Tout en laissant Israël poursuivre son génocide à Gaza et sa politique de terreur à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie, dont l’Etat hébreu continue de détruire les habitations, de brûler les champs et occuper les terres, les Etats-Unis s’inquiètent de la poursuite des massacres au Soudan et voudraient mettre fin à la guerre civile sévissant dans le pays de l’est africain.
Imed Bahri
Depuis avril 2023, la guerre au Soudan fait rage et toutes les atrocités sont commises. C’est indiscutablement le conflit le plus meurtrier de l’époque actuelle, à côté de la guerre israélienne contre Gaza.
Le Soudan, pour sa part, traverse la pire crise humanitaire au monde. La communauté internationale a jusque-là manqué de vigueur et de volonté pour mettre fin à cette tragédie mais il semble qu’enfin les États-Unis ont pris le taureau par les cornes en établissant un diagnostic lucide, objectif et impartial et en proposant les solutions adéquates. Reste le plus dur, l’adoption par le conseil de sécurité de l’Onu et l’application des mesures américaines.
Le représentant permanent des États-Unis auprès des Nations Unies Michael Waltz et l’envoyé spécial du président Donald Trump pour les affaires arabes et africaines Massad Boulos ont publié une tribune conjointe dans le magazine américain Foreign Policy dans laquelle ils affirment que la paix au Soudan ne sera possible qu’avec un embargo sur les armes. Ils plaident pour un embargo strict englobant tout le territoire du Soudan, ciblant tous les protagonistes et qui concerne toutes les armes et les nouveaux moyens utilisés dans la guerre comme les drones.
Ils rappellent que le Soudan sombre dans le chaos depuis des années et que le Conseil de sécurité de l’Onu a désormais l’opportunité de rendre justice au peuple soudanais et de se rappeler sa mission à savoir mettre fin aux guerres, maintenir la paix et protéger les vies humaines. Cela ne sera possible que si ses membres font preuve d’une réelle volonté d’agir.
Au moins 150 000 morts
Les auteurs soulignent que le Soudan traverse la pire crise humanitaire au monde, avec plus de 33 millions de personnes ayant besoin d’une aide d’urgence. Quelque 19,5 millions de personnes, principalement des femmes et des enfants, souffrent de famine aiguë, près de 9 millions ont été déplacées et 4,5 millions ont fui le pays. Le bilan des victimes s’élève à au moins 150 000 morts. Pourtant, cette catastrophe historique n’a suscité que des murmures de la part des institutions occidentales faibles.
Ils ont déclaré que les Forces de soutien rapide (FSR) dirigées par Hemedti Dagalo et les milices alliées avaient commis un génocide, tuant des hommes et des garçons en raison de leur appartenance ethnique et violant des femmes et des filles.
L’Onu estime que plus de 12 millions de femmes et de filles soudanaises –près de la moitié de la population féminine du pays– sont exposées à des violences sexuelles. Les Forces armées soudanaises (FAS) ont également commis des atrocités similaires, estiment les auteurs, ajoutant que plus de 150 travailleurs humanitaires avaient été tués dans le conflit.
Ils accusent les deux camps de piller et de détourner l’aide humanitaire. L’année dernière, 2 670 personnes ont été tuées par des frappes de drones, soit une augmentation de 600% en un an seulement. Au cours des cinq premiers mois de cette année, les drones ont tué plus de 1 000 personnes dont 80% étaient des civils.
Les marchés, les hôpitaux, les écoles et les axes d’acheminement de l’aide sont devenus des cibles pour les deux camps et pour les utilisateurs de drones télécommandés. Il n’a jamais été aussi facile de maintenir un rempart contre les violences de masse au Soudan cependant la résolution des Nations Unies d’il y a plus de vingt ans est caduque. La résolution 1591 du Conseil de sécurité, qui a imposé un embargo sur les armes au Darfour en 2005, est antérieure à l’apparition de l’iPhone, sans parler des drones qui survolent le Soudan aujourd’hui.
Cependant, selon les deux envoyés américains, la communauté internationale n’a pas su suivre le rythme des progrès militaires et technologiques rapides à bien des égards.
Tout d’abord, il y a le champ de bataille, qui s’est étendu à la région du Kordofan et à l’État du Nil Bleu, tandis que l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité s’arrête au Darfour, à des centaines de kilomètres de ces nouvelles zones de conflit.
Ensuite, il y a l’intervention internationale, qui a indéniablement prolongé les combats et aggravé le nombre de victimes civiles. Plus d’une douzaine de pays, pour diverses raisons, apportent un soutien militaire aux belligérants. Des mercenaires ont été recrutés jusqu’en Colombie. Des réseaux étrangers de tous bords fournissent aux pays des drones, des armes, des pièces détachées et des fonds ainsi que leur propre expertise.
Les munitions ne deviendront pas inutilisables et les drones ne s’écraseront pas s’ils franchissent des zones d’exclusion aérienne imaginaires, comme celle qui marque le début du Kordofan et celle qui s’étend jusqu’à la fin du Darfour. Les trafiquants ne restent pas inactifs lorsqu’ils peuvent acheminer des armes depuis d’autres régions du Soudan, ils savent s’adapter comme l’ont démontré les FSR et les FAS.
Ne pas agir contre les bourreaux, c’est se rendre complice de leur crime
Pourtant, les Nations Unies n’ont pas su s’adapter. Depuis plus de vingt ans, le Conseil de sécurité maintient l’embargo sur les armes dans la même zone géographique, alors que le champ de bataille, les armes et les fournisseurs ont considérablement évolué. C’est pourquoi le G7, États-Unis compris, a exhorté le Conseil de sécurité à étendre l’embargo à l’ensemble du Soudan. C’est la seule solution, affirment les auteurs de la tribune, en indiquant que les États-Unis ont soumis une résolution au Conseil de sécurité visant à étendre l’embargo sur les armes à tout le pays, et soulignant que les sanctions et l’application de ces règles par les États membres s’appliquent à tous les réseaux qui perpétuent ce conflit, des deux côtés, sans exception.
Les co-auteurs ont insisté sur le fait que cet embargo devrait également viser les trafiquants d’armes, les intermédiaires, les recruteurs de mercenaires, les commanditaires étatiques, les financiers connus, les fournisseurs de drones et les responsables du génocide qui bénéficient depuis longtemps de l’impunité.
C’est pourquoi certains membres du Conseil de sécurité ont déjà commencé à feindre l’opposition à la résolution ou à s’abstenir lors du vote. Certains pourraient tenter de présenter cet embargo comme une prise de position partiale en faveur de l’un des camps dans la guerre civile soudanaise tandis que d’autres pourraient nier leur implication directe au Soudan, suggérant plutôt que des commerçants et intermédiaires privés sont responsables de l’afflux d’armes dans le pays. Or, un embargo total concernerait à la fois les FSR et les FAS ainsi que toute partie fournissant des munitions à l’un ou l’autre camp.
Waltz et Boulos estiment que l’insistance sur l’accusation de partialité révèle une contradiction : accuser les trafiquants et les intermédiaires indépendants d’être les véritables responsables, tandis que certains s’opposent à une résolution spécifiquement conçue pour les cibler. Si les financiers privés, les contrebandiers et les réseaux d’approvisionnement informels sont réellement responsables, les États doivent contribuer à les identifier, leur imposer des sanctions, empêcher le trafic d’armes et démanteler leurs réseaux. Dans ce contexte, tout gouvernement qui affirme n’avoir rien à cacher ne devrait pas hésiter à aider l’Onu à surveiller et à fermer les filières d’armes qui, selon lui, échappent à son contrôle.
Les auteurs de la tribune ont évoqué les mesures prises sous la présidence de Donald Trump. Les États-Unis, qui ont déjà commencé à agir, ont imposé des sanctions aux individus et aux entités qui facilitent le recrutement de mercenaires et de combattants étrangers, la fourniture d’armes et d’autres formes de soutien à cette guerre. D’autres États devraient suivre cet exemple, au sein et en dehors de l’Onu. Les États devraient considérer cette résolution comme un point de référence permettant de tenir responsables les responsables du conflit soudanais mais que la responsabilité de la mise en œuvre des sanctions incombe aux États membres.
De son côté, l’Onu surveillera les violations, identifiera les réseaux de trafic d’armes et documentera les contrevenants à l’embargo. En fin de compte, les belligérants au Soudan doivent aboutir à un cessez-le-feu. Et cela ne sera possible qu’avec un accord sur la trêve humanitaire proposée par les États-Unis, ainsi qu’un mécanisme onusien pour acheminer l’aide et créer un espace propice à un processus de paix plus large. Tant qu’il sera plus facile de se procurer des armes que de la nourriture au Soudan, le conflit ne pourra pas prendre fin. Certains membres du Conseil de sécurité semblent se satisfaire de cette situation et tout membre envisageant de s’abstenir ou de voter contre doit comprendre qu’il vote pour le maintien du statu quo au Soudan et toutes les violences aveugles que cela implique.
Non à une année supplémentaire de chaos
Au mieux, ceux qui disposent du droit de veto et ceux qui s’abstiennent ferment les yeux sur les frappes de drones contre les hôpitaux et les marchés, l’obstruction de l’aide aux familles affamées et les souffrances de millions d’innocents, au détriment des intérêts d’autrui.
Au pire, ceux qui opposent leur veto ou s’abstiennent devraient se poser la question suivante : pourquoi soutenez-vous, de fait, ceux qui, des deux côtés, détruisent le Soudan, son peuple et son avenir ?
Les deux diplomates soulignent que ni les FSR ni les FAS n’ont le droit de gouverner le Soudan après la fin de cette guerre. Toutes deux ont commis des atrocités contre le peuple soudanais et ont perdu toute légitimité politique.
L’avenir du Soudan ne peut appartenir à aucune faction armée issue de ce conflit. Il doit plutôt découler d’un dialogue crédible, indépendant et civil qui donne au peuple soudanais lui-même les moyens de décider de son propre destin et non à ceux qui possèdent le plus d’armes ou qui possèdent les drones les plus meurtriers.
Pour Waltz et Boulos, les États-Unis ne permettront pas une année supplémentaire de chaos. Ils observeront, de concert avec le monde entier, qui se range du côté du peuple soudanais et qui s’y oppose.



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