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	<title>Archives des Général De Gaulle - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Général De Gaulle - Kapitalis</title>
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		<title>‘‘1943, l’année des dupes’’ : des juifs, Algériens par le berceau, et français par le bateau</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Dec 2024 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Curieux destin que celui des Juifs français originaires d’Algérie. Trop Juifs et pas assez Français. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/01/1943-lannee-des-dupes-des-juifs-algeriens-par-le-berceau-et-francais-par-le-bateau/">‘‘1943, l’année des dupes’’ : des juifs, Algériens par le berceau, et français par le bateau</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>«La France c’est bien beau, mais attention, avec tous les sacrifices que vous avez consentis vous n’y êtes jamais assurés d’être éternellement français», lance Jacques Attali aux Juifs français d&rsquo;origine algérienne dont il fait lui-même partie. Est-ce à dire que leur patrie ne saurait être la France et qu&rsquo;elle ne pourrait être qu’Israël ? L&rsquo;histoire pourtant prouve qu&rsquo;à travers leur longue histoire, les Juifs n&rsquo;ont jamais été aussi intégrés et en paix qu&rsquo;en terres arabes et musulmanes&#8230;  </em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-14761478"></span>



<p>Curieux destin que celui des Juifs français originaires d’Algérie. Ils sont pour la plupart d’origine berbère,&nbsp;espagnole sépharade ayant fui l’Inquisition, ou bien ashkénaze&nbsp;européenne ayant débarqué avec les conquérants français. Des descendants de vrais juifs émigrés en Algérie avec les Carthaginois&nbsp;ou bien suite à la destruction du Temple de Jérusalem par Titus en 70, quelques-uns s’en prévalent, sans aucune preuve, pour justifier leur position éminente dans leur communauté, en général pour en assurer la représentation devant l’autorité politique. Et l’autorité&nbsp;politique en Algérie avant 1830, c’est le Dey à Alger, représentant une dynastie d’origine ottomane, rattachée nominalement à la sublime porte, et des sultanats pratiquement indépendants d’origine arabe ou berbère dans les villes les plus importantes.</p>



<p>Les juifs sont principalement citadins, ils sont artisans ou boutiquiers, ne possèdent pas de terres.&nbsp;Quelques-uns, les plus chanceux, font du commerce avec l’Europe chrétienne.&nbsp; Ils habitent dans des quartiers réservés, et naturellement ils sont juridiquement soumis en tant que non musulmans au régime de la Dhimma : interdiction de port d’armes ou de monter les chevaux, autonomie pour le statut personnel sous les tribunaux&nbsp; rabbiniques, autorité du Qadhi (cadi) musulman dans les affaires criminelles ou bien dès lors que le contentieux inclut un musulman.</p>



<p>Les juifs algériens, selon où ils habitent, parlent l’arabe ou le berbère, et l’hébreu constitue la langue liturgique. Ils sont parfois exécutés, comme le Rabbin d’Alger Aboulker, en 1815, un nom dont on reparlera en Algérie lors de la seconde guerre mondiale et durant la décolonisation,&nbsp;et en France. Mais l’Algérie est un pays essentiellement agricole et au XIXe&nbsp;siècle exporte beaucoup de produits&nbsp;vers la France, essentiellement du blé et des céréales, qui avec les guerres menées par Napoléon Bonaparte en Europe, en a un grand besoin. Le grenier à blé algérien attise&nbsp;les convoitises françaises particulièrement après Waterloo.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="RW3oiHm3u8"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/23/la-france-en-terre-dislam-jamais-laique-parfois-chretienne-toujours-opportuniste/">‘‘La France en terre d’islam’’ : jamais laïque, parfois chrétienne, toujours opportuniste</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘La France en terre d’islam’’ : jamais laïque, parfois chrétienne, toujours opportuniste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/04/23/la-france-en-terre-dislam-jamais-laique-parfois-chretienne-toujours-opportuniste/embed/#?secret=JMc7ZOzOCT#?secret=RW3oiHm3u8" data-secret="RW3oiHm3u8" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Expropriations de terres et instauration de l’ordre colonial</h2>



<p>Les Français encouragés&nbsp;par les anglais veulent compenser en Afrique du Nord ce qu’ils ont perdu en Europe. Ils continuent d’acheter du blé algérien mais ils sont mauvais payeurs. En 1830, c’est l’incident diplomatique. Le Dey, excédé des tergiversations françaises après plusieurs années d’impayés, décoche un coup de chasse mouche qui atteint le consul français (à l&rsquo;épaule). Charles X, qui a beaucoup de problèmes chez lui et qui finira par être emporté par une Révolution, en tire provisoirement profit avec le soutien du lobby colonial, pour envahir le pays. C’est la conquête et la pacification, un euphémisme pour signifier les massacres et les déportations commis par l’armée qui accompagnent les expropriations de terres nécessaires à l’entreprise coloniale et à l’instauration de l’ordre nouveau.</p>



<p>Sur le plan juridique, les Français et les Européens naturalisés ou non (Espagnols, Italiens, Maltais) relèvent du droit français. Les Arabes et les Juifs d’Algérie sont des <em>«sujets»</em> français, autrement dit, ils sont assujettis à leurs droits coutumiers sauf pour la justice criminelle.</p>



<p>Les Arabes qui vivent dans les campagnes n’ont pas le droit de se déplacer sauf sur autorisation de l’autorité militaire, et sont assujettis à la corvée, ces journées de travail non payées qui assurent la fortune des colons. Exploités et privés de droits, ils vivent dans une misère noire, et leurs enfants ne vont pas à l’école.</p>



<p>Pour les juifs, le sort est un peu moins cruel. Certains parmi eux essaient de faire du commerce avec les Français. Ils sont aidés par leurs coreligionnaires français et comprennent que l’acquisition de la nationalité française est une étape essentielle de leur émancipation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Juifs s’installent dans les quartiers européens</h2>



<p>Un célèbre avocat juif français, Adolphe Crémieux, l’une des figures de proue des journées révolutionnaires de 1848 et de la fondation de la IIIe&nbsp;République en 1871, a participé à la création de l’Alliance Israélite Universelle qui en construisant des écoles israélites se fixe pour mission d’ouvrir grâce à l’enseignements les Juifs des pays musulmans à l’éducation et à la culture française afin d’assurer leur émancipation.</p>



<p>Dès lors, les enfants de la communauté juive sont pratiquement tous scolarisés dans les écoles françaises malgré les réticences des rabbins qui craignent de voir leur influence disparaître dans la communauté.</p>



<p>Les juifs algériens éduqués entrent alors dans la fonction publique et les professions libérales, ils abandonnent le ghetto et s’installent dans les quartiers européens. Plusieurs parmi eux plusieurs acquièrent la nationalité française. Cela déplaît naturellement au grand colonat français et aux Européens de condition modeste, les petits blancs ainsi qu’on les appelle, qui ne voient pas d’un bon œil cette concurrence qu’ils pensent avoir partie liée avec les Arabes qu’ils connaissent bien. </p>



<p>L’Algérie française coloniale s’installe ainsi dans l’antisémitisme bien avant l’avènement du fascisme et du nazisme. Mais en 1871, le ministre de la Justice en France, le juif Crémieux, signe une série de décrets, dont celui par lequel il deviendra célèbre sur l’acquisition automatique de la nationalité française par tous les juifs algériens justifiant d’un parent juif résidant en Algérie avant 1830. Mais les autorités coloniales rechignent à l’appliquer, d’autant que la survenue de l’affaire Dreyfus constitue un exutoire au chauvinisme ultra&nbsp;nationaliste français.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="cIAC8lEUyi"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/07/les-arabes-et-la-shoah-du-nouvel-antisemitisme-comme-justificatif-a-lislamophobie-et-au-genocide-palestinien/">‘‘Les Arabes et la shoah’’ : Du nouvel antisémitisme, comme justificatif à l’islamophobie et au génocide palestinien </a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Les Arabes et la shoah’’ : Du nouvel antisémitisme, comme justificatif à l’islamophobie et au génocide palestinien  » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/07/les-arabes-et-la-shoah-du-nouvel-antisemitisme-comme-justificatif-a-lislamophobie-et-au-genocide-palestinien/embed/#?secret=WrvIbcUrJ5#?secret=cIAC8lEUyi" data-secret="cIAC8lEUyi" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les soldats maghrébins prêts à mourir pour la France</h2>



<p>Avec la première guerre mondiale, l’armée d’Afrique et la légion étrangère participent aux grandes batailles de Verdun et surtout de la Somme au cours de laquelle des soldats venus du Maghreb réalisent l’impossible, en perçant le front allemand. Mais l’armée française est incapable d’exploiter la brèche qui finit par se refermer. Le front se stabilise mais les soldats maghrébins ont démontré qu’ils étaient prêts à mourir pour la France. Les plus chanceux sont décorés, et une mosquée, celle de Paris, est érigée à Jussieu par reconnaissance, mais le statut des musulmans, celui de sujets, régi par le code de l’indigénat, ne change pas.</p>



<p>Les Juifs algériens sont devenus pour la plupart&nbsp;Français même s’ils continuent de parler l’arabe en famille, mais&nbsp;pas les musulmans, qui d’ailleurs ne veulent pas s’engager à renoncer à leur droit coutumier ainsi qu’ils sont obligés de le faire en cas de demande de naturalisation.</p>



<p>Les choses continuent ainsi jusqu’à la défaite française de 1940, l’occupation allemande, et l’avènement du régime de Vichy de Pétain, dont l’une des premières lois promulguées est l’abolition du décret Crémieux. Les Juifs algériens sont privés brusquement de la nationalité française. Ils ne peuvent plus exercer dans la fonction publique. Les Européens d’Algérie et le colonat, dont l’antisémitisme a toujours constitué une composante essentielle bien avant Vichy, surenchérissent. Des pétitions signées par les médecins français circulent, demandant l’exclusion des médecins juifs de la profession. Les quelques rares médecins musulmans, dont mon propre grand-père maternel, le Docteur Tahar Trad exerçant à Souk Ahras, refusent de signer, marquant ainsi la solidarité dans le malheur des musulmans avec la communauté juive.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les Algériens musulmans contre l’antisémitisme des Français &nbsp;&nbsp;</h2>



<p>Ainsi que le note&nbsp;Ferhat Abbès dans le Manifeste Algérien, les malheurs de la communauté juive n’établissent&nbsp;pour autant pas les droits des musulmans dans le régime colonial. Pourtant ce dernier s’est toujours prévalu de l’hostilité envers les revendications juives par la nécessité dans le cas où elles seraient satisfaites&nbsp;de concéder des droits semblables aux musulmans, un anathème inacceptable pour un grand nombre de Français et pour eux tellement effrayant qu’il conduira finalement l’Algérie vers l’indépendance.&nbsp;</p>



<p>En attendant, sous Vichy, l’Algérie française, qui n’est occupée ni par l’Allemagne ni par l’Italie, en remet une couche dans l’antisémitisme et établit des mesures antisémites qui n’existent pas en métropole. Les juifs privés de travail et de nationalité sont obligés de vendre leurs biens pour survivre mais les musulmans par solidarité ne les achètent pas; des mots d’ordre circulent dans les mosquées l’interdisent en effet. Un numérus clausus leur est imposé dans les universités et qui en réalité est appliqué d’une manière arbitraire. Les étudiants juifs ne sont plus admis aux cours, même à titre d’auditeurs libres. Les écoles sont également fermées et seules des initiatives individuelles établissant des cours pour les enfants chez les particuliers persistent provisoirement sans garantie pour l’avenir.</p>



<p>Le plus grave est l’ouverture de véritables camps de concentration dans le Sud Algérien, dont on établira plus tard qu’ils furent aussi cruels et meurtriers que ceux d’Allemagne et de Pologne, et dans lesquels on parqua outre les Juifs, des républicains espagnols, et des communistes allemands ou français. Mais le 8 novembre 1942, les troupes américaines débarquent en Algérie et au Maroc (opération&nbsp;Torch). Un groupe résistant juif, celui dit du Géo Gras, mené par José Aboulker, le futur médecin chef de service des hôpitaux de Paris, en s’assurant la prise du central de communications et la capture des généraux Juin et Darlan, neutralise toute opposition et facilite l’occupation d’Alger par les Américains. Les résistants s’attendaient à 500 000 hommes, ainsi qu’on le leur avait promis. Ceux qui débarquèrent ne furent pas au départ plus de 15 000. Ils craignaient une forte résistance&nbsp;des troupes de Vichy. En fait, c’est le ralliement de Darlan, l’une des figures de proue du régime de Vichy, aux Américains, alors par hasard de passage à Alger, qui assure le succès final après des combats qui ont fait tout de même plusieurs centaines de morts chez les Américains, et environ un millier chez les Français.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vAaQpelDah"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/05/05/holocaustes-israel-gaza-et-la-guerre-contre-loccident-une-epuration-ethnique-politiquement-correcte/">‘‘Holocaustes. Israël, Gaza, et la guerre contre l’Occident’’ : une épuration ethnique politiquement correcte</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Holocaustes. Israël, Gaza, et la guerre contre l’Occident’’ : une épuration ethnique politiquement correcte » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/05/05/holocaustes-israel-gaza-et-la-guerre-contre-loccident-une-epuration-ethnique-politiquement-correcte/embed/#?secret=NG4U48oJIT#?secret=vAaQpelDah" data-secret="vAaQpelDah" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’armée française se range toujours avec le mauvais camp</h2>



<p>Le Général De Gaulle à Londres n’a pas été informé de l’opération et a été mis à l’écart. Les Anglo-américains estimaient en effet De Gaulle comme quantité négligeable et de surcroît peu fiable après l’échec de la prise de Dakar par ses forces en 1940. Quant au Maréchal Juin, le futur héros libérateur de Paris, il avait paradoxalement ordonné à Barré de ne pas s’opposer à l’entrée des troupes italo-américaines en Tunisie. De Gaulle s’en souviendra pour le soumettre.</p>



<p>L’armée française&nbsp; en Algérie s’avère ainsi politiquement peu fiable dès le débarquement américain et bien avant Massu et le Comité de Salut Public de 1958, ou bien le putsch des généraux de 1961. En fait, elle se rangera toujours avec le mauvais camp, celui de Pétain et de la collaboration avec les Nazis qui occupent la France lors de l’opération Torch de 1942, celui de la perpétuation de la colonisation en Algérie en 1961.</p>



<p>Le plus étrange lors de l’occupation de l’Algérie par les Américains en 1942, c’est qu’ils y laissent intactes les structures établies par Vichy, en particulier l’administration et les lois (antisémites). De Gaulle venu à Alger sur le tard établit après l’assassinat de Darlan l’embryon du futur gouvernement de la France dont, fin politique, il écarte son rival Giraud plus gradé de toute responsabilité. Il refuse d’annuler la décision prise par Giraud de ne pas rétablir le décret Crémieux sous le prétexte d’en publier les textes d’application en des temps plus propices. Il renvoie la mesure à une décision du peuple français après la libération.</p>



<p>Ainsi les Juifs algériens privés de la citoyenneté française 70 ans après l’avoir obtenue, de plein droit, doivent encore attendre une décision du peuple français sur la question de la violation avérée&nbsp; de leurs droits. Les enfants français d’immigrés maghrébins devraient se souvenir qu’en France, la nationalité n’est ni inaliénable, ni sacrée, mais un enjeu électoral et politique. Les Juifs algériens ne sont libérés des camps de concentration et ceux-ci ne sont fermés qu’une année après,&nbsp;à l’initiative des journalistes et des milieux juifs américains,&nbsp;dont la célèbre Hannah Arendt. Certains directeurs des camps sont condamnés à mort et exécutés. Les membres responsables de l’administration ne sont pas inquiétés.</p>



<p>Les Juifs algériens toujours dépourvus de nationalité n’en vont pas moins se battre contre les Nazis en Italie, sur le Garigliano&nbsp;et à Cassino. Après la guerre, ils sont de nouveau Français de plein droit mais ils se retrouvent rapidement en porte à faux des aspirations des Arabo-musulmans algériens à l’indépendance. C’est oublier tous les Juifs communistes comme Daniel Timsit, qui ont combattu dans les rangs du FLN algérien. Mais les Juifs d’Algérie ont&nbsp; alors le sentiment pour la plupart avec la multiplication des attentats aveugles et des opérations de contre terrorisme, de ne plus avoir le choix, ils sont désormais considérés comme des Français puisqu’ils l’ont voulu et en paient le prix en quittant finalement leur terre natale pour un pays qu’ils ne connaissent pas encore.</p>



<p>Le colonialisme français a ainsi réussi à déraciner une communauté en la renvoyant loin de ses foyers et de sa culture d’origine , et en en faisant l’otage obligé du chauvinisme ultra nationaliste français toujours susceptible de la priver de ses droits citoyens et de les remettre en question par des lois scélérates tributaires des équilibres politiques toujours changeants.</p>



<p>C’est là une part importante de la question de l’immigration en France, que le problème sioniste n’a fait que compliquer, et que l’auteur du livre, le Juif d’origine algérienne Jacques Attali, n’aborde pas.</p>



<p>On relèvera certes quelques-unes de ses réflexions&nbsp;qui, sans changer la teneur du livre, ne sont pas forcément exactes. Ainsi l’importance accordée au pétrole irakien dans les calculs de Rommel semble influencée par les développements ultérieurs bien connus en 1991 et 2003. En fait la mission essentielle de l’Afrikakorps n&rsquo;était pas d’occuper l’Irak et Kirkouk, bien plus près du Caucase où opérait la Wehrmacht pour s’emparer de Bakou et son pétrole, mais de couper le canal de Suez, la route de l’Inde d’où l’Angleterre tirait l’essentiel de ses forces, et éventuellement le Golfe arabo persique par où transitait l’aide destinée à l’Union soviétique et à Stalingrad. Il y a certes un pipeline Kirkouk-Haïfa en service mais il n’a été rarement fait mention de lui dans le calcul de Rommel.</p>



<p>En fait Hitler, contrairement à ses amiraux, n’a jamais jugé le théâtre du Moyen-Orient autrement que secondaire, et l’Afrikakorps finit immobilisée à El Alamein, faute de ravitaillement en carburant.</p>



<p>La seconde remarque concerne la politique de De Gaulle, accusé implicitement d’être un raciste antisémite français. C’est bien possible,&nbsp; mais&nbsp;l&rsquo;accuser d’avoir quitté l’Algérie pour ne pas accorder la nationalité aux musulmans n’est pas démontré. De Gaulle aurait sans doute volontiers conservé l’Algérie grâce à une victoire militaire après la perte du Vietnam, mais cela aurait nécessité trop de soldats et d’argent,&nbsp;et l’armée française devenait indocile et dangereuse pour la démocratie et menaçait d’instaurer un régime de type franquiste.</p>



<p>En outre, les Américains, toujours eux, désormais&nbsp;créanciers de l’Europe,&nbsp;voulaient la liquidation des empires français et britannique pour pouvoir commercer librement avec les pays qui en seraient issus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Jacques Attali et l&rsquo;avenir des juifs au Moyen-Orient</h2>



<p>La vision de Jacques Attali sur l’indépendance de l’Algérie apparaît donc plutôt simplificatrice. Cependant il note à juste titre que plusieurs Français, dont le maire d’Alger Jacques Chevallier, ou l’armateur Schiaffino, y sont demeurés après l’indépendance, sans qu’ils ne l’eussent regretté. C’est la preuve que l’Histoire de l&rsquo;Algérie eût pu prendre une tournure différente si un minimum de bonne volonté avait prévalu.</p>



<p>La dernière remarque est évidemment l’omission des Israéliens d’origine algérienne et les liens avec les Sionistes. On peut comprendre que Jacques Attali s’adressant à ses compatriotes juifs algériens&nbsp;les avertisse ainsi : <em>«La France c’est bien beau, mais attention, avec tous les sacrifices que vous avez consentis vous n’y êtes jamais assurés d’être éternellement français»</em>.</p>



<p>Dans ce cas, la patrie ne pourrait être qu’Israël. Certes! Mais d’un autre côté, il peut très bien leur dire: <em>«Attention! Voilà ce qu’il en coûte de jouer aux colonialistes avec les Arabes, et il n’y a d’autre solution en Israël que de s’entendre avec eux si on veut rester dans le pays»</em>.</p>



<p>Entre le cœur, celui d’une patrie réservée exclusivement au peuple juif, et la raison, celle d’une entente avec les Palestiniens, l’auteur a sans doute préféré éluder la question du choix de l’avenir.&nbsp;</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique. &nbsp;</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/01/1943-lannee-des-dupes-des-juifs-algeriens-par-le-berceau-et-francais-par-le-bateau/">‘‘1943, l’année des dupes’’ : des juifs, Algériens par le berceau, et français par le bateau</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Tunisie &#8211; Mokdad Sehili censuré par les Monastiriens : Bourguiba trahi par les siens !</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/07/tunisie-mokdad-sehili-censure-par-les-monastiriens-bourguiba-trahi-par-les-siens/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 07 Aug 2022 10:40:41 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La déprogrammation de la pièce théâtrale de Mokdad Sehili «Hussein fi Pékin» par le Festival de Monastir est un inacceptable acte de censure.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/07/tunisie-mokdad-sehili-censure-par-les-monastiriens-bourguiba-trahi-par-les-siens/">Tunisie &#8211; Mokdad Sehili censuré par les Monastiriens : Bourguiba trahi par les siens !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>L’affaire de la déprogrammation de la pièce théâtrale de Mokdad Sehili «Hussein fi Pékin» par le Festival de Monastir n’est pas anodine. Car pire que l’annulation elle-même, qui aurait pu s’expliquer par un manque d’intérêt du public, c’est la justification avancée qui choque, car elle ne saurait être classée dans une autre case que celle de la censure. Et toute censure, en art, est détestable.</strong></em></p>



<p>Par <strong>Ridha Kéfi</strong></p>



<span id="more-2865464"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/03/Ridha-Kefi.jpg" alt="" class="wp-image-203122"/></figure></div>


<p>Sans avoir vu la pièce pour pouvoir juger des propos sur l’ancien président Habib Bourguiba qui auraient choqué les organisateurs du festival, nous estimons que, quelle que soit la portée de ces propos et l’appréciation que l’on pourrait en avoir, le fait même de déprogrammer la pièce de Mokdad Sehili parce qu’elle contient des faits ou des jugements considérés comme offensants pour la mémoire du plus prestigieux des Monastiriens est inacceptable par principe, car nul n’est au-dessus du jugement de l’histoire ou de l’art, surtout quand il s’agit d’une personnalité publique ayant joué un rôle aussi important dans l’évolution de la société tunisienne au cours de la seconde moitié du XXe siècle et marqué de ce fait profondément la vie de ses contemporains.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Entre ombre et lumière</h2>



<p>Ce n’est pas en sacralisant les hommes et en leur érigeant des statues dans notre esprit qu’on sert le mieux leur mémoire, mais en jugeant leurs actions le plus justement possible, sans omettre les aspects obscurs dont aucun personnage n’est exempt. Et Bourguiba, comme tout chef d’Etat – on allait écrire dictateur, ce qui dans son cas n’aurait pas été totalement faux – à ses grandes qualités, mais aussi ses grands défauts.</p>



<p>Les zones lumineuses de sa personnalité, que nous soulignons souvent à chaque fois que son nom est évoqué dans une discussion, ne doivent pas voiler à nos yeux ses zones d’ombre, et Dieu sait que Bourguiba, ni plus ni moins qu’un autre, avait beaucoup de zones d’ombre.</p>



<p>Sur un autre plan, et au-delà du traitement réservé au personnage de Bourguiba (Mokdad Sehili aurait bien pu parler d’Omar El-Khattab, Haroun Errachid, Lamine Bey, Zine El-Abidine ou Kaïs Saïed), il est question ici d’une pièce de théâtre, donc de fiction, d’art et de création. Et s’agissant d’une œuvre d’art, la liberté d’expression doit être scrupuleusement respectée, et la seule limitation acceptable à cette liberté est celle qu’impose la loi.</p>



<p>Si le directeur d’un festival se permet aujourd’hui de censurer une pièce de théâtre, pour un quelconque prétexte, où irions-nous ?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le «Comédien suprême»</h2>



<p>On ne fait vraiment pas honneur à Bourguiba, le <em>«Comédien suprême»</em> comme aiment le surnommer ses concitoyens, qui était féru de théâtre et qui avait même fait construire un théâtre de poche au palais de Carthage où il invitait des troupes à se produire, en censurant, qui plus est en son nom, une pièce de théâtre.</p>



<p>A ce propos, une anecdote mérite d’être racontée, qui m’avait été rapportée par feu Mohamed Masmoudi, qui était au moment des faits ambassadeur de Tunisie en France : lors de sa rencontre avec le Général de Gaulle, le 27 février 1961, au château de<em> </em>Rambouillet, en France, Bourguiba avait lancé, un tantinet cabotin: <em>«Vous savez, mon général, j’ai fait du théâtre». </em>Et le Français, pince-sans-rire, lui répliqua :<em> «Cela se voit monsieur le président; cela se voit». </em>Puis il enchaîna en l’interrogeant, sur un ton moqueur : <em>«Et alors, comment va la petite Tunisie, cahin-caha ?».</em></p>



<p>On comprend dès lors que la dernière chance pour éviter la bataille de Bizerte ait été lamentablement dilapidée. Les deux hommes voulaient cette guerre, qui éclata le 19 juillet. Et la guerre, on le sait, c’est du théâtre, le grand théâtre de l&rsquo;Histoire, celui qui fait couler le sang.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/07/tunisie-mokdad-sehili-censure-par-les-monastiriens-bourguiba-trahi-par-les-siens/">Tunisie &#8211; Mokdad Sehili censuré par les Monastiriens : Bourguiba trahi par les siens !</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie : Kaïs Saïed entre mysticisme constitutionnel et bonapartisme républicain</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/06/24/tunisie-kais-saied-entre-mysticisme-constitutionnel-et-bonapartisme-republicain/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jun 2022 08:30:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Éric Thiers]]></category>
		<category><![CDATA[Général De Gaulle]]></category>
		<category><![CDATA[Helal Jelali]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
		<category><![CDATA[nouvelle constitution]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Souverainiste, nationaliste, partisan d'un exécutif fort, le président de la république Kaïs Saïed n'a jamais cessé non plus d'exprimer son plus grand mépris à l'égard de la majorité de l'élite politique qui avait gouverné la Tunisie depuis 2011. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Souverainiste, nationaliste, partisan d&rsquo;un exécutif fort, le président de la république Kaïs Saïed n&rsquo;a jamais caché son rejet total de la Constitution de 2014, trop parlementariste à son goût. Il n&rsquo;a jamais cessé non plus d&rsquo;exprimer son plus grand mépris à l&rsquo;égard de la majorité de l&rsquo;élite politique qui avait gouverné le pays depuis 2011. Cependant, si son projet de nouvelle constitution est adopté lors du référendum du 25 juillet prochain, il lui restera les «douze travaux d&rsquo;Hercule»&#8230; Et c&rsquo;est là que les embûches l&rsquo;attendraient.</em></strong></p>



<p>Par<strong> Helal Jelali</strong> *</p>



<span id="more-1719718"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure></div>


<p>Depuis son élection  en 2019, le président  de la république se trouve dans une situation bien décrite par le constitutionnaliste français Éric Thiers dans la revue <em>‘‘Pouvoirs</em>’’ en 2020 à propos du Général De Gaulle : «<em>La Ve République est fondée sur la mystique constitutionnelle gaullienne. Sa finalité ultime est la pérennité de la nation française. Le peuple régulièrement consulté doit y tenir une place centrale. À la tête de l’État, le président de la république doit fixer la voie et, comme dans un organisme complexe, chaque institution doit exercer sa fonction propre, en évitant la confusion des pouvoirs.» </em></p>



<p>Cette idée d&rsquo;un exécutif tout puissant ne pourrait s&rsquo;accomplir sans une adhésion massive des citoyens et des corps intermédiaires – ces derniers sont presque oubliés par Carthage –, sans une administration profondément réformée et surtout modernisée, et enfin sans un travail pédagogique auprès des citoyens, car la  communication jouerait à cet égard un rôle central. Tous ces actions nécessaires à l&rsquo;élaboration du projet de la nouvelle constitution ont été complètement négligées.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lL2h2Gh58S"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/28/tunisie-politique-la-rupture-democratique/">Tunisie &#8211; Politique : la rupture démocratique</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : la rupture démocratique » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/28/tunisie-politique-la-rupture-democratique/embed/#?secret=zsQqCa7h6e#?secret=lL2h2Gh58S" data-secret="lL2h2Gh58S" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Un exécutif fort et un législatif affaibli </h2>



<p>Certes, la séparation des pouvoirs est&nbsp;nécessaire, mais sa fragmentation et la confusion que nous avons connues, ces dernières années, avaient déstabilisé le pays et surtout ses institutions comme la haute administration qui fonctionnait presque en autogestion.</p>



<p>Lors d&rsquo;une intervention dans le journal télévisé de la chaîne publique, quand il n’était <em>«que»</em> professeur de droit, Kaïs Saïed avait déclaré : <em>«On peut écrire la meilleure constitution du monde, s&rsquo;il n&rsquo;y a pas une classe politique capable  pour l&rsquo;appliquer, ce sera un échec&#8230;»</em> Par conséquent, il nous reste qu&rsquo;à attendre l&rsquo;adoption de la nouvelle constitution et les hommes et les femmes qui la mettront <em>«en musique» </em>?</p>



<p>Dès 2013 celui qui deviendra un président <em>«solitaire»</em> avait dit que la constitution est <em>«un arrangement pour le partage du pouvoir»</em>, lequel avait, volontairement, <em>«ignoré les revendications des jeunes protestataires bien écrites sur les murs des villes tunisiennes».</em></p>



<p>Souverainiste déclaré, Kaïs Saïed n&rsquo;en a cure des réactions du Parlement Européen, de Berlin, de Washington, ou même des Ong internationales qui lancent, depuis le 25 juillet 2021, des alertes diplomatiques sur son <em>«pouvoir personnel»</em>. Clairement, il se dresse contre toute ingérence étrangère quand il s&rsquo;agit de son projet constitutionnel. Comme tous les nationalistes convaincus, la référence au peuple est quasi quotidienne. Pour lui, l&rsquo;exécutif fort va s&rsquo;appuyer sur le référendum et le plébiscite pour contourner ou affaiblir le pouvoir législatif.&nbsp;</p>



<p>Ses adversaires qui le comparent à Mouammar Kadhafi se trompent. Il serait plus juste de placer Kaïs Saïed dans un tableau où se trouveraient les anciens présidents de l&rsquo;Equateur Rafael Correa et de la Bolivie Evo Morales. Avec ses invectives, loin de toute diplomatie, comme celles contre les agences de notation affublées du sobriquet <em>«Oummek Sannafa»</em> (ou cuisinières), on  pourrait ajouter dans ce tableau l&rsquo;ancien président du Burkina Faso Thomas Sankara.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wAEV4UncVR"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/12/tunisie-kais-saied-entre-la-raison-detat-et-linteret-general/">Tunisie : Kaïs Saïed entre la raison d&rsquo;État et l&rsquo;intérêt général</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : Kaïs Saïed entre la raison d&rsquo;État et l&rsquo;intérêt général » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/11/12/tunisie-kais-saied-entre-la-raison-detat-et-linteret-general/embed/#?secret=lt1jhJROm4#?secret=wAEV4UncVR" data-secret="wAEV4UncVR" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Avec un exécutif fort, un souverainisme assumé, et un nationalisme populaire, nous avons, en somme, un bonapartisme républicain où le chef de l&rsquo;Etat deviendrait le centre du pouvoir autour duquel s&rsquo;articulent toutes les autres institutions.</p>



<p>Reste que tout pouvoir exécutif bien affirmé est menacé aujourd&rsquo;hui et partout par la vague néolibérale. La puissance des lobbys, qui ont tendance à remplacer les partis politiques ou à les instrumentaliser, cette puissance de la finance affaiblit les États et démantèle ses institutions. Même dans les vieux pays européens, nous assistons à des fractures démocratiques comme en France où l&rsquo;abstention, lors des dernières législatives, a atteint 54%. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Les embûches inattendues ou les «12 travaux d&rsquo;Hercule»</h2>



<p>Nous l&rsquo;avons écrit ici-même à plusieurs reprises: l&rsquo;Histoire politique nous a appris que&nbsp;c&rsquo;est durant les grandes crises que les réformes pourraient être engagées: un exécutif fort a grand besoin d&rsquo;un pilier essentiel de l&rsquo;Etat qu&rsquo;est l&rsquo;administration. Or, la nôtre est archaïque, souffrant d&rsquo;un mille-feuilles de réglementations d&rsquo;un autre âge. Aucun gouvernement n&rsquo;avait pensé à la moderniser, des centaines de comités interministériels ont été consacrés au projet de la&nbsp; digitalisation. On attend toujours&#8230; Quid de la simplification administrative?&nbsp;</p>



<p>Nos politiques ne sont pas aussi clairvoyants que l&rsquo;ancien président Habib Bourguiba qui disait : <em>«Être réaliste, c&rsquo;est préférer une réforme modeste, qui en permet une autre, à un miracle impossible».</em></p>



<p>Quant va-t-on décider un contrôle strict de nos importations qui déstabilisent l&rsquo;équilibre macroéconomique?</p>



<p>Notre tourisme est à terre : nos hôtels sont inadaptés à la nouvelle clientèle.</p>



<p>Une agriculture sans une politique hydraulique rationnelle restera primitive. La région de Kasserine – la plus pauvre du pays – a vivement besoin de 3000 puits et 1000&nbsp; puits artésiens (sondages), etc.</p>



<p>La dégradation du paysage urbain et rural est criante. Des <em>«favelas»</em> poussent dans toutes les grandes villes faute d&rsquo;une vraie politique d&rsquo;habitat social.&nbsp;</p>



<p>Un pouvoir exécutif bien puissant va-t-il mettre fin à la cogestion des entreprises&nbsp; publiques avec l&rsquo;Union générale tunisienne du travail (UGTT)?</p>



<p>Bien d&rsquo;autres travaux herculéens sont en souffrance&#8230;</p>



<p>Dans les prochains mois, le dilemme cornélien dans lequel risque de se retrouver Kaïs Saïed est bien résumé par le philosophe et ancien ministre français Luc Ferry : <em>«Comment gouverner les démocraties s&rsquo;il faut être populaire pour être élu et impopulaire pour réformer ?»</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="OtR9qH2hQu"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/19/tunisie-kais-saied-et-lambition-dun-leadership-politique/">Tunisie &#8211; Kais Saied et l&rsquo;ambition d&rsquo;un leadership politique</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Kais Saied et l&rsquo;ambition d&rsquo;un leadership politique » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/10/19/tunisie-kais-saied-et-lambition-dun-leadership-politique/embed/#?secret=EUeKkmEDYs#?secret=OtR9qH2hQu" data-secret="OtR9qH2hQu" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Est-ce qu&rsquo;après l&rsquo;adoption de la nouvelle constitution, les équipes du président de la république vont-ils s&rsquo;attaquer aux<em> «douze travaux d&rsquo;Hercule»</em>? Auront-ils les moyens nécessaires? Le doute est permis vu l&rsquo;état des finances publiques et l&rsquo;ampleur des dégâts à réparer.&nbsp;</p>



<p>Depuis 2011, ce sont les managers et les technocrates qui avaient gouverné ce pays. Il est grand temps que la politique reprenne ses droits.</p>



<p>Si après l&rsquo;adoption d&rsquo;une nouvelle constitution, une vraie politique&nbsp;de relance économique, accompagnée d&rsquo;un plan social, n&rsquo;est pas engagée, le pays serait dans une <em>«fiction juridique» </em>ou <em>«un artifice de droit»</em> qui n&rsquo;apportera rien aux conditions&nbsp; de vie des citoyens.&nbsp;</p>



<p>* <em>Ancien journaliste basé à Paris.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/06/24/tunisie-kais-saied-entre-mysticisme-constitutionnel-et-bonapartisme-republicain/">Tunisie : Kaïs Saïed entre mysticisme constitutionnel et bonapartisme républicain</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Politique : Kaïs Saïed serait-il (réellement) une réincarnation de Henri II ou de Charles 1er ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 16 Jan 2022 07:32:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[’Noureddine Bhiri]]></category>
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		<category><![CDATA[Général De Gaulle]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[Henri II]]></category>
		<category><![CDATA[Jilani Daboussi]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand, en Tunisie, ceux qui se font nommer «opposition» parlent de tyrannie, de liberté, d’indépendance de la justice, et de démocratie, il faut comprendre de quoi il s&#8217;agit exactement. Car sans une justice, institution sous l’autorité de l’Etat, il ne saurait y avoir de justice équitable, ni à fortiori d’Etat. C&#8217;est ce que nous enseigne...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/01/16/politique-kais-saied-serait-il-reellement-une-reincarnation-de-henri-ii-ou-de-charles-1er/">Politique : Kaïs Saïed serait-il (réellement) une réincarnation de Henri II ou de Charles 1er ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/01/Kais-Saied-Henri-II.jpg" alt="" class="wp-image-377209"/></figure></div>



<p><strong><em>Quand, en Tunisie, ceux qui se font nommer «opposition» parlent de tyrannie, de liberté, d’indépendance de la justice, et de démocratie, il faut comprendre de quoi il s&rsquo;agit exactement. Car sans une justice, institution sous l’autorité de l’Etat, il ne saurait y avoir de justice équitable, ni à fortiori d’Etat.</em></strong> <strong><em>C&rsquo;est ce que nous enseigne l&rsquo;Histoire de l&rsquo;humanité.</em></strong> <strong><em>Et que le président Kaïs Saïed peine à faire admettre à ses opposants, dont la justice est le cadet de leurs soucis. car ils sont plutôt inquiets de rendre compte à la justice de leurs abus passés.  </em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-377208"></span>



<p> Le conflit qui s’est exacerbé le 25 juillet dernier oppose le président de la république aux partis politiques qui critiquent ce qu’ils perçoivent comme étant une dérive autoritaire menaçant les fondements de la démocratie.</p>



<p>Parmi les choses entendues, l’indépendance de la justice relativement au pouvoir exécutif, constitue un paradigme dont ceux qui se qualifient d’opposition ne cessent de souligner l’importance, particulièrement depuis l’arrestation de l’ancien ministre Noureddine Bhiri. Mais il faudrait déterminer pourquoi le principe préétabli selon lequel le pouvoir judiciaire devrait échapper à l’exécutif soit le seul valable pour autant qu’il corresponde bien à la réalité. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Justice divine, droits de l&rsquo;homme et justice humaine </h2>



<p>Dans la tradition arabo-islamique, le juge a toujours constitué le bras séculier du calife, représentant l’autorité du Prophète Mohamed et du Coran, la parole révélée de Dieu. Mouaouia Ibn Abi Sofiane, après Siffine, avait largement bénéficié d’un recours juridique appelé <em><strong>«</strong>arbitrage<strong><strong>»</strong></strong></em> censé être issu du Coran, grâce à un subterfuge de son représentant Omar Ibn Al Ass &nbsp;chargé de faire valoir ses droits au califat face à Ali, calife élu et cousin du Prophète. Ali avait été accusé de s’abstenir d’appliquer la justice divine et de châtier les assassins du calife Othman, son prédécesseur, s’exposant ainsi selon ses ennemis à être déchu de son droit à diriger la communauté des croyants. </p>



<p>Mais l’Ancien Testament s’était déjà fait l’écho du conflit ayant opposé les juges d’Israël, représentés en tant que prophètes annonciateurs de la volonté de Yahvé, aux rois, considérés comme des tyrans souvent lubriques s’écartant volontiers de la Loi de Moïse. Et Saint-Augustin avait théorisé la christianisation de l’exercice politique du pouvoir, en reprenant le vieux principe romain selon lequel il ne pouvait y avoir de paix dans la société sans un prince dispensant équitablement la justice. </p>



<p>L’empereur de Byzance Justinien a été l’incarnation de la pensée de Saint-Augustin qu’on nommerait le Césaropapisme puisqu’il fut non seulement un empereur guerrier, mais aussi un législateur auteur du Code portant son nom. Et cette pensée s’opposait à celle platonicienne grecque, selon laquelle l’être humain n’étant pas parfait ne pouvait se détourner de l’erreur que grâce à un échange continu d’idées avec ses semblables, et à l’étude. </p>



<p>Mais&nbsp;au moyen âge, mis à part les traditions primitives des tribus germaniques et normandes de plébiscite du chef en la personne du guerrier le plus intrépide, qu’on ne pourrait plus tard pas ignorer en Grande-Bretagne, terre d’immigration des Anglosaxons, des Vikings et des Normands, le modèle politique en vogue était celui issu de Rome, celui du roi monopolisant entre ses mains un pouvoir indivisible de droit divin. </p>



<p>Mais c’est en Angleterre que la question de la définition du pouvoir politique allait se poser avec une acuité particulière, tant bien même les conflits entre les empereurs germaniques et les papes latins (conflit de dévolution) diviseraient la chrétienté pendant des siècles. </p>



<p>Après la guerre civile ayant opposé la reine normande Mathilde fille de Henri Ier, à Etienne de Blois, les choses rentrèrent dans l’ordre quand ce dernier accepta de nommer comme héritier Henri, le fils de son ennemie Mathilde et du seigneur Angevin Geoffroy Plantagenêt. A son avènement, Henri II, ainsi qu’il passa à la postérité, dut promettre de respecter les <em><strong>«</strong>libertés<strong>»</strong></em> de ses sujets. En fait de libertés, il s’agissait surtout de respecter les droits de l’Eglise de nommer ses propres prélats, et de les soustraire le cas échéants à la justice du roi, en ne les faisant juger que par des tribunaux ecclésiastiques, et éventuellement par la Curie Romaine. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Consolider l’autorité de l’Etat face aux empiètements </h2>



<p>Alors que ce qu’on a nommé Empire Plantagenêt comprenait par le jeu des conquêtes et surtout des mariages, outre la Grande-Bretagne, toute la façade atlantique du Royaume de France constituée de territoires hétérogènes souvent enclins à la révolte et aux interventions du roi de France, Henri II d’Angleterre ne pouvait tolérer qu’en plus de cela, l’Eglise échappât à son contrôle. </p>



<p>C’est ainsi que les accords de Clarendon remirent en question l’autonomie de l’Eglise et institutionnalisèrent les droits du roi d’interférer dans les nominations des prélats tout en rétablissant la primauté du tribunal séculier pour juger leurs crimes. Un conflit ouvert s’en suivit entre le Roi et l’Eglise qui atteignit son point culminant avec l’assassinat de Thomas Becket en 1170. Mais les révoltes&nbsp;et les luttes intestines entre les princes finirent par avoir raison du Royaume et en 1215 il n’en restait plus outre-mer que la Gascogne. </p>



<p>C’est à ce moment-là qu’une révolte obligea Jean Sans Terre, l’un des fils d’Henri II, à concéder ce qu’on nommerait la Magna Carta, ou Grande Charte, qui restreignait les pouvoirs du Roi en lui faisant obligation de respecter des franchises ecclésiastiques et bourgeoises, de ne pas priver un noble ou un prêtre&nbsp;de sa liberté sans le faire juger par ses pairs, et de ne pas lever d’impôts sans l’assentiment d’un Grand Conseil, composé de 25 barons, sous peine d’être déposé, au besoin par la force. </p>



<p>La Magna Carta fut donc un document contre l’absolutisme royal, plus précisément&nbsp; la corruption de ses officiers, baillis et shérifs, censés retreindre les pouvoirs judiciaires du seigneur par l’exercice de la justice royale et de l’impôt mais qui très souvent en tiraient un bénéfice personnel pour s’enrichir, et ce malgré le contrôle de l’Echiquier (office des finances royales). Mais ce ne fut pas le seul document de ce type. Le Roi d’Aragon avait concédé des droits semblables juste avant sa mort sous les murs de Toulouse à la bataille du Muret en 1213, et celui de Hongrie rédigerait la Bulle d’Or dans le même esprit en 1231. </p>



<p>Cependant en Angleterre cette Magna Carta pendant 5 siècles ne fut pas oubliée et eut cela de particulier qu’elle constitua toujours la référence contre l’absolutisme royal. Si la souveraineté du Parlement a été institutionnalisée en Angleterre vers 1660, après ce qu’on a nommé la Révolution Anglaise et l’exécution du Roi Charles Ier, la Magna Carta n’y fut pas étrangère. Les droits que les nobles et l’Eglise réclamaient pour eux-mêmes relativement à une justice équitable au XIIe siècle furent, bourgeoisie oblige, étendus à tous les sujets, et au XVIIe&nbsp; siècle on nomma cela <strong><em><strong>«</strong></em></strong><em>habeas corpus<strong>»</strong></em>.&nbsp;</p>



<p>Il faut donc bien comprendre que l’exigence politique moderne relativement à l’instauration de la démocratie fut à l’origine au XIIe siècle celle de la noblesse et du clergé, souvent saxons, dans un territoire, la Grande-Bretagne, victime un siècle auparavant d’une&nbsp;invasion étrangère, celle des Normands, qui avaient accaparé les meilleures terres, que le Roi, lui-même normand, considérait comme faisant partie de son domaine et dont il prétendait faire usage selon son bon vouloir, en réalité selon l’intérêt de l’Etat qu’il incarnait, en les concédant à ceux qui le servaient et en les confisquant à ceux qui lui déplaisaient. </p>



<p>Plus que d’absolutisme, il s’agissait de centraliser, et de consolider l’autorité de l’Etat, en particulier face aux empiètements extérieurs, ceux du Roi de France suzerain (en France) du Duc de Normandie même quand ce dernier devint Roi d’Angleterre, mais aussi du Pape face auquel l’Eglise Anglicane fut créée par Henri VIII. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La justice ne saurait être indépendante de l&rsquo;Etat </h2>



<p>En Tunisie, quand ceux qui se font nommer <em><strong><strong>«</strong></strong>opposition<strong>»</strong></em> parlent de tyrannie, de liberté, d’indépendance de la justice, et de démocratie, il faut comprendre de quoi il s&rsquo;agit exactement. Sans une justice, institution sous l’autorité de l’Etat, il ne saurait y avoir de justice équitable, ni à fortiori d’Etat. </p>



<p>Ces jours ci,&nbsp;l’indépendance de la justice revendiquée par des personnalités, parfois &nbsp;juristes de formation, est critiquable. La justice ne saurait être indépendante puisque les juges sont nommés par le ministre de la Justice; aux Etats-Unis d’Amérique, héritiers de l’<em>habeas corpus</em>, c’est même le président qui les nomme. Néanmoins, et c’est cela qui signe son indépendance, quand la justice est rendue, elle ne saurait obéir qu’à ces mêmes lois, et à rien d’autre.</p>



<p>Ahmed Nejib Chebbi a une autre interprétation de la justice, c’est celle d’un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) n’obéissant qu’à des intérêts corporatistes. Avec cela, sept années après on ne sait toujours pas qui a tué Chokri Belaid ou Mohamed Brahmi, et des scandales judiciaires tels celui de la mort de Jilani Daboussi ou<em> <strong>«</strong>l’extradition<strong>»</strong></em> de Baghdadi Mahmoudi commencent à ressortir des placards. </p>



<p>L’opposition ose appeler cela&nbsp; usage de la justice contre des opposants politiques. Woodrow Wilson avait pourtant jeté en prison tous ceux qui critiquaient&nbsp;l&rsquo;entrée en guerre des Etats-Unis durant la première guerre mondiale, et Abraham Lincoln avait durant la guerre de sécession fait traduire les civils devant les tribunaux militaires. </p>



<p>Ainsi il ne faudrait pas que la justice fasse son travail contre des hommes d’affaires et des politiciens&nbsp;véreux, ainsi qu’elle le fait aux Etats-Unis et ailleurs; il ne faudrait pas qu’elle mette à nu les liens existant entre des personnalités et des partis politiques avec des pays étrangers par le biais du financement des campagnes électorales. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Ne portons pas sur Kaïs Saïed un jugement définitif </h2>



<p>Il reste à parler de Kaïs Saïed. Stoïcien issu de la Grèce antique, ou disciple de Saint-Augustin, il aurait de qui tenir. Les mots rectitude et rex&nbsp;(roi) ont, ne l’oublions pas, la même origine et Kaïs Saïed est droit. Il n’est pas disciple de Platon puisqu’il ne croit pas aux vertus de la discussion, mais il ne subirait pas l’anathème&nbsp;des Juges d’Israël;&nbsp;n’étant pas Roi, il s’est en effet érigé en juge&nbsp;brandissant le glaive de la loi. En ce sens, s’il est jusqu’aux nouvelles élections un dictateur pour concentrer temporairement entre ses mains autant de pouvoirs, personne ne peut l’accuser d’être injuste, même si, en abolissant une constitution assurant l’impunité judiciaire aux députés pour des crimes n’ayant rien à voir avec l’immunité parlementaire, il n’a à juste titre pas tenu son serment de la respecter. </p>



<p>Le président de la république élu par plus de 72% des suffrages n’a pas commis de fautes politiques mis à part la nomination de Hichem Mechichi qui l’a trahi en s’alliant avec Ennahdha, et avant les prochaines échéances électorales du 17 décembre 2022, il serait prématuré de porter sur lui un jugement définitif. Mais ses adversaires politiques ne l’entendent pas de cette oreille; étant usés après dix années pendant lesquelles ils n’ont rien apporté hormis de fausses promesses, leur stratégie consiste désormais à mobiliser l’opinion publique mondiale au nom de la défense de la démocratie, en faisant&nbsp;appel à l’image du tyran enfouie dans la culture occidentale et toujours prompte à être réactivée dès lors qu’il s’agit de pays arabo-musulmans. </p>



<p>Pourtant la Tunisie n’est pas le Chili ou l’Argentine des années 70, ni l’Espagne de Franco, ni l’Irak de Saddam, et depuis l’accession du président Saïed à la tête de l’Etat, il n’ y a pas d’assassinats ni de procès politiques. Et personne n&rsquo;avait accusé le Général De Gaulles de dérive autoritaire pour avoir ordonné à Maurice Papon de réprimer pendant la guerre d&rsquo;Algérie les manifestants à Paris en octobre 1961 et au métro Charonne&nbsp;en février&nbsp;1962 causant le décès de plusieurs personnes. </p>



<p>Il y avait une raison suffisante pour interdire les manifestations du 14 Janvier 2022 à Tunis, et celle ci se nomme guerre contre le Covid, elle n&rsquo;a pas été inventée pour la circonstance.&nbsp;Néanmoins l’agitation entretenue par des partis politiques complètement discrédités, et inquiets de rendre compte à la justice sur des faits réels, nuit aux intérêts du pays. Mais cela semble être le cadet de leurs soucis.</p>



<p>* <em>Médecin de pratique libre. </em></p>



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