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	<title>Archives des Youssef Bouanani - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Youssef Bouanani - Kapitalis</title>
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		<title>Détroit d’Hormuz fermé, catastrophe à venir pour la Tunisie ?</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Apr 2026 08:41:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans quel état serait l’économie de la Tunisie si l’énergie coûte de 50 à 83 % plus cher que les prévisions de son budget pour 2026 ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/29/detroit-dhormuz-ferme-catastrophe-a-venir-pour-la-tunisie/">Détroit d’Hormuz fermé, catastrophe à venir pour la Tunisie ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La Tunisie est un pays structurellement très vulnérable aux chocs énergétiques et agricoles, lesquels, on le sait, sont très liés. Dans quel état serait l’économie de la Tunisie si l’énergie coûte de 50 à 83 % plus cher que les prévisions de son budget pour l’année en cours, ou pire encore, si elle n’en a plus, suite à la fermeture du détroit d’Hormuz et de la crise énergétique mondiale ?</em></strong><strong></strong></p>



<p><strong>Youssef Bouanani&nbsp;*</strong></p>



<span id="more-18706870"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani.jpg" alt="" class="wp-image-17878217" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Durant mes cours de sciences politiques, un professeur sud-africain, quelque peu excentrique et militant anti-apartheid de la première heure au sein de l’ANC, nous avait parlé d’un livre hors cursus mais à lire absolument selon lui. Ce livre était&nbsp;<em>‘‘Le Cygne noir : La puissance de l’imprévisible’’</em>, du statisticien de génie Nassim Nicholas Taleb. Six ans plus tard, je remercie ce professeur pour cette référence ô combien utile pour tenter de comprendre ce qui se joue actuellement au Moyen-Orient et essayer de prédire, autant que l’impossibilité de parfaitement prévoir l’avenir le permet, les potentiels impacts de cette crise sur la Tunisie.</p>



<p>Sans rentrer dans les méandres d’un livre dont je conseille à tous la lecture, la théorie du Cygne noir s’inspire de <em>«l’événement rare»</em> en théorie des probabilités et stipule que, dans le cours du temps, certains événements imprévisibles, considérés comme des <em>«données aberrantes»</em> en statistique, extrêmes et/ou à faible probabilité de survenir, peuvent, lorsqu’ils se réalisent, avoir des conséquences d’une portée exceptionnelle.</p>



<p>À quoi donc pourrait ressembler un Cygne noir en 2026 ? Eh bien, si je vous disais qu’il pourrait ressembler à un choc pétrolier d’un niveau jamais vu.</p>



<p>Selon Taleb, par définition, personne ne sait vraiment ce qu’est un Cygne noir, parce que personne n’est devin et que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas. Et dans ce cas-là, selon lui, les meilleurs experts seront surtout les meilleurs lorsqu’il s’agira d’expliquer demain pourquoi ils n’avaient pas vu venir aujourd’hui ce qu’ils n’avaient pas anticipé.</p>



<p>Loin de moi la prétention de tenter de lui prouver le contraire dans cet article, pour la simple raison que, mathématiquement, le Cygne noir, c’est la catégorie des événements dont on ne peut prédire ni la probabilité d’arrivée ni l’ampleur des conséquences, et ce, quelle que soit la quantité de données passées qu’on peut observer.</p>



<p>À la fin, dans cette configuration, les données économiques des suites du choc pétrolier de 1973, celui des années 1979-1982, la flambée de 2003 à 2008 ou celle de 2022, ne vous seront que d’une aide limitée. Autrement dit, peu importe ce que vous connaissez des catastrophes passées en termes de fréquence, d’ampleur et de conséquences, cela ne vous permet pas de prédire les suivantes, car la distribution de ces événements extrêmes est «<em>fat-tailed</em>».</p>



<p>Je m’abstiendrai de traduire cette notion en français, mais ce que Taleb explique, c’est que ces événements extrêmes, bien que rares, ont une probabilité non négligeable de se produire, en contradiction avec la courbe en cloche enseignée dans nos cours de statistiques en sciences politiques, qui sous-estime systématiquement les valeurs extrêmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une économie mondiale en zone inconnue</h2>



<p>Ce qui est perturbant avec 2026, c’est qu’on n’a jamais vu dans l’histoire une économie mondiale interdépendante et interconnectée, optimisant ses stocks en flux tendu avec la théorie du&nbsp;«<em>just-in-time</em>» et qui vient de perdre, du jour au lendemain, 20 à 25 % de son approvisionnement pétrolier. Et la conséquence la plus inattendue, que personne ne pouvait prévoir face à un choc d’une telle ampleur, c’est qu’au niveau social et financier, pour le moment, il ne se passe rien&nbsp;!</p>



<p>Jetez un coup d’œil au S&amp;P 500, au Dow Jones, au CAC 40 et même au Tunindex : tout va bien madame la marquise, et «<em>all time high</em>» comme disait l’ancienne Procureur général des États-Unis, Pam Bondi, pour ceux qui ont la référence.</p>



<p>Au-delà des marchés financiers au plus haut, et à moins que l’actualité m’échappe, je ne vois pas de Gilets jaunes dans les rues de Paris, l’avenue Habib Bourguiba est calme et aucun signe avant-coureur de protestations sociales massives n’est visible partout où je suis l’actualité.</p>



<p>Pourtant, comme l’explique si bien l’économiste Charles Gave l’<em>«indice Gilets jaunes»</em> (calcul de l’inflation des principaux postes de dépenses des classes moyennes et populaires, à savoir le logement, la nourriture et l’énergie) est au plus haut et nous devrions donc s’attendre à des mouvements sociaux massifs. Que nenni&nbsp;!</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le paradoxe du détroit d’Hormuz et la vitesse de la lumière</h2>



<p>Alors pour comprendre pourquoi rien ne se passe, il faut s’intéresser à la physique et à ses paradoxes. Le premier paradoxe, c’est celui du détroit d’Hormuz. Tous les matins en faisant ma revue de presse, je tombe sur des informations contradictoires sur ce coin du monde où tous les yeux sont rivés en ce moment. D’ailleurs, je ne suis pas le seul dans mon incompréhension. Dans un élan d’audace, la firme de recherche en investissement Citrini a dépêché sur place un analyste (dont je salue le courage au passage) afin d’observer et de rendre réellement compte de l’état du passage maritime. Ses conclusions sont claires : le détroit d’Hormuz est à la fois ouvert et fermé, et son état dépend surtout du bon vouloir des Iraniens et des Américains ainsi que de la prime de risque que sont prêts à prendre les armateurs qui y naviguent.</p>



<p>Le deuxième paradoxe est temporel. Peu importe si le détroit est ouvert ou fermé, parce que jusqu’à environ fin avril-début mai, le monde devrait encore recevoir les tankers partis avant le début du conflit, comme, en raison de la vitesse de la lumière, nos yeux reçoivent encore actuellement la lumière d’étoiles lointaines qui, pourtant, sont déjà mortes.</p>



<p>Autrement dit, pour le moment, nous flottons. Rien ne se passe encore car le présent est encore le passé du choc et le futur n’a pas encore produit ses effets. Entre-temps, hormis le prix à la pompe dans la majorité des pays occidentaux, nous vivons encore une situation pré-Cygne noir, mais beaucoup le sentent venir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une crise déjà enclenchée mais invisible</h2>



<p>Ce que les gens savent moins, c’est que le plus gros problème est peut-être qu’il se peut que nous nous ne puissions pas faire grand-chose pour résoudre le problème. Pourquoi ? Parce que quel est l’intérêt de savoir si des tankers peuvent circuler comme avant et combien de temps ils vont mettre pour arriver dans le futur ou dans le passé si, finalement, nous n’avons plus rien à mettre dedans ?</p>



<p>Observez les raffineries des pays du CCG, qui disposaient avant le 28 février 2026 d’une capacité de traitement de 6 à 6,5 Mb/j. Aujourd’hui, environ 1,9 Mb/j de capacité ont été directement arrêtés, et au total plus de 3 Mb/j sont affectés si l’on inclut la sous-utilisation liée aux contraintes logistiques. En pratique, le Koweït n’est qu’à 50 % de ses capacités de raffinage, 60 à 70 % pour les Émirats arabes unis, tandis que Riyad s’en sort un peu mieux avec une capacité partiellement maintenue.</p>



<p>Au-delà même du raffinage, les pays du CCG sont pour la plupart proches de la saturation de stockage, avec des réservoirs terrestres au maximum et un recours accru au stockage flottant, le pire exemple étant au Koweït.</p>



<p>En conséquence, ces États ont déjà commencé à réduire leur production pétrolière, non pas pour des raisons stratégiques comme dans les accords de l’Opep (dont les émiratis annoncent leur retrait), mais par nécessité technique, supprimant de fait des dizaines de millions de barils par jour du marché, alors même que la demande demeure inchangée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conséquence sur les marchés</h2>



<p>Que se passe-t-il dans ce genre de situation ? Un enfant de 10 ans l’aurait deviné, le cours du pétrole monte en flèche. Certains diraient que l’économie mondiale peut supporter un baril autour des 100 $, au prix, néanmoins, d’une inflation plus élevée et d’une rentabilité réduite des entreprises, mais supportera-t-elle la disparition de l’offre alors que la demande ne fléchit pas ? Je n’en suis pas certain.</p>



<p>À terme, les données les plus crédibles issues d’analyses de marché et d’institutions énergétiques convergent vers des estimations de l’ordre d’un retrait de 3 à 4 Mb/j de diesel (environ 5 à 12 % de la demande mondiale).</p>



<p>Pour le gaz naturel, en particulier le GNL, les perturbations sont généralement évaluées autour de 10 à 20 % des volumes disponibles. Du côté pétrochimique, le naphta subit des tensions d’offre significatives liées au raffinage, avec un retrait d’environ 10 %.</p>



<p>Enfin, pour les gaz industriels, l’hélium connaît un recul de 25 à 30 % de son offre, tandis que le néon reste vulnérable avec des perturbations potentiellement à deux chiffres mais sans estimation globale stabilisée.</p>



<p>Au niveau des prix, ces retraits se traduisent par des augmentations jamais vus auparavant. Ainsi, depuis le début de 2026, le pétrole brut a augmenté d’environ +50 à +55 %, le diesel et les distillats lourds ont bondi de +50 à +100 % selon les régions, tandis que le kérosène est l’un des plus touchés avec une hausse proche de +80 à +95 % (les vacances d’été risquent de vous coûter plus cher que prévu).</p>



<p>Le gaz naturel et le GNL affichent une forte volatilité avec des hausses de l’ordre de +30 à +100 % selon les marchés. Les produits pétrochimiques dérivés comme les plastiques suivent une trajectoire similaire, avec des hausses estimées entre +20 % et +60 %, tandis que les gaz industriels très concentrés comme l’hélium, essentiel à la production des puces et semi-conducteurs, enregistrent les augmentations les plus extrêmes, de l’ordre de +100 % à +200 %, soit un prix parfois multiplié par deux ou trois. Les engrais ont progressé d’environ +40 % en moyenne, avec des pics plus élevés sur certains contrats d’importation, et c’est justement ce dernier point qui, personnellement, m’inquiète le plus (spécialement pour la Tunisie).</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les risques alimentaires</h2>



<p>Au-delà de l’inflation, les scénarios étudiés par les institutions internationales pointent vers des perturbations alimentaires régionales. Je serais incapable de prédire si le monde se dirige vers des disettes comme celles du Moyen Âge en Europe ou de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle en Tunisie, mais le principal canal de risque passerait par la hausse des prix et la pénurie d’engrais, l’augmentation du coût de l’énergie agricole (diesel, gaz) et les frictions logistiques, qui peuvent ensemble réduire les rendements agricoles mondiaux de l’ordre de 5 à 15 % dans les cas modérés, et jusqu’à 10 à 20 % sur certaines productions céréalières dans les scénarios les plus défavorables.</p>



<p>Cela se traduit par une inflation alimentaire mondiale pouvant aller de +10 à +50 %, selon l’intensité du choc, avec des effets négatifs particulièrement forts dans les pays importateurs nets comme la Tunisie. Pour le moment, les modèles de la FAO et de la Banque mondiale indiquent que la production mondiale reste globalement suffisante.</p>



<p>Le problème central n’est donc pas un manque absolu de nourriture, mais un déséquilibre d’accès, de prix et de distribution.</p>



<p>Cependant, si la théorie du Cygne noir nous apprend quelque chose, c’est que l’on peut très vite basculer dans un scénario extrême de rupture prolongée des flux commerciaux et énergétiques, où des crises alimentaires locales ou régionales graves peuvent apparaître. Au fond, il ne tient qu’au duo américano-israélien de reprendre les hostilités pour pouvoir assister à cela.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et la Tunisie dans tout ça ?</h2>



<p>Je ne vais pas tourner autour du pot : nous sommes dans le pétrin. La Tunisie est un pays structurellement très vulnérable aux chocs énergétiques et agricoles, car elle importe environ 65 % de son énergie, avec un déficit énergétique d’environ 6,3 millions de tonnes d’équivalent pétrole (1 Mtep équivaut environ à&nbsp;7,3 à 7,4 millions de barils) en 2025, tandis que ses finances publiques sont très sensibles au prix du pétrole, chaque hausse de 1 $/baril coûtant environ 160 millions de dinars.</p>



<p>Malheureusement, les planificateurs du ministère des Finances (probablement sous pression du politique), et ce malgré les tensions géopolitiques claires depuis juin 2025, ont construit notre dernier budget autour d’hypothèses proches des 63$/baril, ce qui rend un baril à 90-110 $ extrêmement couteux pour le déficit et les subventions publiques déjà à bout de souffle. Or, comme le dit souvent l’économiste Charles Gave cité plus haut : <em>«l’économie n’est que de l’énergie transformée»</em>. Dans quel état serait l’économie tunisienne si cette énergie coûte de 50 à 83 % plus cher, ou pire encore, si nous n’en avons plus ?</p>



<p>Sur le plan agricole, le pays est également fortement dépendant des importations d’engrais azotés et potassiques, ce qui le rend exposé aux hausses mondiales liées à l’énergie et aux perturbations logistiques.</p>



<p>Au niveau de nos fournisseurs, les principaux partenaires sont concentrés autour de quelques pôles dominants, avec donc une forte dépendance structurelle, surtout pour l’énergie.</p>



<p>En effet, la Tunisie est un importateur net de pétrole et de gaz naturel, et ses principaux fournisseurs sont d’abord les pays de l’UE, notamment l’Italie et la France via les produits raffinés et carburants, mais surtout l’Algérie, qui fournit l’essentiel du gaz naturel via gazoduc et représente un partenaire stratégique quasi incontournable pour le pays. Ces importations d’énergie représentent déjà une part majeure du déficit commercial tunisien et expliquent la forte sensibilité du budget aux prix du baril et du gaz.</p>



<p>Pour les engrais et produits agricoles stratégiques, la dépendance est plus mondiale et diversifiée, ce qui peut être à la fois une malédiction et une bénédiction. Dans les faits, nous importons l’essentiel des engrais azotés et complexes depuis des fournisseurs internationaux comme la Russie, l’UE (notamment l’Allemagne et les Pays-Bas), et, vous le voyez venir, les pays du Golfe (Qatar, Arabie saoudite, Émirats arabes unis). Cette structure signifie que la Tunisie n’a pas de fournisseur unique mais dépend d’un marché global et volatil, où les volumes sont souvent redirigés vers les acheteurs les plus solvables en période de tension, nous y reviendrons.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quels sont les potentiels scénarios pour le pays ?</h2>



<p>Dans une autre vie, mon quotidien se résumait à produire des scénarios de probabilité et des plans d’actions politiques, juridiques et logistiques pour chaque scénario. Sans réutiliser la méthodologie apprise dans ce contexte, je vais m’amuser ici à élaborer trois scénarios que je considère plausibles.</p>



<p>De fait, puisque ceci demeure un article d’opinion, la répartition des probabilités que vous verrez est une appréciation qualitative issue d’une lecture combinée des modèles de risque macroéconomique, des analyses d’organisations internationales (FAO, Banque mondiale, IEA) et de la logique de propagation des chocs sur les marchés énergétiques et agricoles, plutôt qu’un calcul statistique strict. Dit autrement, elle repose sur la fréquence observée des chocs comparables, leur intensité historique et la capacité des chaînes d’approvisionnement à absorber les perturbations.</p>



<p>En intégrant les dynamiques énergie–engrais–commerce, les scénarios pour la Tunisie peuvent être structurés de manière graduelle jusqu’à un scénario <em>«noir»</em> de rupture, relevant de la logique du Cygne noir au sens de Taleb.</p>



<p>* Dans le scénario central, et si cette <em>«drôle de guerre»</em>, entendue comme un cessez-le-feu sur le fil du rasoir et un trafic maritime dans le détroit d’Hormuz à la merci d’un tweet ou d’un malentendu, j’estime ce dernier avec une probabilité d’occurrence de l’ordre de 60 %. Dans ce cas, la Tunisie vivrait des flux d’importation fonctionnels mais coûteux, avec des hausses du prix de l’énergie et des engrais de l’ordre de +30 à +50 %, une inflation alimentaire de +10 à +20 %, une pression budgétaire accrue mais encore gérable via subventions et arbitrages, ainsi qu’une probable intervention (d’une manière ou d’une autre) du FMI, le pays ne pouvant plus compter sur la solidarité arabe des pays du CCG, occupés à fouetter d’autres chats.</p>



<p>* Dans le scénario de stress accru, estimé à 20 %, les tensions sur les marchés internationaux augmentent sans pour autant déboucher sur une confrontation de haute intensité. Celles-ci entraîneraient des retards et des réductions de volumes disponibles pour les pays à faible pouvoir d’achat, ce qui peut provoquer des hausses de +50 à +80 % sur certains intrants (engrais, diesel agricole), une baisse des rendements agricoles de 10 à 15 %, et une inflation alimentaire de 20 à 35 %, avec des épisodes de pénuries locales de courte durée et une dépendance accrue aux importations céréalières.</p>



<p>* Enfin, le scénario noir, estimé également à 20 %, verrait les attaques de Washington et Tel-Aviv reprendre, visant tout ce qui permet de faire fonctionner un État en Iran. En représailles, les Iraniens pourraient détruire l’ensemble des raffineries, usines de désalinisation d’eau de mer et autres infrastructures essentielles à la production d’énergie et d’engrais des pays du CCG.</p>



<p>Dans un tel scénario, le marché serait caractérisé par des perturbations majeures des chaînes logistiques internationales, avec un blocage durable des routes maritimes, une crise énergétique prolongée sans précédent, une rationalisation des exportations (chacun pour soi et Dieu pour tous, j’en veux pour preuve l’épisode des masques pendant la pandémie de Covid-19) et une priorisation des grands importateurs (l’Asie en tête de proue).</p>



<p>La Tunisie pourrait alors faire face à des interruptions de ses importations d’énergie et d’engrais, une chute des rendements agricoles pouvant atteindre –15 à –20 %, et une inflation alimentaire supérieure à +40 %, créant des risques de crises alimentaires, notamment pour les ménages les plus vulnérables, des épisodes de rationnement implicite prolongée et une forte instabilité des prix, sans pour autant, je l’espère, signifier une pénurie alimentaire généralisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Que faire tant qu’on peut encore agir ?</h2>



<p>Dans tous les cas de figure, Cygne noir ou non, la Tunisie doit trouver de nouvelles sources d’approvisionnement en énergie et en engrais. Déformation professionnelle oblige, cette partie sera rédigée comme un mini «<em>Policy Paper</em>» sommaire qui détaille quoi faire pour éviter le pire.</p>



<p>Dans un cadre de stress systémique prolongé des marchés énergétiques et agricoles, et donc de l’économie, la Tunisie doit raisonner en scénarios et non en partenaires fixes, car les équilibres commerciaux deviennent beaucoup plus volatils.</p>



<p>Ainsi, dans un scénario de tension durable, l’Europe, principal débouché historique des exportations tunisiennes (textile, composants, agroalimentaire) et fournisseur clé d’énergie raffinée et d’intrants, serait fortement fragilisée par ses propres coûts énergétiques élevés, ce qui réduirait sa demande importatrice, augmenterait ses prix domestiques et, par mécanisme de rationnement possible, réduirait sa capacité d’exportation. Ceci rendrait simultanément plus difficile pour la Tunisie d’y exporter et d’en importer à des conditions soutenables. Il faudra alors se tourner, comme le faisait Bourguiba à son époque, à la fois vers l’Est et vers l’Ouest. Je m’explique.</p>



<p>Sur le plan opérationnel, une stratégie de résilience doit être séquencée&nbsp;:</p>



<p><strong>La phase 1 (court terme)</strong> consiste en la sécurisation des flux critiques par des accords bilatéraux hors marché spot avec l’Algérie (gazoduc et électricité, qui couvre déjà l’essentiel du gaz tunisien) et la Libye pour le pétrole brut, avec un travail sur la stabilisation logistique.</p>



<p>Ensuite, l’État devrait constituer des stocks stratégiques couvrant au minimum 90 à 180 jours de consommation énergétique, et imaginer des mécanismes de swap énergie contre services et biens de consommation. L’objectif étant de ne pas vivre un blackout énergétique, un effondrement économique et une crise alimentaire, en réduisant la dépendance aux marchés européens de produits raffinés, qui seront de plus en plus volatils, chers et rationnés en période de stress global.</p>



<p><strong>La phase 2 (moyen terme)</strong> consiste en une restructuration industrielle interne. La Tunisie dispose d’un avantage critique sous-exploité : le phosphate, avec les 8e à 10e réserves mondiales selon les estimations géologiques. L’objectif stratégique est de transformer ce stock en souveraineté agricole via une montée en gamme de la production d’engrais (urée, DAP, ammonitrates).</p>



<p>Je ne réinvente pas la roue en disant cela, mais aujourd’hui, il n’est plus seulement question d’une capacité insuffisante pour couvrir la demande interne. Le risque est de ne même plus pouvoir s’en procurer sur les marchés internationaux. Un programme d’investissement ciblé visant une augmentation de production de l’ordre de +30 à +50 % permettrait de réduire fortement l’exposition aux marchés internationaux et surtout dans la valorisation industrielle du phosphate tunisien pour accroître fortement la production nationale d’engrais, afin de transformer un avantage géologique en levier de souveraineté alimentaire.</p>



<p>En parallèle, modernisation du raffinage pour augmenter le taux de conversion locale, visant réduction des importations de diesel et kérosène raffinés, qui sont les segments les plus volatils avec des hausses de prix observées pouvant dépasser +80 % en situation de stress.</p>



<p><strong>La phase 3 (moyen/long terme)</strong> verrait une reconfiguration des partenariats stratégiques vers des pôles exportateurs de ressources primaires. Dans ce cadre, trois zones sont structurellement pertinentes :</p>



<p>&#8211; Russie : acteur majeur mondial avec une volonté de vendre son énergie boudée, pour l’instant, par les Européens. Opportunité intéressante de renforcer les liens avec Moscou à prix discount. Risque géopolitique important, notamment en raison des frappes ukrainiennes sur les infrastructures d’exportation russes en mer Noire, phénomène susceptible de se reproduire si le conflit persiste et de s’intensifier si les dynamiques militaires évoluent défavorablement pour les ukrainiens qui peuvent la jouer à l’iranienne en recourant davantage à la guerre asymétrique. La limite des sanctions internationales est également à prendre en compte. Tunis jouit d’une bonne relation avec Moscou, profitons-en.</p>



<p>&#8211; Amérique du Nord (États-Unis + Canada) : premier ensemble énergétique mondial, avec les États-Unis comme premier producteur de pétrole et de gaz, actuellement en bonne capacité d’exportation. Washington est notre allié de longue date et nous avons la chance d’y avoir beaucoup d’amis. Le Canada, avec ses 170 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole et son leadership mondial en potasse, représentant plus de 30 % des réserves connues, est le partenaire idéal pour la Tunisie.</p>



<p>&#8211; Canada spécifiquement : Dans ce contexte, le Canada apparaît comme un partenaire structurel particulièrement intéressant pour la Tunisie en raison de sa stratégie active de diversification des débouchés hors du voisin américain, de sa richesse en matières premières et de la complémentarité potentielle avec les besoins tunisiens en énergie et en intrants agricoles, ce qui justifierait une intensification des liens économiques et logistiques entre Tunis et Ottawa dans une logique de sécurisation à long terme des chaînes d’approvisionnement.</p>



<p>Au-delà des intérêts convergents, nous avons la chance d’avoir un ambassadeur de Tunisie au Canada, S.E. Lassaad Boutara, éminemment compétent et qui comprend très bien cette dynamique et le potentiel extraordinaire d’un renforcement des relations commerciales en matière d’énergie et d’engrais entre les deux pays. Ceci est également valable dans l’autre sens. L’ambassadeur du Canada en Tunisie, S.E. Alexandre Bilodeau, est un fin connaisseur de la région et des domaines de coopération et d’intérêts mutuels entre les deux pays. Tunis doit donc donner les moyens de réussir à ses missions et les autoriser à faire pleinement leur boulot.</p>



<p>En somme, la stratégie optimale pour la Tunisie n’est pas la diversification générale, mais une hiérarchisation stricte des dépendances. Court terme (Algérie/Libye pour la sécurité énergétique), moyen terme (industrialisation du phosphate pour sécuriser les engrais et raffinage), long terme (ancrage dans des pôles exportateurs de ressources stables comme le Canada), avec pour objectif macro final de réduire la sensibilité du budget au pétrole et de sécuriser l’offre agricole nationale face aux chocs de prix internationaux</p>



<h2 class="wp-block-heading">Conclusion</h2>



<p>Comprenez-moi bien, ce que décrit cet article n’est pas seulement une succession de chocs énergétiques, de tensions sur les engrais ou de scénarios géopolitiques plus ou moins probables, c’est la mise en évidence d’un système mondial devenu structurellement instable, où des économies fortement interconnectées fonctionnent en flux tendu et absorbent de moins en moins bien les ruptures. Dans ce cadre, les prix de l’énergie, la disponibilité des intrants agricoles et la fluidité logistique cessent d’être des variables techniques pour devenir des variables systémiques, capables de reconfigurer en quelques semaines des équilibres économiques nationaux entiers.</p>



<p>Le raisonnement mobilisé ici s’inscrit explicitement dans la logique du&nbsp;Cygne noir&nbsp;de Taleb, c’est-à-dire des événements rares, hautement improbables en apparence, mais aux conséquences disproportionnées lorsqu’ils surviennent. Cette approche rompt avec les modèles classiques de distribution en cloche et s’appuie au contraire sur des distributions à&nbsp;<em>«</em><em>fat tails</em><strong>&nbsp;»</strong>, où les événements extrêmes ne sont pas des anomalies négligeables mais des composantes structurelles du risque.</p>



<p>Autrement dit, l’erreur fondamentale des modèles traditionnels n’est pas seulement de mal prédire, mais de sous-estimer systématiquement l’ampleur des extrêmes. C’est précisément cette correction de perspective qui permet de passer d’une lecture linéaire du monde à une lecture non-linéaire, où les ruptures deviennent statistiquement rares mais systématiquement possibles.</p>



<p>Pour la Tunisie, l’enjeu est encore plus aigu car elle se situe à l’intersection directe de ces vulnérabilités. Avec une énergie importée, des engrais importés, et une forte exposition aux marchés alimentaires mondiaux, le pays navigue en eaux troubles, tant les chocs externes ne sont pas amortis, mais transmis quasi intégralement au budget, aux ménages et à la production économiques et agricoles.</p>



<p>Les scénarios évoqués plus haut ne diffèrent pas tant par leur nature que par leur intensité, mais tous convergent vers la même réalité qui veut que la contrainte principale ne soit pas l’absence globale de ressources, mais la compétition pour y accéder dans un monde où les chaînes d’approvisionnement deviennent plus fragiles et hiérarchisées.</p>



<p>Dans ce contexte, penser en termes de Cygne noir n’est pas un exercice théorique, mais une méthode de prévention. Il ne s’agit pas de prédire l’imprévisible, ce qui est contradictoire par définition, mais d’intégrer explicitement l’existence de scénarios extrêmes dans la planification économique et stratégique. C’est précisément cette bascule intellectuelle qui accepte que les extrêmes dominent parfois la moyenne, couplé à la capacité des décideurs de <em>«penser l’impensable»</em> comme le disait l’expert Guillaume Callonico, dans son livre ‘‘<em>Don&rsquo;t look East</em>; <em>le réveil géopolitique de la finance’’</em>, qui permet de passer d’une logique de prévision fragile à une logique de résilience robuste.</p>



<p>Autrement dit, la question n’est plus seulement de savoir si un choc viendra, mais dans quelle mesure il sera absorbable lorsqu’il surviendra. Et dans un monde où l’exception tend à devenir structurelle, la véritable variable stratégique n’est plus la croissance seule, mais la robustesse des systèmes qui la rendent possible.</p>



<p>* <em>Doctorant en sciences politiques et affaires publiques et internationales. </em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/29/detroit-dhormuz-ferme-catastrophe-a-venir-pour-la-tunisie/">Détroit d’Hormuz fermé, catastrophe à venir pour la Tunisie ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Militantisme sur les réseaux sociaux &#124; Overdose et immaturité</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 11 Nov 2025 09:07:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[MEDIA]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Soudan]]></category>
		<category><![CDATA[Youssef Bouanani]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les réseaux sociaux, Instagram en tête, sont devenus la caisse de résonnance des pensées les plus pauvres.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/11/militantisme-sur-les-reseaux-sociaux-overdose-et-immaturite/">Militantisme sur les réseaux sociaux | Overdose et immaturité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Avec les guerres au Moyen-Orient, l’assassinat de Charlie Kirk, ou les timides petits postes et «stories» que je vois en ce moment sur le Soudan (toutes ces causes méritent l’attention et tout drame mérite compassion, sans échelle de valeur), les réseaux sociaux, Instagram en tête, sont devenus la caisse de résonnance des pensées les plus pauvres. Le théâtre d’un bavardage passionné s’éparpillant dans tous les sens, et qui ne sert à rien.</em></strong></p>



<p><strong>Youssef Bouanani *</strong></p>



<span id="more-17878132"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani.jpg" alt="" class="wp-image-17878217" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/11/Youssef-Bouanani-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Depuis la signature du cessez-le feu à Gaza, le 10 octobre 2025, j’ai constaté un <em>«retour à la normale»</em> des militants 2.0 sur internet. Déjà que durant l’été, les posts et<em> «stories»</em> sur la plage et en train de faire la fête ont pris une part importante dans le flux journalier des photos et vidéos atroces de personnes tuées, éventrées ou décapitées, depuis la mi-octobre, je ne vois plus l’effervescence des derniers mois de la part des nouveaux militants du 21<sup>e</sup> siècle. Attention, je ne cherche pas à verser dans un <em>«takfirisme»</em> moral qui consisterait à nier la sincérité de leur position; je m’interroge plutôt sur la profondeur et la constance de leur ferveur, une fois la tendance, ce <em>«trend»</em> éphémère et bruyant nourri de visibilité instantanée, consommé.</p>



<p>Je n’ai jamais été un militant et je ne compte pas le devenir, mais dans mes lectures d’adolescent passionné de politique, j’ai appris le modèle militant avec des personnages comme Robespierre, Proudhon, Charles Mauras, Lénine, De Gaulle, Che Guevara, Castro, Bourguiba, Nasser, et tant d’autres. Des hommes animés par une foi inébralable dans leur cause, jamais à court de mots, de slogans ou d’actions pour faire avancer leurs idées. Un panache hors du commun qui donnait naissance à des révolutions. Un style particulier faisant qu’ils étaient suivis par des masses entières et arrivaient à faire ce que tant d’autres avant eux pensaient impossible d’accomplir. Malheureusement, l’injustice et les malheurs dans le monde deumeurent, mais je crains bien que des caractères comme ces gens-là n’existent plus.</p>



<p>Je vais m’abstenir de faire du «<em>Gen z bashing</em>» ou de simplement dire que c’était mieux avant. Avant quoi ? Avant internet, avant que la télé ne devienne en couleurs, avant mai 68, avant l’invention du <em>«chocolat Dubaï»</em>..? Trop facile les discours de comptoir qui jettent le tort sur tout et n’importe quoi. Je pense plutôt que c’est un mal d’antan, le mal du vide; amplifié par l’époque et les réseaux sociaux, et qui touche ma génération plus que les autres. Ceci a pour résultat de transformer le militantisme d’un don de soi à la cause, à un don de la cause pour soi. Je m’explique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les pensées les plus pauvres</h2>



<p>Avec les guerres au Moyen-Orient, l’assassinat de Charlie Kirk, ou les timides petits postes et <em>«stories»</em> que je vois en ce moment sur le Soudan (toutes ces causes méritent l’attention et tout drame mérite compassion, sans échelle de valeur), les réseaux sociaux, Instagram en tête, sont devenus la caisse de résonnance des pensées les plus pauvres. Le théâtre d’un bavardage passionné s’éparpillant dans tous les sens, et qui ne sert à rien. Il n’y a rien de plus nuisible à une cause que l’écart entre le discours et le geste.</p>



<p>Particulièrement depuis octobre 2023, pour beaucoup de jeunes sur les réseaux, militer est un plaisir. Le plaisir de se sentir appartenir à un groupe, d’avoir l’impression de défendre une cause qui semble juste, souvent sans comprendre ses fondements, ou bien même si elle est fondée.</p>



<p>Dans ce militantisme jeune, et par défintion immature, on milite doucement dans la pratique, fort sur les réseaux. On milite entre deux soirées de fêtes, deux séances de shoping, deux passages chez l’esthéticienne et parfois même entre deux consultations chez le psychologue. Bien loin ce militantisme des épopées des biographies de personnages historiques cités plus haut. Je ne dis pas que ces personnages historiques ne faisaient que le maquis, Castro était amateur de bonne chair, de belles femmes et des fameux cigares. Mais le sérieux de leur verbe et surtout de leurs actions a fait en sorte qu’ils aient obtenu davantage de résultats concrets que ceux qui militent aujourd’hui.</p>



<p>Alors, pourquoi le militant d’aujourd’hui semble-t-il s’être laissé glisser dans cette mollesse tranquille et bien beige à côté de la ferveur de leurs aînés ?</p>



<p>Aujourd’hui, plus qu’hier, s’opposer et partager les mêmes publications sur les réseaux est une façon de se sentir vivant. Au fond, l’activiste digital n’a pas vraiment espoir de voir un changement dans le monde, mais le fait d’avoir quelque chose à combattre participe à son équilibre; c’est la raison pour laquelle c’est même important que le malheur qu’il combat demeure le plus longtemps possible, ou qu’il le remplace très vite.</p>



<p>Les passions sur les réseaux concernant le conflit au Moyen-Orient se sont calmées, alors même qu’objectivement, rien n’a changé. Le conflit est sur pause, les scandales demeurent et pourtant plus rien sur mon <em>«feed insta»</em>. C’est en tout cas évident qu’il y a toujours une forme de jubilation d’un côté comme de l’autre du champ politique quand un événement a lieu, qui confirme un discours et qui en fragilise un autre. Il suffit de voir la vitesse à laquelle tous se ruent sur le moindre fait, pour comprendre que les enjeux profonds que l’événement pourrait dévoiler comptent peu par rapport à son potentiel de victoire symbolique. On fait mine de s’affliger, mais on se réjouit des drames qui nous font bien voir par le groupe. Dans ce contexte, la dynamique des réseaux sociaux peut difficilement aboutir à autre chose que de la mauvaise foi.</p>



<p>Dans ce contexte, l’événement n’a de valeur que par le fruit qu’on peut en tirer. Il ne suscite pas une réflexion, mais un réflexe. Est-ce que ce qui se passe fait mes affaires et donc mérite que je milite pour (autrement dit que je clique pour le partager dans ma story) ? Ou ça ne fait pas mes affaires et donc je continue à scroller ? C’est ici l’horizon indépassable de l’analyse politique des individus sur les réseaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Information et indifférence</h2>



<p>Au-delà de cette bêtise issue d’un mal-être que j’explique plus tard, est-ce que des facteurs extérieurs participent à cette perte d’essence dans le militantisme jeune ? Oui. Dans un modèle où les médias doivent parler de tout et n’importe quoi pour ratisser le plus large possible afin de survivre économiquement, l’événement vaut peu par lui-même, car noyé dans l’équivalence générale. J’exclus certains médias, mais ouvrez la première page d’un grand journal généraliste et vous verrez qu’on passe de la guerre à un récap du match de football, du sort d’un peuple entier aux derniers scandales amoureux d’une célébrité, sans la moindre distinction. Il n’y a aucune cohérence et donc aucune valeur véhiculée dans le récit de l’actualité, et c’est pour ça que le monde de l&rsquo;information est par nature relativiste et qui nous conditionne à traiter l’information avec une forme d’indifférence. Staline disait <em>«la mort d’un homme et une tragédie, la mort de millions d’hommes n’est qu’une statistique»</em>.</p>



<p>Précurseur, le petit père des peuples. On nous parle de 70 000 morts quelque part, de 500 000 là bas, presque autant pas loin&#8230; Apathie générale, là où si on réalisait ce que donnait réellement 500 000 morts devant nos yeux, on ne dormirait plus la nuit! &nbsp;</p>



<p>Gilles Lipvestsky, dans son essai <em>“L’ère du vide”</em>, paru il y a 42 ans, en parle avec ces mots «<em>La politique est entrée dans l’ère du spectaculaire. Liquidons la conscience rigoriste et idéologique au profit d’une curiosité dispersée, captée par tout et rien. (&#8230;) Notre société ne connaît pas de préséance, de codification définitive, de centre, rien que des stimulations et des options équivalentes en chaîne. (&#8230;) De là résulte l’indifférence postmoderne, indifférence par excès, non par défaut. L’apathie répond à la pléthore d’informations, à leur vitesse de rotation. Sitot enregistré, l’événement est oublié, chassé par d’autres encore plus spectaculaires</em>».</p>



<p>En avril 2025, quand il y a eu l’histoire du mur qui s’est effondré sur des adolescents à Sidi-Bouzid, ou depuis quelques années avec les vagues d’arrestations de personnes <em>«plus ou moins»</em> critiques de Kais Saied, plus récemment quand il y a eu l’affaire de la pollution à Gabès (comme ci ce n’était pas le cas depuis 40 ans avec des crimes contre l’envrionnement et les habitants de la région et que personne n’a réellement engagé d’actions et demandé des comptes), j’ai naïvement pensé que ça allait avoir un impact durable et que la vague d’indignation sur les réseaux sociaux allait produire quelque chose d’inédit, équivalant à l’effervescence générale qu&rsquo;on pouvait voir à ce moment-là sur Internet. Que nenni ! Quelques jours plus tard, on parlait et on partageait avec la même passion d’autres choses plus banales. Les manifestations n’ont duré que quelques jours, la poussière a été mise sous le tapis, et le pouvoir a continué avec son fameux <em>«Circulez, il n’y a rien à voir!»</em>.</p>



<p>Attention, si les autorités de mon cher pays tombent sur cet article, je tiens à préciser que je n’appelle aucunement à un soulevenement populaire ou à un trouble à l’ordre public, uniquement à ce que les malheurs d’un peuple qui souffre s’arrêtent.</p>



<p>Il y a aucune décence et aucune cohérence dans la gestion des paroles et des émotions sur Internet et c&rsquo;est pour ça que je pense que la réaction se résume à l’expressivité.</p>



<p>En d’autres termes, pour ma génération, le contenu expressif, c’est le seul vrai contenu. Ce qui explique pourquoi malgré les aberrations qui occurent en Tunisie chaque semaine, les autorités ne semblent pas vraiment s’inquiéter d’un soulèvement populaire, tant et aussi longtemps que les indignations digitales se relaient indifféremment au gré des circonstances, c’est-à-dire qu’elles remplissent une fonction cathartique.</p>



<p>Ce qui est important, c’est de pouvoir extérioriser et projeter un conflit intérieur, dans les limites de son confort et sans pour autant aller jusqu’au bout et mettre ses idées en actions ordonnées qui demandent un changement. Pour résumer, plus le jeune crie sa colère de manière symbolique et affiche sa révolte, entre deux posts qui n’ont rien à voir, plus on peut partir du principe qu’il n’en a rien à cirer.</p>



<p>Ces grands personnages historiques militants cités plus haut, avaient principalement un point en commun : au moment où ils ont senti que leur destin et celui de leur groupe (nation) étaient trop régis par des facteurs extérieurs, ils sont passés à l’action. Pourquoi, à mon avis, alors que ma génération n’a quasiment plus les moyens de contrôler son destin, elle ne prend pas action ?</p>



<p>Il se peut que je me trompe, mais je pense que la génération la plus individualisée et hédoniste jamais observée est incapable d’imaginer les moyens de mettre en place le changement, s’il ne vient pas d’en haut, d’une autoritié.</p>



<p>Autrement dit, le jeune individualisé et n’appartenant au groupe que par le titre et rien par la pratique, est incapable d’imaginer pour le collectif une porte de sortie et une série d’action pour l’emprunter. Il faut qu’elle lui soit servie sur un plateau d’argent.</p>



<p>Revenons à notre sujet principal. Les idées politiques elles-mêmes deviennent des cloisons. Le jeune est politiquement immature par défaut, et ce n’est pas de sa faute. Sans éducation politique sérieuse, il adopte une pensée en vase clos. Autrement dit, il devient encore plus bête ! J’en veux pour preuve mon observation de quelque chose de l’ordre du jeu vidéo dans la manière dont les jeunes deviennent politisés. On s’interesse à la politique parce que tout le monde le fait (la<em> trend</em>, le mal de cette génération), puis, sans beaucoup lire et sans trop se renseigner, on adopte une position politique en excluant tout le reste du spectre. Ensuite, on joue le script correspondant à l’avatar qu’on s’est choisi et plus on crie haut et fort nos idées en marginalisant celles de l’autre, plus socialement on paraît intelligent, malin et on gagne des points de valeurs symboliques.</p>



<p>On croit tout savoir du conflit palestinien, de l’implication des émiratis au Soudan, de la tactique militaire des Russes en Ukraine, des élections municipales à New-York et du bien-fondé ou pas de la politique (parfois schizophrénique) de Trump. Le pire ce n’est pas d’être sûr de ses idées, c’est la méchaneté avec laquelle on rejette celles des autres et la bêtise avec laquelle on arbore un patchwork d’idées préfabriquées, apprises sur le tas avec à coup de vidéos de 45 secondes, modèle <em>«fast-food»</em>, tout cela dans le but de revomir cet amas difforme d’informations dans la nouvelle agora de notre époque (Internet) et bien se faire voir. Ceci n’est que le symptôme du<em> «moi»</em> de l’individu d’aujourd’hui.</p>



<p>Le jeune est en crise existentielle et identitaire, à cause d’une multitude de raisons, parfois individuelles, mais surtout résultat de l’identité moderne qui a tendance à être fluctuante et instable. Face à ce mal structurel, pourquoi le jeune semble alors sans défense ? Ça prendrait un livre entier à essayer de l’expliquer, mais dans un contexte de libération et d’initiative individuelle, il est de plus en plus difficle de trouver les ressources qui permettent de stabiliser sa vie intérieure par soi-même. Le jeune est jeté dans le bain de la vie tout seul, dans un contexte d’éclatement de la famille, de crise de l’éducation et de la hiéarchie (le meurtre du père œdipien, encouragé par le postmodernisme finit bien souvent mal), d’érosion des régimes symboliques qu’ils soient religieux ou séculier, et d’essor des dispositifs qui favorisent la comparaison, notamment les réseaux sociaux qui mettent en scène des jeunes de son âge plus beaux, plus riches, plus célèbres, mais bien souvent moins équilibrés. L’influenceur vedette n’existe que parce qu’il y a des influençables bêtes, ne l’oubliez pas.</p>



<p>Finie l’époque de la verticalité, qui amenait une cohésion de la pensée et une stabilité de l’être qui sait d’où il vient et là où il va. Place aujourd’hui à la fragilité intime, angoisse chronique qui rend l’individu particulièrement vulnérable à tout ce qui peut lui donner l’illusion d’une certitude et qui le pousse bien souvent à aduler de faux dieux.</p>



<p>Ce jeune, va donc chercher à l’extérieur des objets propres à forger son identité et cette tentation de réagir en permanence sur les réseaux, naît dans une promesse de détente narcissique. Demandez à un jeune s’il se sent utile ? Beaucoup parlent de dépression, ça en devient même un thème de rigolade entre nous. Le vide pour seul certitude et la nature ayant horreur du vide, le jeune finit trop souvent par le remplir avec&#8230;n’importe quoi.</p>



<p>En effet, l’individu qui se sent stérile et qui a l’impression d’être un épiphénomène, son rare moment de gratification dans une journée normale, c’est la dopamine secrtée par son cerveau lorsqu’il se sent habité par une cause lorsqu’il est sur Internet. Ajoutez à cela que son post inutile, sera peut-être même rétribué par un minable <em>«cœur»</em> ou <em>«like»</em> qui ne veut rien dire sur une publication vue et revue 100 fois. Une overdose. Encore une preuve de ce manque de sérieux ? Bien souvent ce partage ne s’accompagne même pas d’un commentaire personnel construit et intelligent. On repartage bêtement, sans vérifier, sans s’intéresser outre-mesure, sans y ajouter autre chose que parfois un emoji triste, ou une indignation stéréotypée.</p>



<h2 class="wp-block-heading"> Une image fragmentée du réel</h2>



<p>Les réseaux inhibent la faculté de comprendre un sujet, c’est-à-dire prendre tous les éléments qui le composent en admettant toute l’étendue de leur complexité et en prenant le temps de bien comprendre l’information. Dans les faits, c’est tout le contraire. Non seulement on ne prend rien ensemble parce que les réseaux renvoient toujours une image fragmentée du réel, mais en plus on a tout le loisir de ne prendre que ce qui nous arrange. Et par ailleurs, le mode de communication propre au réseau nous invite implicitement à être laconiques et malhonnêtes, ce qui ne favorise pas tout à fait l’esprit de dialogue. L’ennui avec la compréhension, c’est que c’est un effort, une démarche qui amenuise, dans le phénomène considéré, son pouvoir de satisfaction immédiate. Parce que les choses sont rarement aussi simples qu’elles devraient l’être pour correspondre aux lectures binaires qui soulagent la frustration.</p>



<p>Dans une époque où l’on ne cultive plus un potager en attendant patiemment ses fruits, où l’on n‘attend plus le passage de notre chanson préférée à la radio, mais où on peut la streamer quand ça nous chante, et où l’attente devient une peine atroce, la gratification instantnée est loi. Les idées politiques et le militantisme n’échappent pas à cela. On veut vite s’approprier un sujet, vite le partager et vite recevoir la gratification de savoir qu’on fait partie du lot et qu’on est dans le camp des bons. C’est pour ça qu’à mon sens, il s’agit moins d’un engagement sincère que de la confirmation de sa propre existence par la mise en scène de <em>«soi»</em> et par la tenue d’un discours qui est le plus souvent destiné à ceux qui n’ont pas besoin de l’entendre.</p>



<p>Entre exil et tourmentes, Lénine a passé 40 ans à militer. Bourguiba en a sacrifié autant avant de voir la Tunisie indépendante. Robespierre en a perdu la tête, littéralement. Une cause demande du sérieux, de l’action et surtout la temporalité longue. Combien de nos jeunes peuvent consacrer autant de temps dans l’action de leur cause ? Il faudrait déjà qu’ils lisent et se renseignent plus, et puis qu’ils passent à l’action au lieu de partager une story entre deux scrolls abrutissants.</p>



<p>En outre, il faut prendre la mesure de la violence invisible qui résulte de cette conjoncture morale du jeune. On a tendance à s’accommoder de ce qui ne tourne pas rond, tant qu’on n’en paie pas les frais, mais à terme ça ne profite à personne et on aurait tort de ne pas s’inquiéter du genre d’homme que le monde postmoderne est en train de créer.</p>



<p><em>* Étudiant en sciences politiques et affaires publiques et internationales.&nbsp;</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="WjPBu3Blcz"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/12/les-reseaux-sociaux-entre-connectivite-et-peril/">Les réseaux sociaux entre connectivité et péril</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les réseaux sociaux entre connectivité et péril » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/12/les-reseaux-sociaux-entre-connectivite-et-peril/embed/#?secret=SA8zZw6BWH#?secret=WjPBu3Blcz" data-secret="WjPBu3Blcz" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La France-Afrique en crise : la Tunisie pourrait servir de pont</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/10/09/la-france-afrique-en-crise-la-tunisie-pourrait-servir-de-pont/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 09 Oct 2023 11:04:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Youssef Bouanani]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie pourrait jouant le rôle de pont diplomatique pour rapprocher les vues de la France et des nations africaines ?</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Voilà déjà quelques mois que le torchon brûle entre Paris et plusieurs capitales africaines sans qu’aucun acteur ne semble pouvoir inverser la tendance. Et si cela était l’occasion pour la Tunisie de repasser au-devant de la scène diplomatique régionale en jouant son rôle naturel de pont entre les nations ?</em></strong></p>



<p>Par<strong> Youssef Bouanani</strong> et <strong>Nicholas Drouin-Toufic </strong>*</p>



<span id="more-10091292"></span>



<p>Conséquences des tensions entre la France et certaines de ses anciennes colonies, nous assistons à un chamboulement de ce qu’on a longtemps nommé la Françafrique. Coups d’État successifs contre des régimes jugés asservis à la France, manifestations antifrançaises dans plusieurs pays subsahariens, échec des tentatives (plus ou moins sincères) d’amélioration des relations franco-algérienne et tensions entre le Maroc et la France.</p>



<p>En d’autres mots, la relation entre la France et l’Afrique se trouve actuellement à un carrefour critique. Les aspirations à une plus grande souveraineté politique et économique ont conduit à une série de frictions récurrentes, notamment en raison d’une approche française de l’Afrique restée bloquée sur d’anciennes méthodes issues de la vision du célèbre <em>«Monsieur Afrique»</em>, l’un des hommes de l’ombre du gaullisme, Jacques Foccart. De l’autre côté, de plus en plus de pays africains sont tentés d’approfondir leurs relations avec d’autres partenaires comme la Chine ou la Russie. Ce climat diplomatique complexe nécessite une réflexion profonde sur les voies de réconciliation et de coopération futures avec la France. C’est là que la Tunisie a un rôle crucial à jouer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une place de choix dans les relations France-Afrique</h2>



<p>Bien que les récentes sorties sur les migrants subsahariens du président Kaïs Saïed aient suscité une indignation des opinions publiques en Afrique noire, les dirigeants africains se sont largement abstenus de dénoncer ouvertement la Tunisie au-delà d’une simple condamnation de principe par l’Union Africaine (UA). Le président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l&rsquo;Ouest (Cedeao) est d’ailleurs venu à la défense du président tunisien. Sans parler d’un effondrement, les relations tuniso-africaines passent néanmoins par une phase de turbulences.</p>



<p>Or historiquement, la Tunisie maintient de bonnes relations avec le continent, héritées de sa tradition diplomatique proactive en la matière. Bourguiba, dans sa volonté de renforcer ses liens avec l’Afrique, a été l’un des membres fondateurs de l’UA ainsi que de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), sans parler du soutien apporté aux mouvements de décolonisation. Il place donc la Tunisie au centre des relations multilatérales africaines. Sous Ben Ali, la Tunisie continue de cultiver ses relations stratégiques avec l’Afrique, en particulier dans les domaines économique et sécuritaire. Après la révolution de 2011, on observe cependant un ralentissement des efforts diplomatiques de la Tunisie en Afrique. Hormis l’adhésion tunisienne à la Cedeao en 2017 à titre de membre observateur, aucune initiative majeure n’a été malheureusement entreprise. Il est donc temps que Tunis redynamise ses liens historiques avec l’Afrique.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="glsjJL65AS"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/05/lafrique-aux-africains-oui-mais-comment/">L’Afrique aux Africains, oui mais comment ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’Afrique aux Africains, oui mais comment ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/05/lafrique-aux-africains-oui-mais-comment/embed/#?secret=lRT6GKlM3E#?secret=glsjJL65AS" data-secret="glsjJL65AS" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Pour ce qui est de l’Afrique du Nord, nos relations sont globalement satisfaisantes. Concernant l’Algérie, et ce malgré quelques périodes de tensions en raison de divergences politiques, notamment sur le conflit libyen, nos deux pays maintiennent des liens de coopération économique et sécuritaire significatifs. Comme en témoigne la récente visite du Premier ministre Hachani à Alger, nos relations diplomatiques demeurent fortes. Au sujet du Maroc, nos relations sont également cordiales et marquées par une forte collaboration économique et politique, notamment au sein de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Si des désaccords persistent au sujet du Sahara occidental, la pleine réalisation du potentiel de coopération entre les pays demeure envisageable.</p>



<p>En ce qui concerne les relations tuniso-françaises, elles se maintiennent sur une trajectoire de stabilité et de coopération étroite. Malgré quelques désaccords, la France demeure un allié important pour la Tunisie, avec des liens historiques solides et une collaboration fructueuse notamment au niveau économique, culturel et sécuritaire. Les deux partenaires partagent des intérêts communs dans la promotion de la stabilité régionale en Afrique, notamment dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et l’immigration illégale.</p>



<p>Au regard de cette double proximité, les affaires étrangères tunisiennes pourraient jouer un rôle actif de médiation favorisant le règlement des différends entre le continent africain et la France, ainsi que la refondation des relations entre les deux parties.</p>



<p>Comment?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une refonte des relations franco-africaines</h2>



<p>Tout d’abord, il faut rappeler que ce rôle d’intermédiaire entre les nations n’est pas inconnu à la diplomatie tunisienne. Par exemple, en 1986, lors de la guerre tchado-libyenne, la Tunisie a joué un rôle crucial en essayant de faciliter des pourparlers entre les deux belligérants. Dans un contexte où la diplomatie tunisienne est loin de ses heures de gloire, elle pourrait saisir l’occasion et agir comme intermédiaire pour redéfinir la  Françafrique en utilisant l’outil multilatéral par excellence dans ce cadre : l’OIF.</p>



<p>Cette organisation, qui a pour mission initiale de favoriser la coopération culturelle et académique entre les États francophones, pourrait encore plus se développer pour devenir un forum multilatéral de discussion et de prise de décision plus large. Cette nouvelle structure pourrait aborder des thèmes comme les échanges économiques, les partenariats stratégiques et sécuritaires. L’OIF offrirait ainsi un forum où les pays africains et la France prendraient des décisions de manière transparente et collégiale dans l’intérêt de tous, garantissant ainsi une coopération équitable. Dans le cadre d’un début de la fragmentation de la mondialisation, la régionalisation des solutions aux tensions devient la mise.</p>



<p>Un parallèle pourrait être fait avec l’organisation des Brics. Initialement un terme inventé par la banque Goldman Sachs, l’acronyme Brics qui désignait des puissances économiques émergentes s’est très vite structuré autour de forums de discussion et de prise de décision. Aujourd’hui, cette organisation a élargi son champ de compétence pour toucher à des sujets plus larges comme la politique et la sécurité.</p>



<p>De la même manière, l’évolution organisationnelle de l’OIF n’est pas quelque chose de fantaisiste et est totalement réalisable. Face à l’essoufflement de larges organisations multilatérales comme l’Onu et leurs difficultés à trouver des solutions satisfaisantes pour toutes les parties, l’émergence de nouvelles structures de résolution des tensions et de coopération est à encourager. Dans ce cadre, la diplomatie tunisienne, qui a toujours démontré son adhésion au multilatéralisme, pourrait ouvrir la porte à une telle refonte des relations franco-africaines au sein de l’OIF.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="36XrArxOl6"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/07/la-tunisie-a-t-elle-tourne-le-dos-a-lafrique-subsaharienne/">La Tunisie a-t-elle tourné le dos à l&rsquo;Afrique subsaharienne ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie a-t-elle tourné le dos à l&rsquo;Afrique subsaharienne ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/07/la-tunisie-a-t-elle-tourne-le-dos-a-lafrique-subsaharienne/embed/#?secret=kXv9nTN6j8#?secret=36XrArxOl6" data-secret="36XrArxOl6" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>À la tête de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF), la Tunisie est actuellement dans une bonne position pour commencer à insuffler de tels changements. La CMF a la prérogative d’exécuter les décisions du Sommet de la Francophonie, dont une des ambitions déclarées est de contribuer à la consolidation de la sécurité et de la prévention des conflits. Réaliser cette ambition dans le contexte africain pourrait donc passer par plusieurs moyens à la portée de la Tunisie. Elle serait en mesure de suggérer une restructuration du modèle coopératif de l’OIF pour favoriser de meilleures conditions d’échange entre la France et les États africains. Tunis pourrait commencer par proposer une nouvelle charte de la francophonie qui garantirait une discussion sur des sujets plus variés, tels que les questions de sécurité ou d’économie, et des prises de décision plus larges. Dans ce but, la Tunisie doit redéployer ses efforts diplomatiques là où ils ont reculé afin de retrouver sa position d’antan. Par différents canaux et profitant de leurs bonnes relations, nos affaires étrangères pourraient solliciter le soutien des différentes chancelleries à la proposition d’une restructuration complète de l’OIF.</p>



<p>Également dans ses prérogatives, la CMF pourrait recommander la réadmission des membres africains suspendus qui ont connu des coups d’État, afin de les inclure dans ce nouveau forum de discussion pour trouver des solutions vers une sortie de crise avec la France. Elle pourrait également recommander l’admission de l’Algérie. Profitant de ses bonnes relations avec son voisin, elle pourrait offrir des garanties que les voix algériennes soient écoutées et prises en compte dans cette nouvelle structure et que la France puisse régler ses rapports tendus avec son ancienne colonie.</p>



<p>Incontestablement, l’idée de l’Afrique comme le <em>«pré carré»</em> français est en train de s’effriter. Le divorce étant difficile, tant les enjeux y sont cruciaux pour les deux parties, que la lutte semble tourner à la confrontation dans plusieurs cas. Cependant, pris objectivement, cette situation n’arrange aucun parti. </p>



<p>L’instabilité politique et les crises sociales et économiques donnent généralement naissance à des tares comme le terrorisme, des mouvements migratoires incontrôlables ou la résurgence d’anciennes rivalités et tensions qui touchent toutes les parties évoquées dans cet article. Dans ce contexte difficile, la Tunisie doit jouer son rôle d’avant-garde des résolutions de conflits. Des solutions existent, il ne manque plus que la volonté politique.</p>



<p>* <em>Etudiant en sciences politiques et affaires publiques et internationales.</em></p>
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