Le poème du dimanche | ‘‘Le bruit du galop’’ de Hervé Carn

Né en 1949 à Fumay (Ardennes) de parents bretons, Hervé Carn vit à Plancoët (Côtes-d’Armor, Bretagne). Il est poète, essayiste et enseignant.

Docteur en littérature française, professeur agrégé de lettres modernes. Auteur de neuf romans, il a publié une dizaine de livres de poésie, Le Bruit du galop, Folle Avoine, 2019, des essais, Bernard Noël, « Poètes d’Aujourd’hui », Seghers, 1986 ; Au pays d’Aimé Césaire, Diabase, 2004. Ami de Georges Perros, il a codirigé le numéro de la revue Europe qui lui a été consacré ainsi qu’un Eloge, Georges Perros, La vie est partout, La Part Commune, 2023, récompensé en 2024 par le Prix Yves Cosson de l’Académie de Bretagne et des Pays de Loire.

Tahar Bekri

Celle qui te suivait

Si proche de tes pas

Avait enfin trouvé en toi

Le baume qui endort

Dans ce pays qui t’aime

Malgré tes gestes durs

Il est toujours en toi

Cette trace fine nette

Que fit son regard

Déposé sur la nuque

Dans l’attention appliquée

D’un soleil réduit au trait

Qui te fend et te fonde

En une manière nouvelle

De prendre congé du temps

Au plus près des embellies

De son ombre habitée

*

Mais le bleu que tu tiens

Entre tes doigts d’ombre

Sort du plus lointain

Pays de ton âme

De tes sens de ton énergie

Que dure est la fin

D’une vivante carapace

Qu’enserre en tremblant

Le souffle du vent chaud

Gagné par la fièvre

Ou les rauques cavalcades

Des cils ombragés des pores

Enneigés par la moisissure

Des pluies et des pleurs

Déposés sur les doigts

Par la fleur effeuillée

Des lèvres entrouvertes

*

La coulée de lave

Souille tes lèvres

Ramène du plus profond

Tes émois tes désirs

On mange le temps dis-tu

Ou on le ronge

Mais ton corps avance

Quand même sous l’élan

Du premier pas

Comme ta langue

Est emportée par le mot

Qui vint se caler

De ta bouche à la remorque

De ton souffle de ton cri

Poussé par le geste brutal

D’une chute dans la nuit

De la perte et du chagrin

*

Souvent en nage

Vers le songe qui menace

Ton corps saigne dis-tu

Ton corps gît dans la glace

Des draps mouillés

Tu renonces à vivre

Tu laisses aller tes membres

Qui cognent contre le mur

Dans un dernier ahan

Dans un dernier élan

Que tu aimerais léger

Pareil dans les nuées

Au vide sans image

Aucune sinon une trace

Ephémère et vive

Blessante et claire

Pour donner à la terre

Des frissons de regret

Ed/ Folle Avoine, 2019. (Remerciements à l’auteur)

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