Le rail entre Tunis et Bizerte s’apprête à changer d’époque. Réunis au siège du gouvernorat de Bizerte des hauts responsables publics et des membres de la société civile ont disséqué le plan de modernisation de la liaison ferroviaire reliant les deux villes. Confié à la Société nationale des chemins de fer tunisiens (SNCFT) et financé conjointement par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque africaine de développement (BAD), ce chantier de 945 millions de dinars prévoit la remise à neuf de 90,5 kilomètres de voie d’ici 2031.
Lotfi Sahli
Etaient présents à la réunion, présidée par le secrétaire général du gouvernorat de Bizerte Abdellatif Hmaied, des responsables locaux, des représentants ministériels (Défense) et acteurs économiques (CCINE, Conect, Parc d’activités économiques, Pôle de compétitivité…)
L’enjeu central réside dans le gain de temps. Aujourd’hui plafonnée à 50 km/h, la vitesse commerciale des rames passera dans un premier temps à 140 km/h, pour atteindre 160 km/h au terme des travaux.
Comme l’a détaillé la cheffe du projet, Maha Bousrih, la feuille de route s’articule autour de quatre tronçons majeurs, qui constitueraient une section clé de la ligne Tunis-Alger :
– les liaisons El Gobâa – El Jadida et El Jadida – Tinja ;
– le tronçon Tinja-Bizerte ;
– la bretelle Tinja-Menzel Bourguiba.

Un projet à portée économique et sociale
Le secrétaire général du gouvernorat de Bizerte, Abdel Latif Hmaied, a mis en avant la dimension stratégique du projet, notamment en matière de développement économique et social, d’amélioration des infrastructures de transport et de protection de l’environnement.
Selon lui, cette infrastructure devrait contribuer à dynamiser l’activité économique, à renforcer l’attractivité de la région et à favoriser davantage de stabilité sociale.
Il a, par ailleurs, appelé la SNCFT à accélérer les interventions liées à l’’aménagement des abords de la gare principale de Bizerte, ainsi que celles concernant les autres gares, les lignes et les infrastructures connexes.
L’investissement se déploiera en deux étapes distinctes :
– infrastructures et matériel (724,5 MD) : réfection des voies, achat de nouvelles rames, réhabilitation des gares et mise aux normes sécuritaires et environnementales ;
– ouvrages d’art et automatisation (220,5 MD) : percement de tunnels, construction de ponts et déploiement d’une signalisation automatisée moderne.
Les études techniques et administratives s’achevant progressivement, l’appel d’offres international devrait être lancé d’ici 2027.

Propositions pour accélérer la mise en œuvre
Si les participants ont salué ce projet attendu comme un levier d’attractivité économique et de stabilité sociale, les débats ont vite abordé le volet pragmatique. Libération des emprises foncières, contraintes environnementales et calendrier de réalisation ont été au cœur des échanges pour éviter d’éventuels retards. Le gouvernorat a profité de l’occasion pour inviter fermement la SNCFT à accélérer l’aménagement des abords de la gare principale de Bizerte et des gares secondaires.
À travers leurs différentes interventions, les participants ont exprimé leur enthousiasme et leur adhésion à ce projet porteur, perçu comme une véritable opportunité pour la région de Bizerte. Les échanges ont également fait ressortir l’espoir de voir cette nouvelle dynamique réconcilier les citoyens de la région avec la SNCFT, en redonnant au transport ferroviaire la place qu’il mérite dans le développement économique et social de la région.
En marge de la rencontre, une annonce a retenu l’attention : le pôle de compétitivité de Bizerte vient de sécuriser 75 hectares à Louata (Bizerte Sud) pour étendre sa réserve foncière industrielle.
Anticipant l’implantation future de près de 7 500 emplois sur le site, les responsables du pôle ont immédiatement plaidé pour la création d’une halte ferroviaire dédiée. Raccorder directement cette zone d’activité au nouveau réseau permettrait de désengorger les routes tout en offrant un mode de transport décarboné aux milliers de futurs salariés — concrétisant ainsi le maillage entre développement industriel et mobilité durable dans la région.



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