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	<title>Archives des Néo Destour - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Néo Destour - Kapitalis</title>
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		<title>70 ans d’indépendance &#124; Paroles d’héritiers du mouvement national</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/27/70-ans-dindependance-paroles-dheritiers-du-mouvement-national/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Mar 2026 10:29:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Rencontre à la librairie Al KItab dans le cadre de la commémoration du 70ᵉ anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/27/70-ans-dindependance-paroles-dheritiers-du-mouvement-national/">70 ans d’indépendance | Paroles d’héritiers du mouvement national</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans le cadre de la commémoration du 70</em></strong><strong><em>ᵉ</em></strong><strong><em> anniversaire de l’indépendance de la Tunisie, une rencontre intitulée «Témoignage et hommage aux artisans de la liberté et du mouvement national» sera organisée le dimanche 29 mars 2026 à la Librairie Al Kitab Mutuelleville, à Tunis, afin de rappeler le rôle joué par plusieurs figures marquantes de la lutte anticoloniale.</em></strong></p>



<span id="more-18525233"></span>



<p>Originalité de cette initiative : ce sont les enfants de militants et de leaders du mouvement national qui prendront la parole. À travers leurs témoignages, ils reviendront sur les parcours de leurs parents, évoquant les années de mobilisation politique, les périodes de clandestinité, d’emprisonnement ou d’exil qui ont jalonné la lutte pour la liberté.</p>



<p>Ces hommes et ces femmes provenaient d’horizons politiques variés et ont milité au sein d’organisations différentes — qu’il s’agisse du Néo-Destour, du mouvement syndical ou encore du courant communiste. Malgré cette diversité d’engagements et parfois de visions, tous partageaient une même ambition : mettre fin au protectorat et permettre à la Tunisie d’accéder à la souveraineté nationale.</p>



<p>La rencontre permettra également de revenir sur l’itinéraire de plusieurs grandes figures du mouvement national. Parmi elles, Habib Bourguiba, fondateur du Néo-Destour et acteur central de la lutte politique contre le protectorat français. Dès les années 1930, il s’impose comme l’un des principaux dirigeants du mouvement national et joue un rôle déterminant dans le processus qui mènera à l’indépendance de 1956.</p>



<p>Le syndicaliste Farhat Hached, fondateur de l’UGTT, sera également évoqué pour le rôle majeur qu’il a joué dans la mobilisation des travailleurs contre la domination coloniale avant son assassinat en 1952. Le parcours du médecin et dirigeant nationaliste Mahmoud El Materi, cofondateur du Néo-Destour, sera rappelé pour sa contribution à l’organisation politique du mouvement national.</p>



<p>La rencontre évoquera aussi l’engagement de Bahi Ladgham, militant destourien impliqué dans les démarches politiques qui ont accompagné les dernières étapes de la lutte pour l’indépendance.</p>



<p>D’autres figures seront également mises à l’honneur, comme Slimane Ben Slimane, médecin et militant engagé contre le système colonial, Ahmed Ben Miled, acteur actif du mouvement national, ainsi que Ali Jrad, secrétaire général du Parti communiste tunisien avant l’indépendance.</p>



<p>Une attention particulière sera également portée à Ahmed Tlili, figure importante du syndicalisme tunisien, ayant contribué à la mobilisation des travailleurs dans le contexte de la lutte pour l’indépendance.</p>



<p>La contribution des femmes à la lutte nationale sera également rappelée à travers la figure de Bchira Ben Mrad, pionnière du mouvement féministe tunisien.</p>



<p>Au-delà de la commémoration, cette rencontre ambitionne de proposer une autre manière de revisiter la mémoire nationale, en rupture avec une histoire officielle parfois réductrice, afin de rendre justice à toutes les figures du combat pour la liberté et l’indépendance.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/27/70-ans-dindependance-paroles-dheritiers-du-mouvement-national/">70 ans d’indépendance | Paroles d’héritiers du mouvement national</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunis &#124; Marche du PDL appelant à l’unité nationale</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/18/tunis-marche-nationale-du-pdl-appelant-a-lunite-nationale/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Jan 2026 10:27:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abir Moussi]]></category>
		<category><![CDATA[destouriens]]></category>
		<category><![CDATA[Néo Destour]]></category>
		<category><![CDATA[PDL]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le PDL a organisé "une marche nationale pour réhabiliter le concept d’unité nationale et raviver les nobles principes unissant les Tunisiens".</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/18/tunis-marche-nationale-du-pdl-appelant-a-lunite-nationale/">Tunis | Marche du PDL appelant à l’unité nationale</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le Parti destourien libre (PDL) a organisé ce dimanche 18 janvier 2026, à Tunis, «une marche nationale pour réhabiliter le concept d’unité nationale et raviver les nobles principes unissant les Tunisiens».</em></strong></p>



<span id="more-18251587"></span>



<p>La marche a démarré vers 9 heures devant le Lycée Alaoui. Elle devra traverser les rues Tahar Haddad et Abdelwahab pour arriver à la place Maaqal Al-Zaim, à la lisière de la Médina de Tunis, non loin de la maison où Habib Bourguiba, le leader nationaliste et fondateur du Néo Destour (ancêtre du PDL), avait été arrêté par les autorités coloniales françaises, ainsi que 20 autres militants nationalistes, il y a exactement 74 ans, le 18 janvier 1952, déclenchant ainsi une grève générale et des émeutes violentes à travers tout le pays, qui ont abouti à l’indépendance, le 20 mars 1956.</p>



<p>Les manifestants ont protesté contre l’instrumentalisation de la justice dans les règlements de comptes politiques et la dégradation de la situation générale dans le pays, et appelé à la libération de la leader de leur parti, Abir Moussi, incarcérée depuis le 4 octobre 2023 et poursuivie dans plusieurs affaires, ainsi que les autres prisonniers politiques dans les prisons tunisiennes.</p>



<p>En choisissant de défiler à la date anniversaire du 18 juin 1952, qui marque le déclenchement de ce qui est appelé la <em>«révolution tunisienne»</em> contre l’occupation française, les militants du PDL ont voulu inscrire leur combat actuel dans un esprit d’unité nationale qui dépasse les conflits idéologiques et les différends politiques. Cette volonté s’est d&rsquo;ailleurs exprimée dans les slogans unificateurs scandés à cette occasion.  </p>



<p class="has-text-align-right"><strong>I. B.</strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/18/tunis-marche-nationale-du-pdl-appelant-a-lunite-nationale/">Tunis | Marche du PDL appelant à l’unité nationale</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>‘‘La Méditerranée fasciste’’: Bourguiba et Mussolini, ou le marché des dupes</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/09/la-mediterranee-fasciste-bourguiba-et-mussolini-ou-le-marche-des-dupes/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 09 Jul 2023 07:47:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Benito Mussolini]]></category>
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		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[fascisme]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[Juliette Bessis]]></category>
		<category><![CDATA[Néo Destour]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le mouvement national tunisien s’est-il compromis avec l’Italie fasciste dans sa lutte contre le colonialisme français, et dans quelle mesure l’aurait-t-il fait ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/09/la-mediterranee-fasciste-bourguiba-et-mussolini-ou-le-marche-des-dupes/">‘‘La Méditerranée fasciste’’: Bourguiba et Mussolini, ou le marché des dupes</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Au moment où l’Italie sous l’égide d’un Premier ministre fasciste, Giorgia Meloni, se glorifiant de l’exemple de Mussolini prétend avec la caution de l’Europe établir de nouveaux rapports avec la Tunisie qui ont pour thème l’immigration, le contrôle des frontières, et l’aide économique, il est peut-être salutaire de se remémorer que ces mêmes thèmes avaient signifié pour le fascisme italien, il y a un siècle, l’annexion de notre pays et son ouverture une colonisation italienne intensive.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-8723926"></span>



<p>Le mouvement national tunisien s’est-il compromis avec l’Italie fasciste dans sa lutte contre le colonialisme français, et dans quelle mesure l’aurait-t-il fait ? Ce livre dérangeant parce que remettant en cause bien des certitudes méthodiquement inculquées, a le mérite d’apporter une réponse factuelle à ces questions, même si&nbsp;le thème principal en demeure la communauté italienne de Tunisie, depuis la première jusqu’à la seconde guerre mondiale, et la politique du régime fasciste de Mussolini dans notre pays soumis au protectorat français.</p>



<p>Ouvrage de référence, <em>‘‘La Méditerranée fasciste’’</em> est écrit par notre compatriote, l’historienne universitaire Juliette Bessis, née à Gabès 1925 et décédée à Paris en mars 2017, et à qui il faut rendre hommage pour avoir légué ses livres à la Bibliothèque nationale de Tunis.</p>



<p>La communauté italienne, bien plus nombreuse que la française, avait ceci de particulier qu’elle regroupait la majorité du peuplement non musulman du protectorat. Elle jouissait en outre grâce à des accords avec la France&nbsp;de garanties lui assurant une véritable autonomie dans des domaines aussi différents que la santé, l’enseignement, la culture, la presse, le sport, la vie associative et les institutions caritatives. Elle bénéficiait en outre des mêmes normes de protection sociale que les Français.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Italie et ses «droits historiques» en Tunisie</h2>



<p>Cette communauté constituée principalement de petits blancs essentiellement dans le bâtiment , l’agriculture, et la petite entreprise, comprenait également de gros commerçants, des banquiers, des membres des professions libérales, parfois juifs livournais et francs maçons, qui en constituaient les notables, et qui la représentaient auprès des autorités coloniales françaises de Tunisie pour la défense de ses intérêts communautaires. Et les Italiens, tous regroupés autour de leur italianité, préféraient ainsi garder leur nationalité. Mais en 1919, la France dénonça les accords de 1896 avec l’Italie, dans l’intention d’obliger les ressortissants italiens établis en Tunisie à acquérir la nationalité française.</p>



<p>Cette loi sur la naturalisation pour les non-Français avait été combattue dès le début par le mouvement nationaliste tunisien, au point d’en considérer les bénéficiaires comme des apostats dont on refusait l’enterrement dans les cimetières musulmans; elle mit le pied à l’étrier de la politique à Habib Bourguiba, contre ses adversaires.</p>



<p>En 1923 lors de l&rsquo;arrivée des fascistes au pouvoir, la question de la défense des intérêts de la communauté italienne de Tunisie devint ainsi le cheval de Troie par le biais duquel le Parti Fasciste sous l’égide de Benito Mussolini essayait de réaliser ses immenses ambitions dans notre pays, à savoir son annexion pure et simple, et l’ouverture d’une immigration sans conditions afin de coloniser les terres les plus fertiles du pays, en en refoulant les propriétaires autochtones vers le désert algérien, ou tout lieu requérant une main d’œuvre non qualifiée pour des travaux pénibles et dangereux, de mise en valeur de terres en friche ou désertiques, ou dans l’industrie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="jWtgWV2NLD"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/">De Bourguiba à Adams : Réflexions sur la politique, la guerre et la paix</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« De Bourguiba à Adams : Réflexions sur la politique, la guerre et la paix » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/embed/#?secret=3tYxDYBduI#?secret=jWtgWV2NLD" data-secret="jWtgWV2NLD" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Abstraction faite du traité de Londres de 1915 et de son article 13,&nbsp;Mussolini considérait que l’Italie possédait des droits historiques remontant à l’empire Romain, naturels et inaliénables, sur la Tunisie, et que la France devait les respecter en lui cédant en pleine souveraineté tout le territoire, au moins&nbsp; jusqu’à Constantine. Mais le préalable devait d’abord en être la mise au pas de la communauté italienne locale, ce dont les fascistes avec leur savoir faire expéditif s’acquitteraient&nbsp;sans difficulté par la violence des squadristes et l’intimidation, afin de se débarrasser des notables, dénoncés comme francs maçons ou juifs, et des opposants, particulièrement communistes, en infiltrant toutes les organisations communautaires, à commencer par celles des anciens combattants,&nbsp;en y plaçant à leurs têtes leurs hommes liges.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La communauté italienne pousse son avantage</h2>



<p>C’est ainsi que la communauté italienne de Tunisie fut embrigadée au point de faire défiler les enfants des écoles vêtus de chemises noires devant le palais du Bey. Mais il faut dire que les fascistes bénéficièrent de la complaisance des autorités françaises qui ne firent rien pour s’y opposer, peut être en vertu de la vision coloniale faisant considérer l’indigène comme l’ennemi radical de la race, et l’Européen comme l’allié naturel dont il faut s’assurer l’appui, et avec la montée du nazisme elles se trouvèrent d’autant moins dans l’opportunité de le faire, dans l’illusion de prévenir le rapprochement qui devait s’avérer inévitable entre les deux partenaires de l’Axe malgré la cession à l’Italie de Benguela et de la bande d’Aouzou, ainsi que d’une part substantielle des actions de la société du chemin de fer de Djibouti.</p>



<p>Dans cette relation conflictuelle dont l’enjeu était un même territoire colonial, le contrôle de l’élément autochtone, par le ralliement ou la répression, devenait inévitablement un facteur critique. C’est là que le facteur du panislamisme devait entrer en jeu.</p>



<p>En 1911, l’Italie avait conquis la Libye au détriment de l’empire Ottoman, une constitution libérale qualifiée de <em>statuto</em> avait été octroyée aux populations occupées, qui lui avait valu les éloges des thuriféraires de l’islam, en particulier le célèbre Chakib Arsalan.&nbsp;Mais la pacification n’y avait été obtenue que plusieurs années après au prix d’une répression implacable que les fascistes avaient menée jusqu’à son terme lors de leur accession au pouvoir,&nbsp;en abolissant le <em>statuto</em>.</p>



<p>Néanmoins, lors de son voyage à Tripoli en 1937, Mussolini s’était fait offrir par le Cheikh El Islam&nbsp;une épée, et il avait promis en la brandissant que l’Italie prendrait la tête des musulmans et les aiderait à se débarrasser du joug de l’impérialisme, évidemment anglais et français.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Destouriens et le fascisme : un marché de dupes </h2>



<p>Dans quelle mesure le gouvernement italien recruta-t-il des agents tunisiens et essaya-t-il d’instrumentaliser le Destour puis le Néo Destour contre la France? Il est difficile de le savoir. Le Cheikh Abdelaziz Thaalbi avait déjà bénéficié de l’hospitalité italienne à partir de 1923.</p>



<p>Néanmoins, l’affaire de la lettre d’Anfuso, le chef de cabinet du ministre italien des Affaires étrangères, et celle d’Ali Chérif, le speaker de Radio Bari, impliquèrent Habib Bourguiba immédiatement avant son arrestation le 9 avril 1938. Fût-ce une grossière&nbsp;provocation?</p>



<p>Le témoignage d’un dénommé Ciucci, un agent secret italien, indiquait des contacts réguliers avec Bourguiba et Salah Ben Youssef (italianisé en Salà), durant sa détention à la prison de Teboursouk. C’est Klaus Barbie cependant qui, cinq années après, libéra finalement les prisonniers destouriens à Lyon et les expédia à Rome, où ils furent reçus avec les honneurs dus à des chefs d’Etats. Mais en 1943 après le débarquement américain et&nbsp;le reflux&nbsp;d’Egypte et de Libye, les jours de l&rsquo;Axe en Tunisie s’avéraient comptés, et Bourguiba posa comme contrepartie à toute collaboration la reconnaissance pleine et entière du pays, ce que les Italiens n’acceptaient&nbsp;bien&nbsp;sûr pas. Et le discours qu’il prononça, transmis par Radio Bari, fut purement protocolaire.</p>



<p>Il demeure nécessaire de connaître les raisons ayant poussé les Allemands à envoyer Bourguiba s’entendre avec les Italiens alors que leurs armées occupant la Tunisie, le pouvoir de décision leur revenait. Mais après l’invasion de la zone libre, et la suppression du gouvernement de Vichy, ils espéraient mobiliser la population tunisienne en leur faveur, et le Néo Destour pouvait le leur assurer,&nbsp;d’autant qu&rsquo;entre novembre 42 et mai 43, date de la capitulation de la Wehrmacht en Tunisie, il avait eu toute latitude pour s’implanter et prendre la rue en main, face à une administration française dénuée de tout pouvoir .</p>



<p>A ce jeu complexe, d’aucuns du Néo Destour&nbsp;se prêtèrent à la collaboration avec les nazis, d’autres regroupés autour du Bey Moncef, du gouvernement Chenik, et de membres de l’ancien Destour, préférèrent s’adresser aux Anglo-américains, ce qui était plus sage;&nbsp;dans sa lettre adressée à Roosevelt, il demanda simplement aux Américains de ne pas détruire le pays et d’épargner la population.</p>



<p>Il n’est pas ici opportun de critiquer l’action des membres de <em>Tunis Journal</em> ou de <em>Ifriquiya El Fatiyya</em>, ni de l’association des jeunes musulmans ou de la jeunesse mohammadienne. Mais de l’aveu même du Dr Slimane&nbsp;Ben Slimane, tout le monde était totalement acquis à la cause de l’Allemagne nazie qui avait battu la France, qui n’avait pas élevé de revendications territoriales et qui prétendait combattre le judaïsme international.</p>



<p>En dépit de cela, le Bey Moncef refusa le plan de mobilisation générale proposé par Rahn et ses séides, ce qui ne l’empêchera pas d’être déposé et déporté par des Français revanchards qui voulaient faire oublier le collaborationnisme de l’administration de Vichy. On lui reprocha d’avoir décoré un groupe de nazis sur proposition de l’Amiral Esteva, le résident général français, quelques jours avant l’arrivée des Anglo-américains à Tunis.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8C7UL0twsI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/29/quest-ce-qui-relie-meloni-mussolini-et-la-mort-des-refugies-en-mediterranee/">Qu’est-ce qui relie Meloni, Mussolini et la mort des réfugiés en Méditerranée ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Qu’est-ce qui relie Meloni, Mussolini et la mort des réfugiés en Méditerranée ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/29/quest-ce-qui-relie-meloni-mussolini-et-la-mort-des-refugies-en-mediterranee/embed/#?secret=Nb752YMoK1#?secret=8C7UL0twsI" data-secret="8C7UL0twsI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>On peut évidemment critiquer l’auteure du livre pour avoir exprimé un point de vue faisant la part belle aux communistes, et surtout à mon avis pour avoir tu le facteur sioniste qui pouvait expliquer beaucoup de choses. En effet, si le Haj Amine Husseini s’est placé sous la coupe des nazis, ce n’est pas par antisémitisme mais par patriotisme qu’il l’a fait, tout simplement du fait de l’immigration juive massive en Palestine, armée et financée par les sionistes anglais et américains. Mais en se faisant l&rsquo;outil du panislamisme germano-italien il a tenté de se mêler des luttes intestines tunisiennes, à l’instigation des Allemands évidemment pour affaiblir Bourguiba dont l’intransigeance sur la question de l’indépendance indisposait les Français et les Italiens, mais son influence est demeurée marginale, et ses alliés du moins sur le plan idéologique du vieux Destour se sont finalement détournés du fascisme en faveur des Anglo-américains, preuve s’il en est que la défense de l’islam n’est pas univoque, et que le panislamisme n’a jamais été qu’un outil entre les mains des grandes puissances dans la réalisation de leurs objectifs impérialistes.</p>



<p>L’auteure semble par ailleurs suggérer que le cabinet Chenik avec le Dr Mahmoud El Materi et les vieux destouriens sont ceux qui finalement en appréciant la situation à sa juste valeur, et en convainquant le bey de choisir le camp des alliés, ont le mieux rendu service à la cause de la liberté, mais cette thèse n’a jamais été celle ayant prévalu dans le pays après l’indépendance, il est vrai sous l’égide du parti unique et de Bourguiba.</p>



<p>L’éventuelle perte d’influence du Néo Destour après la guerre&nbsp; ne semble pas corroborée par les faits, pas plus qu’une émergence du parti communiste et des syndicats. Malgré le courage et les sacrifices des communistes, Arabes mais aussi Italiens, Français, et même Espagnols, le parti nationaliste n’a eu que rarement un rayonnement important et n’a pas pesé sur le cours des événements en dehors de quelques grèves durement réprimées ou d’actes de sabotage&nbsp;.</p>



<p>Quant aux syndicats, le plus important, l’UGTT, est demeuré organiquement lié au Néo Destour et joua plus tard un rôle important dans la résolution du conflit pour le pouvoir au bénéfice de Bourguiba en 1955 et 1956, qui, lui, a survécu avec la caution américaine,&nbsp;contrairement à Mussolini, exécuté à la fin de la guerre.</p>



<p>En conclusion, il semble évident que les liens entre le Néo Destour et le gouvernement fasciste italien aient été multiples, il n’aurait pas pu en être autrement, et en 1937 avec la guerre d’Espagne et la guerre d’Ethiopie, la résurrection de l’Allemagne et les revendications italiennes en Méditerranée, les jours de la France en Afrique du Nord paraissaient comptés, et aucun mouvement de libération nationale responsable ne pouvait l’ignorer. La moindre des choses à faire était donc de prendre des gages sur l’avenir auprès de la puissance qui risquait d&rsquo;occuper le pays, l’Italie.</p>



<p>Les évènements ont fait qu’en fin de compte, la volonté italienne n’ait pas prévalu face à celle de l’Allemagne seule dotée de la véritable puissance militaire et qui n’a jamais livré la Tunisie aux ambitions de son alliée, mais y a respecté la prépondérance française pour des raisons stratégiques et militaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La stratégie complexe de Bourguiba pour obtenir l&rsquo;indépendance </h2>



<p>Tout compte fait, Bourguiba, et contrairement à ce qu’il a voulu faire croire après l’indépendance concernant son infaillibilité, s’est trompé en se compromettant avec les Italiens qui eux-mêmes ont été bernés par les Allemands, mais il ne collabora pas avec ces derniers, et ne joua jamais la carte du panislamisme contrairement à ses adversaires du Vieux Destour qui après l’avoir fait, firent volte face finalement en faveur de la France et des alliés. Et surtout il ne transigea pas sur l’objectif qu’il s’était assigné, celui de l’indépendance, face aux Allemands, aux Italiens, et aux Français, auxquels il ne cessa de faire miroiter, tour à tour, les avantages qu’ils retireraient en accordant à la Tunisie l’autodétermination. Mais, dans cette affaire, qui ne s’est pas trompé, à commencer par les Français qui pensaient neutraliser Mussolini par quelques concessions, ou bien les communistes que le pacte germano-soviétique a placés pendant quelque temps dans le camp des nazis, ou enfin ces derniers surpris par l’imprévisibilité et la faiblesse militaire de leurs alliés italiens battus par les modestes grecs?</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="a1p2l9ZDOX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/07/giorgia-meloni-le-fascisme-et-nous/">Giorgia Meloni, le fascisme et nous</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Giorgia Meloni, le fascisme et nous » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/07/giorgia-meloni-le-fascisme-et-nous/embed/#?secret=kqyCKyi7dx#?secret=a1p2l9ZDOX" data-secret="a1p2l9ZDOX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Tout compte fait, les seuls à ne pas s’être trompés sont les Anglo-saxons&nbsp;qui ont mené la guerre à leur propre rythme en adoptant la stratégie gagnante, celle de la victoire en Méditerranée sur l’Axe et la conquête préalable de l’Italie à partir du territoire tunisien avant l’assaut de la forteresse Europe. Mais mise à part la collaboration logique du Néo Destour avec l&rsquo;Italie, contre la colonisation française, qui avait mené à la famine et aux épidémies, prétendait déposséder de leurs terres 300.000 fellahs ruinés, et dont l’occupation était devenue insupportable par l’injustice et les horreurs qu’elle impliquait, l’important est que, en dépit de tout, le pays soit toujours demeuré une terre dont la population n’a jamais partagé de haine contre les étrangers ou les minorités, la seule haine systématisée ayant été imposée par les lois de Vichy, celles importées par la puissance occupante.</p>



<p>Enfin, pour en revenir à l’époque actuelle, celle du XXIe siècle, au moment où l’Italie sous l’égide d’un Premier ministre fasciste (Giorgia Meloni, Ndlr) se glorifiant de l’exemple de Mussolini prétend avec la caution de l’Europe établir de nouveaux rapports avec notre pays qui ont pour thème l’immigration, le contrôle des frontières, et l’aide économique, il est peut-être salutaire de se remémorer que ces mêmes thèmes avaient signifié pour le fascisme italien, il y a un siècle, l’annexion de notre pays et son ouverture une colonisation italienne intensive.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Médecin de libre pratique.</em></p>



<p><strong><em>‘‘La Méditerranée fasciste’’, de Juliette Bessis, éd. Karthala, Paris, 1<sup>er</sup> janvier 1981, 412 pages.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/09/la-mediterranee-fasciste-bourguiba-et-mussolini-ou-le-marche-des-dupes/">‘‘La Méditerranée fasciste’’: Bourguiba et Mussolini, ou le marché des dupes</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>Au-delà de la grande histoire : Ali Darghouth, le compagnon de lutte de Bourguiba</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/16/au-dela-de-la-grande-histoire-ali-darghouth-le-compagnon-de-lutte-de-bourguiba/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Apr 2023 10:38:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[9 avril 1938]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Darghouth]]></category>
		<category><![CDATA[Chedly Darghouth]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hédi Lakhoua]]></category>
		<category><![CDATA[Moncef Darghouth]]></category>
		<category><![CDATA[Néo Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Darghouth]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Darghouth]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Hommage à  Ali Darghouth, un militant de la cause nationale tunisienne dont ne nom est tombé dans l'oubli. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/16/au-dela-de-la-grande-histoire-ali-darghouth-le-compagnon-de-lutte-de-bourguiba/">Au-delà de la grande histoire : Ali Darghouth, le compagnon de lutte de Bourguiba</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Il y a quelques jours, le 9 avril 2023, la Tunisie a célébré la journée nationale des martyrs. Une occasion pour rendre hommage à tous les militants de la cause nationale, qu’ils soient des martyrs ou pas. Et, surtout, aux militants dont les noms sont tombés dans l’oubli, comme Ali Darghouth. Son fils retrace ici son parcours.    </em></strong></p>



<p>Par <strong>Salah Darghouth</strong> *</p>



<span id="more-7464863"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Salah-Darghouth.jpg" alt="" class="wp-image-347653"/></figure>
</div>


<p>Le 9 avril de l’année 1938, la population de Tunis est descendue en masse dans la rue à l’appel du Parti du Néo-Destour pour réclamer à la France des droits et l’institution d’un parlement tunisien représentatif.&nbsp;</p>



<p>Mon père Allala (né Ali) était l’un des leaders du parti ayant préparé, conduit et pris le devant de ces manifestations.</p>



<p>Le matin de cette journée, il fait partie de la délégation qui est allée voir le Grand Vizir Hédi Lakhoua pour recevoir la réponse du Bey aux revendications qu’ils avaient exposées à ce dernier trois jours auparavant dans son palais d’Hammam-Lif. A l’issue de cette rencontre où ils apprennent que le Bey refuse de prendre position. Mon père se lance dans un discours mobilisateur appelant les contestataires à <em>«ne pas céder et à continuer le mouvement jusqu’à ce que nous obtenions totale satisfaction»</em>.</p>



<p>De là, il rejoint les autres leaders du parti pour diriger et encadrer les manifestations qui se répandent dans tous les quartiers de la capitale.</p>



<p>La journée se termine dans le sang. Le bilan est lourd. Les forces de l’occupation française tirent sur la foule tuant plus de vingt manifestants et blessant près de deux cents.&nbsp;</p>



<p>Mon père réussit quand même à rentrer chez lui. Sa maison est située au cœur de la Médina de Tunis tout près des souks et de la place de la Kasbah.</p>



<p>Le lendemain, à l’aube, une vingtaine de policiers français se présentent chez lui. Ils défoncent les deux portes de la maison, l’une donnant sur la Rue Saida-Ajoula et l’autre sur la rue parallèle de Sidi Ben Arous.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="543" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-5.jpg" alt="" class="wp-image-7465130" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-5.jpg 800w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-5-300x204.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-5-768x521.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-5-580x394.jpg 580w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Ne jamais se soumettre</h2>



<p>A peine a-t-il eu le temps de glisser sa Jebba qu’il est menotté manu-militari et conduit de force vers le commissariat central de Tunis où sont déjà entassés des dizaines de leaders du parti dont son chef Habib Bourguiba.</p>



<p>Mon cousin, Docteur Moncef Darghouth était présent le jour de son arrestation. Il témoigne : <em>«Oust Eddar </em>(le grand patio central de la maison) <em>était plein de monde. D’un côté, nous, les membres de la famille. De l’autre, les policiers français. D’un pas sûr, la tête haute, se dirigeant vers la Skifa, l’oncle Allala se tourne vers son fils pour lui dire en haussant la voix et en français ‘‘Courage Tahar. Tiens bon. Ne t’inquiète pas pour moi’’. Vous vous rendez compte&nbsp;! Il lance de tels propos alors que c’est lui qui part vers l’inconnu. La vérité est que pour ceux qui l’ont connu, comme moi, ce n’était que le reflet de sa bravoure&nbsp;habituelle. Pour lui, il faut résister à tout prix et ne jamais se soumettre».&nbsp;</em></p>



<p>Il ne reviendra chez lui que 5 années plus tard. Cinq années passées d’abord dans les prisons civiles et militaires de Tunis et de Téboursouk en Tunisie et ensuite dans la geôle du Haut-Fort Saint-Nicolas de Marseille, avant d’être envoyé en exil à Saintes-Maries-de-la-Mer en Camargue.</p>



<p>Cette longue période d’incarcération et de déportation a coïncidé avec celle de la déflagration et l’expansion de la Deuxième Guerre Mondiale à travers le monde y compris en Afrique du Nord.</p>



<p>C’est ainsi que le champ de bataille de cette guerre se déplace vers la Tunisie pour donner lieu à <em>«la Campagne de Tunisie»</em> qui va durer 7 mois (de novembre 1942 à mai 1943).</p>



<p>Lors de cette campagne, les combats ont été féroces. Ils ont opposé des centaines de milliers de soldats appartenant d’un côté aux forces alliées britanniques, américaines et françaises et de l’autre aux forces de l’Allemagne nazie et de l’Italie.</p>



<p>La <em>«grande histoire»</em> invoque les milliers de soldats étrangers tués lors de cette campagne. Elle fait abstraction de la mort des soldats tunisiens engagés aux côtés des forces françaises et allemandes et plus encore des pertes collatérales auprès des civils tunisiens.</p>



<p>C’est dans ce contexte qu’à quelques mois de sa libération, mon père reçoit l’effroyable nouvelle concernant son épouse Zakia (née El Khalsi). Ella Zakia vient d’être touchée mortellement par un bombardement aérien. En toute vraisemblance, il s’agissait d’un bombardement anglais visant une base allemande située à proximité de la maison des parents où résidait Zakia, en attendant le retour espéré de son mari des terres d’exil.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-1024x710.jpg" alt="" class="wp-image-7465147" width="800" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-1024x710.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-300x208.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-768x532.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-580x402.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-860x596.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4-1160x804.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-4.jpg 1275w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;abnégation dans la lutte</h2>



<p>A son retour à la mère-patrie et à l’instar de ses compagnons de lutte, mon père a est accueilli en héros. La <em>«driba»</em> de la maison étaient constamment bourrée de militants du parti qui se bousculaient pour venir lui souhaiter la bienvenue et lui faire part de leurs admiration, reconnaissance et respect.</p>



<p>Toutefois, la vérité était qu’au niveau personnel, mon père se sentait diminué physiquement, atteint entre autres d’un diabète avancé mal soigné. Plus encore, il était également profondément affecté par le vide que lui a laissé la mort subite de son épouse Zakia.</p>



<p>Son fils, mon frère, Tahar Darghouth, devenu entre-temps professeur de mathématiques, fait tout ce qui est en son pouvoir pour l’aider à remonter la pente. Il l’encourageait surtout refaire sa vie, à se remarier tout en poursuivant son engagement politique auprès du parti du Néo-Destour.</p>



<p>Deux années après son retour d’exil, il épouse ma mère, Ouacila (née Bouaziz).</p>



<p>Au bout de quatre années de vie ensemble, des années dont ma mère a toujours parlé comme étant les plus heureuses de sa vie, l’état de santé de mon père se détériore et de plus en plus gravement.</p>



<p>Les militants du Parti défilent à la maison pour venir à son chevet. Parmi eux, le futur président Bourguiba. A ce propos, ma mère me confie&nbsp;: <em>«Si Habib s’approche de son lit de mort et lui dit&nbsp;: ‘‘Si Ali, comme vous voyez, vous êtes chez vous, entouré par tant de proches et militants qui vous doivent tant d’amour, d’admiration et de respect. Quant à moi, qui sait&nbsp;? Il se peut que j’aille finir ma vie dans cette même cellule où nos mains étaient attachées à la même menotte lors de nos incarcérations ensemble»</em>.</p>



<p>Quelque temps après, en décembre 1949, mon père décède, laissant derrière lui une jeune veuve, ma mère, Ouacila (20 ans) avec deux bébés à charge, mon frère, Kamel, et moi.</p>



<p>Le lendemain, des funérailles nationales sont organisées. Le cercueil du militant Ali Darghouth enveloppé du drapeau tunisien est porté sur les épaules des militants du Parti du Néo-Destour et ce, tout le long du parcours séparant sa maison au cœur de la Medina du cimetière du Djellaz à l’autre bout de la capitale.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-1024x718.jpg" alt="" class="wp-image-7465158" width="800" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-1024x718.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-300x210.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-768x539.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-580x407.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-860x603.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth-1160x814.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/04/Ali-Darghouth.jpg 1260w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<p>Emu, debout devant son cercueil, le président Bourguiba prononce un discours lui rendant hommage pour son héroïsme et son abnégation dans la lutte pour la libération de la Tunisie du joug du colonialisme français.&nbsp;</p>



<p>Mon père n’a pas eu la chance d’assister à la proclamation de l’Indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956, à l’institution de la République, le 25 juillet 1957, et au parachèvement de la nationalisation de toutes les terres qui étaient aux mains des colons français, le 12 mai 1964.</p>



<p>Cette dernière phase de libération nationale aurait eu pour mon père une signification très particulière. Son père, Chedly Darghouth qui était un militant d’avant-garde au sein du parti Destour de Abdelaziz Thaalbi, dans les années vingt du siècle dernier, s’était notamment distingué par son leadership et ses écrits dans les luttes menées contre l’accaparation des terres des fellahs tunisiens par les colons français.</p>



<p><em>* Ex-cadre de la Banque Mondiale à Washington, Etats-Unis.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/16/au-dela-de-la-grande-histoire-ali-darghouth-le-compagnon-de-lutte-de-bourguiba/">Au-delà de la grande histoire : Ali Darghouth, le compagnon de lutte de Bourguiba</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Nov 2022 06:23:04 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Bella]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Rahmouni]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Néo Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Thala]]></category>
		<category><![CDATA[Zitouna]]></category>
		<category><![CDATA[Zitouniens]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ahmed Rahmouni, patriote ou traître, piétiné dans le conflit existentiel ayant opposé Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/">Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>C’est l’histoire d’un clerc pris dans la tourmente de l’Histoire&nbsp;: Ahmed Rahmouni, patriote ou traître, piétiné dans le conflit existentiel ayant opposé, au milieu du siècle dernier, les deux «frères» ennemis&nbsp;: Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef. &nbsp;&nbsp;&nbsp;</em></strong></p>



<p>Par<strong> Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-4885071"></span>



<p>Il y avait eu au début du siècle dernier la guerre civile en Irlande entre les partisans de Michaël&nbsp; Collins,&nbsp;et ceux de Simon De Valera à propos de l’autonomie concédée par les Britanniques au premier et l’indépendance totale et immédiate exigée par le second.</p>



<p>Plus près de nous, au milieu du siècle dernier, le conflit entre le Bureau politique du Néo Destour et son secrétariat général, Salah Ben Youssef, demeure pour tous ceux qui ne l’ont pas vécu personnellement, ou à travers les souffrances endurées par leurs familles et leurs proches, une abstraction plus que l’Histoire elle-même. Habib Bourguiba a tenté de l’enfouir au plus profond de l’inconscient collectif du pays et Zine El Abidine Ben Ali, en réhabilitant le vaincu, a pensé asseoir son pouvoir en clôturant définitivement un sujet toujours gênant.</p>



<p>Le parti Ennahdha, en rouvrant&nbsp;le dossier des victimes au nom du droit des familles à la justice et à la vérité, a tenté sournoisement de remettre en question la légitimité politique de Bourguiba en se situant dans l’alternative que l’exercice personnel du pouvoir et la narration unique officielle de l’Histoire ont escamotée. Et dans ce sens le récit biographique de Ahmed Rahmouni doit&nbsp; être perçu non pas comme la réhabilitation des idées politiques des vaincus, mais comme plutôt un exemple de ces <em>«subaltern studies»</em> qui, dans les années 80 du siècle dernier, dans les universités américaines, avaient tenté de fournir une version de l’Histoire autre que celle des guerriers, des princes et des rois, dans les pays décolonisés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Combat pour le pouvoir</h2>



<p>L’auteur a donc recueilli les témoignages écrits issus de l’administration coloniale et beylicale, et oraux des habitants, des témoins, des familles, pour démontrer que la lutte de libération nationale, si on peut appeler cela ainsi, avait été la plupart du temps un combat pour le pouvoir entre les différentes composantes de l’élite autochtone.</p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="WrCG185I3D"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/">La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/embed/#?secret=MSO24jNt6U#?secret=WrCG185I3D" data-secret="WrCG185I3D" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p>En ce sens, le Cheikh Ahmed Rahmouni, originaire de Foussana dans le district de Thala à 20 kilomètres de la frontière algérienne, constitue un cas peu ordinaire parce qu’étant d’extraction paysanne et issu d’une région reculée du pays, rien ne le destinait à devenir professeur à la prestigieuse université de la Zitouna de Tunis. Et en effet, en général, seuls les rejetons des familles tunisoises les plus prestigieuses, les <em>«baldiya»</em>, y occupaient les plus hautes fonctions et cela fournissait ainsi la preuve que l’égalitarisme de l’islam et l’idée intrinsèque de justice que son enseignement sous-tend n’y étaient pas tenus en particulière estime.</p>



<p>Le Cheikh Rahmouni pense n’avoir dû sa réussite qu’au hasard, la présence inattendue du Cheikh Mohamed Tahar Ben Achour durant son exposé de thèse et son commentaire élogieux ayant emporté l’adhésion du jury.</p>



<p>Après cela, le Cheikh avait adhéré à l’Association des Jeunes Musulmans, à la Voix de l’Étudiant&nbsp;Zitounien, et il avait créé de nombreuses écoles coraniques (pas dans le sens des medersas pakistanaises) pour lutter contre l’analphabétisme, ainsi que la section de la Zitouna à Thala qui serait reconnue après trois années d’activités par l’administration publique. Il était ainsi devenu une personnalité de premier plan dans la région de Thala. Cela ne l’avait pas empêché de connaître des démêlés avec quelques uns de ses collègues, et d’être accusé par eux de malversations financières, mais l’administration de la Zitouna se rangea de son côté et le disculpa.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ceC44RBVbJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/01/peut-on-rehabiliter-ben-youssef-sans-vouer-bourguiba-aux-gemonies/">Peut-on réhabiliter Ben Youssef sans vouer Bourguiba aux gémonies ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Peut-on réhabiliter Ben Youssef sans vouer Bourguiba aux gémonies ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/01/peut-on-rehabiliter-ben-youssef-sans-vouer-bourguiba-aux-gemonies/embed/#?secret=4AvEHEHCPO#?secret=ceC44RBVbJ" data-secret="ceC44RBVbJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Cependant cette affaire ne faisait qu’annoncer&nbsp;les luttes personnalisées&nbsp;que les différends politiques dans la région cèleraient. Il faut dire que le Cheikh Rahmouni faisait aussi partie du Bureau politique du Destour (l’ancien) et dans les années 50, il s’était opposé à la politique de conciliation avec l’administration du protectorat&nbsp; lorsque le Néo Destour avait participé au gouvernement de Mhamed Chenik et que le portefeuille de la Justice avait été confié à&#8230; Salah Ben Youssef.</p>



<p>Ce dernier ne s’était pas fait faute de rappeler aux Zitouniens&nbsp;qu’ils ne constituaient qu’une composante du mouvement national aux nécessités duquel ils devaient se soumettre, en abandonnant l’agitation politique lorsque la situation l’exigeait, comme c’était alors le cas. Et Ahmed Rahmouni avait répliqué qu’ils ne recevraient d’ordre de personne et qu’ils gardaient leur autonomie de décision.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De volte-face en scissions</h2>



<p>Cependant ces frictions disparurent lorsque le Néo Destour, se rendant compte de l’inanité des discussions avec les autorités coloniales, opta pour la lutte armée en janvier 1952, après l’interdiction de son congrès. Des hommes comme Lazhar Chraiti, un ancien de la guerre de Palestine de 1948, Sassi Lassoued et Mahjoub Ben Ali prirent le maquis dans les montagnes de Gafsa et de Kasserine au nom de ce qu’on a appelé l’Armée nationale de libération.</p>



<p>Si des soldats, des gendarmes et des colons français furent tués, la chasse aux collaborateurs fit de nombreuses victimes innocentes tunisiennes à l’instar de Saïd Ben Mohamed de Afrane. Et naturellement le Cheikh Rahmouni ne se faisait pas faute d’apporter toute l’aide qu’il pouvait aux maquisards, logistique et financière.</p>



<p>Cependant, avec l’année 1954, le Néo Destour opérait un nouveau revirement en faveur de la reprise des discussions avec la France et les cellules du parti disséminées à travers tout le pays étaient chargées de mettre au pas les récalcitrants dont le Cheikh Rahmouni faisait partie, en usant au besoin de la manière forte.</p>



<p>Ainsi plusieurs représentants du courant zitounien, tel Abdelkarim Gamha, étaient assassinés, et&nbsp;Rahmouni craignant pour sa vie finissait par démissionner du bureau politique de l’ancien Destour, et les maquisards étaient obligés de remettre leurs armes aux autorités françaises comme condition préalable à l’ouverture des négociations.</p>



<p>En fin de compte, les accords sur l’autonomie interne étaient signés en 1955, mais le Cheikh Rahmouni se trouvait en butte à l’hostilité déclarée&nbsp;du représentant local du Néo Destour à Thala, Mohamed Ben Lamine, qui ne manquait&nbsp;pas une occasion de le dénigrer. Et quand celui-ci fut nommé comme sous-préfet, les ennuis commencèrent. Mais entre septembre 1955 et octobre 1956 la Tunisie connaissait une terrible crise politique avec l’affrontement entre Bourguiba et Ben Youssef, qui estimait que les accords sur l’autonomie&nbsp;interne étaient une grave erreur, la quasi scission du parti, et les affrontements entre les militants de factions rivales du même parti.</p>



<p>Le Cheikh, accusé d’empêcher les Zitouniens&nbsp;de participer aux réunions du Néo Destour (clan de Bourguiba), se retrouva une première fois en prison pour une semaine, puis une seconde fois pour un mois parce qu’on l’avait accusé d’avoir participé au congrès général de la Zitouna en présence de Salah Ben Youssef.</p>



<p>Finalement, l’accusation se révélant infondée, il fut muté à Tunis, en tant qu’enseignant en 1956 et quelques mois après, il était accusé sur&nbsp;dénonciation d’un étudiant d’attenter à la sûreté de l’Etat et de dénigrer des ministres du gouvernement tunisien durant ses cours, ce qu’il a toujours nié, quoique les paroles rapportées eussent bien reflété le fond de sa pensée, et il eut fort bien pu les avoir proférées. En 1956, il était condamné à trois années de prison mais, gracié&nbsp;9 mois avant l’échéance de sa peine, il fut réintégré dans l’enseignement public parce qu’un autre contestataire, Ahmed Soua, lui-même condamné, l’avait été.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’affaire du complot</h2>



<p>Les choses ne devaient pas en rester là. En décembre 1961, après l’assassinat de Salah Ben Youssef et les évènements de Bizerte, il était de nouveau arrêté en compagnie d’un groupe de militaires et de civils comprenant entre autres les maquisards Lazhar Chraiti et Sassi Lassoued et le Zitounien Abdelaziz El Akremi, considéré comme l’âme de la conspiration. Tous étaient accusés de complot en vue de changer le régime politique par la force et d’assassiner le chef de l’Etat.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="1sO7hbe7y2"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/18/habib-bourguiba-et-salah-ben-youssef-devant-le-tribunal-de-lhistoire/">Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef devant le tribunal de l’Histoire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef devant le tribunal de l’Histoire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/18/habib-bourguiba-et-salah-ben-youssef-devant-le-tribunal-de-lhistoire/embed/#?secret=T0v3lJQm0b#?secret=1sO7hbe7y2" data-secret="1sO7hbe7y2" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Durant les interrogatoires le Cheikh Rahmouni&nbsp;était étiqueté comme yousséfiste, ce qui revenait à trop simplifier les choses. L’enquête devait démontrer l’amateurisme des conjurés qui se réunissaient dans des cafés et dont les uns pensaient que la révolte devrait débuter dans les montagnes et s’étendre ensuite sur tout le pays alors que les autres ne savaient pas ce qu’ils feraient une fois qu’ils se saisiraient&nbsp;du président, ou s’il fallait ou non pilonner le palais présidentiel avec les chars.</p>



<p>Rahmouni parlait, lui, de l’aide d’un pays étranger, sans doute l’Algérie. Et évidemment dans tout cela on ignorera toujours de quel régime politique la Tunisie aurait été dotée si le complot avait réussi. Mais c’est l’un des conjurés, Ali Ben Belgacem, qui sans doute pris de panique, s’empressa de dénoncer le complot que la sûreté&nbsp;de l’Etat n’avait pas pu découvrir.</p>



<p>Il est certain que toutes les personnes impliquées furent torturées et les aveux obtenus demeurent donc hypothétiques. Durant un procès qui rappelait le livre de Kafka, des avocats nommés d’office (aucun membre du barreau ne voulut faire partie de la défense) se déclarèrent honteux de devoir défendre des <em>«traîtres»</em> et en fin de compte ils convainquirent leurs clients d’exprimer leur repentir et de solliciter la clémence du président .Ce fut peine perdue et leurs espoirs furent déçus. Douze personnes furent condamnées à mort dont sept militaires, et parmi elles dix furent exécutées à peine un mois après les faits. Seuls Moncef El-Materi, futur père de Sakhr, et un certain Guiza, virent leurs peines commuées sur intervention de Wassila, l’épouse du président.</p>



<p>Visiblement Bourguiba avait été désireux d’en finir rapidement et de tourner la page et il ne voulait pas que ce procès devienne une tribune contre son pouvoir en expliquant pourquoi l’élite de l’armée, issue de Saint Cyr, associée à des maquisards et à des Zitouniens imbus de leurs privilèges, avait tenté de l&rsquo;assassiner.&nbsp;Cela ne l’empêcha pas d’accuser Ahmed Ben Bella, à qui il reprochait d’accueillir les Yousséfistes en Algérie, et les communistes qui n’avaient absolument rien eu à&nbsp;voir dans la conjuration. Bourguiba tentait ainsi de retirer les dividendes politiques de l’affaire en restreignant les libertés, et en déblayant le terrain de toute opposition organisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une bien tardive réhabilitation</h2>



<p>En 2013, les restes de feu Ahmed Rahmouni furent découverts à Tunis grâce à une analyse ADN et ré-inhumés à Thala dans une atmosphère de grande ferveur populaire, preuve s’il en est, même post mortem, que, au moins chez lui, il ne fut jamais tenu pour un traître mais plutôt, si ce n’est pour un héros, du moins pour une victime de l’injustice; pas celle de la justice ni de Bourguiba, la réalité de la participation au complot étant indubitable, mais des circonstances, qui ont fait qu’entre Bourguiba et Ben Youssef, il fallût faire un choix, et que celui qui ne fût&nbsp;pas l’ami fût l’ennemi. Mais les souvenirs ne s&rsquo;estompent pas facilement face à l’Histoire officielle.</p>



<p>Pour conclure, qui Ahmed Rahmouni fut-il ? En dépit des allégations de son avocat, il ne fut pas plus un traître que ne le furent les Décembristes ou les membres de Narodnaia&nbsp; Volia en Russie. Sur la fin de sa vie avec la rédaction en 1961 d’un article sur les juridictions divines et séculières publié dans le premier numéro de la revue ‘‘<em>Al Maarifa</em>’’, d’ailleurs interdit, il sembla glisser vers le radicalisme musulman, et cela peut expliquer dans une certaine mesure la décision fatale qu’il prit de participer au complot. Mais il est non moins certain que la décision de Bourguiba de supprimer le Waqf et d’empêcher ainsi le financement de l’enseignement de la Zitouna lui en a aliéné tous les enseignants en les privant du prestige inhérent à leurs fonctions et en les réduisant au rang de simples fonctionnaires appointés par l&rsquo;Etat.</p>



<p>Cependant il demeure nécessaire de savoir si un enseignement qui consacrait au plus 20% de ses horaires aux matières profanes était nécessaire au nom de la préservation de l’authenticité de la nation et si sa suppression était assimilable aux atteintes à la foi. L’école républicaine gratuite ouverte à tous les enfants quelles que soient leurs origines a en tous cas permis à des millions de Tunisiens une promotion économique et sociale par l’acquisition de compétences modernes par le biais de la langue française, que l’enseignement élitiste de la Zitouna n’aurait jamais permise.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="WrCG185I3D"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/">La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/embed/#?secret=MSO24jNt6U#?secret=WrCG185I3D" data-secret="WrCG185I3D" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Un intellectuel maghrébin&nbsp; affirmait que la langue française était un butin de guerre, et les nationalistes en Inde ont toujours considéré la langue anglaise comme un facteur d’unité dans un pays aux langages multiples et n’ont jamais éprouvé de complexes à l’utiliser, mais en Tunisie l’usage du français a posé problème parce que le pouvoir de la Zitouna était basé exclusivement sur l’expertise dans l’usage des subtilités de la langue arabe.</p>



<p>C’est surtout l’instauration du Code du statut personnel et le laïcisme proclamé de Bourguiba qui en ont scandalisé beaucoup. Mais l’accusation d’apostasie partout dans le monde et tout au long de l’Histoire a souvent servi d’alibi à des frustrations économiques, sociales, ou politiques. On peut considérer que Bourguiba n’y aurait sans doute pas prêté le flanc s’il ne s’était pas attaqué à l’institution de la Zitouna. Il était pressé d’entraîner son peuple vers le modernisme mais celui-ci ne l’était pas et 60 ans&nbsp;après, avec l’irruption du parti Ennahdha et du populisme conservateur sur la scène politique, il s’avère qu’il ne le soit toujours pas et le pays en paie le prix lourd.</p>



<p>Dans ce contexte, on peut donc comprendre sans forcément y agréer&nbsp;la trajectoire de Ahmed Rahmouni, de surcroît en butte aux attaques des petits chefs locaux des cellules du Néo Destour qui dans les régions de l’intérieur ne concevaient pas pour les notables d’autre attitude que la soumission et la pleine coopération avec les autorités.</p>



<p>Ahmed Rahmouni ne fut donc pas un yousséfiste, mais c’est simplement Salah Ben Youssef, à l’origine un moderniste aussi intransigeant que Bourguiba, qui en surfant sur la grande vague du panarabisme nassérien de l’époque a fini&nbsp;par adopter les idées de l’ancien Destour relativement à l’identité nationale, par conviction ou par opportunisme.</p>



<p>Plus simplement, on peut dire que le Cheikh Ahmed Rahmouni, nationaliste destourien (ancien) fier et imbu des principes de l’islam, chassé de sa région par des machinations politiques et emporté dans le tourbillon d’un combat des chefs qui le dépassait, était le membre d’une caste privilégiée en voie de disparition, celle des Zitouniens, et il a choisi de mourir plutôt que vivre dans un pays qu’il ne reconnaissait plus; tout comme le firent les Samouraïs à l’ère Meiji.</p>



<p>C’est en tous cas ce que laisse suggérer la lecture de ce livre dont le mérite est de faire resurgir des brumes de l’histoire et d’expliquer ce destin tragique, qui éclaire d’un jour nouveau une époque cruciale du pays en suscitant l’indulgence et la compassion.&nbsp; &nbsp;</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique</em>.</p>



<p>‘<strong><em>‘Ahmed Rahmouni, son parcours et son destin, dans le sillage du conflit Bourguiba-Ben Youssef (1920-1963)’’, en arabe, du Dr Idris Raissi, préfacé par Dr Mohamed Dhifallah, Sotumedia Editions, Tunis,&nbsp;2018.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/">Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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