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	<title>Archives des Ahmed Ben Salah - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Ahmed Ben Salah - Kapitalis</title>
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		<title>Histoire &#124; Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 09:08:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Robert Lehmann]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur l’«affaire Lehmann» qui a été instrumentalisée pour justifier le limogeage de l'ancien Premier ministre Bahi Ladgham. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/04/histoire-bahi-ladgham-et-laffaire-lehmann/">Histoire | Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’«affaire Lehmann» s’inscrit dans la période de transition marquant la mise en échec de l’expérience des coopératives, soutenue par Habib Bourguiba et appliquée par Ahmed Ben Salah. Ce revirement avait mené à la restructuration du gouvernement et à la nomination de Bahi Ladgham comme Premier ministre en novembre 1969, avant qu’il ne soit lui-même écarté au profit de Hédi Nouira en novembre 1970. Il n’existe pas trace documentée d’une «affaire Lehmann» (parfois orthographiée Robert Lehman) dans les archives académiques ou historiographiques classiques. Pourtant, cette affaire fait référence à un scandale financier et politique majeur en Tunisie à la fin des années 1960.</em></strong> <em>(Ph. Bourguiba et le gouvernement Ladgham, à droite du président).</em> </p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong></p>



<span id="more-18321188"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Il s’agit d’un homme d’affaires de nationalité étrangère, influent dans les milieux financiers tunisiens de l’époque. Il était lié à des projets de développement industriel et touristique, accusé de malversations financières, de corruption et de transferts illicites de devises. L’affaire est restée dans les mémoires comme l’un des premiers grands scandales de <em>«corruption»</em> ou de<em> «copinage»</em>, servant de levier politique dans les luttes de succession internes.</p>



<p>Selon une source ayant participé à l’enquête sur cette affaire, le traitement de Robert Lehmann a été marqué par une sévérité judiciaire et politique. D’après un ancien haut fonctionnaire qui détient des informations précises et qui préfère garder l’anonymat, Lehmann a été arrêté et incarcéré en Tunisie. Les autorités l’avaient accusé de graves malversations financières, notamment de fraude fiscale, de transferts illégaux de devises vers l’étranger et de corruption de fonctionnaires.</p>



<p>Son procès a été utilisé par le pouvoir pour montrer une volonté de <em>«nettoyage»</em> après l’échec de la politique coopérativiste de Ben Salah.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un homme d’affaires véreux</h2>



<p>Lehmann a été présenté comme un homme d’affaires véreux ayant profité de ses entrées au sommet de l’État. Il a été lourdement condamné à une peine de prison ferme et à des amendes considérables. Les biens qu’il possédait en Tunisie ont été saisis. Après avoir purgé une partie de sa peine, il a été expulsé ou autorisé à quitter le pays, mettant fin à sa présence dans les affaires tunisiennes.</p>



<p>C’était donc un dossier financier et politique sensible qui éclaire la fin du passage de Ladgham à la tête du gouvernement et les tensions internes du régime.</p>



<p>Ladgham est nommé Premier ministre du 7 novembre 1969, poste qu’il n’occupa que jusqu’à novembre 1970, après avoir été un chef du gouvernement de facto pour Bourguiba. Il a été critiqué dans le temps pour son manque de vigilance face aux activités de l’homme d’affaires Lehmann. Après une réunion houleuse avec Bourguiba, il présenta sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 26 juillet 1970. Bourguiba la refusa et lui demanda de rester à son poste, pour permettre à son successeur Nouira de prendre la relève, qui survint le 2 novembre 1970.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ostracisation médiatique et politique</h2>



<p>Ladgham jouissait à l’époque d’une certaine popularité, confirmée ensuite lors du congrès de Monastir (11-15 octobre 1971) où il obtint le plus grand nombre de voix. Cette renommée a été perçue, par Bourguiba et son épouse Wassila, comme une menace, conduisant par la suite à son ostracisation médiatique et politique. Bourguiba l’avait progressivement éloigné des affaires intérieures en le chargeant de missions diplomatiques.</p>



<p>Ce n’est que dix ans plus tard que Ladgham se réconcilia avec Bourguiba grâce à l’entremise de Mohamed Mzali. La brouille entre les deux hommes avait duré jusqu’à juin 1981 où Mzali avait joué un rôle pour les concilier. À cette occasion, Bourguiba évoqua les fameux vers de Samawaal (poète ayant vécu pendant la Jahilya, la période antéislamique)&nbsp;:&nbsp;<em>«Si l’honneur d’un homme n’a pas été souillé par la vilénie, tout habit qu’il portera ne sera que magnifique»</em>. Cette allusion a permis aux deux anciens amis de se réconcilier.</p>



<p><strong>إِذا المَرءُ لَم يُدنَس مِنَ اللُؤمِ عِرضُهُ</strong><strong></strong></p>



<p><strong>فَكُلُّ رِداءٍ يَرتَديهِ جَميلُ</strong><strong></strong></p>



<p>L’intérêt de revenir sur cet épisode de l’histoire est de déceler finalement le motif réel, l’étincelle à l’origine de la disgrâce de Ladgham. Le public l’ignore encore et se posait à l’époque des questions au sujet des raisons justifiant cette destitution si précipitée. C’est un exercice salutaire pour mieux appréhender la raison occultée, qui avait été instrumentalisée par les rivaux politiques de Ladgham, motivant sa destitution inattendue par Bourguiba, alors qu’il achevait à peine une année en tant que Premier ministre.</p>



<p>Dans ses mémoires <sup>1</sup>, Ladgham évoque la période 1969-1970, le contexte financier difficile et les pressions internes, en admettant des choix risqués. L’expression <em>«affaire Lehmann»</em> n’apparait en aucun cas dans son livre, c’est ce qui intrigue le plus. Il aurait pu l’évoquer et fournir tout au moins sa version. Le fait de l’omettre suscite des interrogations.</p>



<p>Il faut noter que l’affaire Lehmann n’est pas un titre très médiatisé avec ce mot-clé exact dans les archives publiques. En revanche, les périodes de débat politique entourant Ladgham dans les journaux de l’époque couvrent très probablement les mêmes questions de financements et critiques politiques que cette affaire représente historiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menées politiques sur fond de crise financière</h2>



<p>La version sous-jacente de Ladgham donne une lecture défensive à propos des initiatives dictées par l’urgence économique, dans un contexte de crise profonde de liquidités après l’échec de la coopérativisation, et de méfiance des institutions financières classiques envers la Tunisie. Pour lui, la responsabilité est collective (État, Banque centrale, entourage présidentiel). Il minimise les aspects techniques (opacité, commissions, imprudence financière) et insiste surtout sur les menées politiques&nbsp;: <em>«Je vais ici parler de la période que je considère personnellement comme cruciale, à savoir l’année 1969/1970– l’année irritante. Elle fut déplaisante car les valeurs sur lesquelles l’État avait fondé sa politique, et que le peuple tunisien considérait comme les composantes essentielles de sa vie politique et le repère de ses espoirs, avaient changé. Il apparaissait aux citoyens, comme au monde entier, que les politiques de développement menées par le gouvernement tunisien avaient échoué»</em> <sup>2</sup>.</p>



<p>La lecture politique de l’éviction de Ladgham peut être interprétée comme une utilisation de l’affaire Lehmann en tant que prétexte, instrumentalisée par des courants favorables à un virage libéral plus net, incarnés par Nouira.</p>



<p>Au-delà du volet judiciaire, Lehmann a été traité comme un <em>«bouc émissaire»</em> politique. Son cas avait servi d’outil pour discréditer Ladgham (son protecteur présumé), en suggérant que ce dernier avait couvert des activités illicites. Les éléments documentés suggèrent qu’en tant que secrétaire d’État à la Présidence, Ladgham avait une supervision sur les secteurs dans lesquels Lehmann était actif (banque, industrie). Cette position a pu créer une perception de lien étroit entre les deux hommes.</p>



<p>La version de Nouira (discours publics, pratiques gouvernementales, récits indirects) est une lecture technocratique et normative, il ne cite pas cette affaire, mais en tire parti pour dénoncer des dérives du bricolage financier, illustration de la nécessité d’une orthodoxie financière stricte. L’affaire devient un cas d’école négatif, elle incarne les méthodes aventureuses de la transition post-Ben Salah, la Tunisie doit désormais passer par le FMI, la Banque mondiale, restaurer la crédibilité monétaire, bannir les intermédiaires privés douteux.</p>



<p>Nouira évite d’accuser frontalement Ladgham, mais laisse entendre une incompétence technique grave, ce qui justifie un changement d’équipe et de doctrine. Il ne questionne pas la contrainte structurelle (dépendance financière) qui rendait ces montages tentants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’héritage socialisant au tournant libéral</h2>



<p>Les observateurs avisés tendent à voir l’affaire Lehmann comme un symptôme, non une cause de la crise de l’État développemental tunisien à la fin des années 1960. Lehmann n’est ni un accident, ni un simple scandale, mais le produit d’un État en quête de financement rapide dans un contexte de dépendance externe. D’ailleurs, la plupart des travaux récents écartent l’hypothèse d’une corruption personnelle, parlent plutôt d’imprudence, de faiblesse institutionnelle, d’absence de garde-fous juridiques. Ladgham apparaît comme un homme de transition, coincé entre l’héritage socialisant et le tournant libéral et l’affaire Lehmann sert aussi à légitimer à posteriori ce virage, jouant un rôle de détonateur, sinon de cause directe, dans la chute de Ladgham.</p>



<p>On peut aller plus loin que la version <em>«responsabilité politique abstraite»</em> sans tomber dans l’accusation gratuite, à condition de distinguer les niveaux d’implication. Ladgham n’est pas un simple spectateur. Contrairement à l’image longtemps diffusée, il suivait personnellement les dossiers financiers stratégiques après 1969. L’affaire Lehmann n’était pas un dossier technique de second rang, elle touchait à la recherche de financements d’urgence, donc au cœur de l’action gouvernementale. Il est hautement improbable que des engagements financiers de ce type aient été pris sans son aval explicite, même si l’exécution a été déléguée. Il aurait accepté des circuits non orthodoxes en connaissance de cause. Plusieurs témoignages ultérieurs (administration, diplomatie) suggèrent qu’il court-circuite parfois les ministères techniques, qu’il favorise un cercle restreint de décideurs, réduisant les garde-fous.</p>



<p>La position la plus mesurée est que Ladgham, en tant que chef de gouvernement, avait accepté des montages risqués, mal encadrés, dans un contexte de crise, et en avait sous-estimé les conséquences. Aux historiens de défricher les circonstances de cette affaire et de clarifier ses tenants et ses aboutissants. Le recoupement des témoignages et l’examen des preuves matérielles est sollicité pour sortir des passions partisanes et établir une chronologie froide et factuelle des évènements.</p>



<p><em>* Ecrivain.</em></p>



<p><strong><em>Notes : </em></strong></p>



<p>1-  نوفمبر 2019 &#8211; éditions Nirvana &#8211; الزعامة الهادئة &#8211; ذكريات وشهادات وخواطر » &#8211; « </p>



<p>2- Page 525.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>UGTT, faillite d’un syndicalisme vindicatif et contreproductif</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/20/ugtt-faillite-dun-syndicalisme-vindicatif-et-contreproductif/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Aug 2025 08:26:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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		<category><![CDATA[UGTT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le plus gros dégât de l’action syndicale de l’UGTT a trait à la dégradation du capital social et du sens du travail de manière générale en Tunisie.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/20/ugtt-faillite-dun-syndicalisme-vindicatif-et-contreproductif/">UGTT, faillite d’un syndicalisme vindicatif et contreproductif</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Créée en 1946 à l’époque coloniale, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’est construite pour optimiser la rémunération des travailleurs, mais aussi pour saboter les entreprises coloniales, afin de chasser les colons. Les ancrages idéologiques de cette approche bicéphale n’ont pas totalement disparu aujourd’hui, 70 ans après l’indépendance.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-17292042"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Aujourd’hui encore, l’UGTT s’emploie à optimiser les salaires, de façon indifférente à l’état de l’économie, insouciante de la compétitivité des entreprises, et rétive qu’elle est aux impératifs de la productivité du travail.</p>



<p>Son (in)action a fait reculer le sens du travail, a détérioré le capital social et a renforcé les systèmes rentiers. Il faut comprendre le fonctionnement du <em>«business model»</em> de l’UGTT pour mesurer ses réels impacts sur le marché du travail en Tunisie. C’est ce qu’on propose ici, chiffres à l’appui.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vampiriser les extrants, saccager les intrants</h2>



<p>Quelques mois avant son décès cette année, l’économiste Houssine Dimassi a qualifié l’UGTT de vestige anarcho-féodal. Et il n’a pas tort lui qui connaît très bien le fonctionnement de l’UGTT pour avoir longtemps été l’un de ses conseillers économiques. Ce n’est pas rien, il faut en parler franchement, les yeux dans les yeux, et sans détours.</p>



<p>Le modèle d’affaire de l’UGTT est devenu avec le temps contreproductif, anachronique voire suicidaire pour l’économie tunisienne. Ce modèle n’arrivant plus à se ressourcer et à se moderniser pour suivre les évolutions et les changements dans la société et l’économie tunisienne.</p>



<p>Aujourd’hui, les tensions sont à leur summum, la veille d’un coup de force de l’UGTT, pour une marche de protestation, le 21 août, et probablement une grève générale.</p>



<p>Pour schématiser et simplifier nos propos aux lecteurs, on peut dire que les processus de production (dans les entreprises publiques ou privées, dans le gouvernement ou dans les organisations à but non lucratif) fonctionnent en deux volets : celui des intrants (travail, capital, technologie, organisation) et celui des extrants (production, rentabilité, productivité, compétitivité). Le processus productif consiste à transformer les intrants en extrants, dans un contexte sociopolitique et technologique donné.</p>



<p>Les revendications syndicales de l’UGTT ont toujours ciblé et parfois aveuglément les augmentations de salaires des travailleurs, canalisant ses revendications sur les extrants des processus productifs, empêchant parfois les entreprises d’investir ou d’innover.</p>



<p>Rien n’est fait par contre par l’UGTT pour renforcer les entreprises et les intrants de la machine productive d’une économie et d’un tissu d’entreprises principalement tuniso-tunisiens. Les investisseurs étrangers restent prudents face au caractère anarchiste et aléatoire de la gouvernance de cette centrale syndicale.</p>



<p>Ce modèle d’affaires est désuet et ne fonctionne plus dans les pays et sociétés modernes d’aujourd’hui. Ce modèle pénalise l’économie, puisqu’il vampirise les extrants et sabote les intrants de l’économie dans son ensemble. Il détruit ainsi le capital social, affaiblit la compétitivité des entreprises et sabote les infrastructures physiques et humaines.</p>



<p>Les problèmes du recul de la productivité et de la dévalorisation du sens du travail sont au cœur de la faillite de ce modèle de fonctionnement, devenu ipso facto improductif et très dommageable à l’économie et à la croissance en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="q4sCQewrLo"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/15/tunisie-la-dissolution-de-lugtt-est-elle-deja-actee/">Tunisie | La dissolution de l’UGTT est-elle déjà actée  ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | La dissolution de l’UGTT est-elle déjà actée  ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/15/tunisie-la-dissolution-de-lugtt-est-elle-deja-actee/embed/#?secret=dUv44T8Tvd#?secret=q4sCQewrLo" data-secret="q4sCQewrLo" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’UGTT a saccagé le sens du travail</h2>



<p>Depuis Ahmed Ben Salah, les différentes élites, équipes et directions à la tête de l’UGTT ont fermé les yeux sur la déperdition du sens du travail ainsi que sur le recul de la productivité du travail (et multifactorielle), de manière générale.</p>



<p>L’UGTT a tort de penser que la productivité ne relève pas de ses responsabilités globales, elle qui a fait des droits des travailleurs son fonds de commerce. Elle, qui est omniprésente dans la sphère politique, nationale et internationale. Devenant un méga-syndicat, presque un parti politique.</p>



<p>L’UGTT ne s’est pas intéressée non plus au potentiel productif de la population en âge actif (15-65 ans). Elle a occulté les aspirations et la vie misérable des centaines de milliers de jeunes en chômage, des femmes malmenées, abusées dans les champs agricoles de tous les territoires du pays. L’UGTT jette le bébé avec l’eau du bain, prétextant que cela ne relève pas de son mandat, ni de sa responsabilité sociétale.</p>



<p>Les chiffres sont têtus et la responsabilité de l’UGTT est irréfutable.</p>



<p>1- Dit simplement, pour les 3,7 millions d’actifs occupés dans l’ensemble des secteurs formels, les gains de productivité ont été proche de zéro durant les dernières années. La productivité du capital mis à leur disposition a aussi enregistré un léger recul durant la 2015-2024.</p>



<p>2- Selon plusieurs études, le Tunisien moyen occupé et rémunéré travaille en moyenne pas plus 5 heures par jour, au lieu de 7 à 8 heures. Un tiers de temps payé n’est pas travaillé, sérieusement du moins. Dans de nombreuses organisations gouvernementales, cette durée effectivement travaillée ne dépasse pas deux heures par jour.</p>



<p>3- La durée effective du travail ne dépasse pas une la moyenne annuelle de 1 350 heures payées. En France et en moyenne annuelle, les travailleurs font 1 680 heures pour les salariés à temps complet (données 2019), au Canada, 1890 heures par an (2022). La moyenne européenne est à 1846 heures, soit 40% de plus que la moyenne annuelle en Tunisie.</p>



<p>4- Un taux d’emploi insuffisant, puisque la proportion de personnes demandant un emploi parmi celles en âge de travailler (15-64 ans) est de 43% seulement. Le taux d’emploi mesure la capacité d’une économie à utiliser de manière efficace son capital humain. Ce taux est pratiquement la moitié de ce qui est observé dans les pays occidentaux. Dans les pays européens ce taux oscille entre 62 à 80%. Pour l’ensemble de l’Union européenne (UE), la moyenne est de 70%. Les Pays-Bas sont à 81%, le Japon à 79%, l’Allemagne à 77% de même que le Danemark et la Suède, le Royaume-Uni et le Canada à 75%, les Etats-Unis à 71%.</p>



<p>5- Trois femmes sur quatre en âge actif sont sans emploi. Deux millions de femmes sont sur le carreau, dépendantes de leur conjoint et enfants pour vivre décemment. Elles se font exploiter, maltraiter… L’UGTT ne fait rien, et laisse faire, ses dirigeants ne se prononcent pas sur le sujet. Ils ferment les yeux et occultent l’enjeu, et aucun écrit ne permet de saisir les positions syndicales au sujet du travail des femmes et des enfants.</p>



<p>6- L’UGTT ne se préoccupe pas non plus des travailleurs du secteur informel, qui sont pourtant très nombreux, opérant dans des activités pénibles, mal payées, sans cotisation sociale, sans couverture médicale en cas d’accident ou imprévu.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vr2e2zvVfw"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/12/ugtt-grandeur-et-decadence-dune-organisation-jadis-populaire/">UGTT | Grandeur et décadence d’une organisation jadis populaire</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« UGTT | Grandeur et décadence d’une organisation jadis populaire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/12/ugtt-grandeur-et-decadence-dune-organisation-jadis-populaire/embed/#?secret=RHMhgahbLw#?secret=vr2e2zvVfw" data-secret="vr2e2zvVfw" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’UGTT a accentué les inégalités sociales</h2>



<p>On sait que l’organisation syndicale est fortement discréditée par la corruption qui la gangrène à feu doux. On sait aussi que plusieurs de ses dirigeants croient encore à la lutte des classes, voire à l’anarchie créative. Mais, ce qu’on ne sait pas c’est que les élites syndicales des quarante dernières années ont été prévenues de l’impasse et de l’essoufflement du modèle en vigueur.</p>



<p>Pour l’histoire, et je sors de ma réserve pour révéler ici qu’un rapport à ce sujet a été soumis à la haute direction de l’UGTT en novembre 1990.</p>



<p>J’ai été associé, à tire de jeune professeur d’économie à l’université de Sousse, à une réflexion évaluative des impacts économiques de l’action de l’UGTT. Sous la direction du professeur à l’Enit, Mohamed Tahar Chebbi (décédé en juillet 2025), coordonnateur du Bureau d’études de l’UGTT, un groupe de travail restreint a été créé, constitué des professeurs Houssine Dimassi (décédé), Raouf Ridane (décédé), Abdjellil Bedoui, Chedly Ayari (décédé), Abdelfatah Ghorbel, Jameledine Ziadi… avec des invités occasionnels, tous des économistes. Une jeune journaliste du journal <em>Echaab</em> assistait aussi aux travaux et faisait la synthèse des contributions.</p>



<p>Nous avons travaillé pour plus de six mois, en se réunissant pendant un séjour bloqué de 2 jours par mois, dans un hôtel de Hammamet. Nous avons proposé, dans notre rapport écrit, un ajustement structurel des approches syndicales de l’UGTT. Cet ajustement se basait sur l’extension des mandats de l’UGTT à la valorisation du sens du travail, de l’extension de la durée du travail, de l’importance de la formation professionnelle, du renforcement de la productivité et de la compétitivité des entreprises publiques et privées.</p>



<p>Ce rapport, produit il y a 35 ans, a documenté les défis, et illustré avec des statistiques les dangers d’une action syndicale qui dénigre la valeur du travail, qui sacrifie la productivité et qui prône une rémunération paramétrique, mur-à-mur, sans indemnisation fondée sur la performance et le rendement. Ce rapport en papier a été tabletté, et probablement oublié avec le temps.</p>



<p>Nous avons démontré dans ce rapport que les augmentations salariales, si elles ne sont pas accompagnées par des gains de productivité finissent par devenir un fardeau destructeur pour des dizaines de milliers d’entreprises (surtout des PME) et des centaines de milliers d’emplois avec.</p>



<p>Peine perdue, rien de ce qui a été proposé n’a eu une suite, l’institution est restée prisonnière de son radicalisme d’antan et s’enfonçait de plus en plus dans le déni de la valeur du travail et de la productivité.</p>



<p>L’UGTT a préféré continuer dans son action dévastatrice sur les intrants des processus productifs (sabotage, blocage, démolition, casse, etc.) élargissant les ambitions de ses dirigeants privilégiés, pour progressivement étendre ses pouvoirs et l’implication dans les domaines politiques et partisans, tant avec Ben Ali qu’avec ses successeurs à l’ère post-2011.</p>



<p>Elle a pris du poids et accentué son pouvoir, de par son statut de monopole et omniprésent dans les régions, tous les secteurs et de mèche avec divers lobbyistes et groupes de pressions (médias notamment).</p>



<p>Un déni qui favorise l’optimisation des hausses salariales et donc de la ponction sur les extrants, négligeant les intrants et leur importance dans la création de la richesse collective incontournable pour le progrès et la prospérité du pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faire le lien entre rémunération et productivité du travail</h2>



<p>D’importants secteurs économiques ont ainsi été saccagés. Il suffit de voir le sens du travail dans les sociétés publiques, dont le transport. Les 600 000 ha de terres domaniales ont été mis en friche par ce syndicalisme anarchiste, féodal entre autres. L’UGTT refuse de faire un lien entre rémunération et productivité du travail.</p>



<p>Le plus gros dégât de l’action syndicale de l’UGTT a trait à la dégradation du capital social et du sens du travail de manière générale en Tunisie.</p>



<p>L’UGTT a besoin d’une révolution interne, elle a besoin d’une prise de conscience et d’un encadrement éthique anti-corruption, assortis d’un engagement pour la réhabilitation du sens du travail et de la productivité. C’est incontournable.</p>



<p>Avec plus de croissance, et de richesses créées, les salaires, le pouvoir d’achat des citoyens et l’accès à l’emploi ne peuvent que suivre, et évoluer vers la hausse, pas vers la baisse comme on le constate aujourd’hui.</p>



<p>La question qui se pose est la suivante : une telle révolution interne peut-elle être initiée de façon endogène et démocratique au sein de l’organisation, ou au contraire de façon exogène et top down. L’avenir nous le dira.</p>



<p>* <em>Economiste universitaire.  </em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="mkjXw60Ka8"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/10/tunisie-lheure-de-verite-pour-lugtt/">Tunisie | L’heure de vérité pour l’UGTT</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | L’heure de vérité pour l’UGTT » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/10/tunisie-lheure-de-verite-pour-lugtt/embed/#?secret=njPnXi2ubs#?secret=mkjXw60Ka8" data-secret="mkjXw60Ka8" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/20/ugtt-faillite-dun-syndicalisme-vindicatif-et-contreproductif/">UGTT, faillite d’un syndicalisme vindicatif et contreproductif</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>Driss Guiga et l&#8217;arabisation de l&#8217;enseignement en Tunisie</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Nov 2024 08:56:49 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Mahmoud Messaadi]]></category>
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		<category><![CDATA[Mohamed Sadok Lejri]]></category>
		<category><![CDATA[Myriam Belkadhi]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Driss Guiga, l'architecte de l'arabisation de l'enseignement en Tunisie, ne renie rien de ce choix sur lequel il revient dans un livre de mémoire publié récemment.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/">Driss Guiga et l&rsquo;arabisation de l&rsquo;enseignement en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La question de l&rsquo;arabisation partielle de l&rsquo;enseignement en Tunisie, qui a commencé dans les années 1970-1980, continuent de susciter des polémiques, souvent d&rsquo;ordre idéologique et politique. L&rsquo;architecte de cette réforme, l&rsquo;ancien ministre Driss Guiga ne renie rien de ce choix sur lequel il revient dans un livre de mémoire publié récemment. «Nous devons enseigner en arabe toutes les matières susceptibles de l&rsquo;être sans difficultés», écrit-il aujourd&rsquo;hui, quarante-cinq ans après. </em></strong></p>



<p><strong>Mohamed Sadok Lejri </strong>*</p>



<span id="more-14614959"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/08/Mohamed-Sadok-Lejri-1.jpg" alt="" class="wp-image-358589"/></figure>
</div>


<p>J’ai écouté l’interview que Driss Guiga a accordée à Myriam Belkadhi il y a de cela quelques jours. Je n’ai pas encore lu son autobiographie intitulée <em>‘‘Sur le chemin de Bourguiba’’</em> (éditions Cérès, septembre 2024, 261 pages) mais son témoignage est passionnant.</p>



<p>Driss Guiga était quand même l’une des pièces maîtresses du régime de Bourguiba. C’est un homme d’une stature exceptionnelle que l’on peut hisser au rang des bâtisseurs de l’Etat tunisien moderne.</p>



<p>En revanche, le fait de l’entendre promouvoir l’apprentissage des langues étrangères et la dimension méditerranéenne de la Tunisie et parler en français (une langue qu’il maîtrise à la perfection et qu’il semble savourer) pendant plus de la moitié de l’échange m’a fait marrer, ou plutôt m’a fait rire jaune. Car, pour moi et pour beaucoup d’autres, Driss Guiga est un peu à l’origine de l’annihilation de la langue de Molière en Tunisie.</p>



<p>En effet, on se trompe en disant que c’est Mohamed Mzali qui a commencé à arabiser les matières qui étaient enseignées en français, en particulier l’histoire-géo et la philosophie. C’est Driss Guiga qui a été le précurseur de l’arabisation.</p>



<p>A l’époque, il fallait combattre le courant marxiste en lui opposant une pseudo-identité arabo-islamique. On connaît le résultat. Au lieu de tirer la leçon des échecs successifs, on a persisté dans l’erreur en arabisant toujours davantage.</p>



<p>Ce n’est pas un hasard si nous assistons, depuis de nombreuses années, à la lente mais inexorable déclin de l’enseignement. Je persiste et signe : l’arabisation est en grande partie responsable de la faillite du système éducatif tunisien et de son effondrement. Comme m’écrivait un ami quelques jours plus tôt : <em>«La déconstruction de notre système éducatif des lumières, depuis sa prise en main par les arabisants dogmatiques, sa cession a un secteur privé au logiciel féodal et l’arrimage de la Tunisie à un Orient passéiste et décadent ont pondu tant d’ignorance, de bigoterie, d’hypocrisie et autres pathologies sociales inconnues dans les années 1960 et 1970, quand la Tunisie forçait l’admiration et le respect partout dans le monde.»</em> (Rachid M.)</p>



<p>Il aurait été souhaitable de laisser les idéologies de côté dans la conception et la mise en application de la réforme du système éducatif dans les années 1970 et 1980. Il fallait faire preuve d’ambition et d’audace : placer la barre le plus haut possible pour former des générations de jeunes compétents, pratiquant avec aisance aussi bien le français que l’arabe. C’était le pari de l’avenir.</p>



<p>Pourtant, l’école des années 1960, celle de la réforme Messaadi, avait partiellement répondu à cette exigence. Le ministre de l’Education nationale de l’époque, Mahmoud Messaadi, pourtant arabisant, mais pratiquant avec élégance la langue française, avait toujours reporté aux calendes grecques l’arabisation. Ahmed Ben Salah, quant à lui, titulaire d’une licence de lettres (arabe), a réintroduit l’enseignement du français en première année primaire lorsqu’il avait occupé pour une courte période le poste de ministre de l’Education nationale.</p>



<p>J’aimerais bien un jour rencontrer Driss Guiga pour recueillir son témoignage sur ce sujet bien précis et sur son rapport à la langue française.</p>



<p>* <em>Universitaire.</em></p>



<p><strong>NDLR:</strong></p>



<p>Dans ses Mémoires, Driss Guiga revient sur son passage à la tête du ministère de l’Education nationale et la mise en œuvre de la politique d’arabisation partielle de l’enseignement : les lettres, l’histoire, la géographie, le droit et la philosophie. <em>«Réintroduire la langue arabe comme moyen d’accès à la connaissance moderne et à la confrontation avec la modernité, de manière graduelle, pragmatique, souple, sans dogmatisme et sans contrainte pour le corps enseignant qui doit s’être préparé sérieusement à ce transfert»</em>, écrit-il.</p>



<p>Pour préparer cette réforme, Guiga raconte les péripéties d’un voyage qu’il a effectué dans plusieurs pays arabes du Proche-Orient pour étudier comment la langue arabe est utilisée dans l’enseignement, et parmi ses rencontres, il y en a une qui mérite d’être relatée pour sa pertinence, et telle qu&rsquo;il la raconte lui-même : <em>«Le recteur de l’Université d’Alep, qui était ingénieur de formation, nous dit clairement : ‘‘Si vous enseignez les matières scientifiques en français, ne changez pas !’’ A ma question : ‘‘Mais pourquoi ne le dites-vous pas à votre ministre ?’’, la réponse fut : ‘‘C’est un tabou politique et de toute façon les enfants des ministres de la nomenklatura du régime étudient  à l’Université américaine de Beyrouth.’’ CQFD.»</em>      </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/11/14/driss-guiga-et-larabisation-de-lenseignement-en-tunisie/">Driss Guiga et l&rsquo;arabisation de l&rsquo;enseignement en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>Tunisie : la révolution agraire selon Kaïs Saïed   </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/26/tunisie-la-revolution-agraire-selon-kais-saied/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 26 Oct 2024 10:56:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
		<category><![CDATA[nationalisation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les coups de pouce donnés aux entreprises communautaires pour les aider à démarrer ne devraient pas développer chez leurs promoteurs un détestable esprit d'assisté. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/26/tunisie-la-revolution-agraire-selon-kais-saied/">Tunisie : la révolution agraire selon Kaïs Saïed   </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Donner un <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/10/tunisie-kais-saied-veut-donner-un-coup-de-pouce-aux-entreprises-communautaires/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">coup de pouce</a> aux entreprises communautaires récemment créées pour les aider à démarrer leurs activités et entrer en production est l’une des principales préoccupations de Kaïs Saïed. Sauf qu’en développant l’esprit d’assisté chez les jeunes promoteurs, notamment dans le domaine agricole, on ne leur donne pas forcément les meilleurs outils pour réussir.  </em></strong></p>



<p><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-14396252"></span>



<p>Les entreprises communautaires, dont le président de la république est en train de faire le principal vecteur de réforme du modèle économique vaguement libéral en place en Tunisie depuis le début des années 1970, rappellent aux Tunisiens les coopératives de triste mémoire mises en place dans les années 1960 par l’hyper-président Habib Bourguiba et son hyper-ministre ministre <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/18/in-memoriam-ahmed-ben-salah-le-reformateur-et-lhomme-detat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ahmed Ben Salah</a>. Sauf que le président Saïed, nullement découragé par l’échec historique du coopérativisme à la Tunisienne, croit pouvoir reprendre cette expérience sur de nouvelles bases en lui donnant de meilleurs atouts pour réussir.</p>



<p>D’ailleurs, le chef de l’Etat multiplie les instructions et les recommandations aux membres du gouvernement pour qu’ils volent au secours des entreprises créées sur ce modèle, chacun selon ses prérogatives et son champ d’action. &nbsp;Et c’est à cet effet qu’il a créé au sein de l’actuel gouvernement, conduit par Kamel Maddouri, un secrétariat d’Etat chargé des Entreprises communautaires qui a pour mission d’œuvrer à lever les obstacles de toutes sortes (légaux, administratifs, financiers, etc.) auxquels font face ces entreprises censées donner du travail aux diplômés chômeurs et relancer la dynamique de développement dans les régions défavorisées, mais qui peinent toujours à démarrer leur activité, faute de savoir-faire et de moyens financiers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«Nationalisation» des terres&nbsp;agricoles &nbsp;</h2>



<p>Recevant hier, vendredi 25 octobre 2024, au Palais de Carthage, les ministres de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Ezzedine Ben Cheikh, et son collègue des Domaines de l’Etat et des Affaires Foncières, Wajdi Hedhili, le chef de l’Etat <em>«a ordonné l</em><em>’</em><em>élaboration d&rsquo;un nouveau texte donnant la priorité aux jeunes dans l</em><em>’</em><em>exploitation des terres domaniales pour la création d</em><em>’</em><em>entreprises communautaires»</em>, indique un communiqué de la présidence.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="clOBlY82F2"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/25/tunisie-les-entreprises-communautaires-continuent-detre-choyees-par-letat/">Tunisie : les entreprises communautaires continuent d’être choyées par l’Etat</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : les entreprises communautaires continuent d’être choyées par l’Etat » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/25/tunisie-les-entreprises-communautaires-continuent-detre-choyees-par-letat/embed/#?secret=Fc5aBv5Uxb#?secret=clOBlY82F2" data-secret="clOBlY82F2" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p><em>«Quelque 230 000 hectares de terres domaniales sont soit négligés, soit données en exploitation à bas prix à des particuliers depuis des décennies, sans compter la corruption et l</em><em>’</em><em>accaparement de vastes superficies sans aucune base légale»</em>, a déclaré Saïed, ajoutant&nbsp; que <em>«</em><em>l</em><em>a priorité</em> [accordée aux promoteurs d’entreprises communautaires dans l’attribution de ces terres domaniales, Ndlr] <em>est un principe inscrit dans la loi et doit s</em><em>’</em><em> appliquer à l</em><em>’</em><em>exploitation des terres domaniales»</em>.</p>



<p><em>«La Tunisie a besoin d</em><em>’</em><em>une nouvelle nationalisation des terres agricoles qui bénéficiera aux citoyens et au pays dans son ensemble»</em>, a conclu le chef de l’Etat, soulignant que<em> «la Tunisie peut atteindre l&rsquo;autosuffisance agricole grâce à sa richesse»</em>.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mentalité d’assisté</h2>



<p>Le président de la république, qui mène, selon ses propres termes, une seconde <em>«guerre de libération nationale»</em>, après celle qui a abouti à l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956, estime que notre pays a besoin aujourd’hui de se réapproprier les terres agricoles qui ont été arrachés aux colons français, le 12 mai 1964. Celles-ci, qui s’étendaient à l’époque à plus de 700&nbsp;000 hectares, sont gérées depuis par l’Office des terres domaniales (OTD), mais elles plutôt mal gérées et certaines sont en friche, abandonnées ou exploitées illégalement par des sortes de «squatters».</p>



<p>C’est pourquoi le président de la république semble déterminé à céder une partie de ces terres domaniales non exploitées, et qui sont autant de ressources perdues pour le pays, aux entreprises communautaires à caractère agricole, espérant peut-être ainsi les voir devenir plus productives et contribuer à l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vUjvEh89Xd"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/">Les sociétés communautaires en Tunisie : économie alternative ou fiction politique ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les sociétés communautaires en Tunisie : économie alternative ou fiction politique ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/embed/#?secret=GSzCstHjhN#?secret=vUjvEh89Xd" data-secret="vUjvEh89Xd" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Il reste cependant à espérer que ces jeunes promoteurs qui créent des entreprises communautaires à vocation agricole, tout en mettant tout leur dévolu sur les aides publiques et les facilités de toutes sortes accordées par l’Etat vont être capables de garantir une exploitation optimale des terres qui leur seront cédées, et non continuer à compter sur l’Etat pour le faire à leur place, surtout qu’on est en train de leur inculquer cette détestable mentalité d’assisté souvent associée à l’<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Etat Providence</a>.</p>



<p>Les aides et facilités sont certes nécessaires dans un premier temps, mais on doit veiller à ce que ces jeunes promoteurs apprennent aussi les vertus du travail et de l&rsquo;effort et comptent aussi beaucoup sur eux-mêmes. Car l&rsquo;Etat, déjà très endetté, et qui doit faire face à d&rsquo;immenses besoins budgétaires, ne peut pas continuer indéfiniment à s&rsquo;endetter pour combler ses déficits publics.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/26/tunisie-la-revolution-agraire-selon-kais-saied/">Tunisie : la révolution agraire selon Kaïs Saïed   </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 07:10:00 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Mohamed Mzali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire reconnaîtra le rôle immense de Ahmed Mestiri dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>L’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri dont l’histoire reconnaîtra le rôle immense dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de son pays.</strong></em></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-14282061"></span>



<p>Nous autres Tunisiens avons l’exagération innée, comme tous les descendants de Latins. Tel le dis-je au risque de choquer nombre de mes compatriotes. Lors de la dernière campagne présidentielle, l’un des candidats s’était vu attribuer l’épithète d’homme d’Etat, évidemment par ses partisans, alors que rien dans son parcours politique ne le justifiait. On aurait pu tout aussi bien comprendre que, plus que le valoriser, il s’agissait de disqualifier ses adversaires conformément à l’adage <em>«Au royaume des aveugles les borgnes sont rois»</em>. Mais il est peu probable que telle en fût l’intention, même si en fin de compte l’idée générale était bien de le faire ressortir comme le plus capable d’assumer les charges de l’auguste fonction, du fait de ses antécédents ministériels. Il s’avère ainsi que pour beaucoup, les hautes fonctions dans l’Etat font l’homme d’Etat, une opinion qui en réalité est carrément erronée.&nbsp;</p>



<p>L’homme d’État est celui qui a passé une bonne partie de sa vie,&nbsp;en assumant les plus hautes charges, et qui lui a consacré toute son énergie et son imagination en lui imprimant un effet&nbsp; patent et durable,&nbsp;souvent reconnu comme bénéfique.</p>



<p>Dès lors un homme d’Etat commence par être un homme politique clairement conscient des mécanismes qui régissent les rapports à l’autorité et au pouvoir d’abord dans un parti politique, ensuite dans son pays. Si on s’en réfère à cette définition, il est clair qu’une bonne partie des ministres dans le monde ne furent pas des hommes politiques, et peu parmi ces derniers furent des hommes d’Etat. Pour ne citer que celui-là, l’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri.</p>



<p>Militant du Néo Destour, responsable de l’appareil secret du Parti, membre de la commission intérimaire provisoire, résistant entré dans la clandestinité, avocat, Ahmed Mestiri se place du côté de Bourguiba contre Ben Youssef. Il devint à l’indépendance et logiquement malgré son jeune âge le ministre qui a assumé avec brio la tâche complexe de tunisifier la structure de la justice, d’établir le Code du statut personnel (CSP) en collaboration avec des Cheikhs éclairés de la mosquée Zitouna. Il se voit ensuite confier le ministère des Finances et réalise la difficile tâche de sortir le pays de la zone franc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez les Soviétiques et les Nassériens</h2>



<p>Nommé ambassadeur à Moscou à sa demande, Ahmed Mestiri y établit des relations précieuses, il explique à ses interlocuteurs les carences des communistes maghrébins qui sont toujours demeurés subordonnés à leurs camarades français. Il obtient la collaboration des Soviétiques à des projets agricoles en Tunisie, à des taux avantageux. Il est ensuite nommé ambassadeur au Caire lors de la grande vague du Nassérisme, mais il s’attire l’antipathie de ses hôtes lorsque, à la suite de la sécession de la Syrie de la République Arabe Unie, il demande en public pourquoi on continue de nommer l’Egypte d’après une entité politique qui n’existe plus. Et il doit faire de son mieux pour arrondir les angles entre Nasser et Bourguiba qui se détestent, et l’assassinat de Salah Ben Youssef suivi de son enterrement en Egypte n’arrange pas les choses.</p>



<p>Après le séjour égyptien, c’est la nomination à Alger, à l’heure de l’indépendance. Ben Bella avec ses lubies révolutionnaires n’est pas un hôte de tout repos, d’autant que la Tunisie a misé sur le mauvais cheval en faisant le choix des trois colonels, Boussouf, Ben Tobbal, et Krim Belkacem. Et la borne 233 dans le sud à la frontière ajoute un autre sujet de discorde dont les deux pays se seraient passés.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="BZCJGDkHAI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=WCML4eaLL4#?secret=BZCJGDkHAI" data-secret="BZCJGDkHAI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>En fin de compte Ben Bella est renversé par Boumediene, le patron de l’armée des frontières, et le nouveau régime s’avère plus accommodant, puisqu’un compromis sur la frontière est finalement trouvé dans les années 70. Puis Ahmed Mestiri doit encore affronter une nouvelle crise et est rappelé à Tunis lorsque&nbsp;Bourguiba dénonce un complot militaire soutenu par Alger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Travailleur, modeste et souvent objectif</h2>



<p>Il est ensuite nommé au ministère de la Défense qu’il semble reprendre en main, l’armée étant&nbsp; démoralisée, et s’active pour la former, l’instruire et l’équiper, grâce à la collaboration d’officiers compétents, en lui insufflant la discipline et le respect de l’autorité civile. Mais il est rattrapé par la politique.</p>



<p>Il demeure modeste et souvent objectif. Il reconnaît ne pas avoir eu le courage en son temps de défendre Tahar Ben Ammar contre l’injustice qui le frappait. Il salue l’apport fondamental de Bahi Ladgham dans la création de l’armée nationale, après lui avoir rendu hommage dans le déblocage avec la partie française lors de la rédaction des accords de l’Indépendance, et s’oppose ainsi à la thèse de Bourguiba, prétendant&nbsp;en être l’artisan exclusif. Il a d’autant plus de raisons de le faire en abordant l’époque des coopératives auxquelles il s’oppose.</p>



<p>Puis vient le procès Ahmed Ben Salah, qui selon&nbsp;Mestiri doit se situer au niveau politique dont tout le gouvernement assume la responsabilité au même titre que l’accusé, et non pas pénal.&nbsp;Il présente sa démission du ministère, puis il est exclu du parti dont une fois réintégré il se voit confier le ministère de l’Intérieur.</p>



<p>C’est l’époque printemps tchécoslovaque, du doute, et les libéraux dont Mestiri est la figure de proue ont beau jeu de réclamer la démocratisation du parti dont le fonctionnement autoritaire n’a pas su empêcher les dérives du socialisme de Ben Salah.</p>



<p>En 1971 le Congrès de Monastir semble entamer la libéralisation du Parti mais c’est mal connaître Bourguiba qui prétend nommer lui même les membres du bureau politique et qui remet en question les décisions du Congrès. M. Mestiri démissionne du ministère de l’Intérieur après que des gouverneurs et des fonctionnaires aient été nommés sans son consentement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le passage tumultueux dans l’opposition</h2>



<p>C’est alors&nbsp; l’époque de l’opposition qui commence et qui aboutit en 1978, en pleine crise de l’UGTT, à la fondation du journal <em>Errai</em>. En 1980 c’est l’affaire de Gafsa. Puis en 1981 c’est celle des élections truquées. M. Mestiri et ses amis sont spoliés de leur victoire par Driss Guiga dont il n’évoque jamais le nom. Il est vrai que pour lui l’ennemi, c’est le système, les personnes n’étant que des exécutants. En 1984 ce sont les émeutes du pain, et en 1986 la destitution de Mohamed Mzali.</p>



<p>Entretemps, M. Mestiri a obtenu la reconnaissance de son Parti, le Mouvement des démocrates socialistes, appelé ainsi selon les vœux d’Habib Boularès, ainsi qu’il tiendra à la préciser, sans doute pour ne pas en assumer la responsabilité. Et en effet lui-même tient dès le début&nbsp;à qualifier son opposition de libérale, plus en phase avec ses origines et sa profession, alors que&nbsp;la social démocratie possède une toute autre histoire.</p>



<p>Néanmoins il reçoit&nbsp; les encouragements du Roi Hassan II et de Lionel Jospin, secrétaire général du Parti socialiste français. C’est l’époque d’une certaine libéralisation, le Parti communiste tunisien et quelques autres étant légalisés. L’opposition a pignon sur rue, publie des journaux, mais ne participe pas au pouvoir.</p>



<p>En 1987 a lieu le coup d’Etat médico-légal du Général Ben Ali. M. Mestiri ne désapprouve pas et attend de voir la suite. Il est déçu par la tournure autoritaire du régime nettement en retrait par rapport au Manifeste du 7 Novembre, et alors que les élections se profilent, il décide de ne pas participer. Il quitte alors la vie politique définitivement et met fin à ses activités dans son propre Parti. Sa carrière, quoique fort prestigieuse, se conclut ainsi sur un goût d’inachevé.</p>



<p>Qu’il ait été un homme d’état, nul ne le conteste; le pays garde encore de nombreuses traces bénéfiques de son passage, en particulier le CSP, la tunisification&nbsp;de la justice, de la monnaie, et la nationalisation des biens français. On peut même le qualifier de Grand&nbsp;homme d’État.</p>



<p>Cependant c’est dans le Parti Destourien qu’il fit souvent preuve d’approximation, et il est vrai que la présence de Bourguiba, ainsi que ses origines tunisoises, ne lui rendirent pas les&nbsp; choses faciles, tout comme la présence dans la dissidence de camarades prêts à retourner la veste à la première occasion, comme Béji Caïd Essebsi, ou Dali Jazi.&nbsp;</p>



<p>D’autre part son esprit légaliste et loyal à ses fonctions ne lui fut pas d’une grande aide. Il ne tenta jamais de noyauter les ministères qu’il dirigea par ses partisans, et en dépit des accusations de ses adversaires, il ne participa à aucun complot.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8NOzc7xrNJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/">In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/embed/#?secret=etMqr7W9db#?secret=8NOzc7xrNJ" data-secret="8NOzc7xrNJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Fait étonnant, bien qu’étant le gendre de M. Chenik, il se rangea contre son ancien ministre Salah Ben Youssef dont les prétentions panarabes lui apparaissaient&nbsp;irréalistes et dangereuses. Cependant, quelques côtés de son parcours demeurent contrastés. Ainsi, alors ministre de la Défense, il envoya les étudiants contestataires de Mai 68 accomplir leur service militaire, une mesure perçue par l’opinion publique comme particulièrement dure et qui eut souvent des répercussions sur les études des personnes concernées. Il se justifia plus tard par les nécessités de leur épargner l’incarcération. Il dirigea par ailleurs le ministère de l’Intérieur à une époque où le régime n’était pas un parangon de libéralisme, mais à sa décharge il démissionna parce qu’il n’y eut pas les coudées franches.</p>



<p>Eu égard à cela, sa venue aux vertus de la démocratie fut plutôt tardive. Il y eut donc nécessairement un moment où le cours de sa vie politique bascula d’une extrême à une autre. Les raisons n’y transparaissent pas clairement dans son livre. Peut-être son interlude diplomatique à Moscou, au Caire, à Alger, lui fit-il perdre toutes les illusions qu’il pouvait entretenir sur les vertus du parti unique, ou du pouvoir autoritaire. Sa tentative de démocratiser le parti unique fut tout aussi vaine que plus tard celle de Gorbatchev, qui lui avait les pleins pouvoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une quête demeurée vaine de la démocratie</h2>



<p>On perçoit chez l’auteur une certaine lassitude de la personnalité pesante de Bourguiba, de ses crises autoritaires, de ses sautes d’humeur. Il y aurait eu ainsi une époque où Bourguiba était supportable, une autre où il ne le fut plus, peut être à cause de sa maladie et de son âge. L’âge? Il s’agit visiblement d’un argument à posteriori, après le 7 novembre 1987, dont Béji Caïd&nbsp;Essebsi démontrera&nbsp;plus tard le manque de pertinence en accédant à la présidence à 89 ans. D’ailleurs le Pr Amor Chadli le rejettera en bloc.</p>



<p>Les raisons pour lesquelles M. Mestiri a bien accueilli le coup d’État de Ben Ali, à l’instar de la majorité du peuple tunisien, il faut l’avouer, ne supportent donc pas l’épreuve des faits. Et d’ailleurs il reconnaît s’être trompé sur la question au point de se retirer de la vie politique, et pas après le départ de Ben Ali, ce qui est tout à son honneur. Mis à part cela, un certain nombre de faits importants sont passés sous silence dans son témoignage.</p>



<p>A titre d’exemple, alors que les relations tumultueuses entre l’Algérie et la Tunisie sont développées d’une manière assez exhaustive, jusqu’à l’affaire de Gafsa, et on peut le comprendre venant d’un ancien ambassadeur à Alger, la tentative de coup d’État&nbsp;du colonel Tahar Zbiri contre Houari Boumediene est totalement occultée. C’est d’autant plus étonnant lorsque le chef des putschistes se réfugie en Tunisie. M. Mestiri ne pouvait donc pas tout simplement l’ignorer. Est-ce une nouvelle preuve de la méconnaissance des affaires de nos voisins, ou les nécessités du devoir de réserve?&nbsp;</p>



<p>La politique algérienne de la Tunisie apparaît autant&nbsp;&nbsp;comme une succession&nbsp; de mauvais calculs sur les rapports de forces y prévalant, d’imprévoyances, et même de malentendus quand des maquisards algériens sont soupçonnés d’avoir assassiné le militant destourien Houcine Bouzayane. Et les lubies de Bourguiba concernant la borne 233 ne peuvent pas tout expliquer.</p>



<p>Un autre sujet d’étonnement&nbsp;est évidemment les prises de positions relativement au parti islamiste Ennahdha, et immanquablement, le processus démocratique interrompu chez nos voisins de l’Ouest par l’armée, et y ayant marqué le début de la décennie noire. On peut concevoir que l’armée algérienne soit&nbsp;&nbsp;intervenue pour éviter de se voir écarter du pouvoir, tout comme le fera plus tard l’armée égyptienne. Mais si elle ne l’avait pas fait, que serait-il advenu aujourd’hui, alors que la sédition kabyle pointe?</p>



<p>Néanmoins, ainsi que le démontre l’Histoire du Liban, cette démocratie des communautés religieuses, ou l’exemple du printemps arabe, la contestation de l’ordre établi quelle qu’en&nbsp;soit la raison aboutit souvent à l’implosion des États, et l’instauration de la <em>«liberté»</em> à leur morcellement. Les cas de la Syrie, de l’Irak, de la Libye, devraient à cet effet pousser à une réflexion salutaire sur la relation parfois conflictuelle entre démocratie et raison d’état dans nos pays.</p>



<p>L’auteur a salué l’arrivée du Printemps Arabe en Tunisie, qui semblait consacrer le triomphe&nbsp;définitif de ses idées. Malheureusement, il en a été maintenu soigneusement à l’écart par Béji Caïd Essebsi qui avait été son camarade dans la dissidence destourienne avant de faire partie du groupe du journal <em>Errai</em>, ainsi qu’il avait été pudiquement qualifié pour taire la réalité d’une partie de l’opposition <em>«démocrate»</em> toujours prête à se compromettre contre une participation à quelque pouvoir que ce soit.</p>



<p>On ne connaîtra malheureusement pas l’opinion définitive de l’auteur sur le bilan de l’expérience<em> «démocratique»</em> en Tunisie, et la responsabilité de Béji Caïd Essebsi allié à Rached Ghannouchi dans le dérapage du processus. L’alliance avec les islamistes avait&nbsp;nettement été détournée à leur profit par ces derniers, démontrant l’inanité de la domestication par la pratique démocratique du terrorisme et de ceux dont l’objectif primordial ne peut jamais être autre que l’application de la chariâa.</p>



<p>Il est vrai que l’auteur reconnaît l’apport du texte religieux dans la législation, en interdisant ce qui est licite, et selon lui en ne permettant jamais l’illicite, ce que la législation sur les spiritueux contredit aisément. Mais peut-être se limitait-il par cet argument au seul CSP. Ce faisant l’auteur se révèle politiquement conservateur en accord avec ses origines sociales ainsi que les liens de sa famille avec le premier Destour de Abdelaziz Thaalbi. Cela peut expliquer sa tolérance du parti Ennahdha&nbsp;et sa relativisation du fait islamiste.</p>



<p>Pour conclure, la forte personnalité de Ahmed Mestiri ne pouvait se satisfaire de jouer éternellement&nbsp;les seconds rôles derrière Bourguiba.&nbsp;Le despotisme ambiant l’a sans doute égaré vers la quête demeurée vaine de la démocratie,&nbsp;mais cela valait encore mieux que les joutes de succession que d’autres ont choisi de livrer sans aucune considération pour les intérêts du pays. L’histoire reconnaîtra son rôle immense dans la fondation de l’État de l’Indépendance, mais&nbsp; le destin demeurera injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><em>« <strong>Témoignage pour l&rsquo;histoire</strong></em><strong><em>« , de Ahmed Mastiri, Sud Editions, Tunis, 1er janvier 2023.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie : ces ministres éphémères, ces fleurs fanées</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/27/tunisie-ces-ministres-ephemeres-ces-fleurs-fanees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Aug 2024 07:26:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[remaniement ministériel]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le large remaniement ministériel en Tunisie d’avant-hier a fait les affaires des fleuristes de la place.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En Tunisie et depuis 2011, presque un millier ministres ont été nommés (un millier de bouquets de fleurs fanés), mais sans la carrure, ni l’étoffe de leader qui va avec. Sans résultats évidemment.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari </strong>*</p>



<span id="more-13870851"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Le large <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/25/remaniement-ministeriel-liste-des-nouveaux-ministres-et-secretaires-detat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">remaniement ministériel</a> en Tunisie d’avant-hier a fait les affaires des fleuristes de la place. De toutes les couleurs: les roses, les rouges, les blanches, les piquantes et même les puantes. Alors que le budget de l’Etat est exsangue, ce rituel d’échanges de bouquets de fleurs est grossier, plein de non-sens et de mascarades liées. Cela ne parle pas aux Tunisiens frappés par la crise. Pourquoi…</p>



<p>Dans la culture tunisienne, on manifeste notre courtoisie autour d’un thé à la menthe, des gâteaux, et pourquoi pas quelques bouquets discrets en jasmin de circonstance.</p>



<p>Pour les gens de ma génération, on a appris à rester discret, et raffiné pour jouer ce jeu grossier, dans un contexte où le ministre sortant est quasiment congédié avec mention Echec, et que le ministre rentrant tremble des pieds à la tête, ne sachant pas ce qui l’attend.</p>



<p>Les 19 ministres sortants sont mis à la porte comme un rien, sans justificatif, sans vote du parlement, rien de chez rien.</p>



<p>Ils quittent leur bureau ministériel, ils abandonnent leur limousine, leurs gardes du corps, sans oser prendre la parole, pour signifier, verbaliser publiquement des émotions, des impressions pour remercier leur personnel, leurs collaborateurs ou proches conseillers. C’est fini, tu dégages, et tu te fais discret… compris?</p>



<p>Les ministres rentrants affichent un sourire jaune, inquiet ! Content pour leur CV (et pouvoir pour un temps) mais pas certain pour la carrière et le très probable licenciement dans le futur très proche. Toujours avec mention Echec anticipé avec certitude, tant que le président n’ose pas – coût social oblige – introduire les ajustements douloureux, avec les coupures, la réduction des gaspillages, entre autres!</p>



<p>Prenons des exemples: la ministre de l’Economie et de la Planification a fait chou blanc, la pauvre est licenciée sans management. C&rsquo;est à peine si on ne l’a pas accusée de complicité avec les lobbyistes et l’establishment… les lobbyistes des banques et des rentiers. Elle est le 5<sup>e</sup> ministre de l’Economie depuis 2019. Elle a pris sa part dans l’accumulation de la dette, faute de mieux!</p>



<figure class="wp-block-gallery aligncenter has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870968" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870968" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870963" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870963" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870962" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870962" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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<p>Les pays est en crise profonde! De grâce, Arrêtons ce cirque de fleurs et de sourires jaunes&nbsp;! On a besoin de discours, de bilans, de signaux qui procurent de l’humanisme et de la confiance aux communs des mortels.</p>



<p>On a besoin de transparence, de bilan et de chiffres.</p>



<p>Les Tunisiens ne sont pas naïfs et sont encore moins imbéciles pour prendre argent comptant &nbsp;la rhétorique politique, et ces photos artificielles de passation de pouvoir, dans la joie et la bonne entente.</p>



<p>Des ministres qui se respectent doivent avoir le courage de dire quelques mots, expliquer leurs échecs, souligner leurs bons coups, avouer ce qui reste à faire.</p>



<p>Un ministre n’est pas une serviette jetable à gré. Il n’est pas un figurant qui joue le jeu de ses maîtres, sans bouger le petit doigt.</p>



<p>Un ministre ne doit pas fermer sa gueule; il est un haut responsable de l’Etat. Il n’est pas un clone copié collé. Il n’est pas un rien incolore et inodore. Il est redevable d’abord face aux citoyens payeurs de taxes.</p>



<p>Être ministre cela se mérite, et cela s’assume. Être ministre, c’est aussi avoir une colonne vertébrale qui tient les chocs. Pas de place pour les invertébrés, dans ces niveaux de responsabilité.</p>



<p>Les ministres méritent le respect. Ils ne sont pas des marionnettes, ou des enfants dans jeu de toboggan et où comme sur un carrousel de bagages dans un aéroport, on fait descendre certains et on les remplace par d’autres.</p>



<p>En Tunisie, tout indique que le métier de ministre n’est plus ce qu’il était. Pensez à Mansour Maâla, Ahmed Ben Salah, Mohamed Sayah, Ahmed Mestiri, tous des compétences, et ayant un franc parler, ayant marqué l’histoire.</p>



<p>En Tunisie et depuis 2011, presque un millier ministres ont été nommés (un millier de bouquets de fleurs), mais sans la carrure, ni l’étoffe de leader qui va avec. Sans résultats évidemment.</p>



<p>Pensez-y… les fleures ne changent rien au manque de personnalité, à l’absence de vision ou de compétences! Les fleurs ne changent rien aux perceptions que le citoyen a de ces élites qui ne font qu’endetter le pays, l’appauvrir, l’abaisser dans le concert des nations.</p>



<p>La Tunisie mérite mieux, des hommes et des femmes qui servent leur pays principalement, et pas ceux de leur mandant au sommet de l’Etat, ou dans les antichambres du pouvoir. Des hommes et des femmes qui disent les 4 vérités à leurs concitoyens…les yeux dans les yeux!</p>



<p>* <em>Economiste universitaire, Canada.</em></p>



<p><strong><em>Blog de l’auteur : </em></strong><a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/?__cft__%5b0%5d=AZW3jnrTejDhfUuRtiJgpX_IsfV3ZfFyK2keDHKtYJKAMwwoxiMB1uc_X9DEzUL4bUYFUq5GXWp7jvV3AOYQ05auoms2SV6eErXu8lrTDNFu49e_gPKxcvFkZ2EAytzd0Rhl8mgFPtD97qKWRRm4RwOxKgZr8xy0XEuPi05zMG6HkA&amp;__tn__=-UK-R">Economics for Tunisia, E4T</a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TdUtd8IAMj"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/26/tunisie-les-gouvernements-se-suivent-et-se-ressemblent/">Tunisie : les gouvernements se suivent et se ressemblent</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : les gouvernements se suivent et se ressemblent » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/26/tunisie-les-gouvernements-se-suivent-et-se-ressemblent/embed/#?secret=PD4mgpvj3z#?secret=TdUtd8IAMj" data-secret="TdUtd8IAMj" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>Hommage à Hafedh Tarmiz, vingt ans après sa mort (1931-2004)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/06/hommage-a-hafedh-tarmiz-vingt-ans-apres-sa-mort-1931-2004/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Jun 2024 06:13:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Adel Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hafedh Tarmiz]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Baccouche]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Belkhodja]]></category>
		<category><![CDATA[Uget]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Gommage à Hafedh Tarmiz, figure peu connue du combat pour l démocratie en Tunisie.  </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Quoique tardif, cet hommage à titre posthume de mon cher et regretté professeur au Lycée Cité Ezzahra à Sousse (l’actuel lycée Abdelaziz El-Béhi) dans les classes terminales (sixième et septième années de l’enseignement secondaire de l’ancien régime), feu Hafedh Tarmiz, vingt ans après son décès, relève du devoir de mémoire envers un militant et une figure de proue du mouvement étudiant tunisien, qui fut malheureusement relégué au lendemain de l’indépendance de la Tunisie malgré son militantisme pour l’émancipation de son pays du joug du colonialisme français et ses compétences multiples.</em></strong></p>



<p><strong>Adel Ben Youssef </strong>*</p>



<span id="more-13131923"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/06/Adel-Ben-Yioussef.jpg" alt="" class="wp-image-13131935" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/06/Adel-Ben-Yioussef.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/06/Adel-Ben-Yioussef-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/06/Adel-Ben-Yioussef-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Hafedh Tarmiz vit le jour à Sousse le 30 octobre 1931&nbsp;dans une famille moyenne, sinon modeste.</p>



<p>Comme le voulait la tradition conservatrice de ce temps-là, ce fut le garçon, et non pas sa sœur aînée, qui fréquenta les bancs de l’école franco-arabe de Sousse. Rapidement, l’enfant se révéla studieux et brillant à tel point que son maître recommanda à son père de l’inscrire au concours d’entrée au Collège de Sousse avant de terminer la dernière année du cycle primaire. Et c’est ainsi qu’il accéda au Collège de Sousse qui dispensait à cette époque une double formation arabe et française.</p>



<p>Malheureusement, les événements dramatiques se succédèrent. La maison familiale fut bombardée au cours de la deuxième guerre mondiale. Le père décéda des suites d’une erreur médicale et le petit hôtel dont la propriété du fonds de commerce lui revenait fut squatté par son jeune apprenti. Hafedh Tarmiz n’avait alors que 14 ans et sa famille perdit quasiment toutes ses ressources. Mais, il s’accrocha à ses études.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Etudes primaires et secondaires à Sousse</h2>



<p>Au Collège de Sousse, au cours de la deuxième moitié des années 40, alors que se préparait la bataille décisive de l’indépendance, d’éminents enseignants veillaient à semer la graine du nationalisme chez leurs élèves. A la tête de ces dernières vint son jeune professeur d’arabe, qui vient de rentrer de la Sorbonne, feu Ahmed Ben Salah, qui sera, comme plusieurs élèves du lycée, son disciple et instigateur puis un ami très proche jusqu’à son décès en 2004.</p>



<p>Dans la foulée, Jean de Hautecloque, le plus belliqueux des résidents généraux français arriva à Tunis. Puis, les événements sanglants du 18 janvier 1952 éclatèrent et la rue s’embrasa.</p>



<p>Les élèves sur tout le territoire tunisien, déjà imprégnés de la chose publique, s’agitèrent dans tous les lycées et affrontèrent l’occupation française.</p>



<p>Le bilan était lourd. Des lycéens furent emprisonnés et d’autres renvoyés. Hafedh Tarmiz, qui devait passer son baccalauréat cette année-là, était de ces derniers. Et son rêve de poursuivre ses études faillit voler en éclats.</p>



<p>Mais grâce à l’encadrement des enseignants tunisiens, il se présenta aux épreuves du baccalauréat en candidat libre et obtint son diplôme en 1952. La même année, muni d’une bourse de l’Association caritative El-Kolla, il partit en France pour préparer une licence de d’histoire-géographie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Etudes supérieures&nbsp;en France </h2>



<p>A Paris, au 115 Boulevard Saint-Michel (le siège de l’Association des étudiants musulmans nord-africains, Aemnaf, et la cellule du Néo-Destour), où se réunissait l’élite nord-africaine, s’ouvrit un nouveau chapitre pour le jeune bachelier.</p>



<p>Au cours de l’année 1952-1953, les étudiants tunisiens dont la majorité se trouvait en France, s’étaient attelés à préparer le congrès constitutif de l’Union générale des étudiants de Tunisie (Uget) et lancèrent un journal dénommé <em>“L’Étudiant Tunisien”</em>.</p>



<p>Hafedh Tarmiz s’activa dans ce sens. Il fut membre aussi bien de la commission chargée de préparer ledit congrès que du comité de rédaction du journal clandestin. En juillet 1953, il fut élu membre du premier bureau exécutif de l’Uget.</p>



<p>Étant une organisation nationale engagée dès sa création dans le mouvement national, l’Uget se réclama d’une certaine indépendance vis-à-vis du parti nationaliste. A partir de cette orientation, plutôt à gauche du Néo-Destour, que commencèrent les divergences de Tarmiz avec Habib Bourguiba. La première confrontation entre le jeune étudiant et le futur président aurait eu lieu en 1955.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Confrontations avec Bourguiba</h2>



<p>Les pourparlers pour l’autonomie interne touchaient à leur fin. La dissidence yousséfiste (en référence au numéro 2 du Néo-Destour, Salah Ben Youssef) commençait à se faire sentir. Bourguiba, rentrant de son dernier exil parisien. Il voulait déjà tout contrôler, même la composition du bureau de l’Uget. Les étudiants n’étaient pas tous d’accord sur l’intervention du leader. Ayant eu vent de ce désaccord, ce dernier les réunit dans sa suite au Continental.</p>



<p>La tension fut forte. Chedly Zalila fut le premier à hausser le ton. Tarmiz, alors président de la Fédération de France de l’Uget, fut parmi les intervenants. Témoin oculaire, Hamed Zghal <sup>(1)</sup> dira dans ses mémoires <em>‘‘La génération de la révolution’’</em>, qu’en écoutant Tarmiz défendre la démocratie et le respect des élections, Bourguiba devint furieux et son cri se fit entendre dans tout l’hôtel.</p>



<p>Mohamed Harbi <sup>(2)</sup>, sociologue algérien et ancien conseiller de Ahmed Ben Bella, parle aussi de cet épisode. Il dit que&nbsp;<em>«Tarmiz fut chassé par Bourguiba de sa suite à coup de quolibets»</em>, rien que pour avoir refusé le changement de la composition du bureau syndical.</p>



<p>La deuxième confrontation intervint à la fin de l’année 1956. Bourguiba était chef du gouvernement et Tarmiz, secrétaire général de l’Uget. L’affaire cette fois-ci portera plus clairement la couleur des orientations politiques.</p>



<p>En effet, peu après le congrès de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), tenu à Tunis du 20 au 23 septembre 1956, Bourguiba commença à cultiver une double crainte. D’une part, d’un virage à gauche du syndicat ouvrier suite à l’adoption du programme économique et social; d’autre part, de la montée d’un concurrent potentiel portant le nom de Ahmed Ben Salah. Il décida de l’écarter alors qu’il était en mission au Maroc et de le remplacer par Ahmed Tlili. L’Uget interpréta cela comme une mainmise du nouveau pouvoir sur les organisations nationales. Aujourd’hui c’est l’UGTT, demain ça sera au tour de l’Uget!</p>



<p>Les étudiants affichèrent donc leur opposition à cette manœuvre de Bourguiba, qui n’accepta pas cette attitude. Lors d’un meeting à El-Mallassine, quartier populaire à la lisière de la médina, il tire à boulets rouges sur les étudiants.</p>



<p>Mohamed Sayah<sup> (3)</sup>, qui fut parmi ceux qui prirent position contre Bourguiba, dira que Hafedh Tarmiz était celui qui paya seul le prix d’une décision collective. En effet, pour l’historien Mohamed Dheifallah <sup>(4)</sup>, la crise entre le gouvernement et les étudiants se solda par la présentation de Hafedh Tarmiz comme un bouc émissaire.</p>



<p>Il faut dire que les étudiants savaient déjà que l’Uget garantissait l’accès à des postes importants. La concurrence pour le poste de secrétaire général de l’Uget était donc rude en disant devant les membres de l’organisation estudiantine qui lui sont très proches : <em>«Qui c’est ce Tarmiz, dites lui qu’il se taise sinon je vais le ‘tarmizer’ (نطرمزو)»</em> en pensant à ‘le tamiser’ (c’est-à-dire le filtrer et l’éliminer)!</p>



<p>Dans ce contexte, Tahar Belkhodja aurait joué un rôle dans la déchéance de Tarmiz.</p>



<p>D’après Hedi Baccouche <sup>(5)</sup>, juste après cet épisode, Belkhodja rendra compte de toutes les activités de Hafedh Tarmiz à Bourguiba lequel devint convaincu de la nécessité de son écartement. Cerise sur le gâteau car l’Histoire est écrite par les vainqueurs, Belkhodja supprimera le nom de Tarmiz des documents du 4<sup>e</sup> congrès de l’Uget, tenu au mois de juillet 1957 <sup>(6)</sup>. A ce propos, il avait déclaré dans son entretien avec Michel Camau et Vincent Geisser :<em> «Il est vrai que le secrétaire général qui m’a précédé, Hafedh Tarmiz, était attaché à la personne de Ben Salah. Mon élection au secrétariat général répondait à une volonté de préserver l’Uget du conflit. L’Uget&nbsp;soutenait l’UGTT mais pas forcément Ben Salah. Je n’étais pas&nbsp;‘‘le&nbsp;candidat du parti’’ qui avait d’ailleurs son propre candidat: Mohamed&nbsp;Amamou. Je fus élu pour sauvegarder l’indépendance de notre organisation estudiantine vis-à-vis du parti, tout en soutenant Bourguiba&#8230;»</em> <sup>(7)</sup>. Il ajouta&nbsp;: «Toutefois, Bourguiba ne pouvait pas laisser&nbsp;évoluer une organisation&nbsp;telle que la nôtre en dehors du ‘‘système’’. Prétextant l’inauguration de&nbsp;nos nouveaux locaux, il nous a rendu inopinément visite, le 8 juillet 1957,&nbsp;et scellé ainsi la réconciliation.» <sup>(8)</sup></p>



<p>Ce fut la fin de la vie politique de Tarmiz, le début de celle de Belkhodja. Mais, le pouvoir Bourguibien ne pardonnera pas à Tarmiz sa prise de position. Car Hédi Baccouche rapporte que même plus de dix ans après, lors de la crise de l’expérience socialiste, la police lui sortit un témoignage qualifié de stalinien selon lequel il fut, sa vie durant, avec Tarmiz et contre Bourguiba.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’enseignant,&nbsp;l’opposant et le citoyen&nbsp;:</h2>



<p>A 25 ans, Hafedh Tarmiz fut écarté des premières lignes. Rentré au bercail, il se consacra à l’enseignement. Mais, il sera quand même élu au conseil municipal de sa ville natale plus d’une fois et il assurera la présidence du Stade Soussien (en 1964 et 1965).</p>



<p>Quand le socialisme trouvait encore écho, il fut nommé, en 1968, directeur d’administration centrale au secrétariat d’Etat de l’Education nationale sur ordre de son ancien professeur au Lycée de Sousse et ministre d’Etat, Ahmed Ben Salah. En juillet 1969, il fut décoré des insignes d’Officier de l’Ordre de la République. Toutefois, ce moment agréable ne va pas durer. En effet, suite à l’arrestation de <em>«l’architecte»</em>&nbsp;du coopérativisme des années soixante, le 9 septembre 1969, et son procès en mars 1970, Tarmiz se retire en silence du Néo- Destour (auquel il a adhéré depuis l’âge de 15 ans) et se consacre à l’enseignement et à la vie associative et culturelle à la Perle du Sahel.</p>



<p>Peu de temps après la fuite de Ahmed Ben Salah de la prison civile de Tunis en février 1973, Tarmiz s’entend bien avec les objectifs du Mouvement d’unité populaire (MUP) lancé par son ancien professeur depuis Paris, en mai 1973.</p>



<p>Devant le harcèlement de tous les sympathisants avec ce parti clandestin d’opposition au régime de Bourguiba (le procès célèbre de ses adhérents, entre juin et août 1977), il finit par se retirer définitivement de la scène politique et se contente d’évoluer au sein du syndicat de l’enseignement secondaire de Sousse.</p>



<p>D’octobre 1969 à 1992, il fut successivement professeur d’histoire-géographie au lycée de Garçons de Sousse, à l’Ecole normale d’instituteurs de Sousse et au lycée Cité Ezzahra (l’actuel lycée Abdelaziz El-Béhi), où il enseigna des générations d’élèves de Sousse et du Grand Sahel. A la fin de sa carrière professionnelle, il fut nommé directeur régional de l’Enseignement à Zaghouan jusqu’à son départ à la retraite en juillet 1992.</p>



<p>Retraité, Tarmiz restait chez lui où il se consacrait à sa petite famille, recevait des chercheurs en sciences sociales et politiques, des professeurs stagiaires…, qui préparaient leurs thèses ou mémoires pédagogiques, lisait, écrivait, allait au cinéma, voyageait et visitait ses amis et proches.</p>



<p>Lors de la préparation de ma thèse en histoire contemporaine sur <em>«L’élite tunisienne moderne&nbsp;: le cas des étudiants tunisiens de l’université française (1880-1956)»</em>, et au terme d’une série d’entretiens avec lui en 1998, il m’a confié ceci&nbsp;: <em>«Si nous, la génération des années 1930, on a milité pour l’émancipation de la Tunisie et l’autonomie des organisations nationales, la liberté d’opinion et d’expression, etc., vous</em> [la génération des années 1960 et 1970]<em>, vous êtes appelés à assurer la relève pour la sauvegarde de ces idéaux et principes nobles pour lesquels nous nous sommes battus, tout d’abord contre les autorités coloniales, puis contre le régime de Bourguiba et son parti unique…»</em>&nbsp;!</p>



<p>Hafedh Tarmiz décédera le 23 mai 2004 à l’âge de 73 ans. Aujourd’hui, une rue à Sousse sise à Sahloul porte son nom. Que son âme repose dans la paix éternelle et que Dieu tout puissant protège sa femme, ses enfants (Hasna, Assad et Emna), ainsi que leurs descendants.</p>



<p>S’il nous a quittés depuis une vingtaine d’année, ses bons souvenirs sont restés gravés à jamais dans la mémoire de sa petite famille, ses proches et tous ceux qui l’avaient connu de près ou croisé son chemin, ses amis et notamment ses élèves, qui lui sont tous redevables et dont je suis, car comme l’a dit Paul Valéry&nbsp;(1871- 1945) : <em>«Les bons souvenirs sont des bijoux perdus».</em> Ou encore Euripide, poète et homme de lettres grec&nbsp;(480- 406 avant J.-C.): <em>«Le temps n’efface pas la trace des grands hommes»</em>.</p>



<p><em>* Historien, université de Sousse.</em></p>



<p><strong><em>Notes&nbsp;:</em></strong></p>



<p><em>1- </em><em>حامد الزغل، جيل الثورة: ذكريات مناضل، سراس للنشر، تونس 2001.</em></p>



<p><em>2 &#8211; Mohamed Harbi, ‘‘Une vie debout’’, éditions La Découverte, Paris, 2001.</em></p>



<p><em>3- </em><em>المولدي الأحمر، محمد الصياح، الفاعل والشاهد، سراس للنشر، تونس 2012.</em></p>



<p><em>4- </em><em>محمد ضيف الله، الطلبة التونسيون ومخاضات الوطن في منتصف القرن العشرين، مكتبة تونس، تونس &#8211; 2016.</em></p>



<p><em>5 Hédi Baccouche, “En toute franchise”, Sud Editions, Tunis, 2018.</em></p>



<p><em>6 &#8211;</em><em>شهادة السيّد محمّد بلحاج عمر في مسيرة الاتحاد العام لطلبة تونس: شهادات بعض المؤسّسين والقياديين، سيمنارات الذاكرة الوطنية وتاريخ</em></p>



<p><em>الزمن الحاضر، مؤسسة التميمي، تونس 2010.</em></p>



<p><em>7 &#8211; Entretien réalisé&nbsp;par Michel Camau et Vincent Geisser en janvier 2002. <a href="http://www.habib-bourguiba.net/interview-tahar-belkhodja/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Transcription revue et corrigée par Tahar Belkhodja</a>. </em></p>



<p><em>8 &#8211; <a href="http://www.habib-bourguiba.net/interview-tahar-belkhodja/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ibid</a>.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/06/hommage-a-hafedh-tarmiz-vingt-ans-apres-sa-mort-1931-2004/">Hommage à Hafedh Tarmiz, vingt ans après sa mort (1931-2004)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Mar 2024 07:35:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Mestiri]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Belkhodja]]></category>
		<category><![CDATA[Wassila Bourgiba]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre Bourguiba, il demeure opportun de lui rendre justice pour avoir créé un Etat qui a tenu la route. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Ce livre du grand commis de l’Etat tunisien qu’a été incontestablement Tahar Belkhodja a le mérite de fixer la mémoire des ou d’événements importants qui ont émaillé l’ère Bourguiba et de révéler le fonctionnement du pouvoir de l’époque vu de l’intérieur par l’un de ses acteurs situé aux premières loges. C’est dire l’importance du document.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-11852296"></span>



<p>Inévitablement, si la réalité des faits décrits ne souffre en règle aucune discussion, on ne sera pas forcément d’accord sur l’interprétation qui en est faite. Mais on n’en fera aucun reproche à l’auteur, acteur engagé dont le livre a de surcroît été publié durant l’époque de Ben Ali, douze années après la chute de Bourguiba. C’est dire que l’ouvrage obéissait à des nécessités politiques autres que celle de l’époque traitée. Ce n’est donc pas un hasard si le Bourguiba qu’on y découvre, n’est pas du tout&nbsp;celui que le public de son pays avait eu l’habitude de percevoir à travers la radio et la télévision, un homme infaillible sachant vers quelle brillante destinée il conduisait son pays. Tout au contraire, on était en présence d’un président soumis le plus souvent à l’influence de son entourage dont au mieux de sa forme il étudiait les idées pour ne retenir que celles qui lui paraissaient les plus pertinentes, tout en se les appropriant.</p>



<p>Naturellement l’auteur s’est attribué une responsabilité non négligeable dans des décisions bénéfiques prises par son président, à des moments cruciaux et cela indépendamment du rôle qu’il a prétendu avoir joué dans les entretiens de Rambouillet puis dans la crise de Bizerte dont il semble avoir rejeté la responsabilité&nbsp;d’une manière partagée sur Bourguiba et De Gaulle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une grande habileté politique à l’œuvre</h2>



<p>En réalité, Bourguiba était d’autant plus dans son droit d’exiger l’évacuation d’une partie de son pays encore occupée, que ses opposants, à commencer par Salah Ben Youssef, s’en servaient pour le vilipender en tant qu’agent de la France. Le problème est que De Gaulle au moment d’évacuer l’Algérie a trouvé à Bizerte un exutoire à l’amertume de l’armée française  qui s’était rebellée quelques mois auparavant.</p>



<p>Pour aborder un autre sujet impliquant l’auteur, en l’occurrence la fin de l’expérience collectiviste et la chute de Ahmed Ben Salah en 1969, leur nécessité se serait imposée lors d’un voyage de Bourguiba en Afrique de l’Ouest en 1966 et la révélation au Sénégal du différend qui faillit connaître un prolongement dramatique entre le président Senghor et son premier ministre Mamadou Dia au sujet de la politique socialiste suivie.</p>



<p>On a peine à croire, connaissant Bourguiba, que les pays africains de la zone CFA eussent pu constituer une source d’inspiration pour lui, même par le biais d’un ambassadeur hostile au socialisme. En réalité, il comprit qu’il pourrait compter sur ce dernier pour rogner sur les pouvoirs de son super ministre Ahmed Ben Salah, avant de le réduire. Tahar Belkhoja après avoir été rappelé de Dakar pour se voir confier l’inspection générale des entreprises de l’Etat puis la direction de la sûreté nationale, fut celui qui se procura le fameux rapport européen révélant l’état calamiteux de l’économie et des finances tunisiennes et démentant toutes les données statistiques sur la réussite de l’expérience socialiste fournies par son promoteur; il joua ainsi un rôle décisif dans sa déchéance.</p>



<p>Cela esquisse évidemment un tableau différent des motivations ayant poussé Bourguiba à mener le pays sur la voie du socialisme. En réalité, beaucoup de leaders issus de la décolonisation s’y sont engagés plus ou moins à commencer par le plus anglophile parmi tous, Nehru.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="f8RHbfVL2P"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/">Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’ » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/embed/#?secret=VhMeApE1HA#?secret=f8RHbfVL2P" data-secret="f8RHbfVL2P" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Bourguiba avait toutes les raisons de chausser les bottes de Tito, le président yougoslave, promoteur d’un socialisme national, afin de couper l’herbe sous les pieds des unionistes arabes de Nasser et du Baath dont la devise était <em>«Liberté, socialisme, union»</em>, de ne pas donner à l’Algérie socialiste prétexte à empiètement, de neutraliser les groupes gauchisants locaux tels celui de <em>«Perspectives»</em>, et surtout de garder sous contrôle le syndicat UGTT dont on préférait le voir confier au rugueux mais&nbsp; limité Habib Achour qu’à <em>«l’intellectuel»</em> Ahmed Ben Salah, nettement plus dangereux.</p>



<p>Or après la guerre de Juin 1967 et l’implosion de l’idéologie panarabiste, suivie en 1968, en Tchécoslovaquie, par la tentative d’instaurer un socialisme humain, écrasée par les chars soviétiques, la sortie du socialisme était devenue certainement une nécessité autant aux yeux de Bourguiba que ceux de Ahmed Mestiri, ce dernier se voyant probablement jouer le rôle d’un Alexander Dubcek, le leader communiste tchécoslovaque, dans la démocratisation du régime. On a vu ce qu’il en fut finalement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;homme de Bourguiba, et de Wassila</h2>



<p>Tout cela a simplement été détaillé pour démontrer que là où Bourguiba était perçu par l’auteur du livre comme un leader prisonnier de son entourage et ne&nbsp;sachant pas ce qu’il voulait, il y avait en réalité une grande habileté politique à l’œuvre, manipulant autant les collaborateurs ambitionnant à lui succéder que leurs opposants, les jouant les uns contre les autres pour finalement s’en débarrasser.</p>



<p>Plus encore, Bourguiba réussit à semer la discorde entre les pays voisins hégémonistes, plus riches et plus puissants, en accordant à l’un ce qu’il refusait à l’autre, l’union, puis en y renonçant, et plus que tout, en en rejetant la responsabilité sur la guerre de succession, dont bon an mal an, l’auteur fut un participant, et semble-t-il pas à son corps défendant.&nbsp;</p>



<p>Il est à cet égard curieux que lors de la fuite de prison d’Ahmed Ben Salah, qu’il fut le premier à apprendre à Genève alors qu’il y était ambassadeur, son premier reflexe fût d’en prévenir&#8230; Wassila, la femme du Président. Tahar Belkhodja fut-il un homme de la <em>«présidente»</em>? Cela importe peu ! Bourguiba en réalité se partageait les rôles avec Wassila, et là où il fut le Yin, elle fut le Yang. Et ce n’est pas un hasard si sa chute survint&nbsp;lorsqu’il ne l’eût plus auprès de lui pour lui faire toucher terre. Si donc Tahar Belkhoja fut un homme à Wassila, il fut aussi à son insu celui de Bourguiba.</p>



<p>Une autre énigme demeure relativement au voyage privé de l’auteur à Nice en décembre 1977 alors que le conflit avec le syndicat s’aggravait, donnant ainsi l’opportunité à Hédi Nouira de le destituer<em> «in absentia»</em> avec l’accord inévitable de Bourguiba. On crut qu’il s’était enfui mais il revint immédiatement pour s’expliquer; en vain !&nbsp;Et si encore on pouvait entretenir un doute raisonnable sur les motivations du Premier ministre se débarrassant de son ministre de l’Intérieur d’une manière si peu cavalière, la démission en cascade de ses collègues en signe de solidarité démontrèrent où se situait leur véritable allégeance, à un moment crucial pour le pays.</p>



<p>On veut bien croire que les professions de foi de Belkhodja en faveur d’une libéralisation et d’une démocratisation du régime ainsi que de la recherche d’une solution pacifique au conflit avec le syndicat fussent sincères. Dans ces conditions, en accord avec lui-même et ses convictions, il eût été plus opportun qu’il démissionnât de lui-même ainsi que l’avait fait Ahmed Mestiri. Quelques années après, il revint en tant que ministre sans que le régime n’eût démontré aucune velléité de libéralisation politique. Ainsi M. Belkhodja fut ce libéral démocrate qui à ses risques et périls ne servit jamais dans des gouvernements en accord avec ses propres convictions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une œuvre qui a résisté au temps</h2>



<p>En conclusion, l’un des grands mérites du livre est peut être inconsciemment d’avoir fourni une explication logique à l’union tuniso-libyenne de Djerba d’octobre 1974, attribuée à un coup de folie d’un leader sur le déclin, alors qu’en réalité le sommet tuniso-algérien du Kef de février 1973 la justifiait&nbsp; pleinement.</p>



<p>Si l’auteur fut un homme important dépositaire de nombreux secrets, souvent <em>«dans le coup»</em> comme on dit trivialement, et qui rendit certainement des services éminents à son pays, le fait qu’il eût été<em> «dans la politique»</em> n’implique nullement qu’il fût un homme politique en dépit des hautes responsabilités qui lui furent confiées. Il subit en effet plus souvent les décisions qu’il ne les prît. Il ne semble par&nbsp;ailleurs pas avoir pris la pleine mesure des événements dont il fut l’acteur ou le témoin, mais c’est là affaire d’appréciation personnelle. Et il se perdit parfois dans des détails inutiles; il importe en effet peu que Bourguiba ait appris l’équitation chez Edgar Faure avant le 1<sup>er</sup> juin 1955 pour rééditer en mieux le retour du Cheikh Abdelaziz Thaalbi, que, obsédé par l’éternité, il ait désiré connaître les secrets de l’embaumement de la momie de Lénine chez les Soviétiques, ou qu’il soit allé en Turquie pleurer sur le tombeau de Hannibal et exiger le transfert de ses cendres en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F5n4x7AoCy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/">‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/embed/#?secret=A26Ufx4I2z#?secret=F5n4x7AoCy" data-secret="F5n4x7AoCy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre l’ancien président tunisien, il demeure opportun de lui rendre justice: l’Etat qu’il a créé en se servant alternativement ou simultanément des ambitions égoïstes de ses amis et de ses ennemis&nbsp;a résisté après lui au temps en affrontant avec succès l’ouragan du Printemps Arabe alors que les projets politiques concurrents se sont révélés n’être que d’éphémères châteaux de cartes balayés par les vents de l’Histoire. Parmi tous, il demeure celui qui en voyant loin et juste aura su préserver le peuple de son pays des aventures sans retour.<em></em></p>



<p><em>‘<strong>‘Les trois décennies Bourguiba’’, de Tahar Belkhodja, éditions Arcantères &#8211; Publisud, Paris 1998, 286 pages. </strong></em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/">‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Mar 2023 10:19:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Helal Jelali]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Moalla]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 1956, ce sont 67 ans de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/">Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>De l’échec du collectivisme des années 1960 à la révolution confisquée de 2011, en arrivant aux élections de 2019, marquée par la défiance et le rejet d’une élite dévoyée, sans oublier le deal de la honte – Béji Caïd Essebsi &#8211; Rached Ghannouchi – ou celui qui a instauré la deuxième «Troïka» composée d’Ennahdha, Qalb Tounes, et Al-Karama&#8230;, ce sont 67 années de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Helal Jelali</strong> *</p>



<span id="more-6753347"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure>
</div>


<p>Avant de décliner les détails des errances politico-économiques depuis l’indépendance en 1956, ne faudrait-il pas constater que toute notre élite et même le peuple se sont noyés dans le «<em>récit national» </em>construit par les pouvoirs successifs sans presqu’aucun sens critique. </p>



<p>Certes, un <em>«récit national»</em> est nécessaire pour forger les liens au sein d’une communauté ou d’une nation, mais il ne pourrait se substituer à la réalité des faits et à la vérité de l’Histoire. Le travail historique ne peut aussi se bâtir sur l’émotion, l’esquive et le discours teinté d’ambivalence et d’ambiguïté. </p>



<p>Le récit national se construit autour de la mémoire collective et des sentiments, souvent&nbsp;irrationnels. Il fait appel plus à l’affect qu’à l’entendement qui permet à tout homme d’appréhender la vérité.&nbsp;Mais la démarche mémorielle ne pourrait jamais remplacer la réalité historique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une postindépendance marquée par la violence</h2>



<p>Dès le début de l’indépendance, les accros avaient commencé entre Lamine Bey et son Premier ministre Habib Bourguiba à propos des<em> «comités d’éveil»</em>, une milice armée créé par le Néo-Destour.</p>



<p>Le Bey évincé, voilà qu’une petite guerre civile menaçait le pays entre les Bourguibistes et les Youssefistes, partisans du chef du parti Salah Ben Youssef. Le bilan est lourd : assassinat de ce dernier à l’étranger et de nombreux morts à l’intérieur du pays parmi ses partisans&#8230; <em>«J’ai sacrifié le peu pour sauver le tout»</em>, dira cyniquement celui qui se fera appeler le Combattant Suprême.</p>



<p>Au Congrès du Néo-Destour de Sfax en 1955, Bourguiba, sans aucun programme économique, livre le dossier à l’UGTT pour éviter que les syndicalistes rejoignent la dissidence de Salah Ben Youssef. Ainsi l’UGTT devient le premier décideur économique du pays avec, bientôt, la <em>«débâcle collectiviste»</em>&#8230;</p>



<p>Jusqu’à ce jour, de nombreux historiens continuent d’afficher leur déni: <em>«Mais, il n’y avait pas de menace de famine, le collectivisme nous a permis de construire des infrastructures»</em>. Ce fut en vérité des années perdues et des espoirs trahis&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="76qLleKvzy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/">Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/embed/#?secret=RWZpVkOIcT#?secret=76qLleKvzy" data-secret="76qLleKvzy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Arguties pour un «récit national» imaginaire.</h2>



<p>Le collectivisme de l’ancien ministre Ahmed Ben Salah a arrêté tout investissement étranger et ouvert la porte de l’exode pour certains entrepreneurs tunisiens qui avaient fait fortune après la deuxième guerre mondiale. Le processus de modernisation de l’industrie manufacturière a été gelé. Et aucun historien n’a fait le bilan des dégâts infligés à l’agriculture. Au contraire, les cadres retraités de cette époque continuent d’afficher leur fierté pour un travail bien accompli et bien réussi&#8230; L’outrecuidance n’a pas de limite.</p>



<p>Il n’y avait pas dans l’équipe de Bourguiba un seul économiste digne de ce nom. Le meilleur économiste après la guerre était un autodidacte M’hamed Chenik, ancien chef du gouvernement beylical (1942 et 1950-1952), qui avait créé la première banque <em>«indigène»</em> : la Coopérative tunisienne de crédit (1922-1935). Une banque que la France avait tout fait pour la faire couler. Il présidait également la Chambre tunisienne du commerce durant une vingtaine d’années 1922-1940. M’hamed Chnik maîtrisait, avec beaucoup de sagacité, les dossiers de l’industrie manufacturière et de l’agriculture. Sa contribution financière au Néo-Destour n’était pas négligeable. Mais Bourguiba n’a pas voulu faire appel à ses talents, car il le jugeait trop proche du Bey destitué. </p>



<p>C’est ainsi que pour la création de Société Tunisienne de Banque (STB), le nouveau pouvoir issu de l’indépendance a-t-il fait appel à Serge Guetta, qui terminera sa carrière à la Banque Mondiale.</p>



<p>A la création de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le Zaïm fera appel à Hedi Nouira, associé à un brillant énarque, Mansour Moalla, mais, avec leurs conceptions libérales, ces derniers étaient des extra-terrestres face à l’entregent et à la mainmise sur le secteur du super ministre Ahmed Ben Salah et aux diktats de l’UGTT qui avait <em>«institutionnalisé»</em> la cogestion des services publics et des entreprises nationales.</p>



<p>La suite n’était pas rose non  plus : au Congrès du Néo-Destour de Monastir en 1971, le Zaïm est malade, assez malade et il refuse des élections internes au sein du parti unique. On lui souffle que les gauchistes menacent la sécurité de l’Etat. Qu’à cela ne tienne : on lâchera les islamistes du MTI dans les campus, les lycées et les salles de prière dans les usines. Bientôt, Rached Ghannouchi pourra boire son café avec un nouveau directeur de la sûreté au ministère de l’Intérieur nommé en 1978 par le Premier ministre Hedi Nouira : il s’agit bien de Zine El-Abidine Ben Ali (voir Kapitalis <em>«<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/25/tunisie-les-dessous-de-lalliance-historique-entre-les-destouriens-et-les-islamistes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les dessous de l’alliance entre le Néo Destour et les islamistes</a>»</em>).</p>



<p>La fin de règne de Bourguiba était marquée par la <em>«stratégie de la tension»</em> et la menace islamiste montée en épingle dans la bataille des clans entre Tunisois et Sahéliens, entre les larbins de Wassila Bourguiba et ceux de Saïda Sassi.</p>



<p>Le gâchis de l&rsquo;alternance est catastrophique. Ben Ali, avec l’aide directe de puissances étrangères – notamment l’Italie de Bettino Craxi qui terminera sa vie à Hammamet où il est enterré – prend le pouvoir (voir à ce sujet les mémoires de l’amiral italien Fulvio Martini, ancien chef des services secrets Sismi).</p>



<p>L’embellie économique sous le règne de Ben Ali n’a pas profité aux plus pauvres et a été l’œuvre d’un homme qui n’avait adhéré au RCD qu’en 2002. Un expert en équilibre macro-économique : il s’agit de l’ancien Premier ministre Mohamed Ghannouchi. Il faut dire que l’embargo occidental contre la Libye suite à l’affaire de Lockerbie a été une aubaine pour l’économie tunisienne.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="VCx2y792IT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/">Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/embed/#?secret=9Pa0Dxr7Ua#?secret=VCx2y792IT" data-secret="VCx2y792IT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Une diplomatie&nbsp; chaotique</h2>



<p>Dans l’affaire de Bizerte, en 1961, l’ami américain s’est abstenu et a refusé de condamner Paris.</p>



<p>La politique de voisinage était turbulente : avec le président  Houari Boumediene, Bourguiba a choisi une politique glaciale. Bourguiba Jr a même demandé à J. F. Kennedy une <em>«coopération militaire intégrée»</em>, presque une adhésion totale à l’Otan : refus du président américain pour ne pas fâcher le Général De Gaulle.</p>



<p>Tous les pays du sud étaient contre la guerre du Viêtnam. Mais le père de l’indépendance tunisienne, que dérangeait le leadership arabe et tiers-mondiste de Nasser, a préféré soutenir ses <em>«amis»</em> Américains.</p>



<p>Dans les années&nbsp;1970, alors que le monde entier avait pris la route des pays du Golfe pour aider à construire les infrastructures de ces monarchies, le pouvoir&nbsp;en Tunisie est entré en confrontation avec l’Arabie Saoudite.</p>



<p>Dans ces pays, nouveaux riches, les conseillers politiques, les médecins, les banquiers, les pilotes et les ingénieurs étaient Egyptiens, Libanais, Syriens, Palestiniens, Américains, Turcs, mais les Tunisiens étaient quasiment absents&#8230; Ils tenteront de se rattraper à partir des années 1980-1990. Mais ils avaient perdu du temps précieux et beaucoup de terrain. </p>



<p>Par ailleurs, de 1962 à 1967, presque aucun ministre tunisien n’avait mis les pieds officiellement en France, notre premier partenaire économique. La raison est simple : Bourguiba monopolisait avec son ambassadeur tous les dossiers bilatéraux.</p>



<p>Aujourd’hui, certains diplomates retraités continuent à embellir le <em>«récit  national»</em> avec les prétendues grandes réussites de diplomatie bourguibienne, passant sous silence les couacs et les ratés.</p>



<p>Quelle diplomatie du mythe de la <em>«neutralité positive»</em> quand le Combattant Suprême déclare que la Jordanie n’existe pas et qu’elle est la création de la colonisation britannique (<a href="https://youtu.be/mjzGsbbKOA0" target="_blank" rel="noreferrer noopener">voir vidéo de son discours y afférent</a>)? Cela n’est certes pas faux, mais de tels propos ne pouvaient être tenus par un chef d’Etat soucieux des intérêts de son peuple. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La politique est un abîme pour les novices</h2>



<p>Un ministre avait demandé à Bourguiba <em>«un peu d’argent»</em> pour le distribuer dans une région que l’ancien président projetait de visiter. La réponse du Zaïm fut cinglante : <em>«La pauvreté n’est pas un programme politique»</em>.</p>



<p>Nous y voilà : depuis la révolution de 2011, on n’a fait que des promesses pour aider les pauvres: des matelas et des pâtes de Nabil Karoui aux fêtes de mariages et de circoncisions organisés par Rached Ghannouchi, en passant par les candidats pour les législatives se promenant avec une camionnette de moutons à distribuer… La charité pour tout programme politique…</p>



<p>Etait-il sérieux, Béji Caïd Essebsi, alors Premier ministre, lorsqu’il a demandé au Sommet de Deauville, en 2011, un crédit de 25 milliards de dollars sur 5 ans, un montant représentant le double du budget tunisien ?</p>



<p>Etait-il réaliste le ministre des Finances de l’époque, Jalloul Ayed, lorsqu’il a déclaré au micro du journaliste Jean-Pierre Boris de RFI qu’il allait <em>«attirer 100 milliards de dollars d’investissement»&nbsp;</em>? Il n’a pas attiré le centième de cette somme!!!</p>



<p>Avec la montée de l’islamisme, en 2011, nous avons assisté au début du populisme et du poujadisme violent avec l’apparition des Ligues de protection de la révolution et des groupes extrémistes, comme Ansar Charia.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui, personne ne reconnaîtrait que la majorité de l’élite politique des années 2011/2014 faisait le sourire zygomatique au parti Ennahdha. La cupidité a été la grande épidémie de ces années durant lesquelles le chiffre d’affaires des grands restaurants tunisois et ceux de la banlieue nord de Tunis avait battu des records. </p>



<p>Depuis 2011, aucune réforme, digne de ce nom, n’a été engagée et encore moins menée à terme. La majorité des gouvernements étaient des gouvernements <em>«sparadrap»</em> : ils tenaient la boutique et géraient les affaires courantes, sans vision ni programme ni méthode&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="UiMCGHfSHK"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/">Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/embed/#?secret=fOIW7IdtS1#?secret=UiMCGHfSHK" data-secret="UiMCGHfSHK" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La rupture démocratique&nbsp;</h2>



<p>La promesse démocratique ayant rapidement fait pschitt, c’est à la rupture démocratique que nous avons commencé à assister… dès 2011 : les militants du défunt RCD ayant vite rejoint les Nahdhaouis et les Nidaïstes. Et tout a fini par capoter.  </p>



<p>La genèse de cet échec généralisé est facile à identifier : Bourguiba avait importé la <em>«modernité»</em> en oubliant sa colonne vertébrale : la démocratie. Ladite révolution de 2011 a tenté d’instaurer une démocratie, mais sans le civisme censé la pérenniser.</p>



<p>Le civisme, on le sait, met l’intérêt public et la cohésion nationale au cœur de la démocratie. Quant à la citoyenneté, elle est forgée, d’abord, par un esprit de responsabilité, les droits viennent nécessairement après. Montesquieu parlait, à juste titre, de <em>«l’amour du bien public», </em>lequel nous a dramatiquement manqué depuis 1956. </p>



<p><em>Ancien rédacteur en chef dans une radio internationale à Paris</em>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Des mots pour le dire : Quand mon père parlait le latin… pour critiquer le gouvernement !</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/20/des-mots-pour-le-dire-quand-mon-pere-parlait-le-latin-pour-critiquer-le-gouvernement/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Jan 2023 10:57:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[falso]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie;]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 2011, la Tunisie n'a eu que des dirigeants «falso».  </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Enfant, j’entendais mon père dire : untel, ou telle marchandise est «falso, cifr». Il osait même dire, dans le secret de la maison, que le gouvernement de l’époque était «falso». C&rsquo;était au milieu des années 1960 et il parlait de la désastreuse politique de collectivisation menée par Ahmed Ben Salah. Il n’avait pas tort.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Abdellaziz Guesmi</strong> *</p>



<span id="more-6154630"></span>


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<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/12/Abdelaziz-Guesmi.jpg" alt="" class="wp-image-5434153" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/12/Abdelaziz-Guesmi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/12/Abdelaziz-Guesmi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/12/Abdelaziz-Guesmi-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
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<p>Mon père utilisait aussi les mots comme <em>«tabla, table»</em> ou <em>«ouche, houche»</em>, l’enclos autour de la maison, <em>«marmar, marbre»</em>&#8230; Si les termes de <em>tabla, marmar</em> et <em>ouche</em> sont, sans conteste, d’origine latine : <em>«tabla, tabula»</em>, <em>«ouche, olca»</em>, <em>«marmar, marmor»</em>, comme je l&rsquo;ai appris plus tard, celui de <em>«falso»</em> m’a toujours dérouté. </p>



<p>J’ai mis du temps pour comprendre que ce <em>«falso»</em> ne désignait pas <em>«un fils, un sou, un vaurien, de la menue monnaie»</em>, singulier de <em>«flus,  flouz, argent»</em>. Quoique, ne valoir qu’un sou, c’est quand-même pas beaucoup !</p>



<p>Au début, j’ai fait le lien entre le <em>«falso»</em> de mon père et l’italien <em>«fallito»</em>, faillite en français, car en arabe, faillite se dit <em>«falsa»</em>, mais le «t» italien se prononce «t» en arabe.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Histoire du mot «faux, falsus»&nbsp;:</h2>



<p>1100 : fals, jugement injuste (Rolland), false lei<em> «fausse loi, fausse religion, qui n’est pas vraie»</em>;</p>



<p>1176 : contrefait, falsifié;</p>



<p>1223&nbsp;: faux;</p>



<p>1495 : fausser, falsifier, du latin <em>«falsifcare»</em> de faux, issu du latin <em>«falsus»</em>.</p>



<p>Le <em>«falso»</em> de mon père est donc issu du latin <em>«falsus»</em>, faux. Falsus a donné le français falsifié et non pas failli ou faillite, qui sont issus de l’italien <em>«faillito, faillita»</em>. </p>



<p>J’ai oublié de dire que mon père ne parlait ni latin, ni italien. Entretenait-il le fond linguistique de la Tunisie romane, ou utilisait-il ces mots étrangers pour échapper à la censure, comme on utilise de nos jours l’argot ou le verlan?</p>



<p>Ce qui est certain est que, si mon père revenait parmi nous, il dirait <em>«falso et falsa, c’est kif-kif»</em> et s’appliquent, hélas, aux choix du locataire du Palais Carthage et de tous ses prédécesseurs depuis 2011.</p>



<p>La révolution lui a donné la liberté de parler. Et la liberté ne s&rsquo;use que si l&rsquo;on ne s&rsquo;en sert pas.</p>



<p>* <em>Proviseur à Grenoble.</em> </p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents articles de la série : </em></h4>



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