Tunisie | Le phare du Galiton, du diesel au solaire

Le phare de Galiton, une tour de seulement 14 mètres, à 168 mètres au-dessus de la Méditerranée, est une sentinelle solitaire à l’extrémité occidentale de l’archipel volcanique de La Galite, une aire protégée au nord de la Tunisie. C’est l’un des ouvrages de signalisation maritime les plus spectaculaires d’Afrique du Nord.

Galiton est un îlot rocheux situé au sud-ouest de l’île principale de La Galite, à l’extrême nord-ouest de la Tunisie, au large du cap Serrat. Selon les Sailing Directions de la National Geospatial-Intelligence Agency américaine, l’îlot culmine à 158 mètres et la structure du phare s’élève à 14 mètres, tandis que le plan focal du feu se situe à 168 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le signal émet quatre éclats blancs toutes les vingt secondes.

L’histoire du phare s’étend sur plus d’un demi-siècle, jalonnée de projets et de difficultés techniques. L’idée d’installer un signal lumineux dans l’archipel remonte à la seconde moitié du XIXe siècle, époque où les puissances maritimes européennes cherchaient à sécuriser les routes longeant les côtes tunisiennes.

Le projet concret a pris forme à la veille de la Première Guerre mondiale et la construction a été réalisée entre 1914 et 1919. Une publication technique française de 1924 indique que le phare était en service depuis mai 1919, alors que les listes internationales actuelles retiennent l’année 1920 pour sa mise en service. Durant des décennies, le simple fait de l’atteindre relevait de l’exploit.

Plusieurs escaliers, orientés différemment, ont été taillés dans la roche de l’îlot afin de permettre aux agents du Service des Phares et Balises de débarquer vivres, équipements et carburant, en choisissant à chaque fois le versant le mieux protégé du vent et de la mer.

La Galite et le Galiton au large de Cap Serrat (Bizerte).

Avant la modernisation de l’installation, l’électricité nécessaire au fonctionnement du phare était produite par des groupes électrogènes au gazole. Le combustible devait être acheminé sur l’îlot puis transporté jusqu’aux bâtiments du phare, dans des conditions pouvant devenir particulièrement difficiles lorsque la mer Méditerranée se déchaînait contre les parois rocheuses du Galiton.

Un tournant technologique s’est opéré au milieu des années 1990 : l’installation a été convertie à l’énergie solaire, grâce à des panneaux photovoltaïques et des batteries conçus pour garantir une longue autonomie, même en l’absence de soleil. Selon un témoignage direct relatif aux opérations de l’époque, une partie du matériel aurait été transportée par hélicoptères militaires, d’abord vers l’île de la Galite, puis vers le Galiton. Cet épisode a marqué la mémoire de ceux qui ont participé aux missions techniques dans l’archipel.

Aujourd’hui, le système tunisien de signalisation maritime relève du Service des Phares et Balises, sous l’égide du ministère de la Défense et de la Marine nationale.

La Tunisie compte vingt phares historiques, construits pour la plupart entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle et considérés comme faisant partie du patrimoine national. Le phare tunisien culminant à la plus haute altitude est celui du cap Serrat, dont le faisceau lumineux s’élève à 199 mètres au-dessus de la mer, tandis que le Galiton conserve la particularité de se dresser au sommet d’un îlot isolé, accessible uniquement par voie maritime.

Plus d’un siècle après sa mise en service, la petite tour continue ainsi de veiller sur les routes maritimes de la Méditerranée occidentale. Une tache noire et blanche incrustée dans la roche, visible par les navigateurs à des dizaines de milles de distance, là où l’histoire de la navigation tunisienne rencontre celle, plus récente, de la transition des bidons de gazole à l’énergie solaire.

I. B.

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