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	<title>Archives des prophète Mohamed - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des prophète Mohamed - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Tunisie &#124; La fête du Mouled selon les calculs astronomiques</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Yusra NY]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Aug 2025 19:11:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[calculs astronomiques]]></category>
		<category><![CDATA[Cité des sciences de Tunis]]></category>
		<category><![CDATA[fête du Mouled]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Cité des sciences de Tunis (CST) a annoncé la date de la fête du Mouled, qui commémore l&#8217;anniversaire de la naissance du prophète Mohamed, et ce, selon les calculs astronomiques. Dans son communiqué, la Cité des sciences a précisé que la recherche du croissant de lune de Rabi’ al-Awwal 1447, qui correspondrait au 29e...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/21/cst-tunisie-date-de-la-fete-du-mouled-selon-les-calculs-astronomiques/">Tunisie | La fête du Mouled selon les calculs astronomiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>La Cité des sciences de Tunis (CST) a annoncé la date de la fête du Mouled, qui commémore l&rsquo;anniversaire de la naissance du prophète Mohamed, et ce, selon les calculs astronomiques.</strong></em></p>



<span id="more-17301354"></span>



<p>Dans son communiqué, la Cité des sciences a précisé que la recherche du croissant de lune de Rabi’ al-Awwal 1447, qui correspondrait au 29e jour de Safar 1447, est prévue pour le samedi 23 août, la plupart des pays musulmans ayant retenu comme début du mois de Safar le 26 juillet dernier.</p>



<p>La même source ajoute que l&rsquo;observation du croissant de lune de Rabi&rsquo; al-Awwal 1447 ne sera possible qu’avec un télescope depuis les pays du centre et du sud du continent américain et qu&rsquo;elle sera impossible depuis les pays d’Afrique, d’Europe, ainsi quela plupart des pays d’Asie, étant donné que la conjonction centrale de la lune se produira le samedi 23 août 2025 à 7h06 du matin (heure de Tunis).</p>



<p>Selon les calculs astronomiques, le premier jour du mois de Rabii al-Awal sera fixé au 24 août et la date du Mouled, correspondant au 12 Rabii al-Awal, est donc prévue pour le jeudi 4 septembre 2025, lit-on encore dans le communiqué.</p>



<p>Cependant, la seule partie habilitée à annoncer officiellement la date de l’Aïd est Dar El-Ifta sous la supervision du Mufti de la République, rappelle la Cité des sciences de Tunis.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Y. N.</strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/21/cst-tunisie-date-de-la-fete-du-mouled-selon-les-calculs-astronomiques/">Tunisie | La fête du Mouled selon les calculs astronomiques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>«Assidat zgougou», friandise tunisienne pour célébrer l’anniversaire du Prophète</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/14/assidat-zgougou-friandise-tunisienne-pour-celebrer-lanniversaire-du-prophete/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Sep 2024 12:13:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CONSO]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[graines de pin d’Alep]]></category>
		<category><![CDATA[Mouled]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’«assidat zgougou» est une crème traditionnelle à base de graines de pin d’Alep, servie en dessert ou lors de fêtes religieuses.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/14/assidat-zgougou-friandise-tunisienne-pour-celebrer-lanniversaire-du-prophete/">«Assidat zgougou», friandise tunisienne pour célébrer l’anniversaire du Prophète</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’«assidat zgougou» est une crème traditionnelle à base de graines de pin d’Alep, servie en dessert ou lors de fêtes religieuses. Elle occupe une place particulière dans la culture gastronomique en Tunisie.</em></strong></p>



<span id="more-13983357"></span>



<p>Principalement préparé à l’occasion du Mouled, où anniversaire de la naissance du prophète Mohamed, cette crème n’est pas qu’un dessert, mais un élément clé d’un rituel qui allie foi, tradition et convivialité. Et l’affluence dans les supermarchés ces derniers jours à la recherche des précieuses et chères graines de zgougou, et ce à la veille de la célébration, demain, dimanche 15 septembre, du Mouled, en est une preuve éclatante.</p>



<p>L’<em>«assidat zgougou»</em> doit son nom à son ingrédient principal : les graines de pin d’Alep, plante largement répandue en Afrique du Nord et dans le pourtour méditerranéen.</p>



<p>La transformation de ces graines en une pâte épaisse et savoureuse est une pratique ancrée dans la culture locale, probablement originaire des villages montagnards du nord de la Tunisie, où pousse à l’état sauvage le pin d’Alep.</p>



<p>Cette recette représente la rencontre entre la simplicité des ingrédients de la cuisine traditionnelle et la complexité de la saveur, grâce au mélange de crème de zgougou, de sucre et de farine, agrémenté de crème anglaise et de fruits secs, comme les amandes et les pistaches. Chaque famille tunisienne a sa propre déclinaison, avec ses propres décors de fruits secs, de pistaches et de noisettes concassées mais la préparation du dessert garde toujours un lien avec les racines ancestrales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entre histoire, mythe et légende </h2>



<p>Selon certains, les origines de l’<em>«assidat zgougou»</em> remonteraient à une période de disette en Tunisie, vers la fin du XIX<sup>e</sup> siècle. Confrontés à une grave famine, les Tunisiens ont été contraints de trouver des alternatives aux céréales et se sont donc tournés vers les graines de pin d’Alep, une baie abondante et nutritive.</p>



<p>Une autre légende populaire relie l’apparition de l’<em>«assidat zgougou»</em> à la révolution d’Ali Ben Gedhahom, un chef rebelle tunisien du XIX<sup>e</sup> siècle. Selon cette légende, des femmes tunisiennes, pour soutenir les insurgés et les nourrir discrètement, auraient commencé à préparer ce plat à base de zgougou, un ingrédient facilement transportable et sans méfiance.</p>



<p>L’<em>«assidat zgougou»</em> deviendrait ainsi un symbole de résistance et de solidarité.</p>



<p>Quoi qu’il en soit, dans la culture tunisienne, la consommation de ce dessert lors du Mouled est perçue comme un acte de respect et de dévotion envers la figure du Prophète, mais aussi comme une opportunité de renforcer les liens familiaux et communautaires. Il est courant que les familles échangent des portions de ce dessert en signe de bonne volonté et de partage.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Mémoire d&rsquo;une tradition culinaire</h2>



<p>Préparer ce dessert est un acte qui unit les générations : les recettes se transmettent de mère en fille, préservant la mémoire des anciennes traditions culinaires. Bien que des versions plus modernes soient aujourd’hui disponibles, avec des variantes utilisant des ingrédients supplémentaires ou de nouvelles méthodes de préparation, l’<em>«assidat zgougou»</em> continue de représenter un symbole de la cuisine tunisienne et de sa capacité à perpétuer les traditions. Malgré l’avènement de nouvelles tendances culinaires et l’ouverture aux influences extérieures, l’<em>«assidat zgougou»</em> reste l’un des desserts les plus appréciés et consommés en Tunisie lors du Mouled. Elle est également devenue, ces dernières années, un dessert que l’on retrouve en toutes saisons sur les cartes des restaurants et pâtisseries, tout en conservant son lien profond avec la fête religieuse.</p>



<p class="has-text-align-right"><em>Traduit de l’italien.</em></p>



<p><strong><em>D’après <a href="https://www.ansa.it/ansamed/it/notizie/rubriche/storie_dal_mediterraneo/2024/09/13/assidat-zgougou-il-dolce-tunisino-per-la-nascita-del-profeta_8e2af5dd-e2e5-4bb7-a2e8-c470c190c387.html" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ansamed</a>. </em></strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="bKhJoXSVPS"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/10/tunisie-lassida-zgougou-coutera-cette-annee-250-dinars-pour-chaque-famille/">Tunisie : l’«assida zgougou» coûtera cette année 250 dinars pour chaque famille</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : l’«assida zgougou» coûtera cette année 250 dinars pour chaque famille » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/10/tunisie-lassida-zgougou-coutera-cette-annee-250-dinars-pour-chaque-famille/embed/#?secret=oINcM0lDsi#?secret=bKhJoXSVPS" data-secret="bKhJoXSVPS" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<item>
		<title>‘‘Histoire du Coran’’ : de l’islam de la fin des temps à celui des émirs du Golfe</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/07/histoire-du-coran-de-lislam-de-la-fin-de-la-fin-des-temps-a-celui-des-emirs-du-golfe/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Jul 2024 07:01:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Coran]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
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		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Ubaidallah Ibn Ziyed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quel est le contexte historique, religieux, politique et linguistique de la rédaction di Coran ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/07/histoire-du-coran-de-lislam-de-la-fin-de-la-fin-des-temps-a-celui-des-emirs-du-golfe/">‘‘Histoire du Coran’’ : de l’islam de la fin des temps à celui des émirs du Golfe</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Livre de l’au-delà, le Coran en provient-il ? Ce n&rsquo;est pas à cette question que cet ouvrage s’efforce de répondre, préoccupé par la recherche des éléments matériels qui composent le corpus coranique ainsi que l’analyse de la pensée qui le sous-tend.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-13522065"></span>



<p>Cette recherche a mis à contribution nombre de techniques modernes d’investigation&nbsp;des écrits dans leurs formes et leurs supports (épigraphie, paléographie, radioactivité du Carbone 14), mais aussi dans leurs contenus (philologie, herméneutique), afin de déterminer la teneur des écrits coraniques, le contexte historique, religieux, politique, linguistique, de leur rédaction.</p>



<p>Or il s’avère que la langue utilisée dans le Coran est celle du Hedjaz du VIIe siècle de l’ère Universelle (eU), celle qui a été qualifiée d’authentique claire (<em>fosha</em>), mais dont les règles&nbsp;ont été souvent ignorées au bénéfice des contraintes imposées par la rime. Et elle est parsemée de mots étrangers allant de l’Hébreu et l’Araméen (<em>moshaf, salat, zakat, shahid</em>)&nbsp; au Grec (<em>qostas</em>), et à l’Ethiopien (<em>Jibt, Taghout</em>).</p>



<p>Quant à l&rsquo;écriture arabe cursive arrondie, la plus ancienne semble se situer chez les Nabatéens (Pétra) au 3e siècle eU, contemporaine de l’Etat arabe de Palmyre, inscrite sur de la roche, une écriture graphique d’ailleurs apparentée à celle des Nabatéens, sans voyelles, ponctuations, ni diacritiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Fait religieux et conjoncture historique</h2>



<p>Le nom de Mohamed, fait sa première apparition sur une pièce de monnaie vers 698 eU, soit 66 ans après la Hijra. Et une formule utilisée usuellement de nos jours, telle que <em>«La Ilaha illa Allah Mohamed Rassoul Allah»</em>, gravée sur la mosquée du Dôme du Rocher construit par le Calife Omeyyade Abdulmalak Ibn Marwane, n’avait jusque-là pas eu de précédent, du moins accompagnée du nom du prophète. Seul <em>«La ilaha illa Allah»</em> avait été utilisée. Et il s’avère que des noms tels que Rahmane étaient connus au Yémen au moins deux siècles avant l’apparition de l’islam.</p>



<p>Pour ce qui est de la datation des feuillets du Coran, les plus anciennes se situent entre 599 et 699 eU. Mais il n’y a pas que le Codex et les feuillets, il y a aussi les inscriptions sur les rochers écrites par des particuliers d’une manière angulée qui reproduisent des versets du Coran et qui s’étendent de la Syrie jusqu’à l’Arabie; les versets retrouvés ne sont parfois pas identiques au texte. Plusieurs versets évoquent le prophète Issa (Jésus). Et ce sont les versets les plus courts, ceux de Amma, qui, paradoxalement, manquent.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="YCk6snq32z"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/30/islam-et-science-un-debat-jamais-clos/">Islam et science : un débat jamais clos</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Islam et science : un débat jamais clos » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/30/islam-et-science-un-debat-jamais-clos/embed/#?secret=4TOXlsgXwk#?secret=YCk6snq32z" data-secret="YCk6snq32z" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi la piété populaire dans les 50 années ayant suivi la mort du prophète semble avoir ignoré&nbsp;la <em>Basmala</em> et la <em>Fatiha</em>, ce qui pour un musulman contemporain est surprenant.</p>



<p>Relativement aux thèmes abordés dans le corpus, un paradigme important caractérisant l’islam actuel, <em>«le sceau de la prophétie»</em>, avait été revendiqué par le prophète iranien Mani, fondateur du manichéisme au IIIe siècle eU. Le plus intéressant est que son père était membre de la secte baptiste des Elkasaïtes, pour qui Jésus Christ n’était qu&rsquo;un simple prophète mortel dénué de tout attribut divin, ainsi que le confesseraient&nbsp;plus tard les musulmans.</p>



<p>Quant à des récits tels celui de <em>Ahl El-Kahf</em>, et de <em>Dhu l Qarnayn</em>, c’est dans la littérature syriaque et manichéenne qu’on les retrouve, dans une perspective de fin imminente du monde, la corne étant l’un des attributs de la bête vue en rêve par le prophète de la Bible Daniel, captif à Babylone. Mais si on admet que la croyance en un dieu unique, ainsi que les préoccupations apocalyptique (fin du monde) et eschatologique (vie après la mort) constituent la préoccupation principale de l’islam, celle-ci a souvent été partagée par les églises chrétiennes d’Orient, par le biais des écrits qu’on a qualifiés de pseudo apocalypses, et dont la rédaction a été stimulée par les multiples guerres opposant les Byzantins aux Perses Sassanides.</p>



<p>Ainsi le fait religieux ne se dissociait donc pas de la conjoncture historique. Et c&rsquo;est en pleine querelle christologique sur la nature du Christ, unique ou double, différentiée ou non, que l’islam apparaissait. Mais l’histoire de la compilation du Coran soulève un autre problème, celui de l’authenticité du texte.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les l’accusations de manipulation du texte</h2>



<p>On sait en effet que différentes versions existaient, depuis celles de Damas,&nbsp;Basra, Koufa, jusqu’à celle de Othmane, réputée les avoir toutes abrégées. Mais elles ont toutes disparu après l’œuvre de correction entreprise par le général Hajjaj Ibn Youssouf et le gouverneur Ubaidallah Ibn Ziyed, sous le Calife Abdul Malek Ibn Marwane, deux personnalités à poigne réputées plutôt pour leur savoir-faire expéditif contre les opposants au Calife que pour leurs qualités intellectuelles. Mais la réalité est là: c’est un État Omeyyade à son plus haut niveau militaire qui avait repris à son compte la compilation et la codification du Coran, alors que sa légitimité n’a jamais cessé d’être contestée. Et une raison de la contestation par les Chiites portait justement sur l’accusation de manipulation du texte coranique, et sur l’existence selon eux d’une version alternative authentique que seuls les imams connaîtraient, leur conférant même une autorité supplémentaire&nbsp; d’interprétation de l’écriture falsifiée.</p>



<p>Néanmoins, si les écrits chiites sont parsemés d’ajouts fragmentaires qui seraient issus de la version authentique, la réalité est que jusqu’à maintenant, aucune version supplémentaire du Coran n’a été découverte. La conclusion des auteurs de cette Histoire du Coran est sans appel: la religion musulmane actuelle est dans le meilleur des cas issue des contraintes politiques, culturelles, religieuses, qui durant les cinquante années suivant son apparition, l’ont façonnée, et dans le pire une invention des Califes Omeyyades et Abbassides.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="GU2ypChh79"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/26/la-deuxieme-fatiha-sapproprier-le-coran-depuis-la-bataille-de-siffin-jusqua-nos-jours/">‘‘La deuxième Fatiha’’ : s’approprier le Coran, depuis la bataille de Siffin jusqu’à nos jours</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La deuxième Fatiha’’ : s’approprier le Coran, depuis la bataille de Siffin jusqu’à nos jours » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/26/la-deuxieme-fatiha-sapproprier-le-coran-depuis-la-bataille-de-siffin-jusqua-nos-jours/embed/#?secret=XWNYV2VJAO#?secret=GU2ypChh79" data-secret="GU2ypChh79" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Cependant, on ne peut pas ignorer que toutes les recherches menées sur l’islam et utilisant les outils d’investigation modernes,&nbsp;et la prétendue&nbsp;critique rationnelle, n’ont jamais été neutres. Si l’orientalisme a eu pour fonction de faire accepter la domination coloniale aux musulmans, en jetant un doute sur le bien-fondé de leur culture, les recherches actuelles sont utilisées pour faire accepter le fait accompli israélien, au nom d’une supposée primauté juive sur le monothéisme, tout autant qu’un ordre économique mondial foncièrement injuste.</p>



<p>Évidemment cette perception musulmane réactionnelle, celle de la citadelle assiégée, est celle-là même dont les traditionalistes alliés aux islamistes se servent pour justifier le maintien d’un supposé caractère sacré spécifique de la société que, à l’ère de l’Internet, beaucoup jugent pesant et rétrograde.</p>



<p>Malgré cela, la faute capitale des musulmans contemporains se situe dans le fait de laisser à leurs adversaires le champ libre à la critique, de les y aider même en usant des mêmes outils, ceux de l’orientalisme, sans entreprendre une contre-narration originale, rationnelle et cohérente de leur propre Histoire .Or, l’inertie ne peut servir de stratégie.&nbsp;Si le peuple palestinien dans sa lutte pour ses droits nationaux a parfois prêté le flanc à l’accusation de terrorisme, c’est aussi à cet immobilisme qu’on le doit.&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;</p>



<p><em>Médecin de libre pratique.</em></p>



<p><strong><em>‘‘Histoire du coran : contexte, origine, rédaction’’, de Mohammad Ali Amir-Moezzi et Guillaume Dye, éditions du Cerf, 13 octobre 2022. 1 092 pages. </em></strong></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="JVfi6W1oRE"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/27/europe-et-islam-les-origines-dun-antagonisme-perenne/">Europe et islam : les origines d&rsquo;un antagonisme pérenne</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Europe et islam : les origines d&rsquo;un antagonisme pérenne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/27/europe-et-islam-les-origines-dun-antagonisme-perenne/embed/#?secret=EV8l3BHnh8#?secret=JVfi6W1oRE" data-secret="JVfi6W1oRE" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/07/07/histoire-du-coran-de-lislam-de-la-fin-de-la-fin-des-temps-a-celui-des-emirs-du-golfe/">‘‘Histoire du Coran’’ : de l’islam de la fin des temps à celui des émirs du Golfe</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>‘‘La seconde fitna’’: Contre l’orientalisme et la sacralisation, démystifier le récit fondateur</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/16/la-seconde-fitna-contre-lorientalisme-et-la-sacralisation-demystifier-le-recit-fondateur/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jun 2024 07:29:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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		<category><![CDATA[Boutheina Ben Hassine]]></category>
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		<category><![CDATA[Yazid Ibn Mouaouia]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=13319744</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ce livre détaillé traite d’une époque charnière dans l’histoire de l’islam dont les effets continuent de se faire sentir.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/16/la-seconde-fitna-contre-lorientalisme-et-la-sacralisation-demystifier-le-recit-fondateur/">‘‘La seconde fitna’’: Contre l’orientalisme et la sacralisation, démystifier le récit fondateur</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Si les pays arabes représentent aujourd’hui un néant stratégique abyssal ainsi que ne fait que le confirmer leur silence face aux massacres de Gaza et un alignement inconditionnel sur le nouveau calife, Israël, dont ils paieront inévitablement le prix, il serait plus judicieux d’en chercher la raison ailleurs que dans des accusations contre des ennemis qui forcément ont beau jeu de tirer profit de nos errements.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-13319744"></span>



<p>Ce livre détaillé traite d’une époque charnière dans l’histoire de l’islam dont les effets continuent de se faire sentir. Il n’est pas ici opportun d’évoquer les guerres dont l’enjeu a été le pouvoir après la mort du prophète Mohamed et qui ont abouti à la l’accession au califat de Mouaouia Ibn Abi Sofian, chef de la famille Omeya à la suite du modus vivendi obtenu avec l’accord de l’imam Hassan Ibn Ali, chef de la famille Hachem, reconnaissant au premier la dignité de la charge, jusqu’à sa mort, ce dernier devenant ainsi son successeur.</p>



<p>Le conflit a rebondi lorsque Mouaouia revenant sur ses engagements tenta de faire introniser comme héritier son fils, Yazid, réputé être un sybarite avide de plaisirs et incapable d’assurer les charges de l’Etat. C’est&nbsp; Moughira&nbsp;Ibn Chou’ba, l’un des apôtres,&nbsp;<em>«promis au paradis»</em>, qui le premier le suggéra, pour éviter d’être limogé de son poste de gouverneur en Irak.</p>



<p>A la mort de son père, le premier souci de Yazid fut de tenter d’obtenir l’hommage des chefs considérés comme les plus dangereux, Hussein Ibn Ali, petit-fils du prophète Mohamed, et Abdallah Ibn Zoubeir, arrière petit-fils du premier calife Abou Bakr, résidant à Médine.</p>



<p>Tous deux pour échapper aux pressions du gouverneur et pour se soustraire à cette obligation s’enfuirent à la Mecque et devinrent ainsi des opposants déclarés au premier calife.</p>



<p>Là, Hussein reçut un message venu de la ville irakienne d’Al-Koufa écrit par des partisans (<em>chiaa</em>) de son père Ali lui promettant l’aide et la reconnaissance nécessaires pour réclamer la dignité califale, selon eux usurpée par la famille Omeya.</p>



<p>Hussein décida d’envoyer secrètement son cousin Mouslim Ibn Aqil afin de préparer son arrivée. Mais prévoyant, et connaissant le danger représenté par l’Irak, le calife envoya à Al-Koufa un gouverneur énergique, Oubaidallah Ibn Ziyad, chargé de lui barrer la route et de le réduire, au besoin en le tuant. Établissant une véritable surveillance policière, il réussit grâce à ses informateurs à localiser l’agent secret et cousin de l’Imam Hussein, et à démanteler son organisation. La répression fut terrible. Ils furent tous torturés, précipités du haut des remparts du palais, achevés et décapités, leurs têtes étant envoyées au Calife Yazid à Damas, sans aucune prise en compte d’éventuels liens familiaux ou tribaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Atrocités, viols, séquestration des biens</h2>



<p>Lorsque l’imam Hussein apprit la nouvelle, il était déjà engagé dans le désert sur la route vers l’Irak avec toute sa famille, essentiellement des jeunes, des femmes et des enfants. S’étant enquis auprès du poète Al-Farazdaq sur les habitants d’Al-Koufa chez qui il se rendait, il suscita cette réponse cinglante: <em>«Leurs cœurs sont avec toi, leurs épées sont avec tes ennemis»</em>. Malgré cela il refusa de rebrousser chemin, cédant à la volonté des enfants de Mouslim Ibn Aqil désireux de le venger, et fut intercepté aux confins de l’Irak par des cavaliers envoyés par le gouverneur d’Al-Koufa à sa recherche. Il se retrouva privé d’eau face à une armée d’une dizaine de milliers d’hommes et refusant de prêter hommage, il fut massacré avec sa famille, et décapité, sa tête envoyé au Calife à Damas. Les corps ne furent pas enterrés et furent abandonnés aux bêtes sauvages. Seuls les femmes et un jeune, Ali, furent laissés en vie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ynF8pqN7Wg"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2016/05/09/les-derniers-jours-de-muhammad-enquete-de-hela-ouardi/">‘‘Les derniers jours de Muhammad’’ : Enquête de Héla Ouardi</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Les derniers jours de Muhammad’’ : Enquête de Héla Ouardi » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2016/05/09/les-derniers-jours-de-muhammad-enquete-de-hela-ouardi/embed/#?secret=jFXiuX2Wzo#?secret=ynF8pqN7Wg" data-secret="ynF8pqN7Wg" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Entretemps, Médine où habitaient les illustres compagnons et témoins du prophète Mohamed avec leurs familles avait également refusé de prêter hommage à Yazid considéré comme un usurpateur, et la famille Omeya s’était retrouvée encerclée dans la maison d’Al-Hakam. Une armée professionnelle de 12.000 hommes avait donc été envoyée du Cham (Syrie)&nbsp;pour réduire la ville rebelle sous les ordres d’un vieux combattant connu pour sa fidélité à la famille Omeya, Muslim Ibn Okba. Il s’ensuivit une bataille dite d’Al-Hourra contre les gens de Médine et l’armée du Cham composée de troupes aguerries contre les Byzantins, n’avaient fait qu’une bouchée de leurs adversaires.</p>



<p>Tous les vaincus furent massacrés, et ainsi disparut la première génération des musulmans compagnons du prophète Mohamed, et Mouslim Ibn Okba n’épargna même pas son propre cousin.</p>



<p>La ville fut soumise trois jours durant aux exactions de la soldatesque et au pillage. Les femmes furent violentées et il en résulta plus de 900 naissances, qualifiées d’enfants d’Al-Hourra. Le quatrième jour, la population fut réduite au statut d’esclave et dut prêter serment. Il restait à réduire Abdallah Ibn Zoubeir&nbsp;réfugié à la Mecque appuyé par ses partisans, par des combattants kharijites et même par des troupes venues d’Ethiopie envoyées par le Négus. Le rebelle avait manifesté son opposition en refusant de prier ou d’accomplir les rites du pèlerinage sous l’autorité des officiels omeyyades. Le gouverneur de Médine lui avait bien envoyé son frère et néanmoins ennemi Amr ibn Zoubeir pour le capturer mais ce dernier avait échoué, s’était laissé prendre, avait été torturé et fouetté, et était mort en détention d’infection et d’épuisement.</p>



<p>Ainsi après la réduction de Médine à l’obéissance du calife Yazid, l’armée du Cham dirigée par Hussein ibn Noumeir, remplaçant son prédécesseur, mort,&nbsp;s’était dirigée vers la Mecque avec ses catapultes pour réduire le dernier bastion de l’opposition. Abdallah Ibn Zoubeir s’était réfugié dans la Kaaba et l’armée omeyyade&nbsp;l’avait bombardé usant de ses lance-pierres et de ses catapultes, ce qui avait abouti à l’incendie et la destruction du monument sacré.</p>



<p>Alors que le siège se poursuivait, Abdallah Ibn Zoubeir apprit soudain que le calife Yazid était mort à Damas à l’âge de 38 ans. Il en informa ses ennemis qui refusèrent durant 40 jours de le croire avant d’en avoir confirmation. L’armée du Cham décida alors de lever le siège et de rentrer chez elle, après l’accomplissement&nbsp;du rituel du Hajj, il faut le préciser,&nbsp;et proposa à Ibn Zoubeir de l’emmener en Syrie, de le soutenir, et de l’introniser calife, moyennant sans aucun doute son pardon pour la destruction de la Kaaba et ses exactions contre la population de Médine, mais il refusa.</p>



<p>En fin de compte, Abdallah Ibn Zoubeir se proclamerait&nbsp;calife jusqu’à ce que plusieurs années plus tard il soit capturé et tué à la Mecque par l’armée omeyyade&nbsp;dirigée par le célèbre général Al Hajjaj Ibn Youssef.</p>



<p>Dans tout cela, l’État omeyyade n’avait pas fait de quartier contre ses opposants. Atrocités, viols, séquestration des biens, utilisation des membres des tribus ou des familles les uns contre les autres, massacres de la famille du prophète, violations des mois sacrés, destruction de la maison du seigneur (Kaaba), la répression avait été bien plus sévère sous Yazid que sous Mouaouia, en usant pour ce faire de fonctionnaires dont la seule qualité avait été la fidélité, qui souvent dérogeaient&nbsp;aux normes arabes de la noblesse.</p>



<p>Ainsi le gouverneur Ibn Ziyed, qui avait mené une répression impitoyable, était considéré comme le descendant d’une esclave et d’une prostituée. Faudrait-il s’en enorgueillir ou le décrier?</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’islam, outil de propagande dans la lutte pour le pouvoir</h2>



<p>Quant aux principes et aux normes de l’islam, ils n’avaient été que des outils de propagande dans la lutte pour le pouvoir. Parmi tous les protagonistes, seul Hussein Ibn Ali était apparu comme un croyant sincère dans toute la plénitude du terme, soucieux d’épargner l’effusion du sang. Mais il faut reconnaître que s’étant placé en situation d’infériorité, il ne peut pas en être crédité. Par ailleurs, il n’avait pas le charisme nécessaire pour convaincre les guerriers envoyés contre lui de se retourner en sa faveur. Son imprévoyance dans son équipée irakienne qui s’était conclue&nbsp;aussi tragiquement à Karbala prouve que, n’ayant pas eu le souci de préserver sa propre famille, il n’aurait pas eu les qualités nécessaires pour gérer un empire, ce que n’a fait que confirmer la <em>«trahison»</em> des habitants d’Al-Koufa qui pourtant l’avaient sollicité pour venir chez eux, et l’impéritie de son envoyé Muslim Ibn Aqil.&nbsp;</p>



<p>A l’opposé, l’Etat omeyyade appuyé sur une bureaucratie efficace menée par des fonctionnaires énergiques, ainsi que sur la fidélité des notables chargés de redistribuer vers leurs clans les rentes issues du jihad, s’était assurée les complicités nécessaires qui lui avaient permis de triompher de ses adversaires.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="mEyVhIQ50W"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/09/a-propos-du-terrorisme-islamiste-le-vieux-de-la-montagne-a-lassemblee-du-peuple/">A propos du terrorisme islamiste : le Vieux de la Montagne à l’Assemblée du peuple</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« A propos du terrorisme islamiste : le Vieux de la Montagne à l’Assemblée du peuple » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/09/09/a-propos-du-terrorisme-islamiste-le-vieux-de-la-montagne-a-lassemblee-du-peuple/embed/#?secret=KBZMfka3k1#?secret=mEyVhIQ50W" data-secret="mEyVhIQ50W" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Certes, la révolte de Médine d’expression religieuse avait été en grande partie due au sentiment d’injustice et au particularisme d’une région ayant pour elle la légitimité historique mais qui se sentait marginalisée au profit de la nouvelle aristocratie du Cham s’assurant les meilleures terres et accaparant&nbsp;l’eau.</p>



<p>Pour autant, sur le plan politique, la légitimité de l’Etat s’était établie sur une propagande qui ne manquait pas d’arguments convaincants: le prix du sang du calife Othman assassiné, la nécessaire union et son corollaire, l’obéissance due au calife représentant la volonté de Dieu, et chargé de mener le jihad contre les infidèles pour le bien et la prospérité de la communauté, par les revenus et les terres qu’elle en retirerait.</p>



<p>Ce fut là l’acte de naissance d’un césaro-papisme qui marque jusqu’à nos jours la vie politique dans les pays musulmans. Tributaires de l’Etat qui les corrompait, les notables ne tentèrent jamais d’établir le nécessaire contre-pouvoir qui ailleurs aboutit au parlement, et la religion finit par devenir un appendice de l’autorité politique.</p>



<p>Enfin, parmi tous les protagonistes de la seconde fitna, Abdallah Ibn Zoubeir s’était effectivement révélé celui qui, associant une légitimité familiale et religieuse incontestables, avait marqué son opposition au nom de la choura violée par l’exercice personnel du pouvoir califal, tout en étalant autant de cynisme et d’absence de scrupules (combien de frères et de neveux avait-il sacrifié à ses ambitions?) que ses adversaires. Mais son mauvais calcul au moment de la mort du calife Yazid, alors que la route du pouvoir était largement ouverte, lui avait été fatale.</p>



<p>Pour conclure, il n’est pas ici opportun de chercher pourquoi les musulmans ont commencé à s’accuser d’être <em>kafirs</em> pour s’étriper malgré les versets du Coran le leur interdisant formellement;&nbsp;cela sera traité ultérieurement, quand la grande fitna sera abordée.</p>



<p>Eu égard à l’abondante bibliographie sur le sujet qui date pour la plupart de l’époque du califat Abbasside, il est raisonnable de penser que les Omeyyades eussent pu aussi être dénigrés par ceux qui les ont renversés, supplantés, massacrés, des successeurs en mal de justification, soucieux de préserver la légitimité de l’institution califale afin de la détourner à leur profit, de rétablir la réputation de la famille de Ali héritier du prophète en tant que cousin et gendre, et subséquemment de son oncle Al- Abbas, mais aussi de dénigrer leurs prédécesseurs au point de les accuser de mécréance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">On ignorerait ainsi tout de la véritable histoire de l’islam</h2>



<p>Conformément à cette documentation qui reste la seule disponible, les musulmans ont été capables de violer, torturer, et tuer les membres de leur propre communauté,&nbsp;tout comme l’avaient fait contre la leur propre&nbsp;les Anglais durant la <em>«guerre&nbsp;des deux roses»</em>, les Allemands pendant celle <em>«des trente&nbsp;ans»</em>, les Espagnols durant la dernière guerre d’Espagne, ou selon la Bible les Israélites contre la tribu de Benjamin. Il demeure nécessaire de le préciser pour régler son compte à un exceptionnalisme judéo-chrétien soi-disant fondateur de la morale des peuples civilisés.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="LnX8GLVYub"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/30/le-17-du-ramadan-ou-la-defaite-de-lutopie-face-a-lesprit-de-clan-en-islam/">Le 17 du ramadan, ou la défaite de l’utopie face à l’esprit de clan, en islam</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le 17 du ramadan, ou la défaite de l’utopie face à l’esprit de clan, en islam » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/04/30/le-17-du-ramadan-ou-la-defaite-de-lutopie-face-a-lesprit-de-clan-en-islam/embed/#?secret=teP4QfOGsX#?secret=LnX8GLVYub" data-secret="LnX8GLVYub" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Mais en supposant que les faits rapportés par les auteurs du Tafsir et de la Sira soient vrais, cela remettrait en question le bien-fondé d’une religion censée conférer à ses adeptes un sens moral élevé. Si ces&nbsp;faits ne le sont pas, les clercs abbassides auraient créé un tissu de mensonges et une histoire à charge dont on assume aujourd’hui les conséquences.</p>



<p>On ignorerait ainsi tout de la véritable histoire de l’islam, comme  par exemple si le scandale se fut situé ou non dans l’usage de méthodes répressives contre les musulmans réservées en principe aux populations vaincues et occupées. Des musulmans ont été capables de massacrer la famille de leur prophète et d’outrager les femmes de la ville sainte de Médine, alors même que dans le Coran on fait reproche aux Juifs de tuer les envoyés de Dieu injustement.</p>



<p>Y a-t-il eu&nbsp;des viols&nbsp;de femmes juives à Gaza le 7&nbsp;Octobre dernier ainsi que le prétendent les sionistes pour justifier leurs propres crimes? On peut légitimement se poser la question, même s’il n’est actuellement pas opportun de le faire. Mais le sera-t-il jamais? Il n’est donc pas sûr qu’il n’y&nbsp;ait jamais eu une <em>«meilleure communauté»</em>, pas plus qu’un peuple élu. Pourtant, l’essence de l’islam, tout comme d’ailleurs celle du judaïsme ou du christianisme, c’est le courage de protester contre l’injustice, dont la manifestation contemporaine la plus éclatante est le mouvement dans les campus américains et en Occident contre la guerre à Gaza. Il faudrait donc cesser d’idéaliser un passé qui nous vaut souvent aujourd’hui dans le monde, non seulement de prêter le flanc aux attaques de nos ennemis, mais également&nbsp;le mépris à cause de nos Etats arabes qui s’associent par opportunisme ou absence de&nbsp; sens moral à leurs entreprises, tant bien même ces attaques seraient dirigées seulement contre quelques-uns parmi nous, ceux qui dérangent.</p>



<p>Si les pays arabes représentent aujourd’hui un néant stratégique abyssal ainsi que ne fait que le confirmer leur silence face aux massacres de Gaza et un alignement inconditionnel sur le nouveau calife, Israël, dont ils paieront inévitablement le prix, il serait plus judicieux d’en chercher la raison ailleurs que dans des accusations contre des ennemis qui forcément ont beau jeu de tirer profit de nos errements.</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique.  </em></p>



<p><strong><em>‘‘La seconde fitna au temps di calife Yazid Ibn Mouaouia’’ (en arabe), de Boutheina Ben Hassine, préface de Hichem Djaït, éditions Al-Jamal, 1er mars 2013, 705 pages.  </em></strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="L8VmYv7Wig"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/22/la-chute-du-califat-de-cordoue-lautre-grande-discorde-de-lislam/">‘‘La chute du califat de Cordoue’’: l’autre grande discorde de l’islam</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La chute du califat de Cordoue’’: l’autre grande discorde de l’islam » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/22/la-chute-du-califat-de-cordoue-lautre-grande-discorde-de-lislam/embed/#?secret=YxDyBB6hqp#?secret=L8VmYv7Wig" data-secret="L8VmYv7Wig" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>«Before Orthodoxy» : la construction de la vérité, en islam</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/04/before-orthodoxy-la-construction-de-la-verite-en-islam/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Jul 2022 07:58:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Shahab Ahmed]]></category>
		<category><![CDATA[sunna]]></category>
		<category><![CDATA[versets sataniques]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les récits narratifs arabes au cours des deux premiers siècles de l'Hégire signalent ce curieux incident de la vie du prophète Mohamed, celui dit des versets sataniques, faisant l'apologie de trois idoles de la Mecque dites El Gharaneq. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/04/before-orthodoxy-la-construction-de-la-verite-en-islam/">«Before Orthodoxy» : la construction de la vérité, en islam</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><br><strong><em>Les récits narratifs arabes au cours des deux premiers siècles de l&rsquo;Hégire signalent ce curieux incident de la vie du prophète Mohamed, celui dit des versets sataniques, faisant l&rsquo;apologie de trois idoles de la Mecque dites El Gharaneq, qui ont  été récités publiquement puis supprimés après avoir été considérés comme étant inspirés de Satan.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-1951079"></span>



<p>L&rsquo;auteur de ce livre rapporte près de 50 commentaires qui remontent tous à des témoignages de rares personnes présentes, et des circonstances ayant entouré leur récitation, puis leur abrogation.</p>



<p>D&rsquo;une manière générale tous les commentaires s&rsquo;accordent à dire que la nouvelle communauté de l&rsquo;islam était alors en butte à une grande pression économique, sociale, politique, et même judiciaire de la part du pouvoir politique de la Mecque qui lui reprochait de mépriser et de dénoncer le culte des idoles, et que lorsque ces versets sont apparus une grande partie des convertis à la nouvelle religion ont été pris d&rsquo;euphorie parce qu&rsquo;ils ont été convaincus que les persécutions dont ils étaient les victimes allaient enfin cesser.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="5g4gehQqQX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/03/tunisie-kais-saied-joue-sur-la-fibre-religieuse-des-zwawla/">Tunisie : Kaïs Saïed joue sur la fibre religieuse des «zwawla»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : Kaïs Saïed joue sur la fibre religieuse des «zwawla» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/03/tunisie-kais-saied-joue-sur-la-fibre-religieuse-des-zwawla/embed/#?secret=2cyKeWGO4G#?secret=5g4gehQqQX" data-secret="5g4gehQqQX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le prophète était-il infaillible ? </h2>



<p>Ces versets correspondaient donc à une nécessité politique du moment mais en fin de compte ils ont été supprimés parce que d&rsquo;autres nécessités se sont imposées qui font qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui l&rsquo;islam se situe dans la tradition du judéo-christianisme. </p>



<p>L&rsquo;auteur distingue donc deux époques: une première au cours de laquelle la réalité de l&rsquo;épisode était communément admise, et dans laquelle le prophète était considéré à l&rsquo;instar de quelques autres cités dans le Coran, comme un être humain passible d&rsquo;erreurs au point d&rsquo;altérer le contenu des versets issus de la révélation divine; une seconde époque, à partir du deuxième siècle de l&rsquo;Hégire, correspond, avec le Califat Abbasside, au déni des faits, au point de considérer leur évocation en tant qu&rsquo;apostasie. Cette attitude perdure jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui.</p>



<p>Il a donc bien fallu qu&rsquo;à un certain moment se mettent en place les outils nécessaires à l&rsquo;instauration d&rsquo;une discrimination entre  de ce qui serait considéré comme étant la vérité, ou orthodoxie, la croyance juste, et ce qui serait considéré comme <em>kufr</em>, apostasie. Cela a correspondu à l&rsquo;instauration de la Sunna, c&rsquo;est-à-dire la prise en compte dans les hadiths se rapportant à la vie du prophète Mohamed, uniquement de ceux corroborés par des sources considérées comme fiables.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="paAOyR2DGn"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/20/lorthodoxie-sunnite-les-fondements-de-lechec-de-la-revolution-du-jasmin/">L&rsquo;orthodoxie sunnite : Les fondements de l&rsquo;échec de la révolution du jasmin</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L&rsquo;orthodoxie sunnite : Les fondements de l&rsquo;échec de la révolution du jasmin » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/20/lorthodoxie-sunnite-les-fondements-de-lechec-de-la-revolution-du-jasmin/embed/#?secret=zwTTfWmHxZ#?secret=paAOyR2DGn" data-secret="paAOyR2DGn" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;autorité politique décide seule de la vérité</h2>



<p>La Sunna en tant qu&rsquo;organisation académique et surtout institutionnelle, a ainsi instauré l&rsquo;autorité d&rsquo;une hiérarchie du savoir légitimée par l&rsquo;autorité politique qui seule décide de la vérité, relativement à la vie du prophète Mohamed et de la révélation divine. Elle a ainsi instauré la notion de l&rsquo;infaillibilité du Prophète Mohamed (<em>îsma</em>), et par voie de conséquence, de la charia qu&rsquo;il a transmise, ainsi que bien évidemment, des docteurs de la loi qui l&rsquo;ont interprétée. </p>



<p>Une grande partie du <em>tafsir</em> (exégète), de la <em>Sira Maghazi</em>, dont la véracité était solidement établie durant le premier siècle de l&rsquo;Hégire chez les musulmans, a commencé à être considérée  à partir du deuxième siècle, comme mensongère, par les docteurs de la loi, en vertu des critères discriminants instaurés, ou dans le meilleur des cas comme erronée. </p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="0LQvb8qkk4"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2020/05/10/des-faux-versets-du-coran-sur-la-toile-devenus-viraux/">Des faux versets du Coran sur la toile devenus viraux</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Des faux versets du Coran sur la toile devenus viraux » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2020/05/10/des-faux-versets-du-coran-sur-la-toile-devenus-viraux/embed/#?secret=H91L9ajI9W#?secret=0LQvb8qkk4" data-secret="0LQvb8qkk4" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Il est nécessaire de s&rsquo;en souvenir alors que la constitution de la Tunisie se réfère désormais relativement aux droits humains fondamentaux, à une construction idéologique issue des nécessités politiques de l&rsquo;Etat Abbasside du VIIIe &#8211; IXe siècles de l&rsquo;ère universelle, et qui continue d&rsquo;être considérée jusqu&rsquo;à l&rsquo;époque contemporaine comme étant la Loi de Dieu.</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><strong><em>«Before Orthodoxy. The Satanic Verses in Early Islam», essai de Shahab Ahmed, Harvard University Press, avril 2017, 497 pages,</em></strong><br>      </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/04/before-orthodoxy-la-construction-de-la-verite-en-islam/">«Before Orthodoxy» : la construction de la vérité, en islam</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&#8217;islam» : La journée du logis</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Apr 2022 13:02:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[Mouawiya Ibn Abi Soufiane]]></category>
		<category><![CDATA[Othmane Ibn Affane]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le calife Othmane Ibn Affane regrettait le bord du puits Aris où il aimait à se laisser bercer par les songes; cloîtré chez lui, désormais, il ne pouvait plus l’atteindre. Il ne pouvait même pas en boire, ses assaillants lui refusant d’être approvisionné en eau. Par Farhat Othman La rébellion d’Irak, à AlKoufa, Khourasan, Basra,...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Abou-Dhar-Al-Ghifari.jpg" alt="" class="wp-image-388713"/></figure></div>



<p><strong><em>Le calife Othmane Ibn Affane regrettait le bord du puits Aris où il aimait à se laisser bercer par les songes; cloîtré chez lui, désormais, il ne pouvait plus l’atteindre. Il ne pouvait même pas en boire, ses assaillants lui refusant d’être approvisionné en eau.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388712"></span>



<p>La rébellion d’Irak, à AlKoufa, Khourasan, Basra, et les troubles en Égypte avaient été à l’origine de la constitution d’attroupements qui, en douce, sous le prétexte du pèlerinage, se muèrent en troupes armées. Se mettant au départ deux mois avant le grand rendez-vous à La Mecque, venant notamment de la province égyptienne, avec nombre d’Abyssins dans les rangs, elles avaient marché sur Médine. Campant un moment à l’entrée de la ville, elles l’investirent finalement et assiégèrent le calife, le condamnant à se retrancher chez lui.</p>



<p>Au fil des jours, leur nombre grossit, mélangeant dans une totale confusion la populace aux guerriers, les Bédouins venus en foule dans la ville à des esclaves et des affranchis, se saisissant de l’occasion pour contester l’autorité de leurs maîtres. On était à la fin du printemps ; les chaleurs de l’été approchaient et le siège devenait de plus en plus dur à supporter. Les assiégeants empêchaient toute entrée ou sortie de la maison du calife et les assiégés commençaient à manquer d’eau.</p>



<p><strong>Surplombant du haut d’une terrasse l’entrée de sa demeure noire de cette foule en délire, Othmane vint à se montrer, </strong>demandant s’il y avait Ali parmi les présents; on lui répondit que non; alors, il s’enquit de Talha ; la réponse fut la même. Il ne dit plus mot, restant pensif. Ainsi ces Compagnons se lavaient les mains de ce qui lui arrivait ; ils étaient bien dans la ville, mais chacun gardait sa demeure.</p>



<p>Le calife était persuadé que les enragés le tenant chez lui enfermé les écouteraient s’ils voulaient venir leur parler ou leur demander de lever le siège. On fit savoir à Ali qu’Othmane demandait de l’eau ; il lui en envoya trois outres ; les deux premières faillirent ne pas arriver à destination, les porteurs ayant été bousculés par des assiégeants désireux de priver de tout secours leurs victimes ; certains des serviteurs d’Ali furent même blessés et la dernière outre par terre déversée. Aux premières lueurs de l’aube, Ali vint reprocher son comportement à la foule ; elle était houleuse ; à peine l’écouta-t-on : <em>— Ce que vous faites ne ressemble en rien aux agissements des croyants ni même à ceux des mécréants. Ne privez pas cet homme de provisions et d’eau ! Même les Byzantins et les Perses donnent à manger et à boire à leurs prisonniers.</em></p>



<p>N’ayant pas imaginé pareil accueil, il jeta de rage son turban par terre et, pestant, s’en retourna chez lui rouge de colère. De plus en plus excitée, la foule était, désormais, incontrôlable et incontrôlée. Oum Habiba, sœur de Mouawiya et l’une des femmes du prophète, avait auparavant tenté sa chance en se présentant au logis sur une jument avec un seau en cuir sur la selle. Elle eut beau tenter d’attendrir les assiégeants en prétendant venir du fait de sa qualité de parente d’Othmane afin d’obtenir de lui des droits de veuves et d’orphelins omeyyades avant qu’il ne lui arrivât quelque malheur. Ne respectant même pas son statut, on faillit la lyncher ; des âmes charitables s’interposèrent, la recueillirent au sol, lui épargnant d’être foulée à mort par des pieds rageurs.</p>



<p><strong>On avait comme l’impression d’assister à la répétition d’un forfait majeur. </strong>Rien n’était plus respecté ; un crime de lèse-majesté se préparait. Cela fit peur à une autre épouse du prophète, Aïcha, qui décida de partir en pèlerinage, fuyant Médine. Elle souhaita que son demi-frère Mohamed l’accompagnât en le voyant par trop actif avec les insurgés. Il se sentait blessé dans sa fierté par une incartade du calife et réclamait vengeance ; dans ce désir qu’elle trouva légitime, elle le soutint un moment ; mais elle en était arrivée à le regretter en voyant les choses menacer de déraper.</p>



<p>Mohamed, fils d’Abou Bakr, refusa net, tentant de profiter de l’occasion que la montée de la tension autour d’Othmane lui donnait pour venger son honneur bafoué par un calife qui, après l’avoir nommé gouverneur, ordonna en catimini sa mise à mort.</p>



<p>Il y avait une quarantaine de nuits que le siège était mis autour du cossu logis d’Othmane construit de pierre et à la chaux, aux portes solides en bois de teck dont de fines incrustations de genévrier égayaient la teinte brunâtre. En cette nuit du jeudi à vendredi, le calife n’arrivait pas à se concentrer sur le Coran, invariablement entre les mains depuis le début des événements ; sa lecture, cette fois-ci, ne subjuguait plus son esprit chahuté par ce qui se passait. Il avait réussi jusque-là à ignorer les graves faits qui ont fini par affleurer à la surface de ses noires pensées. Il voulait néanmoins continuer à faire comme s’il n’était point au centre de tout ce qui endeuillait la ville. D’un œil tout à fait extérieur, quelque peu hébété, il se souvenait des causes directes de ce drame.</p>



<p><strong>Outre les gens d’Irak, d’autres s’étaient plaints de leur gouverneur; ils étaient d’Égypte.</strong> Ils vinrent une première fois voir le calife qui les écouta aimablement et voulut bien adresser une lettre à son gouverneur le tançant et lui donnant des ordres dans le sens des doléances de la délégation. Habitué à abuser de la réputation de souplesse et de bonhomie d’Othmane, le gouverneur osa refuser d’exécuter l’ordre, allant jusqu’à se venger de l’une des personnes qui se rendirent à Médine en la mettant à mort. Ces gens encore plus révoltés, dont le nombre gonfla, passant à sept cents environ, résolurent de revenir dire leur colère au calife. Aux troupes révoltées se joignirent tous ceux qui trouvaient dans ces désordres une aubaine : les aventuriers et les plus miséreux des nomades, les esclaves chahutant leurs maîtres et les affranchis réclamant une totale liberté.</p>



<p>Ils commencèrent par camper autour de la mosquée de Médine et se plaindre auprès des derniers Compagnons vivants du prophète. Talha Ibn ObeïdAllah, le membre absent du groupe de la consultation d’Omar, se fit leur porte-parole auprès du calife auquel il tint des propos assez durs. Même Aïcha, la jeune veuve du prophète, n’était pas peu courroucée contre lui, envoyant lui dire : <em>— Les Compagnons du prophète t’avaient déjà demandé de démettre cet homme, mais tu as refusé. Et le voilà qui attente à une âme ; tu dois rendre justice contre ton agent !</em></p>



<p>Intercédant aussi auprès de lui au nom de la délégation égyptienne, Ali lui fit une proposition précise : <em>— Ils te demandent un homme pour un autre ; ils prétendent même qu’il a versé du sang. Démets-le de ses fonctions et tranche le différend, et s’il s’avère coupable, rends-leur justice.</em></p>



<p>Le calife était aux abois; il ne pouvait que se rendre à l’avis de ses compagnons. Il demanda aux gens d’Égypte de choisir quelqu’un pour le désigner à la place du gouverneur contesté. On lui proposa l’un des fils d’Abou Bakr, Mohamed. La nomination fut aussitôt rédigée et le nouveau gouverneur quitta Médine pour rallier son poste accompagné de la délégation égyptienne ainsi que de certains de ses amis parmi les Émigrants et les Renforts. Et le calme sembla revenir pour quelque temps à Médine.</p>



<p>Le nouveau gouverneur désigné et ses hommes étaient à trois jours de la cité du prophète quand ils avisèrent, au loin dans le désert, un chameau se dirigeant en toute hâte dans la même direction qu’eux et qui en vira, en les apercevant manifestement. Intrigué, on se lança à sa poursuite et on l’intercepta. C’était l’un des serviteurs noirs d’Othmane ; il leur dit avoir été dirigé par le calife vers le gouverneur d’Égypte, mais ce n’était pas le fils d’Abou Bakr. Pressé de questions, violenté, apeuré, il prétendait tantôt être l’esclave d’Othmane, tantôt celui de son secrétaire Marouane. Il finit par avouer être porteur d’une lettre ; on ne trouva rien sur lui. Il n’avait que sa gourde en cuir ; elle ne contenait pas la moindre goutte d’eau, elle raisonnait d’un bruit, pourtant ; il y avait quelque chose dedans. On tailla le cuir pour sortir le contenu; c’était un courrier scellé.</p>



<p><strong>Mohamed, fils d’Abou Bakr, réunit tous ses accompagnateurs autour de lui </strong>avant de desceller le courrier qu’il lut à haute voix. Il s’agissait d’une lettre du calife ; il s’y adressait à son gouverneur démis. La lisant, Mohamed faillit s’étrangler de rage ; il y était dit : <em>«Dès l’arrivée de Mohamed et de ses compagnons, arrange-toi pour les tuer. Tu annuleras l’ordre qu’ils portent et tu resteras à ton poste jusqu’à nouvel ordre. Emprisonne tous ceux qui viendront se plaindre auprès de toi tant que je ne t’aurai pas fait connaître mon avis en la matière.»</em></p>



<p>La consternation ne dura qu’un instant ; un murmure de réprobation se fit aussitôt, suivi de cris de colère et d’appels vengeurs : la turpitude du calife méritait une sanction ! Le gouverneur désigné tint à faire contresigner la lettre par ses accompagnateurs et décida de rebrousser chemin. Le tollé fut général au retour du groupe. Publiquement lue à la mosquée, la missive fut unanimement dénoncée et le calife copieusement hué. On guettait la réaction des principaux Compagnons et notamment ceux qu’on appelait les conseillers qualifiés, ces personnes choisies par Omar pour la cooptation du calife.</p>



<p>En dehors d’Othmane, ils étaient quatre : Ali, Talha, Azzoubeyr et Saad ; Abd ErRahmane Ibn Aouf étant décédé trois ans plus tôt. Ils étaient tous consternés, n’ayant pas assez de mots sévères pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme un acte inqualifiable de la part d’Othmane.</p>



<p>Soutenu par sa demi-sœur, le fils d’Abou Bakr fit appel aux membres de sa tribu ; il se sentait à la fois humilié et agressé par le désaveu et l’attentat à sa vie. Quand arrivèrent des troupes d’Égypte et d’Irak et campèrent aux environs de la ville, il fit cause commune avec leurs meneurs. Ali, qui était aussi le beau-père de Mohamed, ayant épousé sa mère après la mort d’Abou Bakr, tenta une médiation. Emmenant avec lui l’esclave noir, son chameau et la lettre descellée, il alla voir Othmane. Lui désignant l’homme, il demanda :</p>



<p>— <em>Est-ce ton serviteur ?</em></p>



<p>— <em>Oui</em>, répondit Othmane.</p>



<p>— <em>Et le chameau, est-il à toi ?</em></p>



<p>— <em>Oui.</em></p>



<p>— <em>Et ce sceau ; est-ce le tien ?</em></p>



<p>— <em>Oui.</em></p>



<p>— <em>Alors, c’est bien toi qui a rédigé la lettre ?</em></p>



<p>— <em>Non, et je le jure par Dieu, grand et puissant ! Cette lettre, je ne l’ai ni rédigée ni ordonné ce qui y est écrit et je n’ai pas envoyé du tout ce serviteur en Égypte.</em></p>



<p>Examinant la calligraphie, d’aucuns doutèrent qu’elle fût celle du calife; ils étaient même quasiment certains qu’il s’agissait de l’écriture de son secrétaire Marouane. Comme il était dans la demeure d’Othmane, on le somma de le livrer. Mais celui-ci assumait pleinement la vieille tradition arabe de la protection du réfugié au risque de la vie et ce nonobstant sa culpabilité ; le livrer revenait à renier une valeur cardinale, à se couvrir de la pire honte. Aussi, son premier réflexe, dont il ne se départit plus après, fut de refuser catégoriquement toute remise.</p>



<p>Marouane, de plus, était son cousin et il y avait de sérieuses raisons de penser que le remettre aux assiégeants revenait à le livrer à une mort assurée. Certains voulaient bien croire à la sincérité d’Othmane quant à son innocence ; ils lui faisaient néanmoins assumer la responsabilité de l’ordre infamant donné à son gouverneur d’Égypte tant qu’il ne leur aurait pas remis son auteur. On voulait questionner l’intéressé, faire toute la lumière sur le secret de la missive ; or son refus multipliait les zones d’ombres et suscitait les doutes.</p>



<p><strong>Comment pouvait-on ordonner un meurtre sans raison et celui d’un Compagnon qui plus est ?</strong> L’ordre a-t-il été dicté par Othmane ? Marouane l’avait-il écrit au nom du calife ou en prit-il l’initiative ? Devant lui, on fit l’analyse suivante : — <em>De deux choses l’une : ou tu dis la vérité ou tu mens ; dans les deux cas tu ne mérites pas de continuer à assumer la responsabilité de notre destinée. Car si tu mens, tu mérites sans conteste la déposition pour avoir ordonné de faire couler notre sang sans raison. Et si tu dis la vérité, tu mérites également d’être déposé pour cause de faiblesse et de négligence dans la gestion des affaires publiques et d’un entourage de courtisans perfides qui décide de notre sort en lieu et place de celui que nous avions accepté.</em></p>



<p>Othmane chercha à gagner du temps en proposant de renouveler ses excuses et de demander pardon. On lui répondit ne vouloir plus se laisser berner et l’on exigea sa démission, le menaçant de le combattre, et si nécessaire de le tuer. Refusant catégoriquement l’hypothèse de la démission, il soutint qu’il ne se défendrait pas s’ils le combattaient, précisant qu’il a donné la consigne aux quelques hommes qu’il avait autour de lui de ne pas brandir leurs armes et que quiconque le ferait agirait sans son accord. Il leur dit même accepter d’être mis à mort en les mettant en garde toutefois sur l’entière responsabilité qui serait alors la leur.</p>



<p>Les faits dénoncés n’étaient pas constitutifs d’un délit méritant la mort d’après la religion de Mohamed ; il n’avait pas apostasié et ne s’était pas rendu coupable d’adultère ou de meurtre. Puis, il ne craignait pas la mort ; sinon, il aurait depuis longtemps fait venir à Médine des armées pour le protéger ou l’aurait quittée pour se réfugier ailleurs. Sur le plan de ses principes, Othmane restait attaché aux schémas mentaux classiques, ceux qui prévalaient du temps du prophète et qui restèrent encore de rigueur aux débuts de l’État musulman, du temps des deux premiers califes. Il agissait comme si, depuis, les choses n’avaient point changé.</p>



<p>Au niveau de la pratique, il était cependant totalement désemparé. Il multipliait les contradictions, se laissant dépasser par les événements, essayant tantôt de rattraper ses maladresses, se retranchant tantôt derrière des positions de principe inadaptées aux circonstances, dont la rigidité lui permettait néanmoins de gommer l’extrême faiblesse de ses attitudes et la friabilité de ses agissements.</p>



<p><strong>En cette veille de fête du sacrifice, Médine était bien triste. C’était la fin du pèlerinage à La Mecque,</strong> dont le calife a dû, depuis la terrasse de son logis, charger le fils AlAbbès pour en présider les rites. En ville, c’était enfin Ali qui était en charge de la prière après des jours de flottement et de pagaille. Au début, on n’empêcha pas le calife d’assurer ce premier devoir de son ministère. Cela se passait toutefois dans le plus grand désordre et, chaque jour davantage, dans un brouhaha grandissant de contestation et de protestation.</p>



<p>Malgré les conditions de plus en plus honteuses pour une pratique sereine, Othmane tenta de garder son calme et patienta sans vouloir prendre la moindre initiative. Vingt jours durant, aux heures de la prière, il alla chaque jour présider ces rangs d’hommes de moins en moins pénétrés par le devoir religieux, la tête de plus en plus à la politique et à la sédition.</p>



<p>Quand on osa s’attaquer à lui, lui jetant des pierres, il se laissa convaincre par son entourage de demander du secours à ses gouverneurs dans les provinces. Aussi, il hésita à peine à signer le projet préparé en ce sens par son secrétaire. C’était un vendredi, le dernier jour où on l’autorisa à présider la prière. Ce jour-là, il osa déplorer la situation. Du haut de sa chaire, il s’adressa aux fauteurs de troubles : <em>— Vous, les étrangers à la ville, honte à vous ! Tous les habitants de Médine savent bien que vous êtes maudits par la voix même de Mohamed. Effacez vos fautes par des actes justes, car Dieu, Puissant et Grand, n’efface le mauvais que par le bon.</em></p>



<p>L’un des présents se leva, osant acquiescer : <em>— Je témoigne qu’il dit vrai.</em></p>



<p>Aussitôt, quelqu’un dans l’assistance, sabre au clair, se précipita sur lui et, de force, le fit se rasseoir au moment même où un autre présent, tentant de se lever, s’attirait un traitement identique de la part d’un autre quidam à la mine patibulaire. Et d’un coup, tout chavira. Des cailloux volèrent haut dans l’enceinte de la mosquée, s’abattant sur tous les présents. Les gens couraient dans tous les sens fuyant les projectiles et les hommes armés ; les projectiles pleuvaient sur la chaire ; ils ne manquèrent pas Othmane ; atteint à la tête, il s’affaissa sur son siège, évanoui. Emmené dans la hâte à la maison par ses proches, il ne fut plus autorisé à la quitter.</p>



<p>Ali vint lui rendre visite, mais regretta vite sa démarche ; l’entourage du calife le prenait à partie, le rendant déjà responsable de tout son malheur. Ce jour, il jura aussi de ne plus répondre aux appels au secours d’Othmane.</p>



<p>Une trentaine de journées passa ; à la mosquée, où la prière ne se faisait plus avec le calife, n’allaient presque plus que les insurgés. Les Médinois se terraient chez eux ; les rares qui osaient sortir le faisaient en armes et par groupe. Après le temps d’une occupation pacifique de la ville, les révoltés étaient devenus agressifs et entendaient imposer leur volonté par les armes ; ils n’hésitaient plus à s’en prendre à tous ceux qui osaient s’opposer à eux, y compris les personnalités en vue jusque-là épargnées.</p>



<p><strong>Othmane passait ses journées plongé dans la lecture du Coran. </strong>Certes, il avait déjà l’habitude de lire régulièrement ce livre dont il unifia les versions et sauvegarda l’authenticité ; désormais, il ne quittait presque plus ses mains. Cela lui permettait de garder sa sérénité malgré la gravité de la situation, noyant ses soucis dans l’envoûtement du livre sacré, ses sourates et ses versets.</p>



<p>Autour du logis, le siège était mis ; mais le calife pouvait encore dialoguer avec les meneurs de la foule qui l’assiégeait. De nouveau, à une délégation d’Égyptiens qu’il recevait, il jura n’être pour rien dans l’écrit qu’on lui reprochait, ne l’avoir ni écrit ni dicté ni su ; il admit cependant qu’il pouvait bien arriver qu’on attribuât à tort une lettre à quelqu’un ou qu’on falsifiât un sceau. Il ne les convainquit pas. Ils s’en allèrent fort agités, éructant que, dorénavant, Dieu autorisait sa mise à mort.</p>



<p>Au chef des troupes venues d’Irak, Othmane avait demandé : — <em>Que veulent les gens de moi ?</em></p>



<p>— <em>De trois choses l’une,</em> avait répondu AlAchtar,<em> et il n’y a aucune autre possibilité&#8230;</em></p>



<p>— <em>Et c’est quoi ?</em> s’était enquis Othmane dont les traces de variole sur le visage étaient devenues rouges de colère.</p>



<p><em>— Ils te laissent choisir entre démissionner, leur rendant ainsi le pouvoir afin qu’ils puissent nommer un autre homme de leur choix, t’appliquer à toi-même la sanction méritée ou être mis à mort par leurs mains.</em></p>



<p>— <em>Et il faut nécessairement choisir ?</em> s’était interrogé Othmane comme s’il parlait à lui-même en se grattant de la main droite sa barbe fournie qu’il n’avait plus teinte, selon son habitude, depuis le début des événements.</p>



<p>— <em>Il le faut nécessairement, </em>avait martelé le chef insurgé, en se redressant sur le coussin sur lequel il était appuyé pour ajouter à sa réponse encore plus de solennité.</p>



<p>— <em>Que je démissionne est hors de question, </em>avait répondu le calife sur un ton ferme. <em>Le pouvoir m’est revenu par la volonté divine et je ne saurais créer un précédent qui deviendrait une tradition après moi, autorisant la foule à répudier son guide chaque fois qu’il aurait eu le malheur de lui déplaire. Pour ce qui est de m’infliger à moi-même une sanction, mon vieux corps ne le supporterait pas. Déjà, je n’arrivais pas à assister aux châtiments que mes deux prédécesseurs se chargeaient bien volontiers d’appliquer eux-mêmes aux coupables. Quant à me tuer – si d’aventure vous le décidiez – alors, pour votre malheur, vous ne vous aimeriez plus après moi et vous ne pourriez plus jamais prier ensemble ni combattre unis un même ennemi.</em></p>



<p><strong>Plus tard, de la terrasse de la maison, il s’était adressé aux assiégeants, essayant de les raisonner</strong>: <em>— Vous savez bien qu’il n’est autorisé de faire couler le sang d’un musulman que dans trois hypothèses : apostasie, adultère et meurtre. Suis-je dans l’un de ces trois cas ?</em></p>



<p>Personne ne lui avait répondu. Il avait alors repris, usant de souvenirs, en appelant aux sentiments, leur rappelant un épisode douloureux, celui de la défaite du prophète lors de la bataille sur le mont Ouhod : <em>— Dieu vous est témoin ! Savez-vous que le prophète de Dieu – que Dieu le bénisse et le salue – quand il a été abandonné de ses hommes sur Ouhod, n’avait avec lui que neuf de ses compagnons, dont j’étais ; et quand la montagne bougea, risquant de faire tomber ses pierres, n’a-t-il pas dit : «Calme-toi Ouhod &nbsp;; sur toi, il n’y a qu’un prophète, un ami ou un martyr» ?</em></p>



<p>Au bout des lèvres de certains, à peine audible, un «oui» timide était suffisant pour le faire s’exclamer, content de cette reconnaissance inespérée de ses mérites : <em>— Ils témoignent enfin pour moi, Dieu de la Kaaba !</em></p>



<p>Les jours passèrent et la situation autour du logis ne bougea pas, s’aggravant même.</p>



<p>— <em>Personne n’entrera chez cet homme et personne n’en sortira !</em></p>



<p>La consigne venait de se faire dans les rangs juste après le passage entre les hommes de Talha Ibn ObeïdAllah qu’on vit susurrer quelque chose à l’un des chefs insurgés. Othmane était sur sa terrasse ; il le soupçonnait d’exciter les gens et on l’entendit invoquer la divinité contre lui&nbsp;: <em>— Dieu, préserve-moi de lui ! Faites qu’il ne récolte rien de ses menées et que son sang soit versé si on attente à ma personne !</em></p>



<p>Toutes les entrées et les sorties étaient désormais filtrées. Du haut de la terrasse, Othmane fit son apparition habituelle, salua la foule, mais personne ne lui répondit. Il les regarda, sales et méchants, les armes aux pieds, séparés de la porte par une poignée d’hommes qui lui était favorable. Il eut une poussée d’orgueil et leur dit tout haut : <em>— Si vous pensez avoir le droit de me mettre un pied dans la tombe, faites-le ! Que Dieu me pardonne si j’ai fait du tort ; d’avance, j’ai pardonné si jamais on me fait du mal !</em></p>



<p>Ce siège qui se prolongeait depuis plus d’un mois, Othmane ne souhaita pas le faire lever par la force. À ceux de ses soutiens qui l’avaient prié de les autoriser à en découdre avec les assaillants, il interdit fermement d’user de leurs armes. Parmi eux, il y avait certains de ses amis des Renforts qui lui firent savoir qu’il n’appartenait qu’à lui de décider qu’à nouveau, pour sa cause cette fois-ci, ils assumassent leur condition de Renforts de Dieu. Mais, invariablement, il leur répondait qu’il ne voulait pas de violence.</p>



<p>Quand AbdAllah, le fils d’Omar, était venu lui rendre visite, dans sa cotte de maille, le sabre au clair, lui affirmant être prêt à attaquer les assaillants, il l’adjura de partir déposer ses armes. À ceux des Médinois qui, au tout début, se plaignirent de la présence massive dans leur ville de ces étrangers, il interdit de s’en prendre à eux ou de chercher à les faire partir par la force.</p>



<p><strong>À voir la détermination de la foule en colère autour de son logis, il craignait le bain de sang </strong>et espérait l’éviter en s’abstenant de toute provocation, gardant la certitude que la tension finira par retomber. Celle-ci allait crescendo cependant ; et quand une rumeur se propagea de l’arrivée prochaine de troupes en provenance de Syrie et d’Irak, les Égyptiens se décidèrent à accélérer les choses. De plus en plus persistant, un mot d’ordre parcourait les rangs des foules en masse des assiégeants ; il portait une ferme intention de mise à mort. On en rapporta la teneur à Ali qui s’écria, horrifié : <em>— Nous ne voulions de lui que la remise de Marouane ; il est hors de question de le tuer.</em></p>



<p>Il mesurait le degré de gravité de la situation et, par la même, celui de sa responsabilité. Joua-t-il au feu ? s’était-il comporté en apprenti sorcier ? De tout cœur avec les révoltés quant aux principes, ayant choisi de se tenir à l’écart de la foule, veillant à ne pas laisser de prise sur lui à d’éventuels dérapages, il se devait quand même de prévenir que la situation, échappant déjà à tout contrôle, ne dégénérât dans un drame irréparable. Appelant ses deux fils AlHassan et AlHoussayn ; il leur dit : <em>— Prenez vos sabres et gardez la porte d’Othmane. Vous ne laisserez personne lui faire du mal.</em></p>



<p>Ne voulant pas être en reste, Azzoubeyr envoya son propre fils AbdAllah épauler les deux petits-fils du prophète. Et Talha en fit de même ainsi que nombre de Compagnons.</p>



<p><strong>Othmane ne savait plus quoi faire, hésitant entre ce qu’il était bon et ce qu’il était juste d’adopter comme attitude. </strong>Tantôt il espérait s’en sortir, voulait résister et demandait de l’aide ; tantôt il interdisait aux quelques hommes qui lui étaient restés fidèles de tenter quoi que ce fut. Tantôt il voulait lutter, tantôt il se résignait à préparer sa fin. Aussi, outre l’attitude de principe manifestée dans la consigne de ne point attaquer les insurgés et de se contenter de se défendre, il tenta d’alerter ses hommes dans les provinces. Appelé à la rescousse, le gouverneur de Damas se fit prier avant de se décider à dépêcher auprès du calife assiégé des troupes pour sa protection. Arriveraient-elles seulement à temps à Médine ?</p>



<p>Devant le logis, les choses se gâtaient. On ne se lançait plus que des invectives, mais aussi des traits. On ne se bousculait plus, on se battait. Les assaillants avaient eu vent de la marche des troupes fidèles vers eux et craignaient le retour en masse des pèlerins vers Médine. Ayant été trop loin, ils choisirent la fuite en avant.</p>



<p>Dans la maison pleuvaient des pierres et des flèches ; des cris et des pleurs de colère et de peur s’y levaient. Trois personnes, dont Marouane, furent blessées. Ses gens vinrent à Othmane solliciter l’autorisation de se défendre. Dans sa chambre, prosterné sur son Coran, il leva à peine la tête, juste pour ordonner de rendre leurs flèches aux assaillants et de s’abstenir de toute réplique.</p>



<p>Pourtant, ceux-ci étaient de plus en plus excités et redoublaient d’initiatives. Ils s’attaquèrent à la solide porte de la maison voulant la défoncer, mais le cordon composé des jeunes fils d’Ali et leurs compagnons les repoussa. Subitement, une accalmie survint. Trois hommes du groupe d’interposition réussirent une médiation inespérée. On s’entendit pour laisser le calife quitter la maison et se rendre à la mosquée afin de s’entretenir avec les meneurs de la foule en colère.</p>



<p>Sous un parapluie de sabres et de pointes de flèches acérées, entouré de ses plus proches amis, Othmane s’y rendit et s’assit à côté de la chaire. Encerclé de gens armés plus excités les uns que les autres, il attendit dans la confusion la plus totale que quelqu’un d’important fût venu lui parler, se présentât avec une quelconque proposition ou tentât de calmer la situation. Assis seul, ses longs cheveux ondulant sur des épaules basses, ses mains jointes sur des cuisses fébriles, il resta une heure durant à assister impuissant, sous la protection nerveuse de ses hommes, à l’extrême agitation stérile en possession de la mosquée. En désespoir de cause, il finit par se lever, lâchant, désabusé : <em>— Je ne vois personne aujourd’hui apte à rendre justice.</em></p>



<p>Sur le chemin du retour, malgré le cordon sécuritaire, on le bouscula et il faillit être agressé, n’était le fils d’Azzoubeyr qui s’interposa, repoussant la main hargneuse.</p>



<p>Les jeunes gens commis à sa protection finirent par obtenir de certaines des personnes en vue parmi les révoltés l’engagement par écrit de ne pas toucher à sa personne ; ils lui apportèrent le document. Il venait d’enfiler son armure sous la pression de ses femmes en répétant qu’il le faisait pour elles. L’engagement écrit des assaillants le rassura et il en prit prétexte pour se débarrasser de sa cotte de mailles ; déposant son arme, il regagna sa chambre reprendre sa lecture.</p>



<p><strong>Devant la porte du logis, la bousculade venait de reprendre, les jets de pierre et les tirs de flèches aussi. </strong>Les assaillants s’enhardissaient. AlHassan et le fils de Talha étaient éclaboussés de sang ; un esclave d’Ali, leur tenant compagnie, fut blessé sur le sommet du crâne ; à l’intérieur du logis, on reçut de nouveau des flèches et on y répondait. L’une d’elles fit mouche ; un des assaillants tomba.</p>



<p>On rapporta les faits à Othmane qui vint lui-même, fort contrarié, son Coran à la main, ouvrir la porte et demander aux jeunes gens postés devant de partir, répétant encore une fois qu’il refusait le combat, qu’il ne se défendrait pas si on voulait sa mort. Devant leur refus, il les fit entrer dans la maison et ils campèrent dans le hall. Il leur répéta ses consignes avant de rentrer dans sa chambre tenter de retrouver la paix dans le livre de Dieu. Privé de conduire la prière, il lisait encore plus souvent le saint Livre, continuant ainsi avec les moyens dont il disposait à célébrer le culte de Dieu, son premier devoir de calife. On était, de plus, en période de pèlerinage et la fête du sacrifice était pour le lendemain.</p>



<p>Se retrouvant devant l’imposante porte fermée sans ses défenseurs, les plus excités des assaillants y mirent le feu. Le crépitement du bois de teck commençant à brûler était couvert d’une voix claire, celle d’Othmane récitant d’un débit rapide, sans la moindre émotion, le début de la vingtième sourate : <em>«T. H. Nous ne t’avons pas envoyé le Coran pour que tu sois malheureux.»</em></p>



<p>Aux premiers flamboiements du feu, un immense brouhaha se fit dans la maison. Alerté, Othmane pensa venu le moment extrême tant redouté et attendu&nbsp;; il résolut de continuer à ne rien entreprendre. Il ressortit pour renouveler ses recommandations aux hommes agglutinés derrière la porte puis revint reprendre sa lecture.</p>



<p>— <em>Si la porte a flambé, c’est bien pour quelque chose de plus grave, leur dit-il. Que personne ne les combatte car ils n’en veulent qu’à moi et si vous vous interposez entre eux et moi, ils vous fouleront jusqu’à m’atteindre et m’avoir.</em></p>



<p><strong>En un pareil moment critique, Othmane était résolu à avoir l’attitude la plus digne, d’attendre la fin en la bravant. </strong>Malgré ce qu’on lui avait reproché, à cause de cela même, il était déterminé à défier ses adversaires avec ses convictions religieuses, sa foi intacte et le symbole de sa vie : le Coran. Car, à son destin, personne n’échappe ; et si c’était bien sa mort qu’avait décidée Dieu, il la recevrait vaillamment et dans la piété.</p>



<p>À la porte en feu qu’on a fini par défoncer, on se battait à mort. Le fer en main et les rimes à la bouche, les jeunes fils des Compagnons se relayaient à repousser les assaillants. On entendait Othmane réciter des versets d’une nouvelle sourate, <em>«La Lignée Amrâm»</em>, au moment où l’un des serviteurs de Marouane visa un des assaillants et, du premier tir de son arc, le tua sur le coup. Ce premier mort fut un feu de plus allumé au combustible de la haine déjà alimenté par le sang des blessés.</p>



<p>De part et d’autre de la lourde porte défoncée qui se consumait, dans la fumée et le feu envenimant les ardeurs des insurgés, redoublant leur fureur, les escarmouches timides avec les gens de la maison avaient dégénéré en un combat farouche. Mâtinés de vers d’intrépidité et de fierté, les cris des hommes rythmaient le bruit des fers s’entrechoquant avec rage. Entouré de ses serviteurs, Marouane, le secrétaire, attisait son courage en rimant aussi sa bravoure. Il s’était rué sur les assaillants, sabre au clair, bravache d’air : <em>— On ne touchera pas au calife tant qu’on sera là !</em></p>



<p>Il demandait qui voulait se mesurer à lui quand un assaillant lui porta un coup à la nuque le laissant pour mort. Atteint au muscle trapèze, il survivra avec le cou raccourci. Du sang giclait sur les murs, coulait sur les mains et les corps des hommes ; après avoir brûlé la porte, quelques assaillants s’étaient enhardis à s’engouffrer dans l’entrée, se heurtant à la résistance déterminée des gens de la maison.</p>



<p>Mohamed, fils d’Abou Bakr, était avec ceux qui restaient en retrait, hésitant encore entre la tentation de l’attaque et la crainte du sacrilège. Pourtant, il en voulait à mort à celui qui avait osé ordonner sa fin ou, du moins, la cautionner. Sa vengeance se voulait implacable, ne s’embarrassant ni d’âge ni de titre ; à son tour, sérieusement, il envisageait de donner la mort à celui qui la lui destina.</p>



<p>Voyant ensanglantés les fils d’Ali qui, en leur qualité de petits-fils du prophète, gardaient dans le cœur des gens et, notamment des Médinois, une place quasi sacrée, il eut tout à coup peur de voir l’occasion de la vengeance lui échapper. Aux plus enragés de ses compagnons, il dit, rageur : <em>— Les Hachémites, à la vue de ce sang sur le visage d’AlHassan et d’AlHoussayn, risquent de s’en prendre à nous et faire lever le siège, faisant aller en pure perte toutes nos initiatives.</em></p>



<p>À deux de ses amis proches, il suggéra un passage rapide à l’acte : <em>— Escaladons le mur du logis par derrière ; je connais le voisinage. On accédera ainsi à Othmane et on le tuera sans que personne ne s’en rende compte.</em></p>



<p>Avec la complicité du voisin, les trois hommes réussirent à s’infiltrer dans le vaste logis du calife, aussitôt suivis par d’autres. Il n’y avait personne sur leur passage, tous les occupants s’étant agglutinés dans l’entrée à repousser les attaquants. Discrètement, sans se faire remarquer, ils accédèrent à la chambre d’Othmane où la psalmodie n’avait pas cessé. Ils s’agglutinèrent au seuil n’osant pénétrer comme pétrifiés par la belle voix et ses divines paroles.</p>



<p>Ils finirent par pousser l’un d’eux qui revint aussitôt bredouille. Il ne fit que demander au calife de renoncer à sa fonction, ce qu’il refusa. D’autres prirent sa suite et ne firent pas mieux, Othmane réussissant à anesthésier leur hargne par des paroles appropriées. Gagnant en degrés à chaque tentative, la violence allait, cependant, crescendo.</p>



<p><strong>Assis sur le lit, le Coran dans le giron, Othmane voulait rester absorbé par sa lecture, </strong>la voix belle cherchant à couvrir le tumulte et sa noirceur avec les mots lumineux des versets psalmodiés. Sautant sur lui, Mohamed, d’une main fauve, lui prit sa longue barbe brune en éructant : <em>— À quoi a bien pu te servir Mouawiya ? À quoi peuvent te servir tes livres ?</em></p>



<p>Ses dents s’entrechoquèrent violemment&nbsp;; Othmane, tout surpris, domina cependant sa peur et sa douleur, essayant de retrouver le sang-froid du vieux sage ; il murmura d’une voix bien perceptible : <em>— Relâche ma barbe, mon neveu ; si ton père te voyait, il serait affligé par ton comportement&nbsp;!</em></p>



<p>La réaction du vieillard fit mouche ; le fils du premier calife libéra la barbe en reculant, mais il ne pouvait faire taire sa colère. Il avait l’œil en coin, noir de haine ; il quitta précipitamment la pièce en jetant un œil désabusé au groupe assaillant ; ses deux compagnons qui surveillaient ses gestes de près le perçurent comme un regard entendu.</p>



<p>Avait-il l’intention de surveiller les lieux ? Son clin d’œil était-il un permis de tuer ? Ces compagnons avaient-ils attendu ce signe pour s’avancer d’un pas déterminé vers l’homme au Coran ? L’un d’eux se rapprocha, la lame acérée d’une flèche brandie dans sa main ; Othmane, ne perdant toujours pas son calme, lui dit simplement, en avançant vers lui le livre sacré : <em>— Entre nous, il y a le livre de Dieu !</em></p>



<p>L’homme recula, non sans l’avoir déjà frappé au cou avec la large pointe de la flèche ; vers le compagnon qui s’avançait, un grand brun au teint noirâtre, le calife eut juste le temps de dire la même chose ; il le vit repousser le Coran du pied, le faisant tomber par terre, et lui donner un coup d’épée, lui coupant la main.</p>



<p><strong><em>De la tête d’Othmane, saignant abondamment, des gouttelettes rouges allèrent ensanglanter les pages du livre de Dieu </em></strong>ouvert par terre. De sa bouche sortit un cri de douleur suivi d’un soupir, quelques mots lui échappant, avant qu’il ne fût frappé une fois au cou et trois à la tête, des coups portés au bas du front, en haut du nez, qui en fendirent l’os.</p>



<p>L’agresseur avait l’envie irrépressible de tuer, mais n’osait porter le coup fatal, comme si la qualité ou l’âge de sa victime le retenaient encore du coup de grâce. Le retour à la charge de son complice lui donna le supplément d’audace nécessaire et, de concert, ils enfoncèrent leurs armes à plusieurs reprises dans le sein du vieil homme tombé à leurs pieds. Au moment même où, par terre, sa main avait précédé son corps, Othmane avait lâché ses derniers mots : — <em>Elle fut bien la première à écrire le Coran !</em></p>



<p>Le calife était encore au râle de la mort ; s’extirpant de la masse des complices, quelqu’un vint alors piétiner son corps, sautant dessus, lui cassant une côte. C’était, dit l’enragé, pour venger un parent mort dans sa prison.</p>



<p>Les assassins se penchaient pour cueillir le trophée de leur forfait quand un terrible cri de femme les fit sursauter. L’une des épouses d’Othmane arrivait ; elle eut juste le temps de se coucher sur le corps gisant au sol, empêchant que sa tête ne fût coupée. Offert au regard des deux hommes, son derrière avantageux les en détourna. Admiratif, l’un des deux agresseurs palpa voluptueusement la croupe de cette chrétienne d’origine, convertie à l’islam pour épouser le calife déchu : <em>— Dieu du ciel ! Qu’elles sont grosses ces fesses !</em> siffla-t-il.</p>



<p>Accourant dans la foulée, une seconde épouse se jeta aussi à côté de la première, couvrant ainsi complètement le mort. Elle fut hargneusement piétinée ainsi que sa compagne et on leur arracha leurs bijoux; l’un d’eux enleva le sceau du calife du doigt de son bras coupé qui traînait à ses pieds. Au même moment, un serviteur arriva et tua l’un des trois assassins avant d’être abattu.</p>



<p>Après avoir mis la pièce à sac, les deux assassins suivirent leurs autres compagnons dans la fuite; laissant derrière eux trois morts, ils s’en allèrent rejoindre le fils d’Abou Bakr déguerpir par où ils étaient entrés. Sur leur chemin, ils butèrent contre un autre domestique noir qui réussit à transpercer par sa lame un second meurtrier avant d’être abattu à son tour d’un double coup de leurs sabres ruisselant de sang. Accourant de tous côtés, les autres habitants ne tardèrent pas à rappliquer.</p>



<p>— <em>Le prince des croyants a été tué !</em> criait-on dans la pièce.</p>



<p>D’affliction et de désolation, le cri emplissait l’intérieur du logis soudainement plongé dans un étrange silence. Les gardiens de la porte à moitié calcinée se bousculèrent en se pressant de pénétrer dans la chambre du calife. Ahuris, les yeux exorbités, n’en croyant pas leurs yeux, ils entourèrent le corps gisant par terre, égorgé. Devant le corps de la victime, aux côtés des familiers et des domestiques, certains des jeunes de l’entrée de la demeure avaient un genou par terre et des larmes de sang aux yeux.</p>



<p>À l’extérieur du logis, à l’annonce de la fin tragique du calife, quelqu’un cria : <em>— Au Trésor !</em></p>



<p>Et délaissant la demeure du calife désormais endeuillée, la foule insurgée se rua sur le local du Trésor public ; leur arrivée fit fuir ses deux gardiens qui, se débarrassant des clefs, abandonnèrent le peu qui y restait à la rapine générale.</p>



<p>Telle une traînée de poudre, la terrible nouvelle de la fin d’Othmane embrasa la ville. La foule houleuse agglutinée autour de chez lui il y avait peu s’était dispersée instantanément ; désormais, le logis était ouvert à tout venant, sa porte comme son maître traînant par terre. Et une nouvelle foule, sans armes en évidence cette fois-ci, prit peu à peu la place de la première.</p>



<p><strong>Les uns après les autres, Ali, Talha, Azzoubeyr et Saad arrivèrent, se frayant difficilement leur chemin</strong> parmi des mines bien moins tristes que surprises et ahuries. Devant la dépouille mortelle, ils se figèrent, prononçant à haute voix le nom de Dieu et la formule rituelle du retour à sa miséricorde. Au pied du mort, Ali ne resta qu’un court instant ; il était rouge de colère. À ses deux fils arrivés à sa rencontre, il reprocha l’occurrence de pareille horreur en leur présence. Il était tellement enragé qu’il ne se retint pas de gifler son cadet AlHoussayn et de frapper la poitrine de l’aîné AlHassan. Il ne voulait même pas les écouter, pas plus que les fils de Talha et d’Azzoubeyr qui se confondaient en des explications, les insultant même.</p>



<p>Fou furieux, d‘un pas rapide, il quitta les lieux. Contre Talha, croisant son chemin, qui faisait mine de s’étonner qu’il ait osé lever la main sur les petits-fils du prophète, il s’écria, vitupérant : <em>— Qu’ils soient maudits et toi aussi avec eux ! Comment tue-t-on, sans preuve évidente ni argument précis, le prince des croyants, un Compagnon du prophète qui a assisté à Badr ?</em></p>



<p>Cynique, Talha répondit froidement : <em>— S’il avait livré Marouane, il n’aurait pas été tué !</em></p>



<p>— <em>S’il l’avait livré, Marouane aurait été tué avant même d’avoir été reconnu coupable !</em> rétorqua Ali, désabusé.</p>



<p>Regagnant son domicile, Ali résolut d’y demeurer reclus. Dehors, l’agitation était à son comble et les sentiments à fleur de peau. Après avoir dévalisé le Trésor, une partie des assiégeants revint boucler de nouveau le logis, refusant la sortie des corps du défunt et de ses deux domestiques pour l’enterrement.</p>



<p>Dans le même temps, une autre foule se constitua devant la demeure d’Ali ; certains de ses membres venaient de celle qui avait assiégé le calife. On le réclamait pour être le nouveau vicaire du prophète. On l’appelait même, déjà, Prince des croyants ! À quelques lieues de la ville, d’autres troupes approchaient. Apprenant la mort d’Othmane, elles rebroussèrent hâtivement chemin ; c’était l’armée envoyée par Mouawiya.</p>



<p>On était en l’an 35 de l’hégire. Tué à 84 ans, Othmane a gouverné douze ans et quelque quinze jours, de 644 à 656 du calendrier chrétien.</p>



<p>Ali devait attendre ce jour depuis longtemps. Certes, les conditions n’étaient pas normales&nbsp;; elles étaient assurément dramatiques ; mais la politique n’était-elle pas ainsi faite ! Il voulait se persuader que ce n’était pas le peuple de Médine ni un quarteron de conjurés des provinces d’Irak et d’Égypte qui commit, dans l’islam, ce premier assassinat de leur calife par des musulmans ; c’était bien un atavisme hérité des siècles préislamiques, que la nouvelle religion gomma sans toutefois l’éliminer, qui faisait de la mort l’issue normale de toute querelle.</p>



<p>Paré du vernis sacré, cet héritage indélébile des siècles se transformerait, peut-être, en instrument redoutable d’accession au pouvoir ! Nonobstant les récits apocryphes prétendant que le prophète et Abou Bakr seraient morts des suites d’une alimentation empoisonnée par des juifs, l’assassinat d’Othmane était le second dans l’histoire de l’Islam du premier personnage public après celui d’Omar.</p>



<p>Mais c’était le premier vrai assassinat politique de cette histoire, fondateur de ce qui allait devenir une tradition de gouvernement. Comme le concevaient les anciens des vieilles cultures, le pouvoir allait être, par définition, l’usage du glaive et de la ruse, l’alliance du lion et du renard.</p>



<p>Ali, le successeur d’Othmane, quatrième vicaire du prophète, allait l’éprouver à ses dépens. Face à lui, quelqu’un se dressait, se voulant le fondateur d’une dynastie et, pour cela, reproduisait à merveille les traits d’un conquérant du pouvoir.</p>



<p>Une terrible guerre doublement fratricide était sur le point de se déclencher ; déchirant la communauté musulmane censée être composée de frères et de sœurs communiant dans les mêmes valeurs, elle opposait des parents entre eux, des cousins et même des frères mus, comme à la plus belle époque antéislamique, par un insatiable instinct guerrier.</p>



<p><em>Derrière vous, les chemins de la conquête vous avez délaissés</em></p>



<p><em>Au pied de la tombe de Mohamed, vous nous avez attaqués.</em></p>



<p><em>Et les Compagnons du prophète, l’espace d’une soirée,</em></p>



<p><em>Étaient comme bêtes immolées à la porte de la mosquée.</em></p>



<p>Dans Médine, par-dessus la cacophonie généralisée, une voix s’était élevée laissant parler son affliction et sa détresse ; le poète des Renforts et du prophète, Hassan Ibn Thabit, laissait parler sa rage et déclamait un ultime hommage au défunt, lourd des plus sombres prévisions :</p>



<p class="has-text-align-center"><em>Ils ont sacrifié l’homme grisonnant, en prosternement</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Passant ses nuits à glorifier Dieu et à lire son Coran ;</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Bientôt, vous entendrez en leurs maisons :</em></p>



<p class="has-text-align-center"><a></a> <em>Dieu est grand ! Pour Othmane, nous nous vengeons !</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><strong><em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète&nbsp;: ombres et lumières», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Les ferments de la discorde</title>
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		<pubDate>Fri, 22 Apr 2022 13:17:35 +0000</pubDate>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Saad-Ibn-Abi-Wakkas.jpg" alt="" class="wp-image-388579"/><figcaption><em>Saad Ibn Abi Wakkas.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Au bord du puits Aris au fond duquel il a perdu le sceau du prophète, le vieillard aux traits fins parsemés de traces de variole aimait de plus en plus revenir s’asseoir comme s’il espérait par un miracle finir par retrouver la bague du prophète.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388578"></span>



<p>Ce jour-là, caressant sa barbe fournie, guère fleurie depuis qu’il s’était mis à la teindre, Othmane songeait à la sournoise montée des périls autour de lui. Déjà, même sur les fronts de la conquête, les divisions tribales réapparaissaient et les victoires n’étaient plus invariablement au rendez-vous, les troupes musulmanes n’étant plus réputées invincibles. Mais comment la gangrène de la discorde trouva-t-elle un terrain propice au cœur même d’une communauté normalement soudée par sa religion autour de son chef suprême ? Comment cela commença-t-il ? Lancinante était la question dans sa tête. Tout devait avoir débuté en Irak, dans la ville d’AlKoufa.</p>



<p><strong>Certes, il y avait nommé un Omeyyade, Saïd Ibn Al’Ass ; le nouveau gouverneur pouvait cependant se prévaloir d’avoir été élevé par Omar Ibn Al Khattab.</strong> Au vrai, il était jeune, sans l’expérience de ses aînés, notamment parmi les Compagnons du prophète, mais il n’était pas sans un certain savoir-faire et surtout un talent de tribun qui lui valut, d’ailleurs, son surnom d’Éloquent. Il était vaillant aussi et avait de la ruse guerrière. On rapporta ainsi comment, lors de sa conquête de Mazandéran, sur les bords de la mer Caspienne, débaptisée Tabaristane, il obtint la reddition de la population à la condition de ne pas tuer une seule personne et qu’il tint sa parole en faisant passer par le fil de l’épée tout le monde à l’exception d’un seul prisonnier.</p>



<p>Malgré ses qualités, les gens n’aimèrent pas cependant sa prétention et son langage d’injures fleuri ; ne les qualifiait-il pas, sans cesse, de suppôts du désaccord et de la discorde ? Pourtant, Othmane finit par se plier à leurs desiderata en acceptant de le rappeler à Médine et de nommer à sa place l’homme plus âgé et vertueux qu’ils réclamaient : Abou Moussa Al Ach’ari.</p>



<p>Contre l’ancien gouverneur, la révolte a été fomentée par des personnalités de la ville, ses notables et surtout ses lecteurs, ces hommes de religion, mais de guerre aussi, qu’on n’appelait pas encore les encapuchonnés. Se fondant sur leur spécialisation dans la récitation du Coran, ils s’improvisaient ses plus acharnés défenseurs et, surtout, les gardiens zélés d’une certaine conception du Livre sacré conforme à leurs visions des choses, parfois même à leurs intérêts propres.</p>



<p>Certains parmi eux étaient chez le gouverneur qui, dans le feu de la conversation, se permit de leur dénier l’appartenance des terres environnantes, en rattachant la propriété à sa tribu Qoraïch. Il leur était inadmissible et intolérable de toucher à ce qu’ils considéraient comme un bien propre aux tribus de la région, acquis au fil de l’épée et grâce à leur sang versé sur le champ des batailles. Prompts à la riposte, sous son regard même, avant d’être mis dehors, ils s’en prirent à son chef de la police, réussissant à le molester. Prenant ensuite dare-dare la direction de la mosquée, ils ameutèrent les habitants de la ville et se mirent aussitôt à publiquement contester l’autorité du gouverneur. Celui-ci écrivit au calife pour se plaindre : <em>— J’ai auprès de moi des gens se prétendant des récitateurs et qui ne sont que des effrontés ; ils ont malmené le chef de ma police et m’ont manqué de respect.</em></p>



<p><strong>Les notables d’AlKoufa qui osèrent s’en prendre au gouverneur savaient que toute la ville était remontée contre lui. </strong>On ne lui pardonnait pas certaines de ses initiatives, dont la dernière en date fut de diviser par deux les dons publics revenant aux femmes. Dans la rue, vers la fin de son mandat, il était fréquent d’entendre les femmes déclamer leur haine et chanter les mérites de Saad Ibn Abi Wakkas, l’un de ses prédécesseurs appelé, par respect, Abou Ishaq, son surnom :</p>



<p><em>Si seulement Abou Ishaq nous gouvernait !</em></p>



<p><em>Et si seulement pour périr Saïd était le premier !</em></p>



<p><em>Il diminue les droits des nobles dames en se protégeant</em></p>



<p><em>Des lames, des lances acérées du corps de leurs enfants.</em></p>



<p>AlKoufa n’était pas la seule à exécrer Saïd Ibn Al’Ass ; à Médine, nombreuses étaient les personnalités qui ne le supportaient pas. Ali en faisait partie ; il le tolérait de moins en moins, tout comme il commençait à ne plus supporter le comportement du calife disséminant sa parentèle à la tête des services et des provinces.</p>



<p>Tant qu’il fut gouverneur, pourtant, Ibn Al’Ass ne manqua pas d’envoyer au cousin du prophète une part des biens et cadeaux qu’il adressait régulièrement à Médine. Ce jour où il lui fit dire que, hormis ce qui allait au Trésor du calife, il n’avait envoyé à personne d’autres plus que ce qu’il lui faisait parvenir, Ali ne sut retenir sa colère. Dérogeant à son silence habituel, en présence du messager du gouverneur, il se laissa aller haut et fort aux récriminations : <em>— Combien les Omeyyades sont prompts à posséder le patrimoine de Mohamed, que Dieu le bénisse et le salue ! Par Dieu, si seulement j’avais le pouvoir, je les dépouillerais à la manière d’un fauve dépiautant une brebis !</em></p>



<p><strong>Cherchant à réduire la contestation d’AlKoufa, Othmane écrivit aux meneurs leur enjoignant de rallier le front de Syrie</strong> pour participer à la guerre sainte. Ils se plièrent à son ordre et se présentèrent devant son gouverneur de Damas, Mouawiya Ibn Abi Soufiane, l’un de ses rares proches parents à ne pas lui devoir sa place obtenue depuis le règne d’Omar. Diplomate né, ambitieux et disposant de la ruse nécessaire à ses larges visées, Mouawiya les reçut bien. Sollicitant leur coopération, il chercha à désamorcer la crise par la douceur.</p>



<p>— <em>Vous êtes dans un pays dont les habitants ne savent qu’obéir,</em> leur dit-il; <em>je vous demanderais de ne pas discuter avec eux afin de ne pas les faire douter de leur foi.</em></p>



<p>Une forte personnalité, un chef de guerre qui avait pris part à la bataille de Yarmouk était parmi les hommes venus d’AlKoufa. Appelé Malik Ibn AlHarith, surnommé AlAchtar à cause de sa lèvre inférieure fendue, il fut parmi les plus virulents dans la contestation contre le gouverneur de sa ville. Au premier responsable de Damas, il répondit du tac au tac : <em>— Dieu, grand et puissant, a imposé aux détenteurs d’une science l’engagement de la faire connaître aux hommes et de ne pas la dissimuler. Si quelqu’un nous questionne sur ce que nous savons, nous ne le dissimulerons point.</em></p>



<p>Irrité, mais ne perdant pas moins son sang-froid, essayant de se donner, à son habitude, une chance d’atteindre son objectif par la maîtrise de soi, alliée à la patience et à la mansuétude, Mouawiya rétorqua : <em>— J’avais peur que vous ne prépariez ainsi la désunion ; craignez donc Dieu ! </em><em>«Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et ne se sont pas accordés après avoir reçu les preuves évidentes».</em></p>



<p>À l’extrait du verset 105 de la sourate <em>«La Lignée Amrâm»</em> par lequel le gouverneur finit sa réplique, l’un des récitateurs renchérit, hautain : <em>— Nous sommes ceux que Dieu a bien guidés !</em></p>



<p><strong>Perdant l’espoir d’arriver à ses fins par la négociation, Mouawiya se résolut de les mettre en prison pour un temps. </strong>Puis, cherchant à faire l’économie de difficultés que son flair d’animal politique lui faisait pressentir, il finit par les éloigner de sa province.</p>



<p>Ils s’en retournèrent dans leur ville où, du haut de la chaire de la mosquée, AlAchtar se mit de nouveau à vilipender Othmane à loisir, rappelant le bon exemple de ses prédécesseurs qu’il violait manifestement. Et c’est en ameutant les habitants d’AlKoufa qu’il réussit à en chasser le gouverneur et le peu de ses fidèles.</p>



<p>Le mécontentement allant partout crescendo dans des provinces où l’on n’arrêtait plus de lui reprocher d’utiliser exclusivement ses parents pour les postes de responsabilité, le vieux calife fut dans l’obligation de changer de politique — ou de faire mine d’en changer — afin de calmer la situation. Aussi proposa-t-il le choix par chaque province mécontente de son propre gouverneur&nbsp;; ce que ne manqua pas de faire AlKoufa, à la décision de laquelle il se plia. Cette concession ne calma la situation qu’un temps ; la contestation d’Irak eut en Égypte un large écho que prolongèrent des troubles au sein des troupes.</p>



<p>Des visages chargés de douloureux souvenirs revenaient à la mémoire d’Othmane et ne cessaient de le hanter. Abou Dharr Al Ghifari était l’un des Compagnons parmi les premiers croyants ; il était réputé pour sa vie de piété, d’ascèse, de mortification et était fort respecté. L’honora-t-il assez ? Autour de cet homme, en Syrie, pauvres, mendiants, gueux et va-nu-pieds, de plus en plus nombreux, se rassemblaient pour l’écouter réciter les dires du prophète. Le gouverneur damascène en eut peur et l’éloigna de sa province, le dirigeant vers Médine. Pour la même raison que son agent, le calife le bannit hors de la cité.</p>



<p>Abou Dharr avait une prédilection pour les propos du prophète blâmant les riches. Alerté par ses prêches virulents, craignant le risque d’émeute devenu réel, Mouawiya le convoqua et lui demanda de lui faire écouter ce qu’il récitait aux foules. Il lui fit une lecture de la fin du verset 34 de la sourate « La Résipiscence » : <em>«À ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas pour la cause de Dieu, annonce l’heureuse nouvelle d’un châtiment douloureux».</em></p>



<p>Le gouverneur garda un instant le silence, le temps de se remémorer le début du verset avant d’oser discuter de son sens. Il s’en souvenait parfaitement ; n’avait-il pas été parmi ceux qui consignaient la Révélation pour le prophète ? Il y était dit : <em>«Croyants ! Nombre de prélats et de moines usurpent trop les biens d’autrui par vanité et détournent de la cause de Dieu.»</em></p>



<p>Par-devers ce Compagnon versé dans la science religieuse, doctement, il s’autorisa une interprétation du texte coranique, protestant : <em>— Mais il ne concerne que les gens du Livre !</em></p>



<p>Simple et courte, ne supportant aucune contestation fut la réponse du vieil homme, sûr d’un savoir qu’il tenait d’un compagnonnage assidu et notoire : <em>— Il nous concerne autant qu’eux.</em></p>



<p>Et il prolongea son propos par une attaque en règle contre le gouverneur, son entourage de notables et de riches. Il lui reprocha notamment d’user de subterfuges pour détourner de leurs vrais destinataires les butins et les biens par les musulmans acquis. Au prétexte qu’ils étaient à Dieu, on se les réservait, en usant, en abusant. Et il martela : <em>— Les Riches n’ont point droit à ces biens destinés aux nécessiteux.</em></p>



<p>Avec une pareille assurance et tant de science, l’homme était en mesure de faire se soulever les nombreux déshérités de la province qui le traitaient déjà en saint. Aussi Mouawiya demanda-t-il au calife de le rappeler auprès de lui. Othmane savait bien que le malin fils d’Abou Soufiane lui faisait ainsi un cadeau empoisonné ; mais il ne pouvait lui opposer une fin de non-recevoir. De la famille alliée de Harb – le frère d’Abou Al’Ass, grand-père d’Othmane – Mouawiya était, après la disparition de son frère Yazid, la personne la plus en vue, dont l’avenir était prometteur. Pour cela, dès la deuxième année de son califat, il n’hésita pas à lui permettre de réunir sous sa férule le gouvernement de l’ensemble de la province syrienne.</p>



<p><strong>Recevant l’ascète à Médine, Othmane le pria de rester près de lui en abandonnant le prêche, </strong>lui assurant qu’en sa qualité de prince des croyants, il ne pouvait agir autrement que d’assumer ses devoirs. Ceux-ci consistaient à demander l’obéissance aux gouvernés, à leur recommander la guerre sainte et à leur conseiller l’épargne à la dépense ; en aucun cas, ils ne permettaient d’imposer qu’on fût ascète, qu’on se détournât des biens terrestres ! Martela-t-il. Refusant l’offre, Abou Dharr préféra s’isoler dans le désert, hors de la ville du prophète, pour finir sa vie en solitaire comme ce dernier le lui avait prédit. Le calife pouvait-il faire davantage que lui recommander à se garder de trop s’éloigner de la cité pour ne pas verser dans le nomadisme et mettre à sa disposition un troupeau de chameaux ainsi que deux esclaves ?</p>



<p>Abou Dharr était un homme au caractère aussi revêche que son choix de vie. Ce jour où il revint demander au calife de ne pas se contenter d’accepter que les gens ne fassent pas le mal, mais de les inciter au bien en sa qualité de dirigeant de la communauté, Othmane avait auprès de lui Kaab AlAhbar, l’ami d’Omar.</p>



<p>Quand l’ascète exigea que l’on ne se contentât pas de s’acquitter de l’aumône, mais aussi de faire la charité aux voisins et aux parents, Kaab intervint pour rappeler le principe selon lequel celui qui se conforme au précepte accomplit son devoir. À peine Kaab finit-il de parler qu’il reçut sur la tête un violent coup du gros bâton crochu qu’Abou Dharr avait toujours à la main, l’utilisant comme une béquille&nbsp;; le frappant, Abou Dharr éructait : <em>— Fils de Juive ! Mais qui tu es pour discuter de cela ?</em></p>



<p>Cette blessure ouvrait droit à réparation ou à la vengeance pour la victime. Cherchant à calmer les esprits, le calife obtint de son hôte qu’il lui abandonnât son droit et, pardonnant à son tour à l’agresseur, il le tança à peine quelque peu : <em>— Abou Dharr, crains Dieu et retiens ta main et ta langue !</em></p>



<p>Un autre visage revenait sous les yeux fatigués d’Othmane ; c’était celui d’un homme originaire de la ville d’AlKoufa. Lors du pèlerinage, près de la grande tente d’Aïcha, il le retrouva dans un groupe d’inconnus qui, à son passage, se mirent à le maudire à haute voix. Othmane n’eut pas le courage de s’adresser à tous les hommes, d’affronter leur nombre ; avisant le Koufite qui le dévisageait, il concentra sur lui toute sa fureur : <em>— Tu oses m’insulter, toi !</em></p>



<p>Plus tard, à Médine, mettant la main sur lui, il voulut prendre sa vengeance, jurant de lui donner cent coups de fouet comme s’il avait été coupable d’adultère selon la loi coranique. Les jurisconsultes réussirent à l’en dissuader, mais ne surent rien faire contre sa décision de le priver de la part qui lui revenait normalement du Trésor.</p>



<p>Dans la galerie visuelle des revenants s’invitant aux souvenirs du calife, il y avait aussi ce régisseur des biens de la ville d’AlKoufa, un honnête homme qu’il releva néanmoins de ses fonctions. Il était de sa parentèle, pourtant ; mais il eut le tort de dénoncer des malversations en révélant, un matin, aux habitants de la ville qu’on venait la veille de prélever sur le Trésor une grosse somme sans lui en donner quitus selon l’habitude, un reçu ou un écrit du calife.</p>



<p>Il y avait aussi ce messager qui accepta d’être le porteur d’une liste écrite des récriminations des gens. Ne se retenant plus à la fin de sa lecture, Othmane le poussa par terre et le foula aux pieds en s’écriant : <em>— Sois avili par Dieu et humilié !</em></p>



<p>Dans ses souvenirs, bien distincte était encore la voix de ce pauvre messager qui, bien qu’atteint, gardait ses esprits, lui répondant simplement mais hautainement : <em>— Ainsi, tu humilies Abou Bakr et Omar aussi !</em></p>



<p>Certes, il regretta sa colère et envoya quelqu’un à sa victime lui dire de choisir entre pardonner, prendre le prix du sang versé ou se venger. Mais, à la fois fier et orgueilleux, celui-ci n’accepta aucune des propositions, disant laisser à Dieu le soin de lui rendre justice.</p>



<p><strong>À ses oreilles, le calife avait aussi des vers du poète satirique AlHoutay’a </strong>racontant, à sa manière et par solidarité poétique, les frasques d’AlWalid Ibn Okba, le poète, gouverneur et guerrier :</p>



<p><em>AlHoutay’a témoignera le jour de sa mort,</em></p>



<p><em>Que, d’excuse, AlWalid est bien plus méritant.</em></p>



<p><em>Il leur cria, la prière terminée,</em></p>



<p><em>Je vous en rajoute ? Car, ivre, il était.</em></p>



<p><em>Ils refusèrent, Abou Wahb ; mais s’ils l’avaient autorisé,</em></p>



<p><em>À la Double de la matinée, tu aurais réuni l’Unique de la soirée.</em></p>



<p><em>On te retint la bride alors que tu as couru, et si seulement</em></p>



<p><em>On te l’avait relâchée, tu serais à courir encore.</em></p>



<p>Abou Wahb (AlWalid Ibn Okba), ce frère de par sa mère, très porté sur la boisson, fut nommé à AlKoufa en remplacement d’Ibn Abi Wakkas. Ce dernier était gouverneur de la ville depuis un an quand il se disputa avec son trésorier pour une somme empruntée dont il ne put s’acquitter. Confirmant le trésorier dans ses fonctions, Othmane destitua Saad et nomma à sa place ce parent qui était jusque-là gouverneur d’Omar pour les tribus arabes de la presqu’île. Les gens l’aimèrent bien, d’autant plus qu’il était lettré et généreux. Cela dura cinq ans pendant lesquels le gouverneur n’avait même pas eu besoin de mettre une porte à sa maison, ayant su conquérir le coeur de la masse, faisant bon usage du Trésor, en donnant aux hommes libres aussi bien qu’aux esclaves. On ne manqua pas d’entendre ces derniers le pleurer à l’arrivée de son successeur Saïd</p>



<p>Ibn Al’Ass :</p>



<p><em>Ô malheur ! AlWalid a été destitué ;</em></p>



<p><em>Et vint Saïd pour nous affamer ;</em></p>



<p><em>Il diminue le boisseau, ne sachant rien rajouter ;</em></p>



<p><em>Servantes et esclaves, ainsi, il a affamé.</em></p>



<p><strong>Comme tout homme politique, Ibn Okba ne manquait pas d’ennemis qui voulaient avoir sa peau.</strong> Cherchant le défaut de l’armure pour lui nuire, ils s’attaquèrent à sa vie privée sur laquelle la masse et tous ceux qui l’estimaient en tant qu’homme public fermaient les yeux, considérant que le vice n’était pas à blâmer tant qu’il était caché. On prétendit l’avoir vu présider la prière du matin soûl, faisant trois génuflexions au lieu de deux et, se retournant vers les hommes alignés en rang derrière lui, osant leur dire par bravade : <em>— Et si vous le voulez, je vous en rajouterai !</em></p>



<p>Bien évidemment, on assura aux faits un écho à Médine. Othmane suivit la procédure consacrée; devant la concordance des dires des témoins, il fit subir au coupable — qu’il révoqua — les coups de fouet prévus pour consommation d’alcool. Si, en la matière, son comportement fut sans reproche, le calife n’en sortit pas indemne pour autant ; on pointa ses choix mauvais pour les postes de responsabilité, sa confiance placée en des gens moralement corrompus, prévaricateurs, mécréants et impies.</p>



<p>Irréprochable, Othmane le fut aussi avec Amr Ibn Al’Ass, gouverneur d’Égypte, qui ne ménageait aucun effort, usant volontiers de rouerie, pour mettre la main sur les rentrées fiscales de la province. Pour cause de querelles incessantes avec le nouveau responsable des finances qui lui reprochait de gêner les rentrées fiscales et, qu’en retour, il accusait de casser l’outil de guerre, Othmane commença par lui enlever le service des impôts qu’il confia à un frère de lait avant d’oser le destituer, lui donnant tort dans ce différend. Amr ne le lui pardonna pas. De retour à Médine, portant un manteau fourré de coton yéménite, Ibn Al’Ass se présenta devant le calife, les traits renfrognés, l’œil méchant. Cherchant à le calmer, Othmane lui demanda de quoi était fourré son manteau, et il s’entendit répondre : <em>— De moi, Amr.</em></p>



<p>Saisissant la portée de la colère de cet homme qui n’oubliait pas avoir été à l’origine de son arrivée au pouvoir, mais tentant de l’ignorer, Othmane feignit la naïveté de la bonhomie : <em>— Je le savais bien fourré d’Amr. Je voulais plutôt savoir s’il était de coton ou d’autre chose !</em></p>



<p>Puis, au prix d’un grand effort sur lui-même, le calife se ravisa, décidant de ne pas se laisser intimider. Il fallait lui reprocher ses propos publics acerbes, voire insultants à son égard, ainsi que sa sympathie non dissimulée pour les fauteurs de troubles.</p>



<p>— <em>Que le col de ton manteau a été rapide à fourmiller de poux !</em> Lui dit-il sur son faux ton naïf, parlant volontiers à son tour par parabole.</p>



<p>Mais Amr n’était pas prêt à accepter la moindre critique ; il feignit une innocence revêche, prête à se défendre de toute attaque : <em>— Souvent est inexact ce que rapportent les gens sur leurs gouverneurs ; aussi, sois juste avec tes sujets !</em></p>



<p><strong>Refusant pour une fois de passer pour un idiot du fait de son excès de mansuétude, Othmane continua à se faire violence,</strong> persévérant dans le ton du reproche : <em>— Dieu m’est témoin ! Je t’avais nommé gouverneur malgré tes défauts et les critiques nombreuses à ton égard !</em></p>



<p>— <em>J’ai été un agent d’Omar Ibn AlKhattab et il était parti content de moi,</em> fit Amr, simulant une hautaine indifférence à la colère contenue du calife.</p>



<p>— <em>Par Dieu, si je t’avais châtié pour ce dont Omar te reprocha souvent, tu aurais été droit et probe ; mais j’ai adopté avec toi la souplesse et tu as tout osé contre moi, </em>répondit Othmane désabusé, ne sachant plus manifester une colère qui vite retombait comme un soufflet.</p>



<p>Il voulut bien évoquer sa noblesse et celle de sa famille, en tirer un motif de fierté selon la tradition arabe ; mais, sur ce terrain, Amr Ibn Al’Aass était bien plus fort que lui ; il était un fin connaisseur de la généalogie de Qoraïch et de ses plus nobles lignées.</p>



<p>En le voyant repartir de ce pas rapide des jours de colère, Othmane savait que cet homme qui l’avait pourtant aidé à gagner le pouvoir n’hésiterait pas à tout faire pour l’en déposséder. Et, pour arriver à ses fins, tel qu’il le connaissait, il s’allierait au diable, s’il le fallait ! Il le voyait bien exciter encore plus les gens contre lui et apporter son soutien à Ali, Talha et Azzoubeyr dans leurs critiques de moins en moins détournées et leurs prétentions de plus en plus affichées à prendre sa place. Ainsi, au moment où il en avait le plus besoin, ses plus proches soutiens l’abandonnaient et le raillaient !</p>



<p><strong>Dans les provinces, le nombre de ses détracteurs augmentait et touchait même des figures marquantes de l’Islam.</strong> Il eut beau ordonner à ses agents de faire subir à tout détracteur, quels que fussent son rang et sa qualité, le plus humiliant des traitements, comme de le fouetter cent fois, lui raser la tête et la barbe et le retenir en prison jusqu’à nouvel ordre. Cela ne servit qu’à envenimer la situation. À Médine, nombre d’anciens Compagnons ont écrit des lettres incendiaires à leurs alliés dans les armées aux confins de l’État. Les agents envoyés aux nouvelles dans les provinces étaient depuis peu nettement plus alarmistes que certains de leurs gouverneurs ; ils réussirent à lui faire parvenir une de ces missives. On osait y écrire :</p>



<p><em>«Vous n’êtes sortis qu’afin de combattre pour la gloire de Dieu, Puissant et Grand, et pour mériter de la religion de Mohamed ; or, derrière votre dos, la religion de Mohamed a été pervertie et délaissée. Revenez donc ici redresser la religion bafouée !»</em></p>



<p>Ses principaux gouverneurs rappelés à Médine pour consultation étaient divisés sur le traitement à appliquer. Autour de lui, il y avait tous ses agents auxquels il tint aussi à adjoindre deux de ses anciens gouverneurs, Saïd et Amr Ibn Al’Ass. Manifestement désemparé, il leur demanda : <em>— Conseillez-moi, les gens me veulent du mal et usent de menaces à mon égard.</em></p>



<p>Son gouverneur à Damas fut le premier à prendre la parole : <em>— Je suis d’avis que chacun des commandants de tes armées s’occupe des gens qui relèvent de sa province ; pour ce qui est des perturbateurs de la Syrie, j’en réponds.</em></p>



<p>Un autre lui fit part d’une recette infaillible : <em>— Il faut les mobiliser dans les armées que tu dirigeras vers les pays ennemis où tu les cantonneras ; ils y trouveront de quoi les occuper et te laisseront en paix.</em></p>



<p>Ses hommes se relayaient à proposer leurs solutions ; il en avait entrevu la plupart. L’un d’eux l’étonna, cependant, en se faisant d’une originalité frisant l’irrespect. Il avança une hypothèse à laquelle il n’osa jamais penser et à laquelle il ne s’attendait point venant d’un proche. C’était Amr Ibn Al’Ass qui, sur un ton sévère, visiblement affecté, tenait ces propos des plus étonnants : <em>— Othmane, tu as provoqué les gens avec ta politique familiale. Ils ont dit du mal de toi et tu en as dit autant d’eux. Tu t’es écarté du droit chemin tout comme ils en ont dévié. Sois donc juste et équitable ou alors démissionne ; et si tu le refuses, prends une décision ferme et tiens-toi à elle !</em></p>



<p>Il l’injuria, se demandant juste s’il était sérieux. Il le savait parfois facétieux et souvent roublard ; qu’avait-il en tête en se comportant de la sorte ? Une fois tout le monde parti, l’intéressé ne manqua pas de lui apporter la réponse. Il tint à rester seul avec lui pour s’expliquer : <em>— Tu es bien trop digne pour mériter ce que j’avais osé te dire&nbsp;; mais je savais qu’à ta porte, les gens nous épiaient et arrivaient à s’informer sur la teneur de nos entretiens. Aussi ai-je voulu que leur parvienne mon propos afin de les induire en erreur ; ainsi, ils ne me compteront pas parmi tes soutiens inconditionnels et, de la sorte, je garderai une certaine marge de manœuvre pour pouvoir te venir en aide, le cas échéant.</em></p>



<p><strong>Suivant les recommandations des plus sévères de ses hommes, Othmane mobilisa les contestataires dans les armées</strong> et se proposa même de priver les récalcitrants de ce que leur versait le Trésor. Mais cette réaction était par trop tardive ; elle ne fit qu’enflammer encore plus les provinces et il se sentit obligé de faire marche arrière, de jouer la carte de la conciliation. De la sanction, il passa aussitôt au pardon. C’est ce qu’il fit avec des conspirateurs se réclamant d’Ali, même si l’intéressé les reniait. Il s’agissait des fidèles d’AbdAllah Ibn Saba’a, un juif originaire de Sanaa, au Yémen, converti à l’islam après la mort d’Omar. Il sillonnait le Hijaz puis Basra et AlKoufa, en Irak, ensuite la Syrie et finalement l’Égypte où il s’assurait de l’écoute à ses prêches.</p>



<p>Ibn Saba’a affirmait qu’il serait étonnant de croire que Jésus put revenir à la vie et non pas Mohamed, citant en appui à ses dires un verset (le 85e) de la sourate «Le Récit». Il précisait ensuite que tous les prophètes précédant Mohamed ayant eu un successeur désigné, ce dernier aussi devait en avoir un nécessairement, et c’était Ali. Enfin, il assurait que, si Mohamed était bien le dernier des prophètes, Ali était aussi le dernier des successeurs désignés.</p>



<p>Aussi, il adjurait ses adeptes de hâter le règne d’Ali en critiquant la mauvaise conduite de leurs princes, en incitant les gens au bien et en désapprouvant tout acte illicite. Constituant autour de lui une poignée d’activistes zélés, il diffusa ses thèses par une propagande soutenue à travers les différentes tribus et les habitants des cités. En dressant minutieusement les torts et les injustices des gouvernants, ses fidèles réussissaient, pour le moins, à s’assurer de la sympathie pour leurs convictions.</p>



<p>On mit la main sur deux de ces activistes ; ils soutenaient être venus à Médine pour confondre le calife sur des questions fondamentales essentiellement religieuses et lui faire abandonner ses errements sinon attenter à sa vie. Othmane se hâta d’appeler pour une réunion à la mosquée tous les habitants majeurs de la ville et notamment les Compagnons du prophète. Debout près de la chaire, les deux hommes arrêtés à ses côtés entre leurs gardes, il dénonça leur mission à l’assistance. Alors, dans une mosquée qui semblait unanime dans la réprobation, des cris s’élevèrent : <em>— À mort ! Tue-les, Prince des croyants !</em></p>



<p>Sa nature lui fit choisir la magnanimité ; bon prince, il dit : <em>— Bien au contraire, nous pardonnerons et nous ferons tout l’effort nécessaire pour leur ouvrir les yeux. Nous ne les sanctionnerons pas tant qu’ils n’auront pas enfreint une loi ou manifesté une hérésie. Ces gens prétendent me confondre avec des inepties et je vais vous montrer leurs mensonges.</em></p>



<p>Reprenant les différents points censés servir les deux hommes comme angle d’attaque du calife sur sa pratique religieuse, il les démonta un à un, sollicitant et obtenant chaque fois l’assentiment de l’assemblée. Ali était parmi les présents et approuvait aussi. Pourtant, il s’était souvent fait l’interprète des mécontents ; nombre de fois, il fit des reproches au calife concernant la nomination de ses agents. Un jour, Othmane tenta une parade en citant les noms de certains de ses gouverneurs : <em>— Ils me reprochent de nommer ces parents et de ne pas être comme mon prédécesseur ; mais ne les avait-il pas lui-même nommés&nbsp;? Je n’ai fait que les maintenir en poste. Tu sais parfaitement bien que si Mouawiya est aujourd’hui gouverneur de Syrie, c’est bien Omar qui l’a voulu ainsi.</em></p>



<p>Son cousin, dont l’éloquence était proverbiale, avait parfois les réponses cinglantes ; ce jour-là, elle fut imparable : <em>— Omar tenait en laisse ceux qu’il nommait et, à la moindre incartade, il les sanctionnait de la plus sévère façon. Toi, par contre, tu les as laissés faire ; tu as été faible avec tes parents et ils ont abusé de cette faiblesse. Ainsi, et tu le sais bien, Mouawiya décide de tout sans te consulter en prétendant agir selon tes ordres et en ton nom ; tu n’oses le contredire. Tu sais bien aussi que Mouawiya avait peur d’Omar et le craignait beaucoup, bien plus que ne le redoutait son propre esclave.</em></p>



<p>— <em>Mais ce sont tes parents aussi, que je sache, répliqua Othmane, atteint, tentant une nouvelle parade pour se disculper.</em></p>



<p>— <em>C’est bien vrai ; mais les meilleurs ne sont pas nécessairement parmi eux ! Le cingla Ali, particulièrement cruel.</em></p>



<p><strong>Une autre fois, toujours de la part et au nom des mécontents et des adversaires, Ali revint le voir. </strong>Sa voix grave, aux intonations rigides comme les principes émaillant souvent ses paroles, résonnait encore aux oreilles d’Othmane : <em>— Les gens me harcèlent pour te parler. Par Dieu, je ne sais quoi te dire. Je ne sais rien que tu ne connais et je ne t’apprends rien que tu aurais ignoré. Abou Bakr n’était pas plus digne que toi de servir la vérité ni Omar n’était plus méritant du bien que toi. On ne t’ouvre point des yeux qui seraient fermés ; tu n’es nullement ignorant de ce qu’on t’apprend. Bien évidente et toute manifeste est la voie. Tu sais bien, Othmane, que le meilleur des hommes pour Dieu est un chef de file juste, bien guidé et guidant bien, faisant vivre une tradition connue et mettant un terme à toute nouveauté inconnue ; et tu sais que le pire des hommes pour Dieu est un chef de file qui est dans l’erreur, égaré et égarant, faisant vivre une nouveauté inconnue, mettant un terme à une tradition connue.</em></p>



<p>Son cousin était assez sévère avec lui ; nonobstant, il fit souvent appel à lui pour user de son influence en intermédiaire auprès de ses détracteurs. Outre Ali, il eut aussi recours à quelques bonnes volontés parmi les rares Compagnons qui acceptèrent d’intervenir en sa faveur auprès des troupes armées campant à l’entrée de la ville. Cette intercession permit d’éviter à la cité du prophète d’être profanée par les armes. Mais, à chaque intervention auprès des soldats, à plusieurs reprises, il fallut au calife s’engager à adopter un comportement et faire les plus fermes promesses pour s’y tenir.</p>



<p>Se laissant convaincre de se rendre à la mosquée et d’y faire amende honorable, il y tint, un jour, un discours fort émouvant, s’attirant du coup la sympathie du public. Puis, cédant à la pression de son entourage, davantage adepte des rodomontades et n’ayant en vue que ses propres intérêts, il ne tarda pas à faire volte-face, finissant par se laisser convaincre de ne rien céder de ses droits et de ses privilèges.</p>



<p>Il le reconnaissait volontiers ; il avait vieilli et était devenu facilement influençable. Écoutant tantôt les conseils d’Ali, se rangeant tantôt à l’avis de ses gens, il finit par donner l’impression d’être une girouette, ce qui fit encore plus de tort à sa personne et à la fonction incarnée.</p>



<p>À la mosquée, sur la même chaire où il fit le discours de la contrition et de la pénitence, il en fit un autre tout d’impénitence et de colère. Haranguant la foule réunie à ses pieds, il n’hésita pas à dire, cet autre jour : <em>— Il est pour toute chose un fléau ; à chaque objet, il est un vice. Le fléau de cette nation, le vice de sa prospérité sont ces critiques et ces détracteurs, calomniateurs et diffamateurs qui vous montrent ce qui vous plaît tout en susurrant ce qui vous déplaît. De creux propos, ils vous tiennent que vous répétez comme des animaux ; et eux-mêmes suivent le premier venu haineux, croassant. Vous avez critiqué et voué aux gémonies, venant de moi, ce que vous avez reconnu et admis, venant d’Omar. Vous avez été soumis à lui de gré et de force parce qu’il vous piétinait, vous tenant d’une main de fer, ne manquant pas de vous insulter. Moi, je me suis fait souple et flexible, je vous ai tendu la main et me suis retenu de vous faire du tort, physiquement ou verbalement ; alors vous vous êtes enhardis et vous avez osé vous attaquer à moi. Seulement, je suis bien plus digne que vous ne le pensez. Je ne suis pas dénué de partisans et ne manque pas de soutien ; il suffit que je le demande pour qu’afflue le secours d’armées d’hommes prêts à en découdre. Aujourd’hui, si je vous montre mes dents, c’est que vous m’avez mis dans des humeurs que je ne connaissais pas en me faisant tenir des propos qu’habituellement je ne tiens pas. Alors, retenez vos langues, cessez vos calomnies et arrêtez de diffamer vos gouverneurs&nbsp;; sinon je cesserai de m’interposer entre vous et ceux qui vous materaient si seulement je les laissais agir. Et soyez certains que je ne néglige point vos intérêts autant que ceux qui m’avaient précédé.»</em></p>



<p>Son secrétaire et cousin Marouane Ibn AlHakam se tenait à côté de la chaire. À peine Othmane eut-il fini qu’on le vit se lever et laisser s’exprimer librement dans l’intonation de sa voix et sa gesticulation une détermination farouche à s’accrocher au pouvoir et à ses privilèges : <em>— Et si vous le voulez, nous nous départagerons avec le glaive ! Par Dieu, nous et vous sommes comme dit le poète :</em></p>



<p><em>De notre honneur, nous vous avons pavé le sol ;</em></p>



<p><em>Incommode, vous l’avez trouvé pourtant,</em></p>



<p><em>Un tas de fumier lui préférant.</em></p>



<p>Descendant de la chaire en colère, Othmane le houspilla : <em>— Que tu sois muet ! Ferme-la et laisse-moi avec mes gens ; de quel droit tu t’y immisces ? Ne t’avais-je pas déjà dit de te taire ?</em></p>



<p><strong>Campant aux portes de la ville, les troupes venues d’Égypte étaient prêtes à l’investir </strong>; certains soldats s’y risquaient et annonçaient une arrivée imminente. De nouveau, Othmane fit demander aux intermédiaires habituels d’user de leur influence auprès de ces gens pour les empêcher de troubler la quiétude de la ville du prophète. Certains refusèrent ; Ali accepta et vint le voir. Il lui dit hésiter désormais à lui porter secours ; tant de fois, il le fit pour voir le bénéfice de ses efforts aussitôt annulés par l’influence néfaste de son entourage. Othmane insista, promettant de l’écouter dorénavant. Ali intercéda une nouvelle fois auprès des Égyptiens et réussit cette fois-ci à les éloigner de la ville. Certains dirent même les avoir vus rebrousser chemin vers leur province.</p>



<p>Pour témoigner sa reconnaissance à Ali, Othmane se mit un temps à l’écoute de ses conseils, allant jusque chez lui. Quand ce dernier lui demanda de faire, du haut de la chaire de la mosquée, une adresse publique à ses sujets en vue de prévenir l’éventualité d’autres marches militaires sur Médine, il n’hésita point. Improvisée, l’allocution fut forte en émotion&nbsp;; en parlant, des larmes perlaient dans ses yeux et se retrouvaient aussitôt dans ceux des auditeurs subitement acquis à la cause du calife, gagnés à lui par son excessive humilité. Ce jour-là, Othmane fit de la façon la plus spectaculaire son mea culpa : <em>— Ceux qui m’ont critiqué parmi vous n’ont pas déploré des choses que j’ignorais, car je n’ai nullement rien fait dont je n’étais conscient ; mais je me suis laissé aller à la fatuité et à la fausseté des apparences, y perdant ma raison. Or, j’ai entendu le prophète de Dieu – que Dieu le bénisse et le salue – dire : «Qui faute, qu’il se repente; qui se trompe, qu’il fasse amende honorable et qu’il ne persévère pas dans la perdition; car qui persévère dans l’injustice est bien loin du droit chemin. » Or, je suis le premier à en tirer leçon ; je demande pardon à Dieu de ce que j’ai fait et je reviens à Lui. Je ne suis pas le premier à fauter et à demander pardon. Dès ma descente de cette chaire, que les plus nobles d’entre vous viennent à moi me faire part de leurs opinions. Par Dieu ! Je m’asservirai volontiers comme le serviteur au service de la vérité.</em></p>



<p>Attendris, le prenant au mot, les gens vinrent nombreux chez lui sollicitant une entrevue. Il était honteux, non pas d’avoir eu à reconnaître ses torts, mais de devoir les assumer sans fin face à cette foule de visiteurs perdant patience sur le pas de sa porte. D’autant que ses familiers autour de lui faisaient tout pour lui faire regretter ce qu’ils considéraient comme un pur moment de faiblesse. Le plus critique était son cousin Marouane qui disait : <em>— J’aurais aimé que tu tiennes pareil discours en position de force ; je t’y aurais alors encouragé sans aucun doute. Mais tu as battu ta coulpe quand a débordé la coupe et que la situation, déjà très critique, est devenue désespérée. Dans ces conditions, demeurer dans le péché dont on demande à Dieu pardon est bien préférable à un repentir dont on craint les conséquences. Au demeurant, tu aurais pu te contenter de demander pardon sans reconnaître le moindre péché. Et, comme conséquence à tout cela, voilà à ta porte, comme une montagne, la foule qui t’attend !</em></p>



<p><strong>Othmane ne savait plus quoi faire ; il était las de tout ; surtout, il ne voulait voir personne </strong>; la honte se boit en solitaire. Aussi demanda-t-il à son secrétaire de recevoir à sa place les visiteurs. À peine le quitta-t-il que sa voix se fit entendre, si peu avenante, hurlant même : <em>— Que voulez-vous de nous pour vous réunir tous ici comme si vous veniez à un pillage ? Pensiez-vous nous enlever des mains notre pouvoir ? Allez-vous-en ! Par Dieu ! Si vous vous attaquez à nous, vous nous trouverez et vous le regretterez. Rentrez chez vous, nous ne nous laisserons pas faire !</em></p>



<p>Atterré était Othmane ! Il n’avait pas voulu que ces gens fussent ainsi accueillis ni même renvoyés de chez lui. Voulut-il sortir rattraper la bévue de son secrétaire ? Déjà, il était trop tard pour les ramener. Le mal était fait, bel et bien ! Bientôt, viendra Ali pour, encore une fois, le blâmer et, de nouveau, menacer de ne plus répondre à ses appels au secours. Lassé de ses sautes d’humeur, celui-ci se retint finalement de revenir auprès de lui, se contentant d’envoyer à sa place le petit-fils du prophète, AlHassan, son fils aîné.</p>



<p>Quand on vint à encercler sa demeure, AlHassan était là, devant sa porte, accompagné notamment de son frère AlHoussayn, mais aussi d’autres jeunes dont les fils d’Azzoubeyr et de Talha ; il tenait avec ses compagnons à protéger le calife contre toute agression. Othmane l’avait pourtant rabroué, une fois, l’amenant à déserter les lieux avant d’y revenir quand la situation devant la maison devint sérieuse du fait du siège. Ce jour, le calife était remonté contre Ali et il avait tenu à le dire à son fils : <em>— Ton père croit posséder un savoir que personne ne connaîtrait ; or nous savons ce que nous faisons bien plus que lui. Alors, qu’il arrête !</em></p>



<p>Même s’il n’avait pas rejoint leurs rangs, se gardant bien ostensiblement à l’écart, Ali ne pouvait s’empêcher de sympathiser avec les censeurs du calife au point qu’il se sentit obligé d’agir d’urgence afin de faire baisser l’ardeur sans cesse en ébullition de ses adversaires. Venant d’Égypte, le plus gros des mécontents souhaitait voir le vicariat du prophète confié au cousin du prophète. D’autres, qui les rejoignirent, ne voulaient plus d’Othmane non plus, mais souhaitaient un autre Compagnon. Certains préféraient l’apôtre du prophète, Azzoubeyr; ils étaient originaires d’AlKoufa pour l’essentiel. D’autres, venant surtout de Basra, penchaient pour celui qui était réputé pour sa bonté, le riche Talha, au nom duquel on accolait nombre de qualités morales.</p>



<p>Bien que sensibles aux reproches et aux arguments des révoltés, ces trois Compagnons se gardaient de le manifester publiquement et répugnaient à cautionner les démarches de leurs sympathisants dont ils n’hésitèrent pas à se désolidariser quand leurs chefs firent part à chacun d’eux de leur intention d’investir Médine en vue d’introniser l’un d’eux en lieu et place du calife. Ce triple refus essuyé, les troupes rebelles étaient revenues camper à quelques lieues de la ville. On crut à Médine qu’elles allaient se retirer. À ce moment, Othmane fit appeler le fils d’AlAbbas, l’oncle d’Ali. Quand il arriva auprès de lui, il le trouva en train d’implorer Dieu, répétant, par trois fois, d’une voix chevrotante : <em>— Ô Miséricordieux, aide-moi !</em></p>



<p>Se plaignant de son cousin, il le chargea de lui demander de cesser de le critiquer et de bien vouloir quitter la ville quelque temps. Ali voulut bien le faire, mais le pouvait-il ? Il se sentait encerclé tout autant que lui.</p>



<p>Puis, dans les rues de la cité, des cris ne tardèrent pas à s’élever. Les rebelles avaient fait volte-face; décidant de passer outre l’accord des Compagnons, ils investirent la ville, armés jusqu’aux dents. Le désordre le plus total qui y régnait et l’absence de la majorité des Renforts et des Émigrants, terrés chez eux, permirent aux révoltés de la contrôler rapidement. Ils firent savoir aux habitants qu’il ne serait fait de mal à personne si on ne les attaquait pas.</p>



<p>Le temps passé par les troupes insurgées aux abords de Médine leur permit de vérifier que celle-ci était bel et bien une ville ouverte. L’essentiel de ses défenseurs avait décidé, en effet, de refuser leur secours au calife, espérant le faire pousser, de la sorte, à la démission. Et Othmane ne tarda pas à envoyer un nouveau message à Ali ; c’était un appel au secours, cette fois-ci. Parsemant sa missive de vers, selon la meilleure des traditions et à son habitude d’en réciter régulièrement deux ou trois, il l’appelait à son secours : <em>— La coupe a débordé et même le plus poltron s’est enhardi contre moi ! Viens vite et sois ce que tu veux, pour moi ou contre moi, ami ou ennemi :</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Des mangeurs, sois le meilleur, si je suis à dévorer ;</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Sinon, accours à moi avant que je ne sois démembré.</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong><em>À suivre&#8230;</em></strong></p>



<p><strong><em>Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières&nbsp;», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Les nouveaux habits de l’État</title>
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		<pubDate>Thu, 21 Apr 2022 13:03:02 +0000</pubDate>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-nouveaux-habits-de-letat/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Les nouveaux habits de l’État</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Othman-Ibn-Affan-1.jpg" alt="" class="wp-image-388458"/></figure></div>



<p><strong><em>En assumant le pouvoir, Othmane tint à montrer ostensiblement qu’il se situait dans la lignée de son prédécesseur et respectait ses orientations. Comme Omar avait souhaité qu’on n’hésitât pas à nommer à la tête d’une province Saad Ibn Abi Wakkas qu’il fut amené à relever de précédentes fonctions sans l’en juger inapte ou indigne, le nouveau calife respecta cette volonté et nomma ce Compagnon gouverneur d’Al-Koufa.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388457"></span>



<p>En agissant de la sorte tout au long des premières années de son gouvernement, la moitié pratiquement, Othmane réussit à rallier autour de lui l’ensemble de la communauté. Cette adhésion au chef, l’attachement à sa personne se trouvaient facilités par les succès militaires multipliant les conquêtes terrestres et, consécutivement, les richesses de toutes sortes. Ils l’étaient aussi par l’investissement de la plupart des adultes dans les guerres d’expansion continuant en Perse et en Syrie et s’étendant en Asie Mineure et en Afrique. Par ailleurs, l’affluence de plus en plus grande à Médine des butins prélevés lors de ses guerres permettait au nouveau calife d’augmenter les rentrées de chacun sur les fonds du Trésor public, renforçant davantage sa popularité.</p>



<p><strong>À la prise de ses fonctions, Othmane adressa des lettres à ses gouverneurs, aux chefs des armées hors d’Arabie, aux préposés aux impôts </strong>ainsi qu’à l’ensemble de la communauté. Il y apparut tel qu’on le connaissait, correspondant à ce qu’on attendait d’un vicaire du prophète bien que, tout autour, les circonstances n’étaient déjà plus identiques à celles qui prévalaient du temps de la Révélation et des deux premiers successeurs de Mohamed. Aux premiers, il écrivit : <em>«Dieu a commandé aux chefs d’être des protecteurs et il ne leur a pas ordonné d’être des percepteurs ; les responsables de cette nation ont toujours été des protecteurs, non des percepteurs. S’il arrivait que vos chefs se transformassent en percepteurs et perdissent leur qualité de protecteurs, alors il en serait fini de la pudeur, de l’intégrité et de la loyauté. La plus juste des conduites est d’examiner les affaires des musulmans pour leur demander leurs devoirs et leur donner leurs droits ; cette conduite est pareillement identique pour les gens du Livre. Quant à l’ennemi dont vous vous emparerez, veillez à ne pas le priver de tout paiement libératoire»</em>.</p>



<p>Aux seconds, il nota : <em>«Vous êtes les défenseurs des musulmans et leurs champions. Omar vous avait tracé une ligne de conduite que nous n’ignorions pas et que, parfaitement, nous approuvions. S’il m’arrivait d’apprendre sur l’un d’entre vous qu’il ne s’y pliait pas ou prenait des libertés dans son application, il peut être assuré que Dieu par quelqu’un d’autre le fera remplacer. Veillez à vos devoirs car, pour ma part, je veille sur le strict respect des prescriptions de Dieu»</em>.</p>



<p>Aux censiers, il rappela : <em>«Dieu a fait exister ses créatures pour la vérité et il n’accepte d’elles que la vérité. Ne prenez qu’en justice, donnez en équité et soyez surtout probes. Veillez à persévérer dans l’intégrité ; ne soyez pas les premiers à la violer. Et ne perdez surtout pas de vue la loyauté! N’opprimez ni l’orphelin ni l’infidèle allié autorisé à séjourner en terre d’Islam, car Dieu est l’adversaire de celui qui les opprime»</em>.</p>



<p>Au petit peuple, il dit enfin : <em>«Vous n’avez eu ce dont vous avez la jouissance aujourd’hui qu’en imitant le bon exemple et en le suivant ; ne laissez donc pas la vie vous détourner de l’essentiel. Cette nation a tendance, en effet, à verser de plus en plus dans l’innovation après la tierce réunion en elle de l’accomplissement des bienfaits, l’arrivée à la puberté de ses enfants nés d’esclaves et la lecture du Coran par les Bédouins et les étrangers non arabes. Le prophète de Dieu – que Dieu le bénisse et le salue – a bien dit «l’incroyance est dans le barbarisme» ; or ces derniers, quand ils trouvent dans le Coran quelque chose obscure ou difficile, affectent de la comprendre et n’hésitent pas à innover, versant dans l’hérésie»</em>.</p>



<p><strong>Dans ces lettres était brossé le paysage du nouvel État musulman en gestation.</strong> On y retrouvait, certes, la persistance de l’empreinte originale du prophète et l’influence initiale des valeurs coraniques telles que scrupuleusement mises en œuvre par les deux premiers califes; mais la marque n’avait plus le lustre des premières années de la Révélation et celles qui ont immédiatement suivi la disparition de son porteur.</p>



<p>La nature humaine avec ses défauts et ses imperfections reprenait imperceptiblement le dessus et ce temps était désormais assez loin où la mort avait pour les guerriers de l’Islam la même valeur que la vie, et bien plus. Au combat des mécréants, la guerre était de moins en moins vue ou vécue comme une action sacrée, spirituellement valorisante, mais de plus en plus en une cruauté séculière, matériellement enrichissante.</p>



<p>Il y avait davantage de récalcitrants au Jihad, et pas seulement parmi les esclaves, les affranchis et les clients; certains le vivaient désormais comme une contrainte et n’y déféraient que par peur des représailles du gouverneur et de ses agents. Car, du temps d’Othmane comme de ses prédécesseurs, tout manquement au devoir de la guerre sainte continuait à être publiquement stigmatisé, le fautif se voyant enlever son turban et exposer à la raillerie et à la vindicte populaire.</p>



<p>Aux postes de responsabilité, les valeurs primordiales devenaient un simple paravent d’appétits bassement humainset le pouvoir était souvent un auguste siège pour de simples aventuriers au service de leurs ambitions personnelles. Au contact des sujets protégés, le respect consacré par Dieu n’était plus toujours de mise et les principes d’égalité s’appliquant à tous les musulmans, même de fraîche date, sonnaient souvent creux.</p>



<p>Dans cette société en pleine mutation trop tôt touchée par la grâce qui la fit aussitôt entrer dans une fabuleuse grotte aux trésors, les désirs et envies se débridaient ; même la langue dans sa pureté originale et les valeurs dans leur cachet religieux se perdaient. Mais, plus grave encore, le texte du Coran lui-même risquait de ne pas être épargné et d’être altéré&nbsp;!</p>



<p>Certes, sur le conseil d’Omar, atterré par la disparition de nombre de lecteurs et de compagnons du prophète, notamment lors de la bataille de Yémama, le premier calife Abou Bakr avait rassemblé chez lui les matériaux disponibles, grâce au travail acharné et remarquable de Zayd Ibn Thabit. À sa mort, ce corpus passa chez Omar qui le garda précieusement sans éprouver le besoin de prendre d’autres initiatives le concernant, la situation ne l’imposant point. Puis, à la disparition du second calife, l’œuvre d’Ibn Thabit fut recueillie par la fille d’Omar, Hafsa, par ailleurs épouse du prophète.</p>



<p><strong>Bien que désormais préservé de perte ou de disparition, le texte du Coran n’était pas en sécurité totale.</strong> En effet, au-delà de l’apparente unité linguistique de la péninsule arabique, les différences rhétoriques et syntaxiques ne manquaient pas d’une tribu à une autre. De plus,</p>



<p>écrit dans un alphabet dépouillé et plutôt archaïque avec l’absence des points diacritiques et des voyelles brèves dans l’inscription des lettres, le texte coranique permettait des lectures différentes et des interprétations opposées.</p>



<p>Par ailleurs, des collections personnelles écrites en existaient, disséminées auprès de certains anciens Compagnons, et la présence des récitateurs, ces personnages spécialisés dans la lecture du texte sacré, devenait pernicieuse. D’abord, par l’attachement de chacun à son interprétation et la compétition que cela suscitait; ensuite, du fait que d’aucuns n’hésitaient pas à faire profession de leur activité, en tirant du prestige et du pouvoir, autant auprès de l’élite que de la masse.</p>



<p>Chez cette dernière, parmi les plus âgés notamment, les récitateurs produisaient de la nostalgie en psalmodiant le texte sacré. Déclamant, rythme lent et ton universaliste, les phrases longues de ses sourates médinoises, scandant la prose rimée au rythme rapide des sourates mecquoises, ils leur rappelaient une époque révolue de l’Arabie, ses poètes héroïques et lyriques, ses voyants et leurs vaticinations.</p>



<p>Soucieux de l’unicité du texte coranique, partant en guerre contre la pluralité des lectures, Othmane reprit à la fille d’Omar le texte consacré qu’elle avait en dépôt. Il chargea le même Zayd Ibn Thabit, auquel il adjoignit d’autres personnes dont AbdAllah Ibn Azzoubeyr et Saïd Ibn Al’Ass, d’en faire des copies destinées à constituer le canon officiel à retenir. Lors de la transcription et en cas de divergence d’interprétation, la consigne du calife était de se référer à la langue arabe telle que parlée par la tribu du prophète, Qoraïch, et dans laquelle le Coran fut révélé. Il en fit des copies qu’il distribua à ses agents partout sur les terres d’islam, ordonnant dans le même temps la destruction systématique de toutes les autres copies existantes.</p>



<p>Cela ne se fit pas sans difficulté ni contestation de la part des récitateurs notamment&nbsp;; les querelles ne s’apaisèrent que lorsque l’homogénéisation de l’orthographe fut définitivement réalisée bien plus tard après le califat d’Othmane, selon le texte qu’il retint, appelé au demeurant par son nom.</p>



<p><strong>Du temps d’Othmane, les frontières de l’État musulman s’élargirent formidablement.</strong> À peine commencées sous Omar, les guerres de conquête et d’expansion avaient continué de plus belle avec des succès à la chaîne. Alexandrie qui avait été reprise un moment par les Byzantins fut définitivement occupée ainsi que la Perse orientale.</p>



<p>Par des raids successifs, la suzeraineté arabe sous laquelle l’Arménie était aussi tombée, s’étendait sans cesse en Cappadoce, en Phrygie ainsi qu’en Ifriqiya où le fils d’Azzoubeyr, AbdAllah, se distingua à la fois par sa bravoure et par sa ruse pour permettre aux troupes musulmanes de venir à bout des Byzantins et de leurs alliés, les coriaces Berbères.</p>



<p>Des expéditions eurent lieu également sur mer, cette étendue d’eau qu’Omar n’aimait pas, interdisant qu’elle le séparât de ses sujets. Les premières tentatives d’expéditions maritimes débouchèrent sur l’occupation de Chypre et la défaite de la flotte byzantine, au large de la Lycie, à la bataille des mâts où commandait le gouverneur de l’ensemble de la province syrienne, Mouawiya Ibn Abi Soufiane, tout satisfait d’avoir été enfin autorisé à porter la guerre en mer, ce que lui refusa, malgré son insistance, le précédent calife.</p>



<p>Depuis cette fameuse bataille précédée d’une nuit aussi mémorable à l’agitation remplie de psalmodies d’un côté et de tintement de cloches de l’autre, la traversée de la mer devint courante et c’est le calife Othmane lui-même qui encouragea ses troupes à mettre pied en Andalousie en écrivant à leurs chefs que sa conquête commandait celle de Constantinople, la capitale de l’ennemi byzantin.</p>



<p><strong>Six années venaient de passer depuis son avènement à la tête de la communauté musulmane</strong> ; Othmane était assis au bord d’un puits à l’entrée de Médine qu’il avait creusé avec ses moyens propres à l’intention de la communauté. Sa jambe à la pilosité fournie repliée sous lui, ses manches jusqu’au cou relevées, laissant l’air venir titiller la touffe fournie des poils de ses bras et de ses épaules, il songeait aux heures glorieuses, aux réalisations concrètes et aux succès continus de l’expansion islamique dans le monde.</p>



<p>Au doigt, il avait une bague en argent sur laquelle était incrustée une inscription en trois mots, chacun placé sur une ligne. De haut en bas, on pouvait lire : <em>«Mohamed – Prophète de – Dieu»</em>; c’était le sceau du prophète qui se le fit faire quand il décida de s’adresser aux grands de son monde habitués aux missives cachetées.</p>



<p>La revue de son parcours depuis la disparition d’Omar ne lui rappelait pas que de bons souvenirs; elle suscitait en lui quelques contrariétés et des anxiétés. Nombre de grandes figures avaient disparu, dont Al Abbès, oncle du prophète, et il avait de la nostalgie. Mais c’était sa gestion généreuse de ses rapports à sa famille qui le préoccupait le plus; elle lui avait créé nombre de tracas.</p>



<p>Machinalement, en y songeant, il jouait avec le symbole de son pouvoir, le tournant et le retournant dans son doigt, comme si, par ce plaisir enfantin, il arrivait à atténuer le poids de ces soucis nombreux. Soudain, il ouvrit grand la bouche où brilla aux lueurs du soleil déclinant l’or de ses dents; il lâchait un grand cri de stupeur et de peur. La bague venait de lui échapper pour aller au fond du puits. Était-ce un mauvais présage ? Consterné, tremblant de tous ses membres, il appela aussitôt ses hommes et fit vider le puits; mais ce fut en vain ; il n’y avait nulle trace de la bague.</p>



<p>Au chef de sa police, fonction qu’il fut le premier à créer, il demanda de faire partout savoir qu’il promettait une grosse somme d’argent à qui trouverait la bague ; cela ne servit à rien. En désespoir de cause, il finira par se refaire une copie du sceau perdu ; mais l’étrange sentiment qui l’avait saisi ce jour-là l’habitera pour ne plus le quitter.</p>



<p>Cette perte était-elle un signe de la providence ? En perdant la bague, avait-il perdu quelque chose d’encore plus précieux ? Était-ce sa confiance que le prophète reprenait en le dépossédant de son sceau, ne l’en jugeant plus digne ? Autour de lui, la méfiance des gens, chaque jour plus nombreux, allait en grossissant ; et ils étaient de plus en plus virulents et violents, ne reculant devant rien, se retenant à peine d’un acte de lèse-majesté. Oseraient-ils aller jusque-là?</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><em><strong>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète,ombres et lumières», éd. Afrique Orient , Casablanca, Maroc 2015.</strong></em></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Un pouvoir oligarchique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Apr 2022 06:22:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
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		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Qoraïch]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Houleuse fut la journée; si elle cristallisa davantage les lignes de fracture traversant la communauté musulmane, elle n’eut pas de suites immédiates. L’acceptation de Talha, dernier conseiller désigné par Omar, conforta le nouveau calife. Par Farhat Othman Au sein de Qoraïch, les partisans d’Ali, tout en regrettant son éviction, respectaient la discipline de leur chef...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Ali-Ibn-Abi-Taleb-1.jpg" alt="" class="wp-image-388404"/><figcaption><em>Ali Ibn Taleb.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Houleuse fut la journée; si elle cristallisa davantage les lignes de fracture traversant la communauté musulmane, elle n’eut pas de suites immédiates. L’acceptation de Talha, dernier conseiller désigné par Omar, conforta le nouveau calife.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388403"></span>



<p>Au sein de Qoraïch, les partisans d’Ali, tout en regrettant son éviction, respectaient la discipline de leur chef de file. D’autres se dédouanaient de ne pas lui avoir apporté leur soutien en rapportant des propos entendus d’Omar manifestant sa réserve à son égard. Certes, celui-ci ne le croyait pas manquer de talent, de piété ou de justice et de grandeur d’âme ; il en serait même par trop pourvu. Non plus il ne le soupçonnait d’avoir une quelconque incapacité de réussir à plier sa tribu à sa volonté ; bien au contraire, il pensait qu’il était à même de la mener sur la juste voie, contre son gré s’il le fallait.</p>



<p>Cependant, il lui trouvait une tendance à volontiers verser dans une sorte de sottise, quelque chose comme de la stupidité qui entacherait un caractère au demeurant fort appréciable et digne d’éloges. Globalement, Ali était perçu bien plus comme un homme de guerre qu’un politicien. Plus âgé, Othmane semblait avoir plus d’expérience politique. Sa richesse et la noblesse de sa famille, qui lui avaient permis de vivre dans l’aisance, lui apprirent à user de ce qui a toujours fait le succès des hommes en compétition sociale ou politique&nbsp;: largesses et souplesse.</p>



<p><strong>Troisième calife dans l’ordre chronologique, Ali était issu d’Omeyya fils d’Abd Chams, le second fils d’AbdManaf</strong>, dont était issu également Hachem, le grand-père d’AbdAllah, père du prophète. Ce dernier était le fils d’Abd AlMouttalib qui eut aussi, entre autres, Hamza, AlAbbas et Abou Talib, le père d’Ali.</p>



<p>Si avec Abou Bakr et Omar, le califat échut à des clans secondaires de la tribu qoraïchite, l’arrivée au pouvoir d’Othmane permettait à sa principale famille d’en hériter, retrouvant du coup la prééminence qu’elle avait avant l’avènement de l’Islam.</p>



<p>Pour Ali qui avait nourri de la déception et même du ressentiment lorsqu’il fut écarté les deux premières fois de la succession de son cousin prophète, cela fut plus facile à supporter qu’à la troisième fois, le rang mineur des deux clans d’Abou Bakr et d’Omar relativisant leur choix. Il en allait différemment avec Othmane ; son choix était forcément lourd de conséquences. Omeyya était une dynastie habituée à gouverner. Abou Soufiane, son chef, petit-fils d’Omeyya, avait la responsabilité de la bannière de la tribu : AlOukab (l’Aigle).</p>



<p>Ainsi, elle reprenait à la dynastie rivale des Hachémites le pouvoir que cette dernière lui avait ravi à l’avènement de Mohamed. Outre le risque que cette famille ne lâchât plus ce qu’elle pouvait considérer comme son dû, Ali avait la plus grande peur qu’elle retrouvât ses mauvaises habitudes préexistant à l’Islam. Sans sous-estimer les qualités d’Othmane, il craignait qu’il ne fût incapable d’exercer le pouvoir de manière neutre comme ses prédécesseurs en se laissant, du fait de sa généreuse nature, aller à favoriser son clan.</p>



<p><strong>Cette crainte, le responsable du choix du nouveau calife, Abd ErRahmane Ibn Aouf, ne l’avait pas.</strong> Il pensait avoir agi en conscience pour le bien de tous. Othmane, du reste, commença son règne comme il l’annonça dans son discours à la mosquée lors de son investiture. Il y dit, notamment : <em>— Vous êtes dans une demeure temporaire&#8230; Que la vie dissimule de la vanité ! Ne la laissez pas vous duper et ne vous laissez pas gagner par la prétention ! Tirez une leçon de l’exemple de ceux qui sont passés, puis appliquez-vous et ne négligez rien, car Dieu vous a à l’oeil. Où sont passés ceux qui ont honoré la vie terrestre, en ont-ils profité ? Ne les a-telle pas vomis ? Rejetez la vie là où Dieu l’a jetée et recherchez l’au-delà&nbsp;!</em></p>



<p>Quand des faits ultérieurs seront venus donner raison aux appréhensions d’Ali, quand Othmane aura réservé le commandement de la plupart des provinces et la responsabilité des plus importantes charges aux siens, leur distribuant en plus biens et faveurs sur le compte du</p>



<p>Trésor public, Ibn Aouf en sera le premier surpris et marri. Certains ne manqueront pas de venir lui faire des reproches, le considérant, en dernier lieu, le premier responsable de la situation. Aussi, n’hésitera-t-il pas à aller voir l’intéressé et à le blâmer. Le retrouvant chez lui, il le tancera : <em>— Je t’avais choisi à la condition expresse de te comporter avec nous comme le firent Abou Bakr et Omar ; or tu n’as pas suivi leur exemple et tu as privilégié tes gens que tu as imposés aux musulmans.</em></p>



<p>— <em>Omar n’honorait pas sa parentèle et moi je le fais volontiers ; il n’y a pas de mal à cela, répondra Othmane sans sourciller.</em></p>



<p>— <em>Puisqu’il en est ainsi, je jure alors par Dieu de ne plus t’adresser la parole.</em></p>



<p><strong>Même lorsque le calife viendra lui rendre visite sur son lit de mort, il ne daignera pas le regarder </strong>et, le visage détourné vers le mur, ne répondra point à ses souhaits de bon rétablissement.</p>



<p>Othmane répétait volontiers que ses prédécesseurs étaient d’inégalables saints; qu’en ce qui le concernait, il vécut toujours dans l’aisance et disposait de moyens pour profiter de la vie sans toutefois faillir à ses devoirs religieux essentiels. Il assumait aussi la conception ancienne que l’individu n’était rien sans sa famille, hors son clan; il se réclamait de la tradition faisant l’individu redevable aux siens d’aide, de soutien et de privilèges.</p>



<p>La période de grâce dont il disposa les premières années de son règne aussitôt finie, on pointa du doigt sa conduite. On lui reprocha, notamment, d’avoir contredit le prophète en recevant chez lui son oncle AlHakam dont il avait pris le fils pour secrétaire. Le pauvre homme qui allait perdre la vue, sentait sa fin proche et souhaitait mourir à Médine. AlHakam Ibn Al’Ass avait été, en effet, interdit de Médine, exilé à Taèf, et Abou Bakr et Omar respectèrent à la lettre ce bannissement. Le prophète le trouvait impertinent, l’accusant d’espionner sa vie privée, d’en faire matière à gloser, à jaser. En plus de braver cet interdit, on déplora qu’il osât gratifier l’intéressé de sommes prélevées sur l’argent public et ce nombre de fois dont la dernière fut l’offrande du cinquième des richesses obtenues à la suite de la conquête de l’Ifriquiya (la Tunisie actuelle et une bande d’Algérie) qui devait normalement être versé au Trésor. On ne lui pardonna pas non plus de lui avoir donné en fief un terrain que le prophète réserva expressément à l’ensemble des musulmans.</p>



<p>Pareilles pratiques ne se limitant pas à ce familier et touchant la plupart des membres du clan omeyyade, les critiques ne cessèrent de se multiplier. Othmane n’en avait cure. Quand, parmi les protestataires à élever la voix, d’anciens Compagnons du prophète se signalèrent, il n’hésita pas à les bannir de Médine.</p>



<p><strong>L’État musulman commençait de fait à changer profondément. </strong>Après les transformations qui avaient touché son apparence, il passait en profondeur par une pleine mutation. Tout en gardant son imperium, la foi se relâchait ; les mœurs n’étaient pas les seules concernées, le pouvoir lui-même changeait ; hors l’apparence, il s’éloignait de plus en plus de l’humilité des débuts pour se doter des attributs de la puissance que sont l’apparat, les richesses et la terreur.</p>



<p>À Médine, de nouvelles pratiques apparaissaient et le jeu à la mode, malgré les interdits, était la chasse à l’arbalète des colombes. Les poètes osaient recouvrer leur liberté de ton et braver les interdits. L’un d’eux, Abd ErRahmane Al Joumahi, ne manqua pas de stigmatiser ce temps d’Othmane gros de périls sous-jacents :</p>



<p><em>Et, par Dieu, maître des vivants, je le jure bien :</em></p>



<p><em>En pure perte, Dieu ne légua rien.</em></p>



<p><em>Des désordres nous furent créés,</em></p>



<p><em>Toi de nous ou nous, avec toi, pareillement éprouvés.</em></p>



<p><em>Les deux Loyaux avaient pourtant posé,</em></p>



<p><em>Sur le droit chemin, un jalon de vérité ;</em></p>



<p><em>Par ruse, ils ne prirent point de pognon</em></p>



<p><em>Ni ne mirent dans le plaisir le moindre picaillon.</em></p>



<p><em>Toi, tu as donné à Marouane le cinquième revenant aux gens ;</em></p>



<p><em>Qu’il est bien loin de leur exemple ton rang !</em></p>



<p>À suivre&#8230;</p>



<p>*<strong> <em>«Aux origines de l’islam : Succession du prophète, ombres et lumières» ; roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient 2015</em></strong>.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes: </em></h4>



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<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pW18xgtr2Y"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/embed/#?secret=BK9BxS53sG#?secret=pW18xgtr2Y" data-secret="pW18xgtr2Y" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="KC2VP9J534"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/">Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/embed/#?secret=ijPrnSG2bt#?secret=KC2VP9J534" data-secret="KC2VP9J534" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : L’épreuve de la consultation</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 13:08:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Aïcha]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Chez Aïcha, dans une pièce fermée, les cinq prétendants étaient accompagnés d’AbdAllah, fils d’Omar, comme conseiller sans voix et d’un Renfort, le chef de guerre Abou Talha, faisant office de gendarme; les instructions du calife décédé étaient ainsi suivies à la lettre. Par Farhat Othman On veilla à ne laisser personne trop se rapprocher de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : L’épreuve de la consultation</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Al-Houssayn-Ibn-Ali.jpg" alt="" class="wp-image-388220"/></figure></div>



<p><strong><em>Chez Aïcha, dans une pièce fermée, les cinq prétendants étaient accompagnés d’AbdAllah, fils d’Omar, comme conseiller sans voix et d’un Renfort, le chef de guerre Abou Talha, faisant office de gendarme; les instructions du calife décédé étaient ainsi suivies à la lettre.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388216"></span>



<p>On veilla à ne laisser personne trop se rapprocher de la maison. Quand, malgré tout, Amr Ibn Al’Ass, alors encore en poste en Égypte, accompagné de son ami AlMoughira Ibn Cho’oba, en charge quant à lui d’AlKoufa, vinrent s’asseoir devant la porte, Saad Ibn Abi Wakkas sortit les prier de partir ; et comme les deux hommes renâclaient à se lever, il n’hésita pas à les chasser à coup de cailloux : <em>— Allez-vous-en ! Leur cria-t-il. Vous vouliez pouvoir dire : nous en étions ; nous fûmes de la consultation !</em></p>



<p>La délibération fut âpre, on ne s’arrêta sur aucun choix et les regards des cinq de plus en plus se concentrèrent sur deux d’entre eux ; ils étaient tous les deux beaux-fils du prophète. Othmane l’était même doublement, ayant épousé en premières noces Rokayya puis, après sa mort, sa sœur Om Koulthoum. Ali, pour sa part, était l’époux de Fatima, mère d’AlHassan et d’AlHoussayn que le prophète chérissait particulièrement.</p>



<p>Après le règne des beaux-pères, on serait à la veille de celui des beaux-fils. Abou Bakr et Omar avaient l’un et l’autre le prophète pour gendre, le premier étant le père d’Aïcha, l’épouse préférée de Mohamed et le second, celui de Hafsa, une de ses épouses.</p>



<p>Comme tous les natifs du signe astrologique du taureau, Mohamed appréciait les bonnes choses, dont les femmes, bien qu’il demeurât d’une totale fidélité à la première – Khadija – épousée alors qu’il avait la vingtaine et décédée quelque trois ans avant son départ de La Mecque pour Médine.</p>



<p>Ali et Othmane étaient des cousins éloignés, le premier étant en plus le cousin germain du prophète&nbsp;; et c’était particulièrement sur cette parenté qu’il se fondait pour affirmer ses prétentions à la succession. De sa paternité, il tirait une légitimité supplémentaire, AlHassan et AlHoussayn ayant été considérés par le prophète comme ses propres fils, lui qui, en dehors de trois garçons morts en bas âge, n’eut que des filles – quatre en tout – toutes issues de sa première épouse.</p>



<p>Opposés dans la compétition pour le pouvoir, appartenant à deux clans parents, mais traditionnellement déchirés par la sempiternelle question de la primatie tribale, ils étaient physiquement très différents aussi. De taille à peine au-dessus de la moyenne, Othmane avait les traits clairs et réguliers, légèrement marqués de la petite vérole. Ses épaules étaient larges et sa barbe bien fournie qu’il ne manquait jamais de teindre. Le milieu de sa tête était dégarni et, tout autour, longue et lisse était sa chevelure, flottante et grisonnante. Très brun, plutôt petit de taille, Ali était chauve et ventru et avait les yeux grands aux paupières lourdes.</p>



<p>Décidés étaient l’un et l’autre ! De ce qu’ils considéraient leur droit, ils ne voulaient rien céder ; et leurs trois concurrents ne voulaient pas être en reste. Aussi, serrés et tendus étaient les débats ; leur issue n’apparaissait pas évidente. Abou Talha, l’observateur qui faisait office de gendarme, en était tout étonné :</p>



<p><em>— J’avais bien plus peur que vous rejetiez la responsabilité du pouvoir que vous ne vous la disputiez ! Par celui qui nous a ravi Omar, non ! Vous n’aurez pas un jour de plus des trois qu’il avait décidés.</em></p>



<p>La situation était dans une totale impasse quand Abd ErRahmane Ibn Aouf osa une suggestion. Bien qu’il ne se retînt pas de participer aux discussions afin de contrecarrer les ambitions de certains, il était le moins désireux de ce pouvoir, objet de toutes les convoitises.</p>



<p><em>— Qui est prêt à se désister pour se charger de désigner le meilleur d’entre vous ?</em></p>



<p>Personne ne répondit. Il osa alors se proposer entraînant aussitôt une réaction positive d’Othmane :</p>



<p><em>— Je suis le premier à l’accepter. J’ai entendu le prophète dire « Abd ErRahmane est digne de confiance sur terre et au ciel»</em>.</p>



<p>À l’exception d’Ali qui gardait le silence, tous les autres acceptèrent. Alors, Abd ErRahmane Ibn Aouf s’adressa à lui :</p>



<p>— Qu’en dites-vous, Abou AlHassan ?</p>



<p><em>— Donne-moi l’engagement que tu opteras pour la vérité, que tu ne suivras pas la passion, que tu ne privilégieras pas ta parentèle et que tu ne manqueras point de conseiller au mieux la communauté.</em></p>



<p>S’adressant à l’ensemble de l’assistance, Abd ErRahmane Ibn Aouf dit en guise de réponse :</p>



<p><em>— Donnez-moi vos engagements d’être avec moi contre quiconque se rétractera et d’accepter ce que je vous aurai choisi.</em></p>



<p>L’issue semblant honorable à chacun, Ibn Aouf eut l’accord de tous les cinq qui le quittèrent plutôt satisfaits. Commençant aussitôt ses consultations, il demanda à voir Ali en aparté et lui demanda :</p>



<p><em>— Tu es le plus digne de cette charge eu égard à ta parenté, ton antériorité à embrasser l’islam et le bon exemple que tu donnes. Mais qui de ceux-là et après toi tu l’en penses digne ?</em></p>



<p><em>— Othmane</em>, répondit-il.</p>



<p>Se retrouvant ensuite avec Othmane, il eut de lui une réponse équivalente à celle d’Ali qui serait le méritant du pouvoir après lui. Il se réunit ensuite en tête-à-tête avec Saad Ibn Abi Wakkas à qui il demanda son préféré. <em>«Othmane»</em> répondit-il. Azzoubeyr Ibn AlAwwam, à qui il posa la même question, fit une réponse similaire.</p>



<p>En coulisses, les tractations allaient bon train. Ali avait les plus sérieuses craintes ; il appréhendait surtout que ne se liguent contre lui Ibn Aouf, Ibn AlAwwam et Ibn Abi Wakkas. Accompagné de ses deux fils AlHassan et AlHoussayn, il alla voir ce dernier :</p>



<p><em>— Au nom de la parenté avec le prophète de mes deux fils que voilà et de tes liens avec mon oncle Hamza, je t’implore de ne pas être contre moi, l’auxiliaire d’Abd ErRahmane en faveur d’Othmane ; je te suis bien plus proche que ce dernier.</em></p>



<p>Trois nuits durant, la cité vécut dans une étrange atmosphère, inconnue jusque-là, grosse d’appétits réveillant les rivalités ancestrales d’un assoupissement qu’on prenait pour mort, remettant au goût du jour les sentiments exécrables entretenus par les clans jaloux de leurs prérogatives et assoiffés d’autorité, de commandement, ou du moins du prestige qui en était le corollaire.</p>



<p>Ignorant l’agitation autour de lui, Abd ErRahmane Ibn Aouf cherchait à agir consciencieusement, avec méthode. Il passa ses jours et la majeure partie de ses nuits à faire le tour des notables de Qoraïch les sondant un à un sur leurs préférences. Elles allaient presque toutes vers Othmane et cela ne le surprenait point. L’homme était, en effet, riche, généreux et affable ; à Qoraïch, on avait même coutume de dire&nbsp;: « Je taime, par Dieu, de l’amour que porte Qoraïch pour Othmane ».</p>



<p>Cela lui rappelait ce qu’avait dit un jour Omar au neveu d’Ali, Ibn AlAbbas, l’oncle du prophète. Ces paroles résonnèrent souvent dans sa tête à l’occasion de ses consultations.</p>



<p><em>— Sais-tu, Ibn AlAbbas, pourquoi votre communauté vous refuse le mérite de la gouverner alors que vous appartenez au cercle intime du prophète ? Elle trouve que vous l’avez surpassée par la prophétie et se dit que si vous y ajoutiez le califat, il ne lui resterait rien ; et c’est ce qu’elle ne peut tolérer.</em></p>



<p>La veille du troisième jour, Ibn Aouf ne dormit pas ; il veilla à consulter encore et toujours. Au petit jour, à l’arrière de la salle de prière de la mosquée, il s’entretint avec Azzoubeyr Ibn AlAwwam auquel il demanda s’il voulait laisser l’affaire se jouer entre les fils d’AbdManaf; Azzoubeyr ne refusa pas, mais dit réserver la chance lui revenant pour Ali.</p>



<p>S’isolant ensuite avec Saad Ibn Abi Wakkas avec lequel il se sentait une certaine proximité, jugeant cet homme – qui, tout comme lui, n’avait ni parents ni enfants – droit et intègre, il lui dit :</p>



<p><em>— Nous sommes tous les deux sans héritiers ; nous ne pouvons qu’être désintéressés. Laisse-moi choisir pour toi !</em></p>



<p><em>— Si c’est pour te choisir toi-même, alors bien volontiers ; si c’est pour choisir Othmane, alors je lui préfère Ali, répondit Saad.</em></p>



<p>Les deux principaux candidats pressentis n’avaient pas manqué d’efforts pour maximiser leurs chances. Si Othmane, grâce au poids de sa famille dans la tribu, avait rallié la quasi-unanimité des notables de la ville, Ali réussit à augmenter ses appuis au sein du groupe de la consultation en usant de la corde sensible du mérite de sa lignée. Abd ErRahmane Ibn Aouf ne l’ignorait pas. Il se trouvait devant un dilemme : soit écouter le choix des principales têtes de la communauté et nommer Othmane, soit comptabiliser les votes des consultants et faire passer Ali.</p>



<p>Malgré son désintéressement et sa loyauté à s’acquitter de la charge qui lui incombait, il ne pouvait s’empêcher d’être pessimiste quant au sort de la fonction de calife, jugeant d’avance le futur responsable des intérêts de la communauté dans l’incapacité d’égaler l’exemple de ses prédécesseurs. Il résuma cette pensée dans une parabole qu’il eut en réponse à Ibn Abi Wakkas quand celui-ci conditionna son désistement par sa propre candidature :</p>



<p><em>— Je me suis vu dans un verger herbu et verdoyant quand un bel étalon noble et digne est venu à y passer ; il le traversa comme une flèche sans que rien des richesses environnantes ne l’arrêtât. Il fut suivi par un chameau qui marcha sur ses traces jusqu’à la sortie ; puis un pur-sang fort et robuste passa tirant sa bride, se tournant à droite et à gauche, mais allant toujours dans le sens des deux précédents jusqu’à quitter le verger. Un quatrième arrivant, un chameau, entra enfin dans le verger et se mit à paître. Par Dieu, non ! Jamais je ne serai ce quatrième chameau-là ! Après Abou Bakr et Omar, personne ne saura rallier l’assentiment des gens !</em></p>



<p>Ainsi conditionnée, sa vision le conduisait à se fixer des repères pour se faire un choix. Dans l’entourage d’Othmane, l’un des hommes réputés les plus malins de sa génération était aux aguets comme à son habitude. Amr Ibn Al’Ass surveillait les gestes et les paroles du préposé au choix du futur calife et réussit à décoder son système de pensée.</p>



<p>À la veille du jour décisif, toute la nuit d’Ibn Aouf passa à nouveau en conversations confidentielles, d’abord avec Ali, puis avec Othmane. Avec ce dernier, il resta jusqu’à l’appel à la prière du matin ; avec le premier, il ne fit ni ne dit rien de nature à ébranler sa certitude d’être l’élu.</p>



<p>La prière matinale venait de se terminer ; dans la mosquée, les pronostics allaient bon train avec, apparemment, un net avantage pour le cousin du prophète. Les uns soutenaient qu’il était le seul à pouvoir éviter la division des musulmans, sa lignée, mais aussi ses propres qualités humaines et sa connaissance approfondie du Coran militant en sa faveur et lui assurant une obéissance générale. Les autres rappelaient le poids de la tribu de Qoraïch et particulièrement celui de la famille d’Othmane, affirmant qu’il n’y avait pas de meilleur choix que celui d’Othmane pour éviter la division des musulmans.</p>



<p>Pleine à craquer était la mosquée et impatients étaient tous les présents de connaître le choix final. Abd ErRahmane Ibn Aouf arborait le turban que lui avait offert le prophète ; il avait réuni autour de lui les quatre hommes du groupe de la consultation et tenu à ce que tous ceux qui comptaient parmi les Émigrants et les Renforts fussent présents ainsi que les chefs des armées de conquêtes de passage en ville.</p>



<p><em>— La prière en réunion !</em></p>



<p>Le cri de rassemblement pour tout événement majeur venait d’être hurlé et l’on sentit la mosquée trembler ou presque. Les clans de Hachem et d’Omeyya étaient très fébriles ; dans leur soutien inconditionnel à leur chef de file, ils n’étaient pas loin d’en venir aux mains.</p>



<p>Sur la première marche de la chaire se tenait Ibn Aouf ; Saad Ibn Abi Wakkas était debout, à côté. En stratège avisé, habitué aux situations explosives, il s’adressa à lui, le pressant d’en finir. De ses mains, l’interpellé demandait le silence, sans oser encore parler.</p>



<p>— Ne tarde plus ou ils vont se laisser aller aux pires excès !</p>



<p>Dans le bruit environnant, Abd ErRahmane se mit alors à invoquer le nom de Dieu, se raclant la gorge à plusieurs reprises. Comme par enchantement, le silence se fit soudain et on l’entendit dire à voix haute :</p>



<p><em>— J’ai observé et consulté et vous recommande de ne point céder au péché de la discorde.</em></p>



<p>Puis, s’adressant à Ali qui se tenait à sa droite, lui prenant la main, il demanda :</p>



<p><em>— Prends-tu devant Dieu l’engagement de n’agir que selon le livre de Dieu, la tradition de son prophète et la pratique de ses deux califes ?</em></p>



<p><em>— J’agirai selon le degré de mon savoir et de mes efforts, répondit Ali.</em></p>



<p>Il se tourna alors vers Othmane, debout sur sa gauche, et lui posa la même question après lui avoir pris de même la main. Pour toute réponse, il eut simplement un oui net et direct, presque timide, dit du bout des lèvres.</p>



<p>Levant à ce moment-là haut la tête et les mains sans relâcher celle d’Othmane, il déclara aussitôt : <em>— Dieu m’est témoin ! Je place la responsabilité qui m’incombait autour du cou d’Othmane que je choisis.</em></p>



<p>Ali devint tout d’un coup rouge de colère ; surpris et désappointé, on l’entendit protester à haute voix : </p>



<p><em>— Tu l’as favorisé ! Ce n’est pas la première fois que vous vous mettez de connivence contre nous.</em></p>



<p><em>— Ali, ne te laisse pas gagner par la colère ! Rétorqua Ibn Aouf. J’ai observé et consulté les gens ; ils ne trouvaient personne à la hauteur d’Othmane.</em></p>



<p>Ali ne répondit point, lui tournant le dos, s’en allant déjà, essayant de fondre les masses qui s’agglutinaient autour de la chaire sur la première marche de laquelle se tenait désormais le nouvel élu. Il marmonnait : <em>— Toute destinée arrive à une fin !</em></p>



<p>Mais, récité tout haut, un verset du Coran rappelant le serment de fidélité prêté par les musulmans à leur prophète à un moment critique de l’histoire de la religion naissante le fit revenir en arrière :</p>



<p><em>«Ceux qui te prêtent serment d’allégeance le prêtent en fait à Dieu ; par-dessus leurs mains est la main de Dieu. Quiconque se parjure, c’est seulement à son détriment qu’il se parjure ; et celui qui tient son engagement, Dieu le gratifiera d’une récompense sublime.»</em></p>



<p>Avec ce dixième verset de la sourate de La Conquête (Al Fath), Ibn Aouf réussit à ramener Ali vers la chaire et le vit donner la main à son concurrent puis partir précipitamment sans s’empêcher de répéter rageusement :</p>



<p><em>— C’était un piège ; et quel piège !</em></p>



<p>Entre une forte minorité osant montrer sa joie et une majorité des présents, turbulente et excessive dans sa colère, la mosquée était sens dessus dessous. Ibn Aouf avait l’air ébahi ; il gardait cependant ses certitudes. À l’un de ses proches compagnons qui commentait son choix, lui reprochant d’avoir délaissé celui qui était capable d’user de justice et de vérité, il jura avoir essayé de servir au mieux les intérêts de la communauté. Son interlocuteur n’était pas convaincu et continuait :</p>



<p><em>— Je suis étonné comment Qoraïch délaisse un homme aussi noble, aussi juste et savant, aussi respectueux de la vérité. Ah ! Si seulement j’avais des hommes armés avec moi !</em></p>



<p><em>— Crains Dieu et ne te laisse pas aller à susciter des troubles ! Lui recommanda simplement Ibn Aouf.</em></p>



<p>À l’écart de la foule, l’air goguenard, l’oeil de malice pétillant, un homme ne se pressait pas pour donner sa voix à Othmane ; se frottant les mains, il savourait la réussite de son stratagème. À son habitude, Amr Ibn Al’Ass usa de sa science et réussit au-delà de tout espoir.</p>



<p>Lors des précédents jours, feignant d’agir pour ses intérêts, il s’évertua à convaincre Ali d’adopter la stratégie gagnante qu’il lui proposait. Prétendant qu’Abd ErRahmane Ibn Aouf était un homme réfléchi et posé, prisant plus la diligence et l’effort, les considérant comme la meilleure assurance pour mener à la vérité qu’une décision et une résolution souvent porteuses d’erreurs et de précipitation, il lui déconseilla de faire montre de sa détermination habituelle et de sa volonté débordante. Dans le même temps, à Othmane, il conseillait de se départir de la souplesse et de la flexibilité le caractérisant pour montrer davantage de volonté et de fermeté.</p>



<p>Plus tard, dans la journée, arriva enfin Talha, le dernier des six choisis par Omar. On l’informa du choix d’Othmane. Bien conseillé, ce dernier n’exigea pas de lui son accord, lui laissant la liberté de refuser, se disant même prêt à se désister en cas de refus. Talha vérifia seulement si tout Qoraïch avait accepté son choix, si tout le monde l’avait choisi et, fataliste, laissa tomber : <em>— J’accepte aussi ; je ne refuse point ce sur quoi les gens se sont réunis.</em></p>



<p>Othmane venait de s’assurer définitivement de la charge de deuxième prince des croyants, troisième vicaire du prophète ; il avait 72 ans. On était en l’an 23 de l’hégire, 644 de l’ère chrétienne.</p>



<p class="has-text-align-right"><em><strong>À suivre&#8230;</strong></em></p>



<p><em><strong>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières&rsquo;&nbsp;», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</strong></em></p>
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