‘‘Je suis née à six ans’’ de Semia Setti ou quand l’enfance bascule

Publié en octobre 2026 aux éditions Arcadia Tunisie, le nouveau roman de Semia Setti est présenté au Salon national du livre de Tunis, actuellement en cours. Le stock disponible sur place est déjà épuisé. Les lecteurs devront patienter jusqu’à la semaine prochaine pour retrouver l’ouvrage dans les librairies tunisiennes. Derrière ce titre singulier se dessine un récit consacré aux blessures de l’enfance, à la séparation et à la reconstruction de soi.

Djamal Guettala

Comment peut-on naître à six ans ? La question n’a rien d’une énigme gratuite. Dès les premières pages de Je suis née à six ans, Semia Setti installe le lecteur dans une scène de séparation, au cœur d’un aéroport. Une femme s’apprête à partir, une enfant reste derrière elle. Des larmes, une main qui se détache, quelques pas vers la porte de l’avion : la scène avance sans effets inutiles, portée par la force des gestes et des silences.

Une phrase vient résumer le bouleversement : «Elle venait de prendre vingt-quatre ans en une conversation.» En quelques mots, l’autrice donne une mesure particulière à la douleur. Le temps de l’enfance semble soudain interrompu. Une conversation, une séparation, un événement dont on ignore encore les circonstances peuvent modifier durablement une existence.

La dernière parole échangée donne au roman son titre et sa résonance : «Dis-leur tout simplement que tu es née aujourd’hui ! Dis-leur : “Je suis née à six ans.”»

Une naissance après la rupture

Cette formule constitue l’une des clés de lecture du récit. Naître à six ans revient à distinguer une vie d’avant et une vie d’après. Une expérience vient bouleverser les repères, obligeant l’enfant à affronter une réalité qui dépasse son âge. La naissance évoquée par le titre prend ainsi une dimension symbolique : celle d’une existence qui doit se reconstruire après une rupture.

Semia Setti ne livre pas immédiatement toutes les réponses. Qui sont les deux personnages ? Que s’est-il passé avant cette scène ? Quelle histoire se cache derrière cette séparation ? L’ouverture laisse ces questions en suspens, sans enfermer le lecteur dans une interprétation prématurée.

L’écriture s’attarde sur des détails concrets : une manche humide, une main abandonnée, un regard vers le père, une démarche qui ralentit. La douleur passe par les corps plutôt que par de longues explications. L’aéroport, lieu de départ et de séparation, devient le théâtre d’un moment qui semble partager une existence en deux.

De Sam Bröcheler à Semia Setti

Le parcours littéraire de l’autrice comporte également un changement de signature. En août 2025, les éditions Arcadia Tunisie publiaient son premier roman, ‘‘Aimer n’a pas suffi’’, signé Sam Bröcheler (Semia Setti). Pour cette nouvelle publication, elle choisit cette fois de signer de son véritable nom, Semia Setti. Ce changement mérite d’être relevé dans son parcours d’écriture. Après une première publication sous une autre signature, l’autrice présente désormais son nouveau roman sous son nom. Une nouvelle étape éditoriale qui accompagne la parution de Je suis née à six ans, également publié chez Arcadia Tunisie.

Un livre attendu dans les librairies tunisiennes.

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