Et si on s’inspirait du Fonds souverain norvégien ?

Au temps de la colonisation française, les richesses naturelles de la Tunisie étaient pillées par l’occupant. Au lendemain de l’indépendance, ces richesses ont souvent été données en gestion et exploitées par des sociétés étrangères… pour des miettes. Paradoxalement, le peuple tunisien, propriétaire de ces richesses, a du mal à joindre les deux bouts et s’endette à bout de bras pour survivre. Il est temps de mettre un terme à cette injustice et rendre au peuple ce qui lui revient. Les Norvégiens ont trouvé une formule, un fonds souverain, pourquoi ne pas s’en inspirer ? Les difficultés financières de notre pays et sa mauvaise gouvernance actuelle, portée par la dépense de fonctionnement et l’endettement extérieur, n’y plaident certes pas, mais ce n’est pas une raison pour ne pas sérieusement y penser.    

Habib Glenza  

Pour gérer nos ressources naturelles (pétrole, gaz, phosphate…) de manière juste et équitable, nous devons nous inspirer du Fonds souverain norvégien créé en 1990 après un vote mémorable au parlement, qui a décidé à l’unanimité que le gisement pétrolier d’Ekofisk, découvert en 1969, est la propriété du peuple norvégien et non de l’Etat. Il a, en plus, ordonné la création d’un fonds pour assurer l’avenir des générations futures, afin qu’elles ne dépendent plus du seul budget de l’Etat 

Avec 5 millions et demi d’habitants pour 385 199 km2, dont 307 860 km2 de terre, la Norvège est, après l’Islande et la Russie, le pays le moins densément peuplé d’Europe. Il est aussi aujourd’hui l’un des plus riches et prospère.

L’économie norvégienne est un bastion prospère du capitalisme social, une combinaison entre marché libre et intervention de l’État. Le gouvernement, par le biais de grandes entreprises publiques, contrôle quelques domaines particulièrement stratégiques, comme une partie du secteur pétrolier. 

Malgré un niveau de vie comptant parmi les plus élevés au monde, les Norvégiens s’inquiètent à propos des deux prochaines décennies, lorsque leurs réserves de gaz et de pétrole commenceront à s’épuiser. C’est pourquoi le pays dépose, depuis 1990, la totalité de ses revenus pétroliers dans le fonds pétrolier norvégien. Le capital ainsi obtenu est investi à l’étranger : à la fin 2016, il est estimé à 850 milliards d’euros et en 2021, il atteint 1 162 milliards de dollars avec une progression de 10% par an environ. Les revenus pétroliers de la Norvège en 2022 s’élèvent à environ 131 milliards d’euros, presque le triple de ses revenus de 2021.

De la découverte du gisement d’Ekofisk à la règle de 3%

En décembre 1969, le gisement pétrolier d’Ekofisk est découvert en mer du Nord. La Norvège comprend vite le risque : quand une rente pétrolière tombe dans un budget national, elle se transforme en dépenses courantes, en inflation et en monnaie surévaluée. Le parlement vote alors en 1990 la création d’un fonds souverain (Statens pensjonsfond Utland en norvégien, ou «Fonds de pension gouvernemental-Étranger»), qui commence à être alimenté en 1996.

Le mécanisme tient en trois règles : 1 – les revenus des hydrocarbures, appartiennent au peuple norvégien, seront versés dans le fonds souverain et non dans les caisses de l’Etat ; 2 – le fonds souverain doit investir 100% des revenus à l’étranger ; 3 – l’Etat ne peut prélever qu’environ 3% de la valeur du fonds par an.

Résultat ? Depuis 1996, l’Etat a versé dans le Fonds 550 milliards d’euros et en retiré 61 milliards. Le reste des revenus, à savoir 1330 milliards d’euros, représentent des rendements cumulés ! C’est là que réside le miracle de ce Fonds qui a gagné plus d’argent en investissant qu’en pompant dans les caisses de l’Etat. 

En effet, le Fonds souverain norvégien s’est accru de 23 milliards de dollars en 1998 à 2 292 milliards en 2026 !  Ainsi, le peuple norvégien n’a plus besoin d’endetter son Etat et a garanti l’avenir de ses enfants.

La gouvernance du Fonds souverain norvégien

Le Fonds souverain norvégien valait environ 2 000 milliards d’euros au 30 juin 2026, soit 22 683 milliards de couronnes norvégiennes ou 2 300 milliards de dollars. Sa valeur a progressé de 125 milliards d’euros sur le semestre. Cela représente près de 355 000 € par citoyen. 

En guise de comparaison avec les pays endettés, la dette américaine a atteint 40 000 milliards de dollars à la mi-août 2026, soit 108 000 euros par habitant et celle française à 52 000 euros par habitant. En Norvège, cette progression se décompose en trois mouvements : +155 milliards d’euros de rendement des investissements, +7,9 milliards d’apports nets de l’État après ponction des frais, et -38 milliards d’effet de change, la couronne s’étant renforcée.

Le fonds souverain norvégien détient exactement 7 077 lignes d’actions dans 54 pays, pour 1 454 milliards d’euros. Ses trois plus grosses positions sont Nvidia (54 milliards d’euros), Apple (46 milliards d’euros) et Alphabet (44 milliards d’euros), devant Microsoft. Détail que la presse passe souvent sous silence : le classement par valeur détenue ne suit pas le classement des capitalisations mondiales, parce que les pondérations indicielles et les exclusions éthiques déforment légèrement le portefeuille. Le fonds détient 1,53 % de toutes les actions cotées de la planète, et jusqu’à 2,27 % des actions européennes appartiennent au peuple norvégien 

À quel pays la Norvège prête-t-elle ?

Oslo prêt 320 milliards d’euros de dette aux États-Unis, en tête avec 184 milliards d’euros (soit 57 %), devant le Japon (22,3 milliards d’euros) ; le Royaume-Uni (17,2 milliards d’euros) ; l’Allemagne (14,4 milliards d’euros) ; Singapour (13,2 milliards d’euros) ; Canada, Italie, et France (7,9 milliards d’euros chacun).

L’inventaire immobilier, à lui seul, compte 1 625 propriétés détenues en direct dans le monde : 714 plateformes logistiques (dont 681 avec Prologis), 550 commerces, 219 bureaux et 137 immeubles résidentiels luxueux. 

Le fonds est copropriétaire de 47 adresses sur Regent Street aux côtés de The Crown Estate, le patrimoine foncier de la Couronne britannique, de 225 actifs à Covent Garden et Chinatown, de 171 immeubles à Mayfair et Belgravia avec Grosvenor, et du 7 Times Square à New York.   

Quand on fait du shopping sur Regent Street, le loyer commercial revient à la Norvège, qui est un modèle de gouvernance dont chaque pays devrait s’inspirer pour ne plus dépendre du budget de l’Etat. Ce modèle de gouvernance assure totalement l’avenir des générations à venir.      

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