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	<title>Archives des Ahmed Mestiri - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Ahmed Mestiri - Kapitalis</title>
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		<title>Hichem Skik ou la modération comme arme de lutte</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Nov 2025 10:58:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hichem Skik s’est toujours inscrit dans la tradition de «soutien critique» au pouvoir pour faire avancer la démocratie et le progrès. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/11/18/hichem-skik-ou-la-moderation-comme-arme-de-lutte/">Hichem Skik ou la modération comme arme de lutte</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans son livre ‘‘Écrits pour la liberté et le progrès’’, publié par les éditions Nirvana en 2025, Hichem Skik rassemble ses articles publiés en français dans le journal Attarik Al Jadid entre 2001 et 2014, date de la disparition de ce journal d’opposition, porte-parole du Parti communiste tunisien (PCT), et de ses différentes évolutions et ouvertures (Mouvement Ettajdid, Parti Al Massar).</em></strong></p>



<p><strong>Mehdi Jendoubi</strong> *</p>



<span id="more-17936787"></span>



<p>De fait c’est le tome 2 d’un livre publié en 2021 par le même auteur et chez la même maison d’édition sous le titre <em>‘‘Kitaabaat ala attarik’’</em> (كتابات على الطريق), qui rassemble l’essentiel des articles d’opinion publiés en arabe dans le même journal, entre 1981, année de sa création, et 2014.</p>



<p>Avec ces deux ouvrages, Hichem Skik nous offre ses écrits journalistiques complets, soit 80 articles en arabe et 50 en français. Si cette pratique est bien ancrée en littérature, dans le journalisme, cette tradition est loin d’être assise en Tunisie.</p>



<p>Dans ses mémoires intitulées <em>‘‘Al-massira wal-massar’’</em> (le parcours et voie), publiées en 2022 en arabe aux éditions Dissonances, Ahmed Nejib Chebbi rapporte qu’à son arrivée à Paris en 1964, alors jeune étudiant, il a entendu parler d’un club d’étudiants communistes animé par un certain Hichem Skik. Ce témoignage m’est revenu à l’esprit en écoutant ce dernier, en 2024, lors d’une séance de lancement d’un des livres publiés dans la collection <em>Mountada Ettajdid</em> aux éditions Nirvana, dirigée par lui-même. Entre les deux dates, soixante années se sont écoulées, que d’eau a coulé sous les ponts&nbsp;! Mais le militant politique est toujours fidèle au poste, celui d’un implacable agitateur d’idées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une tradition de prise de parole publique</h2>



<p>Hichem Skik perpétue une tradition bien connue chez les élites tunisiennes depuis le début du vingtième siècle, où le journalisme d’opinion est investi par les militants de toutes obédiences, et transformé en terrain de combat et en arme de lutte.</p>



<p>La liste serait longue à établir depuis les journaux&nbsp;<em>Ezzohra</em> (1890-1959), <em>Le Tunisien</em> (1907-1912), <em>L’Action tunisienne</em> (1932-1988), dans sa phase militante avant l’indépendance, <em>Er-Raï</em> (1978 -1987), <em>El Mawqef </em>(1984-2011), et bien d’autres titres.</p>



<p>Nous avons plus que jamais besoin de rappeler cette soif de prise de parole publique qui a toujours animé nos élites, et au-delà les expériences personnelles de personnalités très différentes et même souvent opposées, dans des contextes historiques variés.</p>



<p>Il faut saisir le message fondamental, transmis comme une flamme éclairante, de génération en génération. Ceux qui détiennent le pouvoir, et l’imposent parfois par la force, ne peuvent pas avoir le monopole de la parole publique. Les idées ne peuvent pas être mises en prison, même si les personnes qui les portent peuvent être, elles, aux arrêts.</p>



<p>Si cela était valable avec des journaux papier qu’on pouvait facilement suspendre, que dire aujourd’hui avec les multiples outils de communication qu’offre le 21<sup>e</sup> siècle. Les idées ne peuvent être combattues que par des idées, une évidence certes, mais elle mériterait d’être rappelée aux oublieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">D’une génération à une autre</h2>



<p>Le militant nationaliste Tahar Sfar, dans son <em>‘‘Journal d’un exilé. Zarzis 1935’’</em>, publié aux éditions Bouslama en 1960, a bien saisi ce fil d’Ariane entre des générations qui parfois s’ignorent ou s’opposent et se critiquent les unes les autres, mais contribuent toutes à une œuvre historique commune qui les dépasse&nbsp;:&nbsp;«<em>Bach Hamba, Thaâlbi, M’hamed Ali, Habib Bourguiba et tous ceux de leurs groupes, ne nous apparaissent-ils pas dans cette échelle ascensionnelle, comme autant de points de repères qui en marquent les sinuosités et en décèlent le progrès constant.(…) Et ainsi dans le chemin de la vie, semé d’obstacles et de fossés, o</em><em>ù</em><em> les culbutes sont inévitables et nécessaires, o</em><em>ù</em><em> les retours en arrière sont parfois utiles, et les haltes fécondes, toutes les générations doivent tendre la main en un rang ininterrompu et compact&nbsp;; et c’est cela qui donne la foi, le courage et la voie d’œuvrer. Sentir qu’on est soutenu et épaulé par les générations qui ont précédé, que les morts sont présents et vivent dans notre activité, qu’ils agissent avec nous au travers de nous, (…) c’est cela et rien que cela qui fait grand le travail humain, qui console de l’effort et de la peine, qui fait supporter le sacrifice et la privation et qui, en un mot, donne tout son prix et son plein sens </em><em>à</em><em> l’évolution, qui partout s’accomplit et nulle part ne s’achève</em>&nbsp;» (pages 18-20) .</p>



<p>C’est aussi de ce message transgénérationnel que Hichem Skik est acteur et témoin, à travers ses écrits journalistiques, mais aussi à travers la collection qu’il dirige <em>‘‘Montada Ettajdid</em>’’ riche de 11 titres, qui vise à faire connaître le&nbsp;«<em>patrimoine de la pensée de la gauche tunisienne et internationale et de le diffuser dans la société et en particulier auprès des jeunes</em>». Nous pouvons ne pas partager ses priorités, mais comment ne pas être saisi par sa forte conviction, par sa constance et par l’intelligence investie dans cette œuvre de vie !</p>



<h2 class="wp-block-heading">La main tendue de Bourguiba en 1981</h2>



<p>Il faut être disciple d’Elyssa, pour voir se dessiner un État dans une peau de bœuf selon la légende populaire. L’art de voir grand, quand tout semble petit, étroit et désespérant. L’œuvre journalistique de Hichem Skik, comme celle de ses compagnons de lutte, bien au-delà de son propre parti, est pétrie d’histoire et de rapports de forces, arrachée mot par mot et phrase par phrase à la vigilance d’une censure que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître, eux qui ont entendu des journalistes traiter le président de la république après la révolution de&nbsp;<em>«Tartour»</em> (<em>«Tartempion»</em>), sans être inquiétés. Avant 2011 des carrières et des vies ont été brisées pour moins que ça&nbsp;!</p>



<p>Il faut remonter aux années charnières de la fin de années 1970 et le début des années 1980, pour trouver les clés d’une nouvelle grammaire politique, dans laquelle s’inscrivent les <em>‘‘Écrits pour la liberté et le progrès’’</em>, de Hichem Skik.</p>



<p>Le pouvoir personnel de Bourguiba, servi par un charisme indiscutable, par son rôle dominant dans la lutte nationale et par une vision réformiste de l’État et de la société, concrétisée dès les premières années de l’indépendance, encaisse échecs et défis&nbsp;: l’échec d’une politique économique résumée abusivement par le terme collectivisation, le fort courant <em>«indépendantiste»</em> au sein de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la centrale syndicale, qui débouchera sur la crise du&nbsp;<em>«Jeudi noir»</em> du 26 janvier 1978, qui voit s’effondrer la politique de <em>«dialogue social»</em> conçue par le premier ministre Hédi Nouira, l’attaque de Gafsa en 1980 menée par de jeunes tunisiens mobilisés et armés par la Libye et l’Algérie, ci-devant sœurs et voisines, une jeunesse de plus en plus en rupture avec le pouvoir et dont l’élite politisée est séduite par les idées de l’<em>«extrême gauche»</em> et de l’<em>«islamisme politique»</em>, et une forte contestation estudiantine, et la maladie du président.</p>



<p>Affaibli, Bourguiba tend la main aux opposants et ouvre une nouvelle période politico-médiatique, qui fera l’objet de plusieurs études universitaires. Abdelkrim Hizaoui a étudié en profondeur le volet médiatique dans sa thèse intitulée <em>‘‘Le pluralisme de la presse en Tunisie, 1982’’</em>). Larbi Chouikha a qualifié cette période d’<em>«embellie»</em> causée par la faiblesse du régime soucieux de renouveler sa légitimité, qu’il a analysé brillamment dans son ouvrage récent <em>‘‘Médias tunisiens. Le long chemin de l’émancipation (1956-2023)’’</em>, publié par Nirvana éditions en 2024.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La modération comme arme de lutte</h2>



<p>Les leaders du mouvement démocratique tunisien (Ahmed Mestiri, Ahmed Nejib Chebbi, Mohamed Harmel et d’autres), qui acceptent la main tendue de Bourguiba, jouent gros. Comment ne pas <em>«perdre son âme»</em> et une crédibilité chèrement acquise, parfois au prix de l’exil et de la prison, en faisant des compromis que d’autres considèrent comme une <em>«compromission»</em>, de fait.</p>



<p>L’<em>«opposition de décor»</em> est une accusation à laquelle les plus vaillants opposants doivent alors faire face, et cela est d’autant plus dur à assumer que la confusion est facile à faire entre hommes politiques visionnaires qui feront de la modération et du compromis, même en cas de flagrant déséquilibre des forces, un choix politique réaliste et éthique – la politique étant l’art du possible – et qui n’hésiteront pas à accepter, conjoncturellement, d’assumer des responsabilités quand ils le jugent utile; et une armada d’ambitieux <em>«fatigués de militantisme»</em>, qui n’hésitent pas à marchander un poste au <em>«prix du marcher»</em>. Faire la part des choses, dans ce cas, n’est pas aisé.</p>



<p>Hichem Skik s’inscrit dans la tradition du PCT, qui a forgé le concept de <em>«soutien critique»</em> pour résumer sa position vis-à-vis de la politique conçue par le leader syndicaliste Ahmed Ben Salah, appelé par Bourguiba, dès le début des années soixante, à jouer un rôle très important au sommet de l’État et du Parti destourien au pouvoir.</p>



<p>Sans reprendre cette expression de manière explicite, elle est de fait mise en pratique entre les années 1980/2010, aussi bien sous Bourguiba, que sous Ben Ali. La <em>«modération»</em> est subtilement détournée en arme de combat. L’espace étroit et incertain permis par le pouvoir, qui fonctionne selon la logique incertaine des sables mouvants, sera donc le terrain de jeu imposé de l’action politique qui a généré les écrits journalistiques de Hichem Skik, qui est en charge au sein du bureau politique de son parti, de l’animation du journal <em>Attariq Al Jadid</em>, autorisé à paraître avec la levée d’interdiction du PCT en 1981, soit deux décennies après son interdiction en 1963.</p>



<p><em>«Mettre en mots la politique de son parti»</em>, s’exprimer à titre personnel quand l’actualité le permettait, motiver des collaborateurs non partisans à publier dans le journal du parti, relire et faire rectifier le tir des critiques de ses collaborateurs, faire vivre un journal avec très peu de moyens financiers (y compris en tenant compte des subsides que l’État pouvait fournir à quelques journaux) et surtout éviter de tomber sous le coup d’une interdiction à paraître (car continuer à exister est une performance en soi), ont constitué pour de longues années une des multiples facettes de la vie politique de Hichem Skik.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Résister par les mots</h2>



<p>Au fil des textes de ce corpus des 130 <em>‘‘Écrits pour la liberté et le progrès’’</em>, réédités pour la partie en arabe en 2021 et pour la partie en français en 2025, une pensée politique, née sous la pression de l’action se dessine, qui fera l’objet les prochaines années de longues études et recherches pour tous ceux qui s’intéresseront à l’histoire de la pensée politique en action, en Tunisie.</p>



<p>Bien servie par les subtilités stylistiques d’un spécialiste de littérature, doublé d’un chercheur en linguistique et par un militant qui n’a jamais rompu avec son parti depuis sa première adhésion en 1963 «<em>en réaction </em><em>à</em><em> l’interdiction du parti</em>», comme cela a été le choix de bien d’autres intellectuels, même s’il reconnaît être passé par «<em>une longue éclipse, motivée par mon désaccord avec la ligne du parti, particulièrement timide avec le régime dans les années 1990</em>», comme il l’écrit dans l’introduction de son livre.</p>



<p>Les thèmes et les analyses qui y sont abordés sont certes importants, mais plus encore c’est cet art d’arracher par la pensée, le droit d’exister politiquement, quand tout ou presque, joue contre vous et que toute personne <em>«sensée»</em> est tentée de s’installer confortablement dans un fauteuil face à la télévision. Résister par des mots peut déstabiliser ton adversaire. Belle leçon que nous donne Hichem Skik.</p>



<p>* <em>Universitaire. </em></p>
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		<title>‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/</link>
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		<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 07:10:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire reconnaîtra le rôle immense de Ahmed Mestiri dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>L’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri dont l’histoire reconnaîtra le rôle immense dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de son pays.</strong></em></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-14282061"></span>



<p>Nous autres Tunisiens avons l’exagération innée, comme tous les descendants de Latins. Tel le dis-je au risque de choquer nombre de mes compatriotes. Lors de la dernière campagne présidentielle, l’un des candidats s’était vu attribuer l’épithète d’homme d’Etat, évidemment par ses partisans, alors que rien dans son parcours politique ne le justifiait. On aurait pu tout aussi bien comprendre que, plus que le valoriser, il s’agissait de disqualifier ses adversaires conformément à l’adage <em>«Au royaume des aveugles les borgnes sont rois»</em>. Mais il est peu probable que telle en fût l’intention, même si en fin de compte l’idée générale était bien de le faire ressortir comme le plus capable d’assumer les charges de l’auguste fonction, du fait de ses antécédents ministériels. Il s’avère ainsi que pour beaucoup, les hautes fonctions dans l’Etat font l’homme d’Etat, une opinion qui en réalité est carrément erronée.&nbsp;</p>



<p>L’homme d’État est celui qui a passé une bonne partie de sa vie,&nbsp;en assumant les plus hautes charges, et qui lui a consacré toute son énergie et son imagination en lui imprimant un effet&nbsp; patent et durable,&nbsp;souvent reconnu comme bénéfique.</p>



<p>Dès lors un homme d’Etat commence par être un homme politique clairement conscient des mécanismes qui régissent les rapports à l’autorité et au pouvoir d’abord dans un parti politique, ensuite dans son pays. Si on s’en réfère à cette définition, il est clair qu’une bonne partie des ministres dans le monde ne furent pas des hommes politiques, et peu parmi ces derniers furent des hommes d’Etat. Pour ne citer que celui-là, l’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri.</p>



<p>Militant du Néo Destour, responsable de l’appareil secret du Parti, membre de la commission intérimaire provisoire, résistant entré dans la clandestinité, avocat, Ahmed Mestiri se place du côté de Bourguiba contre Ben Youssef. Il devint à l’indépendance et logiquement malgré son jeune âge le ministre qui a assumé avec brio la tâche complexe de tunisifier la structure de la justice, d’établir le Code du statut personnel (CSP) en collaboration avec des Cheikhs éclairés de la mosquée Zitouna. Il se voit ensuite confier le ministère des Finances et réalise la difficile tâche de sortir le pays de la zone franc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez les Soviétiques et les Nassériens</h2>



<p>Nommé ambassadeur à Moscou à sa demande, Ahmed Mestiri y établit des relations précieuses, il explique à ses interlocuteurs les carences des communistes maghrébins qui sont toujours demeurés subordonnés à leurs camarades français. Il obtient la collaboration des Soviétiques à des projets agricoles en Tunisie, à des taux avantageux. Il est ensuite nommé ambassadeur au Caire lors de la grande vague du Nassérisme, mais il s’attire l’antipathie de ses hôtes lorsque, à la suite de la sécession de la Syrie de la République Arabe Unie, il demande en public pourquoi on continue de nommer l’Egypte d’après une entité politique qui n’existe plus. Et il doit faire de son mieux pour arrondir les angles entre Nasser et Bourguiba qui se détestent, et l’assassinat de Salah Ben Youssef suivi de son enterrement en Egypte n’arrange pas les choses.</p>



<p>Après le séjour égyptien, c’est la nomination à Alger, à l’heure de l’indépendance. Ben Bella avec ses lubies révolutionnaires n’est pas un hôte de tout repos, d’autant que la Tunisie a misé sur le mauvais cheval en faisant le choix des trois colonels, Boussouf, Ben Tobbal, et Krim Belkacem. Et la borne 233 dans le sud à la frontière ajoute un autre sujet de discorde dont les deux pays se seraient passés.</p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="BZCJGDkHAI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=WCML4eaLL4#?secret=BZCJGDkHAI" data-secret="BZCJGDkHAI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>En fin de compte Ben Bella est renversé par Boumediene, le patron de l’armée des frontières, et le nouveau régime s’avère plus accommodant, puisqu’un compromis sur la frontière est finalement trouvé dans les années 70. Puis Ahmed Mestiri doit encore affronter une nouvelle crise et est rappelé à Tunis lorsque&nbsp;Bourguiba dénonce un complot militaire soutenu par Alger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Travailleur, modeste et souvent objectif</h2>



<p>Il est ensuite nommé au ministère de la Défense qu’il semble reprendre en main, l’armée étant&nbsp; démoralisée, et s’active pour la former, l’instruire et l’équiper, grâce à la collaboration d’officiers compétents, en lui insufflant la discipline et le respect de l’autorité civile. Mais il est rattrapé par la politique.</p>



<p>Il demeure modeste et souvent objectif. Il reconnaît ne pas avoir eu le courage en son temps de défendre Tahar Ben Ammar contre l’injustice qui le frappait. Il salue l’apport fondamental de Bahi Ladgham dans la création de l’armée nationale, après lui avoir rendu hommage dans le déblocage avec la partie française lors de la rédaction des accords de l’Indépendance, et s’oppose ainsi à la thèse de Bourguiba, prétendant&nbsp;en être l’artisan exclusif. Il a d’autant plus de raisons de le faire en abordant l’époque des coopératives auxquelles il s’oppose.</p>



<p>Puis vient le procès Ahmed Ben Salah, qui selon&nbsp;Mestiri doit se situer au niveau politique dont tout le gouvernement assume la responsabilité au même titre que l’accusé, et non pas pénal.&nbsp;Il présente sa démission du ministère, puis il est exclu du parti dont une fois réintégré il se voit confier le ministère de l’Intérieur.</p>



<p>C’est l’époque printemps tchécoslovaque, du doute, et les libéraux dont Mestiri est la figure de proue ont beau jeu de réclamer la démocratisation du parti dont le fonctionnement autoritaire n’a pas su empêcher les dérives du socialisme de Ben Salah.</p>



<p>En 1971 le Congrès de Monastir semble entamer la libéralisation du Parti mais c’est mal connaître Bourguiba qui prétend nommer lui même les membres du bureau politique et qui remet en question les décisions du Congrès. M. Mestiri démissionne du ministère de l’Intérieur après que des gouverneurs et des fonctionnaires aient été nommés sans son consentement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le passage tumultueux dans l’opposition</h2>



<p>C’est alors&nbsp; l’époque de l’opposition qui commence et qui aboutit en 1978, en pleine crise de l’UGTT, à la fondation du journal <em>Errai</em>. En 1980 c’est l’affaire de Gafsa. Puis en 1981 c’est celle des élections truquées. M. Mestiri et ses amis sont spoliés de leur victoire par Driss Guiga dont il n’évoque jamais le nom. Il est vrai que pour lui l’ennemi, c’est le système, les personnes n’étant que des exécutants. En 1984 ce sont les émeutes du pain, et en 1986 la destitution de Mohamed Mzali.</p>



<p>Entretemps, M. Mestiri a obtenu la reconnaissance de son Parti, le Mouvement des démocrates socialistes, appelé ainsi selon les vœux d’Habib Boularès, ainsi qu’il tiendra à la préciser, sans doute pour ne pas en assumer la responsabilité. Et en effet lui-même tient dès le début&nbsp;à qualifier son opposition de libérale, plus en phase avec ses origines et sa profession, alors que&nbsp;la social démocratie possède une toute autre histoire.</p>



<p>Néanmoins il reçoit&nbsp; les encouragements du Roi Hassan II et de Lionel Jospin, secrétaire général du Parti socialiste français. C’est l’époque d’une certaine libéralisation, le Parti communiste tunisien et quelques autres étant légalisés. L’opposition a pignon sur rue, publie des journaux, mais ne participe pas au pouvoir.</p>



<p>En 1987 a lieu le coup d’Etat médico-légal du Général Ben Ali. M. Mestiri ne désapprouve pas et attend de voir la suite. Il est déçu par la tournure autoritaire du régime nettement en retrait par rapport au Manifeste du 7 Novembre, et alors que les élections se profilent, il décide de ne pas participer. Il quitte alors la vie politique définitivement et met fin à ses activités dans son propre Parti. Sa carrière, quoique fort prestigieuse, se conclut ainsi sur un goût d’inachevé.</p>



<p>Qu’il ait été un homme d’état, nul ne le conteste; le pays garde encore de nombreuses traces bénéfiques de son passage, en particulier le CSP, la tunisification&nbsp;de la justice, de la monnaie, et la nationalisation des biens français. On peut même le qualifier de Grand&nbsp;homme d’État.</p>



<p>Cependant c’est dans le Parti Destourien qu’il fit souvent preuve d’approximation, et il est vrai que la présence de Bourguiba, ainsi que ses origines tunisoises, ne lui rendirent pas les&nbsp; choses faciles, tout comme la présence dans la dissidence de camarades prêts à retourner la veste à la première occasion, comme Béji Caïd Essebsi, ou Dali Jazi.&nbsp;</p>



<p>D’autre part son esprit légaliste et loyal à ses fonctions ne lui fut pas d’une grande aide. Il ne tenta jamais de noyauter les ministères qu’il dirigea par ses partisans, et en dépit des accusations de ses adversaires, il ne participa à aucun complot.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8NOzc7xrNJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/">In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/embed/#?secret=etMqr7W9db#?secret=8NOzc7xrNJ" data-secret="8NOzc7xrNJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Fait étonnant, bien qu’étant le gendre de M. Chenik, il se rangea contre son ancien ministre Salah Ben Youssef dont les prétentions panarabes lui apparaissaient&nbsp;irréalistes et dangereuses. Cependant, quelques côtés de son parcours demeurent contrastés. Ainsi, alors ministre de la Défense, il envoya les étudiants contestataires de Mai 68 accomplir leur service militaire, une mesure perçue par l’opinion publique comme particulièrement dure et qui eut souvent des répercussions sur les études des personnes concernées. Il se justifia plus tard par les nécessités de leur épargner l’incarcération. Il dirigea par ailleurs le ministère de l’Intérieur à une époque où le régime n’était pas un parangon de libéralisme, mais à sa décharge il démissionna parce qu’il n’y eut pas les coudées franches.</p>



<p>Eu égard à cela, sa venue aux vertus de la démocratie fut plutôt tardive. Il y eut donc nécessairement un moment où le cours de sa vie politique bascula d’une extrême à une autre. Les raisons n’y transparaissent pas clairement dans son livre. Peut-être son interlude diplomatique à Moscou, au Caire, à Alger, lui fit-il perdre toutes les illusions qu’il pouvait entretenir sur les vertus du parti unique, ou du pouvoir autoritaire. Sa tentative de démocratiser le parti unique fut tout aussi vaine que plus tard celle de Gorbatchev, qui lui avait les pleins pouvoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une quête demeurée vaine de la démocratie</h2>



<p>On perçoit chez l’auteur une certaine lassitude de la personnalité pesante de Bourguiba, de ses crises autoritaires, de ses sautes d’humeur. Il y aurait eu ainsi une époque où Bourguiba était supportable, une autre où il ne le fut plus, peut être à cause de sa maladie et de son âge. L’âge? Il s’agit visiblement d’un argument à posteriori, après le 7 novembre 1987, dont Béji Caïd&nbsp;Essebsi démontrera&nbsp;plus tard le manque de pertinence en accédant à la présidence à 89 ans. D’ailleurs le Pr Amor Chadli le rejettera en bloc.</p>



<p>Les raisons pour lesquelles M. Mestiri a bien accueilli le coup d’État de Ben Ali, à l’instar de la majorité du peuple tunisien, il faut l’avouer, ne supportent donc pas l’épreuve des faits. Et d’ailleurs il reconnaît s’être trompé sur la question au point de se retirer de la vie politique, et pas après le départ de Ben Ali, ce qui est tout à son honneur. Mis à part cela, un certain nombre de faits importants sont passés sous silence dans son témoignage.</p>



<p>A titre d’exemple, alors que les relations tumultueuses entre l’Algérie et la Tunisie sont développées d’une manière assez exhaustive, jusqu’à l’affaire de Gafsa, et on peut le comprendre venant d’un ancien ambassadeur à Alger, la tentative de coup d’État&nbsp;du colonel Tahar Zbiri contre Houari Boumediene est totalement occultée. C’est d’autant plus étonnant lorsque le chef des putschistes se réfugie en Tunisie. M. Mestiri ne pouvait donc pas tout simplement l’ignorer. Est-ce une nouvelle preuve de la méconnaissance des affaires de nos voisins, ou les nécessités du devoir de réserve?&nbsp;</p>



<p>La politique algérienne de la Tunisie apparaît autant&nbsp;&nbsp;comme une succession&nbsp; de mauvais calculs sur les rapports de forces y prévalant, d’imprévoyances, et même de malentendus quand des maquisards algériens sont soupçonnés d’avoir assassiné le militant destourien Houcine Bouzayane. Et les lubies de Bourguiba concernant la borne 233 ne peuvent pas tout expliquer.</p>



<p>Un autre sujet d’étonnement&nbsp;est évidemment les prises de positions relativement au parti islamiste Ennahdha, et immanquablement, le processus démocratique interrompu chez nos voisins de l’Ouest par l’armée, et y ayant marqué le début de la décennie noire. On peut concevoir que l’armée algérienne soit&nbsp;&nbsp;intervenue pour éviter de se voir écarter du pouvoir, tout comme le fera plus tard l’armée égyptienne. Mais si elle ne l’avait pas fait, que serait-il advenu aujourd’hui, alors que la sédition kabyle pointe?</p>



<p>Néanmoins, ainsi que le démontre l’Histoire du Liban, cette démocratie des communautés religieuses, ou l’exemple du printemps arabe, la contestation de l’ordre établi quelle qu’en&nbsp;soit la raison aboutit souvent à l’implosion des États, et l’instauration de la <em>«liberté»</em> à leur morcellement. Les cas de la Syrie, de l’Irak, de la Libye, devraient à cet effet pousser à une réflexion salutaire sur la relation parfois conflictuelle entre démocratie et raison d’état dans nos pays.</p>



<p>L’auteur a salué l’arrivée du Printemps Arabe en Tunisie, qui semblait consacrer le triomphe&nbsp;définitif de ses idées. Malheureusement, il en a été maintenu soigneusement à l’écart par Béji Caïd Essebsi qui avait été son camarade dans la dissidence destourienne avant de faire partie du groupe du journal <em>Errai</em>, ainsi qu’il avait été pudiquement qualifié pour taire la réalité d’une partie de l’opposition <em>«démocrate»</em> toujours prête à se compromettre contre une participation à quelque pouvoir que ce soit.</p>



<p>On ne connaîtra malheureusement pas l’opinion définitive de l’auteur sur le bilan de l’expérience<em> «démocratique»</em> en Tunisie, et la responsabilité de Béji Caïd Essebsi allié à Rached Ghannouchi dans le dérapage du processus. L’alliance avec les islamistes avait&nbsp;nettement été détournée à leur profit par ces derniers, démontrant l’inanité de la domestication par la pratique démocratique du terrorisme et de ceux dont l’objectif primordial ne peut jamais être autre que l’application de la chariâa.</p>



<p>Il est vrai que l’auteur reconnaît l’apport du texte religieux dans la législation, en interdisant ce qui est licite, et selon lui en ne permettant jamais l’illicite, ce que la législation sur les spiritueux contredit aisément. Mais peut-être se limitait-il par cet argument au seul CSP. Ce faisant l’auteur se révèle politiquement conservateur en accord avec ses origines sociales ainsi que les liens de sa famille avec le premier Destour de Abdelaziz Thaalbi. Cela peut expliquer sa tolérance du parti Ennahdha&nbsp;et sa relativisation du fait islamiste.</p>



<p>Pour conclure, la forte personnalité de Ahmed Mestiri ne pouvait se satisfaire de jouer éternellement&nbsp;les seconds rôles derrière Bourguiba.&nbsp;Le despotisme ambiant l’a sans doute égaré vers la quête demeurée vaine de la démocratie,&nbsp;mais cela valait encore mieux que les joutes de succession que d’autres ont choisi de livrer sans aucune considération pour les intérêts du pays. L’histoire reconnaîtra son rôle immense dans la fondation de l’État de l’Indépendance, mais&nbsp; le destin demeurera injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><em>« <strong>Témoignage pour l&rsquo;histoire</strong></em><strong><em>« , de Ahmed Mastiri, Sud Editions, Tunis, 1er janvier 2023.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>La seconde affaire Gueni : l’alibi  </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 15 Oct 2024 12:13:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’intérêt bien compris de Donia Gueni exige d’abord que le verdict dont elle fait l’objet en Algérie soit ramené à ses justes proportions. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’intérêt bien compris de Donia Gueni n’est pas dans la surenchère politicienne et faussement nationaliste. Il exige d’abord que le verdict dont elle fait l’objet en Algérie soit ramené à ses justes proportions, afin qu’elle bénéficie PAR LES VOIES LÉGALES d’une remise de peine ou d’un acquittement qui lui permettraient de regagner son pays et de retrouver sa famille dans les délais les plus brefs.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-14224395"></span>



<p>Il y a eu la première affaire Gueni, qui a mis en évidence l’impréparation de beaucoup de touristes tunisiens débarquant&nbsp;dans des pays étrangers sans rien en connaître et incapables de résoudre les problèmes qu’ils pourraient y affronter d’une manière cohérente, respectueuse des lois en vigueur. Il n’y a en vérité pas que les touristes pour ignorer les conditions de leur pays d’accueil; les fournisseurs de produits pharmaceutiques et de stents ne font pas mieux. En 2006, 80 cardiologues tunisiens avaient bénéficié d’une prise en charge à Beyrouth et étaient rentrés par le plus grand des hasards trois jours avant le début de l’attaque israélienne et de la guerre des 33 jours.&nbsp;</p>



<p>Il y a eu aussi les maladresses commises sur le plan médiatique par certains de ceux&nbsp;dont le devoir et la mission sont d’assurer aux citoyens à l’étranger l’assistance nécessaire, hypothéquant ainsi les possibilités de les sauver des situations pénibles où ils peuvent se trouver, avec le moins de dégâts possibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Dangereux shopping </h2>



<p>Cela me rappelle quand d’aucuns débarquaient à Palerme dans les années 80-90 pour faire du shopping, alors que la ville était transformée en champ de bataille entre les familles de la mafia. Interrogés sur les éventuels dangers de l’entreprise, ces compatriotes, souvent des nobles dames allant constituer leur trousseau de mariage (c’était des temps prospères), répondaient que n’ayant rien à y voir, elles ne s’estimaient&nbsp;pas menacées.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wc1aEC1zvu"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/11/laffaire-donia-gueni-la-debacle/">L’affaire Donia Gueni : La débâcle!</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’affaire Donia Gueni : La débâcle! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/11/laffaire-donia-gueni-la-debacle/embed/#?secret=PaPVBAvrqo#?secret=wc1aEC1zvu" data-secret="wc1aEC1zvu" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Il y a désormais une seconde affaire Gueni, celle dont la responsabilité n’incombe nullement à celle qui en est la victime, dont mais certains, que je suis bien obligé de qualifier d’irresponsables, tentent de tirer profit pour situer son&nbsp;arrestation dans le cadre de l’affrontement tout à fait chimérique avec un pays voisin, censé nous annexer et nous occuper.</p>



<p>Il est ici tout à fait inutile de rappeler les liens géographiques et historiques établis entre des Etats voisins unis de surcroît par la langue et la religion, puisque le terme <em>«fraternel»</em> est devenu pour ces mêmes personnes le symbole d’une aliénation insupportable, et même d’une&nbsp;trahison envers la cause nationale.</p>



<p>Cette mauvaise foi n’a d’égale que celle affichée par ce président [Ahmed Ben Bella, Ndlr] qui se voulait révolutionnaire et qui pour avoir passé la moitié de la guerre d’indépendance dans les geôles françaises, et l’autre moitié dans un autre pays <em>«frère»,</em> fer de lance du panarabisme, n’en déclarait pas moins devant l’ambassadeur de Tunisie, au début des années 60 [Ahmed Mestiri, Ndlr], que seul ce pays <em>«frère»</em> là, chantre du panarabisme, avait aidé le sien lors de la lutte de libération nationale, et que les autres, autrement dit les voisins de l’Est et de l’Ouest, où ses combattants avaient stationné, reçu des armes et de l’argent, s’étaient ressourcés pour repartir à l’assaut, ces voisins n’étaient pour ce président là que des menteurs, en prétendant avoir aidé son pays dans sa guerre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une certaine forme de solidarité</h2>



<p>Il y a beaucoup de choses qu’on peut reprocher à ses voisins, mais on ne les choisit pas, ainsi que le disait le président Bourguiba. Et même après l’attaque contre une ville d’une région minière [Gafsa, menée par un commando tunisien venu d&rsquo;Algérie, Ndlr] ou bien la découverte d’un complot militaire, il convient de se rappeler qu’en 1983, lorsqu’il avait été hospitalisé et qu’il sentait que le destin de son pays pouvait avec sa propre disparition basculer dans l’inconnu, quel président d’un pays voisin [Algérie, Ndlr] était venu lui rendre visite [Chedly Bendjedid, Ndlr], et quel traité&nbsp;de fraternité et de concorde avait été signé, et qui à ma connaissance n’a jamais été invalidé.</p>



<p>Il convient de se souvenir également d’où était venue l’assistance lorsque notre pays pour différentes raisons avait eu des difficultés d’approvisionnement en énergie. Ce pays-là avait fourni une assistance substantielle en gaz au Liban, une véritable bouffée d’oxygène, lorsqu’il s’était écroulé économiquement.</p>



<p>D’aucuns argueront que notre pays, la Tunisie, n’a rien à y voir. Cela témoigne néanmoins sinon d’un souci d’aider&nbsp;les autres Etats&nbsp;arabes, du moins d’une volonté de les empêcher de les s’écrouler, qui même obéissant au souci de rompre la dynamique du pacte d’Abraham, n’en démontre pas moins une volonté de respecter une certaine forme de solidarité face à la prépondérance sioniste.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="6xYSniHVyZ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/14/le-calvaire-algerien-de-donia-gueni-et-les-agents-subreptices-de-letranger/">Le calvaire algérien de Donia Gueni et les «agents subreptices de l’étranger»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le calvaire algérien de Donia Gueni et les «agents subreptices de l’étranger» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/14/le-calvaire-algerien-de-donia-gueni-et-les-agents-subreptices-de-letranger/embed/#?secret=yfzlDuHxOa#?secret=6xYSniHVyZ" data-secret="6xYSniHVyZ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Il ne faut pas oublier qu’Israël encourage ouvertement la sédition berbère, parce qu’il est de son intérêt d’affaiblir les Etats&nbsp;arabes, dans leur intégrité territoriale, et dans leur homogénéité culturelle.&nbsp;Mais <em>«fraternels»</em>&nbsp;ou pas, les relations de voisinage acquièrent de toute évidence pour la Tunisie une importance fondamentale mettant en jeu ses intérêts nationaux les plus urgents. On comprend donc le souci du président Saïed de les consolider, d’autant que, on le veuille ou non, il suffit de se rendre à Sousse, même en plein mois d’Octobre, pour en réaliser l’impact économique sur le tourisme.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le nœud du problème</h2>



<p>On en arrive ainsi au nœud du problème. D’aucuns contestent à Kaïs&nbsp;Saïed la pertinence de ses choix politiques et économiques, et d’une manière plus générale sa gestion autoritaire de l’Etat. Ils ont peut-être leurs raisons. Mais lorsqu’ils en arrivent à confondre la situation politique interne de la Tunisie, dont ils désirent le changement, avec les relations extérieures du pays, ils commettent à mon avis une erreur lourde de conséquences, en enfourchant un cheval de bataille galopant vers l’inconnu, dont la première à pâtir est celle dont la condamnation, sévère ou pas, injuste ou non, sert d’alibi à l’expression d’une opposition politique interne.</p>



<p>Quand un tunisien est injustement emprisonné en France, parfois tué, rares sont ceux qui clament que la Tunisie ne doit pas devenir un protectorat français. Quand une Tunisienne y est violée, l’évènement&nbsp;est souvent carrément passé sous silence dans notre pays, seule la presse locale en fait généralement état,&nbsp;pour dire souvent que dans nos communautés, cela fait partie de la condition féminine, justement&nbsp;le même argument attribué à tort ou à raison à Mme Gueni sur ses hôtes dans les réseaux sociaux.</p>



<p>Quant aux remarques sur les toilettes turques, pour démontrer le caractère fruste de nos voisins, outre le caractère&nbsp;plus sain de ces cuvettes évitant les risques de contagion, ces remarques ne font pas avancer la cause de la détenue, loin de là. On voit donc dans quel registre les soi-disant partisans de Mme Gueni puisent, celui de l’extrême droite sioniste de Geert Wilders et Eric Zemmour. L’intérêt bien compris de Mme Gueni exige d’abord que le verdict dont elle fait l’objet soit ramené à ses justes proportions, afin qu’elle bénéficie PAR LES VOIES LÉGALES d’une remise de peine ou d’un acquittement qui lui permettraient de regagner son pays et de retrouver sa famille dans les délais les plus brefs.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="v4fDy3IllF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/15/la-tunisie-et-ses-voisins-je-taime-moi-non-plus/">La Tunisie et ses voisins : Je t’aime, moi non plus !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie et ses voisins : Je t’aime, moi non plus ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/15/la-tunisie-et-ses-voisins-je-taime-moi-non-plus/embed/#?secret=rEvIVOz7BE#?secret=v4fDy3IllF" data-secret="v4fDy3IllF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Tunisie : ces ministres éphémères, ces fleurs fanées</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/27/tunisie-ces-ministres-ephemeres-ces-fleurs-fanees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Aug 2024 07:26:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Mestiri]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Maâla]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Sayah]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[remaniement ministériel]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le large remaniement ministériel en Tunisie d’avant-hier a fait les affaires des fleuristes de la place.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/27/tunisie-ces-ministres-ephemeres-ces-fleurs-fanees/">Tunisie : ces ministres éphémères, ces fleurs fanées</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En Tunisie et depuis 2011, presque un millier ministres ont été nommés (un millier de bouquets de fleurs fanés), mais sans la carrure, ni l’étoffe de leader qui va avec. Sans résultats évidemment.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari </strong>*</p>



<span id="more-13870851"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure></div>


<p>Le large <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/25/remaniement-ministeriel-liste-des-nouveaux-ministres-et-secretaires-detat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">remaniement ministériel</a> en Tunisie d’avant-hier a fait les affaires des fleuristes de la place. De toutes les couleurs: les roses, les rouges, les blanches, les piquantes et même les puantes. Alors que le budget de l’Etat est exsangue, ce rituel d’échanges de bouquets de fleurs est grossier, plein de non-sens et de mascarades liées. Cela ne parle pas aux Tunisiens frappés par la crise. Pourquoi…</p>



<p>Dans la culture tunisienne, on manifeste notre courtoisie autour d’un thé à la menthe, des gâteaux, et pourquoi pas quelques bouquets discrets en jasmin de circonstance.</p>



<p>Pour les gens de ma génération, on a appris à rester discret, et raffiné pour jouer ce jeu grossier, dans un contexte où le ministre sortant est quasiment congédié avec mention Echec, et que le ministre rentrant tremble des pieds à la tête, ne sachant pas ce qui l’attend.</p>



<p>Les 19 ministres sortants sont mis à la porte comme un rien, sans justificatif, sans vote du parlement, rien de chez rien.</p>



<p>Ils quittent leur bureau ministériel, ils abandonnent leur limousine, leurs gardes du corps, sans oser prendre la parole, pour signifier, verbaliser publiquement des émotions, des impressions pour remercier leur personnel, leurs collaborateurs ou proches conseillers. C’est fini, tu dégages, et tu te fais discret… compris?</p>



<p>Les ministres rentrants affichent un sourire jaune, inquiet ! Content pour leur CV (et pouvoir pour un temps) mais pas certain pour la carrière et le très probable licenciement dans le futur très proche. Toujours avec mention Echec anticipé avec certitude, tant que le président n’ose pas – coût social oblige – introduire les ajustements douloureux, avec les coupures, la réduction des gaspillages, entre autres!</p>



<p>Prenons des exemples: la ministre de l’Economie et de la Planification a fait chou blanc, la pauvre est licenciée sans management. C&rsquo;est à peine si on ne l’a pas accusée de complicité avec les lobbyistes et l’establishment… les lobbyistes des banques et des rentiers. Elle est le 5<sup>e</sup> ministre de l’Economie depuis 2019. Elle a pris sa part dans l’accumulation de la dette, faute de mieux!</p>



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<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870968" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870968" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Feryel-Ouerghi-Samir-Abdelhafidh.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870963" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870963" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Nabil-Ammar-Mohamed-Ali-Nafri.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" data-id="13870962" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-13870962" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/08/Ministres-bouquet-de-fkeurs.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
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<p>Les pays est en crise profonde! De grâce, Arrêtons ce cirque de fleurs et de sourires jaunes&nbsp;! On a besoin de discours, de bilans, de signaux qui procurent de l’humanisme et de la confiance aux communs des mortels.</p>



<p>On a besoin de transparence, de bilan et de chiffres.</p>



<p>Les Tunisiens ne sont pas naïfs et sont encore moins imbéciles pour prendre argent comptant &nbsp;la rhétorique politique, et ces photos artificielles de passation de pouvoir, dans la joie et la bonne entente.</p>



<p>Des ministres qui se respectent doivent avoir le courage de dire quelques mots, expliquer leurs échecs, souligner leurs bons coups, avouer ce qui reste à faire.</p>



<p>Un ministre n’est pas une serviette jetable à gré. Il n’est pas un figurant qui joue le jeu de ses maîtres, sans bouger le petit doigt.</p>



<p>Un ministre ne doit pas fermer sa gueule; il est un haut responsable de l’Etat. Il n’est pas un clone copié collé. Il n’est pas un rien incolore et inodore. Il est redevable d’abord face aux citoyens payeurs de taxes.</p>



<p>Être ministre cela se mérite, et cela s’assume. Être ministre, c’est aussi avoir une colonne vertébrale qui tient les chocs. Pas de place pour les invertébrés, dans ces niveaux de responsabilité.</p>



<p>Les ministres méritent le respect. Ils ne sont pas des marionnettes, ou des enfants dans jeu de toboggan et où comme sur un carrousel de bagages dans un aéroport, on fait descendre certains et on les remplace par d’autres.</p>



<p>En Tunisie, tout indique que le métier de ministre n’est plus ce qu’il était. Pensez à Mansour Maâla, Ahmed Ben Salah, Mohamed Sayah, Ahmed Mestiri, tous des compétences, et ayant un franc parler, ayant marqué l’histoire.</p>



<p>En Tunisie et depuis 2011, presque un millier ministres ont été nommés (un millier de bouquets de fleurs), mais sans la carrure, ni l’étoffe de leader qui va avec. Sans résultats évidemment.</p>



<p>Pensez-y… les fleures ne changent rien au manque de personnalité, à l’absence de vision ou de compétences! Les fleurs ne changent rien aux perceptions que le citoyen a de ces élites qui ne font qu’endetter le pays, l’appauvrir, l’abaisser dans le concert des nations.</p>



<p>La Tunisie mérite mieux, des hommes et des femmes qui servent leur pays principalement, et pas ceux de leur mandant au sommet de l’Etat, ou dans les antichambres du pouvoir. Des hommes et des femmes qui disent les 4 vérités à leurs concitoyens…les yeux dans les yeux!</p>



<p>* <em>Economiste universitaire, Canada.</em></p>



<p><strong><em>Blog de l’auteur : </em></strong><a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/?__cft__%5b0%5d=AZW3jnrTejDhfUuRtiJgpX_IsfV3ZfFyK2keDHKtYJKAMwwoxiMB1uc_X9DEzUL4bUYFUq5GXWp7jvV3AOYQ05auoms2SV6eErXu8lrTDNFu49e_gPKxcvFkZ2EAytzd0Rhl8mgFPtD97qKWRRm4RwOxKgZr8xy0XEuPi05zMG6HkA&amp;__tn__=-UK-R">Economics for Tunisia, E4T</a></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TdUtd8IAMj"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/26/tunisie-les-gouvernements-se-suivent-et-se-ressemblent/">Tunisie : les gouvernements se suivent et se ressemblent</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : les gouvernements se suivent et se ressemblent » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/26/tunisie-les-gouvernements-se-suivent-et-se-ressemblent/embed/#?secret=PD4mgpvj3z#?secret=TdUtd8IAMj" data-secret="TdUtd8IAMj" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>Hassib Ben Ammar et le combat pour les libertés et la démocratie en Tunisie</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/05/31/hassib-ben-ammar-et-le-combat-pour-les-libertes-et-la-democratie-en-tunisie/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 31 May 2024 09:31:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Neïla Haddad]]></category>
		<category><![CDATA[Radhia Haddad]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à Hassib Ben Ammar qui, dans les années 1970-1980, a rompu ses liens avec le pouvoir autocratique de Habib Bourguiba et fut l’un des plus fervents militants pour les libertés et les droits de l’homme en Tunisie</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Neila Haddad, fille de feu Radhia Haddad, ancienne présidente de l’Union nationale des femmes tunisiennes (UNFT), et nièce de Hassib Ben Ammar, ancien ministre de la Défense, ancien maire de Tunis et co-fondateur, avec Dr Saadoun Zmerli, de la Ligue tunisienne de défense de droits de l’homme (LTDH) a écrit un ouvrage sur le parcours de son oncle maternel et son combat pour les libertés et la démocratie en Tunisie.</em></strong> <em>(Illustration: Hassib Ben Ammar et Radhia Haddad en 1969)</em></p>



<span id="more-13045616"></span>



<p>L’ouvrage intitulé <em>‘‘Le combat pour les libertés. De l’indépendance… à la démocratie’’</em>, qu’elle a édité à compte d’auteur, cherche à rendre hommage à Hassib Ben Ammar qui, dans les années 1970-1980, a rompu ses liens avec le pouvoir autocratique de Habib Bourguiba et fut l’un des plus fervents militants pour les libertés et les droits de l’homme en Tunisie, aux côtés d’autres anciens militants pour l’indépendance et membres du Néo-Destour, le parti au pouvoir de l’époque, dont feu Ahmed Mestiri et feue Radhia Haddad.</p>



<p>Neila Haddad présentera son livre lors d’une rencontre le 10 juin 2024, à la librairie Al-Kitab à Mutuelleville, Tunis, aux côtés de deux anciens compagnons de lutte de Hassib Ben Ammar : Ismaïl Boulahia et Hammouda Ben Slama, qui témoigneront, à l&rsquo;occasion et apporteront des éclairages sur l&rsquo;action politique de celui qui fut l&rsquo;un des principaux éclaireurs de la voie devant des générations de militants démocrates en Tunisie et dans le monde. </p>



<p>Un parcours exemplaire et un destin semé d&#8217;embuches qui mérite d&rsquo;être mieux connu des jeunes générations.   </p>



<p class="has-text-align-right"><strong>I. B.</strong> </p>
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		<item>
		<title>‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Mar 2024 07:35:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
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		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Belkhodja]]></category>
		<category><![CDATA[Wassila Bourgiba]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre Bourguiba, il demeure opportun de lui rendre justice pour avoir créé un Etat qui a tenu la route. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/">‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Ce livre du grand commis de l’Etat tunisien qu’a été incontestablement Tahar Belkhodja a le mérite de fixer la mémoire des ou d’événements importants qui ont émaillé l’ère Bourguiba et de révéler le fonctionnement du pouvoir de l’époque vu de l’intérieur par l’un de ses acteurs situé aux premières loges. C’est dire l’importance du document.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-11852296"></span>



<p>Inévitablement, si la réalité des faits décrits ne souffre en règle aucune discussion, on ne sera pas forcément d’accord sur l’interprétation qui en est faite. Mais on n’en fera aucun reproche à l’auteur, acteur engagé dont le livre a de surcroît été publié durant l’époque de Ben Ali, douze années après la chute de Bourguiba. C’est dire que l’ouvrage obéissait à des nécessités politiques autres que celle de l’époque traitée. Ce n’est donc pas un hasard si le Bourguiba qu’on y découvre, n’est pas du tout&nbsp;celui que le public de son pays avait eu l’habitude de percevoir à travers la radio et la télévision, un homme infaillible sachant vers quelle brillante destinée il conduisait son pays. Tout au contraire, on était en présence d’un président soumis le plus souvent à l’influence de son entourage dont au mieux de sa forme il étudiait les idées pour ne retenir que celles qui lui paraissaient les plus pertinentes, tout en se les appropriant.</p>



<p>Naturellement l’auteur s’est attribué une responsabilité non négligeable dans des décisions bénéfiques prises par son président, à des moments cruciaux et cela indépendamment du rôle qu’il a prétendu avoir joué dans les entretiens de Rambouillet puis dans la crise de Bizerte dont il semble avoir rejeté la responsabilité&nbsp;d’une manière partagée sur Bourguiba et De Gaulle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une grande habileté politique à l’œuvre</h2>



<p>En réalité, Bourguiba était d’autant plus dans son droit d’exiger l’évacuation d’une partie de son pays encore occupée, que ses opposants, à commencer par Salah Ben Youssef, s’en servaient pour le vilipender en tant qu’agent de la France. Le problème est que De Gaulle au moment d’évacuer l’Algérie a trouvé à Bizerte un exutoire à l’amertume de l’armée française  qui s’était rebellée quelques mois auparavant.</p>



<p>Pour aborder un autre sujet impliquant l’auteur, en l’occurrence la fin de l’expérience collectiviste et la chute de Ahmed Ben Salah en 1969, leur nécessité se serait imposée lors d’un voyage de Bourguiba en Afrique de l’Ouest en 1966 et la révélation au Sénégal du différend qui faillit connaître un prolongement dramatique entre le président Senghor et son premier ministre Mamadou Dia au sujet de la politique socialiste suivie.</p>



<p>On a peine à croire, connaissant Bourguiba, que les pays africains de la zone CFA eussent pu constituer une source d’inspiration pour lui, même par le biais d’un ambassadeur hostile au socialisme. En réalité, il comprit qu’il pourrait compter sur ce dernier pour rogner sur les pouvoirs de son super ministre Ahmed Ben Salah, avant de le réduire. Tahar Belkhoja après avoir été rappelé de Dakar pour se voir confier l’inspection générale des entreprises de l’Etat puis la direction de la sûreté nationale, fut celui qui se procura le fameux rapport européen révélant l’état calamiteux de l’économie et des finances tunisiennes et démentant toutes les données statistiques sur la réussite de l’expérience socialiste fournies par son promoteur; il joua ainsi un rôle décisif dans sa déchéance.</p>



<p>Cela esquisse évidemment un tableau différent des motivations ayant poussé Bourguiba à mener le pays sur la voie du socialisme. En réalité, beaucoup de leaders issus de la décolonisation s’y sont engagés plus ou moins à commencer par le plus anglophile parmi tous, Nehru.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="f8RHbfVL2P"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/">Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’ » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/embed/#?secret=VhMeApE1HA#?secret=f8RHbfVL2P" data-secret="f8RHbfVL2P" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Bourguiba avait toutes les raisons de chausser les bottes de Tito, le président yougoslave, promoteur d’un socialisme national, afin de couper l’herbe sous les pieds des unionistes arabes de Nasser et du Baath dont la devise était <em>«Liberté, socialisme, union»</em>, de ne pas donner à l’Algérie socialiste prétexte à empiètement, de neutraliser les groupes gauchisants locaux tels celui de <em>«Perspectives»</em>, et surtout de garder sous contrôle le syndicat UGTT dont on préférait le voir confier au rugueux mais&nbsp; limité Habib Achour qu’à <em>«l’intellectuel»</em> Ahmed Ben Salah, nettement plus dangereux.</p>



<p>Or après la guerre de Juin 1967 et l’implosion de l’idéologie panarabiste, suivie en 1968, en Tchécoslovaquie, par la tentative d’instaurer un socialisme humain, écrasée par les chars soviétiques, la sortie du socialisme était devenue certainement une nécessité autant aux yeux de Bourguiba que ceux de Ahmed Mestiri, ce dernier se voyant probablement jouer le rôle d’un Alexander Dubcek, le leader communiste tchécoslovaque, dans la démocratisation du régime. On a vu ce qu’il en fut finalement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;homme de Bourguiba, et de Wassila</h2>



<p>Tout cela a simplement été détaillé pour démontrer que là où Bourguiba était perçu par l’auteur du livre comme un leader prisonnier de son entourage et ne&nbsp;sachant pas ce qu’il voulait, il y avait en réalité une grande habileté politique à l’œuvre, manipulant autant les collaborateurs ambitionnant à lui succéder que leurs opposants, les jouant les uns contre les autres pour finalement s’en débarrasser.</p>



<p>Plus encore, Bourguiba réussit à semer la discorde entre les pays voisins hégémonistes, plus riches et plus puissants, en accordant à l’un ce qu’il refusait à l’autre, l’union, puis en y renonçant, et plus que tout, en en rejetant la responsabilité sur la guerre de succession, dont bon an mal an, l’auteur fut un participant, et semble-t-il pas à son corps défendant.&nbsp;</p>



<p>Il est à cet égard curieux que lors de la fuite de prison d’Ahmed Ben Salah, qu’il fut le premier à apprendre à Genève alors qu’il y était ambassadeur, son premier reflexe fût d’en prévenir&#8230; Wassila, la femme du Président. Tahar Belkhodja fut-il un homme de la <em>«présidente»</em>? Cela importe peu ! Bourguiba en réalité se partageait les rôles avec Wassila, et là où il fut le Yin, elle fut le Yang. Et ce n’est pas un hasard si sa chute survint&nbsp;lorsqu’il ne l’eût plus auprès de lui pour lui faire toucher terre. Si donc Tahar Belkhoja fut un homme à Wassila, il fut aussi à son insu celui de Bourguiba.</p>



<p>Une autre énigme demeure relativement au voyage privé de l’auteur à Nice en décembre 1977 alors que le conflit avec le syndicat s’aggravait, donnant ainsi l’opportunité à Hédi Nouira de le destituer<em> «in absentia»</em> avec l’accord inévitable de Bourguiba. On crut qu’il s’était enfui mais il revint immédiatement pour s’expliquer; en vain !&nbsp;Et si encore on pouvait entretenir un doute raisonnable sur les motivations du Premier ministre se débarrassant de son ministre de l’Intérieur d’une manière si peu cavalière, la démission en cascade de ses collègues en signe de solidarité démontrèrent où se situait leur véritable allégeance, à un moment crucial pour le pays.</p>



<p>On veut bien croire que les professions de foi de Belkhodja en faveur d’une libéralisation et d’une démocratisation du régime ainsi que de la recherche d’une solution pacifique au conflit avec le syndicat fussent sincères. Dans ces conditions, en accord avec lui-même et ses convictions, il eût été plus opportun qu’il démissionnât de lui-même ainsi que l’avait fait Ahmed Mestiri. Quelques années après, il revint en tant que ministre sans que le régime n’eût démontré aucune velléité de libéralisation politique. Ainsi M. Belkhodja fut ce libéral démocrate qui à ses risques et périls ne servit jamais dans des gouvernements en accord avec ses propres convictions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une œuvre qui a résisté au temps</h2>



<p>En conclusion, l’un des grands mérites du livre est peut être inconsciemment d’avoir fourni une explication logique à l’union tuniso-libyenne de Djerba d’octobre 1974, attribuée à un coup de folie d’un leader sur le déclin, alors qu’en réalité le sommet tuniso-algérien du Kef de février 1973 la justifiait&nbsp; pleinement.</p>



<p>Si l’auteur fut un homme important dépositaire de nombreux secrets, souvent <em>«dans le coup»</em> comme on dit trivialement, et qui rendit certainement des services éminents à son pays, le fait qu’il eût été<em> «dans la politique»</em> n’implique nullement qu’il fût un homme politique en dépit des hautes responsabilités qui lui furent confiées. Il subit en effet plus souvent les décisions qu’il ne les prît. Il ne semble par&nbsp;ailleurs pas avoir pris la pleine mesure des événements dont il fut l’acteur ou le témoin, mais c’est là affaire d’appréciation personnelle. Et il se perdit parfois dans des détails inutiles; il importe en effet peu que Bourguiba ait appris l’équitation chez Edgar Faure avant le 1<sup>er</sup> juin 1955 pour rééditer en mieux le retour du Cheikh Abdelaziz Thaalbi, que, obsédé par l’éternité, il ait désiré connaître les secrets de l’embaumement de la momie de Lénine chez les Soviétiques, ou qu’il soit allé en Turquie pleurer sur le tombeau de Hannibal et exiger le transfert de ses cendres en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F5n4x7AoCy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/">‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/embed/#?secret=A26Ufx4I2z#?secret=F5n4x7AoCy" data-secret="F5n4x7AoCy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre l’ancien président tunisien, il demeure opportun de lui rendre justice: l’Etat qu’il a créé en se servant alternativement ou simultanément des ambitions égoïstes de ses amis et de ses ennemis&nbsp;a résisté après lui au temps en affrontant avec succès l’ouragan du Printemps Arabe alors que les projets politiques concurrents se sont révélés n’être que d’éphémères châteaux de cartes balayés par les vents de l’Histoire. Parmi tous, il demeure celui qui en voyant loin et juste aura su préserver le peuple de son pays des aventures sans retour.<em></em></p>



<p><em>‘<strong>‘Les trois décennies Bourguiba’’, de Tahar Belkhodja, éditions Arcantères &#8211; Publisud, Paris 1998, 286 pages. </strong></em></p>
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		<title>Tunisie : Kaïs Saïed, fossoyeur ou réformateur de la démocratie (3/3)</title>
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		<pubDate>Sun, 13 Feb 2022 08:11:14 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>On reprochait au président Ben Ali sa démocratie de «décor», dix ans après son départ, nous avons enfanté une démocratie de palabres télévisuelles. Sorti des urnes et des studios de télévision, c’est un autre monde. Quelle impuissance démocratique&#160;! La crise actuelle que connaît notre pays est loin d’être entre le président Kaïs Saïed et l’establishment...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/02/Kais-Saied-Encre-electorale.jpg" alt="" class="wp-image-380563"/><figcaption><em>La Tunisie ne pourra plus jamais revenir à une forme rétrograde d&rsquo;accès au pouvoir sans élections libres et transparentes.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>On reprochait au président Ben Ali sa démocratie de «décor», dix ans après son départ, nous avons enfanté une démocratie de palabres télévisuelles. Sorti des urnes et des studios de télévision, c’est un autre monde. Quelle impuissance démocratique&nbsp;! La crise actuelle que connaît notre pays est loin d’être entre le président Kaïs Saïed et l’establishment post révolutionnaire, elle est directement liée à cet instant révolutionnaire&nbsp;: dix ans après la fin de Ben Ali, qu’avons-nous fait de notre pays? Qu’avons-nous fait de notre démocratie? Où se situe l’erreur? Les bonnes intentions des pères fondateurs de notre démocratie sont réelles, mais les résultats sont évidents: un pouvoir grippé et un pays en dérive.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Mehdi Jendoubi</strong> *</p>



<span id="more-380562"></span>



<h2 class="wp-block-heading">3- Kaïs Saïed dit et fait ce que d’autres revendiquent depuis des années</h2>



<p>C’est aussi un autre mal de notre démocratie, en plus d’être inefficace, elle est budgétivore. Elle a beurré les assiettes de ceux qui ont déjà un salaire, au lieu de donner un salaire à ceux qui n’en avaient pas. Oui la fameuse Karama/dignité, citée comme un des <em>«objectifs de la révolution»</em> et ajoutée à la devise de la République, passe par le salaire/revenu à tout citoyen en âge de travailler.</p>



<p>Oui notre constitution de 2014 a proclamé un droit à la vie digne. Relisez ses multiples articles sociaux du chapitre deux&nbsp;: Droits et libertés. Pourquoi la démocratie serait-elle menacée quand on touche aux prébendes de la caste démocratique constituée des nombreux postes de fonctionnaires de la démocratie créés par l’avalanche institutionnelle des années 2011, et ne le serait-elle pas quand les droits sociaux proclamés par la constitution restent inconnus d’une partie non négligeable de citoyens, galvaudés de promesses électorales non tenues par tous tout le long d’une décennie fascinante sur le plan purement intellectuel et politique, mais très difficile pour ceux qui ont des enfants à nourrir et à éduquer?</p>



<p>Si, honorables ambassadeurs, vous ne croyez pas à ce que vous écriviez dans votre déclaration <em>«punitive»</em>, car si vous aviez déjà diagnostiqué bien avant l’arrivée sur la scène politique de M. Saïed, l’impasse démocratique de notre pays, je serais plus rassuré. Cela ne fera qu’ajouter un papier aux multiples papiers incantatoires censés guérir notre démocratie.</p>



<p>C’est à cette démocratie impuissante et inefficace que s’attaque le président Kais Saied récemment venu sur la scène politique tunisienne, et devenu, conjoncturellement, acteur principal de son destin. Ceux qui le critiquent sont ceux qui n’ont cessé de dénoncer depuis des années le tourisme parlementaire, ceux qui parlaient régulièrement de <em>«tardhil»</em> (rabaissement) du parlement et plus généralement de la politique, ceux qui à chaque déclaration dénonçaient les <em>«knatria»</em> (contrebandiers) devenus parlementaires, et les abus du statut d’immunité parlementaire conçu pour protéger les députés dans leurs activités publiques et non pour couvrir leurs erreurs ou égarements de simples citoyens, et certains même ont écrit noir sur blanc qu’il fallait descendre l’armée dans les rues et mettre en prison les <em>«hommes politiques corrompus»</em>.</p>



<p>Nous avons tous rendu exécrable la démocratie aux yeux des Tunisiens, et quand le président Kais Saied s’attaque à ce pot-pourri démocratique, nous crions: <em>«notre démocratie est menacée»</em>, et nous pleurons avec des larmes de crocodile, ce que nous n’avons jamais cessé, mois après mois, année après année, de dénoncer. De grâce, reprenez les vidéos et relisez la littérature politique du débat public tunisien. Allez comprendre quelque chose à ces retournements.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tous responsables de ce que nous dénonçons à longueur de journée</h2>



<p>Les temps sont difficiles pour nous tous, fils de ce pays et amis étrangers <em>«soucieux de notre sécurité et de notre stabilité»</em>, car nous sommes dans leur espace géostratégique, et ce qui se passe chez nous peut les impacter.</p>



<p>Pourquoi cet échec politique endémique en Tunisie&nbsp;? Pourtant nous réussissons bien dans d’autres sujets de créativité culturelle. Nous avons du beau cinéma, un théâtre d’avant-garde et des acteurs toutes catégories de haut niveau, des courants littéraires dynamiques, des livres de haute tenue dans différents domaines.</p>



<p>C’est le débat politique public, l’action des acteurs en compétition, le fonctionnement de la machine institutionnelle et surtout les enjeux collectifs qui font perdre la tête même aux personnes les plus sensées et les plus originales dont les CV individuels et les carrières publiques n’ont rien à envier au reste du monde, qui posent problème.</p>



<p>La réponse à ces questions, n’est ni évidente ni aisée, car le débat politique public en Tunisie est biaisé par l’esprit partisan, inévitable et nécessaire dans une société <em>«démocratique apaisée»</em>, mais quand le système politique subit des tremblements de terres incessants d’un pays en perpétuelle <em>«transition démocratique»</em> où tout ce qui se construit sur le plan institutionnel risque facilement d’être remis en cause, une trêve des esprits de bonne volonté s’impose. Penser en dehors des lignes de démarcation politiques est pour nous tous une nécessité.</p>



<p>Comment diagnostiquer au-delà du jeu subtil des acteurs politiques tunisiens et des enjeux individuels de surface, les problématiques fondamentales qui sont à l’origine de cet échec collectif de la démocratie en Tunisie. Nous sommes tous responsables et redevables de cet échec.</p>



<p>Nous les citoyens qui continuons à brûler les feux rouges en pleine capitale, et qui nous transformons en loups solitaires qui s’attaquent sur la toile de manière humiliante, comme des guerriers numériques, à toute pensée indépendante qui nous déplairait. Donnez-nous un micro et nous vous diront qu’il faut appliquer la loi à tout le monde même par la force. Ce sont les mêmes citoyens, en contradiction avec eux-mêmes, qui continueront à brûler les feux de circulation tout en affirmant soutenir le président dans ses volontés de <em>«nettoyage»</em> (تطهير) institutionnel et social.</p>



<p>Mais ce sont aussi eux qui descendent volontairement dans la rue pour ramasser de leurs mains les ordures et nettoyer leur quartier, lors des campagnes nationales de propreté. Nous nous rappelons tous de cette belle campagne qui a salué l’arrivée de notre nouveau président à peine élu. Mais une campagne c’est un jour ou une semaine. Nous avons besoin de plus. Comment faire sortir de chacun ce bon côté enfoui dans les tracasseries de la vie commune&nbsp;?</p>



<p>Entrepreneurs qui échappent subtilement aux impôts nécessaires pour payer la force publique qui veille à leurs trésors, pire encore, certains oublient de rembourser des millions de dinars de banques publiques, reçus généreusement des décennies durant, pour soutenir leurs entreprises.</p>



<p>Avocats, médecins, et d’autres encore, aux revenus notoires presque tous éduqués gratuitement dans les écoles et universités de la République et qui vous feront un scandale dès que l’Etat tente de récupérer par des mesures fiscales une infime partie de leurs revenus. L’honorable corporation des médecins de libre pratique a résisté au plus strict des premiers ministres, Hedi Nouira qui a tenté en vain, durant les années 1970, de trouver une formule pour fiscaliser les ordonnances. Et tous, ils vous chanterons la nécessité de sauver la République et d’appliquer la loi. Bien sûr à tous sauf à eux-mêmes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">«Pays légal, pays réel», diagnostiquait déjà Ahmed Mestiri</h2>



<p>Monsieur le président Kaïs Saïed dit, du sommet de l’Etat, ce que les citoyens d’en bas disent et redisent depuis des années en sirotant leur thé au café du coin ou en pianotant sur leurs claviers pour se lamenter sur les murs des pages des réseaux sociaux, sans être entendus par leurs dirigeants bien élus, légitimes, mais incapables de les entendre. Trop fiers de leur échafaudage démocratique pour voir les failles du système et trop pris par les palabres que nécessite l’élection de chaque membre des multiples instances constitutionnelles pour être à l’écoute de leur propre peuple, de leurs électeurs.</p>



<p>Comment notre système politique démocratique en est-il venu à cette rupture avec le peuple, qui était le principal reproche que les démocrates des années 1970 adressaient à l’ancien régime&nbsp;? Elus démocratiquement ou pas élus démocratiquement nous serions dans le même schéma décrié très tôt par un des pères de la lutte démocratique en Tunisie Maître Ahmed Mestiri, qui déjà dans les années 70 parlait de société légale et de société réelle, mettant en évidence ce hiatus entre gouvernants issus de la lutte anticoloniale et leur peuple. A cette époque on disait que les élections étaient tronquées, mais comment expliquer la perpétuation de ce hiatus dans un système démocratique dix ans après la révolution?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Peste ou choléra&nbsp;: dictature ou impuissance démocratique</h2>



<p>Déjà en 1987 la déclaration du 7-Novembre proclamait&nbsp;: <em>«Notre peuple est digne d’une vie politique évoluée et organisée sur la base du pluralisme des partis politiques et des organisations populaires»</em>, proclamation trahie par les promoteurs d’un régime qui s’est <em>«</em><em>renversé sur lui-même» </em>(« نظام انقلب على نفسه ») comme l’a si bien conçu et écrit notre poète national Sghaier Ouled Ahmed en introduction d’un des ouvrages de Taoufik Ben Brik. Nous serions en 2022 en train de caresser des rêves de guide suprême? Pure aberration historique. Pure chimère. Pure perte de temps.</p>



<p>Les apprentis sorciers de la politique doivent savoir que la dictature n’est pas la volonté d’une personne hors norme contrairement aux apparences et aux affirmations gratuites, c’est un contexte historique local et international complexe, et cette page est historiquement révolue en Tunisie. Les Tunisiens ne doivent pas être forcés à choisir comme le disait Lénine, si ma mémoire est bonne, entre la peste et le choléra, entre la dictature et le pouvoir personnel d’un côté ou une démocratie inefficace de l’autre, où la parole est libre et l’action impuissante. La solution est ailleurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La bataille des esprits et de l’intelligence n’est pas gagnée</h2>



<p>Où nous mènera notre président fort de ses convictions et de son honnêteté, solide comme un roc dans son rigorisme juridique, et assuré d’une large adhésion populaire, lui que nous n’avons pas entendu et peut-être pas pris suffisamment au sérieux, quand il a annoncé immédiatement après son élection une <em>«nouvelle révolution dans la loi»</em>.</p>



<p>Notre président vit sa révolution dans sa tête, il sait où il va. Mais nous, nous ne le savons pas. Deux ans après son élection aucun document officiel ne présente clairement ce qu’il pense et ce qu’il envisage de faire. Tout citoyen non partisan qui veut tout simplement comprendre ce que veut notre président se trouve dépourvu face à une masse de discours que même le site officiel de la présidence ne juge pas utile de transcrire, à moitié enflammés par la force de conviction et l’indignation présidentielle de l’état de dégradation de la réalité politique de notre pays, indignation d’idéaliste et de novice en politique, et arme fatale qui lui a fait gagner le cœur de ce peuple fatigué de politique et de politiciens et en perpétuelle recherche de leaders dignes de sa confiance.</p>



<p>Monsieur le président a gagné cet enjeu majeur déjà considéré par le philosophe et historien chinois Confucius, cinq siècles avant notre ère, comme <em>«pilier des empires»</em>, avant le blé et les armes&nbsp;: la confiance du peuple.</p>



<p>Mais aucune réforme sérieuse, utile et durable n’est possible sans gagner les élites de ce pays. Ce sont elles qui sont en position de concevoir, d’inventer de comprendre, d’expliquer et de réaliser toute réforme et toute action petite ou grande dans leurs secteurs respectifs. Les élites, existent en Tunisie dans les partis, mêmes affaiblis, qui sont une émanation historique incontournable de notre pays, comme l’a souligné le journaliste militant et homme politique Amor Shabou dans une vidéo récente de soutien critique au président Kaïs Saïed, et la théorie de science politique de la fin des partis existe bien, mais ce n’est qu’une théorie parmi d’autres, et les partis ne meurent pas quand on dissous leurs appareils. Nous en avons eu la preuve avec le parti centenaire qu’est le Destour/RCD toujours vivant par ses militants et ses réseaux même une fois déclaré dissous légalement. Ce sont des phénomènes historiques qui s’imposent à tout le monde. De même Ennahdha ou le POCT (Parti ouvrier communiste tunisien) ont existé de fait plusieurs décennies avant leur reconnaissance officielle après la révolution. Penser la société en termes de lois est insuffisant scientifiquement.</p>



<p>Les élites peuplent aussi les associations, les organisations nationales, les administrations et les entreprises publiques et privées. Les jeunes, chéris dans le discours présidentiel, sont aussi une composante des élites de ce pays. Toutes ces élites, instruites par les sacrifices de ce peuple qui a payé leurs études, il faut bien leur parler autrement que par des vidéos et des communiqués sibyllins de la présidence ou par chroniqueurs interposés.</p>



<p>Les convaincre par un long, et combien difficile travail de pédagogie politique, complètement absent pour l’instant. Parler aux citoyens et leur donner la parole par tous les moyens et vecteurs disponibles et en premier lieu les débats publics, vivants, et directs de face-à-face qu’aucune autre technique de communication même les plus modernes et technologiques, ne peut surpasser; c’est aussi une des multiples tâches de tout chef, de surcroît de tout chef d’Etat.</p>



<p>Les lois seules même les plus géniales, ne feront jamais une réforme. Juste elles s’aligneront dans les pages grises du Journal Officiel. C’est dans les têtes que la grande bataille doit se faire, une fois gagnée celle des cœurs. Nous restons sur notre faim.</p>



<p>* <em>Universitaire retraité.</em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents articles de la série&nbsp;:</em></h4>



<p><a href="http://kapitalis.com/tunisie/2022/02/11/tunisie-kais-saied-fossoyeur-ou-reformateur-de-la-democratie-1-3/">http://kapitalis.com/tunisie/2022/02/11/tunisie-kais-saied-fossoyeur-ou-reformateur-de-la-</a><a href="http://kapitalis.com/tunisie/2022/02/11/tunisie-kais-saied-fossoyeur-ou-reformateur-de-la-democratie-1-3/">democratie-1-3/</a></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="xh9k1KvZsI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/02/12/tunisie-kais-saied-fossoyeur-ou-reformateur-de-la-democratie-2-3/">Tunisie : Kaïs Saïed, fossoyeur ou réformateur de la démocratie (2/3)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : Kaïs Saïed, fossoyeur ou réformateur de la démocratie (2/3) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/02/12/tunisie-kais-saied-fossoyeur-ou-reformateur-de-la-democratie-2-3/embed/#?secret=KhgNezl21L#?secret=xh9k1KvZsI" data-secret="xh9k1KvZsI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Articles du même auteur dans Kapitalis&nbsp;:</em></h4>



<p>kapitalis.com/tunisie/2016/01/11/beji-caid-essebsi-mon-fils-avant-mes-compagnons-de-lutte/</p>



<p><a href="http://kapitalis.com/tunisie/2018/03/31/tunisie-dirigeants-bien-elus-et-mal-recus/">http://kapitalis.com/tunisie/2018/03/31/tunisie-dirigeants-bien-elus-et-mal-recus/</a></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&#8217;a jamais eu</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 26 May 2021 12:04:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ahmed Mestiri, le pionnier de la démocratie en Tunisie, décédé dimanche 23 mai 2021, à l’âge 96 ans, avait bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne conviendrait pas longtemps aux aspirations d’une population de plus en plus réfractaire. Par Francis Ghiles * En novembre 1981, la Tunisie a tenu ses premières élections multipartites...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Ahmed-Mestiri-1.jpg" alt="" class="wp-image-350198"/></figure></div>



<p><strong><em>Ahmed Mestiri, le pionnier de la démocratie en Tunisie, <a href="http://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">décédé dimanche 23 mai 2021</a>, à l’âge 96 ans, avait bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne conviendrait pas longtemps aux aspirations d’une population de plus en plus réfractaire.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Francis Ghiles</strong> *</p>



<span id="more-350197"></span>



<div class="wp-block-image"><figure class="alignleft size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/01/Francis-Ghiles.jpg" alt="" class="wp-image-134482"/></figure></div>



<p>En novembre 1981, la Tunisie a tenu ses premières élections multipartites depuis l’indépendance en 1956.</p>



<p>Pendant les 25 premières années après la fin du joug colonial français, la Tunisie a été dirigée par le Parti socialiste destourien (connu sous son acronyme français PSD) et un président charismatique mais autoritaire, Habib Bourguiba dont le titre même El-Moudjahid Al Akbar donne une image plus grande que nature de son leadership incontesté de la lutte pour la libération et des affaires de la Tunisie post-indépendance.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un rendez-vous raté </h3>



<p>La campagne électorale fut animée, mais elle se déroula dans une ambiance parfois antidémocratique, car le PSD n’hésitait pas à utiliser des méthodes brutales d’intimidation pour perturber les réunions du Mouvement social-démocrate (MDS), parti d’opposition fondé par l’un des anciens ministres les plus brillants de Bourguiba, Ahmed Mestiri.</p>



<p>Le soir du scrutin, le 1er novembre, j’ai personnellement été témoin du bourrage des urnes au bureau de vote de Bab Jedid dans le centre de Tunis. J’ai décrit mon expérience sur le BBC World Service, le lendemain à 6 heures du matin, ce qui m’a valu une réprimande de la part du ministre de l’Information de l’époque, Tahar Belkhoja.</p>



<p>Le gouverneur du Kef, Fadhel Khelil, a téléphoné au ministre de l’Intérieur, Driss Guiga, pour lui dire que le candidat du MDS avait remporté l’élection dans cette ville, ce qui lui valut d’être rabroué.</p>



<p>«J’ai transmis les chiffres exacts du scrutin, vous les cuisinerez comme bon vous semble», a dit le gouverneur, l’un des rares de son rang à ne pas appartenir au PSD, dans sa réponse franche à son patron.</p>



<p>Les votes ont finalement été falsifiés dans un certain nombre de circonscriptions, notamment à Tunis-Centre, où Beji Caid Essebsi, qui deviendra plus tard le quatrième chef de l’État tunisien en 2014, a été élu sur la liste du PSD. Dans ses mémoires, trente ans plus tard, il a reconnu que si les résultats n’avaient pas été falsifiés, Ahmed Mestiri aurait été élu député de Tunis-Centre, pas lui.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un démocrate dans l&rsquo;entourage de Bourguiba </h3>



<p>Né en 1925 dans une famille aisée appartenant à la grande bourgeoisie de Tunis, Ahmed Mestiri a étudié le droit à l’université d’Alger et de Paris, puis a obtenu son diplôme à Sciences Po Paris. Il a rejoint le parti nationaliste Néo Destour à l’âge de 17 ans et, en 1952, et fut membre de sa direction clandestine. Il a même échappé à une tentative d’assassinat par l’organisation coloniale française «<em>La Main Rouge</em>» qui a réussit, en 1952, à assassiner Farhat Hached, le fondateur de l’UGTT, le principal syndicat tunisien.</p>



<p>Mestiri est l’un de ceux qui ont épaulé Mongi Slim dans la négociation de l’indépendance de la Tunisie. Il a ensuite représenté la Tunisie en France et aux Nations Unies et a contribué à la mise en place de la nouvelle monnaie nationale, le dinar. En tant que premier ambassadeur tunisien en Égypte et en Algérie, il a contribué à l’élaboration de la politique étrangère du nouveau pays et à la formation de son corps diplomatique naissant. Il a été nommé ministre de la Défense en 1966 et a ensuite dirigé le ministère de l’Intérieur, mais il fut limogé en septembre 1971 après son refus d’approuver la nomination par Bourguiba d’éléments durs dans les services de sécurité.</p>



<p>Au cours des années les plus inspirées du règne de Bourguiba, les femmes ont été émancipées et ont acquis des droits dont elles ne jouissaient dans aucun autre pays arabe, l’alphabétisation et le niveau de vie se sont améliorés et la généralisation de la santé et de l’éducation ont été instaurées. Mais Ahmed Mestiri a bien compris que le despotisme éclairé de Bourguiba ne sera pas accepté longtemps par une population de plus en plus réfractaire. L<em>’«expérience socialiste»</em> ratée menée par Ahmed Ben Salah dans les années 1960 a ruiné de nombreux agriculteurs et aggravé le mécontentement au-delà des zones rurales.</p>



<p>En 1978, Ahmed Mestiri et ses compagnons qui avaient fondé la Ligue tunisienne des droits de l&rsquo;homme (LTDH) ont décidé de fonder un nouveau parti. Le Mouvement social-démocrate (MDS) a été légalisé trois ans plus tard lorsque le Premier ministre, réformiste et partisan de l’arabisation, Mohamed Mzali, a autorisé les partis d’opposition à présenter des listes de candidats aux élections générales du 1er novembre.</p>



<p>Le MDS remporte plus de 5% des voix dans une poignée de circonscriptions, dont celle de la capitale, la plus symbolique. La fureur du vieillissant Habib Bourguiba ne connaît pas de limites et il ordonne à son docile ministre de l’Intérieur de truquer les résultats. Le MDS n’a été crédité que de 3,2% des voix, derrière les 94,6% du PSD au pouvoir. Lors d’une conférence de presse tendue au ministère de l’Intérieur, des journalistes tunisiens et étrangers ont publiquement tourné en dérision les résultats. Le roi était nu et toute la Tunisie le savait. Six ans plus tard, alors que l’opposition islamiste prenait de plus en plus de poids dans la rue, le Premier ministre, le général Zine El-Abidine Ben Ali, a conduit à un <em>«coup d’État médical»</em>, anticipant ainsi un coup d’État imminent des islamistes que beaucoup craignaient, au milieu de la montée des tensions sociales et politiques. Et des violences de rue.</p>



<p>Il est intéressant de réfléchir à la manière dont le cours de l’histoire tunisienne aurait pu être changé si, en 1981, Habib Bourguiba avait permis l’émergence d’une <em>«opposition loyale»</em> menée par un homme intègre et un réformateur libéral, lui-même issu des rangs du parti au pouvoir mais qui était convaincu que la primauté du droit était un principe universel, aussi valable pour les Arabes ou les musulmans que pour les Occidentaux.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un homme d’État avisé, ferme mais juste</h3>



<p>Si les Tunisiens avaient eu l’option d’une opposition laïque sérieuse, le ressentiment face à l’incompétence croissante du régime et à l’aggravation de la crise interne n’aurait peut-être pas été canalisé uniquement par les forces islamistes. La Tunisie avait une opposition <em>«laïque»</em> naissante qui a été tuée dans l’œuf. En Mestiri, elle avait un diplomate qualifié, un homme qui comprenait mieux les habitudes du monde que beaucoup de flagorneurs de Bourguiba et un grand modéré, à l’écoute des caractéristiques de modernisme et de modération de son pays.</p>



<p>Ahmed Mestiri n’a jamais remis en question l’alliance de Habib Bourguiba avec l’Occident ni le soutien que ce dernier a apporté aux Palestiniens. C’était un homme d’État avisé, ferme mais juste, un homme d’une grande intégrité personnelle. Son malheur était que Bourguiba ne pouvait supporter d’avoir des ministres qui défiaient son autorité, aussi compétents ou honnêtes qu’ils eussent pu être.</p>



<p>Après avoir éloigné des personnalités comme Azouz Lasram, Mansour Moalla et d’autres, Bourguiba a, dans les années 1980, précipité la faillite politique et économique de son pays pendant les dernières années de son règne crépusculaire et attisé la guerre pour le pouvoir et les intrigues de palais. Les problèmes de santé du président malade et sa déconnexion de la réalité politique ont fait le reste.</p>



<p>La Tunisie paie aujourd’hui un lourd tribut au régime arbitraire de Bourguiba, en particulier au cours de sa dernière décennie au pouvoir. Le pays aurait été beaucoup plus sûr si Ahmed Mestiri avait succédé à Bourguiba de son vivant et avait inauguré une transition démocratique pour laquelle la Tunisie était probablement prête. Le pays aurait été épargné par de nombreux bouleversements inutiles alors que l’autoritarisme obsolète allait se poursuivre encore longtemps.</p>



<p>Les conversations avec Ahmed Mestiri sur l’histoire tunisienne ou les affaires internationales ont beaucoup appris au jeune journaliste que j’étais. Elles pouvaient être comparées à un jeu de tennis rapide. Je n’oublierais jamais son épouse, la fille de Mohamed Chenik, Premier ministre du bey, une grande dame, qui était l’incarnation même de cette grande bourgeoisie tunisienne que Bourguiba a tout fait pour humilier et rabaisser après l’indépendance. Le despote priva ainsi la jeune république des services d’une couche sociale éduquée qui aurait pu contribuer à bâtir une classe politique moderne.</p>



<p>Mestiri est probablement le plus grand président que la Tunisie n’a jamais eu.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Traduit de l&rsquo;anglais par</em> <strong>I. B. </strong></p>



<p><strong><em>Source</em></strong> :<em> <a href="https://thearabweekly.com/ahmed-mestiri-greatest-president-tunisia-never-had" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Arab Weekly. </a></em></p>



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		<title>In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 23 May 2021 08:24:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Avec le décès aujourd’hui, dimanche 23 mai 2021, à l’âge de 96 ans, de Ahmed Mestiri, c’est une page de l’histoire contemporaine de la Tunisie et du Maghreb qui est définitivement tournée, car le regretté fut l’une des dernières figures de l’épopée de la libération nationale et de la construction de l’Etat indépendant. Et fut,...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Ahmed-Mestiri-La-Marsa.jpg" alt="" class="wp-image-349826"/><figcaption><em>Ahmed Mestiri à La Marsa: l&rsquo;homme qui voyait plus loin que les autres. </em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Avec le décès aujourd’hui, dimanche 23 mai 2021, à l’âge de 96 ans, de Ahmed Mestiri, c’est une page de l’histoire contemporaine de la Tunisie et du Maghreb qui est définitivement tournée, car le regretté fut l’une des dernières figures de l’épopée de la libération nationale et de la construction de l’Etat indépendant. Et fut, sa vie durant, l’un des grands défenseurs des libertés individuelles, du pluralisme politique et de la démocratie, dans une région qui est encore aujourd’hui réfractaire à ces principes.</em></strong></p>



<span id="more-349824"></span>



<p>Né le 2 juillet 1925 à La Marsa, dans une famille de riches propriétaires terriens rattachée à la haute bourgeoisie tunisoise, Mestiri intègre dès 1942 la cellule du parti nationaliste du Néo-Destour à La Marsa en compagnie de Taïeb Mehiri. Il effectue ensuite des études de droit à Alger, de 1944 à 1948, puis à l’Institut d’études politiques de Paris et à la faculté de droit de Paris où il obtient sa licence. Dès 1948, il exerce le métier d’avocat à la cour de Tunis, tout en poursuivant ses activités politiques.</p>



<h3 class="wp-block-heading">De la lutte nationale à la construction d’un nouvel Etat</h3>



<p>Membre de la fédération destourienne de Tunis en 1950, il collabore avec Bahi Ladgham et Hédi Nouira à l’hebdomadaire ‘‘Mission’’, organe francophone du Néo-Destour. En janvier 1952, il devient membre de la direction transitoire clandestine du parti (bureau politique) chargée de la résistance.</p>



<p>Le jeune avocat participe à la défense des militants nationalistes poursuivis par les tribunaux civils et militaires français et échappe à une tentative d’assassinat par l’organisation terroriste de la Main rouge.</p>



<p>Chargé par le bureau politique de l’organisation et de la supervision des actes de résistance, en collaboration avec plusieurs autres dirigeants du parti, il rentre dans la clandestinité après l’assassinat de Hached, le leader de l’UGTT, la centrale syndicale, en décembre 1952, et échappe à la police lancée à sa recherche à la suite de poursuites judiciaires et d’un arrêté d’éloignement.</p>



<p>En août 1954, Mestiri devient chef de cabinet de Mongi Slim, ministre d’État délégué par le Néo-Destour pour mener les négociations avec la France qui aboutissent à l’autonomie interne un an plus tard. En septembre 1955, il est nommé chef de cabinet de Slim devenu ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Tahar Ben Ammar qui signe le protocole d’accord par lequel la France reconnaît l’indépendance de la Tunisie le 20 mars 1956.</p>



<p>Elu député de Tunis-Banlieue à l’assemblée constituante le 25 mars 1956, il forme avec Ahmed Ben Salah, en tant que benjamin d’âge, et M&rsquo;hamed Chenik, doyen d’âge, le bureau qui présente le discours inaugural de l’assemblée.</p>



<p>Dans le premier gouvernement formé par Habib Bourguiba, le 15 avril, Mestiri se voit confier le ministère de la Justice, où il participe activement à la <em>«tunisification»</em> de l’appareil judiciaire, à la rédaction des nouvelles lois et à l’élaboration du Code du statut personnel. Peu de temps après, il représente la Tunisie au Conseil de sécurité des Nations unies, à la suite du conflit survenu avec la France dans le contexte du bombardement de Sakiet Sidi Youssef. Le 30 décembre 1958, il se voit attribuer le portefeuille des Finances et du Commerce. Parmi ses priorités figure alors l’élaboration d’une série de conventions franco-tunisiennes et la création de la nouvelle monnaie : le dinar tunisien.</p>



<p>Après un bref passage par la diplomatie, où est le premier ambassadeur de Tunisie en URSS, Pologne et Tchécoslovaquie (1960) puis en République arabe unie (1961) et en Algérie (1962), il revient, le 22 juin 1966, à Tunis pour devenir ministre de la Défense nationale et en janvier 1968, démissionne du gouvernement et est exclu du Parti socialiste destourien (PSD), nouvelle dénomination du Néo-Destour. Il exprime son désaccord avec la politique de collectivisation menée par l’homme fort de l’époque, Ahmed Ben Salah, avec le soutien du président Bourguiba, mais qui suscite dans le pays une vive opposition que les déclarations officielles et la presse s&rsquo;efforcent de masquer.</p>



<p>Le 29 janvier 1968, Mestiri présente sa démission du gouvernement et du bureau politique du PSD au cours d’un entretien avec Bourguiba. Le même jour, il fait une déclaration à l’agence de presse United Press International et au quotidien <em>‘‘Le Monde’’</em> (reproduite in-extenso par la presse tunisienne) dans laquelle il exprime les raisons de sa démission. Il est immédiatement sanctionné et exclu du PSD.</p>



<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Ahmed-Mestiri-2.jpg" alt="" class="wp-image-349825" width="500"/></figure></div>



<h3 class="wp-block-heading">Le tournant démocratique</h3>



<p>Le 10 septembre 1969, Mestiri rompt un silence de vingt mois pour adresser un message d’appui au président Bourguiba à la suite de sa décision d’abandonner la réforme et de retirer les portefeuilles du Plan et de l’Economie nationale à Ben Salah, tout en lui laissant celui de l’Education nationale. Dans une déclaration remise à la presse, le 4 octobre, il critique l’action passée du gouvernement et trace les grandes lignes d’un programme de redressement. Il y demande, en outre, le report des élections présidentielles et législatives prévues pour le 2 novembre, citant l’incapacité du président Bourguiba à assurer pleinement les devoirs de sa charge en raison de sa maladie.</p>



<p>Au correspondant du journal <em>‘‘Le Monde’’ </em>à Tunis, il explique son refus des conditions que le PSD met à sa réintégration en déclarant : <em>«On a exigé de moi une lettre d’excuses manuscrite. On a même été jusqu’à me proposer un texte rédigé. J’ai refusé : il s’agissait d’une question de dignité de ma part»</em>. Il est néanmoins réintégré au sein du PSD le 23 avril 1970 et réintégré peu après au comité central et au bureau politique. À la mi-mai 1970, il se réconcilie publiquement avec Bourguiba à Paris où ce dernier séjourne pour des raisons de santé. Leur rencontre est diffusée par la télévision nationale et relayée par la presse.</p>



<p>Mestiri pousse Bourguiba à faire son autocritique dans son fameux discours du 8 juin où il annonce la constitution d’un nouveau gouvernement et d’une commission chargée d’élaborer un projet de réformes à introduire dans l’organisation de l’État et du PSD. Ce discours devient la référence pour la nouvelle orientation du régime au lendemain de la crise de septembre 1969.</p>



<p>C’est ainsi que le 8 juin 1970, il est nommé rapporteur de la commission supérieure du parti chargée d’élaborer un projet de réformes et d’amendement de la Constitution de 1959. Le 12 juin, il réintègre le gouvernement comme ministre de l’Intérieur.</p>



<p>Au sein de la commission supérieure du parti, il préside la sous-commission composée de professeurs de droit et de haut-fonctionnaires chargée d&rsquo;élaborer un projet de réformes de la Constitution et du règlement intérieur du PSD. Le 15 octobre, au cours d’une cérémonie solennelle organisée au palais présidentiel de Carthage, il présente un rapport d’ensemble contenant un exposé des motifs et des propositions. Dans son allocution, il rappelle les circonstances qui avaient rendu nécessaire la réforme du régime. Les réformes proposées incluent l’élargissement des compétences de l’Assemblée nationale et l’introduction de règles démocratiques dans le fonctionnement des structures du PSD.</p>



<p>Le 21 juin 1971, il annonce sa démission du poste de ministre de l’Intérieur et de membre du PSD car les promesses de démocratisation et de libéralisation faites par Bourguiba dans son discours du 8 juin 1970 n’ont pas eu de suites. Il révèle les raisons de sa démission publiquement, dans un discours prononcé à l’occasion de la clôture de l’année scolaire dans le quartier tunisois d’El Gorjani; il dénonce <em>«les véritables comploteurs, ceux qui manigançaient dans l’ombre contre le processus démocratique»</em>. Bourguiba refuse sa démission et réaffirme l’engagement du gouvernement à poursuivre le processus démocratique en fixant la date du congrès du PSD au 28 octobre. Il retire sa démission à la suite d’une intervention de Hédi Nouira et Abdallah Farhat.</p>



<p>Au ministère de l’Intérieur, il entreprend des réformes avec l’appui de deux de ses collaborateurs fidèles, Mohamed Chaker (chef de cabinet) et Zakaria Ben Mustapha (directeur de la sûreté nationale), ce qui lui vaut d’entrer en conflit avec l’aile conservatrice du régime largement infiltrée au sein des structures sécuritaires de l’État, notamment lorsqu’il écarte des officiers de la direction de la sécurité de l’État. Le 4 septembre 1971, il est déchargé de ses fonctions de ministre de l’Intérieur par décret présidentiel à la suite de son opposition à la nomination arbitraire d’un nouveau directeur de la sûreté nationale et de deux gouverneurs. Il reste cependant membre du PSD et rapporteur de la commission supérieure du PSD.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La rupture avec le système du parti unique</h3>



<p>Le 11 octobre 1971 s&rsquo;ouvre à Monastir le VIIIe congrès du PSD avec à l’ordre du jour le débat du plan de réformes élaboré par la commission supérieure du parti et l’élection du comité central du PSD. Au préalable, durant les travaux préparatoires du congrès, les partisans des réformes avaient été soumis à l’étroite surveillance de la police politique et avaient subis les contraintes de l’appareil d’État resté hostile à toute velléité de changement.</p>



<p>Le 15 octobre, aux élections du comité central, l&rsquo;aile dite libérale dont il est le chef obtient un grand succès en obtenant un fort pourcentage de voix : Mestiri est élu avec 788 voix sur 950 suffrages exprimés, en deuxième position derrière Bahi Ladgham. Par la suite, une série de résolutions sont adoptées par le congrès en séance plénière dont celles qui consacrent la réforme de la Constitution, la règle de l’élection à tous les niveaux de l’appareil du parti (y compris le bureau politique) et la liberté d’expression au sein de ses structures.</p>



<p>Recevant des délégations étrangères et des journalistes dans son palais de Skanès, le président Bourguiba déclare : <em>«Je désignerai mes collaborateurs du bureau politique parmi les membres du comité central»</em>, faisant ostensiblement fi des résolutions du congrès et suscitant un tollé parmi les congressistes. Sollicité par des journalistes, Ahmed Mestiri réagit à la déclaration de Bourguiba en réaffirmant sans ambages son attachement aux décisions du congrès. Sur quoi, une décision de suspension de toute activité au sein du parti est prise à son encontre par Bourguiba le 20 octobre. La presse du PSD ainsi que certains quotidiens indépendants s’engagent dans une campagne virulente contre lui, assorties d’attaques personnelles et de menaces. Le 22 octobre, Bourguiba réunit le comité central au palais de Carthage et désigne une liste de 22 membres (d’où sont exclus Ladgham et Mestiri qui avaient obtenu le plus grand nombre de voix au congrès) parmi lesquels doivent être élus les membres du bureau politique; Radhia Haddad proclame son opposition à la procédure.</p>



<p>Les 9 et 25 décembre, Mestiri est traduit devant la commission de discipline du PSD, accusé d’offense au président et au Premier ministre Hédi Nouira. Il présente sa défense oralement et par écrit en réaffirmant les raisons de son désaccord et les circonstances qui l’ont amené à faire ses déclarations à la presse. À la suite de la deuxième réunion de la commission, une proposition lui est faite de «renoncer à ses déclarations et de les regretter»; il rejette la proposition et refuse d’assister à la troisième réunion.</p>



<p>Entre-temps, le régime s’engage dans la «normalisation» selon le scénario classique suivi dans les pays soumis au système du parti unique, à commencer par «l’épuration» des structures du parti et des organisations nationales du courant réformiste issu du congrès de Monastir.</p>



<p>Le 21 janvier 1972, il est exclu du PSD; il continue néanmoins à occuper son siège de député, prenant souvent la parole pour émettre des critiques à l’encontre du régime. En novembre de la même année, il adresse avec dix autres personnalités destouriennes, une lettre au président Bourguiba, contenant une analyse sévère de la situation politique et économique du pays.</p>



<p>Le 20 juillet 1973, il est exclu de l’Assemblée nationale où il siège depuis l’indépendance, sur la base du nouveau paragraphe 109 du Code électoral concernant la révocation d’un député exclu du PSD qui dispose que «le député exclu du Parti au nom duquel il avait été élu, perd automatiquement son siège». Ce texte avait été introduit en 1970 pour être appliqué à Ben Salah puis abrogé. Dans le cas de Mestiri, il a fallu le rétablir à nouveau. Lors de l’adoption de ce paragraphe à l’Assemblée nationale, neuf députés se sont abstenus et deux ont voté contre.</p>



<p>Dans sa dernière intervention à l’Assemblée nationale, il évite de parler de son cas personnel et met l’accent sur les principes, faisant observer que le texte qui venait d’être voté <em>«concernait davantage ceux qui vont rester membres de cette Assemblée que ceux qui sont appelés à la quitter»</em>. Ce discours d’adieu constitue une étape décisive dans sa carrière politique car il consacre sa rupture définitive avec le PSD, déjà amorcée au lendemain du congrès de Monastir.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le passage à l’opposition</h3>



<p>En juin 1978, Mestiri fonde le Mouvement des démocrates socialistes (MDS) dont il devient secrétaire général. En 1981, son parti participe aux premières élections pluralistes. Les listes vertes du MDS connaissent alors un important succès mais, constatant l’effondrement du PSD, le pouvoir ordonne une victoire totale de ce dernier par le biais du ministère de l’Intérieur. La fraude est généralisée et systématique comme le constate la presse internationale. Le pluralisme se pratique en solitaire. Le pouvoir danse sans cavalière, titre ainsi<em> ‘‘L’Express’’</em> dans son édition du 6 novembre 1981. <em>«Après le grand espoir, c’est la surprise et le désarroi […] Que les manipulateurs du scrutin aient pu agir avec une telle désinvolture dépasse l’entendement, le scrutin, disent les Tunisiens, a été comme le henné : vous mettez la poudre sur la peau, c’est vert, vous l’ôtez, c’est rouge»</em>, écrit <em>‘‘Jeune Afrique’’</em> dans son édition du 18 novembre. Dans un article intitulé <em>«J’accuse»</em> et publié à la une de <em>‘‘L’Avenir’’</em>, l’organe en langue française du MDS, Mestiri écrit : <em>«J’accuse le ministre de l’Intérieur, les gouverneurs et les délégués d’avoir falsifié les résultats du scrutin. Les résultats officiels proclamés ne sont pas conformes au choix du peuple. La loi a été bafouée».</em></p>



<p>En avril 1986, celui qui est devenu le chef de l’opposition est arrêté, emprisonné puis mis en résidence surveillée à la suite de sa participation à une manifestation. En 1989, il se retire volontairement du secrétariat général du MDS puis met fin à toute activité politique. Mais il reste, pour des générations de militants, un modèle d’intransigeance, de probité et d’intégrité morale. En 2011, année de la révolution, il publie ‘‘Un témoignage pour l’Histoire’’ (Sud Éditions, Tunis).</p>



<p>(Avec <strong><em>Wikipedia</em></strong>).</p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="YclJU5ceXB"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/deces-de-lhomme-politique-ahmed-mestiri/">Décès de l’homme politique Ahmed Mestiri</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Décès de l’homme politique Ahmed Mestiri » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/deces-de-lhomme-politique-ahmed-mestiri/embed/#?secret=RzOTGroHtQ#?secret=YclJU5ceXB" data-secret="YclJU5ceXB" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
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