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	<title>Archives des Hedi Nouira - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Hedi Nouira - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>In Memoriam &#124; Sadok Belaid tel que je l’ai connu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Apr 2026 10:09:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[droit constitutionnel]]></category>
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		<category><![CDATA[Sadok Belaid]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le Doyen Sadok Belaid restera toujours l’exemple à suivre par toute personne imbue d’amour pour la Tunisie. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/02/in-memoriam-sadok-belaid-tel-que-je-lai-connu/">In Memoriam | Sadok Belaid tel que je l’ai connu</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Hommage au Doyen Sadok Belaid, décédé le 7 mars 2026 à 87 ans, que j’avais eu comme&nbsp;professeur de droit constitutionnel&nbsp;en première&nbsp;année&nbsp;à Faculté de droit et des sciences politiques et économiques de Tunis (1977), de droit international public, en troisième année&nbsp;(1979) et&nbsp;de&nbsp;droit international en DEA (1982).</em></strong></p>



<p><strong>Raouf Chatty </strong>*&nbsp;&nbsp;</p>



<span id="more-18574732"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Raouf-Chatty.jpg" alt="" class="wp-image-347685"/></figure>
</div>


<p>A l’époque, il&nbsp;n’avait&nbsp;que 33 ans, quand il succéda à Chedly Ayari, appelé&nbsp;à&nbsp;des fonctions ministérielles, au poste&nbsp;de Doyen. Son nom était sur toutes les lèvres. Il avait&nbsp;la stature&nbsp;et la réputation&nbsp;d’un grand professeur et&nbsp;d’un&nbsp;excellent&nbsp;manager. Étudiants comme enseignants, maîtres de conférences, maitres -assistants&nbsp;et assistants&nbsp;lui vouaient un grand respect, car il était le premier Tunisien agrégé en droit public&nbsp;de l’université&nbsp;de la Sorbonne.</p>



<p>L’homme, réputé pour sa rigueur&nbsp;et sa fermeté, tenait la faculté en main&nbsp;et rien ne lui échappait. Ceux&nbsp;qui l’avaient&nbsp;côtoyé de près&nbsp;se&nbsp;félicitaient de son honnêteté intellectuelle, de son intelligence portée par un remarquable esprit de synthèse, de ses capacités&nbsp;de&nbsp;gestion et de son sens aiguë du rôle&nbsp;que doit jouer l’université dans la vie de la nation.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un grand maître.</h2>



<p>Par&nbsp;sa présence, son aura, son choix vestimentaire (il était souvent en costume noir), le sérieux et la rigueur qu’il dégageait, sa science et sa pédagogie, il ne passait pas inaperçu. C’était ce qu’on appelle un grand maître.</p>



<p>Chaque fois qu’il&nbsp;entrait dans l’amphithéâtre 1, à 9 heures tapantes, toujours&nbsp;ponctuel, pour&nbsp;son cours de droit constitutionnel, il posait son porte-documents&nbsp;en cuir noir sur&nbsp;le pupitre et entamait ses conférences&nbsp;devant&nbsp;plusieurs centaines d’étudiants.&nbsp;Les portes de l’amphithéâtre&nbsp;étaient aussitôt refermées&nbsp;et aucun&nbsp;retardataire ne se hasardait&nbsp;à s’annoncer, sachant&nbsp;que celles&nbsp;et ceux qui avaient osé le faire furent&nbsp;renvoyés&nbsp;sèchement et illico presto, le Professeur Belaid&nbsp;ne tolérant aucun retard et avait horreur&nbsp;de voir&nbsp;ses conférences perturbées&nbsp;de quelque manière&nbsp;que ce soit.&nbsp;</p>



<p>Les étudiants, pour leur part, se précipitaient&nbsp;pour&nbsp;être&nbsp;aux&nbsp;premières&nbsp;loges. Ils prenaient plaisir à suivre&nbsp;studieusement ses conférences qui&nbsp;étaient&nbsp;bien structurées, claires et concises, alliant&nbsp;érudition, rigueur&nbsp;et pédagogie.&nbsp;</p>



<p>Le Professeur Belaid, qui&nbsp;maniait brillamment la langue&nbsp;de Molière, ce qui lui permettait de familiariser les étudiants que nous étions aux concepts&nbsp;de sa discipline, le droit constitutionnel. Il avait d’ailleurs beaucoup de facilité à faire comprendre les idées&nbsp;et les thèmes qu’il développait avec une évidente aisance. Il faut dire que cette aisance était le fruit d’un grand travail, car il préparait minutieusement ses conférences&nbsp;et ne laissait rien au hasard. Il était d’autant plus exigeant avec les autres qu’il l’était, d’abord, avec lui-même. Son but fondamental&nbsp;était que les étudiants&nbsp;disposent&nbsp;des clés indispensables pour&nbsp;se familiariser avec&nbsp;la discipline&nbsp;enseignée, en&nbsp;comprendre&nbsp;les tenants&nbsp;et&nbsp;aboutissants et&nbsp;ne&nbsp;pas se perdre&nbsp;dans&nbsp;les détails&#8230;&nbsp;Sa méthode&nbsp;nous aidait beaucoup&nbsp;dans les recherches&nbsp;que nous faisions et dans nos lectures des ouvrages spécialisés de grands juristes français comme&nbsp;Maurice&nbsp;et André Hauriou, Georges&nbsp;Burdeau, Maurice Duverger et autres Marcel Waline.</p>



<p>Le Professeur Belaid&nbsp;dispensait ses conférences comme&nbsp;un&nbsp;mathématicien soucieux de logique et de&nbsp;sens.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ironie, drôlerie et finesse d&rsquo;esprit </h2>



<p>Le sérieux&nbsp;qui caractérisait sa démarche&nbsp;n’excluait pas&nbsp;un humour fin. Qui ne se souvient&nbsp;de ses réparties sarcastiques pleines de finesse, comme&nbsp;de ses réactions&nbsp;virulentes lorsque&nbsp;des étudiants étrangers&nbsp;à&nbsp;la faculté envahissaient l’amphithéâtre pour faire sortir de force&nbsp;les étudiants et les obliger à assister&nbsp;aux assemblées générales qu’ils tenaient&nbsp;dans&nbsp;l’enceinte de la faculté ?</p>



<p>Dans&nbsp;de telles circonstances, le Professeur Belaid&nbsp;agit en démocrate en s’adressant, micro&nbsp;en main,&nbsp;à l’amphithéâtre pour inviter les étudiants&nbsp;voulant&nbsp;participer aux&nbsp;AG&nbsp;à le faire&nbsp;de plein&nbsp;gré. Comme&nbsp;très&nbsp;peu&nbsp;d’étudiants&nbsp;se laissaient intimider&nbsp;par les appels&nbsp;des organisateurs des AG&nbsp;et&nbsp;préféraient suivre&nbsp;le cours, le Professeur Belaid en prenait&nbsp;immédiatement&nbsp;acte,&nbsp;donnait l’ordre aux agitateurs&nbsp;de quitter immédiatement&nbsp;l’amphithéâtre&nbsp;et continuait&nbsp;calmement à donner sa&nbsp;conférence, comme si&nbsp;de rien n’était.&nbsp;</p>



<p>Interpellant, un jour, une&nbsp;étudiante&nbsp;qui, voulant se faire remarquer, défonça&nbsp;la porte de l’amphithéâtre, vingt minutes après le commencement du cours, il lui intima l’ordre&nbsp;de quitter les lieux en prenant soin&nbsp;de lui faire remarquer : <em>«Mademoiselle, la faculté a ses règles&nbsp;qui&nbsp;doivent être respectées.»</em></p>



<p>Aux étudiants qui s’inquiétaient&nbsp;de la grande sélection&nbsp;aux épreuves&nbsp;de première et&nbsp;de deuxième année, le pourcentage&nbsp;des admis&nbsp;en premier cycle (Deug)&nbsp;ne&nbsp;dépassant jamais les 25% du nombre des candidats,&nbsp;sessions&nbsp;de juin et de septembre comprises,&nbsp;il répondait&nbsp;de manière sarcastique : <em>«Ne vous en faites pas, vous serez licenciés d’une manière ou d’une autre !»</em>. Ainsi, tout le monde savait&nbsp;à quoi s’en tenir et redoublait d’effort&nbsp;pour&nbsp;traverser le cap.</p>



<p>Quant&nbsp;aux&nbsp;sujets qu’il donnait&nbsp;pour les examens de&nbsp;fin d’année,&nbsp;souvent redoutés par les étudiants, ils étaient souvent axés&nbsp;sur&nbsp;des&nbsp;questions transversales&nbsp;qui faisaient&nbsp;appel&nbsp;à l’intelligence&nbsp;des étudiants et à leur capacité de synthèse. Il accordait&nbsp;une grande importance&nbsp;à la manière&nbsp;avec laquelle ses étudiants&nbsp;abordaient ces&nbsp;sujets.</p>



<p>Lors&nbsp;de&nbsp;la correction&nbsp;des épreuves, il était&nbsp;intraitable sur la question&nbsp;du plan en deux parties, tout comme&nbsp;sur l’esprit de synthèse, la rigueur&nbsp;de l’analyse et la clarté&nbsp;de la dissertation.</p>



<p>Je&nbsp;me rappelle, à titre d’exemples, de ces&nbsp;sujets&nbsp;que nous avions eu à traiter :&nbsp;<em>«Constitutions coutumières et coutumes constitutionnelles»&nbsp;ou encore «Un État peut-il vivre sans Constitution ?»</em> Celles&nbsp;et&nbsp;ceux&nbsp;qui&nbsp;obtenaient&nbsp;une&nbsp;bonne&nbsp;note,&nbsp;c’est-à-dire 16/20&nbsp;dans le meilleur des cas, étaient félicités&nbsp;par leurs&nbsp;camarades&nbsp;qui cherchaient&nbsp;à connaître les secrets&nbsp;de leur performance.&nbsp;</p>



<p>A ce sujet, le Professeur Belaid avait pris coutume&nbsp;de&nbsp;dire : <em>«L’essentiel ce&nbsp;n’est pas de travailler, mais&nbsp;plutôt&nbsp;de savoir comment travailler. Je veux des têtes bien faites et non des têtes pleines.»</em></p>



<p>Par&nbsp;ailleurs, celles&nbsp;et&nbsp;ceux qui&nbsp;ont l’honneur de préparer des mémoires de troisième cycle ou&nbsp;des thèses de doctorat sous&nbsp;sa direction&nbsp;se rappellent toujours des&nbsp;séances harassantes et exigeantes qu’ils&nbsp;ont&nbsp;eues avec lui,&nbsp;travaillant&nbsp;au peigne fin leurs brouillons, ne&nbsp;laissant rien&nbsp;passer&nbsp;sans le soumettre&nbsp;à la loupe&nbsp;de la rigueur&nbsp;et&nbsp;de la méthode, exigeant&nbsp;de tout&nbsp;doctorant de grands&nbsp;efforts&nbsp;pour apporter du nouveau&nbsp;et&nbsp;s’éloigner des sentiers battus.</p>



<p>Chaque thèse&nbsp;de doctorat&nbsp;prenait quatre années de travail acharné&nbsp;pour voir le jour. Le récipiendaire&nbsp;pouvait&nbsp;légitimement&nbsp;se targuer d’avoir&nbsp;eu pour directeur de thèse le Doyen&nbsp;Belaid.&nbsp;A ce propos, feu Lazhar Bououny, futur&nbsp;professeur de droit, Doyen et ministre,&nbsp;et qui fut son assistant de droit constitutionnel&nbsp;en 1976/1977, me racontait les souffrances&nbsp;endurées&nbsp;lors&nbsp;de la préparation de sa thèse&nbsp;de doctorat&nbsp;sous&nbsp;la direction du Doyen Belaid, pour qui il avait un profond respect.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Il a formation&nbsp;de hauts cadres de la nation</h2>



<p>Je me rappelle toujours de la soutenance&nbsp;de thèse de doctorat d’État de droit public&nbsp;de Hafedh Ben Salah, devenu ultérieurement doyen de la Faculté de droit et ministre. Ce dernier avait travaillé&nbsp;sous le patronage&nbsp;du Doyen Belaid. Son travail était de l’avis de tous réellement un chef d’œuvre&nbsp;de rigueur. Cela n’avait pas empêché un membre du jury,&nbsp;lors de la soutenance, devant une salle archicomble, en présence de hauts magistrats, d’universitaires et de certains ministres,&nbsp;de lui lancer des fléchettes, pour entendre le Doyen Belaid&nbsp;lui rétorquer : <em>«Maintenant&nbsp;que vous&nbsp;avez&nbsp;lancé vos fléchettes au candidat,&nbsp;je souhaite vous dire que nous les recevons&nbsp;avec&nbsp;bonheur.»</em> Ce à quoi, le concerné, qui était assis à l’extrême droite de la table,&nbsp;est monté au créneau pour signifier&nbsp;avec&nbsp;tact au Doyen&nbsp; Belaid&nbsp;: <em>«Ni la gauche ni la droite ne soutiennent&nbsp;le centre»</em>,&nbsp;allusion faite au Professeur Belaid&nbsp;qui&nbsp;était&nbsp;assis,&nbsp;ce jour-là, au centre&nbsp;de la table du jury. Le prenant&nbsp;à la lettre, ce dernier lui&nbsp;rétorqua&nbsp;: <em>«Le centre&nbsp;n’a&nbsp;pas&nbsp;besoin de soutien, du&nbsp;fait qu’il se tient de lui-même»</em>, au&nbsp;grand bonheur des présents, qui avaient apprécié ce tic-au-tac entre deux grands juristes. </p>



<p>En pleine&nbsp;année universitaire 1979,&nbsp;des rumeurs&nbsp;ont couru qui&nbsp;prêtaient&nbsp;au Professeur Belaid&nbsp;d’avoir&nbsp;refusé le poste&nbsp;de ministre de l’Enseignement supérieur que venait&nbsp;de lui proposer le Premier ministre de l’époque, Hedi&nbsp;Nouira. Ces rumeurs&nbsp;étaient fondées.&nbsp;Les milieux universitaires&nbsp;en étaient&nbsp;au courant.&nbsp;Le poste&nbsp;est reviendra au vice-doyen&nbsp;de la Faculté de droit, Abdelaziz Ben Dhia, professeur de droit civil&nbsp;et ami&nbsp;de longue date du Doyen Belaid&#8230;</p>



<p>Ce dernier croyait fermement au rôle&nbsp;de l’université&nbsp;dans la formation&nbsp;de hauts responsables de la nation,&nbsp;des cadres rigoureux, disciplinés, honnêtes, ayant le sens&nbsp;de l’honneur et&nbsp;du travail bien accompli&nbsp;et capables de&nbsp;jouer pleinement leurs rôles dans le développement&nbsp;de la Tunisie. Il avait&nbsp;largement&nbsp;contribué à doter notre pays&nbsp;de centaines de cadres supérieurs qui lui sont redevables de ce qu’ils sont devenus.</p>



<p>Le Doyen Belaid restera&nbsp;toujours l’exemple à suivre&nbsp;par toute personne imbue d’amour&nbsp;pour&nbsp;son pays. Paix à son âme. Puisse&nbsp;le Tout Puissant lui accorde miséricorde&nbsp;et l’accueillir dans son éternel&nbsp;paradis.</p>



<p><em>* Ancien ambassadeur. &nbsp;</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="EcY6U7sCBT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/07/sadok-belaid-tire-sa-reverence-ou-la-fin-des-illusions/">Sadok Belaïd tire sa révérence ou la fin des illusions</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Sadok Belaïd tire sa révérence ou la fin des illusions » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/07/sadok-belaid-tire-sa-reverence-ou-la-fin-des-illusions/embed/#?secret=EvmzpwOaVj#?secret=EcY6U7sCBT" data-secret="EcY6U7sCBT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>Histoire &#124; Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/04/histoire-bahi-ladgham-et-laffaire-lehmann/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 04 Feb 2026 09:08:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Bahi Ladgham]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Ridha Ben Slama]]></category>
		<category><![CDATA[Robert Lehmann]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur l’«affaire Lehmann» qui a été instrumentalisée pour justifier le limogeage de l'ancien Premier ministre Bahi Ladgham. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/04/histoire-bahi-ladgham-et-laffaire-lehmann/">Histoire | Bahi Ladgham et «l’affaire Lehmann»</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’«affaire Lehmann» s’inscrit dans la période de transition marquant la mise en échec de l’expérience des coopératives, soutenue par Habib Bourguiba et appliquée par Ahmed Ben Salah. Ce revirement avait mené à la restructuration du gouvernement et à la nomination de Bahi Ladgham comme Premier ministre en novembre 1969, avant qu’il ne soit lui-même écarté au profit de Hédi Nouira en novembre 1970. Il n’existe pas trace documentée d’une «affaire Lehmann» (parfois orthographiée Robert Lehman) dans les archives académiques ou historiographiques classiques. Pourtant, cette affaire fait référence à un scandale financier et politique majeur en Tunisie à la fin des années 1960.</em></strong> <em>(Ph. Bourguiba et le gouvernement Ladgham, à droite du président).</em> </p>



<p><strong>Ridha Ben Slama</strong></p>



<span id="more-18321188"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg" alt="" class="wp-image-16957652" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/07/Ridha-Ben-Slama-2-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Il s’agit d’un homme d’affaires de nationalité étrangère, influent dans les milieux financiers tunisiens de l’époque. Il était lié à des projets de développement industriel et touristique, accusé de malversations financières, de corruption et de transferts illicites de devises. L’affaire est restée dans les mémoires comme l’un des premiers grands scandales de <em>«corruption»</em> ou de<em> «copinage»</em>, servant de levier politique dans les luttes de succession internes.</p>



<p>Selon une source ayant participé à l’enquête sur cette affaire, le traitement de Robert Lehmann a été marqué par une sévérité judiciaire et politique. D’après un ancien haut fonctionnaire qui détient des informations précises et qui préfère garder l’anonymat, Lehmann a été arrêté et incarcéré en Tunisie. Les autorités l’avaient accusé de graves malversations financières, notamment de fraude fiscale, de transferts illégaux de devises vers l’étranger et de corruption de fonctionnaires.</p>



<p>Son procès a été utilisé par le pouvoir pour montrer une volonté de <em>«nettoyage»</em> après l’échec de la politique coopérativiste de Ben Salah.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un homme d’affaires véreux</h2>



<p>Lehmann a été présenté comme un homme d’affaires véreux ayant profité de ses entrées au sommet de l’État. Il a été lourdement condamné à une peine de prison ferme et à des amendes considérables. Les biens qu’il possédait en Tunisie ont été saisis. Après avoir purgé une partie de sa peine, il a été expulsé ou autorisé à quitter le pays, mettant fin à sa présence dans les affaires tunisiennes.</p>



<p>C’était donc un dossier financier et politique sensible qui éclaire la fin du passage de Ladgham à la tête du gouvernement et les tensions internes du régime.</p>



<p>Ladgham est nommé Premier ministre du 7 novembre 1969, poste qu’il n’occupa que jusqu’à novembre 1970, après avoir été un chef du gouvernement de facto pour Bourguiba. Il a été critiqué dans le temps pour son manque de vigilance face aux activités de l’homme d’affaires Lehmann. Après une réunion houleuse avec Bourguiba, il présenta sa démission ainsi que celle de son gouvernement le 26 juillet 1970. Bourguiba la refusa et lui demanda de rester à son poste, pour permettre à son successeur Nouira de prendre la relève, qui survint le 2 novembre 1970.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ostracisation médiatique et politique</h2>



<p>Ladgham jouissait à l’époque d’une certaine popularité, confirmée ensuite lors du congrès de Monastir (11-15 octobre 1971) où il obtint le plus grand nombre de voix. Cette renommée a été perçue, par Bourguiba et son épouse Wassila, comme une menace, conduisant par la suite à son ostracisation médiatique et politique. Bourguiba l’avait progressivement éloigné des affaires intérieures en le chargeant de missions diplomatiques.</p>



<p>Ce n’est que dix ans plus tard que Ladgham se réconcilia avec Bourguiba grâce à l’entremise de Mohamed Mzali. La brouille entre les deux hommes avait duré jusqu’à juin 1981 où Mzali avait joué un rôle pour les concilier. À cette occasion, Bourguiba évoqua les fameux vers de Samawaal (poète ayant vécu pendant la Jahilya, la période antéislamique)&nbsp;:&nbsp;<em>«Si l’honneur d’un homme n’a pas été souillé par la vilénie, tout habit qu’il portera ne sera que magnifique»</em>. Cette allusion a permis aux deux anciens amis de se réconcilier.</p>



<p><strong>إِذا المَرءُ لَم يُدنَس مِنَ اللُؤمِ عِرضُهُ</strong><strong></strong></p>



<p><strong>فَكُلُّ رِداءٍ يَرتَديهِ جَميلُ</strong><strong></strong></p>



<p>L’intérêt de revenir sur cet épisode de l’histoire est de déceler finalement le motif réel, l’étincelle à l’origine de la disgrâce de Ladgham. Le public l’ignore encore et se posait à l’époque des questions au sujet des raisons justifiant cette destitution si précipitée. C’est un exercice salutaire pour mieux appréhender la raison occultée, qui avait été instrumentalisée par les rivaux politiques de Ladgham, motivant sa destitution inattendue par Bourguiba, alors qu’il achevait à peine une année en tant que Premier ministre.</p>



<p>Dans ses mémoires <sup>1</sup>, Ladgham évoque la période 1969-1970, le contexte financier difficile et les pressions internes, en admettant des choix risqués. L’expression <em>«affaire Lehmann»</em> n’apparait en aucun cas dans son livre, c’est ce qui intrigue le plus. Il aurait pu l’évoquer et fournir tout au moins sa version. Le fait de l’omettre suscite des interrogations.</p>



<p>Il faut noter que l’affaire Lehmann n’est pas un titre très médiatisé avec ce mot-clé exact dans les archives publiques. En revanche, les périodes de débat politique entourant Ladgham dans les journaux de l’époque couvrent très probablement les mêmes questions de financements et critiques politiques que cette affaire représente historiquement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Menées politiques sur fond de crise financière</h2>



<p>La version sous-jacente de Ladgham donne une lecture défensive à propos des initiatives dictées par l’urgence économique, dans un contexte de crise profonde de liquidités après l’échec de la coopérativisation, et de méfiance des institutions financières classiques envers la Tunisie. Pour lui, la responsabilité est collective (État, Banque centrale, entourage présidentiel). Il minimise les aspects techniques (opacité, commissions, imprudence financière) et insiste surtout sur les menées politiques&nbsp;: <em>«Je vais ici parler de la période que je considère personnellement comme cruciale, à savoir l’année 1969/1970– l’année irritante. Elle fut déplaisante car les valeurs sur lesquelles l’État avait fondé sa politique, et que le peuple tunisien considérait comme les composantes essentielles de sa vie politique et le repère de ses espoirs, avaient changé. Il apparaissait aux citoyens, comme au monde entier, que les politiques de développement menées par le gouvernement tunisien avaient échoué»</em> <sup>2</sup>.</p>



<p>La lecture politique de l’éviction de Ladgham peut être interprétée comme une utilisation de l’affaire Lehmann en tant que prétexte, instrumentalisée par des courants favorables à un virage libéral plus net, incarnés par Nouira.</p>



<p>Au-delà du volet judiciaire, Lehmann a été traité comme un <em>«bouc émissaire»</em> politique. Son cas avait servi d’outil pour discréditer Ladgham (son protecteur présumé), en suggérant que ce dernier avait couvert des activités illicites. Les éléments documentés suggèrent qu’en tant que secrétaire d’État à la Présidence, Ladgham avait une supervision sur les secteurs dans lesquels Lehmann était actif (banque, industrie). Cette position a pu créer une perception de lien étroit entre les deux hommes.</p>



<p>La version de Nouira (discours publics, pratiques gouvernementales, récits indirects) est une lecture technocratique et normative, il ne cite pas cette affaire, mais en tire parti pour dénoncer des dérives du bricolage financier, illustration de la nécessité d’une orthodoxie financière stricte. L’affaire devient un cas d’école négatif, elle incarne les méthodes aventureuses de la transition post-Ben Salah, la Tunisie doit désormais passer par le FMI, la Banque mondiale, restaurer la crédibilité monétaire, bannir les intermédiaires privés douteux.</p>



<p>Nouira évite d’accuser frontalement Ladgham, mais laisse entendre une incompétence technique grave, ce qui justifie un changement d’équipe et de doctrine. Il ne questionne pas la contrainte structurelle (dépendance financière) qui rendait ces montages tentants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’héritage socialisant au tournant libéral</h2>



<p>Les observateurs avisés tendent à voir l’affaire Lehmann comme un symptôme, non une cause de la crise de l’État développemental tunisien à la fin des années 1960. Lehmann n’est ni un accident, ni un simple scandale, mais le produit d’un État en quête de financement rapide dans un contexte de dépendance externe. D’ailleurs, la plupart des travaux récents écartent l’hypothèse d’une corruption personnelle, parlent plutôt d’imprudence, de faiblesse institutionnelle, d’absence de garde-fous juridiques. Ladgham apparaît comme un homme de transition, coincé entre l’héritage socialisant et le tournant libéral et l’affaire Lehmann sert aussi à légitimer à posteriori ce virage, jouant un rôle de détonateur, sinon de cause directe, dans la chute de Ladgham.</p>



<p>On peut aller plus loin que la version <em>«responsabilité politique abstraite»</em> sans tomber dans l’accusation gratuite, à condition de distinguer les niveaux d’implication. Ladgham n’est pas un simple spectateur. Contrairement à l’image longtemps diffusée, il suivait personnellement les dossiers financiers stratégiques après 1969. L’affaire Lehmann n’était pas un dossier technique de second rang, elle touchait à la recherche de financements d’urgence, donc au cœur de l’action gouvernementale. Il est hautement improbable que des engagements financiers de ce type aient été pris sans son aval explicite, même si l’exécution a été déléguée. Il aurait accepté des circuits non orthodoxes en connaissance de cause. Plusieurs témoignages ultérieurs (administration, diplomatie) suggèrent qu’il court-circuite parfois les ministères techniques, qu’il favorise un cercle restreint de décideurs, réduisant les garde-fous.</p>



<p>La position la plus mesurée est que Ladgham, en tant que chef de gouvernement, avait accepté des montages risqués, mal encadrés, dans un contexte de crise, et en avait sous-estimé les conséquences. Aux historiens de défricher les circonstances de cette affaire et de clarifier ses tenants et ses aboutissants. Le recoupement des témoignages et l’examen des preuves matérielles est sollicité pour sortir des passions partisanes et établir une chronologie froide et factuelle des évènements.</p>



<p><em>* Ecrivain.</em></p>



<p><strong><em>Notes : </em></strong></p>



<p>1-  نوفمبر 2019 &#8211; éditions Nirvana &#8211; الزعامة الهادئة &#8211; ذكريات وشهادات وخواطر » &#8211; « </p>



<p>2- Page 525.</p>
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		<title>UGTT &#124; Du tournant historique de 1978 à l’impasse bureaucratique de 2026</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 27 Jan 2026 10:23:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[26 janvier 1978]]></category>
		<category><![CDATA[grève générale]]></category>
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		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Khemais Chammari]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Sayah]]></category>
		<category><![CDATA[Moncef Ben Slimane]]></category>
		<category><![CDATA[Tijani Abid]]></category>
		<category><![CDATA[UGTT]]></category>
		<category><![CDATA[Zine El-Abidine Ben Ali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Espérons que le congrès de l'UGTT prévu en mars 2026 soit un véritable tournant démocratique de la centrale syndicale.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/27/ugtt-du-tournant-historique-de-1978-a-limpasse-bureaucratique-de-2026/">UGTT | Du tournant historique de 1978 à l’impasse bureaucratique de 2026</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Aujourd’hui plus que jamais, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif. Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, la centrale syndicale donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ?</em></strong> <em>(Ph. Marche de l&rsquo;UGTT à Tunis le 21 août 2025). </em></p>



<p><strong>Moncef Ben Slimane *</strong></p>



<span id="more-18293613"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/12/Moncef-Ben-Slimane.jpg" alt="" class="wp-image-374492"/></figure>
</div>


<p>Le 26 janvier 1978 demeure l’un des épisodes les plus symboliques de l’histoire sociale et politique de notre pays. Cette date correspond à la première grève générale nationale déclenchée par l’UGTT, annonçant une rupture ouverte avec le pouvoir destourien.</p>



<p>Rappelons qu’à la fin des années 1970, la politique économique libérale menée par le gouvernement de Hédi Nouira provoqua une nette détérioration du pouvoir d’achat et accentua les inégalités entre ceux qui ont profité du climat affairiste et ceux en qui ont payé les conséquences sociales.</p>



<p>Face à l’échec des négociations salariales et aux pressions croissantes exercées sur ses militants et ses structures, l’UGTT décida alors de recourir à la grève générale.</p>



<p>Les semaines qui précèdent le 26 janvier 1978, date de la grève, voient le pouvoir mobiliser tous ses moyens contre la centrale syndicale. Des attaques de commandos appartenant à la milice du Parti socialiste destourien (PSD) sont lancées contre les locaux des Unions régionales : comme à Tozeur le 20 janvier, à Sousse le 21 et à Zaghouan le même jour.</p>



<p>Le 20 janvier, le Comité central du PSD adopte une résolution qui constitue une véritable déclaration de guerre à la liberté syndicale. Le texte est sans ambiguïté : le PSD et le gouvernement posent un ultimatum à l’UGTT, sommée de<em> «purger ses rangs»</em> de plusieurs dizaines de responsables jugés indésirables par les autorités.</p>



<p>Sur le plan médiatique, les journaux <em>La Presse</em> et <em>Al Amal</em> des mercredi 25 et jeudi 26 janvier 1978 publient des articles incendiaires. La radio et la télévision multiplient les appels aux militants du PSD <em>«afin qu’ils descendent dans la rue et brisent par tous les moyens la grève»</em>.</p>



<p>Pour que les choses soient parfaitement claires, les médias précisent à l’intention de ces <em>«</em><em>militants du parti</em><em>»</em> que <em>«la police sera, le 26 janvier, à leur disposition pour les aider à briser ce mouvement insurrectionnel qui vise à détruire le régime et à s’emparer du pouvoir»</em>.</p>



<p>Dès l’après-midi du 25 janvier, le siège de la rue Mohamed Ali est encerclé par des forces de police lourdement armées. Près de 200 dirigeants et responsables syndicaux, retranchés à l’intérieur, sont empêchés de sortir jusqu’à l’aube du 27 janvier, moment où ils sont tous arrêtés et conduits dans les locaux du ministère de l’Intérieur.</p>



<p>L’état d’urgence est proclamé le jour même. Il restera en vigueur jusqu’au 20 mars 1978.</p>



<p>Le secrétaire général de l’UGTT, Habib Achour, est arrêté le 28 janvier, tout comme 240 responsables et dirigeants syndicaux.</p>



<p>Le 2 février, des éléments exclus de l’UGTT depuis plusieurs années pour certains, et pour d’autres n’y ayant jamais appartenu, se réunissent avec Tijani Abid, seul <em>«</em><em>rescapé</em><em>»</em>&nbsp; du Bureau exécutif (BE), qui a trahi son organisation. Ils proclament la mise en place d’un <em>«</em><em>BE provisoire</em><em>»</em>.</p>



<p>Le 25 février est organisé un <em>«</em><em>Congrès</em><em>»</em> dont les travaux ne durent, en tout et pour tout, que trois heures. Tijani Abid est alors élu secrétaire général.</p>



<p>La répression ne connaît pas de répit. Les grandes villes du pays sont paralysées. Les forces de sécurité, sous la direction de Zine El-Abidine Ben Ali, ainsi que les milices du PSD sous celle Mohamed Sayah, sont massivement engagées. Les affrontements se multiplient. Les tirs à balles réelles font près de 400 morts et plus de 2 500 blessés.</p>



<p>Si la grève générale du 26 janvier 1978 est violemment réprimée, ses conséquences politiques sont considérables. Elle impose durablement la question de l’autonomie syndicale au cœur du débat national et annonce les grandes mobilisations sociales qui secoueront la Tunisie, plus tard en 1986, et jusqu’à nos jours.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La résistance des «légitimes» face à «l’UGTT officielle»</h2>



<p>La grève générale du 26 janvier 1978 s’inscrit profondément dans la mémoire collective comme la date de la rupture entre le pouvoir et le mouvement syndical. Elle rappelle, à une échelle plus large, le 5 février 1972 et la lutte de l’Union générale des étudiants tunisiens (Uget) pour son autonomie. Officiellement, après le parachutage de Tijani Abid à la tête de l’UGTT, le calme est rétabli. Sur le terrain, la contestation se replie, sans pour autant s’éteindre.</p>



<p>Les syndicalistes qualifiés de <em>«</em><em>légitimes</em><em>»</em>, par opposition aux <em>«</em><em>imposés</em><em>»</em> de l’UGTT officielle, réorganisent leur action dans la discrétion. Réseaux de coordination et de solidarité avec les victimes de la répression deviennent les principaux moyens de résistance. Plusieurs structures nationales et internationales manifestent leur soutien, parfois au prix de lourds risques.</p>



<p>Cette mobilisation dépasse rapidement les frontières nationales. En France, Khemais Chammari organise et anime le <em>«Collectif du 26 janvier»</em>, qui apporte un soutien politique et financier déterminant à l’UGTT légitime et aux familles des syndicalistes emprisonnés.</p>



<p>Des organisations syndicales étrangères réagissent à leur tour. La Confédération internationale des syndicats libres (CISL) relaie la situation tunisienne sur la scène internationale, tandis que des syndicats européens et arabes expriment leur solidarité avec l’UGTT.</p>



<p>Si ces actions ne modifient pas immédiatement le rapport de force, elles empêchent l’isolement total des structures légitimes de l’UGTT. Elles redonnent du souffle à une résistance qui adopte des modalités de lutte moins visibles, mais plus durables.</p>



<p>Les syndicalistes – dont certains issus de groupes politiques de gauche – ayant accepté de reconnaître et de <em>«</em><em>collaborer</em><em>»</em> avec le BE de Tijani Abid font fausse route et sont progressivement marginalisés.</p>



<p>Avec le recul, le 26 janvier apparaît comme bien plus qu’un épisode de confrontation sociale et de violence politique. Il constitue un moment de vérité, révélant les limites d’un pouvoir fondé sur la contrainte et sur l’inféodation des organisations de la société civile.</p>



<p>Au-delà des événements, le cœur du conflit réside dans la défense de l’autonomie de la centrale syndicale. En mettant fin à la tradition de la double appartenance à la direction de l’UGTT et au PSD, l’UGTT affirme son droit d’agir comme une organisation indépendante de l’État et du parti au pouvoir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’UGTT aujourd’hui : l’heure du choix</h2>



<p>Par-delà les déclarations incendiaires ou les appels à l’unité, l’UGTT traverse aujourd’hui une crise qui engage son avenir ainsi que son passé et ses acquis. Ce qui se joue n’est pas seulement un conflit interne ou le sort d’une grève générale, mais une question autrement plus grave : l’UGTT peut-elle encore incarner une force syndicale autonome démocratique et crédible ?</p>



<p>Il faut d’abord souligner que le marasme dans lequel se trouve le BE de l’UGTT a été précédé d’un problème plus profond encore : le déficit de sa légitimité suite à un mandat supplémentaire obtenu, lors du <em>«</em><em>Congrès extraordinaire non électif»</em> de juillet 2021, au prix d’un amendement — pour ne pas dire détournement — de l’article 20 du règlement intérieur, qui fixe les règles de durée et de renouvellement des responsabilités.</p>



<p>Ce contournement statutaire n’est pas un détail technique car il mine la crédibilité morale et syndicale de la direction et affaiblit toute décision qu’elle prend au nom des travailleurs. En manipulant ses propres règles, le BE a ouvert une brèche dangereuse : celle d’une UGTT perçue non plus comme une organisation régie par la volonté et les aspirations de ses adhérents, mais comme un appareil bureaucratique soucieux de la propre reproduction de ses dirigeants.</p>



<p>Les tribulations autour de la grève générale du 21 janvier 2026 sont un tournant. Présentée initialement comme une réponse légitime à l’effondrement du pouvoir d’achat et à la fermeture du dialogue social, elle a été déclarée puis suspendue et à la fin transférée au prochain congrès sans explications convaincantes pour les bases syndicales.</p>



<p>Est-il sérieux de demander aux congressistes de mars 2026 de décider du sort d’une grève générale alors qu’ils ne sont ni statutairement ni réglementairement habilités à le faire&nbsp;? Tout responsable de l’UGTT débutant sait qu’une grève générale exige la présence dans un Conseil national ou une Commission administrative des représentants des régions et des secteurs qui sont seuls capables de la décider, de la préparer et de l’exécuter.</p>



<p>Ces gesticulations ont non seulement démobilisé adhérents et responsables syndicaux, mais elles ont aussi renforcé l’idée que la grève générale ne pouvait être qu’un instrument au service des pratiques bureaucratiques et des guerres de clans et de chefs.</p>



<p>Dans ce contexte, l’autonomie syndicale ne peut être évaluée uniquement à l’aune des déclarations des leaders du BE. Une autonomie proclamée peut parfaitement coexister avec une dépendance invisible, plus subtile mais tout aussi contraignante.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelles conditions pour sortir de l’impasse ?</h2>



<p>Aujourd’hui plus que jamais, la centrale syndicale doit choisir : l’autonomie réelle et le conflit social assumé, ou l’effacement progressif.</p>



<p>Entre le tournant historique du 26 janvier 1978 et l’impasse du 21 janvier 2026, l’UGTT donne à voir une transformation profonde de son rapport à la mobilisation, au pouvoir et à elle-même. Le prochain congrès de mars 2026 sera-t-il capable de tourner la page ?</p>



<p>Ceux qui ont à cœur l’UGTT, son passé et son avenir, ne peuvent qu’espérer que cette page sombre soit véritablement et démocratiquement tournée, comme le furent celles qui l’ont précédée : la direction de Tijani Abid de 1978, le congrès de Gafsa de 1981, ou encore le soutien du BE à la candidature anticonstitutionnelle de Ben Ali en 2009.</p>



<p>Débloquer aujourd’hui la situation syndicale implique que l’UGTT soit capable de renouer avec son rôle national irremplaçable et indispensable au progrès du pays et du peuple tunisien.</p>



<p>Des centaines de milliers de syndicalistes ne se reconnaîtront jamais dans une nouvelle UGTT en mars 2026, manipulée par la bureaucratie ou ballotée par la guerre des clans et des chefs.</p>



<p>Croire qu’un congrès organisé à la hâte pourrait déboucher sur une nouvelle direction crédible relève de l’illusion. Un tel congrès ne produirait que de simples doublures, un clone du BE sortant.</p>



<p>Un dépassement sérieux et efficace de la crise exige 4 conditions :</p>



<p>1) le retour à l’activité et le rétablissement dans leurs droits des syndicalistes punis suite à leur opposition à l’amendement de l’article 20 ;</p>



<p>2) la présentation, par le BE sortant, d’un rapport moral sincère et responsable, mettant en lumière les erreurs commises et les leçons tirées ;</p>



<p>3) la limitation des mandats à la tête du Bureau exécutif ainsi que des structures nationales et régionales ;</p>



<p>4) la fin du monopole du contrôle du BE sur les avantages accordés aux responsables (voitures de fonction, primes et indemnités, honoraires d’études et d’expertise…).</p>



<p>Cette dernière proposition est importante, car mettra un terme au clientélisme syndical garantira l’autonomie des structures et renforcera durablement la démocratie interne de l’UGTT.</p>



<p>L’annonce de la date officielle de mars 2026 pour le congrès a déclenché des discours pour la consommation de masse de ceux qui vendent <em>« </em><em>une UGTT de rêve</em><em>»</em>. Espérons que ce prochain rendez-vous de l’UGTT avec l’histoire, ne soit pas une lutte de listes de candidats au BE ou un compromis opportuniste sur une liste, mais qu’il soit un véritable tournant démocratique de l’UGTT.</p>



<p><em>* Ex-SG du Syndicat de l’enseignement supérieur.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="6hveyVgBKl"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/26/crise-de-lugtt-heritage-historique-et-defis-contemporains/">Crise de l’UGTT | Héritage historique et défis contemporains</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Crise de l’UGTT | Héritage historique et défis contemporains » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/26/crise-de-lugtt-heritage-historique-et-defis-contemporains/embed/#?secret=Y9Pu167mrF#?secret=6hveyVgBKl" data-secret="6hveyVgBKl" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/27/ugtt-du-tournant-historique-de-1978-a-limpasse-bureaucratique-de-2026/">UGTT | Du tournant historique de 1978 à l’impasse bureaucratique de 2026</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Aug 2025 12:14:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
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		<category><![CDATA[Néo-Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Raouf Chatty]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Parution des ‘Mémoires  de Habib Chatty sur la Tunisie et le Moyen-Orient’’, plus de trente ans après sa mort. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/">Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Plus de trois&nbsp;décennies après son décès en mars 1991, l’ancien ministre des Affaires&nbsp;étrangères et ancien secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) a publié ses mémoires en France sous le titre ‘‘Mémoires&nbsp; de Habib Chatty sur la Tunisie et le Moyen-Orient’’, retraçant son riche parcours politique étalé sur une cinquante ans de 1938&nbsp;à&nbsp;1988.</em></strong> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=AoqY9xGDPxE" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Vidéo.</a></p>



<p><strong>Raouf Chatty *</strong></p>



<span id="more-17144539"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Raouf-Chatty.jpg" alt="" class="wp-image-347685"/></figure>
</div>


<p>L’auteur parle d’abord de sa jeunesse&nbsp;dans&nbsp;son village natal M’saken&nbsp;dans le Sahel tunisien, de sa scolarité&nbsp;au collège Sadiki à Tunis, de son renvoi définitif de ce collège pour&nbsp;ses activités politiques&nbsp;favorables au Néo-Destour&nbsp;alors qu’il n&rsquo;avait que dix-sept ans et était en&nbsp;classe de seconde. Il évoque,&nbsp;tour à tour, sa vie de jeune militant&nbsp;pour l’indépendance de la Tunisie depuis&nbsp;1938&nbsp;au sein du&nbsp;Néo-Destour, de journaliste professionnel&nbsp;de langue française&nbsp;au quotidien <em>Le Petit Matin</em> durant vingt ans servant la cause nationale, de co-fondateur avec Habib Cheikhrouhou, sous l’impulsion du secrétaire général du&nbsp;Néo-Destour Salah Ben Youssef du quotidien <em>Assabah</em>, d’ambassadeur de la jeune République Tunisienne, de 1957 à 1970 successivement en Syrie, en Irak, auprès de la Ligue Arabe au Caire, au Liban, en Turquie, en Iran, au Maroc, en Algérie, dans un monde arabe&nbsp;instable et très mouvementé, de directeur du cabinet du président Habib Bourguiba, (1971/1974 ), de&nbsp;ministre des Affaires étrangères (1974/1977) et enfin&nbsp;de personnalité internationale de haut rang, suite à son&nbsp; élection au poste de secrétaire général de l’OCI,&nbsp;aux Nations Unies&nbsp;à New-York, à l’unanimité&nbsp;des quarante-quatre États&nbsp;membres&nbsp;de cette organisation, alors qu’un&nbsp;autre Tunisien&nbsp;occupait le poste de Secrétaire général de la Ligue des États Arabes, Chedly Klibi en l’occurrence.</p>



<p>De la lecture de ces mémoires, il ressort&nbsp;que la vie politique&nbsp;de Habib Chatty&nbsp;était intimement liée&nbsp;à celle du Néo Destour, et du leader Habib Bourguiba en particulier&nbsp;dont il était très&nbsp;proche,&nbsp;comme à beaucoup d’événements politiques majeurs qui ont&nbsp;marqué&nbsp;l’histoire contemporaine de la Tunisie.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-17144790" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Habib Chatty 1er ambassadeur de Tunisie au Liban présente ses lettres de créances au président Camille Chamoun, en 1957.</em></figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans les tourmentes du Maghreb et du Machrek</h2>



<p>L’auteur explique son parcours politique tout à fait exceptionnel par sa volonté, son travail, son amour&nbsp;pour son pays, sa haine du colonialisme, sa détermination et son sens politique comme&nbsp;à sa lecture pragmatique&nbsp;des événements.</p>



<p>Habib Chatty&nbsp;traite, tour à tour, du Néo-Destour, du nationalisme du monarque Moncef&nbsp;Bey,&nbsp;de la présence&nbsp;française&nbsp;et italienne en Tunisie, des relations&nbsp;entre les nationalistes tunisiens et la France, de la prépondérance&nbsp;de Habib Bourguiba au sein du parti et dans le pays, du combat&nbsp;extraordinaire de Bourguiba pour la Tunisie, de la force politique, du tact&nbsp;et&nbsp;des capacités d’encadrement et d’organisation&nbsp;de Salah Ben Youssef dont&nbsp;il était&nbsp;également très proche.&nbsp;</p>



<p>Il donne&nbsp; un aperçu sur le désaccord&nbsp;Ben Youssef/Bourguiba; les accords sur l’autonomie interne&nbsp;de la Tunisie; le Congres&nbsp;du Néo-Destour à Sfax qui&nbsp;a tranché en faveur du leadership de Bourguiba; le rôle qu’il a personnellement joué dans&nbsp;ce congrès; la condamnation&nbsp;à&nbsp;mort&nbsp;de Ben Youssef; les confidences que lui a faites ce dernier au sujet&nbsp;de ses rapports personnels&nbsp;avec Bourguiba;&nbsp;l’œuvre&nbsp;majeure d’Ahmed Ben Salah, ses réalisations économiques et les raisons&nbsp;de l’échec&nbsp;de l’expérience collectiviste, ainsi que la responsabilité&nbsp;de Bourguiba&nbsp;en la matière; le rejet&nbsp;total&nbsp;de la politique&nbsp;collectiviste&nbsp;par les Tunisiens; les circonstances ayant permis l’ascension&nbsp;de Hedi Nouira; les rapports&nbsp;étroits&nbsp;entre le colonel libyen Kadhafi et Mohamed Masmoudi,&nbsp;son prédécesseur&nbsp;au ministère des Affaires étrangères; le rôle clé&nbsp;de celui-ci dans&nbsp;le projet&nbsp;d’union mort-née entre la Tunisie et la Libye en janvier 1974; la maladie grave que traîne Bourguiba depuis 1969 et son état psychique lorsqu’il a co-signé&nbsp;avec Kadhafi l’acte d’union des deux&nbsp;pays&nbsp;à Djerba; la destitution de Mohamed Masmoudi; son rôle personnel et celui de Hedi Nouira dans le rétablissement&nbsp;de la situation antérieure; le rejet&nbsp;catégorique de ce projet par le président algérien Houari Boumediene et le souverain marocain Hassan II; les menaces militaires sérieuses&nbsp;lancées par Boumediene contre la Tunisie; l’entretien&nbsp;houleux qu’il eut durant quatre heures à Alger&nbsp;avec Bouteflika au sujet de l’attitude&nbsp;agressive&nbsp;de Boumediene et du rejet&nbsp;total&nbsp;de Bourguiba de cette ingérence, entre autres faits historiques qui n’ont pas tous été élucidés à ce jour. &nbsp;</p>



<p>Habib Chatty traite également dans ses mémoires de l’ascension&nbsp;de Mohamed&nbsp;Sayah et de&nbsp;son adoption&nbsp;par Bourguiba; de la fuite&nbsp;en Algérie d’Ahmed Ben Salah, du refus&nbsp;de l’Algérie de le livrer à la Tunisie où il aurait retrouvé la prison; des enjeux de l’affaire&nbsp;du plateau continental ayant opposé la Tunisie à la Libye, de la toute-puissance de Wassila Ben Ammar, l’épouse&nbsp;de Bourguiba,&nbsp;favorisée&nbsp;par la grave maladie&nbsp;de l’ancien président de la République; du rôle&nbsp;majeur&nbsp;joué par celle-ci&nbsp;dans les affaires de l&rsquo;Etat&#8230;</p>



<h2 class="wp-block-heading">&nbsp;L’homme&nbsp;de confiance&nbsp;de Bourguiba&nbsp;</h2>



<p>Au plan&nbsp;international, Habib Chatty se présente&nbsp;comme&nbsp;l’homme&nbsp;de confiance&nbsp;de Bourguiba&nbsp;et le&nbsp;porte-voix&nbsp;de la&nbsp;sagesse et du pragmatisme&nbsp;politique&nbsp;et diplomatique de ce leader dans&nbsp;un monde arabe déprimé par l’enlisement&nbsp;de la cause&nbsp;palestinienne. Il traite aussi des manœuvres de l’Occident, dans&nbsp;un espace politique arabe déboussolé,&nbsp;pris en tenaille&nbsp;par les puissances extérieures, miné par les complots&nbsp;militaires et traversé&nbsp;par&nbsp;la volonté hégémonique du président&nbsp;égyptien&nbsp;Gamal Abdel Nasser et ses ingérences dans&nbsp;les affaires intérieures&nbsp;de tous les pays arabes.&nbsp;</p>



<p>Tour à tour, l’ancien ministre des Affaires étrangères retrace les péripéties&nbsp;complexes&nbsp;et difficiles de la confrontation Nasser/Bourguiba, leurs divergences de vue; la rupture des relations diplomatiques de la Tunisie avec l’Égypte; le discours historique de Bourguiba à Jéricho en Jordanie, sa demande franche aux Palestiniens de reconnaître&nbsp;Israël&nbsp;et le plan de partage de l’Onu&nbsp;entre deux États, Palestinien et Israélien&nbsp;; la tournée&nbsp;du même Bourguiba au Moyen-Orient&nbsp;en 1965; la Guerre&nbsp; des six jours; les relations entre Bourguiba et Hassan II; la reconnaissance par Bourguiba de la Mauritanie et son refus de s’aligner&nbsp;sur la position&nbsp;de l’Égypte condamnant l’agression militaire marocaine contré l’Algérie deux années après l’indépendance&nbsp;de l’Algérie; la guerre d’octobre&nbsp;1973&nbsp;au Moyen-Orient; l’avortement&nbsp;du projet de visite officielle de Bourguiba en Union Soviétique&nbsp;suite à&nbsp;l’invitation officielle du Kremlin et l’exigence&nbsp;de Bourguiba d’être reçu par le secrétaire général du parti communiste Leonid Brejnev et non par le ministre des affaires étrangères&nbsp;Andreï Gromyko; l’alignement de Bourguiba&nbsp;sur la position politique&nbsp;des États arabes&nbsp;condamnant la visite historique&nbsp;du président égyptien Sadate&nbsp;à Jérusalem.&nbsp;</p>



<p>Habib Chatty&nbsp;parle&nbsp;également&nbsp;dans ses mémoires,&nbsp;entre autres sujets, de&nbsp;son&nbsp;entretien difficile&nbsp;avec le colonel Kadhafi&nbsp;suite à l’avortement du projet d’union entre la Tunisie et la&nbsp;Libye.&nbsp;Il y fait état des circonstances de son élection&nbsp;à l’unanimité au poste de secrétaire général de l’OCI, de son œuvre durant cinq ans pour la consolidation&nbsp;du rôle politique international de cette organisation,&nbsp;de ses rencontres avec le président irakien&nbsp;Saddam Hussein&nbsp;dans&nbsp;le cadre de sa médiation&nbsp;entre l’Irak et l’Iran&nbsp;au cours de la première guerre du Golfe, de l’activité de&nbsp;l’OCI lors de l&rsquo;invasion&nbsp;de l‘Afghanistan par l&rsquo;Union soviétique.&nbsp;</p>



<p>En somme, un document&nbsp;de première importance&nbsp;sur une&nbsp;période cruciale de l’histoire&nbsp;de la Tunisie apporte davantage&nbsp;d’éclairages sur notre pays et son rôle&nbsp;dans&nbsp;son espace naturel maghrébin et arabe. Une&nbsp;lecture à la fois utile et passionnante&#8230;</p>



<p><em>* Ancien ambassadeur.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/">Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Mar 2024 07:35:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Mestiri]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Belkhodja]]></category>
		<category><![CDATA[Wassila Bourgiba]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre Bourguiba, il demeure opportun de lui rendre justice pour avoir créé un Etat qui a tenu la route. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/">‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Ce livre du grand commis de l’Etat tunisien qu’a été incontestablement Tahar Belkhodja a le mérite de fixer la mémoire des ou d’événements importants qui ont émaillé l’ère Bourguiba et de révéler le fonctionnement du pouvoir de l’époque vu de l’intérieur par l’un de ses acteurs situé aux premières loges. C’est dire l’importance du document.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-11852296"></span>



<p>Inévitablement, si la réalité des faits décrits ne souffre en règle aucune discussion, on ne sera pas forcément d’accord sur l’interprétation qui en est faite. Mais on n’en fera aucun reproche à l’auteur, acteur engagé dont le livre a de surcroît été publié durant l’époque de Ben Ali, douze années après la chute de Bourguiba. C’est dire que l’ouvrage obéissait à des nécessités politiques autres que celle de l’époque traitée. Ce n’est donc pas un hasard si le Bourguiba qu’on y découvre, n’est pas du tout&nbsp;celui que le public de son pays avait eu l’habitude de percevoir à travers la radio et la télévision, un homme infaillible sachant vers quelle brillante destinée il conduisait son pays. Tout au contraire, on était en présence d’un président soumis le plus souvent à l’influence de son entourage dont au mieux de sa forme il étudiait les idées pour ne retenir que celles qui lui paraissaient les plus pertinentes, tout en se les appropriant.</p>



<p>Naturellement l’auteur s’est attribué une responsabilité non négligeable dans des décisions bénéfiques prises par son président, à des moments cruciaux et cela indépendamment du rôle qu’il a prétendu avoir joué dans les entretiens de Rambouillet puis dans la crise de Bizerte dont il semble avoir rejeté la responsabilité&nbsp;d’une manière partagée sur Bourguiba et De Gaulle.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une grande habileté politique à l’œuvre</h2>



<p>En réalité, Bourguiba était d’autant plus dans son droit d’exiger l’évacuation d’une partie de son pays encore occupée, que ses opposants, à commencer par Salah Ben Youssef, s’en servaient pour le vilipender en tant qu’agent de la France. Le problème est que De Gaulle au moment d’évacuer l’Algérie a trouvé à Bizerte un exutoire à l’amertume de l’armée française  qui s’était rebellée quelques mois auparavant.</p>



<p>Pour aborder un autre sujet impliquant l’auteur, en l’occurrence la fin de l’expérience collectiviste et la chute de Ahmed Ben Salah en 1969, leur nécessité se serait imposée lors d’un voyage de Bourguiba en Afrique de l’Ouest en 1966 et la révélation au Sénégal du différend qui faillit connaître un prolongement dramatique entre le président Senghor et son premier ministre Mamadou Dia au sujet de la politique socialiste suivie.</p>



<p>On a peine à croire, connaissant Bourguiba, que les pays africains de la zone CFA eussent pu constituer une source d’inspiration pour lui, même par le biais d’un ambassadeur hostile au socialisme. En réalité, il comprit qu’il pourrait compter sur ce dernier pour rogner sur les pouvoirs de son super ministre Ahmed Ben Salah, avant de le réduire. Tahar Belkhoja après avoir été rappelé de Dakar pour se voir confier l’inspection générale des entreprises de l’Etat puis la direction de la sûreté nationale, fut celui qui se procura le fameux rapport européen révélant l’état calamiteux de l’économie et des finances tunisiennes et démentant toutes les données statistiques sur la réussite de l’expérience socialiste fournies par son promoteur; il joua ainsi un rôle décisif dans sa déchéance.</p>



<p>Cela esquisse évidemment un tableau différent des motivations ayant poussé Bourguiba à mener le pays sur la voie du socialisme. En réalité, beaucoup de leaders issus de la décolonisation s’y sont engagés plus ou moins à commencer par le plus anglophile parmi tous, Nehru.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="f8RHbfVL2P"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/">Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’ » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/embed/#?secret=VhMeApE1HA#?secret=f8RHbfVL2P" data-secret="f8RHbfVL2P" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Bourguiba avait toutes les raisons de chausser les bottes de Tito, le président yougoslave, promoteur d’un socialisme national, afin de couper l’herbe sous les pieds des unionistes arabes de Nasser et du Baath dont la devise était <em>«Liberté, socialisme, union»</em>, de ne pas donner à l’Algérie socialiste prétexte à empiètement, de neutraliser les groupes gauchisants locaux tels celui de <em>«Perspectives»</em>, et surtout de garder sous contrôle le syndicat UGTT dont on préférait le voir confier au rugueux mais&nbsp; limité Habib Achour qu’à <em>«l’intellectuel»</em> Ahmed Ben Salah, nettement plus dangereux.</p>



<p>Or après la guerre de Juin 1967 et l’implosion de l’idéologie panarabiste, suivie en 1968, en Tchécoslovaquie, par la tentative d’instaurer un socialisme humain, écrasée par les chars soviétiques, la sortie du socialisme était devenue certainement une nécessité autant aux yeux de Bourguiba que ceux de Ahmed Mestiri, ce dernier se voyant probablement jouer le rôle d’un Alexander Dubcek, le leader communiste tchécoslovaque, dans la démocratisation du régime. On a vu ce qu’il en fut finalement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;homme de Bourguiba, et de Wassila</h2>



<p>Tout cela a simplement été détaillé pour démontrer que là où Bourguiba était perçu par l’auteur du livre comme un leader prisonnier de son entourage et ne&nbsp;sachant pas ce qu’il voulait, il y avait en réalité une grande habileté politique à l’œuvre, manipulant autant les collaborateurs ambitionnant à lui succéder que leurs opposants, les jouant les uns contre les autres pour finalement s’en débarrasser.</p>



<p>Plus encore, Bourguiba réussit à semer la discorde entre les pays voisins hégémonistes, plus riches et plus puissants, en accordant à l’un ce qu’il refusait à l’autre, l’union, puis en y renonçant, et plus que tout, en en rejetant la responsabilité sur la guerre de succession, dont bon an mal an, l’auteur fut un participant, et semble-t-il pas à son corps défendant.&nbsp;</p>



<p>Il est à cet égard curieux que lors de la fuite de prison d’Ahmed Ben Salah, qu’il fut le premier à apprendre à Genève alors qu’il y était ambassadeur, son premier reflexe fût d’en prévenir&#8230; Wassila, la femme du Président. Tahar Belkhodja fut-il un homme de la <em>«présidente»</em>? Cela importe peu ! Bourguiba en réalité se partageait les rôles avec Wassila, et là où il fut le Yin, elle fut le Yang. Et ce n’est pas un hasard si sa chute survint&nbsp;lorsqu’il ne l’eût plus auprès de lui pour lui faire toucher terre. Si donc Tahar Belkhoja fut un homme à Wassila, il fut aussi à son insu celui de Bourguiba.</p>



<p>Une autre énigme demeure relativement au voyage privé de l’auteur à Nice en décembre 1977 alors que le conflit avec le syndicat s’aggravait, donnant ainsi l’opportunité à Hédi Nouira de le destituer<em> «in absentia»</em> avec l’accord inévitable de Bourguiba. On crut qu’il s’était enfui mais il revint immédiatement pour s’expliquer; en vain !&nbsp;Et si encore on pouvait entretenir un doute raisonnable sur les motivations du Premier ministre se débarrassant de son ministre de l’Intérieur d’une manière si peu cavalière, la démission en cascade de ses collègues en signe de solidarité démontrèrent où se situait leur véritable allégeance, à un moment crucial pour le pays.</p>



<p>On veut bien croire que les professions de foi de Belkhodja en faveur d’une libéralisation et d’une démocratisation du régime ainsi que de la recherche d’une solution pacifique au conflit avec le syndicat fussent sincères. Dans ces conditions, en accord avec lui-même et ses convictions, il eût été plus opportun qu’il démissionnât de lui-même ainsi que l’avait fait Ahmed Mestiri. Quelques années après, il revint en tant que ministre sans que le régime n’eût démontré aucune velléité de libéralisation politique. Ainsi M. Belkhodja fut ce libéral démocrate qui à ses risques et périls ne servit jamais dans des gouvernements en accord avec ses propres convictions.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une œuvre qui a résisté au temps</h2>



<p>En conclusion, l’un des grands mérites du livre est peut être inconsciemment d’avoir fourni une explication logique à l’union tuniso-libyenne de Djerba d’octobre 1974, attribuée à un coup de folie d’un leader sur le déclin, alors qu’en réalité le sommet tuniso-algérien du Kef de février 1973 la justifiait&nbsp; pleinement.</p>



<p>Si l’auteur fut un homme important dépositaire de nombreux secrets, souvent <em>«dans le coup»</em> comme on dit trivialement, et qui rendit certainement des services éminents à son pays, le fait qu’il eût été<em> «dans la politique»</em> n’implique nullement qu’il fût un homme politique en dépit des hautes responsabilités qui lui furent confiées. Il subit en effet plus souvent les décisions qu’il ne les prît. Il ne semble par&nbsp;ailleurs pas avoir pris la pleine mesure des événements dont il fut l’acteur ou le témoin, mais c’est là affaire d’appréciation personnelle. Et il se perdit parfois dans des détails inutiles; il importe en effet peu que Bourguiba ait appris l’équitation chez Edgar Faure avant le 1<sup>er</sup> juin 1955 pour rééditer en mieux le retour du Cheikh Abdelaziz Thaalbi, que, obsédé par l’éternité, il ait désiré connaître les secrets de l’embaumement de la momie de Lénine chez les Soviétiques, ou qu’il soit allé en Turquie pleurer sur le tombeau de Hannibal et exiger le transfert de ses cendres en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F5n4x7AoCy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/">‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Une révolution en pays d’islam’’: la Tunisie entre insurrection et involution » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/18/une-revolution-en-pays-dislam-la-tunisie-entre-insurrection-et-involution/embed/#?secret=A26Ufx4I2z#?secret=F5n4x7AoCy" data-secret="F5n4x7AoCy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Malgré toutes les critiques qu’on a pu faire contre l’ancien président tunisien, il demeure opportun de lui rendre justice: l’Etat qu’il a créé en se servant alternativement ou simultanément des ambitions égoïstes de ses amis et de ses ennemis&nbsp;a résisté après lui au temps en affrontant avec succès l’ouragan du Printemps Arabe alors que les projets politiques concurrents se sont révélés n’être que d’éphémères châteaux de cartes balayés par les vents de l’Histoire. Parmi tous, il demeure celui qui en voyant loin et juste aura su préserver le peuple de son pays des aventures sans retour.<em></em></p>



<p><em>‘<strong>‘Les trois décennies Bourguiba’’, de Tahar Belkhodja, éditions Arcantères &#8211; Publisud, Paris 1998, 286 pages. </strong></em></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 18 Feb 2024 08:06:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[26 janvier 1978]]></category>
		<category><![CDATA[Dhaoui Hanablia]]></category>
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		<category><![CDATA[Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[UGTT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h4 class="wp-block-heading"><mark style="background-color:#151515" class="has-inline-color has-color-6-color">«Le premier trait de la corruption des mœurs, c&rsquo;est le bannissement de la vérité» (Montaigne).</mark> </h4>



<p><strong><em>Il y a des choses très personnelles qui me lient à l’événement en question **. Je me bornerai d’abord à commenter les faits et les déclarations des personnes incriminées tels qu’ils ont été rapportés dans ce livre blanc qui constitue le point de vue officiel du pouvoir tunisien de l’époque en essayant d’y démêler le plausible de l’invraisemblable.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong> *</p>



<span id="more-11648523"></span>



<p>Il faut d’emblée attirer l’attention sur le fait que les personnes jugées et condamnées ne sont pas les seules à avoir été responsables du massacre, loin de là. Simplement le rôle des uns a été mis en exergue alors que celui des autres a été tout simplement passé sous silence. Ce sont ces omissions qui paraissent dignes d’intérêt. Mais ce qui a rendu ce procès et ces condamnations nécessaires n’est pas ainsi qu’on l’a dit la tentative par l’UGTT de renverser le gouvernement légal du pays, dont 47 ans plus tard il est difficile de croire qu’elle eût été publiquement décidée et exécutée en quatre jours entre le 22 et le 26 janvier 1978, mais la tuerie qui s’est produite et qu’il fallait justifier auprès de l’opinion publique, afin de rétablir la confiance dans le régime, et tourner la page.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une amnésie officielle</h2>



<p>Officiellement&nbsp;il y aurait eu une cinquantaine de morts et entre 100 et 200 blessés, mais rien ne permet de corroborer ces chiffres, et jusqu’à présent, il n’y a eu à ma connaissance aucun travail de recoupement entre le nombre de morts et de blessés pour cette journée recensés dans les hôpitaux et les registres de l’état civil. Une amnésie officielle a été instaurée, renforcée par les évènements de Gafsa en 1980 puis la révolte du pain en 1984, survenus quelques années plus tard, que la destitution de Bourguiba et l’avènement de l’ère du 7-Novembre n’ont fait que prolonger.</p>



<p>En effet le nouveau président de la République, Zine El Abidine Ben Ali, n’était autre que celui qui était à l’époque des faits le seul prétorien introduit comme un ver dans le fruit par Abdallah Farhat, le ministre de la Défense à qui l’Intérieur avait été confié à titre intérimaire, et qui le plaça à la tête de la Direction de la Sûreté Nationale. Ayant été un acteur décisif de la répression des manifestations, il fut donc plus enclin à déterrer les vieilles rancunes issues du Yousséfisme desquelles nul n’aurait pu l’accuser de quoi que ce soit. Et d&rsquo;ailleurs il ne s’embarrassa pas de placer à la tête de l’UGTT des syndicalistes condamnés dans le procès considéré. Comme quoi, en Tunisie, en politique, les inimitiés ne sont jamais définitives et les alliances rarement durables. Et lorsque ce qu’on a improprement nommé&nbsp; Révolution du Jasmin&nbsp;arriva, 33 années plus tard, le temps avait déjà fait son œuvre, et mis à part la curiosité historique, plus personne n’éprouvait un intérêt politique à relater l’événement ou à en témoigner.</p>



<p>Pour faire bonne mesure les gouvernements d’Ennahdha et du Nidaa avec la complicité des syndicats et des administrations des hôpitaux s’empressèrent pour différentes raisons de brûler les archives hospitalières en arguant de leur état de détérioration avancée. Le travail objectif de mémoire n’étant apparemment plus possible, seuls des témoignages fragmentaires demeurent disponibles issus d&rsquo;expériences personnelles et de vues forcément incomplètes des faits. C’est donc souvent la position politique par rapport au pouvoir en place au moment des faits qui désormais prime.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La responsabilité de l’UGTT</h2>



<p>Ainsi le nom que j’ai l’honneur de porter a suscité au cours d’un mariage plus de quarante années plus tard&nbsp;chez un gauchiste de l’époque visiblement en état d’ébriété avancée l’évocation de cette date fatidique. J’en souris encore. C’est pourquoi un livre blanc relatant la version contemporaine des faits du gouvernement de Hédi Nouira et de Mohamed Sayah, constitue quand même malgré son parti-pris une mine d’or aussi bien parce qui y est dit que ce qu’on y devine. Les temps forts en sont évidemment les témoignages d’Irving Brown, secrétaire général de l’AFL CIO américain, et Otto Kersten, celui de la CISL, des dirigeants syndicaux prestigieux.</p>



<p>Le premier a prétendu que Habib Achour, l’accusé principal, le président incontesté de l’UGTT, lui avait demandé à l’instigation de Hédi Nouira, le premier ministre, d’intervenir auprès du gouvernement américain de l’époque, celui de Jimmy Carter, pour accorder à la Tunisie des armes et des avions de combat. Hédi Nouira aussi naïf? Difficile de le croire! Il aurait probablement cherché à compromettre  l’orgueilleux leader de l’UGTT avec les Américains, dans une mission sans espoir; c’est le Congrès qui décide de l’aide militaire, même sur proposition du Président, ainsi que vient de le prouver celle de 90 milliards $ accordée par Biden à Taiwan, l’Ukraine et l’inévitable Israël.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3kB8hj4UzE"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/01/12/un-hiver-tunisien-retour-sur-lechec-de-la-greve-generale-du-26-janvier-1978/">Un hiver tunisien : Retour sur l&rsquo;échec de la grève générale du 26 janvier 1978</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Un hiver tunisien : Retour sur l&rsquo;échec de la grève générale du 26 janvier 1978 » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/01/12/un-hiver-tunisien-retour-sur-lechec-de-la-greve-generale-du-26-janvier-1978/embed/#?secret=7VnpwyM2En#?secret=3kB8hj4UzE" data-secret="3kB8hj4UzE" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Pour en revenir à l’Allemand Otto Kersten, celui qui aux côtés de Habib Achour sur le balcon du local de l’UGTT, place Mohamed Ali, avait brandi le V de la victoire au moment de l’annonce de la grève générale le 22 janvier, il avait affirmé pour défendre son ami que quand des incidents éclataient dans les stades de football, on ne pouvait en tenir rigueur aux organisateurs. Outre le caractère incongru de la comparaison, une grève n’étant pas un spectacle, cela est évidemment faux, comme en témoignent les rencontres à huis-clos et les amendes infligées dans tous les stades du monde, en particulier européens.</p>



<p>Si les deux dirigeants internationaux ont eu la permission de témoigner à la demande de la défense au cours du procès, c’est parce que cela confortait la thèse du procureur de la Cour Spéciale, représentant de Bourguiba, celle d’une UGTT aux ordres de l’étranger complotant contre l’Etat tunisien.</p>



<p>Quant à Mohamed Sayah, le directeur du Parti Destourien, celui qu’on accusait d’avoir lâché la milice de son parti contre le Syndicat, il a généralement parlé pour ne rien dire, se bornant à rappeler les liens entre le Destour et l’UGTT, sauf sur un détail qui a son importance : il avait reconnu l’existence d’une volonté de son parti de noyauter les lieux du travail par des cellules professionnelles et que l’UGTT s’en était agacée. Il est vrai que, ainsi que l’avait affirmé Tahar Belkhoja, le ministre de l’Intérieur<em> «libéral»</em> qui avait démissionné à l’approche de l’orage, il n’y avait pas de milice du parti. Certes, mais il y avait des <em>«comités de coordination»</em>, composés de jeunes désœuvrés qui cherchaient une reconnaissance sociale quelconque, et ils étaient particulièrement actifs en tant qu’auxiliaires du maintien de l’ordre. Même s’il est difficile de les imaginer le jour de la grève générale allumant des incendies dans une répétition de celui du Reichstag, il est probable qu’ils aient été responsables de provocations. De quel genre, de quelle gravité, nul ne peut le dire.</p>



<p>Les archives du RCD, héritier du Destour, n’existent probablement plus, et il est de surcroît pratiquement certain que tous les ordres issus du parti au cours de ces journées fatidiques aient été transmis oralement. Mais, j’ai le souvenir que deux de mes amis alors étudiants, aujourd’hui médecins spécialistes, l’un gynécologue, l’autre radiologue (l’ascenseur social fonctionnait alors), avaient été arrêtés dans la rue en pleine Kasbah, par l’un de ces groupes, et emmenés au siège du comité de coordination où ils avaient été détenus pendant&nbsp;près de deux heures, interrogés et bousculés sans être franchement battus, avant d’être libérés sur interventions de leurs proches. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, qui est mon père pour l’éternité, avait exprimé son scepticisme sur cette affaire, mais s’était rendu à l’évidence en recevant les deux victimes et en écoutant leur témoignage de vive voix.</p>



<p>Or une vérité est contingente à ce livre blanc: en admettant que les dirigeants de l’UGTT aient été jugés uniquement pour leurs responsabilités politiques dans l’émeute, aucun des exécutants supposés des déprédations contre les biens et les personnes n’a été traduit en justice en leur compagnie. Cela constitue évidemment le tendon d’Achille de l’accusation, et pourtant, aucun avocat ne s’en est prévalu. Le jeu des avocats apparaîtra plus loin, pas toujours à leur avantage,&nbsp;loin s’en faut.</p>



<p>Il reste le témoignage de Mohammed Ennaceur, futur président de l&rsquo;ARP, alors ministre des Affaires sociales, lors de la signature du Pacte Social&nbsp; entre l’Etat, le syndicat, le patronat, en janvier 1977, une année avant les événements, qui avait avoué avoir quémandé l’autorisation du Premier ministre Nouira pour témoigner, et qui s’était montré étrangement évasif relativement à une conversation que Habib Achour prétendait avoir eue avec lui lors de la signature de ce pacte, sur l’absence de participation de l’UGTT à sa rédaction, et donc son refus d’en accepter les termes. Le ministre démissionnaire au moment de la grève avait prétendu ne pas s’en souvenir, mais il s’était quand même souvenu qu’il ne s’était pas assis au même endroit que le leader syndical et que les photos de la cérémonie pouvaient en témoigner; on peut donc tenir son témoignage pour une confirmation des faits. Il est en effet difficile de croire que le ministre des Affaires sociales n’ait pas adressé la parole au président du syndicat le jour même de la signature d’un document censé garantir la paix sociale dans le pays pendant quelques années. Or c’est justement le désengagement du syndicat par rapport à l’esprit et à la lettre de ce pacte qui mettra le feu aux poudres conduisant au Jeudi Noir du 26 Janvier.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="400" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Hedi-Nouira-habib-Bourgyuiba-Mohamed-Sayah.jpg" alt="" class="wp-image-11648605" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Hedi-Nouira-habib-Bourgyuiba-Mohamed-Sayah.jpg 800w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Hedi-Nouira-habib-Bourgyuiba-Mohamed-Sayah-300x150.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Hedi-Nouira-habib-Bourgyuiba-Mohamed-Sayah-768x384.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Hedi-Nouira-habib-Bourgyuiba-Mohamed-Sayah-580x290.jpg 580w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Hedi Nouira, Habib Bourguiba et Mohamed Sayah. </em></figcaption></figure>
</div>


<p>Le syndicat a justifié son revirement par la hausse du coût de la vie durant le mois du Ramadan. Pourtant celle-ci était intrinsèque aux hausses salariales, de 33%, un chiffre considérable, qui impliquait pour stabiliser les prix une hausse concomitante de la production qui pas plus qu’aujourd’hui n’existait pas dans la culture économique et politique de l’UGTT.</p>



<p>Mais le témoignage le plus décevant a été celui de Mohammed Masmoudi, le fils prodigue du Destour, celui qui en avait été exclu pour avoir osé contester Bourguiba et Nouira dans l&rsquo;affaire de l’union avec la Libye, à Djerba, l’homme qui de Paris à Tripoli avait enfourché le cheval de l’unité arabe; le ministère public l’interrogea sur les idées exprimées dans son livre <em>‘‘Les Arabes dans la tempête’’</em> et&nbsp;lui reprocha ses propos sur la libanisation de la Tunisie et sur le rôle selon lui dévolu à l’UGTT dans l’évolution de la vie politique dans ce pays.</p>



<p>Il est certain que l’ambitieux ancien ministre des Affaires étrangères et artisan de la <em>«wehda»</em> tuniso libyenne mort-née en 1974, dans son désir de retrouver la place qu’il estimait lui être due dans le plus haut cercle de l’Etat tunisien, avait cornaqué l’irascible président de l’UGTT sur la dangereuse route de Tripoli menant vers le colonel Kadhafi. Chacun fait tourner la cuillère dans la poêle comme il peut. Habib Achour s’était ainsi fourvoyé dans le camp du refus arabe opposé à l’initiative de paix égypto-israélienne du président&nbsp;Egyptien Sadate, dont on voit mal ce qu’un dirigeant syndical aussi prestigieux soit-il fût venu y faire.</p>



<p>Masmoudi ayant nié avoir prévu ou voulu le massacre et n’ayant pas été inculpé de complot contre la sûreté de l’Etat, contrairement à d’autres qui s&rsquo;étaient rendus à Tripoli, le procureur a contre toute évidence eu beau jeu de proclamer que ces voyages n’avaient été pour rien dans les poursuites dont ils avaient fait l’objet, et donc que le procès n’avait pas été politique, ce que évidemment il avait été avant tout.</p>



<p>Personne dans la cour de justice ne voulait en effet entendre parler du bien-fondé ou non de la politique du président Sadate ou de l’union tuniso-libyenne, les avocats de la défense encore moins que les autres. Il est vrai qu’un dirigeant syndicaliste comme Abderrazak Ghorbal, qui visiblement ne prenait pas la juste mesure de ses mots, avait publiquement qualifié l’Etat tunisien d’instrument de l’oligarchie nationale et de pion de l’impérialisme et avait été accusé d’incitation à la désobéissance civile en demandant à ce que les gens cessent de payer&#8230; la contribution due à la Radio Télévision Tunisienne&nbsp;dans les factures d’électricité. Pourquoi la contribution de la RTT&nbsp;plutôt modique et pas les impôts sur les revenus, nettement plus substantiels? Les salariés étant soumis à une retenue à la source sur leurs salaires n’avaient aucun pouvoir de l’empêcher. On peut donc en conclure qu’il ripostait&nbsp;ainsi à tous ceux, à commencer certainement par Sayah, le directeur du parti au pouvoir, qui&nbsp;de bonne ou de mauvaise foi, avaient appelé à mettre fin à la retenue systématique sur les paies des salariés en faveur de l’organisation syndicale, et à soumettre ses finances à un examen scrupuleux, peut être par la Cour des Comptes.</p>



<p>Là semble se situer un autre nœud crucial du conflit. L’UGTT ne voulait pas que l’Etat vienne fouiner dans ses finances, et pas que pour des principes abstraits de liberté syndicale; déjà en 1966, Habib Achour avait eu des ennuis avec la justice parce qu&rsquo;il affrétait&nbsp;illégalement des bateaux. Et on ne connait&nbsp;que trop l’habitude plus que contestable prise par la centrale syndicale jusqu’à tout récemment d’organiser des grèves et d’exiger que les salaires ne soient pas amputés en conséquence, évitant ainsi d’en assumer elle-même le coût financier tel qu’elle devrait normalement le faire à l’instar des syndicats du monde entier.</p>



<p>Toujours relativement aux témoignages, les bons offices de Ahmed Mestiri essentiellement, et secondairement de Béji Caied Essebsi et Hassib Ben Ammar, étaient demeurés également vains. Ahmed Mestiri&nbsp; avait&nbsp; pour mémoire claqué la porte du parti parce qu’ayant obtenu le plus grand nombre de voix aux élections du Comité central en 1971, il eût dû selon lui, sans doute à juste titre, être Premier ministre, mais c’était oublier Bourguiba et celui-ci en avait décidé autrement en nommant Hédi Nouira après les excès de l’ère Ben Salah, il faut bien en convenir.</p>



<p>Il est donc à cet effet étrange que les deux parties en conflit eussent accepté sa médiation,&nbsp;que lui seul avait proposée,&nbsp;il faut le préciser. Cependant il se borna à demander au président du syndicat non pas de surseoir à la grève générale, mais simplement à ce qu’elle ne déborde pas dans la rue. Sa médiation n’était donc en réalité pas neutre; il était bien d’accord que le Premier ministre Nouira morde la poussière, mais pas au prix de la paix dans le pays. Le problème est que l’un ne pouvait se faire sans l’autre.</p>



<p>Ahmed Ben Salah prouva lui aussi qu’à l&rsquo;instar de Masmoudi, il voulait prendre le wagon de l’UGTT en marche, en annonçant, à partir de l’étranger, qu’un accord <em>«secret»</em> avait été conclu faisant du Mouvement de l’Unité Populaire (MUP) le représentant politique de l’UGTT.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Complot contre la sûreté de l’Etat</h2>



<p>On en arrive ainsi à la Cour de Justice chargée de juger environ une trentaine de personnes, toutes syndicalistes, pour complot contre la sûreté&nbsp;interne de l’Etat,&nbsp;incitation aux affrontements et tueries entre les citoyens, des accusations punies de mort par le code pénal. Or cette Cour Spéciale avalisée par un vote de l’Assemblée était une juridiction d&rsquo;exception que beaucoup considéraient comme une entorse à la Constitution. Son président n’avait-il pas annoncé qu’elle était tenue par les objectifs qui lui étaient assignés, en réitérant cette opinion, quand l’un des avocats, Me Abderrahmane El-Hila en l’occurrence, lui eût fait remarquer qu’elle était plutôt liée par les textes de lois qui la régissaient? Elle avait néanmoins à se prévaloir dans son fonctionnement du respect des lois, en particulier du code pénal, du code de procédure pénale, et du code des obligations et des contrats. Inévitablement elle ne s’en montra pas très soucieuse.</p>



<p>La défense n’eut pas le temps matériel raisonnable de prendre connaissance de la totalité du dossier, mais dans ce contexte dramatique, les avocats en prirent excuse pour renoncer à défendre leurs clients, une attitude plutôt pitoyable. Ils furent donc réquisitionnés d’office pour le faire, et continuèrent à arguer du temps insuffisant imparti à l’examen du dossier et de l’obligation qui leur était faite de représenter leurs clients contre leurs volontés, en demandant la relaxe, <em>«parce que ces derniers protestaient de leur innocence»</em>. Seul Me Béchir&nbsp;Khantouch osa évoquer les victimes du massacre, qui en réalité étaient la cause non avouée du procès et pour lesquelles il était nécessaire de désigner un coupable.</p>



<p>En réalité, les avocats lors du procès donnèrent l’impression pénible de se laver les mains du sort de leurs clients en évitant d’avancer les arguments susceptibles de semer le doute aux yeux de l’opinion publique, enjeu véritable du procès puisque le verdict en était dénué. Le principal argument qu’il eût été aisé d’avancer était sans aucun doute l’absence de casseurs et d’incendiaires qui avaient attaqué les biens et les personnes, dans le box des accusés, ceux-ci n’ayant pas eu matériellement eux mêmes la possibilité de le faire.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="800" height="400" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Habib-Bourguiba-Habib-Achour.jpg" alt="" class="wp-image-11648612" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Habib-Bourguiba-Habib-Achour.jpg 800w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Habib-Bourguiba-Habib-Achour-300x150.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Habib-Bourguiba-Habib-Achour-768x384.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/02/Habib-Bourguiba-Habib-Achour-580x290.jpg 580w" sizes="auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Habib Achour et Habib Bourguiba : alliés et adversaires. </em></figcaption></figure>
</div>


<p>Dans ces conditions, une juridiction d’exception peut toujours faire preuve de mansuétude. Les principaux accusés, Habib Achour en tant que chef de l’UGTT, et Abderrazak Ghorbal, victime de ses propos outranciers, écopèrent de dix années de travaux forcés, et les autres environ une dizaine de peines allant de 8 à 5 ans. D’autres furent emprisonnés pour 6 mois pour grève illégale. Enfin environ une dizaine furent relaxés. Les pourvois en cassation requis par les avocats n’aboutirent évidemment pas. Encore une fois ces derniers donnèrent l’impression, en avançant à retardement des arguments portant sur le fond, qu’ils avaient été intimidés par l’enjeu du procès, et peut être par les répercussions que cela pouvait entraîner pour leurs propres carrières. Ce ne furent pas les avocats de Ceausescu qui s’excusèrent à la Cour de devoir le défendre, mais on n’en fut pas très loin. La cassation demeura intraitable, son argument principal étant que ce sont les nécessités (politiques) qui ont imposé à la Cour Spéciale ses interprétations des lois, au moins dans la forme. Quant à son inconstitutionnalité, elle ne pouvait être discutée en cassation. Or le sur ce point le président de la Cour Spéciale avait argué de sa légalité du moment que l’Assemblée en avait entériné le principe et la composition ; une argumentation à tout le moins opportuniste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La chute de Hédi Nouira semblait inévitable</h2>



<p>Voilà ce que raisonnablement on peut conclure de ce Livre Blanc. Maintenant on ignorera toujours les circonstances immédiates qui ont conduit au massacre. J’ai néanmoins là le témoignage de mon propre père qui, étant alors médecin, n’avait aucun besoin matériel pour abandonner une clientèle respectable et se mêler d’un problème complexe&nbsp;qu’il n’avait nullement contribué à créer, et alors même ainsi qu’on le dit vulgairement les rats commençaient à quitter le navire. D’aucuns&nbsp; pourront certes lui reprocher beaucoup de choses, en particulier de s’être impliqué avec tout son passé et son prestige de militant et de ministre bourguibiste, contre l’avis de sa famille, dans une obscure organisation des droits de l’Homme voulue par Ben Ali; je me rends compte à présent par l’invraisemblance de son acceptation, de toute l’ironie subtile de son opposition tacite à son ancien subordonné devenu président qui voulait l’instrumentaliser contre la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH), et qui n’en a finalement retiré qu’une déconvenue. Néanmoins, dans cette affaire du Jeudi Noir, il avait accepté le ministère de l’Intérieur un mois avant l’événement dramatique parce que personne n’en voulait plus tellement la chute de Hédi Nouira semblait inévitable.</p>



<p>Pour en revenir au sujet, c’est donc poussé par le sens de l’Etat et la fidélité au parti et à Bourguiba qu&rsquo;il l’a fait. Il a réitéré sa conviction que je ne partage plus et que je ne fais que rapporter 25 ans après sa mort, celle qu’il avait eue intime, que Habib Achour avait cherché le pouvoir.&nbsp;S’il n’y en a un qui dans cette affaire n’a pas agi en fonction de ses intérêts égoïstes, c’est bien lui, et je l’affirme en toute objectivité.&nbsp; Cela n’enlève en rien la responsabilité politique qu’il a finalement assumée, celle du maintien de l’ordre dans la rue, il faut le rappeler, qui est la mission première de tout Etat digne de ce nom. Selon lui, l’armée et la police ont tiré sur les jeunes manifestants chauffés à blanc par les prêches incendiaires et les <em>«comprimés»</em>&nbsp;(les <em>‘‘harboucha’’</em>)&nbsp; du journal syndical <em>Echaab</em>, descendus des faubourgs qui ne respectaient pas les tirs de sommation, le couvre-feu qui pour eux ne signifiait rien et ne prenaient pas les injonctions de se disperser au sérieux, et ce alors que de nombreux bus en service étaient caillassés (j’ai le témoignage d’un chauffeur de bus victime) ou incendiés, des voitures aussi (selon moi sans doute par le service d’ordre de l’UGTT chargé de faire respecter la grève, mais aussi par les bandes pour qui protestation rimait avec déprédation) et que les devantures des magasins de la rue Charles-De-Gaulle et Mohamed-Ali avaient été détruites depuis longtemps.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un syndicat plus irresponsable que conspirateur</h2>



<p>De surcroît de nombreux jeunes soldats souvent d&rsquo;origine rurale sans doute impressionnés par la foule des manifestants et par l&rsquo;ambiance électrique ont inévitablement perdu leur sang froid. Ils n’étaient pas formés pour des opérations de maintien de l’ordre en milieu urbain. Cela, de nombreux témoignages l’ont confirmé et ces soldats finirent par être placés sous les ordres des policiers, moins sensibles aux pressions de la foule.</p>



<p>Sauf preuve contraire, aucun ordre d’ouvrir le feu n’a été donné. Simplement l’autorité politique n’ayant alors pas les moyens nécessaires en force de police antiémeutes&nbsp;pour disperser les manifestants&nbsp;a fait appel à l’armée face à l’ampleur des désordres et celle-ci a fait son travail selon les moyens humains et matériels dont elle disposait. Et l’usage des armes à feu était intrinsèque à cela. Cette leçon sera retenue lors de la <em>«Révolte du Pain»</em> quelques années plus tard lorsque la rue sera abandonnée aux émeutiers dans le cadre de la lutte des clans pour le pouvoir.</p>



<p>L’Etat aurait-il dû laisser la grève générale se dérouler sans réagir? Sans doute pas, puisque l’UGTT ayant fait appel à la populace ou s’étant laissé déborder par elle, s’est révélée incapable de faire respecter les biens et les personnes. Et rien ne prouve d’ailleurs qu’elle en eût eu la volonté.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="HQ4IIFRN6f"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2016/11/27/lugtt-et-le-spectre-du-28-janvier-1978/">L’UGTT et le spectre du 26 janvier 1978</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’UGTT et le spectre du 26 janvier 1978 » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2016/11/27/lugtt-et-le-spectre-du-28-janvier-1978/embed/#?secret=8pllNUlTF7#?secret=HQ4IIFRN6f" data-secret="HQ4IIFRN6f" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Il a été établi durant le procès que Ismail Sahbani avait fait fabriquer un millier de boules de fer d’une livre attachées à des chaînes avec l’assentiment de Habib Achour et qu’ils les avait entreposées dans les locaux du syndicat, <em>«soumis de nombreuses fois aux attaques des milices de Sayah»</em>; ainsi que des bâtons et des cailloux. Ce n’est pas ainsi qu’une organisation responsable défend habituellement son siège&nbsp;menacé, c’est le moins que l’on puisse dire.</p>



<p>Le jour de la grève générale, il y avait donc bien une suspicion&nbsp;légitime sur la volonté d’en découdre de la part du syndicat, et qui justifiait pleinement l’encerclement préventif de ses locaux par les forces de l’ordre.</p>



<p>Cette volonté était-elle justifiée? Le Syndicat a prétendu que depuis plusieurs mois il était en butte aux attaques des <em>«miliciens»</em> du Destour et que son président avait été menacé de mort. On en arrive ainsi au cœur de la question, les rapports conflictuels entre Habib Achour et le parti au pouvoir dirigé par Mohamed Sayah, qui voulait placer selon son propre témoignage le syndicat sous son autorité, ou à tout le moins, l’infiltrer, depuis que celui-ci avait&nbsp;contracté des alliances équivoques.</p>



<p>Si on ne peut pas reprocher à un syndicat de refuser de se laisser noyauter par un parti politique, il y a quand même une nécessité morale et juridique à ce que sa situation financière soit contrôlée par les institutions de l’Etat, en particulier quand des suspicions de malversations ou de liens occultes avec l’étranger y pèsent. Or la liberté syndicale dont s’est prévalu M. Achour pour dénoncer le pacte social qu’il avait signé moins d’une année auparavant sous-entendait&nbsp;dans son esprit l’absence de tout audit financier, qui eût pu le confondre.</p>



<p>Le président de l’UGTT n’avait par ailleurs pas la réputation de diriger son organisation en respectant les principes de la démocratie; il avait pris l’habitude de se faire plébisciter par vote à main levée, et il usait de son influence pour faire élire à bulletin secret les membres du bureau qui lui seyaient. Quant à sa conversion à la vision conservatrice de la société contemporaine de l’émergence à ses débuts de l’islam politique, tous ceux qui le connaissaient ne la prenaient pas au sérieux.&nbsp;Et la décision de la grève générale fut décidée en comité restreint composé des cinq membres de la direction administrative incapables de la contester. Le syndicat fut donc plus irresponsable que conspirateur, plus bête que méchant,&nbsp;même si d’aucuns ont tenté de réaliser à travers lui leurs ambitions politiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La fiction de l’indépendance syndicale</h2>



<p>Il est donc à cet égard&nbsp;significatif&nbsp;du manque de sérieux de l’accusation, que M. Nouira et derrière lui Bourguiba se soient abstenus durant le procès d’ouvrir le dossier financier du syndicat, préparant ainsi l’avenir, celui d’une réhabilitation, de MM Achour, Jrad, Sahbani, Ghorbal, Baccouche, qui ne manqueraient pas de se montrer utiles pour maintenir l’organisation bénéficiant des cotisations obligatoires des salariés, non redevable d’explications sur la gestion de ses ressources, avec la fiction de l’indépendance syndicale, mais dans l’orbite du pouvoir, quel qu’il soit. Jusqu’à ce que libre de toute tutelle l’UGTT (en compagnie entre autres de l’Ordre des avocats) eût reçu le prix Nobel et&nbsp;mené le pays main dans la main avec Ennahdha, chacun jouant sa partition, vers le gouffre économique et financier.&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique.</em></p>



<p><em>** L’auteur est le fils du Dr Dhaoui Hanablia, ministre de l’Intérieur nommé un mois avant les faits relatés. &nbsp;</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/">Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie : le tournant socialisant de Kaïs Saïed</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Feb 2024 08:43:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le programme de Kaïs Saïed est clairement antilibéral, socialisant, et porté par un égalitarisme qui peut paraître utopique voire irréalisable dans un monde où l’économie de marché a triomphé partout,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/10/tunisie-le-tournant-socialisant-de-kais-saied/">Tunisie : le tournant socialisant de Kaïs Saïed</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Qui a dit que le président Kaïs Saïed n’avait pas de programme ? C’est lui qui l’avait dit durant sa campagne électorale en 2019, se contentant de résumer son projet pour la Tunisie en un slogan populiste : «Le peuple veut». Mais peu à peu, le programme présidentiel a commencé à prendre forme, davantage dans des paroles, en attendant les actes. </em></strong></p>



<p>Par<strong> Imed Bahri   </strong></p>



<span id="more-11576173"></span>



<p>En recevant, hier, vendredi 9 février 2024, au palais de Carthage, tour à tour, le Premier ministre Ahmed Hachani et le ministre de l’Economie et de la Planification, Feryel Ouerghi Sebai, récemment nommée, le président de la république a déroulé son programme en une série de recommandations censées illustrer son projet politique et économique qui consiste à donner la parole au peuple et à répondre à ses exigences.     </p>



<h2 class="wp-block-heading">Une <em>«guerre de libération nationale»</em></h2>



<p>Lors de sa rencontre avec Ahmed Hachani, axée sur l’avancement du travail gouvernemental et l’ordre du jour du conseil des ministres d’aujourd’hui, le chef de l’Etat a rappelé <em>«la nécessité d</em><em>’</em><em>assainir l</em><em>’</em><em>administration et d</em><em>’</em><em>imposer à tous le respect de la loi sur un pied d</em><em>’</em><em>égalité»</em>. Il a ajouté qu’<em>«une guerre de libération nationale sera menée pour nettoyer le pays de tous ceux qui ont tenté de le détruire et de le rendre dépendant de l</em><em>’</em><em>extérieur»</em>, selon un communiqué de la présidence diffusé à l’issue de la rencontre.</p>



<p>L’un des sujets les plus importants abordés a été la révision d’un certain nombre de règlements ou de conditions qui, selon le président Saïed, étaient adaptés aux besoins des lobbies qui monopolisent un certain nombre de secteurs afin que personne ne puisse les concurrencer. Il a estimé que les cahiers des charges adoptés pour certaines activités économiques, et qui étaient censés remplacer les autorisations, constituaient en réalité des monopoles déguisés assortis de conditions que seuls les spéculateurs pouvaient remplir, ajoute le communiqué présidentiel.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="e9n4lvdhaG"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/30/tunisie-ladministration-publique-entre-le-marteau-et-lenclume/">Tunisie : l’administration publique entre le marteau et l’enclume  </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : l’administration publique entre le marteau et l’enclume   » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/30/tunisie-ladministration-publique-entre-le-marteau-et-lenclume/embed/#?secret=2r42pebt4A#?secret=e9n4lvdhaG" data-secret="e9n4lvdhaG" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Cette <em>«guerre de libération nationale»</em> dont parle Kaïs Saïed vise à imposer une nouvelle répartition des richesses entre les différentes catégories sociales, en prenant aux riches, souvent enrichis illégalement et avec la complicité active de l’administration publique, pour donner aux pauvres, appauvris par une politique inégalitaire basée sur l’exclusion des régions et des couches déshéritées de la population. Et si le président ne cesse de parler de la nécessité d’<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/30/tunisie-ladministration-publique-entre-le-marteau-et-lenclume/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">assainir l’administration publique</a>, c’est parce qu’il reste persuadé que celle-ci est infiltrée par les dits lobbys d’intérêt et qu’elle sert ces lobbys avec zèle, en se faisant prévaloir de textes de lois et de règlements taillés sur mesure.            </p>



<h2 class="wp-block-heading">Une répartition plus équitable des richesses</h2>



<p>Lors de sa rencontre avec Feryel Ouerghi Sebai, Saïed est revenu à cette thématique du respect de la volonté populaire en soulignant<em> «l’importance de l’indépendance de la décision nationale et la nécessité que la planification soit basée sur les choix du peuple tunisien»</em>, laissant ainsi entendre que les politiques économiques suivies par les précédents gouvernements, y compris sous son propre règne, étaient dictées par l’étranger, et notamment par les bailleurs de fonds internationaux, notamment le Fonds monétaire international (<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/10/13/tunisie-fmi-je-taime-moi-non-plus/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">FMI</a>), la Banque mondiale (BM) ou encore l’Union européenne (UE). D’ailleurs, le prédécesseur de l’actuelle ministre de l’Economie et de la Planification, Samir Saïed, avait été limogé parce qu’il défendait publiquement la politique économique, trop libérale au goût du président, convenue avec le FMI dans le cadre du programme de prêt de 1,9 milliard de dollars, suspendu depuis octobre 2022.</p>



<p>La nouvelle détentrice du poste sait donc à quoi s’en tenir : elle est censée mettre en musique, sur le plan économique, la partition politique du président de la république, c’est-à-dire revoir les lois, les règlements et les pratiques gouvernementales dans le sens d’une répartition plus équitable des richesses nationales.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="hXq6bYBxag"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/10/13/tunisie-fmi-je-taime-moi-non-plus/">Tunisie-FMI : «Je t’aime, moi non plus !»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie-FMI : «Je t’aime, moi non plus !» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/10/13/tunisie-fmi-je-taime-moi-non-plus/embed/#?secret=4ue6ESyl4B#?secret=hXq6bYBxag" data-secret="hXq6bYBxag" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p><em>«Ceux qui débattent depuis des années sur les stratégies de développement n</em><em>’</em><em>ont pas réussi à proposer de vraies solutions et n</em><em>’</em><em>ont pas observé les réalités qui se trouvaient devant eux. Ils n</em><em>’</em><em>ont pas non plus réussi à se concentrer sur les raisons qui ont conduit à la détérioration de la situation socio-économique de la Tunisie»</em>, a aussi déclaré Saïed, selon le communiqué de la présidence, donnant ainsi à l’actuel gouvernement la mission de revoir de fond en comble le modèle économique mis en place dans le pays depuis le tournant libéral des années 1970 pris par le gouvernement Hedi Nouira.</p>



<p><em>«Le peuple, attaché à sa souveraineté, exige l’emploi, la liberté et une vie décente. Il a identifié lui-même la stratégie et il suffit de lui fournir les instruments juridiques pour satisfaire ses revendications légitimes»</em>, a ajouté le président, estimant que le rôle des membres du gouvernement n’est pas d’élaborer eux-mêmes des stratégies et des programmes en partant de leurs savoirs acquis et du diagnostic des réalités trouvées,  mais de se mettre à l’écoute de la volonté populaire, censée apporter les réponses adéquates aux problèmes confrontés, et de traduire celle-ci en stratégies et programmes gouvernementaux. Le président a souligné à ce propos le rôle du Conseil des Régions et des Districts, la seconde chambre parlementaire, qui va bientôt être mise en place, qui serait, selon lui, un pas nécessaire dans cette direction. Ceux qui ont été marginalisés pendant des décennies contribueront à l’élaboration de lois qui les feront sortir des marges et les intégrer dans le cercle de l’activité juridique et économique, a-t-il expliqué.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Cap sur les entreprises communautaires</h2>



<p>Il a, dans ce contexte, également souligné l’importance des<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"> entreprises communautaires</a>, son autre dada, affirmant que des milliers de Tunisiens sont désireux de créer ce type d’entreprises censées combattre la forte concentration des richesses entre les mains de groupes et de familles de privilégiés et de mieux répartir ces richesses entre le classes sociales et les régions. A cet effet, le président a exhorté les établissements bancaires, et notamment la Banque tunisienne de solidarité (BTS), à apporter les financements nécessaires à ces entreprises communautaires qui, selon lui, bénéficieront à l’ensemble de la nation.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="yNZoNsOqpx"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/">Les sociétés communautaires en Tunisie : économie alternative ou fiction politique ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Les sociétés communautaires en Tunisie : économie alternative ou fiction politique ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/15/les-societes-communautaires-en-tunisie-economie-alternative-ou-fiction-politique/embed/#?secret=5IVukvFS7L#?secret=yNZoNsOqpx" data-secret="yNZoNsOqpx" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p><em>«La stratégie souhaitée repose sur la création de la richesse et sa distribution à tous les citoyens sur la base de la justice sociale»</em>, a conclu le chef de l’Etat, qui ne se doute pas un instant de la faisabilité, de la viabilité et de l’urgence de son programme économique.&nbsp;Ce programme est clairement antilibéral, socialisant, et porté par un égalitarisme qui peut paraître utopique voire irréalisable dans un monde où l’économie de marché a triomphé partout, même dans les pays anciennement communistes, comme la Chine et la Russie.</p>



<p>Il reste aussi à savoir si les membres du gouvernement, à commercer par le Premier ministre, ancien fonctionnaire de la Banque centrale, qui ont tous fait leur parcours académique et professionnel au sein d’un modèle économique libéral, sont capables de suivre ce tournant socialisant préconisé par le président de la république et de le traduire en plans, stratégies et programmes concrets. On peut en douter d’autant que le tournant en question ne saurait se suffire de quelques réformettes partielles ou ravalements de façades, car c’est d’une véritable révolution qu’il est question : dans les esprits, dans les lois et dans les pratiques. Et d’une révolution qui demandera des années voire des décennies pour donner ses fruits, qui plus est, dans un pays en grande difficulté politique, économique et financière, et où le temps n’a jamais autant compté&#8230; et manqué.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/10/tunisie-le-tournant-socialisant-de-kais-saied/">Tunisie : le tournant socialisant de Kaïs Saïed</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Mar 2023 10:19:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Helal Jelali]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Moalla]]></category>
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		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis 1956, ce sont 67 ans de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/">Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>De l’échec du collectivisme des années 1960 à la révolution confisquée de 2011, en arrivant aux élections de 2019, marquée par la défiance et le rejet d’une élite dévoyée, sans oublier le deal de la honte – Béji Caïd Essebsi &#8211; Rached Ghannouchi – ou celui qui a instauré la deuxième «Troïka» composée d’Ennahdha, Qalb Tounes, et Al-Karama&#8230;, ce sont 67 années de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Helal Jelali</strong> *</p>



<span id="more-6753347"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure>
</div>


<p>Avant de décliner les détails des errances politico-économiques depuis l’indépendance en 1956, ne faudrait-il pas constater que toute notre élite et même le peuple se sont noyés dans le «<em>récit national» </em>construit par les pouvoirs successifs sans presqu’aucun sens critique. </p>



<p>Certes, un <em>«récit national»</em> est nécessaire pour forger les liens au sein d’une communauté ou d’une nation, mais il ne pourrait se substituer à la réalité des faits et à la vérité de l’Histoire. Le travail historique ne peut aussi se bâtir sur l’émotion, l’esquive et le discours teinté d’ambivalence et d’ambiguïté. </p>



<p>Le récit national se construit autour de la mémoire collective et des sentiments, souvent&nbsp;irrationnels. Il fait appel plus à l’affect qu’à l’entendement qui permet à tout homme d’appréhender la vérité.&nbsp;Mais la démarche mémorielle ne pourrait jamais remplacer la réalité historique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une postindépendance marquée par la violence</h2>



<p>Dès le début de l’indépendance, les accros avaient commencé entre Lamine Bey et son Premier ministre Habib Bourguiba à propos des<em> «comités d’éveil»</em>, une milice armée créé par le Néo-Destour.</p>



<p>Le Bey évincé, voilà qu’une petite guerre civile menaçait le pays entre les Bourguibistes et les Youssefistes, partisans du chef du parti Salah Ben Youssef. Le bilan est lourd : assassinat de ce dernier à l’étranger et de nombreux morts à l’intérieur du pays parmi ses partisans&#8230; <em>«J’ai sacrifié le peu pour sauver le tout»</em>, dira cyniquement celui qui se fera appeler le Combattant Suprême.</p>



<p>Au Congrès du Néo-Destour de Sfax en 1955, Bourguiba, sans aucun programme économique, livre le dossier à l’UGTT pour éviter que les syndicalistes rejoignent la dissidence de Salah Ben Youssef. Ainsi l’UGTT devient le premier décideur économique du pays avec, bientôt, la <em>«débâcle collectiviste»</em>&#8230;</p>



<p>Jusqu’à ce jour, de nombreux historiens continuent d’afficher leur déni: <em>«Mais, il n’y avait pas de menace de famine, le collectivisme nous a permis de construire des infrastructures»</em>. Ce fut en vérité des années perdues et des espoirs trahis&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="76qLleKvzy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/">Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/embed/#?secret=RWZpVkOIcT#?secret=76qLleKvzy" data-secret="76qLleKvzy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Arguties pour un «récit national» imaginaire.</h2>



<p>Le collectivisme de l’ancien ministre Ahmed Ben Salah a arrêté tout investissement étranger et ouvert la porte de l’exode pour certains entrepreneurs tunisiens qui avaient fait fortune après la deuxième guerre mondiale. Le processus de modernisation de l’industrie manufacturière a été gelé. Et aucun historien n’a fait le bilan des dégâts infligés à l’agriculture. Au contraire, les cadres retraités de cette époque continuent d’afficher leur fierté pour un travail bien accompli et bien réussi&#8230; L’outrecuidance n’a pas de limite.</p>



<p>Il n’y avait pas dans l’équipe de Bourguiba un seul économiste digne de ce nom. Le meilleur économiste après la guerre était un autodidacte M’hamed Chenik, ancien chef du gouvernement beylical (1942 et 1950-1952), qui avait créé la première banque <em>«indigène»</em> : la Coopérative tunisienne de crédit (1922-1935). Une banque que la France avait tout fait pour la faire couler. Il présidait également la Chambre tunisienne du commerce durant une vingtaine d’années 1922-1940. M’hamed Chnik maîtrisait, avec beaucoup de sagacité, les dossiers de l’industrie manufacturière et de l’agriculture. Sa contribution financière au Néo-Destour n’était pas négligeable. Mais Bourguiba n’a pas voulu faire appel à ses talents, car il le jugeait trop proche du Bey destitué. </p>



<p>C’est ainsi que pour la création de Société Tunisienne de Banque (STB), le nouveau pouvoir issu de l’indépendance a-t-il fait appel à Serge Guetta, qui terminera sa carrière à la Banque Mondiale.</p>



<p>A la création de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le Zaïm fera appel à Hedi Nouira, associé à un brillant énarque, Mansour Moalla, mais, avec leurs conceptions libérales, ces derniers étaient des extra-terrestres face à l’entregent et à la mainmise sur le secteur du super ministre Ahmed Ben Salah et aux diktats de l’UGTT qui avait <em>«institutionnalisé»</em> la cogestion des services publics et des entreprises nationales.</p>



<p>La suite n’était pas rose non  plus : au Congrès du Néo-Destour de Monastir en 1971, le Zaïm est malade, assez malade et il refuse des élections internes au sein du parti unique. On lui souffle que les gauchistes menacent la sécurité de l’Etat. Qu’à cela ne tienne : on lâchera les islamistes du MTI dans les campus, les lycées et les salles de prière dans les usines. Bientôt, Rached Ghannouchi pourra boire son café avec un nouveau directeur de la sûreté au ministère de l’Intérieur nommé en 1978 par le Premier ministre Hedi Nouira : il s’agit bien de Zine El-Abidine Ben Ali (voir Kapitalis <em>«<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/25/tunisie-les-dessous-de-lalliance-historique-entre-les-destouriens-et-les-islamistes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les dessous de l’alliance entre le Néo Destour et les islamistes</a>»</em>).</p>



<p>La fin de règne de Bourguiba était marquée par la <em>«stratégie de la tension»</em> et la menace islamiste montée en épingle dans la bataille des clans entre Tunisois et Sahéliens, entre les larbins de Wassila Bourguiba et ceux de Saïda Sassi.</p>



<p>Le gâchis de l&rsquo;alternance est catastrophique. Ben Ali, avec l’aide directe de puissances étrangères – notamment l’Italie de Bettino Craxi qui terminera sa vie à Hammamet où il est enterré – prend le pouvoir (voir à ce sujet les mémoires de l’amiral italien Fulvio Martini, ancien chef des services secrets Sismi).</p>



<p>L’embellie économique sous le règne de Ben Ali n’a pas profité aux plus pauvres et a été l’œuvre d’un homme qui n’avait adhéré au RCD qu’en 2002. Un expert en équilibre macro-économique : il s’agit de l’ancien Premier ministre Mohamed Ghannouchi. Il faut dire que l’embargo occidental contre la Libye suite à l’affaire de Lockerbie a été une aubaine pour l’économie tunisienne.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="VCx2y792IT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/">Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/embed/#?secret=9Pa0Dxr7Ua#?secret=VCx2y792IT" data-secret="VCx2y792IT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Une diplomatie&nbsp; chaotique</h2>



<p>Dans l’affaire de Bizerte, en 1961, l’ami américain s’est abstenu et a refusé de condamner Paris.</p>



<p>La politique de voisinage était turbulente : avec le président  Houari Boumediene, Bourguiba a choisi une politique glaciale. Bourguiba Jr a même demandé à J. F. Kennedy une <em>«coopération militaire intégrée»</em>, presque une adhésion totale à l’Otan : refus du président américain pour ne pas fâcher le Général De Gaulle.</p>



<p>Tous les pays du sud étaient contre la guerre du Viêtnam. Mais le père de l’indépendance tunisienne, que dérangeait le leadership arabe et tiers-mondiste de Nasser, a préféré soutenir ses <em>«amis»</em> Américains.</p>



<p>Dans les années&nbsp;1970, alors que le monde entier avait pris la route des pays du Golfe pour aider à construire les infrastructures de ces monarchies, le pouvoir&nbsp;en Tunisie est entré en confrontation avec l’Arabie Saoudite.</p>



<p>Dans ces pays, nouveaux riches, les conseillers politiques, les médecins, les banquiers, les pilotes et les ingénieurs étaient Egyptiens, Libanais, Syriens, Palestiniens, Américains, Turcs, mais les Tunisiens étaient quasiment absents&#8230; Ils tenteront de se rattraper à partir des années 1980-1990. Mais ils avaient perdu du temps précieux et beaucoup de terrain. </p>



<p>Par ailleurs, de 1962 à 1967, presque aucun ministre tunisien n’avait mis les pieds officiellement en France, notre premier partenaire économique. La raison est simple : Bourguiba monopolisait avec son ambassadeur tous les dossiers bilatéraux.</p>



<p>Aujourd’hui, certains diplomates retraités continuent à embellir le <em>«récit  national»</em> avec les prétendues grandes réussites de diplomatie bourguibienne, passant sous silence les couacs et les ratés.</p>



<p>Quelle diplomatie du mythe de la <em>«neutralité positive»</em> quand le Combattant Suprême déclare que la Jordanie n’existe pas et qu’elle est la création de la colonisation britannique (<a href="https://youtu.be/mjzGsbbKOA0" target="_blank" rel="noreferrer noopener">voir vidéo de son discours y afférent</a>)? Cela n’est certes pas faux, mais de tels propos ne pouvaient être tenus par un chef d’Etat soucieux des intérêts de son peuple. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La politique est un abîme pour les novices</h2>



<p>Un ministre avait demandé à Bourguiba <em>«un peu d’argent»</em> pour le distribuer dans une région que l’ancien président projetait de visiter. La réponse du Zaïm fut cinglante : <em>«La pauvreté n’est pas un programme politique»</em>.</p>



<p>Nous y voilà : depuis la révolution de 2011, on n’a fait que des promesses pour aider les pauvres: des matelas et des pâtes de Nabil Karoui aux fêtes de mariages et de circoncisions organisés par Rached Ghannouchi, en passant par les candidats pour les législatives se promenant avec une camionnette de moutons à distribuer… La charité pour tout programme politique…</p>



<p>Etait-il sérieux, Béji Caïd Essebsi, alors Premier ministre, lorsqu’il a demandé au Sommet de Deauville, en 2011, un crédit de 25 milliards de dollars sur 5 ans, un montant représentant le double du budget tunisien ?</p>



<p>Etait-il réaliste le ministre des Finances de l’époque, Jalloul Ayed, lorsqu’il a déclaré au micro du journaliste Jean-Pierre Boris de RFI qu’il allait <em>«attirer 100 milliards de dollars d’investissement»&nbsp;</em>? Il n’a pas attiré le centième de cette somme!!!</p>



<p>Avec la montée de l’islamisme, en 2011, nous avons assisté au début du populisme et du poujadisme violent avec l’apparition des Ligues de protection de la révolution et des groupes extrémistes, comme Ansar Charia.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui, personne ne reconnaîtrait que la majorité de l’élite politique des années 2011/2014 faisait le sourire zygomatique au parti Ennahdha. La cupidité a été la grande épidémie de ces années durant lesquelles le chiffre d’affaires des grands restaurants tunisois et ceux de la banlieue nord de Tunis avait battu des records. </p>



<p>Depuis 2011, aucune réforme, digne de ce nom, n’a été engagée et encore moins menée à terme. La majorité des gouvernements étaient des gouvernements <em>«sparadrap»</em> : ils tenaient la boutique et géraient les affaires courantes, sans vision ni programme ni méthode&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="UiMCGHfSHK"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/">Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/embed/#?secret=fOIW7IdtS1#?secret=UiMCGHfSHK" data-secret="UiMCGHfSHK" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La rupture démocratique&nbsp;</h2>



<p>La promesse démocratique ayant rapidement fait pschitt, c’est à la rupture démocratique que nous avons commencé à assister… dès 2011 : les militants du défunt RCD ayant vite rejoint les Nahdhaouis et les Nidaïstes. Et tout a fini par capoter.  </p>



<p>La genèse de cet échec généralisé est facile à identifier : Bourguiba avait importé la <em>«modernité»</em> en oubliant sa colonne vertébrale : la démocratie. Ladite révolution de 2011 a tenté d’instaurer une démocratie, mais sans le civisme censé la pérenniser.</p>



<p>Le civisme, on le sait, met l’intérêt public et la cohésion nationale au cœur de la démocratie. Quant à la citoyenneté, elle est forgée, d’abord, par un esprit de responsabilité, les droits viennent nécessairement après. Montesquieu parlait, à juste titre, de <em>«l’amour du bien public», </em>lequel nous a dramatiquement manqué depuis 1956. </p>



<p><em>Ancien rédacteur en chef dans une radio internationale à Paris</em>.</p>
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		<title>Décès de Hammadi Bousbia, l’un des pionniers de l’industrie tunisienne  </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 04 Dec 2022 07:53:47 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Club Africain]]></category>
		<category><![CDATA[Hammadi Bousbia]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Moalla]]></category>
		<category><![CDATA[SFBT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Décès de Hammadi Bousbiaâ, homme d’affaires et personnalité du football en Tunisie. </p>
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<p><strong><em>Hammadi Bousbiaâ, homme d’affaires et personnalité du football en Tunisie, vient de décéder aujourd’hui, dimanche 4 décembre 2022. Il faisait partie des pionniers de l’industrie nationale.</em></strong></p>



<span id="more-5481791"></span>



<p>PDG de la Société frigorifique et brasserie de Tunisie devenue la Société de fabrication des boissons de Tunisie (SFBT), la plus importante capitalisation de la Bourse de Tunis, ce natif de Bab Jedid, à Tunis, a présidé le Club africain en 1988-1989 et 1993-1994. Il et resté très proche de ce club omnisport, dont il fut jusqu’à sa mort, l’un des plus importants donateurs et sponsors, à travers la SFBT.</p>



<p>Ancien commis de l’Etat, feu Bousbia a accompagné la naissance et l&rsquo;évolution de la Banque centrale de Tunisie aux côtés de son fondateur, Hedi Nouira. C&rsquo;est là que cet ancien du collège Sadiki, diplômé en droit de l’Institut de hautes études de Tunis, apprendra les arcanes de la finance et se familiarisera avec l&rsquo;économie et la gestion. </p>



<p>Cependant, c&rsquo;est <em>«une mise à l’écart en 1980, sous le gouvernement Mzali, suite à la restructuration de la Banque Centrale, à l’initiative de M. Mansour Moalla, lui a permis de devenir ce qu’il est actuellement, c’est-à-dire à la tête d’un des plus grands groupes de Tunisie, sinon le plus grand »</em>, lit-on dans un portrait que lui avait consacré le magazine <em><a href="https://www.leaders.com.tn/article/3185-hammadi-bousbia-ou-l-irresistible-ascension-d-un-enfant-de-bab-jedid" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Leaders</a></em>.</p>
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		<title>Tahar Ben Ammar, le combattant subtil de l’indépendance de la Tunisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Nov 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[béchir ben yahmed]]></category>
		<category><![CDATA[Chedly Ben Ammar]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
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		<category><![CDATA[Néo-Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Ben Ammar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Retour sur le destin d'un homme, Tahar Ben Ammar, l'un des principaux architectes de l'indépendance de la Tunisie. </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En 1969, après le désastre des coopératives, Habib Bourguiba en larmes trouva utile de tirer Tahar Ben Ammar de sa retraite pour le décorer. Geste bien tardif, quand on sait l’humiliation que le Combattant suprême fit subir au Combattant subtil, dont l’unique tort fut, aux yeux de son rival, d’avoir signé l’accord de l’indépendance, le 20 mars 1956, à Paris.   </em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-5063360"></span>



<p>Si Tahar Ben Ammar (1889-1985) n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Président de la Chambre d’Agriculture, du groupe tunisien au sein du Grand Conseil, membre du Conseil consultatif pour l&rsquo;Afrique du Nord, président du Front National, ami du Prince Fayçal d’Arabie, de l’Agha Khan, Edgar Faure, François Mitterrand, Richard Nixon, le Sultan Mohamed V du Maroc au bénéfice de qui&nbsp;il intercéda&nbsp;afin d’en obtenir le retour d’exil, ses références et son carnet d’adresses ont de quoi impressionner. Il avait ce don rare de susciter des amitiés, et de les conserver.</p>



<p>Architecte de l’autonomie interne puis de l&rsquo;indépendance de la Tunisie, c’est lui qui en tant que chef du gouvernement de la régence avait conduit des négociations dures sans concessions avec la partie française, avec en toile de fond l’hostilité du lobby colonial français, la rivalité entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, et les manœuvres du palais beylical et de la résidence générale française.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le porte-parole de la Tunisie en France</h2>



<p>Tahar Ben Ammar, dès 1921, avait été le porte-parole de la Tunisie en France en faveur d’une Constitution ouvrant la voie vers la reconnaissance ultérieure de la souveraineté nationale en accord avec&nbsp;la déclaration du président américaine&nbsp;Wilson.</p>



<p>Il avait été en 1920 l’un des membres fondateurs du Parti libéral constitutionnel (Destour) présidé par Abdelaziz Thaalbi et s’en était retiré pour garder sa marge de manœuvre. D’une manière générale, et lors du cheminement vers l’indépendance, il avait été en symbiose avec Habib Bourguiba.</p>



<p>L’auteur du livre laisse penser que son père jouissait d’une large marge de manœuvre, sinon d’une liberté totale, et qu’en général, il informait plus qu’il ne consultait le président du parti Néo-Destour, qui quoique souvent en détention ou en résidence surveillée, détenait la réalité du pouvoir au sein du mouvement national tunisien.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="7nHAp8yyOl"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/">Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/embed/#?secret=pWRlU8WbHB#?secret=7nHAp8yyOl" data-secret="7nHAp8yyOl" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi contre Salah Ben Youssef, Tahar Ben Ammar, adepte de la réalisation des objectifs par étapes, se situa toujours fort logiquement dans le camp de Habib Bourguiba et il se prêta même à la manœuvre (c’en était bien une!) qui poussa le secrétaire général du Néo-Destour déchu à s’enfuir en Libye en janvier 1956. Cela mit fin à la guerre civile qui menaçait d’emporter le pays.</p>



<p>Malgré cela et après les accords de l’indépendance, il tenta de le convaincre de revenir, estimant que la principale pomme de discorde entre les deux hommes&nbsp;avait disparu. Mais c’était méconnaître l’hostilité implacable qui désormais séparait irrémédiablement les deux têtes du Néo-Destour. Et quand Bourguiba prit entre ses mains les rênes du pays, personne n’imaginait la suite, avec l’emprisonnement&nbsp;en 1958 de Tahar Ben Ammar et de son épouse pour une histoire scabreuse montée de toutes pièces, d’un recel de bijoux et d’argent appartenant à la famille du Bey.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Combattant Suprême et&nbsp;le Combattant Subtil</h2>



<p>En refusant de s’insérer dans les basses manœuvres dont le but était de justifier l’abolition du Beylicat devant le souverain marocain, Tahar Ben Ammar s’exposa ainsi à la vindicte de Bourguiba dont le caractère ombrageux et la rancune n&rsquo;ont pas peu contribué à l’instauration de son pouvoir personnel et son emprise sur le parti.</p>



<p>Ainsi parmi tous les membres du Néo-Destour qui comptaient, seuls Bechir Ben Yahmed et Mohamed Masmoudi osèrent critiquer l’injustice flagrante, au risque d’en subir des conséquences durables. Et les maquisards qui se souvenaient comment il leur avait fait parvenir des cargaisons d’armes lors de la lutte armée et qui se proposaient de protester pour le soutenir furent priés de garder leur calme, de préserver la paix civile, et de le laisser se défendre seul.&nbsp;</p>



<p>En fin de compte, Tahar Ben Ammar&nbsp;a subi&nbsp;un redressement fiscal, auquel cas les services du ministère des Finances&nbsp;eussent dû suffire pour faire l’économie d’un mauvais procès conduit par une justice d’exception, et&nbsp;cinq mois d’emprisonnement avec son épouse pour les soi-disant besoins de l’enquête, mais cette affaire marqua sa fin politique, et Bourguiba eut ainsi le champ libre pour remodeler l’Histoire et les mémoires à son image.</p>



<p>Jalousie? Orgueil? Accuser un fin politique comme le chef du Néo-Destour de mégalomanie ne suffirait pas à convaincre. Le plus probable est que le Combattant Suprême craignît&nbsp;le Combattant Subtil, en raison de l’étendue de ses relations françaises et internationales, de son influence, son rayonnement à l’intérieur même du pays, sa forte personnalité.</p>



<p>Lors du procès, si on peut qualifier ainsi la mascarade dont il fit l’objet, Tahar Ben Ammar fut questionné à propos d’un document obtenu par le résident général dont Habib Bourguiba&nbsp;était le détenteur, de Mohamed Salah Mzali, et du projet de réforme limitée du résident général Voizard, soutenu par le Bey et/ou son fils Chedli,&nbsp;avec un gouvernement et un parlement tunisiens incluant <em>«de jure»</em> des Français. Ce projet avait visiblement déboussolé un militant aussi chevronné que Hédi Nouira, au point de le&nbsp;pousser à démissionner des instances dirigeantes du Néo-Destour. Or, Voizard aurait été, tout comme Mzali, franc-maçon, selon l’auteur du livre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nationalisme ombrageux et nationalisme apaisé</h2>



<p>Sans doute,&nbsp;lors du procès, voulait-on insinuer que Tahar Ben Ammar le fût également, mais il s’est toujours opposé aux menées du résident général visant à empêcher l’émergence&nbsp; d’institutions tunisiennes homogènes, c’est- à dire réservées&nbsp;aux seuls Tunisiens de souche. Quelle souche? Il compta de nombreux juifs tunisiens parmi ses amis et collaborateurs et il ne faut pas oublier ses contacts avec Elie Cohen Hadria ou André Duran Angliviel, le rôle déterminant que joua un homme comme l’avocat Albert Bessis omniprésent lors des négociations avec la France, ni les liens tissés avec Lucie Faure, l’épouse d’Edgar, qui avait trouvé refuge à Nabeul durant l’occupation allemande de la France et qui lui ouvrit souvent les colonnes de sa revue <em>La nef</em>.&nbsp; Il n’en fut pas pour autant un cosmopolite, son engagement en faveur de l’indépendance totale du pays fut immanent, jamais contredit par les faits ou les évènements.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="munpA20jxm"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2017/09/28/tahar-ben-ammar-une-biographie-subjective/">Tahar Ben Ammar : Une biographie subjective</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tahar Ben Ammar : Une biographie subjective » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2017/09/28/tahar-ben-ammar-une-biographie-subjective/embed/#?secret=f07glUBmsn#?secret=munpA20jxm" data-secret="munpA20jxm" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi,&nbsp;face au nationalisme ombrageux et au réformisme radical de Bourguiba, d’expression populiste, Tahar Ben Ammar représentait le nationalisme apaisé et le réformisme modéré des milieux d’affaires et des grands propriétaires terriens entretenant des relations cordiales avec le capitalisme étranger, qui se serait volontiers accommodé d’une monarchie parlementaire de type britannique, sinon on peut le supposer&nbsp;proche du modèle marocain. Bref, il constituait une alternative politique crédible, et cela, un régime nationaliste autoritaire tirant sa légitimité de l’adhésion des masses ne pouvait pas le tolérer.</p>



<p>En 1969, après le désastre des coopératives, un Bourguiba en larmes trouva utile de le tirer de sa retraite pour le décorer. Néanmoins, on se posera toujours la question de savoir comment le fils d’un agriculteur et éleveur aisé ayant quitté le lycée Carnot avant le baccalauréat pour diriger les affaires de sa famille, aura pu maîtriser de cette manière la langue de Molière ainsi que les subtilités de la politique nationale et internationale, et sera vu ouvrir toutes les portes, y compris celles du président américain Wilson en 1921, au point de devenir l’interlocuteur indispensable lors des négociations pour l’indépendance de son pays. Il y a là un mystère qui n’altère en rien le charme et la grandeur du personnage trente sept ans après sa mort.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><strong><em>‘‘Tahar Ben Ammar, le combat d’un homme, le destin d’une nation’’ (en arabe), par Chedly Ben Ammar, Tunis, 2015.</em></strong></p>
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