Tunisie | Décès de prisonniers à cause de la chaleur, les autorités nient

Au moins 23 détenus seraient décédés en Tunisie ces dernières semaines en raison de la chaleur extrême enregistrée en juillet et août, aggravée par la surpopulation carcérale et les longues coupures d’électricité et d’eau, s’indignent les défenseurs des droits humains qui dénoncent depuis longtemps des conditions de détention difficiles. Aucun des décès en prison ne peut être attribué à la chaleur sans confirmation des médecins légistes, répondent les autorités, qui ne communiquent aucun chiffre.

Selon le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH), Bassem Trifi, cité par l’AFP, son organisation a recensé 23 décès en s’appuyant sur des informations fournies par des médecins, des avocats et des proches de détenus morts en prison à cause de la chaleur.

Parmi les détenus décédés figurait l’homme d’affaires Lazhar Sta, selon sa fille. Un autre était un étudiant de 24 ans.

Un homme d’affaires libanais est également décédé dans une prison tunisienne, a précisé M. Trifi. Une source judiciaire libanaise a indiqué à l’AFP que le père du défunt avait informé les autorités libanaises de sa mort une semaine auparavant. «Les conditions sont déjà inhumaines en temps normal, mais avec la vague de chaleur et des températures dépassant parfois 45 °C dans des cellules surpeuplées, la situation menace la vie des détenus», a déclaré M. Trifi.

Les prisons tunisiennes sont depuis longtemps critiquées pour leur surpopulation chronique et leurs mauvaises conditions de détention.

Les organisations de défense des droits humains dénoncent la surpopulation des cellules, une ventilation insuffisante et un accès limité à l’eau — des accusations que l’administration pénitentiaire a rejetées.

L’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) s’est dite cette semaine «préoccupée par la détérioration des conditions de détention et l’augmentation des décès en prison». Elle a également appelé à des enquêtes «transparentes» et «indépendantes», déplorant l’absence de données officielles concernant ces décès.

Les proches de détenus avaient déjà exprimé leurs inquiétudes quant aux conditions de détention à mesure que les températures grimpaient au cours de l’été.

Les alertes lancées par les proches de figures de l’opposition emprisonnées ont largement circulé sur les réseaux sociaux et, à un degré moindre, sur les médias.

Parmi ces figures figure Rached Ghannouchi, 85 ans, chef du parti Ennahdha; ses avocats avaient qualifié son état de santé de «critique» en juillet, après des informations faisant état d’un évanouissement et d’un épuisement sévère en détention.

Figure également sur cette liste le militant Ahmed Nejib Chebbi, 82 ans, dont la fille a aussi exprimé son inquiétude quant aux conditions de détention de son père et d’autres détenus. «Je n’attendrai pas que mon père et mon oncle meurent en prison», a déclaré l’avocate Haifa Chebbi.

Son oncle, Issam Chebbi, est lui aussi emprisonné à la suite d’accusations de complot contre la sûreté de l’Etat, que des organisations de défense des droits humains ont dénoncées comme étant motivées par des considérations politiques. «Je ne garderai pas le silence. Libérez les détenus», a-t-elle écrit sur les réseaux sociaux.

En juillet, l’administration pénitentiaire avait affirmé que tous les détenus recevaient des «soins médicaux conformes à la réglementation» et que «toutes les mesures nécessaires» avaient été prises face à la chaleur.

Depuis 2023, des dizaines de personnalités politiques, de journalistes et d’hommes d’affaires, entre autres, ont été placés en détention ou condamnés pour diverses accusations.

L’OMCT a appelé les autorités tunisiennes à prendre «les mesures nécessaires pour protéger la vie» des détenus et à autoriser les organisations de défense des droits à effectuer des visites dans les prisons.

La LTDH avait indiqué qu’elle se voyait interdire l’accès aux prisons depuis novembre 2025. Ces derniers jours, l’inquiétude s’est accrue concernant l’état de santé du journaliste d’investigation Mohamed Yousfi. Ce dernier a été arrêté la semaine dernière alors qu’il s’apprêtait à évoquer les pénuries d’eau lors d’une émission de radio. Il a par la suite été opéré de l’appendicite et placé en détention.

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a rapporté que les membres de sa défense avaient dû quitter une séance d’interrogatoire pour lui procurer des médicaments, car M. Yousfi «hurlait de douleur».

Par ailleurs, la fille du journaliste indépendant emprisonné Zied El Heni a fait part de ses craintes pour son père. «À chaque fois que je rends visite à mon père, j’ai peur qu’on m’annonce sa mort», a déclaré Aram El Heni dans une vidéo largement partagée sur Facebook. «À chaque fois que je quitte la prison, je me dis que c’est peut-être la dernière fois que je le vois», a-t-elle ajouté.

D’après AFP.

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