres de décision ; assumer la rupture, c’est accepter une fragmentation où la stabilité cède la place à des équilibres régionaux concurrents, plus flexibles mais aussi plus instables. Entre ces deux voies se joue le destin des décennies à venir.</p>



<p>L’histoire ne jugera pas l’Amérique sur la puissance qu’elle a exercée, mais sur la capacité du monde à rester stable le jour où elle cessera d’en porter seule le poids.</p>



<p><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="1D7pT7wJkF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/05/qui-payera-la-dette-colossale-des-etats-unis/">Qui payera la dette colossale des Etats-Unis ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Qui payera la dette colossale des Etats-Unis ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/05/qui-payera-la-dette-colossale-des-etats-unis/embed/#?secret=03wu7XGcQu#?secret=1D7pT7wJkF" data-secret="1D7pT7wJkF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>La Tunisie face au retour du protectionnisme</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/16/la-tunisie-face-au-retour-du-protectionnisme/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Dec 2025 15:29:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[mondialisation]]></category>
		<category><![CDATA[protectionnisme]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie doit se préparer à un monde plus incertain et instable, moins généreux et prévisible, où l’anticipation devient vitale.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans un monde de plus en plus incertain, instable et protectionniste, les nations moyennes et petites ne peuvent plus se contenter d’être spectatrices. Parmi elles, la Tunisie doit se préparer à un monde moins généreux, moins prévisible, où la souveraineté, l’autonomie stratégique et la capacité d’anticipation deviennent vitales.</em></strong> <em>(Ph. « Kairouan » de Paul Klee).</em></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18095004"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" style="width:200px;height:auto" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Depuis une décennie, un changement profond s’opère dans l’ordre international. La mondialisation que l’on a connue pendant les années 1990-2010 — ouverte, libérale, fondée sur l’extension du commerce et des valeurs universelles — se retire progressivement au profit d’un monde fragmenté, plus dur, plus protectionniste. Les États-Unis ont refermé une partie de la parenthèse libérale qu’ils avaient eux-mêmes ouverte. L’Europe apparaît désorientée, prise entre la menace russe, la crise énergétique, l’affaiblissement industriel, et l’incertitude stratégique liée à une désolidarisation américaine en matière de défense.  </p>



<p>Dans ce contexte, les nations moyennes et petites ne peuvent plus se contenter d’être spectatrices. Parmi elles, la Tunisie doit se préparer à un monde moins généreux, moins prévisible, où la souveraineté, l’autonomie stratégique et la capacité d’anticipation deviennent vitales.</p>



<p>L’objectif de cet article est de montrer comment la Tunisie peut transformer cette nouvelle réalité mondiale en une opportunité pour son développement, en articulant trois axes : 1- comprendre la recomposition géopolitique&nbsp;; 2-réinventer le modèle économique tunisien&nbsp;; 3- construire une diplomatie active, prudente et non-alignée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fin d’un monde ouvert : un retour de la puissance</h2>



<p><strong><em>Le retrait américain&nbsp;: pivot ou désengagement ? </em></strong>Depuis Barack Obama, les États-Unis ont entamé un retrait relatif du Moyen-Orient et de l’Europe. Biden l’a fait silencieusement, Trump l’a brutalement assumé. Selon Mearsheimer (2018), ce retrait n’est pas un accident, mais un réalignement stratégique fondé sur l’idée que <em>«l’énergie américaine ne doit plus être dilapidée dans des conflits lointains»</em> (Mearsheimer, <em>The Great Delusion</em>).</p>



<p>Cette tendance repose sur trois faits : 1- pivot vers l’Asie pour contenir la Chine&nbsp;; 2- fatigue impériale après l’Irak et l’Afghanistan&nbsp;; 3- crise interne américaine : polarisation, inégalités, déficit démocratique</p>



<p>L’Otan, longtemps pilier du système de défense européen, n’est plus considérée comme une priorité. Trump a menacé d’abandonner les alliés européens s’ils ne montaient pas leurs dépenses militaires. Cette idée est aujourd’hui reprise au Congrès américain par des voix influentes.</p>



<p>L’Europe découvre soudain, pour reprendre la formule de Luuk van Middelaar (2019), qu’<em>«elle vit dans un monde hobbesien»</em> — un monde où la force prime sur la norme.</p>



<p><strong><em>La menace russe et le choc stratégique&nbsp;: </em></strong>l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 a brisé un mythe : celui d’une Europe post-historique. L’idée, illustrée par Fukuyama (1992), que <em>«l’histoire était terminée»</em> au profit d’un monde pacifié et démocratique, a été brutalement démentie.</p>



<p>L’Europe réapprend ce que la Tunisie a toujours su : la géopolitique n’est pas un chapitre de livres, mais une affaire d’intérêts, de territoires, d’armée, d’énergie.</p>



<p><strong><em>Le retour du protectionnisme&nbsp;: </em></strong>les États-Unis n’ont plus honte de défendre leur industrie par la force des barrières douanières : Inflation Reduction Act, Buy American Act, relocalisations massives. L’Union européenne suit timidement. L’OMC est marginalisée.</p>



<p>Le capitalisme mondial est désormais un capitalisme des blocs, comme l’annonçait déjà Zbigniew Brzezinski (1997) : <em>«La lutte pour le contrôle des régions clés n’a jamais cessé.»</em></p>



<p>Le monde redevient multipolaire, conflictuel, stratégique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie dans le nouvel ordre mondial</h2>



<p><strong><em>Une position géographique stratégique&nbsp;:</em></strong> la Tunisie n’est ni un pays enclavé ni marginal. Elle est sur une ligne de fracture géopolitique au sud de l’Europe, au nord de l’Afrique, au centre de la Méditerranée, face aux routes migratoires, proche des champs énergétiques libyens et algériens.</p>



<p>Elle possède une qualité irremplaçable : la stabilité relative. Dans un Maghreb où la Libye est imprévisible, l’Algérie fragile par sa dépendance aux hydrocarbures, la Tunisie demeure un pivot.</p>



<p><strong>Le risque d’être marginalisé&nbsp;: </strong>le danger n’est pas l’hostilité, mais l’indifférence.</p>



<p>Un monde protectionniste favorise les grands blocs&nbsp;(États-Unis&nbsp;; Chine&nbsp;; Inde&nbsp;; Europe&nbsp;; Russie&nbsp;; Turquie).</p>



<p>Les petits pays subissent, comme l’observait déjà Raymond Aron en 1962 : <em>«Les États faibles n’ont pas l’initiative des décisions.»</em></p>



<p>Le risque pour la Tunisie est de devenir seulement un espace de transit, un marché, un tampon.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Europe désemparée : partenaire fragilisé mais indispensable</h2>



<p><strong><em>L’Europe face à la guerre&nbsp;: </em></strong>L’Europe a longtemps cru en trois illusions : la paix éternelle&nbsp;; l’énergie bon marché&nbsp;; l’armée américaine gratuite.</p>



<p>Ces trois illusions se sont effondrées en 2022. L’Allemagne découvre sa vulnérabilité industrielle. La France s’inquiète pour sa souveraineté nucléaire. L’Italie regarde vers les flux migratoires et la Méditerranée.</p>



<p>Pourtant, l’Europe reste le premier partenaire de la Tunisie : premier investisseur&nbsp;; premier marché et premier partenaire académique.</p>



<p><strong><em>Une solidarité conditionnelle&nbsp;: </em></strong>l’Europe ne donne plus. Elle prête, elle exige, elle conditionne.</p>



<p>Migration, surveillance des côtes, stabilisation régionale : voilà les priorités européennes.</p>



<p>L’accord de juillet 2023 entre la Tunisie et l’Union européenne n’est pas un accord économique, c’est un accord stratégique. Il confirme un fait : la Méditerranée est redevenue un espace de sécurité et non seulement d’économies.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que doit faire la Tunisie ? Un nouveau modèle</h2>



<p><strong><em>Passer de l’assistance à l’autonomie&nbsp;: </em></strong>pendant des années, la Tunisie a vécu sous le modèle de la générosité internationale (coopération, aide publique au développement, soutien budgétaire).</p>



<p>Ce modèle est terminé. Le monde est devenu dur. Il donne peu. Il exige beaucoup.</p>



<p>La Tunisie doit passer à un modèle d’autonomie intelligente : nourrir davantage son économie par ses propres forces&nbsp;; bâtir des chaînes de valeur locales&nbsp;; orienter l’éducation vers l’innovation</p>



<p>Amartya Sen (1999) nous rappelle que le développement n’est pas seulement économique, mais une capacité d’agir.</p>



<p><strong>Trois secteurs prioritaires&nbsp;:</strong></p>



<p><em>a) Agro-industrie et souveraineté alimentair</em>e : l’eau devient rare. Le climat se transforme. Les prix agricoles explosent. Le monde entre dans ce que Lester Brown (2011) appelait <em>«l’ère des pénuries»</em>.</p>



<p>L’agriculture tunisienne doit se moderniser : goutte à goutte généralisé; variétés résistantes agriculture de précision; et valorisation des produits du terroir.</p>



<p>Souveraineté ne signifie pas autarcie, mais capacité à résister aux chocs externes.</p>



<p><em>b) Énergie solaire, gaz, interconnexion</em> : le Sahara tunisien est un trésor solaire. L’Allemagne rêve de produire au sud ce qu’elle consomme au nord. La Tunisie peut devenir un exportateur d’énergie verte.</p>



<p>L’interconnexion électrique avec l’Italie (Elmed) est stratégique : elle transforme la Tunisie en pont énergétique.</p>



<p><em>c) Économie de la connaissance </em>: la Tunisie exporte ses cerveaux. Elle peut aussi exporter leurs idées (biologie, ingénieries diverses, numérique, IA…)</p>



<p>Ce n’est pas un rêve romantique : l’Inde, l’Estonie, Israël l’ont fait.</p>



<p>L’université tunisienne doit redevenir un laboratoire d’innovation, pas une machine à diplômes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Diplomatie : prudence active et non-alignement</h2>



<p>La Tunisie n’a aucun intérêt à choisir entre Washington, Bruxelles, Moscou, Pékin, Ankara, ou Riyad Elle doit dialoguer avec tous, comme le faisait la diplomatie yougoslave à l’ère de Tito.</p>



<p>Le non-alignement, loin d’être une nostalgie, est une stratégie de survie pour les États moyens. Comme le souligne Henry Kissinger (2014)&nbsp;: <em>«L’équilibre des puissances protège les faibles, autant que les forts.»</em></p>



<p><strong><em>Maghreb, la grande occasion&nbsp;: </em></strong>aucun pays maghrébin ne pèse seul. Une union économique, même minimale, créerait un marché de 100 millions de consommateurs&nbsp;; un corridor énergétique&nbsp;; une puissance méditerranéenne.</p>



<p>Mais l’histoire nous enseigne que le Maghreb est une idée plus sentimentale que politique.</p>



<p>Pourtant, la Tunisie peut être le médiateur entre l’Algérie et le Maroc. Sa neutralité est un atout.</p>



<p><strong><em>Afrique : l’avenir démographique et économique&nbsp;: </em></strong>d’ici 2050, l’Afrique comptera 2,5 milliards d’habitants. Le continent sera le centre de la croissance mondiale (McKinsey, 2016). La Tunisie doit se tourner vers le sud &nbsp;(santé<strong><em>, </em></strong>formation, ingénierie, agriculture…)</p>



<p>La Cedeao, l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe : la Tunisie doit y être présente.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La culture tunisienne comme soft power</h2>



<p>Dans un monde de puissance, l’influence douce devient essentielle. La Tunisie possède un capital symbolique : modernité relative, laïcité sociale statut des femmes, patrimoine romain, islamique, méditerranéen, cinéma, littérature, musique…</p>



<p>La culture est une diplomatie.</p>



<p>La Méditerranée n’est pas seulement une mer de commerce. C’est une mer d’imaginaire. Paul Klee, August Macke et Louis Moilliet n’étaient pas venus à Saint-Germain-Ezzahra pour exporter des marchandises. Ils venaient chercher une lumière, une liberté.</p>



<p>La culture tunisienne peut redevenir un message universel.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un pays debout dans un monde incertain</h2>



<p>La Tunisie n’est pas condamnée à subir. Elle doit comprendre le monde, se réformer, se projeter, ne pas attendre les miracles extérieurs</p>



<p>Le monde d’hier — généreux, ouvert, multilatéral — est terminé. Celui qui vient sera plus compétitif, plus violent, plus fermé. Comme l’écrit Pierre Hassner (2003)&nbsp;: <em>«Nous entrons dans l’âge post-occidental.»</em></p>



<p>Pourtant, la Tunisie possède trois forces essentielles : une position géographique unique&nbsp;; une tradition d’éducation, de dialogue, de modération&nbsp;; et un potentiel culturel qui fait d’elle un pays respectable</p>



<p>Dans un monde protectionniste, la Tunisie doit se préparer non pas à demander, mais à offrir de la stabilité, de l’énergie, du savoir, des services et une diplomatie sage.</p>



<p>Si elle parvient à conjuguer souveraineté et ouverture, lucidité et créativité, elle ne sera pas un espace oublié, mais une porte de la Méditerranée.</p>



<p>* <em>Universitaire.</em></p>



<p><strong><em>Références bibliographiques</em></strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><em>Aron, Raymond. Paix et guerre entre les nations. Calmann-Lévy, 1962.</em></li>



<li><em>Brzezinski, Zbigniew. The Grand Chessboard: American Primacy and Its Geostrategic Imperatives. </em><em>Basic Books, 1997.</em></li>



<li><em>Brown, Lester. World on the Edge: How to Prevent Environmental and Economic Collapse. </em><em>Earth Policy Institute, 2011.</em></li>



<li><em>Fukuyama, Francis. The End of History and the Last Man. </em><em>Free Press, 1992.</em></li>



<li><em>Hassner, Pierre. La terreur et l&#8217;empire : La violence et la paix II. Seuil, 2003.</em></li>



<li><em>Kissinger, Henry. World Order. Penguin Books, 2014.</em></li>



<li><em>Luuk van Middelaar. Quand l&rsquo;Europe improvise : Dix ans de crises politiques. Gallimard, 2019.</em></li>



<li><em>McKinsey Global Institute. Lions on the Move II: Realizing the Potential of Africa’s Economies, 2016.</em></li>



<li><em>Mearsheimer, John. The Great Delusion: Liberal Dreams and International Realities. </em><em>Yale University Press, 2018.</em></li>



<li><em>Sen, Amartya. Development as Freedom. </em><em>Oxford University Press, 1999.</em></li>
</ul>
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		<title>Comment reconstruire une alternative écosociale ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Nov 2025 07:22:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
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		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Qui, dans nos sociétés, aura le courage d’articuler justice sociale et survie écologique pour proposer un avenir commun ?</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans presque tous les pays démocratiques, un même paysage politique s’installe : la droite avance, se durcit, se divise en courants toujours plus identitaires ou nationalistes. L’extrême droite, longtemps confinée aux marges, devient un acteur central ; elle gouverne déjà dans plusieurs pays européens, influence les agendas politiques ailleurs, bouscule les débats nationaux partout. En parallèle, la gauche de gouvernement semble épuisée, fracturée, parfois incapable d’articuler un projet social crédible. Quant aux partis écologistes, malgré leur dynamisme, ils ne parviennent pas à incarner une alternative majoritaire. Faut-il en conclure que la gauche est entrée dans une longue phase crépusculaire ? Ou qu’une autre voie est possible, à condition de repenser ce que pourrait être, au XXIᵉ siècle, une alternative écosociale ?</em></strong></p>



<p><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-17967897"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Ce débat, loin d’être théorique, interroge le cœur même des démocraties contemporaines. Car lorsque l’horizon politique se réduit à la confrontation entre une droite radicalisée et une gauche désorientée, l’ensemble du champ démocratique se trouve fragilisé. Cet article propose un éclairage journalistique sur les raisons de cette recomposition et esquisse les contours d’une refondation possible.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi la droite radicale progresse ?</h2>



<p>La première explication est socio-économique. Depuis plus de vingt ans, les rapports de l’OCDE et de nombreux politistes francophones décrivent l’enracinement d’une insécurité sociale durable. Le sociologue français Didier Eribon, dans ‘‘<em>Retour à Reims’’</em> (2009), éclairait déjà ce basculement : une partie du monde ouvrier, jadis bastion électoral de la gauche, s’est sentie délaissée, ignorée, voire méprisée par les partis progressistes traditionnels. Ce sentiment n’est pas qu’une réalité française : on le retrouve en Belgique, en Italie, en Allemagne, en Autriche, en Suède, ou encore au Canada.</p>



<p>Dans des ouvrages comme <em>La France périphérique</em> (2014), Christophe Guilluy développe une thèse similaire : la mondialisation, les métropoles attractives et les transitions économiques ont laissé derrière elles des territoires <em>«désindustrialisés»</em>, où la fermeture des gares, des écoles, des maternités, des postes et des usines alimente une colère sourde. Que ce diagnostic soit parfois contesté importe moins que sa résonance : la droite radicale y trouve un espace où capter frustrations, rancœurs et sentiment d’abandon.</p>



<p>Le mécanisme est connu : lorsque les services publics reculent, lorsque les protections sociales se réduisent, lorsque les salaires stagnent mais que les prix augmentent, les discours simplificateurs trouvent un écho puissant. L’extrême droite identifie des coupables — migrants, élites, étrangers, institutions supranationales — et propose des réponses rapides, émotionnelles, symboliquement fortes.</p>



<p>À cette insécurité matérielle s’ajoute un malaise politique. Le politologue belge Jean-Yves Camus, spécialiste des droites extrêmes, souligne dans plusieurs conférences récentes que les partis d’extrême droite prospèrent particulièrement dans les pays où la confiance envers les institutions est faible. Or les enquêtes du Cevipof en France, de l’UCLouvain en Belgique ou de Sciences Po Grenoble montrent une chute spectaculaire de cette confiance depuis les années 2000.</p>



<p>Les parlementaires sont perçus comme distants ; les partis traditionnels, comme des appareils ; les gouvernements, comme des gestionnaires sans vision. D’où un désir de rupture.</p>



<p>L’extrême droite arrive alors comme une force <em>«anti-système»</em>, même lorsqu’elle participe depuis longtemps au système politique. Elle canalise une demande de rupture plutôt qu’une adhésion doctrinale.</p>



<p>La droite radicale avance aussi sur le terrain culturel. Sur les questions identitaires, religieuses, mémorielles, elle impose son récit : celui d’une nation menacée, d’une culture en péril, d’une cohésion qui se dissoudrait sous les effets de l’immigration ou du multiculturalisme.</p>



<p>Des essayistes comme Alain Finkielkraut, dans un autre registre que l’extrême droite, ont contribué à installer dans le débat public l’idée d’une <em>«crise identitaire»</em>. Ces discours, combinés à une amplification médiatique parfois sensationnaliste des faits divers, nourrissent l&rsquo;idée que l’insécurité serait omniprésente — même lorsque les chiffres officiels montrent une réalité plus nuancée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi la gauche s’essouffle ?</h2>



<p>Une large littérature sociologique francophone, de Louis Chauvel à Bruno Amable, documente la fragmentation de la gauche. Elle ne parvient plus à rassembler salariés, fonctionnaires, enseignants, classes populaires, jeunes diplômés, ouvriers et employés — chacun de ces groupes ayant désormais des intérêts divergents, voire opposés.</p>



<p>Le politologue français Thomas Piketty propose une lecture particulièrement éclairante : l’émergence de la <em>«gauche brahmane»</em>, une gauche des diplômés, plus progressiste sur les questions culturelles que sur les questions économiques (Piketty, ‘‘<em>Capital et idéologie’’</em>, 2019). Ce déplacement sociologique a profondément modifié le discours de la gauche, parfois perçu comme trop moral, trop urbain, trop éloigné des réalités quotidiennes des classes populaires.</p>



<p>La philosophe Nancy Fraser, bien qu’américaine mais largement traduite en français, a exercé une grande influence dans les milieux intellectuels francophones. Elle parle de <em>«néolibéralisme progressiste»</em> pour désigner ces coalitions politiques qui mêlaient : 1- modernisation économique, dérégulation, réformes du marché du travail; 2- défense des minorités et des droits individuels.</p>



<p>Ce mélange a donné l’impression que la gauche avait délaissé les enjeux économiques pour se réfugier dans le symbolique. Les électeurs populaires, sentant leur vie se précariser, ont cessé de croire à la gauche comme force protectrice.</p>



<p>Enfin, la gauche souffre d’un déficit narratif. Elle ne propose plus un horizon collectif clair. Là où la droite radicale raconte une histoire simple (la nation menacée à défendre), la gauche peine à formuler un récit qui parle au cœur autant qu’à la raison.</p>



<p>Les mobilisations sociales existent — retraites, climat, santé — mais elles ne s’articulent pas toujours en projet global.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’écologie peut-elle remplacer la gauche ?</h2>



<p>Les partis écologistes ont progressé dans les urnes, surtout dans les métropoles. Ils ont imposé la question climatique au centre du débat public. Mais ils souffrent de deux limites : 1- un ancrage sociologique restreint : beaucoup de leurs électeurs sont urbains, diplômés, issus des classes moyennes supérieures&nbsp;; 2- une perception sociale défavorable dans certains territoires : l’écologie est perçue comme une contrainte, une <em>«punition»</em>, notamment lorsque les mesures touchent au carburant, au chauffage ou au coût du logement.</p>



<p>Les analyses de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion à l’Ifop, confirment ce clivage : l’écologie gagne dans les centres urbains aisés mais peine en périphérie.</p>



<p>La sociologue Sophie Dubuisson-Quellier, dans ‘‘<em>La consommation engagée’’</em> (2020), met en garde contre une écologie réduite à des gestes individuels (tri, bio, vélo). Ce discours, moral, culpabilisant, oublie la dimension collective et structurelle des crises écologiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sans une perspective sociale, l’écologie reste minoritaire.</h2>



<p>Une partie des politiques dites <em>«vertes»</em> se limite à verdir l’existant : voitures électriques hors de prix, compensation carbone, finance verte. Le tout reposant sur des marchés sans régulation.</p>



<p>Les économistes Gaël Giraud (ancien chef économiste de l’AFD) et Alain Grandjean dénoncent cette impasse : le capitalisme vert ne suffit pas à contenir la catastrophe écologique et produit souvent de nouvelles inégalités.</p>



<p>L’écologie seule ne peut donc pas remplacer la gauche. Mais sans l’écologie, la gauche n’a plus d’avenir. D’où la nécessité d’une synthèse : l’écosocialisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’urgence d’une alternative écosociale</h2>



<p>Le point de départ d’une refondation est simple : on ne convaincra pas les classes populaires de la nécessité d’une transition écologique si celle-ci augmente leurs factures, leur fatigue ou leur isolement. Comme l’écrit le politologue Paul Magnette dans ‘‘<em>Écosocialisme’’</em> (2020), <em>«il n’y aura pas de transition écologique si elle n’est pas socialement juste»</em>.</p>



<p>Une alternative crédible devrait proposer : <strong>un État social renforcé</strong>, garantissant santé, éducation, mobilité, logement ; <strong>des investissements massifs publics</strong> dans les transports propres, la rénovation thermique, l’énergie ; <strong>une fiscalité progressiste</strong>, où les plus pollueurs payent davantage ; <strong>une transformation du modèle agricole</strong>, vers des cultures moins dépendantes des pesticides et de l’eau.</p>



<p>L’écosocialisme n’est pas une utopie : c’est une politique réaliste si l’on prend au sérieux le réchauffement climatique, la biodiversité et les fractures sociales.</p>



<p>L’extrême droite prospère sur l’impuissance ressentie. Une alternative doit donc redonner la maîtrise : budgets participatifs ; assemblées citoyennes ; coopératives énergétiques locales ; démocratie au travail.</p>



<p>C’est la leçon du philosophe Pierre Rosanvallon, pour qui la démocratie ne survit que si elle implique réellement les citoyens.</p>



<p>La gauche ne renaîtra pas sans renouer avec le monde du travail : ouvriers, infirmières, enseignants, agriculteurs, employés de la logistique, aides-soignants…</p>



<p>Ces métiers essentiels doivent être placés au cœur du projet politique, non dans les notes de bas de page des programmes.</p>



<p>L’écologie ne doit pas dire : <em>«il faut consommer moins»</em> mais <em>«il faut produire autrement, financer mieux, protéger plus»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un nouveau récit pour un nouveau siècle</h2>



<p>L’écosocialisme a un avantage stratégique : il propose un récit mobilisateur. Ce récit pourrait tenir en trois phrases : 1- <strong>protéger les gens</strong> : salaires dignes, droits sociaux solides, accès universel aux services publics&nbsp;; <strong>2- protéger la vie</strong> : air respirable, eau saine, climat vivable, villes verdies&nbsp;; 3- <strong>protéger la démocratie</strong> : participation citoyenne réelle, égalité des droits, lutte contre les oligarchies économiques.</p>



<p>Comme le rappelait Cornelius Castoriadis, une société existe tant qu’elle peut <em>«s’instituer elle-même»</em>. La gauche a perdu cette capacité. L’écosocialisme peut la lui rendre.</p>



<p>La montée de la droite radicale n’est pas un accident historique. Elle est le produit d’un double abandon : social et politique. En laissant se déliter les protections sociales, les services publics et la confiance démocratique, nos sociétés ont créé le terreau idéal pour les forces de colère.</p>



<p>L’écologie, prise isolément, est trop étroite pour être une réponse. La gauche, sans l’écologie, est trop nostalgique pour faire face au siècle qui vient. Seule une refondation écosociale peut offrir une alternative crédible : populaire, protectrice, démocratique et consciente de la finitude du monde.</p>



<p>La question n’est donc plus :<em>«La droite monte, que faire ? » </em>Mais :<em>«Qui, dans nos sociétés, aura le courage d’articuler justice sociale et survie écologique pour proposer un avenir commun ?»</em></p>



<p><em>* Universitaire. </em></p>



<p><strong>Bibliographie francophone&nbsp;:</strong></p>



<ul class="wp-block-list">
<li><strong>Bruno Amable</strong>, <em>L’illusion du bloc bourgeois</em>, Paris, Raisons d’agir, 2021.</li>



<li><strong>Castoriadis, Cornelius</strong>, <em>La montée de l’insignifiance</em>, Paris, Seuil, 1996.</li>



<li><strong>Dubuisson-Quellier, Sophie</strong>, <em>La consommation engagée</em>, Paris, Seuil, 2020.</li>



<li><strong>Eribon, Didier</strong>, <em>Retour à Reims</em>, Paris, Fayard, 2009.</li>



<li><strong>Fourquet, Jérôme</strong>, <em>L’archipel français</em>, Seuil, 2019.</li>



<li><strong>Fraser, Nancy</strong>, <em>Le vieil ordre meurt et le nouveau tarde à naître</em>, Paris, Lux, 2020 (trad. fr.).</li>



<li><strong>Giraud, Gaël</strong>, <em>Transition écologique</em>, Paris, LLL, 2014.</li>



<li><strong>Guilluy, Christophe</strong>, <em>La France périphérique</em>, Paris, Flammarion, 2014.</li>



<li><strong>Magnette, Paul</strong>, <em>Écosocialisme</em>, Paris, La Découverte, 2020.</li>



<li><strong>Piketty, Thomas</strong>, <em>Capital et idéologie</em>, Paris, Seuil, 2019.</li>



<li><strong>Rosanvallon, Pierre</strong>, <em>Le siècle du populisme</em>, Paris, Seuil, 2020.</li>



<li><strong>Żuk, Piotr</strong>, « Écologie pour les riches ? », <em>Revue Capitalisme, Nature, Socialisme</em> (trad. fr.), 2024.</li>
</ul>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vPjLS5w46U"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/09/30/la-nouvelle-lutte-des-classes-entre-elites-et-populistes/">La nouvelle lutte des classes entre élites et populistes</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La nouvelle lutte des classes entre élites et populistes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/09/30/la-nouvelle-lutte-des-classes-entre-elites-et-populistes/embed/#?secret=wgCraqWXKD#?secret=vPjLS5w46U" data-secret="vPjLS5w46U" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p></p>



<p></p>
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			</item>
		<item>
		<title>‘‘Histoire mondiale de la guerre économique’’ : de la soie et du thé, aux stents périmés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 27 Aug 2023 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[capitalisme]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[guerres économiques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La domination américaine et  l’émergence d’un contre-pouvoir chinois. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La domination américaine, dernier épisode des guerres économiques qui ont fait et défait le monde depuis l’aube de l’humanité, est en train de susciter l’émergence d’un contre-pouvoir chinois et dans une moindre mesure russe, dans le cadre d’un capitalisme d’Etat.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-9545596"></span>



<p>La guerre économique, la prédation si on veut la qualifier ainsi, est aussi ancienne que l’humanité. Elle a débuté avec les conflits entre les tribus préhistoriques, d’abord contre les animaux sauvages pour le contrôle du territoire et des proies,&nbsp;puis entre les tribus de chasseurs nomades.</p>



<p>Avec l&rsquo;apparition de l’agriculture et la constitution des cités et des Etats, elle a visé à s’approprier le territoire,&nbsp;les biens, et les personnes réduites à l’état d&rsquo;esclaves.</p>



<p>Mais avec l’instauration&nbsp; du commerce,&nbsp; les profits et les convoitises qui en ont résulté, la tentation est devenue grande de contrôler les échanges de marchandises et les transferts d’argent, grâce à des ententes entre le ou les clients et le fournisseur, aux conditions les plus avantageuses,&nbsp;et en excluant les intrus.</p>



<p>Naturellement, l’idéal demeurait toujours pour chacun de s’imposer en fonction de ses propres intérêts, soit par la persuasion, sinon par le recours à la force, et c’était alors la guerre ouverte.</p>



<p>Ainsi les marchandises orientales en provenance de l’Asie, très prisées en Méditerranée, les Phéniciens&nbsp;se sont chargés de leur distribution, en subissant la rivalité des Grecs, et sur les côtes africaines.</p>



<p>Les guerres médiques ont-elles eu pour but le contrôle du débouché commercial de la route de la soie via la Perse? La campagne d’Alexandre le Grand jusqu’en en Afghanistan et les frontières de l’Inde semble le suggérer.</p>



<p>Plus tard, les Romains puis les Byzantins ont pris le relais dans cette confrontation entre l’Est et l’Ouest. Mais la soie est demeurée pendant des siècles en Chine un produit dont les procédés de fabrication étaient jalousement&nbsp; gardés jusqu’à ce que des espions byzantins en rapportent les secrets.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Calculs économiques et mobiles religieux</h2>



<p>Puis l’empire perse ayant été supplanté par les Arabes musulmans, ces derniers ont&nbsp; monopolisé le commerce international et la distribution des épices, très recherchés, avec la collaboration des cités italiennes Venise, Gênes, et Pise, et ce, malgré les Croisades et les interdits de la papauté, contre toute livraison de bois ou de fer aux musulmans, afin de les empêcher de développer une marine de guerre efficace.</p>



<p>Mais les calculs économiques primant sur les mobiles religieux, Venise afin de supprimer la concurrence commerciale de Byzance obtint le détournement de la Croisade en 1204 vers la ville qui fut pillée et occupée par les Latins pendant une cinquantaine d’années.</p>



<p>En Europe du Nord, quelques villes Allemandes constituées en Ligue, la Ligue Hanséatique, prétendirent monopoliser les échanges en imposant leurs prix et en boycottant depuis la mer Baltique jusqu’aux Flandres tous ceux qui refusaient leurs exigences. Mais cette Ligue finit par disparaître avec la constitution d’Etats puissants, particulièrement en Hollande, en Pologne et en Prusse.</p>



<p>En France le Roi réussit à déposséder à son profit l’ordre du Temple, des Croisés, accroissant d’autant ses richesses tout en éliminant un parti&nbsp;dangereux jouissant du soutien du Pape de Rome.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La manière forte contre les autochtones</h2>



<p>Néanmoins, la découverte de l’Amérique, entraîna un afflux d’or considérable en Espagne dans le même temps que ses galions chargés de richesse étaient attaqués lors de la traversée de l’Atlantique par les pirates et les corsaires anglais, hollandais et français.</p>



<p>Mais ce sont les Portugais qui, grâce au savoir-faire des marins arabes pilotant leurs navires, cassèrent le monopole arabe du commerce avec l’Orient en attaquant les villes et les navires bien moins performants que les leurs et en établissant des comptoirs sur les côtes de l’Inde, de Malaisie, et jusqu’aux îles Moluques.</p>



<p>Les Portugais commirent des massacres afin de dissuader quiconque de commercer sans leur autorisation, dont l’un des plus tristement célèbres fut celui ordonné par Vasco de Gama, mettant le feu à un navire musulman dont les passagers brûlèrent vif.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="u7DASO5h3i"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/06/la-sale-guerre-du-mexique-ou-la-destinee-imperiale-manifeste-de-lamerique/">‘‘La sale guerre’’ du Mexique, ou la destinée impériale manifeste de l&rsquo;Amérique </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La sale guerre’’ du Mexique, ou la destinée impériale manifeste de l&rsquo;Amérique  » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/06/la-sale-guerre-du-mexique-ou-la-destinee-imperiale-manifeste-de-lamerique/embed/#?secret=XHC4sEYRfY#?secret=u7DASO5h3i" data-secret="u7DASO5h3i" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Mais au début du XVIIe siècle vint le temps des compagnies commerçantes, constituées d’actionnaires, afin de minimiser les risques. Ainsi grâce à la compagnie des Indes Orientales d’Amsterdam les Hollandais en guerre contre l’Espagne devinrent des concurrents redoutables des Portugais qu’ils réussirent à supplanter, en particulier en Indonésie et réussirent à monopoliser le commerce des épices en réalisant de fabuleux profits.</p>



<p>Les Hollandais usèrent de la manière forte contre les autochtones qu’ils massacrèrent allègrement en particulier dans les Moluques afin de les obliger à se soumettre à leurs exigences commerciales. Ils empêchèrent dans un premier temps les Anglais, eux-mêmes constitués en sociétés d’actionnaires, de commercer malgré des accords conclus entre les deux parties, et ces derniers furent obligés de se rabattre sur l’Inde et de conclure des accords avec le Grands Moghol, légalisant leur entreprise.</p>



<p>Néanmoins, le démembrement de l’empire Moghol leur donna l’occasion d’occuper le Bengale et d’en accaparer les ressources qui allaient leur permettre de constituer des armées composées de soldats locaux, triompher de tous leurs adversaires en particulier les Français et les Mahrattes au XVIIIe au sortie de la guerre de sept ans, et soumettre la totalité du pays.</p>



<p>La particularité de la conquête anglaise fut donc qu’elle fut menée par une compagnie de commerçants dont les directeurs se trouvaient à Londres, et non par l’Etat Britannique. Il n’empêche, ce dernier leur apporta une aide considérable, en particulier grâce à sa marine de guerre qui empêcha les Français de dépêcher les renforts nécessaires à la défense de leurs comptoirs commerciaux. Les Hollandais furent tout autant évincés après leurs défaites navales face à leurs rivaux et leur influence en Extrême-Orient devint dès lors négligeable.</p>



<p>Néanmoins, la conquête de l’Inde ayant été coûteuse, la couronne britannique prétendit en faire payer le prix aux colons britanniques établis en Amérique, c’est du moins ainsi que ces derniers le comprirent et réagirent en jetant à la mer les cargaisons de thé dont la vente venait d’être taxée, déclenchant la guerre qui devait les mener à l’indépendance.</p>



<p>Les Etats-Unis d’Amérique furent ainsi constitués à l’image des sociétés d’actionnaires avec un parlement correspondant à l’assemblée générale, et un gouvernement équivalent au conseil d’administration. Ce n’est pas par hasard si le libéralisme économique demeure dans ce pays un dogme sacré.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l&#8217;empire britannique aux guerres mondiales  </h2>



<p>La prééminence de l’Angleterre ne fut pas menacée par le blocus continental imposé par Napoléon Bonaparte qui prétendait ruiner ainsi son commerce afin de la forcer à accepter ses conditions, et sa marine après en avoir détruit la flotte s’efforça de ruiner le commerce maritime de la France en attaquant et en saisissant les bateaux des nations neutres, et les Américains que les Français espéraient entraîner dans la guerre à leurs côtés préférèrent alors s’abstenir d’envoyer des bateaux commercer en Europe jusqu’à la fin du conflit.&nbsp;</p>



<p>Cependant, au milieu du XIXe siècle l’East India company, afin d’équilibrer son commerce largement déficitaire avec la Chine, organisa le trafic de l’opium sur une grande échelle  sous la protection de la marine britannique, cela déclencha deux guerres meurtrières dites guerres de l’opium dont l’une aboutit au saccage et à l’incendie du palais d’été de Pékin par les troupes anglaises, un acte de barbarie dont seule la cupidité de deux officiers fut responsable.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="7n9f1Ji0It"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/south-east-asia-la-quete-de-lautonomie-entre-chine-et-etats-unis/">«South East Asia»: La quête de l&rsquo;autonomie, entre Chine et Etats-Unis</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« «South East Asia»: La quête de l&rsquo;autonomie, entre Chine et Etats-Unis » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/south-east-asia-la-quete-de-lautonomie-entre-chine-et-etats-unis/embed/#?secret=oxeibs4yIr#?secret=7n9f1Ji0It" data-secret="7n9f1Ji0It" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Les Chinois étant attaqués durent payer des dommages de guerre à leurs agresseurs. Ces derniers envoyèrent un botaniste espionner les techniques de culture du thé, dont la Chine perdit alors le monopole de la production lorsqu’il fut cultivé au Bengale par les Anglais pour être commercialisé dans le monde entier. Mais trois années après, avec la grande révolte en Inde, l’East India company fut dissoute et l’administration de l’Inde fut assumée directement par le gouvernement britannique.</p>



<p>La France tenta bien une aventure coloniale au Mexique qualifiée de guerre des petits gâteaux, afin d’obliger ce pays à établir un traité de coopération, mais cette aventure qui vit le couronnement d’un Autrichien à la tête du trône du Mexique finit par le départ de l’armée française, les Etats-Unis à la fin de la guerre de sécession ayant menacé d’armer les révolutionnaires mexicains.</p>



<p>Cependant, avec la montée de l’impérialisme anglais, et depuis son unification et sa victoire contre la France en 1870, l’Allemagne apparaissait comme la puissance émergente dont l’essor&nbsp;industriel et commercial était susceptible de concurrencer l’Angleterre et de menacer ses monopoles en Europe et dans le monde.</p>



<p>Cette rivalité commerciale pour les marchés et l’approvisionnement en matières premières aggravait la rancœur de l’Allemagne qui privée de colonies importantes se voyait incapable de développer une économie sans passer par le bon vouloir de ses concurrents. Cela finit par devenir une guerre mondiale en 1914, et l’Allemagne tenta d’étrangler l’Angleterre grâce à la guerre sous-marine, mais privée de ravitaillement et d’approvisionnement par le blocus de ses ports, elle se trouva contrainte d’accepter l’armistice.</p>



<p>Cette leçon ne serait pas&nbsp;oubliée avec l’accession de Hitler au pouvoir dont le but serait d’assurer à l’Allemagne son autosuffisance en matières premières et produits agricoles nécessaires à son effort de guerre. Mais après avoir tenté de détruire la capacité industrielle anglaise par les bombardements aériens et la guerre sous-marine, c’est l’Allemagne qui fut détruite après l’entrée en guerre des Etats-Unis avec sa capacité de production militaire illimitée et sa flotte aérienne innombrable, combinée à la grande la contre-offensive soviétique.</p>



<p>La fin de la seconde guerre mondiale marqua le début d’une nouvelle ère, celle de la rivalité Est-Ouest, et le péril nucléaire avec le risque de destruction mutuelle imposa à la rivalité des blocs des limites strictes avec le recours à la guerre froide.</p>



<p>En 1973 le conflit israélo-arabe fut marqué par un embargo sur le pétrole par les pays producteurs;&nbsp;mais en réalité, l’augmentation des coûts qui en résulta bénéficia autant aux grandes compagnies&nbsp;pétrolières et relança l’exploitation aux Etats-Unis d’Amérique, en limitant ainsi la dépendance vis-à-vis du Moyen-Orient.</p>



<p>Par ailleurs, dans le contexte de la guerre froide, l’espionnage commercial industriel joua un grand rôle. Les Américains et les Soviétiques ne furent pas les seuls à y recourir. Les Japonais, grâce leur service d’espionnage, le Miti, acquirent de nombreux secrets industriels, parfois grâce à des questions anodines, ce qui permit à leurs entreprises l’essor qu’on leur connaît.</p>



<p>Néanmoins avec la chute de l’Union Soviétique et le triomphe du libéralisme, un autre embargo fut imposé à l’issue de la guerre du Golfe contre l’Irak en 1991, pendant plus de dix ans, avec des effets néfastes sur sa population.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Domination américaine et contre-pouvoir Chinois</h2>



<p>Les Etats-Unis, grâce à la mondialisation, s’assurèrent en dehors de leur capacité militaire les outils politiques, financiers, juridiques, et culturels, pérennisant leur contrôle et leur domination sur le monde.</p>



<p>Il faut à cet effet se souvenir de leur insistance à imposer en Europe la commercialisation des films issus de Hollywood et réalisés en étroite coopération avec le Pentagone, une manière efficace de diffuser les normes américaines et de rendre leur domination acceptée par les peuples&nbsp;comme naturelle dans l’ordre normal des choses. C’est ce qu’on appelle le <em>soft power</em>. Il a évidemment été renforcé par l’acquisition par les entreprises américaines de leurs concurrents grâce à différents moyens de pressions et à l’instauration de l’exterritorialité de lois américaines permettant&nbsp; la poursuite judiciaire pour des activités économiques légales normales n’importe où dans le monde, dès lors qu’elles sont considérées comme nuisibles aux intérêts américains.</p>



<p>L’acquisition d’Alsthom par Général Electric constitue à cet effet un cas d’école. Internet&nbsp;qui fonctionne sous le contrôle du Pentagone est un autre aspect de la domination mondiale grâce auquel des entreprises comme Cambridge Analytica analysent en direct l’état du monde et pèsent clandestinement sur les choix, les goûts, la consommation, les élections présidentielles ou certains référendums comme le Brexit. Mais cette domination américaine est en train de susciter l’émergence d’un contre-pouvoir chinois et dans une moindre mesure russe, dans le cadre d’un capitalisme d’Etat.</p>



<p>L’actuelle guerre en Ukraine et les mesures de rétorsion prises contre la Russie, comme son exclusion du système bancaire Swift et la mise&nbsp;hors&nbsp;service de ses gazoducs, démontrent que les considérations économiques continuent de primer, même pendant les guerres.</p>



<p>Nous en arrivons au cas de la Tunisie, dont le président ne partage pas le désir américain d’en faire l’emblème du triomphe de la démocratie libérale dans le monde arabe, et dont la population se trouve exposée à des pénuries de plus en plus sévères des produits de nécessité courante, évoquant les restrictions issues d’une&nbsp; guerre non-déclarée. On ignore où tout cela aboutira.</p>



<p>Néanmoins, si on s&rsquo;en réfère aux pratiques qui ont cours dans un milieu professionnel, celui de la cardiologie, on peut affirmer que la guerre économique menée pour créer des monopoles a débuté depuis longtemps et que sa pratique, conduisant à l’usage des stents périmés ainsi qu’il a été mis en évidence en 2016, a été étonnamment bien maîtrisée par une profession, dont l’honneur et la dignité devraient se situer plus dans la sauvegarde du malade que dans le mercenariat au bénéfice des grandes compagnies du Big Pharma, dans leurs efforts pour accaparer le marché.</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><strong><em>‘‘Histoire mondiale de la guerre économique’’, essai de Ali Laidi, éd. Perrin, 15 septembre 2016, 500 pages.</em></strong></p>
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		<title>L’Afrique entre rêve chinois et rêve américain</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Mar 2022 07:30:48 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La guerre en cours en Ukraine avec les sanctions contre la Russie et le risque de conflit autour de Taiwan avec une répétition des sanctions contre l’usine du monde qu’est la Chine, pourraient naturellement susciter des inquiétudes sur l’inflation, la réduction des échanges mondiaux voire la remise en cause de la mondialisation, dans un contexte...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/03/Etats-Unis-Chine-Afrique.jpg" alt="" class="wp-image-385269"/><figcaption><em>L&rsquo;Afrique est l&rsquo;un des théâtres de la compétition entre les rêves américain et chinois. </em></figcaption></figure></div>



<p><em><strong>La guerre en cours en Ukraine avec les sanctions contre la Russie et le risque de conflit autour de Taiwan avec une répétition des sanctions contre l’usine du monde qu’est la Chine, pourraient naturellement susciter des inquiétudes sur l’inflation, la réduction des échanges mondiaux voire la remise en cause de la mondialisation, dans un contexte de bataille de leadership du monde entre la Chine et les Etats-Unis. Dans ce décor brumeux, quelles opportunités nouvelles s’ouvrent à l’Afrique.</strong></em></p>



<p>Par <strong>Ould Amar Yahya</strong> *</p>



<span id="more-385268"></span>



<p>Ce mini séisme de guerre en Ukraine est moins important que celui qui a secoué la géopolitique en septembre 2001. Et pourtant, les évènements qui ont suivi n’ont pas changé le niveau d’insécurité dans le monde. Il en sera de même, après la crise ukrainienne, pour l’insécurité alimentaire mondiale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Relativiser l’impact de la crise ukrainienne</h2>



<p>La hausse des prix mondiaux a rendu les exportations de blé de certains pays très compétitives et seraient en mesure de combler au moins partiellement le vide laissé temporairement par la Russie et l&rsquo;Ukraine, c’est par exemple le cas de l’Inde.</p>



<p>Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que les exportations russes ont été interrompues. Cela s&rsquo;est passé :</p>



<p>&#8211; au début de la pandémie de Covid-19 en 2020, la Russie a temporairement interrompu ses exportations de céréales pendant quelques mois;</p>



<p>&#8211; la Russie avait arrêté ses exportations pendant près d’un an en 2010 après une série de sécheresses et d’incendies de forêt, décision qui avait fait grimper les prix dans le monde entier, avant de revenir par la suite sensiblement à leurs niveaux initiaux.</p>



<p>Aussi les sanctions et embargos sur la Russie ne portent nullement sur les exportations ou importations de denrées alimentaires ou d’engrais.</p>



<p>Les Etats-Unis et l’Union européenne ont intégré une dimension de sécurité alimentaire mondiale et ont veillé à ce que les sanctions imposées à la Russie n’aient pas d’incidence sur les pays tiers, y compris européens qui dépendent des exportations russes.</p>



<p>L’exclusion du système de paiement Swift ne concerne que 7 banques russes sur environ 300 institutions financières. Parmi ces banques exclues figure certes la deuxième banque du pays, mais toutes sont déjà connectées au CIPS (réseau de paiement chinois), comme d’ailleurs de grandes banques occidentales, telles que HSBC, Standard Chartered, Citigroup, BNP Paribas, 30 banques au Japon, 31 banques africaines… pour leurs opérations en Yuan.</p>



<p>Donc les exportations de denrées alimentaires et d’engrais russes et ukrainiens vont se poursuivre, certainement dès la fin de la crise au plus tard fin juin 2022. Il peut y avoir, côté ukrainien, quelques retards dans la reprise des exportations liés aux dégâts des opérations militaires sur certaines routes, chemins de fer ou ports.</p>



<p>Certes, la guerre en Ukraine s’est superposée à la crise économique liée à la pandémie du Covid dans un contexte de hausse générale des prix de denrées alimentaires, conséquence des niveaux élevés des cours du pétrole et de la désorganisation mondiale du transport maritime.</p>



<p>Les quatre principaux pays africains dépendant du blé russe sont l’Egypte, le Nigéria, la Libye et le Soudan.</p>



<p>Au-delà de l’impact des crises géopolitiques ou sanitaires sur les prix de denrées alimentaires, l’inflation s’inscrit dans une tendance lourde. Les principaux facteurs explicatifs : les dérèglements climatiques, la hausse de la demande en produits alimentaires liée à l’accroissement de la population mondiale – 8 milliards, population qui s’est multipliée par 4,5 en un siècle – dans un monde de surfaces cultivables quasi-constantes et la hausse du niveau de vie dans les pays émergents.</p>



<p>Dans ce contexte d’offre contrainte et de demande sans limite, l’Afrique doit prioriser sa sécurité alimentaire par des politiques, des organisations et des infrastructures adéquates en créant les conditions propices au secteur agricole.</p>



<p>La combinaison de tensions géopolitiques, de sanctions américaines et européennes, de vision à long terme sur le dollar en raison, entre autres, de l’endettement excessif des Etats-Unis (30 000 milliards USD en 2022) et des mutations structurelles du commerce mondial, rappelle à l’Afrique trois urgences : l’accélération de son union avec une monnaie unique, la constitution d’une plateforme de paiement interbancaire continentale (l’équivalent Swift ou CIPS africain), enfin un rééquilibrage au profit de l’or dans les réserves des banques centrales.</p>



<p>C’est d’ailleurs un mécanisme de <em>«pétrole contre or»</em> qui a été utilisé entre l’Inde, la Turquie et l’Iran pour permettre à ce dernier d’exporter son pétrole.</p>



<p>Cet endettement vertigineux combiné aux volontés de dédollarisation dans plusieurs pays, par peur de sanctions et de coupure du système de paiement Swift, ne sont pas de nature à rassurer sur les performances futures des actifs en dollar.</p>



<p>Dans l’hypothèse extrême d’un abandon progressif du dollar dans les échanges internationaux et donc d’un affaiblissement de l’économie américaine – qui sera de toute façon relatif sur les cent prochaines années – une autre inquiétude juridique pourrait apparaitre pour certains créanciers, concernant l’impossibilité de poursuivre en justice les Etats-Unis en cas de répudiation de leurs dettes.</p>



<p>En effet, le 11<sup>e</sup> Amendement à la Constitution des Etats Unis prescrit que <em>«le pouvoir judiciaire des Etats-Unis ne peut mener aucun procès civil ou en équité à l’encontre de l’un des Etats des Etats-Unis intenté par un citoyen d’un autre Etat, ou par des citoyens ou sujets d’Etats étrangers»</em>. Autrement dit, l’Etat peut répudier sa dette et ne peut être poursuivi, c’est l’impunité souveraine. Il reste cependant un espoir minime pour les créanciers : les Etats du New Jersey et de Pennsylvanie n’ont jamais ratifié cet Amendement de la Constitution des Etats-Unis.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Y aura-t-il une bipolarisation du monde : Occident contre Chine-Russie?</h2>



<p>Cela est peu probable. Le bras armé de l’OCDE, les Etats-Unis, sont tellement endettés, plus de 30 000 milliards de dollars US (125% du PIB), qu’il leur est difficile de faire face à une crise géopolitique majeure.</p>



<p>La Russie n’est pas une puissance économique.</p>



<p>Cependant, la Chine contrairement à la Russie, n’est pas simplement une puissance militaire, elle est aussi la deuxième économie du monde et la plus grande nation commerçante.</p>



<p>L’Occident n’a jamais connu auparavant un tel véritable concurrent : économique, technologique et militaire. Une guerre froide, avec de vieilles méthodes d’un autre siècle, ne peut être gagnée, puisque l’option militaire est suicidaire pour tous.</p>



<p>L’histoire nous apprend que c’est le changement en URSS qui avait mis fin à la bipolarisation du monde et cela avait duré plus de 40 ans. Le facteur clé est donc le temps, c’est-à-dire le temps nécessaire pour qu’un changement ou implosion se produise en Chine et cela est hors de prévision des esprits sains, pour l’usine de production mondiale qu’est la Chine.</p>



<p>Par ailleurs, la Chine et l’Occident sont intégrés économiquement, voire dépendants.</p>



<p>En 2021, les échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis se sont élevés à 756 milliards de dollars, tandis que le déficit commercial entre les États-Unis et la Chine a été de 355 milliards de dollars. Quant à l’Union européenne, ses importations et exportations de/vers la Chine ont été respectivement de 472,2 et 223,3 milliards d’euros soit un déficit commercial de 248,9 milliards d’euros.</p>



<p>La Chine est le troisième partenaire commercial des Etats Unis et le deuxième de l’Union Européenne.</p>



<p>Les sanctions occidentales contre la Chine entraineraient :</p>



<p>&#8211; une hausse immédiate de l’inflation, actuellement de 7% dans les pays de l’OCDE, à laquelle s’additionnerait une hausse liée à la relocalisation des usines de production et à la réindustrialisation;</p>



<p>&#8211; une perte du stock actuel des investissements occidentaux en Chine, s’élevant à 3 500 milliards de dollars américains, à ajouter aux 600 milliards d’investissements perdus en Russie;</p>



<p>&#8211; un abandon généralisé des réserves de change en devises de pays de l’OCDE, au profit du Yuan et autres paniers de monnaies non OCDE.</p>



<p>Les éléments ci-dessus poussent à plus de retenue et de collaboration entre la Chine et l’Occident.</p>



<p>La rivalité entre l’Occident et la Chine est enracinée dans des intérêts conflictuels et dans les croyances de chacun quant à son rôle dans le monde.</p>



<p>C’est une compétition entre deux rêves : le rêve américain et le rêve chinois.</p>



<p>Le premier veut garder le leadership du monde dictant ses règles, normes et valeurs; le second conquérant et commercialement agressif, confiant dans sa force et dans sa conviction d’un déclin en cours en Occident, veut occuper l’espace qu’il croit avoir en tant que puissance montante, du moins dans son propre continent asiatique. La Chine en tant que puissance militaire et économique, voit la présence militaire des États-Unis en Asie comme une menace pour sa stabilité.</p>



<p>En plus des nouveaux soupçons d’aide militaire à la Russie, l’administration américaine accuse la Chine de subventionner des industries ciblées au détriment des entreprises américaines et étrangères, de manipuler sa monnaie pour encourager ses exportations et de réduire ses importations, de voler la technologie occidentale, de soutenir des régimes autoritaires, de vouloir s’attaquer à l’ordre international libéral en créant <em>«un monde sûr pour l’autocratie»,</em> d’avoir emprisonné un million de Ouïghours et d’autres minorités musulmanes au Xinjiang, de censurer et de poursuivre ses dissidents.</p>



<p>Dans cette confrontation, seule une Union africaine, dans le respect du droit international, peut préserver la neutralité nécessaire du continent dont plusieurs pays, au gré de leurs intérêts à court terme, pourraient aujourd’hui s’aligner sur l’un ou l’autre des blocs : Occident ou Chine/Russie. Ces tensions géopolitiques restent étrangères aux intérêts de l’Afrique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Y aura-t-il remise en cause de la mondialisation&nbsp;?</h2>



<p>L’avenir de l’Afrique est dans la mondialisation. Ce sont les fruits de la mondialisation qui ont permis, sur la période 1980-2020, une hausse du revenu par habitant en Chine de +4 695% et en Asie de +658%.</p>



<p>La désindustrialisation en Occident avec la baisse de la production, la hausse du chômage et la concurrence féroce des économies asiatiques semble peser contre la mondialisation dans les opinions publiques dans les pays de l’OCDE, pourtant promoteurs initiaux de celle-ci.</p>



<p>Les tensions commerciales sont apparues et un protectionnisme plus diffus s’est installé en Occident avec l’imposition de normes sociales, environnementales (pollution, OGM, pesticides…), techniques, sanitaires…</p>



<p>Les accords bilatéraux de libre-échange se sont multipliés affaiblissant de facto l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l&rsquo;Accord général sur les tarifs et le commerce (GATT) et tout mécanisme d’ouverture commerciale.</p>



<p>La mondialisation s’est accompagnée naturellement d’une fragmentation des processus de production. Par exemple, les composants d’un produit fini comme une voiture ou un téléphone sont fabriqués dans différents pays offrant des avantages de coûts salariaux, de productivité, de proximité… Et cela pose un problème pour l’efficacité supposée des embargos ou sanctions, paiements, transport… L’interdépendance devient alors un risque supposé pour les pays développés.</p>



<p>Compte tenu de cette internationalisation des processus de production, les pays développés ne peuvent pas taxer fortement, sur leurs marchés, les produits finaux censés appartenir à leurs entreprises, les rendant moins compétitives sur leurs propres marchés (exemple sur le marché américain, l’IPhone dont des composants sont fabriqués en Chine face à la concurrence du Samsung coréen).</p>



<p>Aujourd’hui, un éventuel démentiellement des chaines de production aurait un coût prohibitif pour l’économie mondiale avec une hausse certaine de l’inflation. A moins que les usines robotisées d’un futur lointain puissent remplacer l’exigence de main d’œuvre intensive.</p>



<p>Certes il y a eu une diminution de la production et de l’emploi dans les pays développés mais elle s’est accompagnée d’une baisse des prix des biens, bénéficiant à leurs consommateurs.</p>



<p>Aussi, sur les vingt dernières années, dans les pays de l’OCDE (zone Euro, Usa, UK et Japon), la part de l’emploi manufacturier dans l’emploi total n’a pas baissé <em>«fortement» –</em> comme le martèle certains discours politiques – en passant de 15% à 11%, avec une quasi-stabilisation de la part de la valeur ajoutée manufacturière (en volume) dans le PIB (en volume), à environ 13,7%.</p>



<p>La mondialisation et le multilatéralisme restent des facteurs de paix, de prospérité pour tous et de développement économique.</p>



<p>Par manque de synergies et d’organisation, l’Afrique n’a pas pu bénéficier des retombées positives de la mondialisation. Pendant que les grandes nations s’organisent les pays africains sont restés en rang dispersé, ne pouvant mutualiser leurs forces et défendre leurs intérêts dans un monde globalisé.</p>



<p>Ainsi les exportations africaines sont restées les mêmes : matières premières brutes.</p>



<p>L’Afrique a simplement <em>«profité»</em> de la croissance mondiale qui a entraîné une hausse des importations des matières premières africaines…</p>



<p>Avec une Union africaine forte, le continent aura les moyens de valoriser ses exportations en transformant ses matières premières, en mettant en place une industrie africaine pouvant générer des emplois et des retombées d’exportation colossales.</p>



<p>L’enrichissement accéléré de l’Asie avec la hausse des revenus par habitant conduira dans un proche avenir à un basculement du centre de gravité de la production mondiale vers l’Afrique et ses énormes richesses de matières premières et particulièrement des <em>«métaux critiques ou stratégiques»</em> pour le développement des technologies du futur (électronique, télécommunication, nucléaire, énergie, aéronautique, transport…).</p>



<p>Cela se fera, sans nul doute, si l’Afrique, en mutualisant ses potentialités, met en place son union et sa monnaie unique, servant pour libeller ses exportations. Un rêve africain qui est à notre portée et qui peut se réaliser, si nos dirigeants lèvent les entraves de souverainetés pour réaliser notre union, entraves d’un autre siècle, totalement irrationnelles dans un monde globalisé et qui le restera.</p>



<p>* <em>Economiste, banquier, financier.</em></p>



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		<title>La grande crise de la Covid-19 et ses impacts sur l&#8217;économie mondiale (3-3) : Quid de mondialisation ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/16/la-grande-crise-de-la-covid-19-et-ses-impacts-sur-leconomie-mondiale-3-3-quid-de-mondialisation/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Aug 2020 09:36:47 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[protectionnisme]]></category>
		<category><![CDATA[technologie 5G]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour sauver le monde de la pandémie de la Covid-19, il a fallu sacrifier l’économie. Voilà la situation redoutable que les décideurs de tous les pays y compris la Tunisie ont à affronter. La crise engendrée par cette pandémie ne ressemble à aucune autre. Elle a commencé par un choc de l’offre – la production...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Mondialisation-Covid-19.jpg" alt="" class="wp-image-312225"/></figure>



<p><strong><em>Pour sauver le monde de la pandémie de la Covid-19, il a fallu sacrifier l’économie. Voilà la situation redoutable que les décideurs de tous les pays y compris la Tunisie ont à affronter. La crise engendrée par cette pandémie ne ressemble à aucune autre. Elle a commencé par un choc de l’offre – la production a chuté alors que les travailleurs restaient chez eux – et a été suivi d’un choc de la demande alors que les revenus diminuaient. Cela aura des conséquences dont l’ampleur n’est pas encore évaluée. Peut-on espérer des réformes profondes qui conduiraient à un nouvel ordre international plus inclusif, coopératif et stable ?</em></strong></p>



<p>Par <strong>Ezzeddine Larbi</strong> *</p>



<span id="more-312223"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Ezzeddine-Larbi.jpg" alt="" class="wp-image-311579"/></figure></div>



<p>La crise de Covid-19 soulève la question de savoir si la mondialisation a atteint son apogée. Les deux dernières décennies ont été impactées par deux chocs d’offre positifs à savoir la mondialisation et la technologie. Maintenant, la mondialisation va devenir dé-globalisation (protectionnisme et fragmentation) donc un choc négatif et la technologie ne sera plus la même : la rivalité stratégique entre la Chine et les États-Unis et les guerres commerciales sont à l&rsquo;origine de ces tendances. Et cette prédiction de la dé-globalisation est elle-même ancrée dans l&rsquo;idée que les États-Unis et la Chine sont enfermés dans un piège de Thucydide, dans lequel les tensions géopolitiques entre une puissance dominante et montante vont submerger.</p>



<p>La rivalité stratégique sur la technologie 5G entre les États-Unis et la Chine confronte les pays à un choix entre les deux superpuissances : la 5G non chinois coûterait 50% plus cher. C’est l’âge de <em>«Splinternet»</em>, internet fragmenté, qui peut entraîner la détérioration des régimes démocratiques, des marchés libres et ouvert et davantage de corruption.</p>



<p>La pandémie accélérera probablement la pression pour localiser les industries stratégiques telles que la production pharmaceutique, l’agro-industrie et la technologie.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Améliorer l’environnement commercial et poursuivre l’intégration régionale</h3>



<p>Pour profiter de l’opportunité offerte par la délocalisation, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique devraient à la fois améliorer leur environnement commercial et poursuivre l’intégration régionale. Ils doivent régionaliser leurs programmes de concurrence et de réglementation. Ils pourraient également envisager un régulateur numérique régional. Ce serait difficile politiquement mais cela en valait la peine. Les régulateurs régionaux ont les meilleures chances de libérer le plein potentiel des pays en développement.</p>



<p>La réponse numérique au travail à domicile résultant de la pandémie a été impressionnante dans les économies avancées, mais également dans les pays en développement. Pourtant, la mauvaise qualité d&rsquo;Internet dans les pays en développement risque d’accentuer la fracture numérique.</p>



<p>Encore une fois, la pandémie a accéléré les tendances vers les petits détaillants vendant en ligne, l’apprentissage à distance, la vidéoconférence, le streaming vidéo et les jeux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Qu’en est-il des perspectives de l’économie mondiale ?</h3>



<p>La récession due à la pandémie du coronavirus sera suivie d’une reprise terne. Les marchés financiers voient manifestement un avenir beaucoup plus radieux. Comme mentionné, il y a une relance monétaire massive et une relance budgétaire massive dans les pays développés. Les gens s’attendent à ce que les nouvelles de la contagion s’améliorent et qu’il y ait un vaccin à un moment donné. Et il y a un élément «<em>FOMO</em>» [peur de rater]. Il y a des millions de nouveaux comptes en ligne – des chômeurs assis à la maison faisant du day-trading – et ils jouent essentiellement sur le marché sur la base du sentiment pur.</p>



<p>À mon avis, il y aura une correction significative une fois que les gens se rendront compte que la reprise sera en forme de U pour ne pas dire W ou L alors que les marchés financiers semblent envisager une reprise en forme de V.</p>



<p>La délocalisation ne ramènera pas réellement des emplois, mais accélérera seulement l&rsquo;automatisation, tout en créant de nouveaux emplois. Le travail par les robots, l’automatisation, et l’intelligence artificielle entraîneront une augmentation de la productivité avec des bénéfices supérieurs.</p>



<p>Le marché, tel qu’il est actuellement ordonné, va rendre le capital plus fort et le travail plus faible. Donc, pour changer cela, il faut investir dans les employés. Donnez-leur une éducation, un filet de sécurité sociale – donc s’ils perdent leur emploi à cause d’un choc économique ou technologique, ils reçoivent gratuitement une formation professionnelle, des allocations chômage, des prestations sociales, des soins de santé. Sinon, les tendances du marché vont impliquer davantage d’inégalités de revenu et de richesse. Beaucoup peut être fait pour le rééquilibrer.</p>



<p>Le monde a besoin d’un leadership mondial afin d’étendre les ressources nécessaires aux pays qui en ont le plus besoin. Ce leadership doit venir des deux plus grands du monde – Chine et Etats-Unis. Les deux puissances doivent «prendre les devants» et assurer le leadership mondial à un moment où les pays les plus pauvres du monde sont en difficulté à cause de la pandémie.</p>



<p>Les élections présidentielles américaines de novembre pourront constituer le «tournant» lorsque les deux pays parviendront à un dialogue. J’espère que d’autres pays, les plus petites démocraties du monde, peuvent les pousser à se réunir dans une sorte de dialogue.</p>



<p>Ainsi, après des années très difficiles, voire de misère, nous espérons arriver à développer un ordre international plus inclusif, coopératif et stable. Toute fin heureuse suppose que nous trouvons un moyen de survivre aux temps difficiles à venir.</p>



<p>* <em>Professeur agrégé de sciences économiques à l’Université de Tunis; consultant principal auprès de la Banque Mondiale (BM) et de la Banque africaine de développement (BAD).</em></p>



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</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="jWhzY70piH"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/12/la-grande-crise-de-la-covid-19-et-ses-impacts-sur-leconomie-mondiale-1-2/">La grande crise de la Covid-19 et ses impacts sur l&rsquo;économie mondiale (1-3)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La grande crise de la Covid-19 et ses impacts sur l&rsquo;économie mondiale (1-3) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/08/12/la-grande-crise-de-la-covid-19-et-ses-impacts-sur-leconomie-mondiale-1-2/embed/#?secret=pbYs0yPLfG#?secret=jWhzY70piH" data-secret="jWhzY70piH" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Et si la pandémie du coronavirus était une chance pour l’humanité ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/25/et-si-la-pandemie-du-coronavirus-etait-une-chance-pour-lhumanite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Apr 2020 12:49:03 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Covid-19]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les changements profonds provoqués par la pandémie du coronavirus (Covid-19) dans le vécu des hommes, de tous les hommes, sous toutes les latitudes, doivent nous donner à réfléchir aux meilleurs moyens de préserver la vie, par la réhabilitation des principes humanistes. Par Hichem Cherif * L’humanité est ébranlée par un petit machin microscopique appelé coronavirus....</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete-Terre.jpg" alt="" class="wp-image-296028"/></figure>



<p><strong><em>Les changements profonds provoqués par la pandémie du coronavirus (Covid-19) dans le vécu des hommes, de tous les hommes, sous toutes les latitudes, doivent nous donner à réfléchir aux meilleurs moyens de préserver la vie, par la réhabilitation des principes humanistes.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Hichem Cherif</strong> *</p>



<span id="more-296027"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/08/Hichem-Cherif.jpg" alt="" class="wp-image-170144"/></figure></div>



<p>L’humanité est ébranlée par un petit machin microscopique appelé coronavirus. La société de consommation mondialisée est effondrée. Ce machin invisible est venu imposer sa loi à des dirigeants qui font du populisme et parlent aux émotions de leurs électeurs pour se faire élire. Il est venu remettre tout en question et chambouler l’ordre établi, basé sur le <em>«plus/plus»</em> sans tenir compte des limites des ressources naturelles et du nécessaire équilibre naturel fondé sur la modération, sur <em>«l’être» </em>et non sur <em>«l’avoir»</em>, sur l’amour du prochain et non sur la haine de l’autre, sur le sacrifice de soi pour le bien de la collectivité et non sur celui de l’individu…</p>



<p>Ce petit machin a réussi là où les grandes puissances occidentales ont échoué : il a obtenu le cessez-le-feu ou la trêve en Syrie, en Libye, au Yémen…</p>



<p>Ce que l’armée algérienne n’a pu obtenir, ce petit machin l’a obtenu : le <em>hirak</em> a pris fin.</p>



<p>Ce que les entreprises n’ont pu obtenir, ce petit machin l’a obtenu : la réduction des impôts, les crédits à taux zéro, la baisse des cours des matières premières stratégiques…</p>



<p>Ce que les gilets jaunes et les syndicats n’ont pu obtenir en France, ce petit machin l’a obtenu : la baisse de prix à la pompe, la protection sociale renforcée…</p>



<p>En deux temps trois mouvements, le prix du carburant a baissé, la pollution a diminué, les gens ont commencé à avoir du temps, tellement de temps qu’ils ne savent même pas quoi en faire. Les parents apprennent à connaître leurs enfants, les enfants apprennent à rester en famille, le travail n’est plus une priorité, les voyages et les loisirs ne sont plus la norme d’une vie réussie.</p>



<p>Soudain, en silence, nous nous tournons vers nous-mêmes, pour nous voir sans fard, pour réapprendre la valeur des mots vulnérabilité et solidarité, pour rétablir nos priorités.</p>



<p>Soudain, nous réalisons que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, riches et pauvres et que nous avions dilapidé les ressources de la nature pour le plaisir des sens; et constatons que les hôpitaux sont pleins et que l’argent n’a aucune importance, que nous avons tous la même identité <em>«humaine»</em> sur cette planète, indépendamment de nos couleurs et notre nationalité, face au même ennemi qui s’en fout de l’état de notre compte en banque, de notre religion, de notre statut social.</p>



<p>Nous réalisons que dans les garages, les voitures haut de gamme sont arrêtées juste parce qu’elles ne servent plus à rien et n’impressionnent plus personne.</p>



<p>Quelques jours seulement ont suffi à l’univers pour établir une sorte d’égalité sociale qui était impossible à imaginer. La peur a envahi tout le monde. Elle a changé de camp. Elle a quitté les sociétés pauvres du tiers monde pour aller habiter les cœurs des riches et des puissants. Elle leur a rappelé leur précaire humanité et les principes de l’humanisme, qu’ils ont presque oubliés.</p>



<p>Puisse cela servir de leçon à ceux qui, feignant d’oublier la vulnérabilité des êtres humains et la précarité de leur condition sur terre, rêvent d’aller habiter sur la planète mars et se croient assez forts pour cloner des cellules vivantes, prolonger leur vie et espérer vivre pour l’éternité.</p>



<p>Puisse cela servir à réaliser la limite de l’intelligence humaine face à la force de la nature qui se venge des ravages commis dans la faune et la flore et part à la reconquête des villes désormais désertes. Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, pour que la force devienne faiblesse, pour que les pouvoirs prônent la solidarité et la concertation car leurs armes lourdes ne font plus peur à personne. Même les marchands de la foi se taisent car ils ne peuvent plus rien promettre aux croyants, pas même une mort décente. Les mosquées se vident, las cathédrales sont désertées, le mur de lamentation est muet.</p>



<p>Le petit machin a eu raison du jihad, de la xénophobie et du racisme.<br>Il a suffi de quelques jours pour que l’Afrique devienne un continent sûr où la pandémie n’a pas réussi à tuer comme elle tue en Europe ou aux Etats-Unis.</p>



<p>Il a suffi de quelques semaines pour que le songe devienne mensonge, pour que l’humanité prenne conscience qu’elle n’est que souffle et poussière et que le mode de vie basé sur la consommation, l’individualisme, l’apparence et la frénésie de l’égo est une voie sans issue.</p>



<p>Qui sommes-nous? Que valons-nous ? Que pouvons-nous face à ce coronavirus? Rendons-nous à l’évidence en attendant la providence.</p>



<p>Cherchons notre <em>«humanité»</em> dans cette <em>«mondialité»</em> économique défaite par le coronavirus.</p>



<p>Profitons de cette pandémie pour revoir notre mode de fonctionnement.</p>



<p>Revenons aux fondamentaux de la vie au lieu de chercher à nous agripper à l’éphémère et à l’illusoire, en prônant les valeurs de l’entraide, de l’intérêt collectif, de l’amour de l’autre, du développement de<em> «l’être»</em>, de la culture, de la pondération, de la tolérance…</p>



<p>À bon entendeur salut !</p>



<p><em>* Avocat. </em></p>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>



<figure class="wp-block-embed-wordpress wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
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</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/25/et-si-la-pandemie-du-coronavirus-etait-une-chance-pour-lhumanite/">Et si la pandémie du coronavirus était une chance pour l’humanité ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Covid-19 : Conséquences économiques, sociales et humaines de la crise</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/14/covid-19-consequences-economiques-sociales-et-humaines-de-la-crise/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2020 09:06:08 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Union européenne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les développements successifs de la crise sanitaire du Covid-19 ont créé un double choc de l’offre et de la demande au niveau mondial : par la décision du confinement de la région de Wuhan, la Chine a provoqué l’arrêt brutal de la production de nombreux sous-traitants d’industries occidentales et la désorganisation des chaînes de valeur...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/14/covid-19-consequences-economiques-sociales-et-humaines-de-la-crise/">Covid-19 : Conséquences économiques, sociales et humaines de la crise</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Planete-coronavirus-3.jpg" alt="" class="wp-image-292743"/></figure>



<p> <strong><em>Les développements successifs de la crise sanitaire du Covid-19 ont créé un double choc de l’offre et de la demande au niveau mondial : par la décision du confinement de la région de Wuhan, la Chine a provoqué l’arrêt brutal de la production de nombreux sous-traitants d’industries occidentales et la désorganisation des chaînes de valeur associées. Parallèlement, le choc de la demande résulte de l’effondrement des secteurs directement touchés par la crise chinoise (transports, tourisme), amplifiés par les mesures de confinement prises par les pays occidentaux ayant réduit drastiquement leur activité économique. </em></strong></p>



<p> Par<strong> Henry Marty-Gauquié </strong>* </p>



<span id="more-294062"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2017/09/Henry-Marty-Gauquié.jpg" alt="" class="wp-image-113801"/></figure></div>



<p> La crise sanitaire a en effet amené les pays concernés à proclamer des mesures d’urgence, <em>«quoiqu’il en coûte»</em> : orientées vers un surcroît indispensable des dépenses de santé, la prise en charge par les deniers publics des effets du chômage partiel et l’aide aux entreprises, prioritairement les PME. </p>



<p> Les budgets consacrés portent sur des montants significatifs : 100 milliards d’€ en France, 60 en Allemagne, 200 en Italie(1) et 2200 milliards de US$ aux Etats-Unis. Ces montants, qui sont appelés à augmenter, accroîtront d’autant les déséquilibres des finances publiques et les besoins d’emprunts des Etats. La France sera ainsi en récession d’au moins 6% du PIB (soit une perte de valeur d’environ 180 milliards d’€ auxquels il faut ajouter la perte des ressources fiscales associées, soit une quarantaine de milliards) devant conduire à un déficit budgétaire de l’ordre de 8% du PIB. </p>



<p> Cette crise, bien que de nature très différente de celle de 2008, présente deux similarités : la question du refinancement de certaines dettes publiques (et donc la crédibilité de la Zone €) et une éventuelle crise des crédits bancaires, en raison du grand nombre de faillites à venir et de l’appréciation incomplète des risques.</p>



<p> Au total, on peut estimer que le besoin d’emprunt des pays européens sur les marchés financiers sera de l’ordre de 1500 milliards, auquel il faudra ajouter le besoin d’émission américain (2000 milliards au moins), etc. </p>



<p> Au niveau mondial, on s’achemine donc vers un <em>«scénario à la japonaise»</em>, celui d’une croissance durablement atone, d’un surendettement public et privé en parti nourri par de la création monétaire, des inégalités et des tensions croissantes. </p>



<p> L’ONG Oxfam estime que 500 millions de personnes pourraient passer sous le seuil de la pauvreté et l’Organisation internationale du travail (OIT) que 1,2 milliard d’emplois sont en situation de précarité dans le monde, dont 5 millions dans les pays arabes et 12 millions en Union européenne.</p>



<h3 class="wp-block-heading"> Les effets négatifs du confinement massif dans une démocratie </h3>



<p> La décision de confiner une population (et pas seulement les personnes malades ou fragiles) est par nature politique. La Chine, après avoir tenté de cacher l’épidémie pendant 6 semaines puis de mentir sur son ampleur, a envoyé au monde occidental un double message : celui d’une image de responsabilité (<em>«en confinant notre population, nous tentons de sauver le monde»</em>) et celui d’une mise en garde : <em>«vous dépendez de nous pour assurer votre mode de vie, alors cessez de nous menacer»</em>. Cette première étape à été suivie d’une<em> «diplomatie de la solidarité»</em> : envoi de matériel et d’experts sanitaires, offre de prêts, etc., aux pays européens les plus fragilisés, Italie au premier chef.</p>



<p> En France, la décision de confiner fut également politique, avec un double objet : technique, mobiliser la population sur la gravité de la situation et donner du temps à l’appareil de soins pour s’organiser; politique, tenter de redresser la courbe de popularité du pouvoir affaibli par deux années de conflits sociaux, de réformes et de perte de crédibilité de la parole publique. </p>



<p> Si le premier objectif semble à l’évidence rempli, les études d’opinion renseignent que l’amélioration du second est éphémère. On aurait pu pourtant s’attendre à ce que la gouvernance d’un pays très développé ait mieux évalué les effets négatifs du confinement massif dans une démocratie : outre les aspects économiques, l’accroissement des inégalités (dans le domaine scolaire , de l’accès au numérique, du logement, de la garde des enfants, etc.), la montée en flèche des violences à l’encontre des femmes, des enfants, des personnes fragiles, la disruption des soins aux autres malades, les situations individuelles de détresse sanitaire ou sociale, les désorganisations logistiques, les faillites d’entreprises, etc. </p>



<p> Certes, la Chine ayant établi le paradigme du confinement comme moyen curatif de l’épidémie et l’Espagne comme l’Italie y ayant eu recours, il paraissait difficile de renoncer à cette formule pour la France. Cependant, nous aurions pu, comme dans d’autres pays, mettre en place un confinement très différencié préservant le maximum d’actifs par l’observation systématique des gestes barrière et la recherche sur les lieux de travail des symptômes (en attendant la disponibilité des moyens de dépistage); le confinement n’aurait strictement concerné que les plus fragiles, les malades ou suspects de maladie. </p>



<p> Quoiqu’il en soit, la formule retenue en France paraît économiquement intenable, socialement injuste et sanitairement incertaine comme en témoigne la part réduite (moins de 15%) de la population ayant été en contact avec le virus ; loin des 60% nécessaires pour assurer la résistance naturelle de la population en cas de seconde vague. C’est cet ensemble de déficiences qui rend si complexe la sortie du confinement en France et son manque de clarté qui, par ailleurs, minore les efforts de la Commission européenne pour mettre en place une sortie coordonnée des confinements et une protection renforcée des frontières de l’Union.</p>



<h3 class="wp-block-heading"> Des leçons pour réorganiser un monde meilleur </h3>



<p> Lorsque tout cet épisode sera arrivé à son terme, il conviendra d’en tirer les leçons pour réorganiser un monde meilleur; celles-ci me paraissent au nombre de cinq :</p>



<p><strong> -Il nous faut plus d’Europe </strong>: comme en 2008, les institutions européennes ont rapidement réagi(2), mais les dissensions entre les Etats ont encore donné de la voix et ce n’est que sur le plus facile que l’accord s’est rapidement dessiné : refinancements et garanties européens pour venir en aide aux PME/TPE (à hauteur potentielle de 200 milliards); participation de l’UE à la prise en charge publique de l’indemnisation du chômage partiel (jusqu’à 100 milliards, financés par l’emprunt). </p>



<p> Plus difficile ont été les débats pour préserver l’intégrité de la Zone € : il a fallu négocier jusqu’au 9 avril pour établir un mécanisme de mutualisation de la dette publique liée à la crise afin d’éviter la faillite sur les marchés d’un ou plusieurs Etats de la Zone €, l’Italie en premier lieu(3). Toutefois, le plafond défini par l’accord (240 milliards d’€) ne correspond qu’à un peu plus que la moitié des besoins de refinancement de l’Italie sur les marchés cette année; en cas d’aggravation, il faudra donc le renforcer et il devient à présent clair qu’il serait nécessaire de faire évoluer le MES pour en faire un Fonds monétaire européen. </p>



<p> En revanche, l’accord n’est pas encore trouvé pour doter l’Union d’un budget contracyclique d’un poids significatif pour assurer un niveau élevé d’investissements prioritaires à qui les milliards mobilisés pour surmonter la présente crise vont manquer. Certes, ces dernières années, les investissements dans les domaines de l’adaptation climatique, de l’innovation et du développement social et humain avaient bénéficié du <em>«Plan Juncker»</em>; mais l’instrument est de nature bancaire et n’était que partiellement adapté à ces secteurs restés sous-investis comme l’impréparation du secteur hospitalier à la gestion de la pandémie vient d’en donner la cruelle illustration dans plusieurs pays européens.</p>



<p> &#8211;<strong>Il nous faut également plus d’Europe pour notre relation avec notre voisinage méridional et oriental</strong>, toujours si dépendant économiquement de l’économie européenne, déjà si durement touché par la précédente crise et par le retour des logiques d’ordre totalitaires, génératrices de conflits et de répressions. </p>



<p> Certes, la Commission a proposé une action spécifique pour l’Afrique proche du milliard d’€ ainsi qu’un mécanisme de garanties aux entreprises, mais ces pays sont menacés tant par la chute du prix du pétrole que par la récession européenne qui risquent de faire basculer un tiers de la population en pauvreté(4); sans évoquer les conséquences des conflits endémiques (Irak, Syrie, Yémen, Libye, Donbass). </p>



<p> À l’aune de ces fragilités, la pandémie ne peut qu’avoir des effets dévastateurs qui, cependant, seront sans doute moins importants que les conséquences humaines de notre propre effondrement économique. C’est donc moins leur montant qui continue de rendre nos aides inopérantes en Méditerranée et Europe orientale, que notre absence de vision et d’offre politique pour notre voisinage et aux grands acteurs régionaux concernés (Russie, Turquie, Iran). Ici encore, l’UE s’est dotée des outils juridiques et politiques par le Traité de Lisbonne; il ne lui manque que l’unité pour rendre ces progrès opérationnels.</p>



<p> &#8211;<strong>Il nous faut une meilleure démocratie</strong> : depuis trente ans en Europe, c’est-à-dire depuis la chute du Mur et la révolution numérique, notre exercice de la démocratie s’est borné à ses aspects formels (élections), exprimés suivant des critères plus émotionnels que rationnels. Nous avons ainsi libéré nos classes politiques de leur devoir de réfléchir à l’organisation de la société, d’anticiper les besoins devant être servis, de prévenir et curer les grands risques qu’ils soient climatique ou sanitaire, cybercriminel ou terroriste. Ayant pour objet principal dans l’exercice du pouvoir de neutraliser les instances représentatives et les contre-pouvoirs, nos politiques ont également abdiqué leur responsabilité de veiller à la crédibilité de l’action publique. Le résultat en fut une vie politique compassionnelle et instantanée, servie par une bureaucratie hypertrophiée et procédurière, incapable d’anticiper la gestion de crises. </p>



<p> Souhaitons que cette épreuve amène les électeurs à manifester plus d’exigence envers les partis en matière de gestion de l’humain, des territoires et de l’environnement plutôt que de se satisfaire de distributions catégorielles de minima financiers, en attendant chacun son tour pour en bénéficier.</p>



<p> &#8211;<strong>Il nous faut revisiter la mondialisation </strong>: la crise que nous vivons reflète largement, dans ses effets, les décisions que les Etats ont précédemment prises ou laissé prendre. La recherche du profit au-dessus de l’humain est la conséquence d’un secteur financier hypertrophié; le développement de chaînes de valeur globales résulte des politiques commerciales ultra-libérales où la répartition des intérêts stratégiques se fait par le coût et non par la valeur pour le donneur d’ordre. </p>



<p> L’instabilité actuelle des marchés financiers reflète sans aucun doute la prise de conscience de cette réorganisation à venir, mais aussi son incapacité à anticiper selon quelles priorités et à quels coûts cette réorganisation sera effectuée. Il est urgent d’y réfléchir et, pour ce faire, de revenir à la coopération internationale et au multilatéralisme tant décrié par les populistes et les nationalistes. Cette «révision» sera le fait d’une multiplicité d’acteurs : les Etats, sans oublier la Chine et les USA, probablement réunis successivement au sein de plusieurs instances à revoir ou à renforcer (ONU, FMI, UE, G8, G20), les Entreprises, les sociétés civiles; elle prendra du temps et devra être assimilée par les marchés. </p>



<p> Mais, dans la crise présente, il est frappant de constater combien peu de place a été donnée aux institutions comme l’OMS ou à la coopération internationale; chacun pour soi, la crise a d’abord été gérée au niveau national avec de vieux leviers comme la fermeture des frontières nationales.</p>



<p> &#8211;<strong>Enfin, il nous faut apprendre à prévenir et gérer l’encombrement </strong>: depuis la société de consommation et accélérées par l’économie numérique, nos pratiques sociétales ont généré des encombrements coûteux en termes de consommation d’espace et d’énergie; on pense bien sûr à la multiplication de déplacements, aux hyper-rassemblements lors de manifestations sportives mondialisées, mais aussi au stockage de données numériques quasi infini et plusieurs fois dupliquées inutilement; et il y a bien d’autres exemples dont ceux illustrés par la consommation excessive de notre environnement : étalement urbain, artificialisation des sols, privatisation d’espaces naturels, etc. </p>



<p> Les 20 dernières années ont démontré que le marché ne sait pas réguler ces déviances par le seul instrument du prix; il faudra donc réfléchir à des formes collectivement acceptées et démocratiques de régulation, faute de quoi les thromboses générées vont déclencher des pratiques totalitaires, que certains aspects sociétaux de cette crise ont commencé d’esquisser…</p>



<p><em>* Membre du groupe d’analyse JFC Conseil. </em></p>



<p> <strong><em>Notes : </em></strong><br><em> 1- En Italie, les garanties publiques sont comptabilisées hors budget puisque le risque est considéré comme notionnel. Pourtant, les règles comptables imposent qu’une garantie soit nantie ou provisionnée.<br> 2- La Commission a proposé un mécanisme de prise en charge du coût du chômage partiel (SHURE), une révision et augmentation du budget en cours, une initiative d’urgence pour aider l’Afrique à lutter contre la pandémie et un mécanisme de garanties bancaires pour les entreprises africaines, des coopérations sanitaires en faveur des pays européens les plus touchés, etc. La BCE a confirmé la relance à grande échelle de son programme d’achats de dettes privées ou publiques sur les marchés. Le Groupe BEI a proposé d’étendre très fortement ses systèmes de refinancement et de garanties au secteur bancaire en faveur des PME/TPE européennes.<br> 3- L’accord du 9 avril entre les Ministres des Finances de la Zone € porte sur l’activation du MES (Mécanisme européen de stabilité) afin de permettre aux Etats de la Zone d’emprunter jusqu’à hauteur de 2% de leur PIB pour le financement de « mesures préventives ou curatives liées à la pandémie ». Le Conseil Européen (chefs d’Etat et de Gouvernement) devrait ratifier cet accord le 23 avril 2020. Pour l’instant, aucune décision relative à l’aide aux pays tiers n’a été considérée par les ministres des finances.<br> 4- L’ONG Oxfam estime dans un récent rapport qu’il y a un risque de recul de 30 ans de lutte contre la pauvreté en Afrique du Nord.</em></p>



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			</item>
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		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (2/5)</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 15:06:49 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Coronavirus-Planete-2.jpg" alt="" class="wp-image-292637"/></figure>



<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292635"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading"> 2- Des épidémies du capitalisme à celles du néolibéralisme  </h3>



<p> Le biologiste américain Robert G. Wallace, dans une interview datée du 13 mars 2020(2), signale que le <em>«Covid-19 n’est pas un incident isolé. L’augmentation de l’occurrence des virus est étroitement liée à la production alimentaire et à la rentabilité des sociétés multinationales. Quiconque cherche à comprendre pourquoi les virus deviennent plus dangereux doit étudier le modèle industriel de l’agriculture et, plus particulièrement, de l’élevage animal.» </em>Dans cette interview, il pointe <em>«l’accaparement des dernières forêts primaires et des terres agricoles détenues par les petits exploitants dans le monde»</em> et les <em>«investissements [qui] favorisent la déforestation et le développement, ce qui entraîne l’apparition de maladies. La diversité et la complexité fonctionnelles que représentent ces immenses étendues de terre sont rationalisées de telle sorte que des agents pathogènes auparavant enfermés se répandent dans le bétail local et les communautés humaines.» </em>Il ajoute : <em>«À l’heure actuelle, la planète Terre est en grande partie une ferme planétaire, tant en termes de biomasse que de terres cultivées. L’agrobusiness vise à s’accaparer le marché alimentaire. La quasi-totalité du projet néolibéral est organisée autour du soutien aux efforts des entreprises basées dans les pays industrialisés les plus avancés pour voler les terres et les ressources des pays les plus pauvres. En conséquence, nombre de nouveaux agents pathogènes, jusqu’alors tenus en échec par des écologies forestières en évolution constante, sont désormais libres, et menacent le monde entier».</em> Les effets de ce phénomène n’ont plus de frontières :<em> «Même les populations les plus éloignées géographiquement finissent par être touchées, fut-ce de manière distale. Les virus Ebola et Zika, le coronavirus, la fièvre jaune, diverses formes de grippe aviaire et la peste porcine africaine chez les porcs comptent parmi les nombreux agents pathogènes qui quittent les arrière-pays les plus reculés pour se diriger vers les boucles périurbaines, les capitales régionales et, finalement, vers le réseau mondial de transport. On passe de chauves-souris frugivores du Congo à la mort de bronzeurs de Miami en quelques semaines.» </em></p>



<p> Voilà ce qui explique comment la nouvelle épidémie, Covid-19, partie de Wuhan, est devenue en quelques semaines une pandémie planétaire. Analysant comment le marché de Wuhan dont est partie la nouvelle épidémie offre des produits provenant de la production agro-économique industrielle et de la forêt qui en constitue l’arrière-plan : des fruits et des légumes, du bœuf, du porc et de l’agneau, des poulets, des crabes et des poissons vivants dans leurs aquariums, et autres produits issus de la production industrielle en expansion depuis les réformes de Teng Siao Ping, d’une part; des tortues, des serpents, des cigales, des cochons d’Inde, des chauves-souris, des rats des bambous, des blaireaux, des civettes palmistes, des hérissons, des loutres, des louveteaux et d’autres bestiaux vendus vivants et issus de la forêt, d’autre part. </p>



<p> Cette double offre du marché de Wuhan illustre le schéma relatif à la double origine des épidémies récentes que Robert G. Wallace développe dans son livre <em>‘‘Big Farms Make Big Flu : Dispatches on Infectious Disease, Agribusiness, and the Nature of Science’’, </em>(Monthly Review Press, 2016). En effet, son analyse distingue deux catégories d’épidémies ; celles qui trouvent leur origine au cœur de la production agro-économique, et celles qui proviennent de l’arrière-pays de cette production que constituent les forêts. À travers l’exemple du H5N1, la grippe aviaire, il met en évidence les facteurs socio-géographiques qui favorisent l’apparition et la propagation des virus : développement, dans les pays pauvres d’unités d’agro-industrie, sans aucune réglementation, collées aux quartiers et aux bidonvilles périurbains; diffusion des virus dont l’apparition est liée à ces unités, dans les zones vulnérables avec augmentation de la variation génétique permettant au H5N1 de développer des caractéristiques spécifiques à l’humain; propagation mondiale du virus (H5N1) avec une rapide évolution en contact avec la variété de plus en plus grande des environnements socio-écologiques en rapport avec les modes d’élevage de la volaille et des mesures concernant la santé. [Robert G. Wallace, <em>‘‘Big Farms Make Big Flu’’</em>, op.cit, p.52 ] Les circuits de la circulation mondiale des marchandises et des migrations régulières de la main-d’œuvre permettent aux virus de muter rapidement donnant lieu à des variantes dont les plus adaptées surpassent les autres.</p>



<p> Ainsi, la circulation améliore la résilience des virus. Des souches virales au départ isolées et inoffensives se retrouvent, du fait de cette circulation, dans des environnements hyperconcurrentiels qui favorisent la rapidité de leur cycle de vie, la capacité de saut zoonotique entre les espèces porteuses et d’évolution rapide de nouveaux vecteurs de transmission. R. G.Wallace signale <em>«l’absence de souches endémiques hautement pathogènes </em>[de la grippe] <em>dans les populations d’oiseaux sauvages, le réservoir ultime de presque tous les sous-types de grippe» </em>[Robert G. Wallace, op.cit, p.56], contrairement à ce qu’on observe chez les populations domestiques rassemblées dans les fermes industrielles perdant, du fait de <em>«la culture de monocultures génétiques»</em>, les pare-feux immunitaires capables de ralentir la transmission. </p>



<p>En effet, les populations plus nombreuses et plus denses, favorisent la transmission rapide des virus; la promiscuité diminue la réponse immunitaire et le haut débit de la production industrielle assure l’approvisionnement continu en sujets sensibles dont dépend l’évolution de la virulence [Ibid. pp. 56-57]: <em>«Dès que les animaux industriels atteignent le bon volume, ils sont tués. Les infections grippales résidentes doivent atteindre rapidement leur seuil de transmission chez un animal donné […] Plus les virus sont produits rapidement, plus les dommages causés à l’animal sont importants» </em>[ibid. p.57]. Les abattages massifs destinés à éliminer les foyers de l’épidémie – solution adoptée suite à la peste porcine africaine entraînant la perte de près d’un quart de l’approvisionnement mondial en viande de porc – peuvent, paradoxalement, contribuer à induire l’évolution de souches hyper-virulentes. </p>



<p> Ces épidémies se sont historiquement produites chez des espèces domestiquées, suite à des périodes de guerre ou de catastrophes environnementales; cependant, il est indéniable que la production capitaliste a contribué à la montée de l’intensité et de la virulence de ces maladies. Cette thèse défendue par Robert G. Wallace, est illustrée par divers exemples rappelés dans son livre précité.</p>



<p> Le premier exemple est celui de l’apparition, au XVIIIe siècle, du capitalisme dans les campagnes anglaises, avec l’introduction des monocultures de bétail. En rapport avec le développement de ce type de production agricole, trois pandémies différentes se sont produites en Angleterre au XVIIIe siècle : de 1709 à 1720, de 1742 à 1760 et de 1768 à 1786. L’origine de chacune d’entre elles était l’importation du continent de bétail infecté par les pandémies précapitalistes. Du fait de la concentration du bétail, en rapport avec l’introduction de la production capitaliste, l’importation du continent du bétail infecté a eu des effets plus dévastateurs qu’ailleurs, notamment dans les grandes laiteries de Londres qui offraient un environnement idéal pour l’intensification du virus. Les foyers de l’épidémie ont été circonscrits grâce à un abattage sélectif précoce, à petite échelle, et au recours à des traitements médicaux et scientifiques modernes; les nouveaux vaccins, bien qu’arrivant trop tard, ont contribué, ensuite, à remédier aux dégâts consécutifs à la dévastation. Cependant, les pandémies du bétail en Angleterre, ont eu des effets plus dévastateurs à la périphérie de l’économie capitaliste. </p>



<p> Le deuxième exemple que rappelle  Robert G. Wallace, est celui de la peste bovine qui a vu le jour en Europe, en rapport avec la croissance de l’agriculture à grande échelle, et qui a été exportée en Afrique dans les années 1890, du fait des guerres coloniales opposant les puissances industrielles qui se disputaient la domination de ce continent. La maladie s’est propagée dans la population bovine locale emportant 80 à 90% de tout le cheptel, et provoquant une famine sans précédent dans les sociétés pastorales de l’Afrique subsaharienne. Cette dévastation a eu des conséquences fatales pour la savane devenue, avec l’envahissement des épineux, un milieu favorable à l’expansion de la mouche tsé-tsé dont l’une des conséquences a été la limitation de l’accès du bétail aux pâturages et du repeuplement de la région après la famine, pendant que se poursuivait l’expansion de la colonisation européenne.</p>



<p> Le troisième exemple est celui de la grippe espagnole, l’une des premières épidémies de grippe H1N1. Après des doutes quant à son origine, l’hypothèse qui a la faveur de Robert G. Wallace suppose qu’elle provient de porcs ou de volailles domestiqués, du Kansas. L’époque et le lieu militent en faveur de cette hypothèse. Dans les années qui ont suivi la Première Guerre mondiale (1914-1918), l’agriculture américaine a connu la généralisation d’une production industrielle fortement mécanisée. Cette évolution s’est étendue dans les années 1920, avec le recours massif aux technologies (dont la moissonneuse-batteuse) entraînant une monopolisation progressive et un désastre écologique à l’origine de la crise du Dust Bowl et des grandes migrations qui en ont résulté. On en n’était pas encore aux grandes concentrations du bétail, mais la production intensive qui avait déjà créé des épidémies de bétail dans toute l’Europe, était déjà la norme aux Etats-Unis d’où serait partie, selon cette hypothèse, la grippe espagnole. La propagation rapide de la grippe était due au commerce mondial et à la Grande Guerre dont les protagonistes étaient principalement les empires coloniaux. Le taux de mortalité élevé de cette épidémie peut s’expliquer par des facteurs sociaux comme la malnutrition, la surpopulation urbaine et les conditions de vie généralement insalubres dans les zones touchées. [Voir Brundage JF, Shanks GD, <em>«What really happened during the 1918 influenza pandemic ? The importance of bacterial secondary infections» </em>(L’importance des infections bactériennes secondaires), <em>‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 196, numéro 11, décembre 2007. pp. 1717-1718, la réponse de Robert G. Wallace suit dans les pp. 1718-1719 ; voir aussi Morens DM, Fauci AS, <em>«The 1918 influenza pandemic : Insights for the 21st century»</em>, dans<em> ‘‘The Journal of Infectious Diseases’’</em>, Volume 195, numéro 7, avril 2007, pp 1018-1028].</p>



<p> Ainsi, précise Robert G. Wallace, les épizooties en Angleterre du XVIIIe siècle ont été le premier cas de peste bovine de type nettement capitaliste, l’épidémie de la peste bovine de l’Afrique des années 1890, fut importée de l’Europe capitaliste par les conquêtes coloniales, et la grippe espagnole était la première épidémie, également liée au capitalisme, avec des conséquences désastreuses pour la classe ouvrière et les populations appauvries.</p>



<p> L’épidémie de coronavirus n’a rien de spécifiquement chinois. Les raisons pour lesquelles tant d’épidémies semblent survenir de nos jours en Chine n’ont rien de culturel, comme veulent le faire croire les explications sinophobes. Elles relèvent de la géographie économique. La Chine aujourd’hui est dans la même situation que connaissaient les Etats- Unis et l’Europe quand ils étaient <em>«les plaques tournantes de la production mondiale et de l’emploi industriel de masse.»</em> [Voir l’article <em>«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»</em> qui m’a fait découvrir les travaux de Robert G. Wallace, Revue Chuang (3)). Les épidémies décimant le cheptel dans les campagnes ont de graves conséquences dans les villes en raison des défaillances sanitaires et des politiques qui n’ont pas prévu la généralisation de la contamination, et qui ont aggravé la précarité des conditions de vie des laissés pour compte du capitalisme sauvage. La seule différence par rapport aux siècles passés, c’est que nous vivons à l’ère de la mondialisation du néolibéralisme qui donne libre cours aux lois du marché, enlève aux Etats les moyens de réguler ces lois pour en atténuer les ravages, permet la libre circulation des capitaux, des marchandises, multiplie les foyers de tensions et de conflits ayant pour enjeux la mainmise sur les ressources énergétiques et minérales, et n’arrive pas à endiguer les flux migratoires et l’expansion des épidémies qui empruntent les mêmes  voies que les capitaux, les marchandises et les humains. </p>



<p class="has-text-align-right"><em> Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading">A suivre&#8230; </h3>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.</em></p>



<p><em><strong>  Notes:  </strong></em></p>



<p><em>2- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="Agrobusiness. (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://acta.zone/agrobusiness-epidemie-dou-vient-le-coronavirus-entretien-rob-wallace" target="_blank">Agrobusiness.</a> </em><br><em>3- <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»   (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://dndf.org/?p=18327&amp;fbclid=IwAR1HmPv9GDIpeVz8zW5PyG95VeYoLXMMfp0Yj0q84n9-VZlY8gHxx_YnzdM" target="_blank">«Contagion sociale. Guerre de classe microbiologique en Chine»  </a></em></p>



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		<title>L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</title>
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		<pubDate>Sat, 04 Apr 2020 14:42:28 +0000</pubDate>
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<p><strong><em> Le capitalisme sauvage et la mondialisation du néolibéralisme ont joué un rôle primordial dans la production des épidémies et des pandémies, y compris en Chine depuis son ouverture au libéralisme économique. Mais par-delà la gestion en cours de la dernière pandémie en date, le coronavirus, Covid-19, l’avenir ne se pose pas, nécessairement, en termes de «printemps des nationalismes», à travers la montée des expressions nationalistes de la révolution conservatrice, mais de restauration de la démocratie et sa réconciliation avec sa nécessaire dimension sociale et du l’Etat providence qui pèse sur les lois de marché et oriente l’économie vers la prise en compte des droits socio-économiques et culturels de la population.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Mohamed-Chérif Ferjani</strong> *</p>



<span id="more-292631"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/04/Mohamed-Cherif-Ferjani.jpg" alt="" class="wp-image-292632"/></figure></div>



<p> Le 27 décembre 2019, un hôpital de Wuhan, capitale de la province du Hubei, informe le Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CCCPM), et la Commission nationale de la santé, de l’existence d’une pneumonie inconnue. </p>



<p> Le 31 décembre, le centre de contrôle de Wuhan admet l’existence de cas de pneumonie inconnus liés au marché de gros de fruits de mer de Huanan. </p>



<p> Après le déni et la sanction du médecin qui fut à l’origine de l’alerte dès le 30 décembre 2019, Li Wenliang, ainsi que de ses collègues qui avaient relayé l’information, l’épidémie est prise au sérieux. La Commission nationale de la santé (NHC) à Pékin a dépêché immédiatement des experts à Wuhan. </p>



<p> Le 8 janvier 2020, la cause de la pneumonie est identifiée comme étant un nouveau coronavirus. Des mesures ont été prises rapidement et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’en est d’autant plus félicitée que les autorités chinoises, contrairement à leur habitude, semblent avoir fait preuve de transparence quant à la gestion de ce qui va devenir une crise mondiale. </p>



<p> En effet, l’épidémie se répand très vite atteignant l’Italie, puis la France, l’Espagne, l’Iran, plusieurs pays en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, dont en particulier les Etats-Unis et le Canada. </p>



<p> L’OMS a très rapidement déclaré que l’épidémie est devenue, en quelques semaines  une pandémie mondiale faisant, depuis son apparition, en décembre 2019, au moins 19.246 morts dans le monde avec plus de 427.000 cas positifs recensés (selon la déclaration du secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) datée du 25 mars 2020) et nous n’en sommes qu’au début : depuis, le nombre des morts et des personnes atteintes ne cesse d’augmenter partout, et surtout aux Etats-Unis dont le gouvernement continue à se comporter avec la même irresponsabilité qu’à l’égard du réchauffement climatique et des autres catastrophes qui menacent la planète et l’humanité. </p>



<h3 class="wp-block-heading"> 1- Une catastrophe inscrite dans le rapport entre l’humain et la nature : </h3>



<p> La pandémie qu’affronte aujourd’hui la planète s’inscrit dans la logique de la tournure catastrophique prise par la volonté prométhéenne de dominer le monde annoncée à l’aube des temps modernes par Descartes dans son <em>‘‘Discours de la méthode’’</em> (VIe partie) où on peut lire que la raison et ses exploits dans les différents domaines des savoirs et de la technique, vont permettre <em>«de nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature»</em>. </p>



<p> Martin Heidegger, tout en considérant que Descartes est responsable de ce péché originel de la modernité où la technique occupe une position hégémonique,  rappelle que la science moderne est en son essence <em>«technique»</em>, du fait qu’elle est devenue, avec Galilée et Kepler un <em>«projet mathématique»</em> de maîtrise de la nature. (Voir Alain Boutot,<em> ‘‘Heidegger’’,</em> Paris, PUF, 1989.) Tout est, selon cette conception, un simple objet de l’impérialisme de la volonté humaine pour qui le monde n’est plus qu’un réservoir de moyens d’étendre sa domination. La raison humaine elle-même est devenue un instrument de cette volonté qui n’a plus pour finalité, comme chez Descartes et ses héritiers des Lumières, l’émancipation de l’humain et sa réalisation, mais la domination sans limite sur le monde. </p>



<p> Hélas !, comme le remarqua par la suite Hannah Arendt, cette perception prémonitoire des méfaits de<em> «l’arraisonnement»</em> soumettant la raison et la science à <em>«la volonté de volonté»</em> de tout dominer, n’a pas permis à l’auteur de la critique la plus radicale de la technique, comme essence du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em>, de voir dans le nazisme une extension à la gestion des affaires humaines de cette volonté de domination. Justifiant son adhésion au national-socialisme, il n’y a vu que <em>«la rencontre entre la technique déterminée planétairement et l’homme moderne»</em> en tant qu’elle est «la vérité interne et la grandeur de ce mouvement» qu’est le nazisme. (<em>‘‘Introduction à la métaphysique’’</em>, rédigée en 1936, édition Gallimard, 1980, p 202). </p>



<p> Sans passer de la critique du projet prométhéen de <em>«l’homme moderne»</em> au rejet de la démocratie et à la justification d’un système totalitaire comme le nazisme, d’autres penseurs ont pointé les dérives des progrès techniques mettant en danger les équilibres écologiques. Michel Serres a lancé, dans ce sens, un appel pour un <em>«contrat naturel» </em>comme complément nécessaire du renouvellement du contrat social qu’exige la <em>«coupure brutale»</em> avec ce que nous avons vécu jusqu’ici, y compris sur le plan politique, faisant <em>«que beaucoup de nos institutions se trouvent comme ces étoiles dont nous recevons la lumière et dont les astrophysiciens nous disent qu’elles sont mortes depuis bien longtemps»</em>. (<em>‘‘Le contrat naturel’’</em>, Éditions F. Bourin, Paris, 1990) Il identifie l’origine de la conduite humaine à l’égard du monde ainsi : <em>«Nous avons construit un monde où l’intelligence est la première des facultés, où la science et la technique nous tirent en avant et nous chutons, en produisant plus de misère, de famines, de maladies.»</em> (Entretien avec Guy Rossi-Landi &#8211; Septembre 1993, <em>‘‘Le Figaro.fr Scope’’</em>) Pour rompre avec cette attitude, il appelle, dans la préface de l’édition 2018 de son livre, à <em>«élever la Nature au rang de sujet de droit, bouclant ainsi une histoire longue et difficile… Sous peine de mort, il faut donc désormais renverser cette vieille coutume et considérer que nos politiques et notre droit vivent avec et dans le monde, par lui, pour lui et de lui.» </em></p>



<p> Mais, est-ce seulement le fait de la <em>«condition de l’homme moderne» </em>? Ne sommes-nous pas devant une nouvelle étape de l’évolution des sociétés humaines fondées sur le postulat de l’anthropocentrisme ? </p>



<p> Certes, dans les sociétés préindustrielles, les humains tirant leur subsistance, au jour le jour, de la cueillette, de la pêche ou de la chasse, puis de l’agriculture et des activités artisanales, n’avaient pas les moyens de consommer tout, jusqu’à l’environnement et la condition de leur existence, comme ils peuvent le faire de nos jours. Cependant, comme le rappelle Pascal Pic (<em>«De l’hominisation au développement durable : d’un paradigme à l’autre»</em>, communiqué de presse du 25 janvier 2005, et synthèse du débat disponible sur <a rel="noreferrer noopener" aria-label="ce lien (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="http://www.forum-events.com/debats/synthese-pascal-picq-90-41.html" target="_blank">ce lien</a>), cela ne date pas de Descartes, de Copernic ou de Kepler :<em> «Nous avons découvert, en paléoanthropologie, que l’homme appartient à un groupe en voie de disparition en termes de biodiversité (…) Nous appartenons donc à un groupe en voie d’extinction, mais nous avons pu nous redéployer sur la Terre grâce à notre culture : le feu, les outils, les abris nous ont permis d’assurer notre survie grâce à l’innovation et à l’adaptation technologique.» </em></p>



<p> Ce serait donc la peur de disparaître, face à des prédateurs plus forts que lui, qui a poussé l’humain à inventer des outils qui lui ont permis de devenir, au fil du temps, le plus grand prédateur. Un ethnobotaniste, enquêté par Stéphanie Chanvallon dans le cadre de sa recherche doctorale, insiste sur le rôle de la peur que ressent l’être humain face à la nature dans sa volonté de la dominer : <em>«Je pense que la domination de la Nature a toujours existé. La domination de la Nature est liée à la peur que nous en avons. Quand on n’aura plus peur de la Nature, ça ira mieux. On reste avec un cerveau qui date du Paléolithique et nos représentations sont toujours les peurs de la Nature.» </em>(Stéphanie Chanvallon, <em>‘‘Anthropologie des relations de l’Homme à la Nature : la Nature vécue entre peur destructrice et communion intime’’,</em> Université Rennes 2009).</p>



<p> En effet, selon Pascal Picq, c’est à l’époque du Néolithique, que l’entreprise de dominer le monde a pris un tournant décisif avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage qui sont des techniques visant à s’apprivoiser les végétaux et les animaux, et par là-même la nature. Outre la consommation et la production, Jean-Pierre Digard souligne les dimensions sociales, culturelles et idéologiques de cette domestication : <em>«[…] variant largement en fonction des ressources naturelles et culturelles disponibles ainsi que des contraintes écologiques et sociales, les techniques ainsi mises en œuvre ont toutes en commun d’être aussi des ‘‘moyens élémentaires d’action’’, selon les termes de Leroi-Gourhan. […] En produisant des animaux, on produit donc également de la domestication, c’est-à-dire du pouvoir de l’homme sur l’animal. La place que celui-ci occupe dans la vie de nombreuses sociétés se traduit en effet par tout un échafaudage d’usages et d’idées, qui va bien au-delà de ce qui serait nécessaire et suffisant pour satisfaire les besoins vitaux de l’animal. On est donc fondé à se demander si ce n’est pas aussi la recherche de la domestication en soi, et de l’image qu’elle renvoie d’un pouvoir sur la vie et les êtres, qui conduit l’homme à produire des animaux.»</em> (<em>‘‘Les Français et leurs animaux’’</em>, Paris, Fayard, 1999, p.71 ; voir aussi son remarquable travail <em>‘‘L&rsquo;Homme et les animaux domestiques : anthropologie d&rsquo;une passion’’</em>, Paris, Fayard, <em>«Le Temps des sciences»</em> 1990). </p>



<p> Depuis la <em>«révolution néolithique», </em>toutes les sociétés qui se sont inscrites dans les évolutions qui n’en sont que le prolongement, n’ont fait que creuser <em>«la distinction séculaire entre l’homme et la nature, distinction qui a eu l’erreur de libérer l’homme des terreurs et des peurs magiques mais qui est en train de provoquer la ruine de l’humanité et le désastre écologique»</em>, engendrant<em> «les blessures de l’homme coupé de l’univers et […] les gémissements de la nature exploitée par l’homme»</em>, selon l’expression de Richard Bergeron. (R. Bergeron, <em>«Pour une spiritualité du troisième millénaire», ‘‘Religiologiques’’</em>, N°20, automne 1999, p. 231-235, 237-246.) </p>



<p> La mondialisation de la civilisation industrielle et de l’économie capitaliste, rendues   possibles par les découvertes maritimes du XVe siècle et de la Renaissance en Europe, notamment avec les conquêtes coloniales et les modèles de développement adoptés, de gré ou de force, par les différents pays de tous les continents, n’est que l’approfondissement de cette rupture entre les humains et la nature, et des blessures que cette rupture a engendrées. De nos jours, la tournure prise par le capitalisme avec la mondialisation du néolibéralisme, qui a enlevé aux Etats les moyens de peser sur les choix économiques et sur leurs impacts sociaux, culturels et environnementaux, n’est pas étrangère à la multiplication des catastrophes : réchauffement climatique, pollution, épuisement des ressources, surexploitation de la terre et de ses habitants, extinction des espèces, séismes, tsunamis, épidémies qui empruntent les chemins de la circulation des capitaux, des marchandises et des humains. </p>



<p> Habib Ayeb a raison de se demander au sujet de la pandémie du coronavirus : <em>«Et si la disparition des abeilles expliquait la naissance d’un certain nombre de virus et d’autres microbes plus ou moins dangereux ? Pourquoi s’interdirait-on de penser que l’usage intensif des produits chimiques dans l’agriculture, tels que les pesticides, les phytosanitaires, les engrais chimiques et autres antibiotiques massivement utilisés dans les élevages intensifs…, qui détruisent les conditions de vie des abeilles, ne produisent pas en même temps les conditions d’apparition de nouveaux virus. Le corona virus n’est-il pas l’un des nombreux ‘‘héritiers’’ possibles des abeilles ?»</em>(1) </p>



<h3 class="has-text-align-right wp-block-heading"><em>A suivre&#8230; </em></h3>



<p class="has-text-align-right"><em>Sainte Consorce, le 2 avril 2020</em>.</p>



<p><em>* Professeur honoraire de l’Université Lyon 2, Président du Haut-Conseil de Timbuktu Institute-African Center for Peace Studies chercheur associé de plusieurs laboratoires et centres de recherches dont, l’ISERL à Lyon, et Dirasset Maghrébines et l’IRMC à Tunis, auteur de ‘‘De l’islam d’hier et d’aujourd’hui’’, éd. Nirvana Editions et Presses de l’Université de Montréal, 2019, ‘‘Pour en finir avec l’exception islamique’’, éd. Nirvana, Tunis 2017, ‘‘Religion et démocratisation en Méditerranée’’, éd. Riveneuve, Paris 2015/Nirvana, Tunis 2016, ‘‘Le politique et le religieux dans le champ islamique’’, éd. Fayard, Paris 2005, ‘‘Islamisme, Laïcité et droits humains’’, éd. Amal, Tunis, 2012 (l’Hamattan, Paris, 1992),  ‘‘Les voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques’’, éd. Le Cerf, Besançon/Paris, 1996, et d’un livre autobiographique : ‘‘Prison et liberté’’, éd. Mots Passants, Tunis, 2015, Nirvana, 2019.<br></em></p>



<p><strong><em> Note :</em></strong></p>



<ol class="wp-block-list"><li><em>Habib Ayeb, <a rel="noreferrer noopener" aria-label="«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?» (s’ouvre dans un nouvel onglet)" href="https://osae-marsad.org/2020/03/26/la-pandemie-covid-19-crise-sanitaire-ou-revanche-de-la-terre/" target="_blank">«La  pandémie Covid-19 : Crise sanitaire ou revanche de la terre?»</a> </em></li></ol>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/04/04/lavant-et-lapres-coronavirus-des-enseignements-pour-lavenir-1-5/">L’avant et l’après coronavirus : Des enseignements pour l’avenir (1/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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