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	<title>Archives des la Mecque - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des la Mecque - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Hajj 2024 : Le MAE annonce que des pèlerins tunisiens portés disparus ont été retrouvés</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/06/24/hajj-2024-le-mae-annonce-que-des-pelerins-tunisiens-portes-disparus-ont-ete-retrouves/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yusra NY]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 24 Jun 2024 22:33:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[disparus]]></category>
		<category><![CDATA[hajj]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[MAE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger a annoncé, ce lundi 24 juin 2024, que des pèlerins tunisiens qui étaient portés disparus ont été retrouvés. Dans son communiqué, le MAE ajoute que les recherches se poursuivent, en coordination avec les autorités saoudiennes, afin de retrouver les autres Tunisiens disparus,...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>Le ministère des Affaires étrangères, de la Migration et des Tunisiens à l’étranger a annoncé, ce lundi 24 juin 2024, que des pèlerins tunisiens qui étaient portés disparus ont été retrouvés.</strong></em></p>



<span id="more-13432799"></span>



<p>Dans son communiqué, le MAE ajoute que les recherches se poursuivent, en coordination avec les autorités saoudiennes, afin de retrouver les autres Tunisiens disparus, en affirmant par ailleurs suivre de près la situation des 24 pèlerins hospitalisés.</p>



<p>Sur un autre plan, le ministère a indiqué que le Consulat général délivre actuellement des laissez-passer aux pèlerins ayant perdu leurs passeports pour faciliter leur retour en Tunisie.</p>



<p>Rappelons que le Consulat général de Tunisie à Djeddah a indiqué, ce jour, que le nombre de pèlerins tunisiens décédés s’élève, au 24 juin, à 60…</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Y. N.</strong></p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le Coran : de la Mecque à Jérusalem, un «digest» pas plus apocryphe que la Bible</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/08/le-coran-de-la-mecque-a-jerusalem-un-digest-pas-plus-apocryphe-que-la-bible/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 08 Jan 2023 07:49:36 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[christianisme]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
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		<category><![CDATA[judaïsme]]></category>
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		<category><![CDATA[Moïse]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’Occident triomphant et dominateur rejette l'Islam, si proche par des valeurs et ses symboles, dans une inquiétante étrangeté et un antagonisme radical. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/08/le-coran-de-la-mecque-a-jerusalem-un-digest-pas-plus-apocryphe-que-la-bible/">Le Coran : de la Mecque à Jérusalem, un «digest» pas plus apocryphe que la Bible</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong>Par rapport à l’Occident triomphant, le fantasme qu’il surnomme Islam procède de l’inquiétante étrangeté, si proche par ses valeurs et ses symboles, mais que l’Histoire et l’Orientalisme, mais aussi la politique, situent sur le plan de l’antagonisme radical et de l&rsquo;absolue étrangeté. </strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong></p>



<span id="more-6001345"></span>



<p>Il n’est pas aisé de parler objectivement du livre sacré de sa propre communauté dont les enseignements, les citations et les symboles ont influencé sa propre enfance, sa scolarité, et structurent par l’adhésion ou le rejet sa vie d’adulte. </p>



<p>Des versets tels que <em>«quand l’enterrée est interrogée, au nom de quel péché est elle tuée»</em>, outre leur puissance et leur esthétique lyrique évocatrices du jour du jugement, meublent l’âme et constituent une source inépuisable d’inspiration condamnant l’infanticide et le féminicide. </p>



<p>Néanmoins, à une époque où le fait scientifique impose des vérités qui ne peuvent plus être ignorées, comme par exemple celle du temps pris par la création de l’univers, la pertinence de certaines convictions s’en trouve inévitablement remise en question, mais la religion constitue néanmoins un puissant marqueur identitaire&#8230; qu’il faut traîner comme un boulet lorsqu’on se situe dans le bas de la hiérarchie des races et des cultures établie par la colonisation en son temps et réactivée depuis le 11 Septembre 2001, et ce sentiment est d’autant plus pénible qu’il s’insère dans des faits, ceux de processus de domination économique, stratégique et de rapports de forces à l’échelle mondiale dont l’objectif est de diviser pour régner. </p>



<p>Autrement dit, si on oublie qui on est, d’autres se chargent de nous le rappeler. Et l’aire définie comme arabo-musulmane par le langage dominant mais aussi dominé, pas pour les mêmes raisons, se trouve soumise à une telle logique, celle de la confrontation et du morcellement, à laquelle pour reprendre les paradigmes du Choc des Civilisations, l’aire Confucéenne et l’aire Hindoue ont échappé au moment où elles se sont vu reconnaître leurs réalités politiques. </p>



<p>Or par rapport à l’Occident triomphant, le fantasme, comment le qualifier autrement, qu’il surnomme Islam, procède de l’inquiétante étrangeté, si proche par ses valeurs et ses symboles, mais que l’Histoire et l’Orientalisme situent sur le plan de l’antagonisme radical. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La divergence fondamentale</h2>



<p>Il est dès lors inévitable d’examiner le Coran, le cœur de ce radical étrange, afin de déterminer à quel niveau des convictions occidentales, c’est-à-dire de la Bible, puisque celle-ci en structure bel et bien la laïcité et la démocratie, se situe l’origine de ce qu’on ne peut qualifier que de divergence fondamentale. Et le fait qu’en réalité le Coran exhorte ses fidèles à croire aux Prophètes qui ont précédé et aux Livres qu’ils ont apportés, tout en prétendant les corriger des falsifications et des altérations qui y ont été apportées, constitue une autre raison importante de le lire à la lueur de la Bible, pour comprendre comment et en quoi le texte sacré d’origine a été modifié, par qui, et pour quelles raisons, et s’il y a quelque espoir de le reconstituer. </p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="5KB4dPNmOq"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/01/le-nouveau-testament-de-la-religion-damour-au-commerce-du-salut-des-ames/">Le Nouveau Testament : de la religion d’amour au commerce du salut des âmes</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le Nouveau Testament : de la religion d’amour au commerce du salut des âmes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/01/le-nouveau-testament-de-la-religion-damour-au-commerce-du-salut-des-ames/embed/#?secret=0Pc1Om15Or#?secret=5KB4dPNmOq" data-secret="5KB4dPNmOq" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>La lecture comparée de la Bible devient dès lors une nécessité à laquelle les musulmans de l’époque contemporaine évitent généralement de souscrire (par exemple Ibn Hazm en Andalousie au XIe siècle, qui était également hébraïsant, ne partageait pas cette inhibition), puisque selon eux il s’agit d’un <em>«faux» </em>livre sacré que le leur prétend corriger. </p>



<p>Mais les musulmans ont depuis longtemps et pour la plupart perdu le sens prophétique, disparu avec l’habitude de lire, hormis une minorité, ceux qui se situent dans un cadre universitaire académique où la domination de la pensée occidentale est un dogme, et où paradoxalement l’esprit critique n’est pas la vertu cardinale. </p>



<p>Pourtant cette lecture comparée éclaire le Coran d’une lueur surprenante, celle justement de la confirmation de plusieurs de ses thèses centrales, qui jette à tout le moins le trouble chez un esprit occidental et l’oblige au minimum à une relecture critique du texte, ou bien le contraint à la mauvaise foi la plus évidente.  </p>



<p>Ainsi en est il de la plus importante de ces thèses, l’apostolat de Mohamed, défini dans les Évangiles comme le Paraclet, le Consolateur, par lequel Dieu s’exprime, et dans le Deutéronome, par le prophète issu des frères d’Israël semblable à Moïse auquel Dieu a mis ses paroles dans sa bouche et qui ne dit que ce qu’il lui commande. </p>



<p>Pourtant c’est là le cœur du problème: les juifs et plus encore les chrétiens, refusent absolument d’admettre les conséquences de leurs propres écritures, à savoir la validité de la mission prophétique de Mohamed en regard des critères qui y sont définis, qu’ils qualifient de <em>«faux prophète»,</em> mais cette appellation exclusive, même si elle est péjorative, ne résout pas leur problème, parce que procédant d’un concept issu de la Bible, elle est en réalité intégrative, et cela définit le noyau de l’inquiétante étrangeté qui définit l’Islam aux yeux des Occidentaux. </p>



<p>La prétention à supplanter Israël, l’ancien (juif) et le nouveau (chrétien), dans l’Alliance avec le divin, procède d’une remise à jour d’une alliance bien plus ancienne, celle établie en amont avec Abraham, que l’Ancien Testament ne peut nullement contester. </p>



<p>Avec le Nouveau Testament les choses sont différentes puisque les Évangiles (plus précisément celui de Matthieu) sont des témoignages et non pas des écrits divins qui évoquent un Jésus Fils de Dieu animé du Saint Esprit qui est mort sur la Croix puis ressuscité pour racheter l’humanité de ses péchés par la grâce divine. </p>



<p>Cette thèse trinitaire est en opposition avec celle du Coran qui après avoir confirmé la naissance miraculeuse issue de la Vierge Marie, dont il prend la défense, définit Jésus fils de Marie comme un prophète saint consolidé par la Saint Esprit qui n’a pas été crucifié, mais qui a été <em>«ascensionné»</em>, et quant à la crucifixion, <em>«ainsi leur en a-t-il semblé»</em>, il ne se serait agi que d’une illusion. </p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;opposition radicale</h2>



<p>Il y a ainsi une opposition radicale entre les Évangiles et la thèse soutenue par le Coran sur la nature du Messie, mais comme l’Eglise depuis le troisième siècle se bat pour définir par ses différents conciles les textes et les points de vue conformes à la <em>«foi véritable»</em> de la doctrine trinitaire, en éliminant tout ce qu’elle définit comme apocryphe, le Christianisme apparaît de plus en plus comme sa création, et ceci ne contribue pas peu à la contestation, et aux querelles .</p>



<p>L’apparition au VIIe siècle de l’Islam est perçue au départ par les chrétiens comme celle d’une nouvelle hérésie issue d’Arius, l’évêque d’Alexandrie dont le point de vue sur les natures différentes du christ et de la vierge Marie avait été condamné par les différents conciles de l’Eglise. </p>



<p>Le Coran s’oppose donc au Judaïsme rabbinique en reprenant les thèses des Prophètes de l’Ancien Testament (Samuel, Isaïe, Jérémie) sur les péchés des enfants d’Israël et leur violation de l’Alliance, à la notable différence que la conséquence en est leur déchéance et la consécration d’une nouvelle alliance élargie aux non juifs, et en cela il est parfaitement en accord avec les écrits de Paul dans le Nouveau Testament. </p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="CzCXO5KyiM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/25/lancien-testament-israel-contre-les-incirconcis-aux-origines-de-la-guerre-sainte/">L’Ancien Testament: Israël contre les incirconcis; aux origines de la guerre sainte</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’Ancien Testament: Israël contre les incirconcis; aux origines de la guerre sainte » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/12/25/lancien-testament-israel-contre-les-incirconcis-aux-origines-de-la-guerre-sainte/embed/#?secret=Yyr7qr9FEV#?secret=CzCXO5KyiM" data-secret="CzCXO5KyiM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Néanmoins, le Coran se situe en opposition avec les différentes Églises chrétiennes qui toutes s’accordent sur la nature divine du Christ, et il s’accorde avec les thèses soutenues par ceux parmi les juifs qui ayant cru à la fonction prophétique du Messie, excluent sa nature divine et ne croient pas à sa résurrection. </p>



<p>La polémique engagée contre les juifs et les chrétiens est un thème central du Coran qui dans le contexte de l’Arabie de l’époque a de quoi étonner mais ne doit pas faire oublier son opposition fondamentale à l’idolâtrie, identique en cela au monothéisme intransigeant de Moïse. </p>



<p>Le Coran a été révélé en effet dans un contexte d’opposition militaire non seulement aux Juifs de Médine, mais surtout aux Arabes de la Mecque, leurs alliés, dont le polythéisme consacre la position politique et commerciale importante, et la cité est un centre de pèlerinage visité par les représentants des différentes tribus, parfois venus des lointaines régions de l’Arabie. </p>



<p>La confrontation avec le polythéisme mais aussi l’ordre mercantile qui en est issu, vont donc constituer un thème central du Coran et se manifester par des versets traitant de différents thèmes: eschatologie, guerre, louanges, éthique, commandements, rites. </p>



<p>Les versets du Coran sont souvent comparables dans leur teneur, plus rarement leur style, aux écrits de l’Ancien Testament, particulièrement le livre d’Isaïe, mais aussi le Deutéronome, les Psaumes, parfois au Nouveau Testament avec les écrits de Paul ou même l’apocalypse de Jean , avec un usage fréquent de l’anathème, et de l’imprécation qui n’est pas sans rappeler les Livres des Prophètes Samuel ou Jérémie. </p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;appel d&rsquo;Abraham </h2>



<p>Ce sont donc là des écrits qui ne sont pas apocryphes. Néanmoins le Coran prend toujours la défense des Prophètes souvent accusés (par les scribes) dans l’Ancien Testament, des pires méfaits, et cela le situe bien dans la contestation contre le Rabbinat, héritier de la légitimité des prêtres du Temple de Jérusalem, qui a introduit dans le Judaïsme par le biais du Talmud des pratiques issues du polythéisme originaire du royaume d’Israël, comme la divination, la sorcellerie, la cartomancie, ou le culte rendu à d’autres dieux ou déesses (Baal, Ashira, Chekhina), toutes des pratiques formellement interdites par la Loi de Moïse. </p>



<p>Les scribes dans le Coran ne sont pas nommés en tant que tels, ils sont évoqués comme ceux qui écrivent le Livre de leurs propres mains et disent qu’il est de Dieu, ou bien ceux qui l’écrivent pour acheter un vil prix, et cela accrédite la thèse de la falsification du texte de la Bible. </p>



<p>Deux faits sont à signaler: le premier est  la désignation du Messie en tant que Issa qui ne correspond nullement à Jésus ou Yehoshua, mais plutôt à Isaïe, et ceci constitue une énigme; le second est celui de la limitation (par rapport à la Loi de Moïse) des interdits alimentaires, au sang, aux cadavres d’animaux, à ce qui a été consacré à d’autres dieux, et au porc, les trois premiers interdits étant ceux dont le respect a été exigé par les judéo-chrétiens de Jérusalem des païens qui se convertissent à la foi du Christ pour les dispenser de la circoncision. </p>



<p>Les païens s’étaient vu adjoindre une autre exigence, la chasteté, qui n’ayant rien d’une contrainte alimentaire, est probablement une modification issue ultérieurement des scribes de l’Eglise qui n’avaient pas estimé raisonnable l’interdiction du porc, soit pour des raisons pratiques, soit pour supprimer tout interdit évocateur de Loi de Moïse dont Paul de Tarse avait décrété l’abolition. </p>



<p>La caractéristique du Coran est que les différents sujets abordés (louanges, guerres, lois, eschatologie) sont intriqués dans les Sourates, dont seuls quelques versets définissent les thèmes principaux. Mais puisque la raison d’être du Coran se trouve dans un rappel, celui du jugement après la mort et d’une félicité éternelle que seuls ceux qui croient en la prophétie de Mohamed et se conforment à son enseignement atteignent, son caractère répétitif devient compréhensible. </p>



<p>Quelques-uns des rites sont doués d’un sens symbolique fort : la prière est une offrande, mais depuis la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains, les sacrifices d’animaux ne sont plus prescrits, les juifs prient en récitant les écritures, et les chrétiens en psalmodiant des prières. </p>



<p>Le jeûne tout comme les lois de la guerre dans le Coran sont ceux auxquels ont été astreints <em>«ceux qui ont précédé»</em>, autrement dit, dans le texte, les anciens Hébreux, ceux de Moïse, Josué, David. </p>



<p>La seule innovation véritable par rapport à la Bible se situe dans la promotion de la Mecque qui supplante Jérusalem en tant qu’orientation pour les prières, et lieu saint pour l’accomplissement du pèlerinage, et ce alors même que l’enceinte de la Kaaba, la maison de Dieu construite par Abraham, est encore le siège d’un culte païen idolâtre, qui disparaîtra avec le triomphe de l’Islam, tout comme cela avait été le cas avec la conquête de Jérusalem par David. </p>



<p>Le Hajj consacre véritablement le caractère prophétique mondial de l’Islam : Abraham a lancé son appel à l’humanité dans le désert vide de toute présence afin qu’elle accomplisse le pèlerinage et à l’époque contemporaine, plus de deux millions de personnes venues des quatre coins du monde y répondent chaque année afin de répéter la grande scène du jugement dernier. </p>



<p>La promotion de la Mecque a des conséquences importantes, l’eschatologie musulmane n’est plus fondamentalement liée à Jérusalem, contrairement aux juive et chrétienne qui lui demeurent étroitement liées; Jérusalem n’est plus que lieu du Masjid Aqsa, destination du voyage nocturne à partir duquel Mohamed est monté aux cieux sur le <em>Bouraq</em>, mais en ce sens, le voyage vers la ville sainte en rêve n’était pas rares chez les prophètes hébreux exilés à Babylone. </p>



<h2 class="wp-block-heading">Un ordre nouveau</h2>



<p>Alors que pour les Juifs, le Jour du Jugement consacre le rétablissement d’Israël et la destruction des nations ennemies, pour les chrétiens, il s’agit de l’accès à la vie éternelle par la foi en Jésus-Christ et l’avènement de la Jérusalem céleste. En Islam, le Jour du Jugement acquiert un sens physique véritable presque palpable, dont le Coran se fait l’écho tout au long de ses sourates, où chacun rend compte de ses actes devant le tribunal de Dieu, avec la promesse répétée d’une rétribution pour les bons, le paradis éternel, et d’un châtiment pour les mauvais qui ont emprunté la voie de Satan, l’enfer éternel. </p>



<p>Évidemment, les bons sont ceux qui croient en la véracité de la prophétie de Mohamed le sceau des prophètes, celui qui clôt le cycle prophétique, et qui mettent leurs actes en conformité avec les commandements du Coran… qui globalement ne sont autres que ceux, éthiques, de Moïse. </p>



<p>La comparaison entre Mohamed et Moïse s’impose, ce sont tous deux des opposants, des émigrants, des chefs de guerre, des législateurs, et les promoteurs d’un ordre nouveau. Et leur Dieu est le même, celui qui entre autres voue par interdit ses ennemis dans la guerre, ceux qui adorent d’autres dieux. Et tous deux n’ont laissé comme traces de leurs passages que deux corpus considérés comme sacrés. Tous deux se sont vu succéder par des institutions étrangères à l’éthique qu’ils ont prônée: le Temple de Jérusalem pour les uns, et le Califat avec ses clercs  pour les autres, qui a abouti à la Fitna et au schisme, mais il en a été de même avec le Christ et l’Eglise, et la liberté de contester l’ordre établi à l’origine du Judaïsme, du Christianisme, et de l’Islam, a finalement été remplacée par un conformisme se basant sur des accusations d’impiété telles que celle d’hérésie chez les chrétiens, de minime chez les juifs, ou de <em>zandaqa</em> et <em>kofr</em> chez les musulmans. </p>



<p>Si encore on tient rigueur à ces derniers de leur croyance en un jour de la résurrection réelle, pour expliquer leur supposée propension au terrorisme, un phénomène lié aux conjonctures politiques et stratégiques du XXIe siècle dont <em>«on»</em> veut leur faire porter la responsabilité au niveau scripturaire, il n’est qu’à se rendre en Egypte, à Louqsor, à la vallée des Rois, et observer les magnifiques fresques murales qui tapissent les parois de ses tombeaux montrant la pesée des actions du mort sur une balance, à la plume près. </p>



<p>Cela étant, on  réalise  que le Jour du Jugement, c’est une très vieille histoire, dont la négation a d’ailleurs constitué le thème central de la première hérésie religieuse à fondement historique, celle du Pharaon Akhenaton, que d’aucuns (Freud) suspectent d’avoir été l’initiateur de Moïse. </p>



<p>Eu égard à ce précédent égyptien, l’hérésie est donc plutôt ce qui nie la résurrection. Si donc il existe une différence fondamentale entre la Bible et le Coran, c’est la croyance en la réalité <em>«physique»</em> de la résurrection des morts, du Jugement, du Paradis et de l’Enfer, qui la définit. </p>



<p>Cela dit, que les musulmans se soient détournés du temps du prophète Mohamed de Jérusalem au profit de la Mecque n’implique nullement qu’ils aient renoncé aux droits que leur confèrent l’Histoire (en y respectant pendant quatorze siècles les lieux saints des différentes confessions), leur foi issue d’Abraham, les lois internationales, et la présence de leurs lieux saints, sur la ville dont les Israéliens ont fait leur capitale et dont le nationalisme palestinien a fait le symbole de sa lutte pour ses droits nationaux. </p>



<p>En réalité, les accords dits d’Abraham n’ont démontré qu’une chose, l’obstination des gouvernements américain et israélien à exclure de la grande tradition d’Abraham, les musulmans&#8230; tout comme s’était évertuée à le faire pendant des siècles l’Eglise de Rome, avec comme conséquence qu’au XXIe siècle à l’ère du triomphe de la pensée positive et du développement sans précédent de la science, de la technologie, et de l’informatique, victime d’un racisme qui ne se dissimule pas la Turquie se voit refuser l’entrée de l’Europe <em>«parce qu’elle n’en partage pas les valeurs»</em>. </p>



<p>Aujourd’hui les juifs zélotes au pouvoir en Israël (soutenus par des chrétiens protestants anglicans, évangélistes et presbytériens, et même par l’Eglise Catholique depuis Benoît XVI) qui ne respectent pas plus ces mêmes valeurs que l’actuel Etat turc quand jouant sur la carte du nationalisme il transforme l’Église de Sainte Sophie en mosquée, prétendent revendiquer l’occupation du mont des mosquées pour y bâtir un nouveau temple de Salomon qui consacrerait Jérusalem en tant que capitale du monde et annoncerait le Jour du Jugement, mais apparemment ils ne situent plus le sens véritable de la Bible; sinon ils comprendraient qu’à trop vouloir détruire des murailles, ils n’abattent pour autant pas l’Histoire ou le Droit, ni ne s’ouvrent les portes du ciel. </p>



<p>Il y a quelques années, en 2006 exactement, Condoleeza Rice, alors secrétaire d’Etat du président américain Georges Bush, en visite à Beyrouth en pleine guerre sous un déluge de bombes et de destructions frappant la capitale libanaise, avait comparé cela aux douleurs de l’enfantement d’un nouveau Moyen Orient. Elle n’aurait pas pu mieux dire. En effet, cette comparaison est issue de la Bible et évoque les souffrances des juifs dispersés, et elle a été reprise par les premiers chrétiens afin de justifier leurs persécutions annonçant l’avènement du royaume des cieux et de la Jérusalem céleste.</p>



<p>Mme Rice annonçait ainsi à des musulmans un nouveau Moyen Orient ayant Jérusalem pour capitale. Il faut donc comprendre que dans un monde qui s’éloigne de plus en plus de l’éthique des religions monothéistes dans la gestion de son quotidien, la symbolique du sacré demeure un référent extrêmement puissant, même et surtout dans le champ politique. C’est peut être le destin du Coran de constituer à Jérusalem l’ultime pierre d’achoppement sur laquelle viennent se briser les dominations les plus puissantes qui promeuvent la raison mercantile et écrasent l’être humain.</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em> </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/08/le-coran-de-la-mecque-a-jerusalem-un-digest-pas-plus-apocryphe-que-la-bible/">Le Coran : de la Mecque à Jérusalem, un «digest» pas plus apocryphe que la Bible</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&#8217;islam» : La journée du logis</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Apr 2022 13:02:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
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		<category><![CDATA[Mouawiya Ibn Abi Soufiane]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le calife Othmane Ibn Affane regrettait le bord du puits Aris où il aimait à se laisser bercer par les songes; cloîtré chez lui, désormais, il ne pouvait plus l’atteindre. Il ne pouvait même pas en boire, ses assaillants lui refusant d’être approvisionné en eau. Par Farhat Othman La rébellion d’Irak, à AlKoufa, Khourasan, Basra,...</p>
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<p><strong><em>Le calife Othmane Ibn Affane regrettait le bord du puits Aris où il aimait à se laisser bercer par les songes; cloîtré chez lui, désormais, il ne pouvait plus l’atteindre. Il ne pouvait même pas en boire, ses assaillants lui refusant d’être approvisionné en eau.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388712"></span>



<p>La rébellion d’Irak, à AlKoufa, Khourasan, Basra, et les troubles en Égypte avaient été à l’origine de la constitution d’attroupements qui, en douce, sous le prétexte du pèlerinage, se muèrent en troupes armées. Se mettant au départ deux mois avant le grand rendez-vous à La Mecque, venant notamment de la province égyptienne, avec nombre d’Abyssins dans les rangs, elles avaient marché sur Médine. Campant un moment à l’entrée de la ville, elles l’investirent finalement et assiégèrent le calife, le condamnant à se retrancher chez lui.</p>



<p>Au fil des jours, leur nombre grossit, mélangeant dans une totale confusion la populace aux guerriers, les Bédouins venus en foule dans la ville à des esclaves et des affranchis, se saisissant de l’occasion pour contester l’autorité de leurs maîtres. On était à la fin du printemps ; les chaleurs de l’été approchaient et le siège devenait de plus en plus dur à supporter. Les assiégeants empêchaient toute entrée ou sortie de la maison du calife et les assiégés commençaient à manquer d’eau.</p>



<p><strong>Surplombant du haut d’une terrasse l’entrée de sa demeure noire de cette foule en délire, Othmane vint à se montrer, </strong>demandant s’il y avait Ali parmi les présents; on lui répondit que non; alors, il s’enquit de Talha ; la réponse fut la même. Il ne dit plus mot, restant pensif. Ainsi ces Compagnons se lavaient les mains de ce qui lui arrivait ; ils étaient bien dans la ville, mais chacun gardait sa demeure.</p>



<p>Le calife était persuadé que les enragés le tenant chez lui enfermé les écouteraient s’ils voulaient venir leur parler ou leur demander de lever le siège. On fit savoir à Ali qu’Othmane demandait de l’eau ; il lui en envoya trois outres ; les deux premières faillirent ne pas arriver à destination, les porteurs ayant été bousculés par des assiégeants désireux de priver de tout secours leurs victimes ; certains des serviteurs d’Ali furent même blessés et la dernière outre par terre déversée. Aux premières lueurs de l’aube, Ali vint reprocher son comportement à la foule ; elle était houleuse ; à peine l’écouta-t-on : <em>— Ce que vous faites ne ressemble en rien aux agissements des croyants ni même à ceux des mécréants. Ne privez pas cet homme de provisions et d’eau ! Même les Byzantins et les Perses donnent à manger et à boire à leurs prisonniers.</em></p>



<p>N’ayant pas imaginé pareil accueil, il jeta de rage son turban par terre et, pestant, s’en retourna chez lui rouge de colère. De plus en plus excitée, la foule était, désormais, incontrôlable et incontrôlée. Oum Habiba, sœur de Mouawiya et l’une des femmes du prophète, avait auparavant tenté sa chance en se présentant au logis sur une jument avec un seau en cuir sur la selle. Elle eut beau tenter d’attendrir les assiégeants en prétendant venir du fait de sa qualité de parente d’Othmane afin d’obtenir de lui des droits de veuves et d’orphelins omeyyades avant qu’il ne lui arrivât quelque malheur. Ne respectant même pas son statut, on faillit la lyncher ; des âmes charitables s’interposèrent, la recueillirent au sol, lui épargnant d’être foulée à mort par des pieds rageurs.</p>



<p><strong>On avait comme l’impression d’assister à la répétition d’un forfait majeur. </strong>Rien n’était plus respecté ; un crime de lèse-majesté se préparait. Cela fit peur à une autre épouse du prophète, Aïcha, qui décida de partir en pèlerinage, fuyant Médine. Elle souhaita que son demi-frère Mohamed l’accompagnât en le voyant par trop actif avec les insurgés. Il se sentait blessé dans sa fierté par une incartade du calife et réclamait vengeance ; dans ce désir qu’elle trouva légitime, elle le soutint un moment ; mais elle en était arrivée à le regretter en voyant les choses menacer de déraper.</p>



<p>Mohamed, fils d’Abou Bakr, refusa net, tentant de profiter de l’occasion que la montée de la tension autour d’Othmane lui donnait pour venger son honneur bafoué par un calife qui, après l’avoir nommé gouverneur, ordonna en catimini sa mise à mort.</p>



<p>Il y avait une quarantaine de nuits que le siège était mis autour du cossu logis d’Othmane construit de pierre et à la chaux, aux portes solides en bois de teck dont de fines incrustations de genévrier égayaient la teinte brunâtre. En cette nuit du jeudi à vendredi, le calife n’arrivait pas à se concentrer sur le Coran, invariablement entre les mains depuis le début des événements ; sa lecture, cette fois-ci, ne subjuguait plus son esprit chahuté par ce qui se passait. Il avait réussi jusque-là à ignorer les graves faits qui ont fini par affleurer à la surface de ses noires pensées. Il voulait néanmoins continuer à faire comme s’il n’était point au centre de tout ce qui endeuillait la ville. D’un œil tout à fait extérieur, quelque peu hébété, il se souvenait des causes directes de ce drame.</p>



<p><strong>Outre les gens d’Irak, d’autres s’étaient plaints de leur gouverneur; ils étaient d’Égypte.</strong> Ils vinrent une première fois voir le calife qui les écouta aimablement et voulut bien adresser une lettre à son gouverneur le tançant et lui donnant des ordres dans le sens des doléances de la délégation. Habitué à abuser de la réputation de souplesse et de bonhomie d’Othmane, le gouverneur osa refuser d’exécuter l’ordre, allant jusqu’à se venger de l’une des personnes qui se rendirent à Médine en la mettant à mort. Ces gens encore plus révoltés, dont le nombre gonfla, passant à sept cents environ, résolurent de revenir dire leur colère au calife. Aux troupes révoltées se joignirent tous ceux qui trouvaient dans ces désordres une aubaine : les aventuriers et les plus miséreux des nomades, les esclaves chahutant leurs maîtres et les affranchis réclamant une totale liberté.</p>



<p>Ils commencèrent par camper autour de la mosquée de Médine et se plaindre auprès des derniers Compagnons vivants du prophète. Talha Ibn ObeïdAllah, le membre absent du groupe de la consultation d’Omar, se fit leur porte-parole auprès du calife auquel il tint des propos assez durs. Même Aïcha, la jeune veuve du prophète, n’était pas peu courroucée contre lui, envoyant lui dire : <em>— Les Compagnons du prophète t’avaient déjà demandé de démettre cet homme, mais tu as refusé. Et le voilà qui attente à une âme ; tu dois rendre justice contre ton agent !</em></p>



<p>Intercédant aussi auprès de lui au nom de la délégation égyptienne, Ali lui fit une proposition précise : <em>— Ils te demandent un homme pour un autre ; ils prétendent même qu’il a versé du sang. Démets-le de ses fonctions et tranche le différend, et s’il s’avère coupable, rends-leur justice.</em></p>



<p>Le calife était aux abois; il ne pouvait que se rendre à l’avis de ses compagnons. Il demanda aux gens d’Égypte de choisir quelqu’un pour le désigner à la place du gouverneur contesté. On lui proposa l’un des fils d’Abou Bakr, Mohamed. La nomination fut aussitôt rédigée et le nouveau gouverneur quitta Médine pour rallier son poste accompagné de la délégation égyptienne ainsi que de certains de ses amis parmi les Émigrants et les Renforts. Et le calme sembla revenir pour quelque temps à Médine.</p>



<p>Le nouveau gouverneur désigné et ses hommes étaient à trois jours de la cité du prophète quand ils avisèrent, au loin dans le désert, un chameau se dirigeant en toute hâte dans la même direction qu’eux et qui en vira, en les apercevant manifestement. Intrigué, on se lança à sa poursuite et on l’intercepta. C’était l’un des serviteurs noirs d’Othmane ; il leur dit avoir été dirigé par le calife vers le gouverneur d’Égypte, mais ce n’était pas le fils d’Abou Bakr. Pressé de questions, violenté, apeuré, il prétendait tantôt être l’esclave d’Othmane, tantôt celui de son secrétaire Marouane. Il finit par avouer être porteur d’une lettre ; on ne trouva rien sur lui. Il n’avait que sa gourde en cuir ; elle ne contenait pas la moindre goutte d’eau, elle raisonnait d’un bruit, pourtant ; il y avait quelque chose dedans. On tailla le cuir pour sortir le contenu; c’était un courrier scellé.</p>



<p><strong>Mohamed, fils d’Abou Bakr, réunit tous ses accompagnateurs autour de lui </strong>avant de desceller le courrier qu’il lut à haute voix. Il s’agissait d’une lettre du calife ; il s’y adressait à son gouverneur démis. La lisant, Mohamed faillit s’étrangler de rage ; il y était dit : <em>«Dès l’arrivée de Mohamed et de ses compagnons, arrange-toi pour les tuer. Tu annuleras l’ordre qu’ils portent et tu resteras à ton poste jusqu’à nouvel ordre. Emprisonne tous ceux qui viendront se plaindre auprès de toi tant que je ne t’aurai pas fait connaître mon avis en la matière.»</em></p>



<p>La consternation ne dura qu’un instant ; un murmure de réprobation se fit aussitôt, suivi de cris de colère et d’appels vengeurs : la turpitude du calife méritait une sanction ! Le gouverneur désigné tint à faire contresigner la lettre par ses accompagnateurs et décida de rebrousser chemin. Le tollé fut général au retour du groupe. Publiquement lue à la mosquée, la missive fut unanimement dénoncée et le calife copieusement hué. On guettait la réaction des principaux Compagnons et notamment ceux qu’on appelait les conseillers qualifiés, ces personnes choisies par Omar pour la cooptation du calife.</p>



<p>En dehors d’Othmane, ils étaient quatre : Ali, Talha, Azzoubeyr et Saad ; Abd ErRahmane Ibn Aouf étant décédé trois ans plus tôt. Ils étaient tous consternés, n’ayant pas assez de mots sévères pour dénoncer ce qu’ils considéraient comme un acte inqualifiable de la part d’Othmane.</p>



<p>Soutenu par sa demi-sœur, le fils d’Abou Bakr fit appel aux membres de sa tribu ; il se sentait à la fois humilié et agressé par le désaveu et l’attentat à sa vie. Quand arrivèrent des troupes d’Égypte et d’Irak et campèrent aux environs de la ville, il fit cause commune avec leurs meneurs. Ali, qui était aussi le beau-père de Mohamed, ayant épousé sa mère après la mort d’Abou Bakr, tenta une médiation. Emmenant avec lui l’esclave noir, son chameau et la lettre descellée, il alla voir Othmane. Lui désignant l’homme, il demanda :</p>



<p>— <em>Est-ce ton serviteur ?</em></p>



<p>— <em>Oui</em>, répondit Othmane.</p>



<p>— <em>Et le chameau, est-il à toi ?</em></p>



<p>— <em>Oui.</em></p>



<p>— <em>Et ce sceau ; est-ce le tien ?</em></p>



<p>— <em>Oui.</em></p>



<p>— <em>Alors, c’est bien toi qui a rédigé la lettre ?</em></p>



<p>— <em>Non, et je le jure par Dieu, grand et puissant ! Cette lettre, je ne l’ai ni rédigée ni ordonné ce qui y est écrit et je n’ai pas envoyé du tout ce serviteur en Égypte.</em></p>



<p>Examinant la calligraphie, d’aucuns doutèrent qu’elle fût celle du calife; ils étaient même quasiment certains qu’il s’agissait de l’écriture de son secrétaire Marouane. Comme il était dans la demeure d’Othmane, on le somma de le livrer. Mais celui-ci assumait pleinement la vieille tradition arabe de la protection du réfugié au risque de la vie et ce nonobstant sa culpabilité ; le livrer revenait à renier une valeur cardinale, à se couvrir de la pire honte. Aussi, son premier réflexe, dont il ne se départit plus après, fut de refuser catégoriquement toute remise.</p>



<p>Marouane, de plus, était son cousin et il y avait de sérieuses raisons de penser que le remettre aux assiégeants revenait à le livrer à une mort assurée. Certains voulaient bien croire à la sincérité d’Othmane quant à son innocence ; ils lui faisaient néanmoins assumer la responsabilité de l’ordre infamant donné à son gouverneur d’Égypte tant qu’il ne leur aurait pas remis son auteur. On voulait questionner l’intéressé, faire toute la lumière sur le secret de la missive ; or son refus multipliait les zones d’ombres et suscitait les doutes.</p>



<p><strong>Comment pouvait-on ordonner un meurtre sans raison et celui d’un Compagnon qui plus est ?</strong> L’ordre a-t-il été dicté par Othmane ? Marouane l’avait-il écrit au nom du calife ou en prit-il l’initiative ? Devant lui, on fit l’analyse suivante : — <em>De deux choses l’une : ou tu dis la vérité ou tu mens ; dans les deux cas tu ne mérites pas de continuer à assumer la responsabilité de notre destinée. Car si tu mens, tu mérites sans conteste la déposition pour avoir ordonné de faire couler notre sang sans raison. Et si tu dis la vérité, tu mérites également d’être déposé pour cause de faiblesse et de négligence dans la gestion des affaires publiques et d’un entourage de courtisans perfides qui décide de notre sort en lieu et place de celui que nous avions accepté.</em></p>



<p>Othmane chercha à gagner du temps en proposant de renouveler ses excuses et de demander pardon. On lui répondit ne vouloir plus se laisser berner et l’on exigea sa démission, le menaçant de le combattre, et si nécessaire de le tuer. Refusant catégoriquement l’hypothèse de la démission, il soutint qu’il ne se défendrait pas s’ils le combattaient, précisant qu’il a donné la consigne aux quelques hommes qu’il avait autour de lui de ne pas brandir leurs armes et que quiconque le ferait agirait sans son accord. Il leur dit même accepter d’être mis à mort en les mettant en garde toutefois sur l’entière responsabilité qui serait alors la leur.</p>



<p>Les faits dénoncés n’étaient pas constitutifs d’un délit méritant la mort d’après la religion de Mohamed ; il n’avait pas apostasié et ne s’était pas rendu coupable d’adultère ou de meurtre. Puis, il ne craignait pas la mort ; sinon, il aurait depuis longtemps fait venir à Médine des armées pour le protéger ou l’aurait quittée pour se réfugier ailleurs. Sur le plan de ses principes, Othmane restait attaché aux schémas mentaux classiques, ceux qui prévalaient du temps du prophète et qui restèrent encore de rigueur aux débuts de l’État musulman, du temps des deux premiers califes. Il agissait comme si, depuis, les choses n’avaient point changé.</p>



<p>Au niveau de la pratique, il était cependant totalement désemparé. Il multipliait les contradictions, se laissant dépasser par les événements, essayant tantôt de rattraper ses maladresses, se retranchant tantôt derrière des positions de principe inadaptées aux circonstances, dont la rigidité lui permettait néanmoins de gommer l’extrême faiblesse de ses attitudes et la friabilité de ses agissements.</p>



<p><strong>En cette veille de fête du sacrifice, Médine était bien triste. C’était la fin du pèlerinage à La Mecque,</strong> dont le calife a dû, depuis la terrasse de son logis, charger le fils AlAbbès pour en présider les rites. En ville, c’était enfin Ali qui était en charge de la prière après des jours de flottement et de pagaille. Au début, on n’empêcha pas le calife d’assurer ce premier devoir de son ministère. Cela se passait toutefois dans le plus grand désordre et, chaque jour davantage, dans un brouhaha grandissant de contestation et de protestation.</p>



<p>Malgré les conditions de plus en plus honteuses pour une pratique sereine, Othmane tenta de garder son calme et patienta sans vouloir prendre la moindre initiative. Vingt jours durant, aux heures de la prière, il alla chaque jour présider ces rangs d’hommes de moins en moins pénétrés par le devoir religieux, la tête de plus en plus à la politique et à la sédition.</p>



<p>Quand on osa s’attaquer à lui, lui jetant des pierres, il se laissa convaincre par son entourage de demander du secours à ses gouverneurs dans les provinces. Aussi, il hésita à peine à signer le projet préparé en ce sens par son secrétaire. C’était un vendredi, le dernier jour où on l’autorisa à présider la prière. Ce jour-là, il osa déplorer la situation. Du haut de sa chaire, il s’adressa aux fauteurs de troubles : <em>— Vous, les étrangers à la ville, honte à vous ! Tous les habitants de Médine savent bien que vous êtes maudits par la voix même de Mohamed. Effacez vos fautes par des actes justes, car Dieu, Puissant et Grand, n’efface le mauvais que par le bon.</em></p>



<p>L’un des présents se leva, osant acquiescer : <em>— Je témoigne qu’il dit vrai.</em></p>



<p>Aussitôt, quelqu’un dans l’assistance, sabre au clair, se précipita sur lui et, de force, le fit se rasseoir au moment même où un autre présent, tentant de se lever, s’attirait un traitement identique de la part d’un autre quidam à la mine patibulaire. Et d’un coup, tout chavira. Des cailloux volèrent haut dans l’enceinte de la mosquée, s’abattant sur tous les présents. Les gens couraient dans tous les sens fuyant les projectiles et les hommes armés ; les projectiles pleuvaient sur la chaire ; ils ne manquèrent pas Othmane ; atteint à la tête, il s’affaissa sur son siège, évanoui. Emmené dans la hâte à la maison par ses proches, il ne fut plus autorisé à la quitter.</p>



<p>Ali vint lui rendre visite, mais regretta vite sa démarche ; l’entourage du calife le prenait à partie, le rendant déjà responsable de tout son malheur. Ce jour, il jura aussi de ne plus répondre aux appels au secours d’Othmane.</p>



<p>Une trentaine de journées passa ; à la mosquée, où la prière ne se faisait plus avec le calife, n’allaient presque plus que les insurgés. Les Médinois se terraient chez eux ; les rares qui osaient sortir le faisaient en armes et par groupe. Après le temps d’une occupation pacifique de la ville, les révoltés étaient devenus agressifs et entendaient imposer leur volonté par les armes ; ils n’hésitaient plus à s’en prendre à tous ceux qui osaient s’opposer à eux, y compris les personnalités en vue jusque-là épargnées.</p>



<p><strong>Othmane passait ses journées plongé dans la lecture du Coran. </strong>Certes, il avait déjà l’habitude de lire régulièrement ce livre dont il unifia les versions et sauvegarda l’authenticité ; désormais, il ne quittait presque plus ses mains. Cela lui permettait de garder sa sérénité malgré la gravité de la situation, noyant ses soucis dans l’envoûtement du livre sacré, ses sourates et ses versets.</p>



<p>Autour du logis, le siège était mis ; mais le calife pouvait encore dialoguer avec les meneurs de la foule qui l’assiégeait. De nouveau, à une délégation d’Égyptiens qu’il recevait, il jura n’être pour rien dans l’écrit qu’on lui reprochait, ne l’avoir ni écrit ni dicté ni su ; il admit cependant qu’il pouvait bien arriver qu’on attribuât à tort une lettre à quelqu’un ou qu’on falsifiât un sceau. Il ne les convainquit pas. Ils s’en allèrent fort agités, éructant que, dorénavant, Dieu autorisait sa mise à mort.</p>



<p>Au chef des troupes venues d’Irak, Othmane avait demandé : — <em>Que veulent les gens de moi ?</em></p>



<p>— <em>De trois choses l’une,</em> avait répondu AlAchtar,<em> et il n’y a aucune autre possibilité&#8230;</em></p>



<p>— <em>Et c’est quoi ?</em> s’était enquis Othmane dont les traces de variole sur le visage étaient devenues rouges de colère.</p>



<p><em>— Ils te laissent choisir entre démissionner, leur rendant ainsi le pouvoir afin qu’ils puissent nommer un autre homme de leur choix, t’appliquer à toi-même la sanction méritée ou être mis à mort par leurs mains.</em></p>



<p>— <em>Et il faut nécessairement choisir ?</em> s’était interrogé Othmane comme s’il parlait à lui-même en se grattant de la main droite sa barbe fournie qu’il n’avait plus teinte, selon son habitude, depuis le début des événements.</p>



<p>— <em>Il le faut nécessairement, </em>avait martelé le chef insurgé, en se redressant sur le coussin sur lequel il était appuyé pour ajouter à sa réponse encore plus de solennité.</p>



<p>— <em>Que je démissionne est hors de question, </em>avait répondu le calife sur un ton ferme. <em>Le pouvoir m’est revenu par la volonté divine et je ne saurais créer un précédent qui deviendrait une tradition après moi, autorisant la foule à répudier son guide chaque fois qu’il aurait eu le malheur de lui déplaire. Pour ce qui est de m’infliger à moi-même une sanction, mon vieux corps ne le supporterait pas. Déjà, je n’arrivais pas à assister aux châtiments que mes deux prédécesseurs se chargeaient bien volontiers d’appliquer eux-mêmes aux coupables. Quant à me tuer – si d’aventure vous le décidiez – alors, pour votre malheur, vous ne vous aimeriez plus après moi et vous ne pourriez plus jamais prier ensemble ni combattre unis un même ennemi.</em></p>



<p><strong>Plus tard, de la terrasse de la maison, il s’était adressé aux assiégeants, essayant de les raisonner</strong>: <em>— Vous savez bien qu’il n’est autorisé de faire couler le sang d’un musulman que dans trois hypothèses : apostasie, adultère et meurtre. Suis-je dans l’un de ces trois cas ?</em></p>



<p>Personne ne lui avait répondu. Il avait alors repris, usant de souvenirs, en appelant aux sentiments, leur rappelant un épisode douloureux, celui de la défaite du prophète lors de la bataille sur le mont Ouhod : <em>— Dieu vous est témoin ! Savez-vous que le prophète de Dieu – que Dieu le bénisse et le salue – quand il a été abandonné de ses hommes sur Ouhod, n’avait avec lui que neuf de ses compagnons, dont j’étais ; et quand la montagne bougea, risquant de faire tomber ses pierres, n’a-t-il pas dit : «Calme-toi Ouhod &nbsp;; sur toi, il n’y a qu’un prophète, un ami ou un martyr» ?</em></p>



<p>Au bout des lèvres de certains, à peine audible, un «oui» timide était suffisant pour le faire s’exclamer, content de cette reconnaissance inespérée de ses mérites : <em>— Ils témoignent enfin pour moi, Dieu de la Kaaba !</em></p>



<p>Les jours passèrent et la situation autour du logis ne bougea pas, s’aggravant même.</p>



<p>— <em>Personne n’entrera chez cet homme et personne n’en sortira !</em></p>



<p>La consigne venait de se faire dans les rangs juste après le passage entre les hommes de Talha Ibn ObeïdAllah qu’on vit susurrer quelque chose à l’un des chefs insurgés. Othmane était sur sa terrasse ; il le soupçonnait d’exciter les gens et on l’entendit invoquer la divinité contre lui&nbsp;: <em>— Dieu, préserve-moi de lui ! Faites qu’il ne récolte rien de ses menées et que son sang soit versé si on attente à ma personne !</em></p>



<p>Toutes les entrées et les sorties étaient désormais filtrées. Du haut de la terrasse, Othmane fit son apparition habituelle, salua la foule, mais personne ne lui répondit. Il les regarda, sales et méchants, les armes aux pieds, séparés de la porte par une poignée d’hommes qui lui était favorable. Il eut une poussée d’orgueil et leur dit tout haut : <em>— Si vous pensez avoir le droit de me mettre un pied dans la tombe, faites-le ! Que Dieu me pardonne si j’ai fait du tort ; d’avance, j’ai pardonné si jamais on me fait du mal !</em></p>



<p>Ce siège qui se prolongeait depuis plus d’un mois, Othmane ne souhaita pas le faire lever par la force. À ceux de ses soutiens qui l’avaient prié de les autoriser à en découdre avec les assaillants, il interdit fermement d’user de leurs armes. Parmi eux, il y avait certains de ses amis des Renforts qui lui firent savoir qu’il n’appartenait qu’à lui de décider qu’à nouveau, pour sa cause cette fois-ci, ils assumassent leur condition de Renforts de Dieu. Mais, invariablement, il leur répondait qu’il ne voulait pas de violence.</p>



<p>Quand AbdAllah, le fils d’Omar, était venu lui rendre visite, dans sa cotte de maille, le sabre au clair, lui affirmant être prêt à attaquer les assaillants, il l’adjura de partir déposer ses armes. À ceux des Médinois qui, au tout début, se plaignirent de la présence massive dans leur ville de ces étrangers, il interdit de s’en prendre à eux ou de chercher à les faire partir par la force.</p>



<p><strong>À voir la détermination de la foule en colère autour de son logis, il craignait le bain de sang </strong>et espérait l’éviter en s’abstenant de toute provocation, gardant la certitude que la tension finira par retomber. Celle-ci allait crescendo cependant ; et quand une rumeur se propagea de l’arrivée prochaine de troupes en provenance de Syrie et d’Irak, les Égyptiens se décidèrent à accélérer les choses. De plus en plus persistant, un mot d’ordre parcourait les rangs des foules en masse des assiégeants ; il portait une ferme intention de mise à mort. On en rapporta la teneur à Ali qui s’écria, horrifié : <em>— Nous ne voulions de lui que la remise de Marouane ; il est hors de question de le tuer.</em></p>



<p>Il mesurait le degré de gravité de la situation et, par la même, celui de sa responsabilité. Joua-t-il au feu ? s’était-il comporté en apprenti sorcier ? De tout cœur avec les révoltés quant aux principes, ayant choisi de se tenir à l’écart de la foule, veillant à ne pas laisser de prise sur lui à d’éventuels dérapages, il se devait quand même de prévenir que la situation, échappant déjà à tout contrôle, ne dégénérât dans un drame irréparable. Appelant ses deux fils AlHassan et AlHoussayn ; il leur dit : <em>— Prenez vos sabres et gardez la porte d’Othmane. Vous ne laisserez personne lui faire du mal.</em></p>



<p>Ne voulant pas être en reste, Azzoubeyr envoya son propre fils AbdAllah épauler les deux petits-fils du prophète. Et Talha en fit de même ainsi que nombre de Compagnons.</p>



<p><strong>Othmane ne savait plus quoi faire, hésitant entre ce qu’il était bon et ce qu’il était juste d’adopter comme attitude. </strong>Tantôt il espérait s’en sortir, voulait résister et demandait de l’aide ; tantôt il interdisait aux quelques hommes qui lui étaient restés fidèles de tenter quoi que ce fut. Tantôt il voulait lutter, tantôt il se résignait à préparer sa fin. Aussi, outre l’attitude de principe manifestée dans la consigne de ne point attaquer les insurgés et de se contenter de se défendre, il tenta d’alerter ses hommes dans les provinces. Appelé à la rescousse, le gouverneur de Damas se fit prier avant de se décider à dépêcher auprès du calife assiégé des troupes pour sa protection. Arriveraient-elles seulement à temps à Médine ?</p>



<p>Devant le logis, les choses se gâtaient. On ne se lançait plus que des invectives, mais aussi des traits. On ne se bousculait plus, on se battait. Les assaillants avaient eu vent de la marche des troupes fidèles vers eux et craignaient le retour en masse des pèlerins vers Médine. Ayant été trop loin, ils choisirent la fuite en avant.</p>



<p>Dans la maison pleuvaient des pierres et des flèches ; des cris et des pleurs de colère et de peur s’y levaient. Trois personnes, dont Marouane, furent blessées. Ses gens vinrent à Othmane solliciter l’autorisation de se défendre. Dans sa chambre, prosterné sur son Coran, il leva à peine la tête, juste pour ordonner de rendre leurs flèches aux assaillants et de s’abstenir de toute réplique.</p>



<p>Pourtant, ceux-ci étaient de plus en plus excités et redoublaient d’initiatives. Ils s’attaquèrent à la solide porte de la maison voulant la défoncer, mais le cordon composé des jeunes fils d’Ali et leurs compagnons les repoussa. Subitement, une accalmie survint. Trois hommes du groupe d’interposition réussirent une médiation inespérée. On s’entendit pour laisser le calife quitter la maison et se rendre à la mosquée afin de s’entretenir avec les meneurs de la foule en colère.</p>



<p>Sous un parapluie de sabres et de pointes de flèches acérées, entouré de ses plus proches amis, Othmane s’y rendit et s’assit à côté de la chaire. Encerclé de gens armés plus excités les uns que les autres, il attendit dans la confusion la plus totale que quelqu’un d’important fût venu lui parler, se présentât avec une quelconque proposition ou tentât de calmer la situation. Assis seul, ses longs cheveux ondulant sur des épaules basses, ses mains jointes sur des cuisses fébriles, il resta une heure durant à assister impuissant, sous la protection nerveuse de ses hommes, à l’extrême agitation stérile en possession de la mosquée. En désespoir de cause, il finit par se lever, lâchant, désabusé : <em>— Je ne vois personne aujourd’hui apte à rendre justice.</em></p>



<p>Sur le chemin du retour, malgré le cordon sécuritaire, on le bouscula et il faillit être agressé, n’était le fils d’Azzoubeyr qui s’interposa, repoussant la main hargneuse.</p>



<p>Les jeunes gens commis à sa protection finirent par obtenir de certaines des personnes en vue parmi les révoltés l’engagement par écrit de ne pas toucher à sa personne ; ils lui apportèrent le document. Il venait d’enfiler son armure sous la pression de ses femmes en répétant qu’il le faisait pour elles. L’engagement écrit des assaillants le rassura et il en prit prétexte pour se débarrasser de sa cotte de mailles ; déposant son arme, il regagna sa chambre reprendre sa lecture.</p>



<p><strong>Devant la porte du logis, la bousculade venait de reprendre, les jets de pierre et les tirs de flèches aussi. </strong>Les assaillants s’enhardissaient. AlHassan et le fils de Talha étaient éclaboussés de sang ; un esclave d’Ali, leur tenant compagnie, fut blessé sur le sommet du crâne ; à l’intérieur du logis, on reçut de nouveau des flèches et on y répondait. L’une d’elles fit mouche ; un des assaillants tomba.</p>



<p>On rapporta les faits à Othmane qui vint lui-même, fort contrarié, son Coran à la main, ouvrir la porte et demander aux jeunes gens postés devant de partir, répétant encore une fois qu’il refusait le combat, qu’il ne se défendrait pas si on voulait sa mort. Devant leur refus, il les fit entrer dans la maison et ils campèrent dans le hall. Il leur répéta ses consignes avant de rentrer dans sa chambre tenter de retrouver la paix dans le livre de Dieu. Privé de conduire la prière, il lisait encore plus souvent le saint Livre, continuant ainsi avec les moyens dont il disposait à célébrer le culte de Dieu, son premier devoir de calife. On était, de plus, en période de pèlerinage et la fête du sacrifice était pour le lendemain.</p>



<p>Se retrouvant devant l’imposante porte fermée sans ses défenseurs, les plus excités des assaillants y mirent le feu. Le crépitement du bois de teck commençant à brûler était couvert d’une voix claire, celle d’Othmane récitant d’un débit rapide, sans la moindre émotion, le début de la vingtième sourate : <em>«T. H. Nous ne t’avons pas envoyé le Coran pour que tu sois malheureux.»</em></p>



<p>Aux premiers flamboiements du feu, un immense brouhaha se fit dans la maison. Alerté, Othmane pensa venu le moment extrême tant redouté et attendu&nbsp;; il résolut de continuer à ne rien entreprendre. Il ressortit pour renouveler ses recommandations aux hommes agglutinés derrière la porte puis revint reprendre sa lecture.</p>



<p>— <em>Si la porte a flambé, c’est bien pour quelque chose de plus grave, leur dit-il. Que personne ne les combatte car ils n’en veulent qu’à moi et si vous vous interposez entre eux et moi, ils vous fouleront jusqu’à m’atteindre et m’avoir.</em></p>



<p><strong>En un pareil moment critique, Othmane était résolu à avoir l’attitude la plus digne, d’attendre la fin en la bravant. </strong>Malgré ce qu’on lui avait reproché, à cause de cela même, il était déterminé à défier ses adversaires avec ses convictions religieuses, sa foi intacte et le symbole de sa vie : le Coran. Car, à son destin, personne n’échappe ; et si c’était bien sa mort qu’avait décidée Dieu, il la recevrait vaillamment et dans la piété.</p>



<p>À la porte en feu qu’on a fini par défoncer, on se battait à mort. Le fer en main et les rimes à la bouche, les jeunes fils des Compagnons se relayaient à repousser les assaillants. On entendait Othmane réciter des versets d’une nouvelle sourate, <em>«La Lignée Amrâm»</em>, au moment où l’un des serviteurs de Marouane visa un des assaillants et, du premier tir de son arc, le tua sur le coup. Ce premier mort fut un feu de plus allumé au combustible de la haine déjà alimenté par le sang des blessés.</p>



<p>De part et d’autre de la lourde porte défoncée qui se consumait, dans la fumée et le feu envenimant les ardeurs des insurgés, redoublant leur fureur, les escarmouches timides avec les gens de la maison avaient dégénéré en un combat farouche. Mâtinés de vers d’intrépidité et de fierté, les cris des hommes rythmaient le bruit des fers s’entrechoquant avec rage. Entouré de ses serviteurs, Marouane, le secrétaire, attisait son courage en rimant aussi sa bravoure. Il s’était rué sur les assaillants, sabre au clair, bravache d’air : <em>— On ne touchera pas au calife tant qu’on sera là !</em></p>



<p>Il demandait qui voulait se mesurer à lui quand un assaillant lui porta un coup à la nuque le laissant pour mort. Atteint au muscle trapèze, il survivra avec le cou raccourci. Du sang giclait sur les murs, coulait sur les mains et les corps des hommes ; après avoir brûlé la porte, quelques assaillants s’étaient enhardis à s’engouffrer dans l’entrée, se heurtant à la résistance déterminée des gens de la maison.</p>



<p>Mohamed, fils d’Abou Bakr, était avec ceux qui restaient en retrait, hésitant encore entre la tentation de l’attaque et la crainte du sacrilège. Pourtant, il en voulait à mort à celui qui avait osé ordonner sa fin ou, du moins, la cautionner. Sa vengeance se voulait implacable, ne s’embarrassant ni d’âge ni de titre ; à son tour, sérieusement, il envisageait de donner la mort à celui qui la lui destina.</p>



<p>Voyant ensanglantés les fils d’Ali qui, en leur qualité de petits-fils du prophète, gardaient dans le cœur des gens et, notamment des Médinois, une place quasi sacrée, il eut tout à coup peur de voir l’occasion de la vengeance lui échapper. Aux plus enragés de ses compagnons, il dit, rageur : <em>— Les Hachémites, à la vue de ce sang sur le visage d’AlHassan et d’AlHoussayn, risquent de s’en prendre à nous et faire lever le siège, faisant aller en pure perte toutes nos initiatives.</em></p>



<p>À deux de ses amis proches, il suggéra un passage rapide à l’acte : <em>— Escaladons le mur du logis par derrière ; je connais le voisinage. On accédera ainsi à Othmane et on le tuera sans que personne ne s’en rende compte.</em></p>



<p>Avec la complicité du voisin, les trois hommes réussirent à s’infiltrer dans le vaste logis du calife, aussitôt suivis par d’autres. Il n’y avait personne sur leur passage, tous les occupants s’étant agglutinés dans l’entrée à repousser les attaquants. Discrètement, sans se faire remarquer, ils accédèrent à la chambre d’Othmane où la psalmodie n’avait pas cessé. Ils s’agglutinèrent au seuil n’osant pénétrer comme pétrifiés par la belle voix et ses divines paroles.</p>



<p>Ils finirent par pousser l’un d’eux qui revint aussitôt bredouille. Il ne fit que demander au calife de renoncer à sa fonction, ce qu’il refusa. D’autres prirent sa suite et ne firent pas mieux, Othmane réussissant à anesthésier leur hargne par des paroles appropriées. Gagnant en degrés à chaque tentative, la violence allait, cependant, crescendo.</p>



<p><strong>Assis sur le lit, le Coran dans le giron, Othmane voulait rester absorbé par sa lecture, </strong>la voix belle cherchant à couvrir le tumulte et sa noirceur avec les mots lumineux des versets psalmodiés. Sautant sur lui, Mohamed, d’une main fauve, lui prit sa longue barbe brune en éructant : <em>— À quoi a bien pu te servir Mouawiya ? À quoi peuvent te servir tes livres ?</em></p>



<p>Ses dents s’entrechoquèrent violemment&nbsp;; Othmane, tout surpris, domina cependant sa peur et sa douleur, essayant de retrouver le sang-froid du vieux sage ; il murmura d’une voix bien perceptible : <em>— Relâche ma barbe, mon neveu ; si ton père te voyait, il serait affligé par ton comportement&nbsp;!</em></p>



<p>La réaction du vieillard fit mouche ; le fils du premier calife libéra la barbe en reculant, mais il ne pouvait faire taire sa colère. Il avait l’œil en coin, noir de haine ; il quitta précipitamment la pièce en jetant un œil désabusé au groupe assaillant ; ses deux compagnons qui surveillaient ses gestes de près le perçurent comme un regard entendu.</p>



<p>Avait-il l’intention de surveiller les lieux ? Son clin d’œil était-il un permis de tuer ? Ces compagnons avaient-ils attendu ce signe pour s’avancer d’un pas déterminé vers l’homme au Coran ? L’un d’eux se rapprocha, la lame acérée d’une flèche brandie dans sa main ; Othmane, ne perdant toujours pas son calme, lui dit simplement, en avançant vers lui le livre sacré : <em>— Entre nous, il y a le livre de Dieu !</em></p>



<p>L’homme recula, non sans l’avoir déjà frappé au cou avec la large pointe de la flèche ; vers le compagnon qui s’avançait, un grand brun au teint noirâtre, le calife eut juste le temps de dire la même chose ; il le vit repousser le Coran du pied, le faisant tomber par terre, et lui donner un coup d’épée, lui coupant la main.</p>



<p><strong><em>De la tête d’Othmane, saignant abondamment, des gouttelettes rouges allèrent ensanglanter les pages du livre de Dieu </em></strong>ouvert par terre. De sa bouche sortit un cri de douleur suivi d’un soupir, quelques mots lui échappant, avant qu’il ne fût frappé une fois au cou et trois à la tête, des coups portés au bas du front, en haut du nez, qui en fendirent l’os.</p>



<p>L’agresseur avait l’envie irrépressible de tuer, mais n’osait porter le coup fatal, comme si la qualité ou l’âge de sa victime le retenaient encore du coup de grâce. Le retour à la charge de son complice lui donna le supplément d’audace nécessaire et, de concert, ils enfoncèrent leurs armes à plusieurs reprises dans le sein du vieil homme tombé à leurs pieds. Au moment même où, par terre, sa main avait précédé son corps, Othmane avait lâché ses derniers mots : — <em>Elle fut bien la première à écrire le Coran !</em></p>



<p>Le calife était encore au râle de la mort ; s’extirpant de la masse des complices, quelqu’un vint alors piétiner son corps, sautant dessus, lui cassant une côte. C’était, dit l’enragé, pour venger un parent mort dans sa prison.</p>



<p>Les assassins se penchaient pour cueillir le trophée de leur forfait quand un terrible cri de femme les fit sursauter. L’une des épouses d’Othmane arrivait ; elle eut juste le temps de se coucher sur le corps gisant au sol, empêchant que sa tête ne fût coupée. Offert au regard des deux hommes, son derrière avantageux les en détourna. Admiratif, l’un des deux agresseurs palpa voluptueusement la croupe de cette chrétienne d’origine, convertie à l’islam pour épouser le calife déchu : <em>— Dieu du ciel ! Qu’elles sont grosses ces fesses !</em> siffla-t-il.</p>



<p>Accourant dans la foulée, une seconde épouse se jeta aussi à côté de la première, couvrant ainsi complètement le mort. Elle fut hargneusement piétinée ainsi que sa compagne et on leur arracha leurs bijoux; l’un d’eux enleva le sceau du calife du doigt de son bras coupé qui traînait à ses pieds. Au même moment, un serviteur arriva et tua l’un des trois assassins avant d’être abattu.</p>



<p>Après avoir mis la pièce à sac, les deux assassins suivirent leurs autres compagnons dans la fuite; laissant derrière eux trois morts, ils s’en allèrent rejoindre le fils d’Abou Bakr déguerpir par où ils étaient entrés. Sur leur chemin, ils butèrent contre un autre domestique noir qui réussit à transpercer par sa lame un second meurtrier avant d’être abattu à son tour d’un double coup de leurs sabres ruisselant de sang. Accourant de tous côtés, les autres habitants ne tardèrent pas à rappliquer.</p>



<p>— <em>Le prince des croyants a été tué !</em> criait-on dans la pièce.</p>



<p>D’affliction et de désolation, le cri emplissait l’intérieur du logis soudainement plongé dans un étrange silence. Les gardiens de la porte à moitié calcinée se bousculèrent en se pressant de pénétrer dans la chambre du calife. Ahuris, les yeux exorbités, n’en croyant pas leurs yeux, ils entourèrent le corps gisant par terre, égorgé. Devant le corps de la victime, aux côtés des familiers et des domestiques, certains des jeunes de l’entrée de la demeure avaient un genou par terre et des larmes de sang aux yeux.</p>



<p>À l’extérieur du logis, à l’annonce de la fin tragique du calife, quelqu’un cria : <em>— Au Trésor !</em></p>



<p>Et délaissant la demeure du calife désormais endeuillée, la foule insurgée se rua sur le local du Trésor public ; leur arrivée fit fuir ses deux gardiens qui, se débarrassant des clefs, abandonnèrent le peu qui y restait à la rapine générale.</p>



<p>Telle une traînée de poudre, la terrible nouvelle de la fin d’Othmane embrasa la ville. La foule houleuse agglutinée autour de chez lui il y avait peu s’était dispersée instantanément ; désormais, le logis était ouvert à tout venant, sa porte comme son maître traînant par terre. Et une nouvelle foule, sans armes en évidence cette fois-ci, prit peu à peu la place de la première.</p>



<p><strong>Les uns après les autres, Ali, Talha, Azzoubeyr et Saad arrivèrent, se frayant difficilement leur chemin</strong> parmi des mines bien moins tristes que surprises et ahuries. Devant la dépouille mortelle, ils se figèrent, prononçant à haute voix le nom de Dieu et la formule rituelle du retour à sa miséricorde. Au pied du mort, Ali ne resta qu’un court instant ; il était rouge de colère. À ses deux fils arrivés à sa rencontre, il reprocha l’occurrence de pareille horreur en leur présence. Il était tellement enragé qu’il ne se retint pas de gifler son cadet AlHoussayn et de frapper la poitrine de l’aîné AlHassan. Il ne voulait même pas les écouter, pas plus que les fils de Talha et d’Azzoubeyr qui se confondaient en des explications, les insultant même.</p>



<p>Fou furieux, d‘un pas rapide, il quitta les lieux. Contre Talha, croisant son chemin, qui faisait mine de s’étonner qu’il ait osé lever la main sur les petits-fils du prophète, il s’écria, vitupérant : <em>— Qu’ils soient maudits et toi aussi avec eux ! Comment tue-t-on, sans preuve évidente ni argument précis, le prince des croyants, un Compagnon du prophète qui a assisté à Badr ?</em></p>



<p>Cynique, Talha répondit froidement : <em>— S’il avait livré Marouane, il n’aurait pas été tué !</em></p>



<p>— <em>S’il l’avait livré, Marouane aurait été tué avant même d’avoir été reconnu coupable !</em> rétorqua Ali, désabusé.</p>



<p>Regagnant son domicile, Ali résolut d’y demeurer reclus. Dehors, l’agitation était à son comble et les sentiments à fleur de peau. Après avoir dévalisé le Trésor, une partie des assiégeants revint boucler de nouveau le logis, refusant la sortie des corps du défunt et de ses deux domestiques pour l’enterrement.</p>



<p>Dans le même temps, une autre foule se constitua devant la demeure d’Ali ; certains de ses membres venaient de celle qui avait assiégé le calife. On le réclamait pour être le nouveau vicaire du prophète. On l’appelait même, déjà, Prince des croyants ! À quelques lieues de la ville, d’autres troupes approchaient. Apprenant la mort d’Othmane, elles rebroussèrent hâtivement chemin ; c’était l’armée envoyée par Mouawiya.</p>



<p>On était en l’an 35 de l’hégire. Tué à 84 ans, Othmane a gouverné douze ans et quelque quinze jours, de 644 à 656 du calendrier chrétien.</p>



<p>Ali devait attendre ce jour depuis longtemps. Certes, les conditions n’étaient pas normales&nbsp;; elles étaient assurément dramatiques ; mais la politique n’était-elle pas ainsi faite ! Il voulait se persuader que ce n’était pas le peuple de Médine ni un quarteron de conjurés des provinces d’Irak et d’Égypte qui commit, dans l’islam, ce premier assassinat de leur calife par des musulmans ; c’était bien un atavisme hérité des siècles préislamiques, que la nouvelle religion gomma sans toutefois l’éliminer, qui faisait de la mort l’issue normale de toute querelle.</p>



<p>Paré du vernis sacré, cet héritage indélébile des siècles se transformerait, peut-être, en instrument redoutable d’accession au pouvoir ! Nonobstant les récits apocryphes prétendant que le prophète et Abou Bakr seraient morts des suites d’une alimentation empoisonnée par des juifs, l’assassinat d’Othmane était le second dans l’histoire de l’Islam du premier personnage public après celui d’Omar.</p>



<p>Mais c’était le premier vrai assassinat politique de cette histoire, fondateur de ce qui allait devenir une tradition de gouvernement. Comme le concevaient les anciens des vieilles cultures, le pouvoir allait être, par définition, l’usage du glaive et de la ruse, l’alliance du lion et du renard.</p>



<p>Ali, le successeur d’Othmane, quatrième vicaire du prophète, allait l’éprouver à ses dépens. Face à lui, quelqu’un se dressait, se voulant le fondateur d’une dynastie et, pour cela, reproduisait à merveille les traits d’un conquérant du pouvoir.</p>



<p>Une terrible guerre doublement fratricide était sur le point de se déclencher ; déchirant la communauté musulmane censée être composée de frères et de sœurs communiant dans les mêmes valeurs, elle opposait des parents entre eux, des cousins et même des frères mus, comme à la plus belle époque antéislamique, par un insatiable instinct guerrier.</p>



<p><em>Derrière vous, les chemins de la conquête vous avez délaissés</em></p>



<p><em>Au pied de la tombe de Mohamed, vous nous avez attaqués.</em></p>



<p><em>Et les Compagnons du prophète, l’espace d’une soirée,</em></p>



<p><em>Étaient comme bêtes immolées à la porte de la mosquée.</em></p>



<p>Dans Médine, par-dessus la cacophonie généralisée, une voix s’était élevée laissant parler son affliction et sa détresse ; le poète des Renforts et du prophète, Hassan Ibn Thabit, laissait parler sa rage et déclamait un ultime hommage au défunt, lourd des plus sombres prévisions :</p>



<p class="has-text-align-center"><em>Ils ont sacrifié l’homme grisonnant, en prosternement</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Passant ses nuits à glorifier Dieu et à lire son Coran ;</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Bientôt, vous entendrez en leurs maisons :</em></p>



<p class="has-text-align-center"><a></a> <em>Dieu est grand ! Pour Othmane, nous nous vengeons !</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><strong><em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète&nbsp;: ombres et lumières», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Naissance d’un État</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Apr 2022 13:50:46 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sous le second califat, s’étendant de l’an 13 du calendrier hégirien – qui allait bientôt être instauré – correspondant à l’année 634 chrétienne à l’an 23 de l’hégire (soit 644 après J.-C.), la conquête de la Mésopotamie, de la Syrie et de la Palestine fut achevée ; celle de l’Égypte l’était pour l’essentiel, mais dura...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/16/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-naissance-dun-etat/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Naissance d’un État</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Omar-Ibn-Al-Khattab-1.jpg" alt="" class="wp-image-387893"/><figcaption><em>Omar Ibn Al-Khattab.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Sous le second califat, s’étendant de l’an 13 du calendrier hégirien – qui allait bientôt être instauré – correspondant à l’année 634 chrétienne à l’an 23 de l’hégire (soit 644 après J.-C.), la conquête de la Mésopotamie, de la Syrie et de la Palestine fut achevée ; celle de l’Égypte l’était pour l’essentiel, mais dura deux ans encore après la mort du calife et ce jusqu’en 646 après J.-C., an 25 de l’hégire.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-387892"></span>



<p>Deux ans avant la mort d’Omar, les Byzantins avaient dû évacuer Alexandrie et comme dans nombre d’autres villes occupées par les Arabes, les nouveaux conquérants s’engagèrent à respecter la liberté du culte et l’autogestion des chrétiens moyennant le paiement du tribut annuel de la Jizya ou capitation.</p>



<p>Avec l’élargissement de l’étendue de sa souveraineté, le deuxième calife avait deux impératifs majeurs : outre la mise sur pied du nouvel État arabo-musulman, il devait se conformer à une recommandation majeure du prophète.</p>



<p>Abou Bakr n’avait pu réaliser cette exhortation et la rappela lors de sa maladie. La péninsule arabique devant être terre d’islam, il fallait en évacuer juifs et chrétiens ; aux dires mêmes du prophète, il ne saurait y avoir deux religions.</p>



<p><strong>Les juifs autour de Médine ayant été déjà bannis, ceux de Khaybar émigrant en Palestine, Omar envoya ses hommes au Yémen,</strong> parallèlement aux expéditions en Perse et en Syrie, pour déplacer les populations chrétiennes de Najran vers une autre terre à choisir hors d’Arabie. Ce sera en Syrie et en Irak, notamment. Ses recommandations au général de ses troupes étaient claires et précises pour l’exécution de ses commandements : <em>— Tu iras sur leurs terres, mais tu ne les détourneras pas de leur religion ; tu en banniras ceux qui garderont leur religion et tu y maintiendras le musulman. Tu cadastreras la terre de ceux que tu auras évacués et auxquels tu feras choisir une terre de substitution en les informant que nous les bannissons sur ordre de Dieu et de son prophète de ne point laisser deux religions dans l’île des Arabes. Ceux qui garderont leur religion auront une terre semblable à la leur en reconnaissance de notre part du droit qu’ils ont sur nous et par fidélité au pacte de protection et d’alliance que Dieu ordonne en faveur de nos sujets, gens du Livre.</em></p>



<p>En parallèle, et dans la continuité des guerres d’apostasie, il ne toléra pas que des Arabes fussent d’une croyance autre que l’islam en Arabie. Il alla jusqu’à écrire à l’empereur byzantin pour lui demander de chasser de ses terres les Arabes chrétiens qui s’y étaient réfugiés sous peine de bannir des terres de l’islam les populations chrétiennes qui s’y trouvaient.</p>



<p>— <em>Vous êtes les croyants et je suis votre prince, </em>dit Omar à son entourage,<em> se choisissant ainsi son propre titre.</em></p>



<p>Omar fut le premier, en effet, à se faire appeler Prince des croyants.<strong> </strong>Il ne voulut pas qu’on fît comme pour son prédécesseur, trouvant par trop longue la dénomination de vicaire du vicaire du prophète, et qui risquait de s’allonger indéfiniment.</p>



<p>En ne définissant plus son régime politique par rapport au prophète, mais par rapport au lien unissant la communauté à son chef, il marqua imperceptiblement, d’une manière indirecte, l’entrée de la communauté musulmane dans une nouvelle ère de vie publique.</p>



<p><strong>Omar édifia les premières bases de l’État musulman en créant les bureaux militaires et financiers, </strong>pour le paiement de la solde aux militaires et la distribution des richesses acquises aux musulmans, auxquels on donna le nom de Diwans ou administrations, et en établissant les registres afin de tenir les comptabilités. En cela, il suivit le conseil de ses chefs d’armées qui étaient passés par les contrées syriennes et y avaient observé la pratique publique de l’administration byzantine.</p>



<p>Dans ce nouvel État, les détenteurs de terres payaient l’impôt foncier ou Kharaj et les gens du Livre – soit les chrétiens, les juifs, mais aussi les zoroastriens, dont l’Avesta était considéré comme les Écritures – s’acquittaient de l’impôt de capitation ou Jizya en échange de la protection qui leur était due.</p>



<p>S’aidant des généalogistes de Médine, le prince des croyants se fit établir un premier registre comportant le nom des membres de la communauté, établi selon divers classements logiques.</p>



<p>Son entourage lui avait suggéré de commencer par lui-même en sa qualité de premier personnage politique, mais il se l’interdit fermement, choisissant la parentèle du prophète et mettant en premier Al Abbès, l’oncle de Mohamed, suivi des autres membres, du plus proche au moins proche. Ce fut son premier critère de classement.</p>



<p>En second mode de classification, il eut recours à un critère militaire, celui de la grande victoire de Badr, recensant les combattants qui y avaient pris part et leur famille. Il choisit ensuite de se référer à la participation à d’autres dates islamiques et à des moments héroïques, comme Al Houdaybia, la prise de La Mecque, la bataille d’Al Qadissya et d’autres en Irak, en Syrie et en Arabie. Enfin, il finit par les nombreuses et diverses tribus, en privilégiant toujours la référence à la conversion à l’Islam comme critère de classement au détriment de tout autre critère, notamment de lignée, de prestige ou de notoriété.</p>



<p>À chaque catégorie correspondait une somme d’argent versée par l’État sur le Trésor public. Tout musulman avait sa part qu’il fût homme, femme ou enfant, riche ou pauvre, Arabe et non Arabe. Elle était considérée comme un droit aux biens communs de la communauté, ce patrimoine que Dieu lui attribuait en vertu du cinquième prélevé automatiquement sur les richesses gagnées par les armées.</p>



<p><strong>Omar avait comme credo de devoir tout distribuer et ne rien laisser dans le Trésor par esprit de justice</strong> et afin d’éviter les convoitises. À cette fin, on le voyait souvent, le dossier de la tribu du jour sous le bras, se charger lui-même d’une distribution nominative.</p>



<p>De ces richesses, il exclut cependant une catégorie que le prophète et son prédécesseur ménagèrent pourtant. Il refusa ainsi la moindre distribution d’argent public aux pontes des païens et à ceux des musulmans qui ne l’étaient qu’en apparence, qu’on appelait les Fourbes ou les Imposteurs, recourant à la raison pour justifier cette innovation dans la pratique religieuse qu’il se permettait.</p>



<p>— <em>On leur a donné du temps où l’islam était faible ; ainsi se protégeait-il d’eux</em>, soutenait-il.<em> Maintenant que Dieu a permis de se passer de leur neutralité, ils n’ont qu’à choisir entre la croyance ou l’infidélité.</em></p>



<p>Aussi attaché que son prédécesseur à suivre l’exemple de leur illustre maître, Omar n’hésitait donc pas à prendre des initiatives quand les nouvelles réalités les lui imposaient. Et une fois qu’il avait décidé quelque chose, plus personne ne pouvait lui résister.</p>



<p>Pour le respect des lois régissant la vie de la nouvelle cité, on le savait jamais hésitant à lever la baguette – cette sorte de prolongement quasi naturel de ses mains – au visage de n’importe quel contestataire, fût-il Compagnon, chef d’une tribu, notable de Médine ou de Qoraïch.</p>



<p><strong>Le général Saad Ibn Abi Wakkas, Compagnon du prophète et vainqueur de la bataille d’Al Qadissiya, </strong>en fit l’expérience quand, venant chercher sa part et, malgré sa toute petite taille, il se permit de bousculer les gens attroupés autour du calife distribuant l’argent qu’il venait de réceptionner de l’un des fronts.</p>



<p>Faisant encore une fois œuvre d’interprétation, Omar interdit toute analyse laxiste du coran en matière d’alcool et mit ses adeptes devant l’alternative suivante : admettre l’interdiction et être fouettés pour avoir osé mentir à son sujet ou la refuser et se faire mettre à mort. Et c’est en vain que les amateurs d’alcool tentèrent de faire prévaloir une interprétation extensive, tout à fait possible pourtant, des termes coraniques aboutissant progressivement à l’interdiction des boissons alcoolisées. Celles-ci étaient très prisées avant l’avènement de l’islam et sa consommation fort répandue, même si d’aucuns se firent une réputation en se l’interdisant bien avant la lettre du Coran.</p>



<p>Pareillement, il osa innover — contrariant ainsi une pratique admise par le prophète — en interdisant l’esclavage par leurs compatriotes des Arabes vaincus lors d’une bataille ou faits prisonniers à l’occasion d’une razzia. Au moment même où arrivaient en masse en Arabie des captifs étrangers, il trouvait inconvenante la pratique fort répandue de la captivité et de l’esclavage entre Arabes, et il fit en sorte que tous les prisonniers arabes furent rachetés de leurs maîtres à l’exception des femmes ayant donné un enfant à son propriétaire. C’est dans cet ordre d’esprit qu’il eut sa répartie, devenue célèbre : <em>«De quel droit asservir les gens naissant libres ?»</em></p>



<p>Autant Omar tenait à tout répartir entre les membres de la communauté, autant il était tatillon et intraitable dans la gestion des biens de l’État et de la moralité publique. En matière de mœurs, il instaura un ordre moral strict, exigeant des poètes et des chanteurs un code de vie épuré, allant jusqu’à proscrire la poésie érotique et les cantilènes amoureuses, de tradition pourtant dans la culture de ses sujets.</p>



<p><strong>Interdits ainsi d’évoquer dans leurs poésies les femmes mariées, de chanter les jeunes beautés, </strong>les amateurs de rimes durent apprendre à contourner la censure pour s’adonner à leur art, et les plus divers moyens firent floraison.</p>



<p>À La Mecque, les chanteurs professionnels durent oublier pour un temps leur habitude d’aller à la rencontre des cortèges des pèlerins, et les efféminés s’y firent discrets pour éviter les foudres des autorités ou la vigilance de ceux qui avaient, parmi leurs compatriotes, une âme de veilleurs de la moralité publique.</p>



<p>En matière de biens, les animaux du Trésor étaient marqués comme <em>«Legs de Dieu»</em> ; et on voyait régulièrement Omar, par chaleur étouffante, sous un soleil accablant, en vérifier la comptabilité. De plus, pour garder ou surveiller un nouvel arrivage de biens et dissuader d’éventuels voleurs de s’approcher des animaux de la communauté, il lui arrivait fréquemment de faire des rondes de nuit.</p>



<p>C’était lors de l’une de ces tournées nocturnes ; accompagné d’un ami, à la lumière de torches, il déambulait dans les rues obscures, le pas néanmoins rapide comme à son habitude et, sur les épaules, son manteau de tous les jours, usé et raccommodé. Soudain, une pâle lueur se profila à l’entrée de la ville où se faisaient entendre des cris d’enfants. S’y dirigeant, intrigués, les deux hommes trouvèrent dans un recoin, assise sur une natte usée, une mère jeune toute fripée avec, au cou, trois gosses en pleurs, une marmite sur un petit feu de bois à ses pieds.</p>



<p>Dans le froid sec de cette nuit, la pauvre femme n’avait où aller ni de quoi faire taire ses bambins dont elle essayait de tromper la faim avec un chaudron bouillant à vide le temps que le sommeil eût fini par les gagner. Et pour faire retomber sa colère, elle pestait contre un calife chargé de tous les maux, rendu seul responsable de son malheur.</p>



<p>Enquêtant sur sa situation, Omar ne lui fit pas connaître sa qualité. Puis, toujours accompagné de son second, il courut vers le local du Trésor. Il en ressortit chargeant sur son dos un ballot de farine et de graisse. Quand son compagnon voulut l’aider à le porter, il refusa net, lui demandant juste de le lui ajuster sur le dos et lui criant au visage, comme il insistait : <em>— Dis ! Porterais-tu le fardeau de mes péchés au jour du Jugement dernier ?</em></p>



<p>Remettant ce qu’il transportait à la femme, il s’aplatit par terre en soufflant fort, tentant de rallumer le feu. La fumée ne tarda pas à s’épaissir et les volutes dansèrent au travers de l’immense barbe du calife à plat ventre par terre et qui ne quitta la marmite qu’une fois que la marmaille fût servie.</p>



<p>Se mettant ensuite de côté, il demeura à sa place, observant la joie des enfants à se rassasier et ne quitta les lieux que quand le sommeil les gagna. Il s’éloigna alors, en cachant son émotion à son compagnon, répondant simplement à la mère qui le remerciait, le disant bien plus digne de gouverner que le prince des croyants : <em>— Dites-en plutôt du bien ; si vous veniez voir le prince des croyants, vous m’y verriez, si Dieu le veut bien.</em></p>



<p><strong>Le second calife du prophète voulait ne faire qu’un seul corps avec son peuple. </strong>Lors de l’année de cendres, la terrible dix-huitième de l’hégire, commençant par la famine et se terminant par la peste, il jura de ne toucher ni au beurre fondu ni au lait ni à la viande tant que n’en auraient pas eu tous les gens de la ville.</p>



<p>Très strict quant à l’exigence d’observance minutieuse des préceptes de la religion et de la pratique du prophète, il ne l’était pas seulement avec ses sujets ; en effet, il commençait par le vérifier dans sa propre famille à laquelle, étant conscient du poids de l’exemple, il réservait le double de la peine dans l’hypothèse de la moindre infraction.</p>



<p>Son intendant – demeuré au service de son successeur – se sera souvenu de son exemple avec les larmes aux yeux. L’argent des aumônes venait d’arriver et le nouveau calife ne retint pas son jeune enfant de prendre une pièce dedans. Or, quelques années plus tôt, lors d’une scène strictement similaire, Omar avait rabroué son enfant, lui arrachant de la main la pièce, la remettant avec les autres. Cette émotion serait-elle anachronique ? Le troisième calife ne manqua pas de s’exclamer : <em>— Mais qui saurait ressembler à Omar !</em></p>



<p>Le prince des croyants était conscient que son rigorisme moral et son intégrisme politique pouvaient verser dans l’excès qu’il savait nécessairement préjudiciable et mauvais ; il ne contestait pas, en effet, que la justice dans la démesure pût être de l’injustice à outrance. Aussi, il se retenait parfois d’aller trop loin.</p>



<p>Lors de l’une de ses nuits de patrouille, il surprit certaines personnes en train de consommer de l’alcool. Le lendemain, il convoqua l’un d’eux pour le lui reprocher et obtenir son aveu afin de lui faire subir la peine prescrite de coups de fouets. Mais l’incriminé eut une répartie intelligente qui laissa le calife sans voix. Il lui demanda, en effet, comment il sut qu’il avait bu et, à la réponse d’Omar qu’il l’avait vu, il protesta : <em>— Dieu ne t’a-t-il pas interdit d’espionner les gens ?</em></p>



<p>Si Omar accepta de fermer les yeux sur sa faute et celle de ses compagnons, c’est qu’il admettait, parfois, se laisser volontiers porter à l’excès dans ses agissements par la force et la rigidité de ses principes. Ce faisant, il ne pouvait penser avoir le tort d’agir dans un sens ou dans l’autre ; il savait que la mise sur pied d’un État demandait autant de rigidité – quitte à tolérer de temps en temps des exceptions – pour éviter à la machinerie de coincer et la faire fonctionner sans fausse note.</p>



<p><strong>Dans les provinces nouvellement acquises, l’État d’Omar ne fonctionnait pas mal</strong> avec le maintien de l’administration antérieure qui a continué à tourner selon ses us et coutumes, y compris la langue, l’arabe n’y entrant que bien plus tard, au temps du plus illustre des Omeyyades.</p>



<p>Isolant au départ les troupes dans de nouvelles cités militaires, il fut par la suite le créateur de provinces (Amsar) en bâtissant de nouvelles villes qui n’étaient plus seulement militaires. Ainsi naquirent Basra et Alkoufa ; la première au bas Irak en août 637 (an 16 de l’hégire) et la deuxième une année plus tard sur un bras de l’Euphrate. Et il suivit de près leur émergence en prescrivant l’utilisation de la canne et du roseau dans les constructions avant d’autoriser la brique cuite sous de strictes consignes quant au nombre des pièces et la hauteur des bâtiments.</p>



<p>C’est de son temps qu’on vit apparaître le noyau de la monnaie musulmane : des Dirhams à l’effigie de Chosroès avec des prénoms arabes. Il fut surtout le premier à instaurer, en l’an 16 de la nouvelle ère, le calendrier hégirien, correspondant au départ du prophète de La Mecque à Médine (appelé Hégire ou Hijra). Il en fixa le début au 16 juillet 622 du calendrier chrétien. À double titre, cette date était une convention.</p>



<p>Tout à fait normalement, elle a fait démarrer le calendrier musulman le premier jour du mois arabe, soit le 1er Moharram, alors que la sortie du prophète de La Mecque eut lieu au mois de rabii 1 soit deux mois plus tard, les mois du calendrier hégirien s’ordonnant comme suit :</p>



<p>1) Moharram, 2) Safar, 3) Rabii I, 4) Rabii II, 5) Joumada I, 6) Joumada II, 7) Rajab, 8) Chaabane, 9) Ramadhane, 10) Chaoual, 11) Dhoul-kaada, 12) Dhoul-hijja.</p>



<p>De plus, d’après les calculs astronomiques, la conjonction entre la lune et le soleil eut lieu le 14 juillet 622 à 07 : 06 TU (Temps Universel) ce qui donnait le 15 juillet comme date correspondant au début du mois de Moharram, le croissant de la nouvelle lune devant être repérable à l’oeil nu au crépuscule du 14.</p>



<p><strong>Comme on s’adonnerait à une passion, Omar faisait tout à la fois.</strong> De jour, son inséparable badine en main, il assurait la police du marché, rendant la justice, répartissant les biens publics. De nuit, il veillait à l’ordre moral, surveillant la consommation d’alcool, essayant de prévenir les pratiques illicites. De tout temps, au service de ses concitoyens, il mettait à l’œuvre son génie politique et son sens administratif ainsi que son remarquable talent de législateur.</p>



<p>Et il avait l’œil à tout, surtout sur ses agents dans les provinces, sommés de se présenter devant lui à l’occasion du pèlerinage annuel afin de rendre compte de leur gestion et de leur respect des principes de justice et d’équité dans l’exercice de leurs fonctions.</p>



<p>De ses nombreuses compétences, il aimait particulièrement à pratiquer celle de législateur ; tout au long du vicariat d’Abou Bakr, du reste, il fut en charge de la justice, notamment celle du Yémen. Mais, à Médine, c’était l’un des plus grands Compagnons du prophète, le Renfort de la tribu Khazraj, Zayd Ibn Thabit, qui était en charge de tout ce qui avait trait à la justice et aux affaires de la religion. C’était par lui, au demeurant, qu’Omar se faisait remplacer lors de ses déplacements en dehors de la ville du prophète, devenue le centre du pouvoir et la capitale de l’islam.</p>



<p>Né en l’an 40 avant l’hégire, soit en 583 après J.-C., treize années après le prophète, Omar trouva la mort à l’âge de soixante ans. Ce jour-là, il ne fut pas étonné de mourir ou le fut à peine, et ce quant à la manière, pour le moins. Outre la poésie, il s’intéressait aux autres religions et aux cultures anciennes ; il aimait la compagnie de gens érudits, des anciens notables de Perse et d’ailleurs.</p>



<p>Dans son entourage, il y avait un Arabe juif converti à l’islam ; on l’appelait Kaab AlAhbar, soit Grand rabbin ; c’était une référence double&nbsp;: à son rang dans son ancienne religion et à son savoir, le terme prêtre ayant en arabe la signification de savant érudit.</p>



<p>La première fois qu’il chercha à rencontrer Omar, demandant comment l’approcher, Kaab Al Ahbar fut étonné qu’on lui répondît qu’il n’avait ni porte ni rideau ni planton pour le séparer de ses sujets. Il allait à la prière et son devoir envers Dieu aussitôt accompli, il s’asseyait dans la mosquée pour que tout un chacun pût s’adresser à lui.</p>



<p>Omar aima la compagnie de Kaab AlAhbar ; il lui demandait souvent de lui parler des anciennes écritures et s’intéressait particulièrement à tout ce qui se racontait sur l’Antéchrist. Un jour, Kaab AlAhbar vint lui dire que, dans les livres anciens, il était dit qu’il allait mourir dans trois jours…</p>



<p class="has-text-align-right"> <strong><em>À suivre&#8230;</em></strong></p>



<p><strong>* <em>Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières », roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca , Maroc, 2015.</em></strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes : </em></h4>



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<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="YxuSJUlsfT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/embed/#?secret=tSDMbnuVBB#?secret=YxuSJUlsfT" data-secret="YxuSJUlsfT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Un si court magistère</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 14 Apr 2022 09:52:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
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		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Coran]]></category>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Grotte-de-Hira-1.jpg" alt="" class="wp-image-387668"/><figcaption><em>La grotte de Hira à La Mecque où le prophète Mohamed reçut la révélation du message divin. </em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>C’était un chaud mardi, huit jours avant la fin du mois lunaire arabe de joumada 2 (ou joumada dernier) de ce qui n’était pas encore appelé l’an 13 musulman de l’hégire, soit le 22 du mois d’août 634. Alité, Abou Bakr avait perdu son teint blanchâtre, son visage maigre ayant pâli depuis quelques jours. Son front protubérant était plissé, il songeait au passé. Il revoyait tout le chemin parcouru depuis un certain lundi 17 ramadan, autre chaude journée d’août – le 12 – date du début de la Révélation pour le prophète Mohamed.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-387663"></span>



<p>C’était comme s’il y était, en cette année 610; dans la grotte de Hira, l’une des trois montagnes entourant La Mecque; il revoyait le prophète méditer et il croyait entendre de nouveau la voix de l’archange Gabriel lui dicter la première sourate révélée du Coran : <em>«Lis au nom de ton Seigneur qui a créé ! Il a créé l’homme d’un caillot de sang. Lis ! Ton Seigneur est le généreux qui a enseigné l’écriture ; il a enseigné à l’homme ce qu’il ignorait. Pourtant, l’homme se fait arrogant aussitôt qu’il devient riche ; mais tout revient à ton Dieu. Vois-tu celui qui détourne le fidèle de sa prière ; penses-tu qu’il fût sur le bon chemin ou qu’il recommandât la piété ? Qu’en penses-tu s’il dénie la vérité, lui tournant le dos ? N’ignore-t-il pas que Dieu voit tout ? Nullement ! Et s’il n’arrête pas, on le saisira au toupet, on tirera ce toupet menteur et pécheur. Qu’il appelle alors son cénacle ; nous appellerons les anges justiciers. Non, ne lui obéis point ; prosterne-toi et tu seras à proximité de Dieu».</em></p>



<p>Il avait plein la tête les versets de <em>«Al ’Alaq»</em> (le caillot de sang) et n’entendait pas ce qui se disait autour de lui, ces mêmes propos qu’on avait aussi tenus relativement à une prétendue cause de la mort du prophète. D’après ces mensonges, il en irait pour lui comme pour le prophète qui aurait été empoisonné par un repas préparé un an auparavant par des Arabes juifs et qui ne devait produire son effet qu’au bout de cette période.</p>



<p><strong>Il continuait à remonter le temps et revoyait sa sortie de La Mecque avec le prophète qu’il accompagna seul dans un refuge de montagne.</strong> Les cavaliers de Qoraïch étaient lancés à leur poursuite; ils allaient les découvrir et se saisir d’eux. Il s’en fallut d’une toile d’araignée tissée à l’entrée de la grotte.</p>



<p>Le voici dans cette caverne de Thaour. Sa tête résonnait des versets de la sourate <em>«La Résipiscence»</em> (Attaouba) dominant les longs chuchotements autour de lui : <em>«Et si vous ne le secourez pas, Dieu l’aura déjà secouru quand les infidèles le firent sortir, seul et son compagnon ; et lorsqu’ils étaient dans la grotte, il lui dit de ne point s’affliger, Dieu est bien avec nous. Dieu, alors, fit régner sa sérénité sur lui et le soutint par des alliés demeurés invisibles».</em></p>



<p>Les scènes d’un passé formidable se bousculaient dans une tête de plus en plus alourdie par deux semaines de forte fièvre le clouant au lit. Il revoyait les jours de gloire du prophète et ses batailles gagnées. Le voilà, lors de l’expédition de Hounaïn contre la tribu de Hawazene, descendant de sa jument, l’humeur guillerette, faisant de la prose rimée :</p>



<p><em>Je suis le prophète, et sans malice;</em></p>



<p><em>D’Abd El Mouttalib, je suis le fils.</em></p>



<p><strong>Il le revoyait aussi lors de la bataille perdue d’Ohod, abandonné par ses plus fidèles</strong>; ni Omar ni lui-même ne purent le préserver des stigmates de la guerre. Certes, heureusement, le prophète n’était pas laissé seul ; une poignée de compagnons, courageux ou téméraires, le défendaient, dont Ali. Ce dernier, encore enfant, le précéda dans l’islam avec la toute première épouse du prophète, Khadija.</p>



<p>Mais, après ces deux personnes, Abou Bakr fut la première personnalité de Qoraïch à adhérer à la nouvelle religion et à croire assez tôt tout ce que disait son prophète, ce qui lui valut le surnom qui lui était resté de Très croyant, célébrant cette foi précoce, aussi solide que généreuse, en Mohamed et son Message. Cet homme, il l’admirait beaucoup ; surtout, il admirait son dépouillement extrême qui le fit vivre et mourir dans le dénuement. Les sueurs brûlantes perlant de son front et venant se nicher au profond creux de ses yeux déjà humides d’émotion, il se souvenait que le prophète mourut en laissant sa cuirasse en gage chez un juif auprès duquel il empruntait de quoi nourrir sa famille.</p>



<p>Abou Bakr, le Très croyant, naquit trois ans avant son idole qui vit le jour en ce qu’on appelait l’année de l’éléphant, soit quelque cinquante-cinq années avant ce qui allait devenir l’ère musulmane.</p>



<p><strong><em>Il avait pour prénom Abd Al Kaaba, le serviteur de la Kaaba, jusqu’à ce que le prophète le lui changeât en AbdAllah, </em></strong>Serviteur de Dieu. Son père se prénommait Othmane et était appelé par un surnom, Abou Kouhafa, comme le voulait la tradition chez les Arabes de se doter de surnoms et de s’inventer des sobriquets.</p>



<p>Bien plus qu’Abou Bakr (Père chamelon), il aimait l’autre surnom que lui donna aussi le prophète&nbsp;: Atik (le libéré), magnifiant ainsi son affranchissement par Dieu du feu de l’enfer. Marchand à La Mecque, issu d’une lignée de notables, ses moyens furent de grand secours pour la religion naissante, permettant de racheter certains des premiers croyants martyrisés par leurs maîtres et de leur rendre leur liberté.</p>



<p>Vicaire du prophète de Dieu à la mort de ce dernier, il lui avait succédé depuis deux ans, trois mois et quelque quinzaine de jours. Il avait 63 ans. Il pensait son heure venue non sans s’être dit qu’à cet âge, il aurait dû faire plus attention à ne pas prendre le risque de se laver en un jour de grand froid au point d’attraper la fièvre et de se retrouver grabataire pendant les quinze derniers jours.</p>



<p>Durant toute cette période, ce qui lui pesa le plus était moins la perspective de plus en plus évidente de quitter ce bas monde que l’empêchement d’accomplir son premier devoir de chef de la communauté et de présider la prière.</p>



<p><strong><em>C’est Omar, son fidèle second, qu’il chargea d’y pourvoir depuis le début de sa maladie. </em></strong>En même temps, il lui fit part de son pressentiment qu’il ne survivrait pas à la fin de la journée et, lui rappelant la mort du prophète, il insista pour que la sienne ne l’occupât point ni ne le détournât de suivre de très près l’évolution des guerres d’expansion.</p>



<p>À cette quinzième journée suivant la déclaration de sa fièvre, il ne survécut pas et décéda après le coucher du soleil ; il fut enterré durant la nuit. Transportée sur le lit du prophète, la dépouille mortelle fut placée entre le tombeau de ce dernier et le trône de la mosquée pour une prière funèbre assurée par Omar.</p>



<p>Comme il le leur avait demandé, il a été enveloppé dans un linceul fait de deux vieux manteaux lavés pour la circonstance ;<em> «le vivant a bien plus besoin du neuf que le mort»</em>, leur avait-il dit. Selon son souhait, sa tombe fut creusée à côté de celle du prophète, à la hauteur des épaules duquel on plaça sa tête. En procédant à la prière de la mort, Omar voyait déjà une troisième tombe se creuser dans le même endroit ; il se la destinait, situant l’emplacement de sa tête au niveau des hanches d’Abou Bakr.</p>



<p><strong>Dans la maison d’Abou Bakr, des cris et des lamentations fusèrent</strong>; le traditionnel concert des pleureuses était orchestré par Aïcha. Se conformant aux consignes du disparu, Omar le leur avait pourtant défendu; mais la tradition était plus forte. Aussitôt, Omar alla demander à un familier de lui faire sortir la fille du disparu et n’hésita pas à lever sa badine sur la première qui vint à lui, une sœur d’Abou Bakr; cela suffit pour faire s’éparpiller les pleureuses.</p>



<p>Abou Bakr mourut au même âge que le prophète. Son père, qui lui survécut quelques mois et une poignée de jours, était particulièrement fier de lui ; il n’arrêtait pas de répéter le verset 101 de la sourate <em>«Youssef»</em>, la prière à Dieu qui constitua les dernières paroles de son fils :</p>



<p>— Mon Dieu, «<em>fais-moi mourir en musulman et que je sois en compagnie des vertueux.</em>»</p>



<p>Pendant deux années moins quatre mois, durée totale de son vicariat, le premier calife utilisa le sceau du prophète pour cacheter les actes officiels ; il avait aussi le sien propre portant l’inscription : «Que tout-Puissant est Dieu ! ».</p>



<p>Il fut le premier à se soucier du sort du Coran, pensant en réunir toutes les traces écrites disséminées chez les Compagnons – Émigrants et Renforts – saisies sur des peaux et des omoplates de chameaux, outre ce qui était simplement retenu du Coran par cœur, notamment chez ses lecteurs spécialisés.</p>



<p>Ce fut au lendemain de la rude guerre de Yémama contre Moussaylima le Menteur, qui ravagea les rangs musulmans, faisant périr bon nombre de la fine fleur des Compagnons, qu’il ordonna la réunion de l’ensemble du texte sacré afin de lui éviter tout risque de perte.</p>



<p>De cette mission, il chargea l’un des plus grands Compagnons du prophète et certainement l’un des plus connaisseurs du Coran, puisqu’il était chargé de le rédiger pour le prophète : le Renfort Zayd Ibn Thabit. Chez l’une des femmes du prophète, Hafsa, fille d’Omar, un dépôt en fut alors placé. Avant de s’en aller rejoindre son Dieu, Abou Bakr se soucia aussi de sa succession. Sagement, il prit la précaution de désigner son remplaçant à la tête de l’État musulman naissant.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre..</strong></p>



<p> <strong><em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>



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<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Bo94R77SIw"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/embed/#?secret=yeB3XgTV2B#?secret=Bo94R77SIw" data-secret="Bo94R77SIw" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="hK8i9OrxEY"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/11/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-5-5/">Roman-feuilleton du Ramadan : «Aux origines de l&rsquo;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (5/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan : «Aux origines de l&rsquo;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (5/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/11/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-5-5/embed/#?secret=I5KgXpmPTG#?secret=hK8i9OrxEY" data-secret="hK8i9OrxEY" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="wF8lp0gAdv"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/10/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-4-5/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (4/5)</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (4/5) » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/10/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-4-5/embed/#?secret=VDHr2od2vY#?secret=wF8lp0gAdv" data-secret="wF8lp0gAdv" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
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		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (4/5)</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 10 Apr 2022 14:01:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Amr Ibn Al ‘Ass]]></category>
		<category><![CDATA[époque pré-islamique]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Othman]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Khalid Ibn Al Walid]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Qoraïchites]]></category>
		<category><![CDATA[Zouhayr Ibn Abi Soulma]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La cité restait sans autre défense que ses habitants, certes ; mais par leur action, ces troupes faisaient une démonstration de force de nature à intimider les ennemis, désamorcer leurs velléités belliqueuses. Qui irait jusqu’à imaginer qu’on oserait dégarnir la défense de la ville pour attaquer si l’on n’était pas en position de force ?...</p>
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<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Khalid-Ibn-Al-Walid.jpg" alt="" class="wp-image-387164"/><figcaption><em>Khalid Ibn Al Walid.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>La cité restait sans autre défense que ses habitants, certes ; mais par leur action, ces troupes faisaient une démonstration de force de nature à intimider les ennemis, désamorcer leurs velléités belliqueuses. Qui irait jusqu’à imaginer qu’on oserait dégarnir la défense de la ville pour attaquer si l’on n’était pas en position de force ? La logique de la guerre l’aurait interdit ; mais Abou Bakr en la matière faisait prévaloir la logique de la foi, bien supérieure à ses yeux.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-387163"></span>



<p>Il n’était pas moins homme de guerre, pour autant ! Donnant l’alerte en ville, le calife posta le peu d’hommes qui lui restaient aux aguets. Usant de la même tactique prescrite à ses représentants guerroyant les rebelles et les apostats, il était même le premier à recourir à l’offensive. Ainsi, une nuit, à un moment ou des assaillants campés autour de Médine — la tribu de la dernière délégation venue ausculter les forces musulmanes — s’apprêtaient à une attaque au petit matin, il s’en prit à eux par surprise, réussissant en les prenant au dépourvu à mettre en échec, à peu de frais, l’attaque projetée.</p>



<p>Grâce à cette stratégie, la cité réussit à prévenir d’autres attaques jusqu’au retour de son armée d’expédition ce qui permit aux habitants de respirer de soulagement. Cette dernière n’eut certes pas à engager de batailles avec l’ennemi byzantin, mais elle ne parada pas moins à ses frontières, annonçant des attaques plus sérieuses, des invasions futures promises pour être décisives. De plus, l’essentiel fut bien fait, la mission ayant été remplie, consistant en l’exécution de l’ultime volonté du prophète d’Allah.</p>



<p><strong>Aussitôt le corps d’armée d’Oussama rentré à Médine, le calife s’autorisa à envisager une contre-attaque</strong> large et déterminée afin de réduire l’ensemble des révoltes aux motivations variées, certaines étant de nature politiques tenant à l’attachement exacerbé à une liberté élevée au rang de la sacralité, d’autres relevant de motifs sociologiques de prééminence et de standing et certaines autres étant motivées par des raisons religieuses concurrentes. En effet, sur les vastes terres d’Arabie, comme partout en terre d’Orient, les inspirations mystiques et les vocations prophétiques avaient de tout temps élu leur lieu de vocation par excellence, y ayant trouvé terrain fertile pour y apparaître bien plus fréquemment que l’eau de pluie des nuages en un ciel invariablement de plomb.</p>



<p>Dès le retour de ses guerriers, Abou Bakr conduisit lui-même une nouvelle riposte venant tout juste après une première qui avait débouché sur l’anéantissement définitif de la révolte des hommes d’Al Aswad, le prétendu prophète du Yémen. D’autres suivirent, dirigées par onze chefs de guerre dont un bon nombre de Qoraïchites parmi lesquels les deux hommes en vue du moment, l’éminent chef de guerre Khalid Ibn Al Walid et l’éminence grise de la politique Amr Ibn Al ‘Ass.</p>



<p><strong>À tous les commandants de ces armées, Abou Bakr confiait une même lettre destinée aux apostats</strong>. Pour lui, quelle que fut la motivation première de ceux que ses hommes allaient combattre, ils étaient considérés comme ayant renié la nouvelle foi. En refusant de reconnaître la légitimité du nouveau pouvoir, et ce même s’ils n’abjuraient pas de fait l’islam, ils se mettaient hors de l’islam. Ainsi, la foi et la politique étaient-elles intimement liées à ses yeux ; il ne pouvait en aller autrement eu égard à la nature même de l’islam qui est à la fois une religion et une politique, mais aussi à la gravité de la situation où la nouvelle foi était encore fragile, la moindre faiblesse, le moindre doute étant de nature à compromettre son devenir. Cette harangue, invariablement, devait reproduire le schéma suivant :</p>



<p><em>«Au nom de Dieu clément et miséricordieux. D’Abou Bakr, vicaire du prophète d’Allah — qu’Allah le bénisse et le salue — à tout destinataire de la présente lettre : gens communs et notables, fidèles à l’islam ou ayant apostasié. Que le salut soit sur qui est demeuré dans le droit chemin et n’est point revenu à l’égarement, à l’aveuglement. Je glorifie Dieu le seul et l’unique et témoigne qu’il n’est de Dieu que lui, exclusif, sans associé, que Mohamed est son serviteur et son prophète ; nous reconnaissons son message et nous accusons d’impiété quiconque le refuse et le combattons&#8230;</em>»</p>



<p>Cherchant à être exhaustif et précis, à son habitude, ne dédaignant ni de faire appel au raisonnement ni à la menace, il voulait avoir, dans son message, une attitude de juste équilibre ou de justice équilibrée. Rappelant la portée du message prophétique, citant des extraits du Coran, ne doutant point de sa légitimité en tant que nouveau chef de toutes les tribus arabes, il tenait à y évoquer la source de son pouvoir, revenant à la disparition du prophète, reprenant ses propos le jour de sa mort avant de finir par en venir à leur apostasie. Et alors, il n’hésitait pas d’être moins persuasif, recourant volontiers à la menace, faisant montre à quel point sa détermination pouvait le faire aller loin de sa réputation de bonhomie :</p>



<p><em>«&#8230; Dans une armée d’Émigrants et de Renforts et aussi de bons musulmans de la deuxième génération, je vous ai envoyé un tel et lui ai ordonné de ne combattre personne, de ne tuer quiconque qu’après l’avoir appelé à l’islam. Celui qui y répond, reconnaissant les justes principes de notre noble foi et agissant vertueusement selon ses prescriptions, il l’acceptera et l’aidera. Pareillement, il a reçu l’ordre de tuer quiconque refuse et de ne point épargner toute personne récalcitrante qu’il réussira à prendre ; de brûler par le feu les renégats, de les tuer sans merci, de capturer leurs femmes, leurs enfants. Il n’acceptera de personne que l’islam ; celui qui le suivra bénéficiera des bienfaits et de la miséricorde divins, mais celui qui le délaissera ne défiera point la force d’Allah ni le bras vengeur de ses fidèles. À tout groupement d’entre vous, j’ai ordonné à mes envoyés de lire ma lettre ; le signe de rassemblement et de ralliement pour vous sera l’appel à la prière. Ceux qui appellent à la prière, musulmans et le confirmant, ils ne seront pas attaqués ; ceux que n’assemble pas l’appel à Allah, ils y seront appelés, toutefois. Or, s’ils y défèrent, il leur sera alors demandé leurs devoirs religieux ; s’ils s’y refusent, on ne manquera pas de les châtier et on ne traînera pas à le faire ; mais pour peu qu’ils les reconnaissent, ils seront admis dans la communauté des fidèles et on veillera à les faire s’acquitter de leurs obligations»</em>.</p>



<p><strong>Sa connaissance approfondie de la nature humaine avait rendu Abou Bakr sans illusions </strong>sur les faiblesses des hommes — même parmi les plus vertueux d’entre eux — dans le feu de l’action, y compris la plus noble. Il était arrivé au prophète lui-même de demeurer humain quant aux choses de la vie, soumis à la condition imparfaite des hommes. Lors de la conquête de La Mecque, il n’y avait pas eu que de fiers et nobles soldats de Dieu dans les troupes musulmanes, certains ne rechignant même pas à détrousser les femmes sans défense de leurs bijoux.</p>



<p>Et le prophète lui-même qui avait fait de sa ville un sanctuaire, y interdisant la moindre impiété, quand la nécessité impérieuse l’a réclamé, il lui a été possible de faire une entorse au caractère saint de ce lieu, Allah l’autorisant de faire couler le sang pour un temps en un lieu aussi saint que La Mecque. Ainsi, pensait-il, ses chefs de guerre, partis ramener à la foi véritable les Arabes égarés, ne manqueraient pas de relativiser la portée de leurs agissements, se réclamant de la noblesse de leurs intentions, de la fin recherchée pour s’autoriser des excès et des débordements.</p>



<p>Sa hantise était justement d’éviter tout débordement, son expérience et sa connaissance des guerriers du désert l’assurant que ce genre d’expéditions était par trop propice aux excès. Aussi tint-il à munir chaque chef d’armée d’un serment rappelant les principes de son adresse, les mandant de les suivre à la lettre, aussi bien eux-mêmes que les troupes sous leur commandement, promettant de les tenir personnellement responsables de tout abus injustifié.</p>



<p>Car il sait pertinemment en homme avisé rompu aux choses de la vie que la perspective de butin a sans aucun doute attiré un certain nombre parmi les soldats de la foi, et non seulement ceux dont l’attachement à la religion nouvelle n’était pas le plus fiable, mais le moins affirmé. Cela faisait partie des lois ancestrales de la guerre qu’il connaissait aussi parfaitement que la généalogie des siens, leurs ascendances les plus lointaines et leurs faits et gestes les plus anciens.</p>



<p><strong>Il était donc sans trop d’illusions qu’à la motivation première et essentielle des campagnes militaires</strong> lancées au nom et au service de la foi ardente s’ajoutaient ou même se substituaient pour certains, notamment parmi les hordes nombreuses de volontaires anonymes se joignant avec enthousiasme aux chefs de guerre valeureux et fidèles des armées, les hommes connus et fort respectables de sa tribu, l’assurance de butins et la possibilité de gagner un fief; autant de motivations propices à la somnolence des valeurs !</p>



<p>Mais ce qui le gênait peut-être le plus, c’était que dans les butins inéluctables de ces guerres à gagner, il n’y avait pas que les biens matériels; la perspective de voir piller les êtres humains tout autant que leurs objets, de posséder et d’user de leur corps tout comme de leurs richesses ne pouvait manquer de heurter son âme demeurant délicate dans son essence, sa noblesse de sentiments quintessenciés.</p>



<p><a></a> Pertinemment, il savait que lorsque la guerre faisait rage, elle était grosse de toutes sortes de ravages; et les pires exactions étaient consubstantielles aux exaltations dont celles qui étaient pourtant le fruit de nobles sentiments. À l’esprit, lui revenaient rimes et assonances de ces interprètes de la sagesse des anciens que sont les poètes, comme l’un des plus illustres parmi eux, membre d’une famille de grande tradition poétique, le sage Zouhayr Ibn Abi Soulma dénonçant la guerre dans l’un des sept poèmes majeurs des temps anciens, ces chefs-d’œuvre de l’époque pré-islamique qu’on appelait Mu’allaqat ou Suspendues (à la Ka’ba) :</p>



<p><em>Allumée, atroce vous l’allumez,</em></p>



<p><em>Tout flammes, d’emblée vous l’enflammez.</em></p>



<p><em>Sur la peau sous la meule, vous êtes alors de la graine broyée</em></p>



<p><em>Par deux fois l’an, elle se féconde et sa mise bas est gémellée.</em></p>



<p class="has-text-align-right"><em><strong>À suivre&#8230;</strong></em></p>



<p>* <em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, Ombres et lumières», par Farhat Othman,  éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/10/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-4-5/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Luttes d’influence et guerre de religion (4/5)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Plus de 200.000 Tunisiens ont présenté leurs candidatures pour le pèlerinage islamique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Cherif Benyounes]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 22 Mar 2021 11:54:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[al-hajj]]></category>
		<category><![CDATA[Kaaba]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[pèlerinage]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré la crise sanitaire du coronavirus et la crise économique que traverse le pays, les Tunisiens tiennent toujours aussi ardemment à accomplir le devoir religieux du pèlerinage islamique (ou al-hajj). Cette année, 203.613 d&#8217;entre eux ont présenté leurs candidatures pour faire le déplacement à la Mecque, en Arabie saoudite. Au menu, comme il y a...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2015/10/pelerinage.jpg" alt="" class="wp-image-22580"/></figure>



<p><strong><em>Malgré la crise sanitaire du coronavirus et la crise économique que traverse  le pays, les Tunisiens tiennent toujours aussi ardemment à accomplir le devoir religieux du pèlerinage islamique (ou al-hajj). Cette année, 203.613 d&rsquo;entre eux ont présenté leurs candidatures pour faire le déplacement à la Mecque, en Arabie saoudite.</em></strong></p>



<span id="more-342280"></span>



<p>Au menu, comme il y a plus de 1.400 ans, il y aura les traditionnelles rondes autour de la Kaaba, les 7 marches entre entre Safâ et Marwah ou encore la «<em>lapidation</em>» du personnage imaginaire Satan (qui représente le mal dans plusieurs religions monothéistes, dont l&rsquo;islam).</p>



<p>Rien n&rsquo;a changé et ne changera en ce qui concerne les rites, toujours aussi primitifs. Ce qui évolue, par contre, d&rsquo;une année à l&rsquo;autre, c&rsquo;est le coût de ce précepte religieux, qui est aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;ordre d&rsquo;une dizaine de milliers de dinars par individu. </p>



<p>Beaucoup d&rsquo;argent donc qui va droit vers les poches des autorités saoudiennes, lesquelles font d&rsquo;al-hajj un vrai fond de commerce, profitant de la crédulité des pratiquants et de leur disposition à tout donner pour être à la Mecque entre les 8 et 13 du mois lunaire de dhou al-hijja pour accomplir ce pilier magique de l&rsquo;islam, qui permet de faire table rase, selon cette religion, de tous les péchés antécédents.</p>



<p>Notons toutefois que la tenue du pèlerinage islamique n&rsquo;est pas certain à 100% cette année, en raison du coronavirus. Il est toutefois attendu que les autorités saoudiennes le confirment, en mettant en place des restrictions sanitaires et en limitant le nombre de candidats acceptés, sachant que l&rsquo;année dernière il a été annulé.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Cherif Ben Younès</strong></p>
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		<title>Mission d&#8217;hommes d&#8217;affaires tunisiens à la Mecque et Médine</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2020/02/20/mission-dhommes-daffaires-tunisiens-a-la-mecque-et-medine/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Amina Mkada]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 20 Feb 2020 14:15:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[CCIC]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[Médine]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Chambre de commerce et d’industrie du centre (CCIC) organise, du 21 au 28 février 2020, une mission économique multisectorielle, d&#8217;hommes d&#8217;affaires tunisiens à la Mecque et Médine. Cette mission est co-organisée en partenariat avec la Chambre de commerce de la Mecque. Des rencontres professionnelles entre entreprises tunisiennes et saoudiennes sont programmées la Mecque et à Médine...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/02/CCIC-cci-mecca-....jpg" alt="" class="wp-image-282404"/></figure>



<p><strong><em>La Chambre de commerce et d’industrie du centre (<a href="http://www.ccicentre.org.tn/%C3%A9v%C3%A8nement/6340/">CCIC</a>) organise, du 21 au 28 février 2020, une mission économique multisectorielle, d&rsquo;hommes d&rsquo;affaires tunisiens à la Mecque et Médine. </em></strong></p>



<span id="more-282394"></span>



<p>Cette mission est co-organisée en partenariat avec la Chambre de commerce de la Mecque. </p>



<p>Des rencontres professionnelles entre entreprises tunisiennes et saoudiennes sont programmées la Mecque et à Médine dans diverses activités économiques.</p>



<p>Par ailleurs, des réunions avec de hauts responsables institutionnels saoudiens, ainsi que des visites de sites économiques sont prévues au programme de cette visite.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>A. M.</strong></p>
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		<title>Hajj à la Mecque : Les musulmans doivent boycotter l’Arabie saoudite</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 25 Aug 2018 11:13:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Arabie saoudite]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les musulmans oublient le massacre des Yéménites sous les bombes saoudiennes.  Il serait quand même temps de s’interroger sur la pertinence du «hajj» (pèlerinage à la Mecque) quand on sait que le royaume saoudien ponctionne la moitié du montant payé par chaque pèlerin et qu’il mène une guerre sanglante contre un pays musulman voisin. Par...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/25/hajj-a-la-mecque-les-musulmans-doivent-boycotter-larabie-saoudite/">Hajj à la Mecque : Les musulmans doivent boycotter l’Arabie saoudite</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-170834" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/08/Hajj-Yemen.jpg" alt="" width="626" height="380" /></p>
<p style="text-align: center;"><em>Les musulmans oublient le massacre des Yéménites sous les bombes saoudiennes. </em></p>
<p><em><strong>Il serait quand même temps de s’interroger sur la pertinence du «hajj» (pèlerinage à la Mecque) quand on sait que le royaume saoudien ponctionne la moitié du montant payé par chaque pèlerin et qu’il mène une guerre sanglante contre un pays musulman voisin.</strong></em></p>
<p>Par <strong>Wael Mejrissi</strong></p>
<p><span id="more-170833"></span></p>
<p>Nous sommes dans la période du pèlerinage musulman. Certains se trouvent déjà sur place pour réaliser cette quête spirituelle de toute une vie. Les moments graves que nous vivons méritent que les musulmans se posent certaines questions sur ce voyage spirituel.</p>
<h3>Pratiquer sa religion avec intelligence et discernement</h3>
<p>Rappelons que le prix du pèlerinage coûte, en Tunisie, la bagatelle de 11.710 dinars (DT).</p>
<p>On se demande d&rsquo;ailleurs pourquoi les prix ont atteint de tels niveaux en quelques années. La réponse est simple : outre la forte baisse de la valeur du dinar tunisien, pour faire la guerre au Yémen et une guerre, ça coûte très cher! Un génocide à ciel ouvert et dans l’indifférence internationale a lieu et son auteur n’est autre que l’Arabie Saoudite qui bombarde son pays voisin dans l’aveuglement le plus total faisant des centaines de milliers de morts.</p>
<p>Face à un tel bain de sang, il serait quand même temps de s’interroger sur la pertinence d’un tel voyage quand on sait que le royaume saoudien ponctionne au moins 50% du montant payé par chaque pèlerin.</p>
<p>Le pèlerinage est certes une prescription divine et elle constitue également un pilier de l’islam mais respecter une prescription divine n’empêche pas de pratiquer sa religion avec intelligence et discernement. Si l’argent concédé pour la réalisation de ce pèlerinage sert un royaume à s’équiper en armes qui vont être retournées contre des enfants, civils femmes et vieillards, il est évident que le sens moral et citoyen interdit à tout musulman de contribuer même indirectement à une telle épopée meurtrière.</p>
<h3>L’argent du hajj atterrit sur les comptes de Dassault et Eurofighter</h3>
<p>Que le royaume saoudien dilapide l’argent récolté du pèlerinage en s’offrant de la vaisselle et des toilettes en or massif, passe encore mais lorsqu’il s’agit de commettre des crimes de guerre, il paraît légitime de ne pas participer d’aucune manière que ce soit à ce qu’il faut bien appeler un massacre. Or les musulmans pour honorer cette obédience spirituelle qu’ils considèrent comme non négociable, acceptent bon gré mal gré de se rendre au pays des Saoud même si ça doit se faire au prix de vies innocentes.</p>
<p>Alors dans un tel contexte, il est urgent que les Tunisiens candidats au pèlerinage interrogent leur conscience lorsqu’ils débourseront toutes leurs économies qui finiront sur les comptes offshore de Dassault et Eurofighter pour l’achat d’avions de chasse qui largueront des bombes sur des enfants qui pourraient être les leurs. C’est bien beau de boycotter les produits israéliens mais boycotter l’Arabie Saoudite pour sauver des vies est aussi une nécessité vitale pour sauver nos consciences.</p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lhBYYC1UaQ"><p><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/15/le-hajj-au-service-de-la-megalomanie-des-ibn-saoud/">Le «hajj» au service de la mégalomanie des Ibn Saoud</a></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le «hajj» au service de la mégalomanie des Ibn Saoud » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/15/le-hajj-au-service-de-la-megalomanie-des-ibn-saoud/embed/#?secret=k0LsddupBT#?secret=lhBYYC1UaQ" data-secret="lhBYYC1UaQ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
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		<title>Hajj 2018 : Décès d&#8217;un 4e pèlerin tunisien à La Mecque</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/24/hajj-2018-deces-dun-4e-pelerin-tunisien-a-la-mecque/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[emna benabdallah]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Aug 2018 12:37:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[la Mecque]]></category>
		<category><![CDATA[pèlerin tunisien]]></category>
		<category><![CDATA[Zaghouan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un 4e pèlerin tunisien est décédé d&#8217;une mort naturelle aujourd&#8217;hui, vendredi 24 août 2018, à La Mecque (Arabie Saoudite), indique le ministère des Affaires religieuse dans un communiqué. Le défunt, originaire de Zaghouan, est décédé aujourd&#8217;hui à l&#8217;aube dans l&#8217;hôtel où il résidait, Fajr Al-Badea 2. Le communiqué a également indiqué que les services du...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/24/hajj-2018-deces-dun-4e-pelerin-tunisien-a-la-mecque/">Hajj 2018 : Décès d&rsquo;un 4e pèlerin tunisien à La Mecque</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-170670" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2018/08/Pélerins_Tunisie.jpg" alt="" width="626" height="380" /></p>
<p><em><strong>Un 4e pèlerin tunisien est décédé d&rsquo;une mort naturelle aujourd&rsquo;hui, vendredi 24 août 2018, à La Mecque (Arabie Saoudite), indique le ministère des Affaires religieuse dans un communiqué.</strong></em><span id="more-170666"></span></p>
<p>Le défunt, originaire de Zaghouan, est décédé aujourd&rsquo;hui à l&rsquo;aube dans l&rsquo;hôtel où il résidait, Fajr Al-Badea 2.</p>
<p>Le communiqué a également indiqué que les services du ministère des Affaires étrangères ont annoncé la triste nouvelle à la famille du pèlerin sans préciser s&rsquo;il sera rapatrier en Tunisie ou non.</p>
<p>Notons que depuis le début du pèlerinage et jusqu&rsquo;à ce jour, 2 pèlerins tunisiens ont rendu l&rsquo;âme à La Mecque et un 3e au Mont Arafat. Ils sont tous décédés d&rsquo;une mort naturelle.</p>
<p style="text-align: right;"><strong>E. B. A.</strong></p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="kcLH6XLbNU"><p><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/20/hajj-2018-deces-du-musicien-mohamed-driss-au-mont-arafat/">Hajj 2018 : Décès du musicien Mohamed Driss au Mont Arafat</a></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Hajj 2018 : Décès du musicien Mohamed Driss au Mont Arafat » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/20/hajj-2018-deces-du-musicien-mohamed-driss-au-mont-arafat/embed/#?secret=CyBqX43Yn1#?secret=kcLH6XLbNU" data-secret="kcLH6XLbNU" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="R0wpzWvlFF"><p><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/18/hajj-2018-deces-dun-2e-pelerin-tunisien-a-la-mecque/">Hajj 2018 : Décès d&rsquo;un 2e pèlerin tunisien à la Mecque</a></p></blockquote>
<p><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Hajj 2018 : Décès d&rsquo;un 2e pèlerin tunisien à la Mecque » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/18/hajj-2018-deces-dun-2e-pelerin-tunisien-a-la-mecque/embed/#?secret=NfvIsy0Sp2#?secret=R0wpzWvlFF" data-secret="R0wpzWvlFF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2018/08/24/hajj-2018-deces-dun-4e-pelerin-tunisien-a-la-mecque/">Hajj 2018 : Décès d&rsquo;un 4e pèlerin tunisien à La Mecque</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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