Alors que des voix s’élèvent pour appeler à renforcer l’usage de la langue anglaise dans les cursus éducatifs en Tunisie, considérant le français comme une langue très secondaire dans le monde d’aujourd’hui, l’intérêt des parents tunisiens pour le système éducatif français n’a jamais été aussi important, au grand bonheur des établissements proposant un enseignement conforme au programme français.
Le système éducatif français en Tunisie, qui attire près de 20 000 élèves en Tunisie, a connu une expansion remarquable, avec un nombre d’établissements qui s’élève aujourd’hui à 32, contre seulement 9 en 2018 et 12 il y a deux ans. Ces établissements, qui proposent un enseignement conforme au programme français, sont répartis dans différentes régions de Tunisie.
Christine Jacquemin, directrice du Réseau des établissements d’enseignement français en Tunisie, l’a confirmé samedi 4 avril 2026 dans une déclaration à l’agence Tunis Afrique Presse (Tap), à l’occasion du Forum de l’enseignement du français en Tunisie, consacré à la présentation des établissements proposant ce modèle éducatif, organisée par l’Institut français de Tunisie (IFT).
Outre la découverte de l’offre linguistique variée offerte par le système éducatif français aux élèves dès le plus jeune âge, les participants ont eu droit à des échanges autour des pratiques pédagogiques innovantes, des rencontres avec des experts et acteurs du secteur et des ateliers interactifs pour les plus petits.
Pour Mme Jacquemin, la demande pour les établissements d’enseignement français est en constante augmentation, portée par la volonté croissante des familles tunisiennes d’offrir une éducation de qualité offrant des perspectives internationales.
Cette expansion ne se concentre plus dans la région du Grand Tunis, mais s’étend désormais à d’autres villes comme Sousse, Bizerte, Sfax, Gabès et Djerba, dans le but de rapprocher les services éducatifs des parents et de réduire les contraintes liées aux déplacements, ce qui a contribué à porter le pourcentage d’élèves tunisiens dans ces établissements à environ 95 %, selon les déclarations de Mme Jacquemin.
Cette augmentation du nombre d’établissements d’enseignement accrédités pour le cursus français s’accompagne d’une évolution des contenus pédagogiques. Véronique Doutreleau, directrice de l’éducation nationale française en poste à Tunis, souligne le recours croissant à l’apprentissage par projets, incluant des projets écrits et interactifs qui favorisent l’autonomie des élèves et développent leur esprit critique, leurs capacités d’analyse et leur aptitude au travail d’équipe.
Ce modèle éducatif repose également sur une approche multilingue, qui ne se limite pas au français, mais inclut aussi l’arabe et l’anglais, ainsi que d’autres langues comme l’espagnol et l’allemand. Il offre ainsi aux élèves de plus larges perspectives pour poursuivre leurs études dans des contextes internationaux variés.
Malgré la présence croissante de l’anglais à l’échelle mondiale, les deux responsables affirment que le français conserve toute sa place en Tunisie, grâce à un intérêt constant et à une confiance renouvelée des familles. Le principal défi, selon eux, demeure de trouver un équilibre entre l’expansion géographique et la préservation de la qualité de l’enseignement, notamment par la formation des enseignants et la mise à disposition des ressources nécessaires pour pérenniser cette progression.
Seul bémol souvent évoqué par les parents : les frais d’inscription des élèves restent élevés, dépassant 20 000 dinars par élève et par, et pouvant atteindre, dans certains établissements, 30 000 dinars.
I. B.



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