Aswat Nissa lance une plateforme numérique sur le féminicide en Tunisie

Une plateforme numérique destinée à recenser, documenter et suivre les cas de féminicide en Tunisie, sera lancée par l’association féministe Aswat Nissa («Voix de femmes»), le 12 août 2026, à l’occasion de la présentation de son rapport annuel sur les féminicides pour l’année 2025.

Selon l’organisation féministe, cette première plateforme électronique de ce type dans le pays vise à combler le manque de données officielles et de fournir un outil accessible aux chercheurs, aux médias et à la société civile.

Cette initiative voit le jour dans un contexte qu’Aswat Nissa juge marqué par la persistance des meurtres de femmes, l’absence de statistiques officielles exhaustives et des lacunes dans les mécanismes de prévention et de protection.

La plateforme devrait permettre de centraliser les informations sur les différents cas, d’en suivre l’évolution et de rendre les données plus facilement exploitables, notamment pour l’élaboration de politiques publiques de lutte contre les violences fondées sur le genre.

À cette même occasion sera présenté le troisième rapport annuel de l’association sur ce phénomène, après ceux consacrés aux années 2023 et 2024.

Selon le décompte déjà publié par Aswat Nissa au début de l’année, au moins 30 féminicides ont été enregistrés en Tunisie en 2025, contre 26 cas documentés en 2024. L’organisation a souligné à maintes reprises que le chiffre réel pourrait être plus élevé, en raison des difficultés d’accès à l’information et de l’absence de base de données publique complète.

Le rapport sur l’année 2024 avait également mis en évidence la forte dimension familiale et conjugale du phénomène. Sur les 26 cas recensés, 36 % avaient été attribués aux maris des victimes, tandis que d’autres meurtres avaient été commis par des ex-partenaires, des fils, des pères ou d’autres membres de la famille. Seize cas avaient été enregistrés dans le Grand Tunis.

Depuis 2017, la Tunisie dispose de la loi organique n° 58 relative à l’élimination de la violence à l’égard des femmes, considérée, au moment de son adoption, comme l’une des législations les plus avancées de la région. Toutefois, des organisations tunisiennes et internationales ont signalé, au fil des ans, des problèmes liés à sa mise en œuvre, notamment en ce qui concerne l’évaluation des risques, l’accès des victimes à des mesures de protection et la disponibilité de structures d’accueil.

Aswat Nissa entend donc utiliser la nouvelle plateforme non seulement comme une base de données statistiques, mais aussi comme un outil de documentation et de plaidoyer visant à renforcer la prévention, la protection des femmes exposées à la violence et la responsabilité des institutions. Sa présentation est prévue à la veille de la Fête nationale de la femme tunisienne, célébrée chaque année le 13 août, date anniversaire de la promulgation, en 1956, du Code du statut personnel.

I. B.

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