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	<title>Archives des Europe - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Europe - Kapitalis</title>
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		<title>Avion de chasse européen &#124; L’Allemagne claque la porte !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Jun 2026 08:15:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Berlin a abandonné le projet franco-allemand d'avion de chasse devant être le point d'orgue de la défense européenne commune. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/11/avion-de-chasse-europeen-lallemagne-claque-la-porte/">Avion de chasse européen | L’Allemagne claque la porte !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les responsables européens se gargarisent toujours des termes devenus des lubies et des clichés «Europe de la Défense» et «autonomie stratégique européenne». Avec un Donald Trump qui a fait de l’Europe son bouc émissaire et avec sa volonté d’avaler le Groenland, on croyait que les Européens se sont réveillés et ont mis de côté leur ego au profit de l’intérêt collectif du Vieux continent mais voilà qu’au premier test, «l’Europe de la Défense» et «l’autonomie stratégique européenne» ont fait pschitt. L’Allemagne vient de se retirer du projet d’avion de chasse européen conjoint qu’elle développait avec la France et l’Espagne sur fond de désaccord entre Dassault Aviation et Airbus.&nbsp;</em></strong><em>Photo&nbsp;: Berlin déclare avoir abandonné le projet franco-allemand d&rsquo;avion de chasse).</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18894873"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Selon le <em>Wall Street Journal</em> (<a href="https://www.wsj.com/world/europe/germany-drops-jet-project-with-france-in-setback-for-european-defense-sovereignty-3f7a8b27" target="_blank" rel="noreferrer noopener">WSJ</a>), l’Allemagne s’est retirée du projet FCAS (Future Combat Air System, en français Système européen de combat aérien du futur), développé conjointement avec la France et l’Espagne. Cette décision constitue un nouveau revers pour les efforts de l’Europe visant à renforcer son indépendance en matière de défense, à l’heure où le parapluie sécuritaire américain se retire progressivement du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon un haut responsable du gouvernement allemand, cette décision fait suite à l’échec des négociations entre Berlin et Paris pour résoudre le différend qui oppose Airbus et Dassault Aviation sur la direction du projet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce responsable a indiqué que l’Allemagne n’entendait plus participer à la construction ou à l’acquisition de cet avion dans le cadre du projet FCAS, considéré comme la réponse européenne aux avions de combat furtifs américains, chinois et russes de dernière génération.</p>



<p class="wp-block-paragraph">D’après des sources proches du dossier, cette décision a surpris les responsables français, Paris estimant que les gouvernements participants auraient dû exercer davantage de pression sur les entreprises de défense afin de favoriser la coopération et l’avancement du projet.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une nouvelle feuille de route</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré son retrait du programme d’avions de combat, Berlin prévoit de poursuivre sa coopération avec Paris sur d’autres volets du projet, notamment le <em>«cloud de combat»</em>, un réseau d’intelligence artificielle conçu pour relier les futurs appareils à des essaims de drones et à divers systèmes d’armes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les ministres de la Défense allemand et français doivent se rencontrer en juillet afin d’élaborer une nouvelle feuille de route pour la coopération en matière de défense, fondée sur un nombre limité de projets plus réalistes et réalisables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le projet FCAS visait à combler le déficit de capacités aériennes européennes et, potentiellement, à surpasser le chasseur américain F-35 dans certains domaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, il est devenu un exemple frappant des difficultés rencontrées par l’Europe pour traduire ses dépenses militaires massives en projets de défense unifiés et efficaces.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Réduction de la présence militaire américaine en Europe</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce problème devient de plus en plus critique à mesure que les États-Unis réduisent leur présence militaire en Europe, dans un contexte de craintes sécuritaires que cela n’incite le président russe Vladimir Poutine à tester la cohésion de l’Otan avant que l’Europe ne puisse combler le vide laissé par le retrait américain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette décision prive l’Allemagne, leader de l’industrie aérospatiale européenne, de tout programme national ou européen majeur pour ses futurs avions de chasse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Berlin n’a pas encore décidé de rejoindre un programme concurrent existant, tel que le projet GCAP développé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, les entreprises impliquées dans ce projet concurrent estiment que le programme est déjà à un stade avancé, rendant une réaffectation des rôles industriels extrêmement difficile.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une dépendance excessive aux États-Unis</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation intervient alors que l’Europe s’inquiète de plus en plus de sa dépendance excessive aux États-Unis dans le domaine de l’armement et de la défense.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’administration Trump a soulevé des questions quant à son engagement à long terme envers la défense européenne, tandis que l’industrie de défense américaine peine à répondre à la demande croissante de systèmes de défense aérienne, de missiles et d’avions de chasse F-35.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces dernières années, Washington a également réorienté certaines commandes d’armements européennes vers ses propres besoins nationaux ou vers l’Ukraine et ses alliés au Moyen-Orient, entraînant de longs délais d’attente pour les pays européens souhaitant acquérir ces armements.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette situation a suscité un débat croissant en Europe quant à la dépendance au chasseur américain F-35, qui nécessite des mises à niveau, des mises à jour logicielles et des pièces détachées constantes fournies par le constructeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parallèlement, plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, le Royaume-Uni et la Pologne, développent une nouvelle génération de missiles à longue portée, d’une portée supérieure à 1 600 kilomètres, une capacité dont le continent est dépourvu depuis des décennies.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que l’Europe demeure autosuffisante dans de nombreux systèmes militaires et ait enregistré d’importants succès à l’exportation de navires de guerre, les projets de défense transfrontaliers se heurtent souvent à des complexités politiques et industrielles.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Tensions entre Berlin et Paris</strong></h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principal point de désaccord pour le projet FCAS résidait dans l’insistance du PDG de Dassault Éric Trappier à diriger le projet, fort de l’expérience de son entreprise dans la fabrication d’avions de chasse, tandis qu’Airbus dont les principales activités de défense sont basées en Allemagne refusait de céder la direction du projet.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Après des mois de négociations, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont conclu que les entreprises ne pouvaient être contraintes de coopérer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon un responsable allemand, Merz a suggéré à Paris de poursuivre le développement de l’avion de manière indépendante, tout en explorant d’autres formes de coopération en matière de défense entre les deux pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien que cette décision représente un revers pour le concept de <em>«souveraineté européenne en matière de défense»</em>, Berlin espère qu’elle permettra d’apaiser l’une des principales sources de tension avec Paris, notamment compte tenu de la mise en œuvre d’un accord historique visant à étendre la dissuasion nucléaire française à l’Allemagne et à d’autres pays européens.</p>
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		<item>
		<title>Jeu en ligne &#124; Un secteur économique en pleine régulation</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/09/jeu-en-ligne-un-secteur-economique-en-pleine-regulation/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 09 Jun 2026 11:23:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CONSO]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Dilemme des Etats : Comment ne pas restreindre le développement des jeux en ligne tout en protégeant la population ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/09/jeu-en-ligne-un-secteur-economique-en-pleine-regulation/">Jeu en ligne | Un secteur économique en pleine régulation</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Alors qu’il a été pendant longtemps considéré comme une activité destinée à un certain public, le jeu en ligne s’est démocratisé au fil du temps jusqu’à devenir de nos jours un secteur économique qui vaut son pesant d’or.</em></strong></p>



<span id="more-18889078"></span>



<p class="wp-block-paragraph">Des millions d’utilisateurs de par le monde ont accès à des casinos virtuels, des sites paris sportifs, de poker en ligne et de loteries numériques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’émergence des paiements électroniques, l’usage massif du smartphone et la professionnalisation des opérateurs sont les facteurs clés qui ont contribué au développement économique de l’industrie du jeu de hasard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les Etats sont désormais confrontés à un dilemme : comment ne pas restreindre le développement économique tout en protégeant la population des risques d’addiction liés aux jeux d’argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour les gouvernements, il ne s’agit plus d’interdire formellement les plateformes de jeu, mais plutôt d’établir des règles afin de protéger les joueurs, notamment les plus jeunes, tout en laissant le secteur se développer.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le modèle nord-américain et l’exemple canadien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi les régions où cette recherche d’équilibre est particulièrement visible, l’Amérique du Nord occupe une place importante. Le marché y est dynamique, mais son encadrement est marqué par une forte diversité juridique. Aux États-Unis, chaque État fixe ses propres règles, ce qui crée un paysage complexe pour les opérateurs comme pour les joueurs. Le Canada illustre une autre tendance : celle d’un encadrement provincial, notamment en Ontario, où les autorités ont cherché à canaliser l’offre privée dans un cadre officiel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cet environnement, les outils d’information jouent aussi un rôle pour les consommateurs. Le site casino.org, qui<a href="https://www.casino.org/canada/fr/"> classe les casinos en ligne</a>, s’inscrit par exemple dans cette logique d’évaluation des opérateurs, en lien avec les critères de fiabilité, de licence et de protection des joueurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Europe, une régulation fondée sur les licences nationales</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Europe, plusieurs États ont opté pour des licences nationales strictes. Les opérateurs doivent y respecter des obligations de transparence, de lutte contre le blanchiment d’argent, de vérification de l’âge et de prévention contre l’addiction.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La France, le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore l’Italie ont développé des<a href="https://anj.fr/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> autorités spécialisées</a> chargées de surveiller le marché, de sanctionner les abus et de limiter la publicité jugée excessive. Cette logique vise à faire sortir les joueurs des plateformes illégales tout en imposant un cadre clair aux entreprises autorisées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entre interdiction, tolérance et encadrement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans d’autres régions, notamment en Afrique et au Moyen-Orient, la situation reste plus hétérogène. Certains pays interdisent formellement les jeux d’argent en ligne, tandis que d’autres tolèrent ou réglementent progressivement les paris sportifs numériques, souvent très populaires auprès des jeunes adultes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie illustre cette zone d’équilibre difficile. Le pays dispose d’un cadre public autour de certaines formes de paris, notamment à travers<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/02/adel-zeramdini-les-societes-de-paris-etrangeres-operant-en-tunisie-cherchent-a-ternir-limage-de-promosport/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> Promosport</a>, mais les casinos en ligne et les plateformes étrangères ne bénéficient pas d’un encadrement comparable à celui observé dans les marchés européens les plus structurés. Cette situation alimente une zone grise, entre pratiques numériques mondialisées, contrôle limité des opérateurs étrangers et préoccupations liées à la protection des joueurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette diversité montre que la régulation du jeu en ligne dépend autant des traditions juridiques que des priorités fiscales, sociales et culturelles de chaque État. Une interdiction totale peut pousser les joueurs vers des sites non contrôlés, parfois installés à l’étranger. À l’inverse, une libéralisation mal encadrée peut favoriser le surendettement, l’addiction et l’exposition des mineurs à des contenus sensibles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un équilibre à construire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le principal défi des prochaines années sera de trouver un équilibre durable entre développement économique, fiscalité, protection des consommateurs et responsabilité des opérateurs. La régulation devient ainsi un instrument économique, mais aussi un outil de santé publique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jeu en ligne n’est plus un simple divertissement numérique. Il est désormais un secteur globalisé, technologique et fiscalement stratégique. Son avenir dépendra moins de sa capacité à attirer de nouveaux joueurs que de sa faculté à inspirer confiance dans un cadre légal clair, transparent et responsable.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’émancipation des femmes &#124; Quatre siècles pour sortir de l’ombre (2/3)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/08/lemancipation-des-femmes-quatre-siecles-pour-sortir-de-lombre-2-3/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2026 06:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’émancipation de la femme est l’histoire d’un passage : de la femme définie par l’homme à la femme définie par elle-même. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/06/08/lemancipation-des-femmes-quatre-siecles-pour-sortir-de-lombre-2-3/">L’émancipation des femmes | Quatre siècles pour sortir de l’ombre (2/3)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La modernité politique européenne, en proclamant la liberté, a ouvert malgré elle une contradiction immense. Elle a parlé de l’homme abstrait, du citoyen, de la raison, du contrat social, mais elle a longtemps oublié que la moitié de l’humanité n’était pas admise dans cette abstraction. C’est dans cette faille que s’est engouffrée la pensée féministe naissante : non pas pour demander une faveur, mais pour rappeler à la modernité ses propres promesses.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18882425"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">L’histoire de l’émancipation des femmes en Europe et en Amérique n’est pas une marche tranquille vers la lumière. Elle ressemble plutôt à une longue lutte contre l’évidence fabriquée, contre cette idée si ancienne qu’elle finit par paraître naturelle : l’homme serait né pour commander, la femme pour obéir ; l’homme pour penser l’universel, la femme pour habiter le particulier ; l’homme pour la cité, la femme pour la maison. Pendant des siècles, cette répartition n’a pas seulement organisé les familles, elle a structuré le droit, la religion, l’école, le travail, la politique, la langue et même l’imaginaire amoureux. La domination masculine n’a pas seulement enfermé les femmes dans des rôles sociaux ; elle a produit un monde où ces rôles semblaient aller de soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, à partir du XVIIᵉ siècle, puis surtout avec les Lumières, une question commence à fissurer l’ordre ancien : si les hommes naissent libres et égaux en droits, pourquoi cette égalité s’arrêterait-elle devant les femmes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La modernité politique européenne, en proclamant la liberté, a ouvert malgré elle une contradiction immense. Elle a parlé de l’homme abstrait, du citoyen, de la raison, du contrat social, mais elle a longtemps oublié que la moitié de l’humanité n’était pas admise dans cette abstraction. C’est dans cette faille que s’est engouffrée la pensée féministe naissante : non pas pour demander une faveur, mais pour rappeler à la modernité ses propres promesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand les Lumières oublient les femmes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe des Lumières est là : elles ont donné aux femmes des armes intellectuelles tout en refusant souvent de leur reconnaître une pleine égalité. La raison, l’autonomie, l’éducation, le progrès, les droits naturels : tous ces mots pouvaient servir à libérer les femmes. Mais dans la pensée dominante, ils restaient fréquemment réservés aux hommes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rousseau, par exemple, pouvait défendre l’éducation d’Émile à l’autonomie tout en assignant Sophie à la douceur, à la modestie et au service de l’homme. La femme devait être formée non pour elle-même, mais pour plaire, accompagner, consoler, élever les enfants. La philosophie de la liberté gardait donc, au cœur d’elle-même, un espace de servitude domestique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est précisément contre cette incohérence que Mary Wollstonecraft publie en 1792 <em>A Vindication of the Rights of Woman</em>. Son argument est d’une force décisive : si les femmes paraissent frivoles, faibles ou dépendantes, ce n’est pas par nature, mais parce qu’on les a élevées ainsi. L’infériorité féminine n’est pas une vérité biologique ; elle est le résultat d’une organisation sociale et éducative. Wollstonecraft réclame pour les femmes une éducation rationnelle, capable de les rendre indépendantes, responsables et dignes d’être considérées comme des êtres moraux complets (Wollstonecraft, 1792). Avec elle, la question féminine sort du registre de la plainte privée pour devenir une question politique : on ne peut pas fonder une société libre sur l’ignorance organisée d’une moitié de ses membres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Révolution française donne à cette contradiction une intensité spectaculaire. On proclame les droits de l’homme et du citoyen, mais les femmes restent exclues de la citoyenneté politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Olympe de Gouges répond en 1791 par sa <em>Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne</em>, dont la formule célèbre — <em>«la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits»</em> — retourne le langage révolutionnaire contre son propre oubli. Mais la Révolution, qui avait ouvert l’espace public aux femmes dans les clubs, les cortèges et les débats, referme rapidement la porte. Olympe de Gouges est guillotinée en 1793. Les clubs féminins sont interdits. La citoyenneté moderne naît donc en partie d’une exclusion : l’universel est proclamé, mais il reste masculin.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du droit d’apprendre au droit de voter</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au XIXᵉ siècle, l’émancipation féminine s’organise autour de deux grandes revendications : l’accès à l’éducation et l’accès aux droits civils et politiques. L’une ne va pas sans l’autre. Une femme privée d’instruction demeure dépendante ; une femme instruite mais privée de droits reste une mineure sociale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les sociétés européennes et américaines, le Code civil, les normes familiales et les traditions religieuses enferment encore largement les femmes dans l’obéissance au père puis au mari. La femme mariée ne dispose pas pleinement de ses biens, de son corps, de ses enfants ni de son travail. Elle existe juridiquement à travers l’homme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ce contexte que John Stuart Mill publie en 1869 <em>The Subjection of Women</em>. Son texte est fondamental parce qu’il inscrit l’égalité des sexes dans la logique libérale de la liberté individuelle. Pour Mill, la subordination des femmes n’est pas seulement injuste pour elles ; elle est nuisible à toute la société. Une société qui empêche la moitié de ses talents de se développer se prive elle-même d’intelligence, d’énergie et de progrès. Mill compare la domination masculine à une survivance archaïque, incompatible avec les principes modernes de liberté et d’égalité (Mill, 1869). Sa pensée donne une légitimité philosophique puissante aux mouvements suffragistes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le combat pour le vote devient alors l’un des grands symboles de l’émancipation. Aux États-Unis, la convention de Seneca Falls en 1848 marque un moment fondateur. Les militantes y affirment que les femmes doivent être reconnues comme citoyennes à part entière. En Grande-Bretagne, les suffragistes puis les suffragettes multiplient pétitions, campagnes, manifestations, désobéissance civile, parfois au prix de la prison et de la violence policière. Leur lutte montre que le droit de vote n’est pas simplement un bulletin déposé dans une urne ; il signifie l’entrée des femmes dans la définition même de la loi. Voter, c’est ne plus seulement subir l’ordre social, c’est participer à sa fabrication.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette conquête est lente. La Nouvelle-Zélande accorde le droit de vote aux femmes en 1893, les États-Unis en 1920, le Royaume-Uni progressivement entre 1918 et 1928, la France seulement en 1944. Ce décalage rappelle une chose essentielle : les démocraties occidentales ont longtemps été des démocraties incomplètes. Elles pouvaient célébrer la souveraineté du peuple tout en excluant les femmes de ce peuple politique. Le suffrage féminin n’est donc pas une simple réforme ; il est une correction tardive d’une contradiction fondatrice.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le travail, le corps et la sortie du destin domestique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le XXᵉ siècle déplace la question féminine vers d’autres terrains : le travail, le corps, la sexualité, la famille, la représentation culturelle. Les deux guerres mondiales jouent ici un rôle ambigu. Elles obligent les femmes à entrer massivement dans des espaces de production, à remplacer les hommes mobilisés, à tenir des usines, des administrations, des services. Mais une fois la guerre terminée, les sociétés tentent souvent de les renvoyer vers le foyer, comme si leur présence dans le monde du travail n’avait été qu’une parenthèse patriotique. L’émancipation avance ainsi par secousses : la nécessité ouvre des portes que l’ordre social essaie ensuite de refermer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est après la Seconde Guerre mondiale que Simone de Beauvoir donne au féminisme l’une de ses formulations les plus décisives. Dans <em>Le Deuxième Sexe</em>, publié en 1949, elle écrit : <em>«On ne naît pas femme : on le devient.»</em> Cette phrase n’est pas un slogan superficiel, mais une révolution philosophique. Beauvoir distingue le donné biologique de la construction sociale. Le féminin n’est pas une essence éternelle ; il est produit par l’éducation, les mythes, les institutions, les attentes masculines, les récits religieux et littéraires. La femme a été constituée comme <em>«Autre»</em>, c’est-à-dire comme être défini par rapport à l’homme, tandis que l’homme s’est posé comme sujet universel (Beauvoir, 1949).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec Beauvoir, l’émancipation ne consiste plus seulement à obtenir des droits semblables à ceux des hommes. Elle consiste aussi à déconstruire les images, les normes, les pièges invisibles qui fabriquent la féminité comme destin. Car on peut donner le vote aux femmes tout en continuant à leur apprendre qu’elles doivent être discrètes, disponibles, séduisantes, maternelles, patientes, sacrificielles. On peut leur ouvrir les universités tout en les jugeant coupables si elles négligent la maison. On peut leur reconnaître une liberté abstraite tout en contrôlant leur corps. C’est pourquoi les féminismes du XXᵉ siècle s’intéressent autant à la vie intime qu’à la vie publique. La famille, le mariage, la maternité, la contraception, l’avortement, la sexualité deviennent des enjeux politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les années 1960 et 1970 marquent alors une nouvelle vague. Aux États-Unis, en France, en Italie, en Allemagne, dans les pays nordiques, des mouvements féministes contestent la domination masculine dans toutes ses dimensions. Ils réclament l’égalité salariale, le droit à la contraception, le droit à l’avortement, la reconnaissance du viol comme crime, la lutte contre les violences conjugales, l’accès réel aux responsabilités professionnelles et politiques. Le slogan <em>«le privé est politique»</em> résume cette transformation. Il signifie que ce qui se passe dans la maison, dans le couple, dans la chambre, dans la maternité, n’est pas extérieur à la politique. La domination ne vit pas seulement dans les parlements ; elle vit aussi dans les gestes quotidiens.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des droits formels à l’égalité réelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">À partir de la fin du XXᵉ siècle, les sociétés européennes et américaines disposent progressivement d’un cadre juridique beaucoup plus égalitaire. Les femmes votent, étudient, travaillent, divorcent, possèdent, dirigent, créent, écrivent, gouvernent. Dans plusieurs pays, les lois reconnaissent l’égalité professionnelle, sanctionnent le harcèlement, protègent la liberté reproductive, organisent la parité ou encouragent la présence des femmes dans les institutions. Il serait injuste de nier l’ampleur du chemin parcouru. En quatre siècles, les femmes sont passées, dans une grande partie de l’Occident, du statut de mineures sociales à celui de citoyennes reconnues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais l’égalité juridique n’épuise pas la question. Une société peut proclamer l’égalité et produire encore de l’inégalité par ses habitudes, ses hiérarchies, ses représentations. Les femmes peuvent avoir les mêmes diplômes que les hommes et se heurter au plafond de verre. Elles peuvent travailler autant et gagner moins. Elles peuvent être libres en droit et menacées dans la rue, au travail ou dans le couple. Elles peuvent accéder à l’espace public et y subir une violence symbolique ou numérique destinée à les faire taire. L’émancipation change alors de nature : il ne s’agit plus seulement de conquérir des droits absents, mais de rendre effectifs des droits déjà proclamés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est ici que les analyses contemporaines du genre deviennent importantes. Joan W. Scott a montré que le genre n’est pas seulement une différence entre hommes et femmes, mais une manière d’organiser le pouvoir, de classer les rôles, de donner une signification politique aux corps (Scott, 1986). Autrement dit, l’inégalité ne repose pas uniquement sur des lois injustes ; elle repose aussi sur des catégories mentales. Le masculin est souvent associé à l’autorité, à la rationalité, à la force, à la décision ; le féminin à l’émotion, au soin, à la dépendance, à la beauté. Tant que ces associations continuent à structurer l’école, les médias, le langage, l’entreprise et la famille, l’égalité reste fragile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le féminisme contemporain a aussi élargi son regard. Il ne parle plus seulement de « la femme » comme si toutes les femmes vivaient la même expérience. Les mouvements issus des femmes noires américaines, des femmes immigrées, des femmes ouvrières, des minorités sexuelles, ont rappelé que l’oppression peut se croiser avec la race, la classe, la religion, l’origine, l’orientation sexuelle ou le handicap. Une femme bourgeoise blanche du XIXᵉ siècle ne vivait pas la même condition qu’une femme esclave, domestique, ouvrière ou colonisée. L’histoire de l’émancipation occidentale elle-même doit donc être lue avec prudence : elle a produit de grandes avancées, mais elle a parfois oublié celles qui ne correspondaient pas au modèle dominant de la femme instruite, blanche et européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les mouvements récents, notamment autour de la dénonciation des violences sexuelles et du harcèlement, ont montré que la question féminine n’appartient pas au passé. Elle revient sous d’autres formes, dans les entreprises, les universités, les réseaux sociaux, les industries culturelles, la politique. Les femmes ne demandent plus seulement à entrer dans les institutions ; elles demandent que ces institutions cessent de fonctionner selon des codes masculins impunis. L’émancipation devient alors une transformation de la culture elle-même. Il ne suffit pas qu’une femme puisse occuper une place ; il faut que cette place ne soit pas construite contre elle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une victoire inachevée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que les quatre derniers siècles nous enseignent, c’est que l’émancipation des femmes n’a jamais été offerte. Elle a été pensée, écrite, criée, organisée, payée. Elle a été portée par des philosophes, des écrivaines, des ouvrières, des militantes, des juristes, des enseignantes, des journalistes, des anonymes. Elle a avancé grâce à des livres, des procès, des manifestations, des grèves, des campagnes, des lois, mais aussi grâce à des gestes plus silencieux : une fille qui entre à l’université, une femme qui refuse un mariage imposé, une mère qui apprend à sa fille qu’elle n’est pas née pour se diminuer, une salariée qui réclame son salaire, une victime qui parle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’émancipation féminine est donc l’une des grandes aventures morales de la modernité. Elle oblige les sociétés démocratiques à se regarder sans complaisance. Car une démocratie ne se mesure pas seulement à ses élections, mais à la manière dont elle traite celles et ceux qui furent longtemps tenus à l’écart de la parole publique. L’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas une question secondaire, ni une mode, ni une guerre des sexes. Elle touche au cœur même de la justice. Elle demande si nous acceptons encore qu’un être humain voie son avenir limité par son corps, son sexe ou les attentes héritées de la tradition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le statut actuel des femmes en Europe et en Amérique est sans doute le plus égalitaire que ces sociétés aient connu dans leur histoire. Mais cette égalité reste travaillée par des contradictions. Les droits peuvent reculer. Les libertés reproductives peuvent être contestées. Les violences peuvent se déplacer. Les stéréotypes peuvent survivre sous des formes modernes. La domination masculine n’est plus toujours explicite ; elle devient parfois polie, managériale, médiatique, algorithmique, esthétique. Elle ne dit plus nécessairement «tu n’as pas le droit » ; elle dit parfois <em>«ce n’est pas pour toi», «tu n’es pas assez disponible», «tu es trop ambitieuse», «tu es trop âgée», «tu n’es pas assez séduisante», «tu déranges»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est pourquoi l’émancipation n’est pas un chapitre clos. Elle est une vigilance. Elle exige de relire les philosophes, de corriger les institutions, d’interroger les habitudes, de transmettre autrement. Elle ne cherche pas à inverser la domination, mais à rendre possible une humanité moins mutilée. Car la domination masculine n’a pas seulement privé les femmes de liberté ; elle a aussi appauvri les hommes en les enfermant dans des modèles de force, de silence et de pouvoir. Libérer les femmes, c’est donc libérer la société entière d’une vieille fiction : celle qui prétend que l’humanité aurait besoin d’un sexe pour commander et d’un autre pour servir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’émancipation de la femme est finalement l’histoire d’un passage : de la femme définie par l’homme à la femme définie par elle-même ; de la dépendance prescrite à l’autonomie conquise ; de la présence tolérée à la citoyenneté pleine ; du silence imposé à la parole légitime. Cette histoire n’est ni linéaire ni terminée. Mais elle a déjà transformé en profondeur l’idée même de justice. Et peut-être est-ce là son apport le plus précieux : elle nous rappelle qu’aucune société ne devient libre en laissant dans l’ombre la moitié de ses visages.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Beauvoir, Simone de. <em>Le Deuxième Sexe</em>. Paris, Gallimard, 1949.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Mill, John Stuart. <em>The Subjection of Women</em>. Londres, Longmans, Green, Reader and Dyer, 1869.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Scott, Joan W. “Gender: A Useful Category of Historical Analysis.” <em>The American Historical Review</em>, 1986.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Wollstonecraft, Mary. <em>A Vindication of the Rights of Woman</em>. </strong><strong>Londres, J. Johnson, 1792.</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Précédent article de la série :</strong> </p>



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		<title>La Tunisie veut attirer des investisseurs siciliens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 01 Jun 2026 10:41:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[AfroSiciliana]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie mise sur la Sicile pour renforcer son rayonnement économique entre l'Afrique, l'Italie et le sud de l'Europe. </p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>La Tunisie mise sur la Sicile pour renforcer son rayonnement économique en Italie et en Europe du Sud. Tel est le message qui est ressorti de la participation du bureau milanais de l’Agence de promotion des investissements extérieurs (Fipa-Tunisie) à l’événement «AfroSiciliana», organisé du 24 au 26 mai 2026, à Monreale, dans la province de Palerme, et consacré au renforcement des relations entre la Sicile et les pays africains.</em></strong></p>



<span id="more-18844973"></span>



<p class="wp-block-paragraph">L’initiative a réuni des délégations institutionnelles et économiques du Burkina Faso, de la Côte d&rsquo;Ivoire, du Ghana, de Tunisie et de Zambie, ainsi que des représentants d’entreprises et d’institutions italiennes, dans le but de développer de nouvelles synergies dans les secteurs de l’agroalimentaire, des énergies renouvelables, de l’innovation technologique et des infrastructures.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Afrique, un marché à fort potentiel</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur des discussions figure l’intérêt croissant des entreprises italiennes pour le continent africain, considéré comme un marché à fort potentiel démographique et économique, mais aussi comme un partenaire stratégique pour les chaînes d’approvisionnement et les processus de <em>nearshoring</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réunion a été ouverte par le maire de Monreale, Alberto Arcidiacono, qui a souligné le rôle historique de la Sicile comme <em>«pont naturel»</em> entre l’Europe, la Méditerranée et l’Afrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce concept revêt aujourd’hui une importance économique et géopolitique considérable, dans un contexte marqué par la redéfinition des chaînes de production internationales et l’intérêt croissant de l’Europe pour la Méditerranée au sens large.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La délégation tunisienne était composée du consul de Tunisie à Palerme, Mohamed Ali Mahjoub, du représentant de la Fipa-Tunisie à Milan, Wissem El Hani, et du représentant du Centre tunisien de promotion des exportations (Cepex) à Milan, Anis Basti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans son allocution, M. El Hani a mis en avant les atouts majeurs de la Tunisie en tant que plateforme régionale pour les investissements industriels et les partenariats de production, citant sa situation géographique stratégique, sa proximité avec les marchés européens, son capital humain qualifié et son environnement compétitif et tourné vers l’exportation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie lorgne les PME du sud de l’Italie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mohamed Ali Mahjoub, du représentant de la Fipa-Tunisie à Milan, Wissem El Hani, et du représentant du Centre tunisien de promotion des exportations (Cepex) à Milan, Anis Basti.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une attention particulière a été portée aux perspectives de coopération entre les entreprises siciliennes et tunisiennes dans les secteurs de l’agroalimentaire, de la transformation industrielle et des industries à forte valeur ajoutée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie s&rsquo;intéresse de près aux petites et moyennes entreprises (PME) italiennes, notamment celles du sud de l&rsquo;Italie, qui pourraient utiliser le pays comme plateforme de production et de logistique pour desservir les marchés européens et africains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces dernières années, la Tunisie a intensifié ses efforts pour attirer les investissements étrangers, en se concentrant sur les secteurs de la production manufacturière, de l&rsquo;automobile, de l&rsquo;aéronautique, du numérique et des énergies renouvelables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, le renforcement des relations économiques avec la Sicile est également considéré comme stratégique en raison de la proximité géographique et culturelle entre les deux rives de la Méditerranée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marge de l(événement, des rencontres interentreprises (B2B) entre opérateurs italiens et africains ont permis d’identifier diverses pistes de collaboration commerciale et industrielle. Selon les organisateurs, ces échanges pourraient déboucher sur des missions économiques réciproques et de nouveaux partenariats commerciaux dans les prochains mois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La participation à <em>«AfroSiciliana»</em> a également offert à Fipa Tunisia l’opportunité de promouvoir le Forum tunisien de l’investissement (TIF 2026), principal événement économique du pays dédié aux investissements internationaux, qui se tiendra les 25 et 26 juin à Tunis. La rencontre de Monreale confirme par ailleurs l’intérêt croissant des régions du sud de l’Italie pour le continent africain, conformément au plan Mattei promu par le gouvernement italien, qui vise à renforcer la coopération économique, énergétique et infrastructurelle avec les pays africains par le biais d&rsquo;un partenariat.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>I. B.</strong></p>
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		<title>La Méditerranée, cette mer qui traduit les dieux et les langues</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 May 2026 07:28:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[chrétiens]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Fernand Braudel]]></category>
		<category><![CDATA[juifs]]></category>
		<category><![CDATA[Méditerranée]]></category>
		<category><![CDATA[musulmans]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a des mers qui séparent, et d’autres qui obligent les hommes à se regarder. La Méditerranée appartient à cette seconde catégorie. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/03/la-mediterranee-cette-mer-qui-traduit-les-dieux-et-les-langues/">La Méditerranée, cette mer qui traduit les dieux et les langues</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Il y a des mers qui séparent, et d’autres qui obligent les hommes à se regarder. La Méditerranée appartient à cette seconde catégorie. Vue de loin, elle semble tracer une frontière nette entre deux rives : au nord, l’Europe chrétienne, latine, grecque, romane ; au sud et à l’est, le monde arabe, berbère, musulman, mais aussi juif, copte, syriaque, ottoman, africain. Pourtant, dès que l’on s’approche de son histoire réelle, dès que l’on quitte les cartes politiques pour entrer dans les ports, les marchés, les livres, les prières, les cuisines, les chansons et les mots de tous les jours, cette frontière se brouille. La Méditerranée n’est pas une ligne de séparation. Elle est une immense zone de frottement, de passage, de traduction et de métissage.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zouhaïr Ben Amor</strong> *</p>



<span id="more-18721903"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Depuis l’Antiquité, cette mer a moins isolé les peuples qu’elle ne les a mis en relation. Elle a transporté des marchandises, bien sûr : blé, huile, vin, épices, tissus, métaux, céramiques. Mais elle a surtout transporté des croyances, des alphabets, des rites, des langues, des formes d’art, des manières de prier et de nommer le monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fernand Braudel a montré que la Méditerranée n’est pas seulement un espace géographique : c’est une civilisation lente, faite de montagnes, de ports, de routes, de saisons, de mémoires superposées (Braudel, 1949). Cette lenteur explique peut-être pourquoi les religions et les langues ne s’y effacent jamais complètement. Elles s’y déposent comme des couches successives. Une mosquée peut garder le souvenir d’une basilique ; une église peut reprendre les colonnes d’un temple antique ; une langue peut porter dans sa bouche les traces d’une autre langue qu’elle croyait avoir oubliée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Méditerranée est donc une mer de brassage parce qu’elle a toujours mis en contact des mondes qui se pensaient différents, parfois ennemis, mais qui finissaient malgré tout par s’emprunter des mots, des techniques, des récits et des gestes. Elle est une mer paradoxale : lieu de guerre et de commerce, de conquête et d’hospitalité, de croisades et de traductions, d’exils et de retrouvailles. C’est cette complexité qui fait sa richesse. Elle n’a jamais été pure. Elle n’a jamais appartenu à une seule religion, à une seule langue, à une seule rive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une mer où les religions se croisent avant de s’opposer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On présente souvent la Méditerranée comme un théâtre d’affrontement religieux : Rome contre Carthage, Byzance contre l’islam, croisades chrétiennes contrepouvoirs musulmans, Reconquista ibérique, conquêtes ottomanes, colonisations européennes. Ces conflits ont existé, parfois avec une grande violence. Mais réduire la Méditerranée à ces affrontements serait oublier tout ce qui, dans le silence des jours ordinaires, a permis aux religions de cohabiter, de s’observer et parfois de s’influencer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Prenons l’exemple de la Sicile. Cette île, située au cœur de la mer, est presque un résumé de la Méditerranée. Elle fut grecque, romaine, byzantine, arabe, normande, espagnole. À Palerme, les traces de cette histoire sont visibles dans l’architecture : la Chapelle Palatine, construite au XII<sup>e</sup> siècle sous les rois normands, associe des mosaïques byzantines, des inscriptions arabes, des motifs islamiques et une structure chrétienne latine. On y voit une scène étonnante : un pouvoir chrétien qui fait travailler des artistes grecs et arabes, et qui assume une esthétique venue de plusieurs mondes. Ce n’est pas seulement de la décoration. C’est une manière de gouverner un espace pluriel. La Sicile normande montre que le religieux, dans la Méditerranée, n’est jamais totalement séparé du politique, de l’art et de la langue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On peut dire la même chose d’Al-Andalus, l’Espagne musulmane médiévale. Cordoue, Tolède, Grenade furent des lieux où musulmans, chrétiens et juifs vécurent dans des rapports inégaux, parfois tendus, mais également féconds.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À Tolède, après la reconquête chrétienne de la ville en 1085, se développa un grand mouvement de traduction. Des textes grecs, arabes et hébreux furent traduits vers le latin, souvent grâce à des équipes où un savant juif ou mozarabe expliquait le texte arabe à un clerc chrétien, lequel le rendait en latin. Aristote, Galien, Ptolémée, Avicenne, Averroès passèrent ainsi d’une rive à l’autre de la pensée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La transmission du savoir antique à l’Europe médiévale s’est donc faite en grande partie par l’intermédiaire du monde arabe et juif méditerranéen. David Abulafia rappelle que la Méditerranée a été moins un espace fermé qu’un réseau de routes où les hommes, les idées et les objets circulaient en permanence (Abulafia, 2011).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut aussi évoquer les communautés juives de Méditerranée. Elles constituent l’un des plus beaux exemples de circulation religieuse et linguistique. Les juifs séfarades, expulsés d’Espagne en 1492, trouvèrent refuge dans plusieurs villes du sud et de l’est méditerranéen : Salonique, Istanbul, Tunis, Alger, Livourne, Alexandrie. Ils y apportèrent le judéo-espagnol, ou ladino, langue de mémoire et d’exil, qui conserva pendant des siècles des mots venus de l’Espagne médiévale tout en intégrant des éléments turcs, arabes, grecs, italiens. Salonique, longtemps appelée la <em>«Jérusalem des Balkans»,</em> fut ainsi une ville où l’on pouvait entendre le grec, le turc, le ladino, l’arabe, l’italien et le français. La religion y était inséparable de la langue : prier, commercer, chanter, écrire une lettre, tout cela révélait l’appartenance à une communauté, mais aussi son ouverture aux autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans les villes du Maghreb, les voisinages religieux furent également nombreux. À Tunis, à Djerba, à Fès, à Tlemcen, les communautés musulmanes et juives ont partagé des espaces, des métiers, des musiques, des traditions culinaires, des fêtes parfois observées par les uns et les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Ghriba de Djerba, l’un des plus anciens lieux de pèlerinage juif en Afrique du Nord, existe dans un environnement majoritairement musulman. Elle témoigne de cette profondeur méditerranéenne où les lieux sacrés ne sont pas seulement des monuments : ils sont des mémoires vivantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Bien sûr, il ne faut pas idéaliser cette cohabitation. La Méditerranée a connu des exclusions, des massacres, des conversions forcées, des hiérarchies humiliantes. Mais même dans les périodes de domination, la rencontre continuait. Un artisan musulman pouvait travailler pour une église ; un médecin juif pouvait soigner un prince chrétien ou musulman ; un marchand chrétien pouvait parler arabe pour vendre ses tissus à Alexandrie ; un marin grec pouvait jurer dans une langue mêlée comprise de tous les ports.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les langues, ces bateaux invisibles</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Si les religions ont traversé la Méditerranée avec leurs livres et leurs rites, les langues l’ont traversée avec une souplesse encore plus grande. Elles sont les bateaux invisibles de cette mer. Elles transportent des mots sans que l’on sache toujours d’où ils viennent. Elles se glissent dans la bouche des peuples, changent d’accent, se déguisent, deviennent naturelles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’arabe, par exemple, a laissé une trace profonde dans les langues du nord méditerranéen, notamment en espagnol, en portugais, en sicilien et même en français. En espagnol, des mots comme <em>aceituna</em> pour l’olive, <em>azúcar</em> pour le sucre, <em>almohada</em> pour l’oreiller, <em>alcalde</em> pour le maire, <em>ojalá</em> venant de l’expression arabe <em>in shâ’ Allah</em>, rappellent la longue présence arabe en Ibérie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En sicilien, plusieurs termes agricoles, culinaires ou administratifs proviennent de l’arabe. Cela prouve que la conquête n’est pas seulement militaire : elle devient linguistique lorsqu’elle touche la vie quotidienne. Les mots qui restent sont souvent ceux de la maison, du marché, de la terre, de la nourriture. Ils sont plus durables que les empires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Inversement, les langues européennes ont pénétré la rive sud. En Tunisie, en Algérie, au Maroc, l’italien, l’espagnol et surtout le français ont laissé des traces considérables. Mais avant même la colonisation moderne, les ports du Maghreb vivaient déjà dans un plurilinguisme intense. À Tunis, à Alger, à Tripoli, à Alexandrie, des marchands venus de Livourne, de Marseille, de Gênes, de Malte ou de Barcelone échangeaient avec des Arabes, des Turcs, des Juifs, des Grecs, des Berbères. On parlait ce qu’il fallait parler pour vendre, acheter, négocier, survivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ce contexte qu’apparaît la fameuse <em>lingua franca</em> méditerranéenne, langue de contact utilisée pendant plusieurs siècles dans les ports, les bagnes, les marchés et les navires. Elle mêlait principalement des éléments italiens, espagnols, provençaux, arabes, turcs et grecs. Ce n’était pas une langue de littérature, mais une langue de nécessité. Une langue sans académie, sans pureté, sans grammaire officielle. Une langue faite pour se comprendre vite. Jocelyne Dakhlia a bien montré que cette langue métisse révèle une vérité profonde : les Méditerranéens, même lorsqu’ils se combattaient, avaient besoin d’un idiome commun pour négocier, travailler, racheter des captifs ou organiser la vie portuaire (Dakhlia, 2008).</p>



<p class="wp-block-paragraph">La <em>lingua franca</em> est peut-être l’un des plus beaux symboles de cette mer : elle naît non pas d’une identité unique, mais de l’impossibilité de vivre sans l’autre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie offre ici un exemple très concret. Son parler quotidien contient des mots venus de l’arabe classique, du berbère, du turc, de l’italien, du français, parfois de l’espagnol. Le mot <em>koujina</em>, pour la cuisine, rappelle l’italien <em>cucina</em>. <em>Fattura</em>, pour facture, vient de l’italien. <em>Bosta</em>, pour poste, circule entre plusieurs langues méditerranéennes. Le français, lui, a marqué les domaines de l’école, de l’administration, de la technique, de la médecine. Dans une même phrase tunisienne, on peut entendre l’arabe dialectal, un verbe français adapté, une intonation italienne, un mot turc fossilisé. Ce mélange n’est pas une pauvreté linguistique. C’est une mémoire historique en action.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Méditerranée se lit donc aussi dans les accents. L’accent marseillais porte des traces du sud, de l’Italie, du Maghreb, de la mer. Le maltais, langue sémitique écrite en alphabet latin, est un cas exceptionnel : il descend de l’arabe siculo-maghrébin, mais il a intégré de nombreux mots italiens, siciliens, anglais et français. Malte est ainsi une île où la langue elle-même raconte l’histoire des dominations et des échanges. Elle prouve qu’une langue peut être à la fois arabe par sa structure, européenne par son écriture, catholique par son environnement religieux et méditerranéenne par son esprit.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ports, marchés, exils : la vraie géographie méditerranéenne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce brassage, il faut quitter l’idée des nations fermées et regarder les villes portuaires. La Méditerranée a été faite par ses ports : Alexandrie, Carthage, Tunis, Palerme, Naples, Marseille, Gênes, Venise, Barcelone, Smyrne, Istanbul, Beyrouth, Tripoli. Ces villes sont des seuils. Elles ne sont jamais complètement tournées vers l’intérieur du pays ni totalement livrées à la mer. Elles vivent entre deux fidélités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alexandrie, fondée par les Grecs en Égypte, est l’un des plus grands symboles de ce mélange. Ville hellénistique, romaine, chrétienne, arabe, ottomane, cosmopolite, elle a accueilli des Grecs, des Juifs, des Arabes, des Arméniens, des Italiens, des Français, des Maltais. Au XIX<sup>e</sup> et au début du XX<sup>e</sup> siècle, on y parlait plusieurs langues dans les rues, les cafés, les écoles, les journaux. Cavafy, poète grec d’Alexandrie, écrivait dans une ville égyptienne où la mémoire grecque survivait au milieu de l’arabe et des langues européennes. Alexandrie n’était pas une ville pure. C’était une ville-palimpeste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marseille, de son côté, a toujours été une ville ouverte au sud. Fondée par des Grecs venus de Phocée, elle a entretenu des liens anciens avec le Levant, l’Afrique du Nord, l’Italie, la Corse. Au XX<sup>e</sup> siècle, l’arrivée de populations arméniennes, italiennes, espagnoles, maghrébines, comoriennes, juives séfarades, a prolongé cette vocation. Marseille n’est pas seulement une ville française sur la Méditerranée ; elle est une ville méditerranéenne en France. Dans ses marchés, ses quartiers, ses cuisines, ses musiques, elle montre que la rive nord n’est jamais séparée de la rive sud. Le couscous, la pizza, la harissa, l’anchoïade, la chorba, les pâtes, les sardines grillées y composent une géographie plus profonde que les frontières politiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tunis aussi est une ville de brassage. La médina, avec ses souks, ses mosquées, ses zaouïas, ses anciennes demeures, rappelle l’ancrage arabe et islamique. Mais la ville moderne, les quartiers de La Goulette, de Lafayette, de Mutuelleville, les traces italiennes, françaises, maltaises et juives, disent une autre histoire. La Goulette, en particulier, fut un espace méditerranéen exemplaire : musulmans, juifs, chrétiens, Italiens, Maltais, Français, Tunisiens y ont vécu dans une proximité faite de voisinage, de cuisine, de langues croisées, de fêtes populaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là encore, il ne s’agit pas de rêver un âge d’or sans conflit, mais de reconnaître une réalité : les sociétés méditerranéennes ont longtemps su vivre dans une pluralité concrète, souvent plus souple que les idéologies modernes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les exils ont renforcé ce brassage. Les Andalous chassés d’Espagne ont apporté au Maghreb des savoir-faire artisanaux, des musiques, des techniques agricoles, des formes architecturales. En Tunisie, leur présence a marqué des villes comme Testour, où l’on retrouve une mémoire andalouse dans l’urbanisme, la musique et certains usages. Les Morisques ont traversé la mer avec leurs blessures, mais aussi avec leurs compétences. La Méditerranée est souvent cela : une douleur qui devient culture.</p>



<p class="wp-block-paragraph">On pourrait multiplier les exemples : les Grecs d’Asie Mineure installés ailleurs après les bouleversements du XX<sup>e</sup> siècle ; les Italiens de Tunisie rentrés ou dispersés après l’indépendance ; les juifs du Maghreb partis vers la France ou Israël ; les travailleurs maghrébins venus reconstruire l’Europe d’après-guerre ; les migrants contemporains qui traversent la mer au péril de leur vie. Chaque époque a ses circulations, volontaires ou forcées. La Méditerranée n’a jamais cessé d’être un espace de départs et d’arrivées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que les mots et les rites nous apprennent encore</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, on parle souvent de choc des civilisations, de frontières à protéger, d’identités menacées. La Méditerranée est parfois décrite comme une fracture entre Europe et Afrique, entre christianisme et islam, entre richesse et pauvreté, entre Nord et Sud. Cette vision contient une part de réalité politique, mais elle oublie l’histoire longue. Elle oublie que le nord et le sud de la Méditerranée se sont fabriqués mutuellement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Europe médiévale a reçu par le monde arabe une partie essentielle de la philosophie grecque, des mathématiques, de la médecine et de l’astronomie. Le Maghreb moderne a reçu de l’Europe des institutions, des langues, des formes scolaires et administratives, parfois dans la violence coloniale, mais aussi dans des appropriations créatrices. Les cuisines se sont mélangées : la tomate venue des Amériques a transformé l’Italie et le Maghreb ; les pâtes ont voyagé ; le café, venu d’Orient, est devenu européen ; le sucre, les agrumes, les épices ont traversé les ports. Même les musiques racontent cette circulation : le malouf tunisien porte la mémoire andalouse ; le flamenco conserve des traces gitanes, arabes, juives et populaires ; le raï algérien a dialogué avec les sons occidentaux ; les chants napolitains et les mélodies orientales partagent parfois la même nostalgie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les religions elles-mêmes, malgré les dogmes qui les distinguent, partagent des paysages. Le judaïsme, le christianisme et l’islam sont nés dans un espace proche, autour de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient. Ils ont en commun des figures, des récits, des prophètes, des lieux saints, une conception du Livre, une mémoire d’Abraham. Les pèlerinages, les tombeaux de saints, les cultes populaires montrent souvent des proximités plus fortes que les théologies officielles. Dans plusieurs régions méditerranéennes, des sanctuaires ont été fréquentés par des fidèles de religions différentes. Ce phénomène rappelle que la foi vécue par les peuples est parfois plus poreuse que la foi définie par les autorités.</p>



<p class="wp-block-paragraph">S. D. Goitein, à partir des documents de la Geniza du Caire, a montré l’existence d’une société méditerranéenne médiévale traversée par des marchands, des lettres, des contrats, des familles dispersées entre Égypte, Maghreb, Sicile, Yémen, Syrie et Inde (Goitein, 1967). Ces archives révèlent une Méditerranée concrète, quotidienne, où les hommes écrivent pour demander de l’argent, organiser un mariage, régler une dette, recommander un voyageur, vendre une marchandise. Ce ne sont pas les grands discours qui parlent ici, mais la vie ordinaire. Et cette vie ordinaire est déjà mondialisée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà peut-être la grande leçon méditerranéenne : l’identité n’est pas un bloc, c’est une circulation. Être méditerranéen, ce n’est pas appartenir à une origine unique. C’est porter plusieurs héritages, parfois contradictoires. C’est savoir que le mot que l’on prononce vient peut-être d’un ancien conquérant, que le plat que l’on mange a traversé trois empires, que la musique que l’on aime contient une mémoire d’exil, que la ville que l’on habite a été priée dans plusieurs langues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Méditerranée nous enseigne donc une forme de modestie. Aucune rive ne peut prétendre être seule à l’origine de ce qu’elle est. Le nord doit reconnaître ce qu’il doit au sud et à l’est : les savoirs, les chiffres, les traductions, les marchandises, les récits. Le sud doit reconnaître ce qu’il a absorbé, transformé, adapté des langues et des institutions venues du nord. Entre les deux, il n’y a pas seulement domination ou dépendance ; il y a aussi création, emprunt, résistance, imitation, invention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde où les frontières se durcissent, cette mémoire est précieuse. Elle ne nie pas les conflits. Elle ne transforme pas l’histoire en carte postale. Elle rappelle simplement que la Méditerranée a toujours été plus forte lorsqu’elle a accepté son mélange. La pureté y est une fiction. Le brassage y est la vérité profonde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma Méditerranée, si l’on peut dire ainsi, n’est donc pas seulement bleue. Elle est arabe et latine, berbère et grecque, juive et musulmane, chrétienne et laïque, française et italienne, turque et espagnole, populaire et savante. Elle parle avec plusieurs accents. Elle prie dans plusieurs directions. Elle écrit de droite à gauche et de gauche à droite. Elle chante la séparation et invente pourtant des voisinages. Elle est cette mer qui, depuis des siècles, oblige les hommes à traduire — et traduire, au fond, c’est déjà reconnaître que l’autre existe.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie sélective</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Abulafia, David. <em>The Great Sea: A Human History of the Mediterranean</em>. Oxford University Press, 2011.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Braudel, Fernand. <em>La Méditerranée et le Monde méditerranéen à l’époque de Philippe II</em>. Armand Colin, 1949.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dakhlia, Jocelyne. <em>Lingua franca : histoire d’une langue métisse en Méditerranée</em>. Actes Sud, 2008.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Goitein, S. D. <em>A Mediterranean Society: The Jewish Communities of the Arab World as Portrayed in the Documents of the </em><em>Cairo Geniza</em>. University of California Press, 1967.</p>
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		<title>Le siècle des «impuissances» ou le nouvel Atlas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 May 2026 07:29:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après l’échec américain en Iran, le monde entre dans une ère où les grandes puissances ont la capacité de détruire, mais plus celle d’ordonner.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Après l’échec américain en Iran, le monde entre dans une ère de recomposition et d’instabilité où les grandes puissances conservent la capacité de détruire, mais perdent celle d’ordonner. </em></strong><strong><em>Il y eut un temps où la puissance était capable </em></strong><strong><em>d’engendrer l’ordre par la seule menace de sa force. </em></strong><strong><em>Puis vint un temps plus impérial, où elle </em></strong><strong><em>devint architecte, bâtissant des systèmes stables sur les ruines des vaincus. </em></strong><strong><em>Nous entrons désormais dans un troisième âge, celui des puissances du désordre, qui excellent </em></strong><strong><em>à détruire, à sanctionner, à paralyser le monde </em></strong><strong><em>—incapables de produire autre chose que l’incertitude et le chaos. </em></strong><strong><em>La force demeure ; l’autorité s’est évaporée. Et dans ce vide, l’Histoire ne s’arrête pas, elle redevient imprévisible et conflictuelle.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Yahya Ould Amar</strong> *</p>



<span id="more-18721180"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">La puissance n’est pas l’autorité. La puissance contraint ; l’autorité fait consentir. La puissance impose un comportement ; l’autorité fonde une durée. Pendant longtemps, l’Occident a confondu les deux parce que sa supériorité matérielle semblait produire naturellement de la légitimité. Cette illusion est morte. Ce qui s’effondre aujourd’hui est la croyance selon laquelle la victoire militaire peut encore se transformer en obéissance politique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est plus la puissance qui ordonne le chaos ; c’est le chaos qui révèle l’impuissance souveraine de la puissance. Nous assistons à l’usure intérieure de l’empire américain, plus une grande puissance dépense d’énergie pour imposer son ordre, plus cet ordre se dissout en désordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le nouvel Atlas est un monde sans puissance capable de le porter sur ses épaules. Les États-Unis ne soutiennent plus l’ordre qu’ils prétendent défendre ; ils le déchirent. La Chine ne veut pas encore porter ce fardeau ; elle préfère en observer l’usure. La Russie n’a ni les moyens ni le désir de stabiliser. Le monde entre dans un âge où personne ne veut payer le prix de le gouverner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Entre Iran et États-Unis, aucun des belligérants n’a été battu au sens classique du terme. Les guerres contemporaines ne se gagnent que rarement. L’échec est ailleurs, dans l’écart devenu béant entre la performance tactique et le résultat stratégique. Washington et ses alliés peuvent dégrader des capacités militaires, imposer des coûts ; mais ils ne peuvent ni fabriquer un ordre régional accepté, ni garantir la docilité d’un État, ni empêcher un adversaire affaibli de rendre la victoire politiquement toxique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ormuz ou la revanche de la vulnérabilité </h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’Iran a montré qu’il pouvait imposer des coûts durables aux marchés énergétiques mondiaux par des moyens limités — drones, mines, missiles — tandis que les États-Unis se retrouvent pris dans une forme de<em> «piège de crédibilité»</em>, soit escalader au risque d’enlisement, soit temporiser au risque d’apparaître impuissants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En poursuivant le blocus, les Etats-Unis exercent bien plus de pression sur leur propre économie que sur l’Iran qui a prouvé qu’il pouvait endurer la douleur économique — il le fait depuis 47 ans. Alors que les familles américaines n’ont qu’environ 40 secondes de patience pour de l’essence aujourd’hui à 6 $ le gallon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ormuz est le symbole d’une démocratisation de la vulnérabilité. Un État moyen, sans flotte, sans armée de haute technologie, peut désormais tenir en otage l’économie planétaire avec quelques drones et un savoir-faire asymétrique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La globalisation, qui devait être l’arme ultime des puissants, s’est retournée contre eux, elle a multiplié les points de pression que les faibles peuvent actionner. En fait, la vraie dissuasion est logistique et temporelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mondialisation a multiplié les points de strangulation. Elle a rendu le monde plus intégré, donc plus exposé et moins résilient. L’ancien monde craignait l’invasion de ses frontières. Le nouveau craint l’interruption de ses flux. Ce qui fait la souveraineté aujourd’hui, ce sont les câbles, les ports, les détroits, les satellites, les semi-conducteurs, les assurances maritimes, les marchés de l’énergie. La géopolitique devient l’art d’interrompre la circulation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dissuasion change de camp</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La première conséquence de l’impuissance souveraine des puissances sera le changement de camp de la dissuasion. La leçon à retenir est qu’il n’est pas nécessaire de vaincre les États-Unis ; il suffit de rendre leur victoire trop chère et trop longue. C’est la revanche du politique sur le militaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La nouveauté est que les faibles peuvent rendre la victoire des forts inutilisable. Ils n’ont pas besoin de conquérir ; il leur suffit de contaminer le sens de la victoire. Une victoire qui ruine les finances, fracture les alliances, épuise les opinions publiques et ne produit aucun ordre stable cesse d’être une victoire. Elle devient un événement militaire sans traduction historique.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="MHKZOvhbUp"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/07/la-guerre-des-illusions-au-moyen-orient/">La guerre des illusions au Moyen-Orient</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La guerre des illusions au Moyen-Orient » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/07/la-guerre-des-illusions-au-moyen-orient/embed/#?secret=QtNpqR3yYJ#?secret=MHKZOvhbUp" data-secret="MHKZOvhbUp" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">États affaiblis, autonomies de fait et fédéralisations contraintes</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La deuxième conséquence sera territoriale. L’impuissance souveraine des puissances ne produit pas immédiatement l’éclatement généralisé des États ; elle produit d’abord leur délitement intérieur – cas de l’Irak, la Syrie, le Liban, le Yémen ou la Lybie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Demain, cette logique peut s’étendre. En Iran même, le scénario le plus probable n’est pas une indépendance immédiate des minorités kurdes, baloutches, arabes ou azéries. Le nationalisme iranien reste profond et ancien. Mais le durcissement du régime, la crise économique, la militarisation de la société et l’affaiblissement du centre peuvent ouvrir la voie à des autonomies de fait. L’éclatement juridique est peu probable à court terme ; la fédéralisation de facto l’est davantage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce modèle de transformation en fédération pourrait devenir la forme dominante de la crise étatique au XXI<sup>e</sup> siècle. Le Pakistan, l’Irak, la Syrie résiduelle, la Libye, le Soudan, le Liban, le Yémen, certains pays africains, voire demain des États plus solides mais ethniquement ou régionalement tendus, peuvent connaître cette évolution : une capitale, un drapeau, un siège à l’Onu — et, sous cette surface, des souverainetés négociées, armées, concurrentes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce seront des États spectraux, visibles dans les institutions internationales, absents dans une partie de leur propre territoire ; souverains en droit, partagés en fait ; reconnus à l’extérieur, contestés à l’intérieur. Le XXI<sup>e</sup> siècle ne verra peut-être pas seulement la multiplication des nouveaux États, mais la prolifération d’États diminués, survivant par leur façade juridique alors que leur substance politique se disperse entre milices, régions, clans, partis armés, puissances étrangères et économies parallèles.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La troisième conséquence sera la montée des autonomies sans indépendance. Car l’indépendance coûte cher. Elle suppose une reconnaissance internationale, une monnaie, des frontières défendables, des parrains extérieurs. L’autonomie, elle, peut être conquise sans proclamation. Le Kurdistan irakien l’a compris depuis longtemps. Les entités kurdes de Syrie l’ont pratiqué. Des pouvoirs locaux au Yémen, en Libye ou au Soudan le démontrent chaque jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans un monde où les grandes puissances ne peuvent plus imposer de règlements définitifs, les acteurs locaux n’attendent plus la permission de l’histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant longtemps, les grandes puissances se sont arrogé le monopole de l’avenir, elles décidaient quels États devaient survivre, quels régimes devaient tomber, quelles frontières devaient être intangibles, quelles révolutions étaient légitimes. Ce monopole est terminé. L’avenir se localise. Il se fabrique désormais dans des périphéries armées, des provinces oubliées, des ports secondaires, des montagnes, des déserts.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut donc s’attendre à moins de traités de paix et à plus d’arrangements, moins de frontières nouvelles et plus de frontières intérieures.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Occident exposé, la Russie attentive, la Chine calculatrice</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La quatrième conséquence sera la crise de l’alliance occidentale. L’Europe a subi les impacts économiques d’un conflit qu’elle n’avait ni initié ni souhaité, tandis que la fermeture d’Ormuz et la hausse des prix de l’énergie ravivent sa dépendance stratégique. L’Europe reste divisée sur la légalité de l’opération et la perspective d’une <em>«coalition de volontaires»</em> pour l’ouverture du détroit d’Ormuz.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’autonomie stratégique européenne devient une question de survie politique. Si l’Europe suit l’Amérique, elle paie des guerres qu’elle n’a pas décidées. Si elle s’en sépare, elle découvre l’insuffisance de ses moyens militaires. Si elle tergiverse, elle devient un théâtre secondaire où les autres puissances testent leurs rapports de force. L’impuissance souveraine américaine ne libère pas automatiquement l’Europe ; elle l’expose.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Europe découvre ainsi sa propre contradiction. Elle a voulu être une puissance normative, elle a cru que le droit pouvait remplacer la force, que le commerce pouvait désarmer la géographie, que l’interdépendance pouvait abolir les tragédies. L’Europe n’est pas faible parce qu’elle manque seulement d’armes. Elle est faible parce qu’elle peine encore à penser politiquement l’usage de la force.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La cinquième conséquence concerne la Russie et la Chine. Moscou n’a pas besoin que l’Iran triomphe ; il lui suffit que les États-Unis s’usent. La Russie cherche à exploiter le chaos, à pousser Washington à disperser ses ressources et à observer les méthodes militaires américaines pour en tirer des leçons. La guerre d’Iran devient ainsi une annexe indirecte de la guerre d’Ukraine, dans la mesure où elle disperse l’attention, les ressources et la volonté stratégique de l’Occident.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quant à la Chine, elle ne souhaite pas l’effondrement complet des pays du Golfe, dont elle dépend économiquement, mais elle étudie la fatigue américaine, la réaction des alliés, la vulnérabilité énergétique de Taïwan, le comportement des marchés et la solidité des bases américaines. Pékin peut tirer des bénéfices de court terme de la diversion américaine, tout en redoutant les conséquences économiques d’une crise prolongée au Moyen-Orient.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Chine pratique une stratégie de la patience prédatrice. Elle n’a pas besoin de provoquer chaque crise ; il lui suffit d’apprendre de celles que l’Amérique s’inflige ou ne parvient plus à résoudre. Là où Washington consume de la crédibilité, Pékin accumule des observations dans la durée. La puissance chinoise se mesure à ce qu’elle laisse les autres s’auto-affaiblir eux-mêmes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là toute la nouveauté, les rivaux des États-Unis, au lieu de les affronter, préfèrent les regarder échouer dans des guerres qu’ils ont encore les moyens de commencer, mais plus toujours les moyens de conclure.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le siècle des guerres ingagnables</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La sixième conséquence sera intérieure. Les guerres modernes se perdent dans les stations-service, les supermarchés, les sondages, les parlements – pas seulement sur le champ de bataille. Les conséquences économiques, politiques et géopolitiques de la guerre d’Iran pourraient durer plusieurs années, notamment par le choc énergétique, l’inflation et leurs effets électoraux dans les démocraties.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’impuissance souveraine des puissances est aussi démocratique. Les opinions publiques occidentales ne croient plus aux guerres pour défendre un quelconque droit des peuples. Elles rejettent l’engagement long, coûteux, ambigu. Or les adversaires l’ont compris. Ils ne visent plus seulement les bases militaires ; ils visent le consentement social. Ils frappent l’énergie, les chaînes logistiques, les infrastructures, l’attention médiatique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les régimes autoritaires ont compris que la faiblesse des démocraties est leur vulnérabilité au temps. Une démocratie supporte mal les coûts diffus, prolongés. Ses citoyens demandent une justification, ses marchés exigent une visibilité, ses élections imposent une échéance, ses médias transforment la durée en usure. Les adversaires des démocraties cherchent plus à survivre jusqu’à ce que la patience démocratique se défasse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faut-il donc attendre ? Trois scénarios se dessinent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier est celui de la <strong>restauration autoritaire des États fragiles</strong>. Face au désordre, des pouvoirs centraux durcis — en Iran, en Égypte, en Turquie, dans le Golfe, au Sahel — peuvent renforcer leur appareil sécuritaire et neutraliser toute revendication autonomiste. Ce scénario ne produit pas la paix et repousse les fractures sans les résoudre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le deuxième est celui de la <strong>fédéralisation contrainte</strong>. Des États officiellement unitaires pourraient être forcés d’accepter des autonomies pour survivre avec un partage des revenus, un contrôle local de la sécurité, une reconnaissance communautaire, des administrations parallèles. Ce scénario est le plus réaliste dans plusieurs pays fragmentés. Il évite l’éclatement, mais institutionnalise la faiblesse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième est celui de la <strong>sécession par effondrement</strong>. Il reste moins probable, mais plus dangereux. Il suppose la combinaison de trois facteurs : faillite économique du centre, militarisation des périphéries, parrainage extérieur. Là où ces trois conditions se réuniront, des indépendances pourront émerger — comme sous-produit d’une incapacité générale à gouverner au sens large.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le paradoxe est que les grandes puissances redoutent l’éclatement des États tout en l’alimentant par leurs propres impasses. Elles sanctionnent, bombardent, financent des alliés locaux, puis appellent à l’intégrité territoriale. Elles dénoncent les milices après avoir sous-traité la sécurité. Elles invoquent l’ordre international quand elles ne peuvent plus le faire respecter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’échec américain en Iran n’annonce donc pas simplement le déclin des États-Unis. Ce serait une lecture trop courte. Il révèle que la force demeure, mais elle ne fonde plus l’autorité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Notre monde sera polycentrique, transactionnel, travaillé par des souverainetés incomplètes et des conflits sans conclusion.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Car la grande inversion est accomplie, les puissants n’écrivent plus l’Histoire, ce sont ceux qui ont compris que la seule force réelle est la résilience existentielle. Les arsenaux grossissent, les empires s’essoufflent, et l’Histoire de mépris et d’humiliation, ironique, se met à sourire à ceux qui n’ont jamais cru qu’elle avait une fin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est peut-être là la vraie leçon iranienne, la puissance ne sait plus produire la paix. Or, lorsque la force ne parvient plus à engendrer l’ordre, l’histoire cesse d’obéir à ceux qui frappent le plus fort ; elle se déplace vers ceux qui savent durer dans le désordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Economiste, banquier et financier.</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="DxBc60Kuhy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/liran-a-tenu-la-fin-de-lere-americaine/">L’Iran a tenu | La fin de l’ère américaine</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’Iran a tenu | La fin de l’ère américaine » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/liran-a-tenu-la-fin-de-lere-americaine/embed/#?secret=vKgac5XYQp#?secret=DxBc60Kuhy" data-secret="DxBc60Kuhy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>L’histoire cachée de nos ancêtres multiples</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Apr 2026 08:35:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Science]]></category>
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		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
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		<category><![CDATA[Moyen-Orient]]></category>
		<category><![CDATA[Néandertaliens]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhaïr Ben Amor]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’odyssée de l’espèce humaine est faite de disparitions, survivances et métissages à travers le temps. Elle invite à repenser la diversité.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Il y a trois cents millénaires, la Terre n&rsquo;était pas le domaine exclusif d&rsquo;une seule espèce humaine. Homo sapiens cohabitait avec des cousins évolutifs dont la ressemblance avec nous aurait sans doute troublé quiconque les aurait croisés : les Néandertaliens en Europe et au Proche-Orient, les Dénisoviens en Asie centrale, et peut-être d’autres formes encore mal connues. Aujourd’hui, nous sommes seuls. Mais cette solitude est-elle le résultat d’une élimination brutale, d’une extinction progressive, ou bien sommes-nous, au contraire, le produit d’un long brassage entre ces différentes humanités ? La réponse, que la génétique moderne a profondément renouvelée, est bien plus troublante — et plus belle — que ce que l’on imaginait. L’odyssée de l’espèce humaine est faite de disparitions, survivances et métissages à travers le temps.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Zouhaïr Ben Amor *</strong></p>



<span id="more-18627781"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg" alt="" class="wp-image-17518909" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/09/Zouhair-Ben-Amor-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Pendant des décennies, le modèle dominant pour expliquer notre origine fut celui de la <em>«sortie d’Afrique»</em> pure et simple. <em>Homo sapiens</em> serait apparu sur le continent africain, il y a environ 300 000 ans, avant d’essaimer progressivement vers le reste du monde. À son passage, il aurait supplanté toutes les autres espèces humaines — Néandertaliens, <em>Homo erectus</em>, et autres — sans jamais se mélanger à elles. Ces dernières auraient alors disparu, victimes de la concurrence pour les ressources, des épidémies ou des changements climatiques. Ce récit, élégant dans sa simplicité, a longtemps fait autorité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un arbre généalogique touffu</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mais la paléontologie a toujours contenu des voix discordantes. Les fossiles eux-mêmes semblaient parfois hésiter entre les catégories : certains spécimens d’Europe de l’Est présentaient des traits à la fois sapiens et néandertaliens, que les chercheurs attribuaient tantôt à une variabilité naturelle, tantôt à un hypothétique métissage. Le débat restait ouvert, faute de preuves décisives. Wolpoff et ses collègues défendaient dès les années 1980 un modèle multirégional selon lequel <em>Homo sapiens</em> serait le résultat d’une évolution parallèle et interconnectée de plusieurs populations à travers le globe (Wolpoff et al., 1988). Cette thèse, minoritaire, allait pourtant trouver une confirmation partielle — et inattendue — grâce à une discipline que personne n’anticipait : la génétique des populations anciennes.<strong></strong></p>



<h2 class="wp-block-heading">La révolution silencieuse de l’ADN ancien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En 2010, une équipe dirigée par Svante Pääbo publia dans la revue <em>Science</em> le séquençage du génome néandertalien — une prouesse technique rendue possible par l’analyse de fragments d’ADN extraits de fossiles vieux de plusieurs dizaines de millénaires. Le résultat fut stupéfiant : les humains non-africains portent entre 1 % et 4 % d’ADN néandertalien dans leur génome (Green et al., 2010). Ce n’était pas une anomalie statistique ni un artefact de laboratoire, mais bien la signature moléculaire d’unions fertiles entre <em>Homo sapiens</em> et Néandertaliens, survenues il y a environ 50 000 à 60 000 ans, probablement au Proche-Orient, lors des premières grandes migrations hors d’Afrique.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Deux ans plus tard, l’analyse d’une phalange découverte dans la grotte de Denisova, en Sibérie, révéla l’existence d’une espèce jusqu’alors totalement inconnue : les Dénisoviens. Génétiquement distincts des Néandertaliens et d’<em>Homo sapiens</em>, ils ont néanmoins laissé leur empreinte dans le génome des populations actuelles d’Asie du Sud-Est et d’Océanie, chez qui leur contribution peut atteindre 5 % (Reich et al., 2010). Les Aborigènes australiens et les Mélanésiens sont aujourd’hui les héritiers les plus documentés de ces croisements. Ces découvertes consacrèrent Svante Pääbo, qui reçut le Prix Nobel de physiologie ou médecine en 2022 pour l’ensemble de ses travaux fondateurs sur la paléogénomique.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces métissages ne relevaient pas du simple accident biologique. Certains des gènes hérités des Néandertaliens se sont maintenus dans nos génomes parce qu’ils conféraient des avantages adaptatifs réels : une meilleure résistance à certains pathogènes, une adaptation au froid ou aux UV dans des environnements nouveaux. L’évolution a donc conservé ces apports comme autant d’outils utiles, sélectionnés parce qu’ils aidaient <em>Homo sapiens</em> à survivre dans des territoires jadis habités par d’autres humanités.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une extinction en demi-teinte : ni brusque ni totale</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La disparition des autres espèces humaines ne ressemble ni à un génocide ni à une catastrophe naturelle soudaine. Elle s’est jouée sur des millénaires, à travers un enchevêtrement de processus dont aucun ne suffit à lui seul à expliquer le résultat final. Les Néandertaliens, qui avaient dominé l’Europe pendant plus de 200 000 ans, s’éteignirent il y a environ 40 000 ans — soit plusieurs millénaires après l’arrivée des premières vagues d’<em>Homo sapiens</em> sur le continent. Cette cohabitation prolongée laisse penser à une compétition progressive pour les mêmes ressources alimentaires et les mêmes territoires, plutôt qu’à une confrontation violente et délibérée.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Des refuges <em>néandertaliens</em> semblent avoir subsisté dans des zones marginales — Gibraltar, le sud de la péninsule ibérique — bien après la disparition de l&rsquo;espèce dans le reste de l’Europe, comme si les dernières populations se repliaient vers des enclaves de survie avant de s’éteindre définitivement. <em>Homo erectus</em>, de son côté, aurait persisté en Asie du Sud-Est jusqu’à environ 100 000 ans avant le présent, après près de deux millions d’années d’existence — une durée qui éclipse de loin notre propre histoire. Sa disparition, là encore progressive, témoigne d’un monde humain long à changer, plutôt que prompt à basculer.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">En définitive, <em>Homo sapiens</em>n’est ni le simple vainqueur d’une guerre des espèces, ni la synthèse harmonieuse de toutes les humanités passées. Il est le produit d’une longue lignée africaine, dotée d’une plasticité culturelle et cognitive exceptionnelle, qui a absorbé en chemin de petites mais précieuses contributions génétiques d’autres humanités aujourd&rsquo;hui disparues.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Comme le souligne Stringer dans ses travaux sur la diversité des hominines africains, notre espèce elle-même est née d’un brassage interne entre plusieurs populations africaines génétiquement divergentes (Stringer, 2016). L’unité que nous projetons sur le passé ne reflète pas la réalité d’un monde humain qui fut, pendant des centaines de millénaires, peuplé d’une remarquable pluralité d’êtres.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette histoire nous invite à repenser notre rapport à la diversité. Car si nous sommes aujourd’hui seuls représentants du genre <em>Homo</em>, nous portons en nous — littéralement, dans chacune de nos cellules — les traces fantômes d’autres façons d’être humain. Nous ne sommes pas la fin d’une histoire, mais son héritier le plus récent.<strong></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Universitaire</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Bibliographie</strong><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Green, R. E., et al. </em><em>(2010). A draft sequence of the Neandertal genome. Science, 328(5979), 710–722.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Reich, D., et al. (2010). Genetic history of an archaic hominin group from Denisova Cave in Siberia. Nature, 468(7327), 1053–1060.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Stringer, C. (2016). The origin and evolution of Homo sapiens. Philosophical Transactions of the Royal Society B, 371(1698), 20150237.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Wolpoff, M. H., Wu, X. Z., &amp; Thorne, A. G. (1988). Modern Homo sapiens origins: A general theory of hominid evolution involving the fossil evidence from East Asia. In The Origins of Modern Humans (pp. 411–483). Alan R. Liss.</em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>L’extrême droite européenne face à la guerre toxique de Trump</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/lextreme-droite-europeenne-face-a-la-guerre-toxique-de-trump/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 08:17:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Deborah Bergamini]]></category>
		<category><![CDATA[Donald Trump]]></category>
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		<category><![CDATA[Tino Chrupalla]]></category>
		<category><![CDATA[Viktor Orbán]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les dirigeants populistes de la droite radicale en Europe commencent à prendre leurs distance de Donald Trump. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le président américain Donald Trump pensait pouvoir compter sur le soutien des dirigeants populistes de la droite radicale en Europe dans sa guerre contre l’Iran mais ceux-ci se sont rapidement retournés contre lui étant donné que cette guerre tourne au fiasco et, surtout, elle est très peu soutenue par l’opinion publique européenne.&nbsp;</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18614584"></span>



<p class="wp-block-paragraph">De larges pans de l’extrême droite européenne ont perdu leur enthousiasme pour le président américain qu’ils vénéraient autrefois, estime <a href="https://www.telegraph.co.uk/world-news/2026/04/03/how-trump-toxic-iran-war-broke-european-right/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">The Telegraph</a> dans une enquête sur les conséquences de la guerre d’Iran sur le positionnement des partis d’extrême droite en Europe vis-à-vis de Donald Trump. Le journal britannique précise que et que les dirigeants de ces partis ont abandonné leur fascination pour le président américain qu’ils couvraient jadis d’éloges excessifs. Ils n’éprouvent certes aucune sympathie pour la République islamique d’Iran mais que le rejet massif de la guerre par l’opinion publique en Europe les place dans une situation délicate.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Impopularité de la guerre contre l’Iran</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ces partis expriment leur colère face à l’engagement de Trump dans des guerres étrangères perpétuelles car sa politique étrangère toxique pourrait les entraîner dans sa chute, compte tenu de sa popularité déclinante et de l’effritement de ses alliances.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Grande-Bretagne, des personnalités de droite, dont Nigel Farage, chef du Parti de la réforme (Reform UK), ont pris leurs distances avec la guerre menée par Trump, laissant entendre que soutenir le président dans ce conflit pourrait s’avérer politiquement suicidaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Farage s’était pourtant vanté par le passé de sa proximité avec Trump.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La présidente du Conseil italien Giorgia Meloni a surpris nombre d’observateurs lorsque son gouvernement a refusé cette semaine d’autoriser les bombardiers américains à utiliser une base aérienne en Sicile en route vers le Moyen-Orient, illustrant ainsi l’impopularité d’une guerre américano-israélienne contre l’Iran en Italie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Meloni fut jadis l’une des plus ferventes supportrices de Trump en Europe. Aujourd’hui, elle est affaiblie politiquement après son échec lors d’un référendum sur la réforme judiciaire, un an avant les élections législatives. Elle tente désormais de prendre ses distances avec Trump qui l’avait pourtant qualifiée de <em>«grande dirigeante»</em>.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Ce gouvernement a été accusé à tort d’être soumis à Trump»</em>, a déclaré Deborah Bergamini, députée de Forza Italia, parti de la coalition au pouvoir, avant d’ajouter : <em>«L’Italie n’est pas en guerre et n’a aucune intention d’entrer en guerre»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En France, malgré des relations plus tendues avec Trump, la dirigeante d’extrême droite Marine Le Pen n’a pas hésité à critiquer les objectifs changeants de la guerre, arguant que les frappes contre l’Iran avaient été menées <em>«à l’aveuglette»</em> et sans tenir compte de leur impact sur les prix du carburant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des sources au sein du Rassemblement national indiquent que les États-Unis semblent enlisés dans le conflit et que les interventions étrangères sont non seulement inefficaces mais risquent même de renforcer le régime iranien au lieu de l’affaiblir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La politique extérieure de Trump inquiète</h2>



<p class="wp-block-paragraph">En Allemagne, les relations entre le parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) et l’administration Trump se sont détériorées après une période de coopération étroite. Tino Chrupalla, figure de proue du parti, a exprimé sa <em>«profonde déception envers le président de la guerre Trump»</em> et a, carrément, appelé au retrait des troupes américaines d’Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Pologne, malgré des relations de longue date avec Trump, des signes de discorde sont apparus après que le conseiller pour la politique étrangère du président Karol Nawrocki a reproché aux États-Unis de ne pas avoir consulté leurs alliés avant de frapper l’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán demeure l’un des plus proches alliés de Trump mais il a adopté une position plus prudente, mettant en garde contre l’envoi de troupes terrestres américaines en Iran, notamment en raison de la sensibilité des prix de l’énergie sur le marché intérieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Orbán dirige Patriotes pour l’Europe au Parlement européen, une coalition qui comprend des partis tels que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), le Rassemblement national (RN) et le Parti populaire danois (DFP), ce dernier ayant été indigné par la tentative de Trump d’annexer le Groenland.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Trump avait promis de retirer les troupes américaines des zones de conflit et s’était vanté de ses efforts pour instaurer la paix mais cette rhétorique s’est complètement effondrée après ses menaces concernant le Groenland et ses attaques contre le Venezuela et l’Iran»</em>, a déclaré Anders Vistisen, eurodéputé danois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En Espagne, le parti Vox et son chef Santiago Abascal avaient initialement soutenu une attaque contre l’Iran avant de se taire, signe d’un déclin de l’enthousiasme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, tous ne se sont pas désolidarisés de Trump. Le politicien néerlandais Geert Wilders a continué de le soutenir, saluant les attaques contre l’Iran, une position qui le distingue au sein de la droite radicale européenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Selon le <em>Telegraph</em>, les analystes estiment qu’il ne s’agit pas d’une rupture définitive entre l’extrême droite européenne et Trump mais plutôt d’un test de la solidité des relations. La plupart des membres de ce courant politique se montrent réticents à l’égard de la guerre, tout en admirant la politique intérieure de Trump sans pour autant approuver ses interventions à l’étranger.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="cNobczdc8h"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/20/trump-sembourbe-et-son-camp-se-lezarde/">Trump s’embourbe et son camp se lézarde</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Trump s’embourbe et son camp se lézarde » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/20/trump-sembourbe-et-son-camp-se-lezarde/embed/#?secret=0PmopZxrpN#?secret=cNobczdc8h" data-secret="cNobczdc8h" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/lextreme-droite-europeenne-face-a-la-guerre-toxique-de-trump/">L’extrême droite européenne face à la guerre toxique de Trump</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Drogue &#124; Lourdes peines pour un réseau démantelé à La Goulette</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/10/drogue-lourdes-peines-pour-un-reseau-demantele-a-la-goulette/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Yusra NY]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Apr 2026 19:08:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Douane]]></category>
		<category><![CDATA[Europe]]></category>
		<category><![CDATA[Port de la goulette]]></category>
		<category><![CDATA[prison]]></category>
		<category><![CDATA[trafic]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Chambre criminelle près le tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines allant de 20 à 30 ans de réclusion criminelle à l&#8217;encontre de quatre membres d&#8217;un réseau international. L&#8217;affaire remonte à une opération de contrôle menée par la douane au port de La Goulette qui a permis la saisie de 6000...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/10/drogue-lourdes-peines-pour-un-reseau-demantele-a-la-goulette/">Drogue | Lourdes peines pour un réseau démantelé à La Goulette</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>La Chambre criminelle près le tribunal de première instance de Tunis a prononcé des peines allant de 20 à 30 ans de réclusion criminelle à l&rsquo;encontre de quatre membres d&rsquo;un réseau international.</strong></em></p>



<span id="more-18612305"></span>



<p class="wp-block-paragraph">L&rsquo;affaire remonte à une opération de contrôle menée par la douane au port de La Goulette qui a permis la saisie de 6000 comprimés d&rsquo;ecstasy à bord d&rsquo;un véhicule en provenance d&rsquo;Europe, indique une source citée par Mosaïque FM ce vendredi 10 avril 2026.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enquête a rapidement mis à nu une organisation structurée et transfrontalière et parmi les quatre condamnés, on compte un ancien fonctionnaire qui a écopé de la peine maximale de 30 ans de prison. Ses complices ont été condamnés à des peines de 20 ans.</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><strong>Y. N.</strong></p>
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		<title>Guerre d’Iran &#124; La peur bleue de l’Europe des flux migratoires !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Mar 2026 08:31:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis le début de la guerre d’Iran, l'Europe a peur de voir des vagues migratoires déferler sur le continent. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/21/guerre-diran-la-peur-bleue-de-leurope-des-flux-migratoires/">Guerre d’Iran | La peur bleue de l’Europe des flux migratoires !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Depuis le début de la guerre d’Iran, il n’y a pas que la flambée des prix du carburant, le risque de récession et les perturbations des chaînes d’approvisionnement qui inquiètent les pays européens, il y a aussi la peur de voir des vagues migratoires déferler sur l’Europe surtout que la thématique migratoire est l’alpha et l’oméga du débat public dans ces pays.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Imed Bahri</strong></p>



<span id="more-18500088"></span>



<p class="wp-block-paragraph">L’afflux massif de migrants en Europe il y a dix ans en pleine guerre civile syrienne a favorisé la montée de l’extrême droite qui a beaucoup instrumentalisé le sujet. Aujourd’hui, les dirigeants européens craignent que la guerre d’Iran ne déclenche une nouvelle crise migratoire et ont commencé à prendre des mesures préventives, indiquent Ben Hubbard, Jim Tankersley et Jeanna Smialek dans leur enquête publiée dans le <a href="https://www.nytimes.com/2026/03/18/world/europe/iran-war-refugees-turkey.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">New York Times</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus le conflit en Iran s’éternise, plus les responsables européens s’inquiètent d’une possible nouvelle crise des réfugiés. Cette inquiétude alimente des scénarios alarmants et des consultations diplomatiques discrètes sur les moyens d’empêcher une nouvelle vague migratoire de déstabiliser l’Europe.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces préparatifs incluent des consultations entre les responsables de l’UE et la Turquie, qui constitue une barrière géographique entre l’Iran et l’Europe et qui, il y a dix ans, a servi de voie de transit à plus d’un million de migrants arrivés par la mer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces discussions se sont intensifiées deux jours après le début du conflit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors d’un entretien téléphonique, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan a assuré au commissaire européen à la Migration Magnus Brunner que la Turquie œuvrait pour éviter que le scénario précédent ne se reproduise. Il a déclaré que les autorités avaient renforcé les contrôles à la frontière turco-iranienne et coopéreraient avec l’Europe pour prévenir toute nouvelle vague de réfugiés, selon une interview ultérieure de M. Brunner.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Crainte d’une potentielle crise migratoire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux parties se sont entendues sur le fait que si l’attaque américano-israélienne restait limitée, ses répercussions pourraient être contenues. Cependant, si les frappes s’intensifiaient et que l’Iran était déstabilisé, des exodes pourraient avoir lieu, selon des responsables européens et turcs ayant eu connaissance de la conversation et s’exprimant sous couvert d’anonymat.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’inquiétude face à une potentielle crise migratoire s’ajoute à la liste croissante des répercussions mondiales de la guerre d’Iran.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Partout dans le monde, les dirigeants et les citoyens sont confrontés à la flambée des prix du carburant, aux avertissements de récession et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. En Europe, cette inquiétude est exacerbée par la crainte d’une nouvelle vague populiste due à un nouvel afflux de réfugiés, un facteur qui a renforcé les partis d’extrême droite anti-immigration au cours de la dernière décennie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La conversation entre Brunner et Fidan, le 2 mars, était préliminaire et n’a débouché sur aucune nouvelle mesure concrète pour se préparer à une éventuelle augmentation des migrations, selon des diplomates européens et des responsables turcs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, plus de deux semaines après le début du conflit, aucun signe n’indiquait que des Iraniens –ou des Afghans résidant en Iran – se rassemblaient à la frontière turque pour fuir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les vagues de réfugiés mettent souvent des années à atteindre leur pic. Après le déclenchement de la guerre civile syrienne en 2011, il a fallu près de quatre ans avant que la migration syrienne vers l’Europe n’atteigne un niveau critique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais à mesure que la guerre s’éternise, les responsables européens s’inquiètent de plus en plus de ce scénario, notamment après l’escalade des combats entre Israël et le Hezbollah, qui a provoqué un exode massif du sud du Liban.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;Allemagne retient son souffle </h2>



<p class="wp-block-paragraph"><em>«Nous ne voulons pas d’un scénario comme celui de la Syrie»</em>, a déclaré le chancelier allemand Friedrich Merz à un auditoire à Munich une semaine après le début de la guerre avant d’ajouter :<em>«Nous avons tout intérêt à éviter un nouvel afflux de réfugiés de la région»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a exprimé des préoccupations similaires après sa rencontre, la semaine dernière, avec le Premier ministre tchèque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dimanche 15 mars, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a adressé une lettre aux dirigeants des 27 États membres axée sur la question migratoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle a écrit que le conflit a déjà entraîné le déplacement interne de millions de personnes notamment en Iran et au Liban, ajoutant que si les réfugiés n’ont pas encore afflué vers l’UE, l’avenir demeure incertain. Elle a ajouté que les dirigeants devraient utiliser tous les outils diplomatiques à leur disposition en matière de migration.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’Europe reste profondément marquée par les réactions politiques qui ont accompagné l’afflux de réfugiés de 2014-2016, lorsque des migrants originaires de pays comme la Syrie et l’Afghanistan ont afflué.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Depuis, l’Europe a renforcé ses contrôles aux frontières et incité des pays de transit comme la Turquie à jouer le rôle de garde-frontières. Cependant, ces mesures sont arrivées trop tard et n’ont pas empêché la montée en puissance de partis d’extrême droite anti-immigration dans des pays comme l’Allemagne, l’Autriche et la France.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) jouit actuellement d’une popularité considérable et se retrouve au coude à coude avec la CDU -parti de Merz- dans les sondages et ce, malgré des mesures telles que le renforcement des contrôles aux frontières en Allemagne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le flux migratoire vers l’Europe et l’Allemagne a fortement diminué depuis 2017 et cette tendance s’est poursuivie les années suivantes. L’agence européenne des frontières Frontex a indiqué que les passages illégaux de frontières ont diminué de 25% en 2025.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lors de la crise migratoire d’il y a dix ans, les Européens ont accusé la Turquie de fermer les yeux sur le trafic d’êtres humains entre la Turquie et la Grèce. Les passeurs agissaient alors en toute impunité sur les côtes turques, jusqu’à ce que les dirigeants européens acceptent de débloquer des milliards de dollars d’aide au gouvernement turc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, les dirigeants européens semblent déterminés à éviter que ce scénario ne se reproduise. L’entretien téléphonique entre Fidan et Brunner fait suite à une coordination intensive entre Ursula von der Leyen et les dirigeants du Moyen-Orient au cours du week-end.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Turquie se prépare au pire</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Des responsables turcs et européens au fait de la situation ont déclaré que toutes les parties partagent l’inquiétude d’une nouvelle vague migratoire, même si aucun plan de réponse commune n’a encore été élaboré.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ministre turc de l’Intérieur Mustafa Çiftçi a déclaré que son gouvernement avait préparé trois plans d’urgence pour faire face à d’éventuels afflux de migrants liés à la guerre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces plans prévoient la création de zones tampons à la frontière pour héberger les réfugiés et, en cas d’afflux massif, la possibilité de les laisser traverser la frontière vers la Turquie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il a qualifié cette dernière option de <em>«dernier recours»</em>, ajoutant que la Turquie pourrait initialement accueillir environ 90 000 personnes dans des camps de tentes et des logements temporaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De par sa proximité avec les zones de conflit au Moyen-Orient et en Asie, la Turquie accueille l’une des plus importantes populations de réfugiés au monde.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre civile syrienne a provoqué un afflux massif de réfugiés à travers sa longue frontière, exerçant une pression immense sur les communautés d’accueil. Selon le HCR, le nombre de réfugiés syriens enregistrés en Turquie est tombé à 2,3 millions, contre un pic de 3,7 millions en 2022.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La présence d’un si grand nombre de réfugiés constitue un sujet politique sensible pour le gouvernement turc qui a renforcé ses contrôles frontaliers afin de prévenir de nouveaux afflux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La guerre en cours en Iran pourrait également déstabiliser plus de 760 000 réfugiés à l’intérieur du pays, majoritairement afghans, selon les données du HCR.</p>
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