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	<title>Archives des Maxime Rodinson - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Maxime Rodinson - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Etat d&#8217;Israël et question palestinienne &#124; Hommage à Maxime Rodinson</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 May 2026 10:30:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Maxime Rodinson (1915-2004) a répondu, il y a plus de soixante ans, aux arguments des soutiens indéfectibles d’Israël et de ses crimes.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/15/etat-disrael-et-question-palestinienne-hommage-a-maxime-rodinson/">Etat d&rsquo;Israël et question palestinienne | Hommage à Maxime Rodinson</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Avec la rigueur scientifique, la profondeur historique et la lucidité intellectuelle qui le caractérisaient, Maxime Rodinson (1915-2004) a répondu, il y a plus de soixante ans, aux arguments aujourd’hui remis au goût du jour par les soutiens indéfectibles de l’Etat d’Israël et de ses crimes. Par sa justesse, sa réflexion approfondie sur le sionisme, le judaïsme, la question nationale juive et le conflit israélo-arabe garde une incroyable actualité. &nbsp;</em></strong></p>



<p><strong>Moncef Ben Slimane</strong> *</p>



<span id="more-18775749"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/12/Moncef-Ben-Slimane.jpg" alt="" class="wp-image-374492"/></figure>
</div>


<p>En classant mes archives, je suis tombé sur un ancien numéro de <em>Perspectives</em>, l’organe du Groupe d’études et d’action socialiste tunisien. En feuilletant ses pages jaunies par le temps, un titre a immédiatement résonné avec l’actualité politique française la plus brûlante.</p>



<p>Il y a quelques semaines encore, des députés soutenus par des personnalités intellectuelles françaises présentaient à l’assemblée nationale ce qu’on appelle (la loi Yadan) un texte visant à assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme.</p>



<p>Or, dans la brochure <em>Perspectives</em> datant de 1964, figure un entretien avec Maxime Rodinson. Avec la rigueur scientifique, la profondeur historique et la lucidité intellectuelle qui le caractérisaient, M. Rodinson répondait déjà, il y a plus de soixante ans, aux arguments aujourd’hui remis au goût du jour par les soutiens indéfectibles de l’Etat d’Israël et de ses crimes. À travers ses analyses, on mesure combien certains débats contemporains s’inscrivent dans une longue continuité idéologique et politique.</p>



<p>Je livre ici au lecteur les propos de M. Rodinson, dont la pertinence demeure, à bien des égards, saisissante.</p>



<p>Dans ce long entretien, le sociologue et historien français développe une réflexion approfondie sur le sionisme, le judaïsme, la question nationale juive et le conflit israélo-arabe.</p>



<p>Directeur à l’École pratique des Hautes Études, M. Rodinson est attaché à l’analyse historique et politique des faits. Il insiste à plusieurs reprises sur la nécessité de distinguer clairement l’antisémitisme de l’antisionisme, tout en appelant à une solution juste pour les peuples israélien et palestinien.</p>



<p>Dès l’ouverture de l’entretien, il déclare : <em>«Ce sont l’antisémitisme et le sionisme qui, en créant Israël, en ont fait une véritable nation. Je ne suis pas de cette nation ; ayant le privilège de choisir, j’ai choisi. Français juif, je n’ai pas à me faire patriote israélien. Je suis prêt à défendre les Juifs d’Israël, comme les autres, contre l’injustice, pas à les soutenir pour l’injustice.»</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="5mJDkzq6na"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2017/10/23/1917-la-declaration-balfour-aux-sources-du-fait-sioniste/">1917 : La déclaration Balfour aux sources du fait sioniste</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« 1917 : La déclaration Balfour aux sources du fait sioniste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2017/10/23/1917-la-declaration-balfour-aux-sources-du-fait-sioniste/embed/#?secret=REMEoxsPo2#?secret=5mJDkzq6na" data-secret="5mJDkzq6na" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le sionisme et le judaïsme : deux réalités distinctes</h2>



<p>Interrogé sur l’amalgame fréquent entre judaïsme et sionisme, M. Rodinson affirme que les dirigeants israéliens et les propagandistes sionistes cherchent à identifier les deux notions alors qu’elles relèvent, selon lui, de réalités différentes.</p>



<p>Pour M. Rodinson, le sionisme doit être compris comme une tendance politique apparue à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle visant à regrouper les Juifs dans une même entité territoriale, en l’occurrence la Palestine.</p>



<p>Il rappelle qu’à l’origine du mouvement sioniste, plusieurs projets territoriaux furent envisagés, notamment l’Ouganda, avant que la Palestine ne s’impose comme destination privilégiée.</p>



<p>Le judaïsme, en revanche, désigne pour lui une appartenance religieuse et culturelle beaucoup plus vaste et diverse.</p>



<p>Il distingue alors plusieurs catégories de Juifs dans le monde :</p>



<p>1. Les communautés religieuses traditionnelles ;</p>



<p>2. Les communautés quasi-nationales de certains pays d’Europe orientale ;</p>



<p>3. Les Juifs assimilés mais demeurant attachés à certains aspects de la culture juive.</p>



<p>Selon lui, ces catégories ne suffisent pas à définir une nation au sens moderne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une critique de la notion de «nation juive»</h2>



<p>M. Rodinson consacre une partie importante de l’entretien à discuter la question de l’existence d’une nation juive.</p>



<p>Il estime que les critères classiques de définition d’une nation — territoire, langue commune, culture homogène, unité historique — ne sont pas réunis dans le cas des communautés juives dispersées à travers le monde.</p>



<p>Il souligne notamment les différences culturelles profondes existant entre les Juifs d’Europe occidentale, ceux d’Europe orientale, les Juifs du Yémen, d’Éthiopie ou encore de Chine.</p>



<p>Il insiste également sur l’absence d’unité ethnique ou raciale : <em>«Les recherches anthropologiques ont permis de dégager qu’il est inexact de parler de race juive.»</em></p>



<p>Selon lui, les communautés juives ont souvent été davantage unies par l’expérience historique de l’antisémitisme que par une homogénéité culturelle ou biologique.</p>



<p>L’entretien revient longuement sur les processus d’assimilation des Juifs dans les sociétés occidentales.</p>



<p>M. Rodinson explique qu’à partir du XIX<sup>e</sup> siècle, une partie importante des Juifs européens s’est progressivement intégrée dans les sociétés environnantes tout en conservant parfois certains éléments culturels ou religieux.</p>



<p>Il évoque notamment les débats autour de l’assimilation en France et cite plusieurs intellectuels juifs antisionistes.</p>



<p>Il affirme que le sionisme s’est souvent présenté comme une réaction contre l’assimilation, considérée par certains dirigeants sionistes comme un danger pour la continuité de l’identité juive.</p>



<p>Cependant, M. Rodinson rappelle que de nombreux Juifs sont restés profondément attachés à leurs pays d’origine et n’ont jamais souhaité émigrer vers Israël.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Israël et la transformation du problème juif</h2>



<p>Pour M. Rodinson, la création de l’État d’Israël a profondément modifié la situation historique des Juifs.</p>



<p>Il estime que l’État israélien constitue l’apport essentiel du sionisme moderne mais qu’il n’a pas supprimé l’existence de la diaspora juive.</p>



<p>Il affirme également que le sionisme a contribué à créer au Moyen-Orient un conflit durable qui n’existait pas auparavant sous cette forme.</p>



<p>Selon lui, les Juifs du Moyen-Orient vivaient dans des conditions très différentes de celles connues par les communautés juives d’Europe soumises à l’antisémitisme moderne.</p>



<p>Il rappelle que, dans l’Empire ottoman, les Juifs bénéficiaient souvent d’institutions autonomes et qu’ils ne connaissaient pas systématiquement les persécutions observées en Europe.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="p3kObYNhoh"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/01/un-siecle-de-lutte-en-palestine/">Un siècle de lutte en Palestine</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Un siècle de lutte en Palestine » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/01/un-siecle-de-lutte-en-palestine/embed/#?secret=l8CpdVTif3#?secret=p3kObYNhoh" data-secret="p3kObYNhoh" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La question palestinienne et le colonialisme</h2>



<p>Une large partie de l’entretien est consacrée à la Palestine et à la nature du projet sioniste.</p>



<p>M. Rodinson affirme qu’il existe une dimension coloniale dans l’implantation sioniste en Palestine.</p>



<p>Il cite la définition du colonialisme proposée par René Maunier : <em>«On peut parler de colonisation quand il y a occupation avec domination et émigration avec législation.»</em></p>



<p>Il considère que cette définition peut être appliquée à Israël.</p>



<p>Il critique également plusieurs arguments avancés par les défenseurs du sionisme :</p>



<p>&#8211; l’idée selon laquelle la terre palestinienne aurait été abandonnée ;</p>



<p>&#8211; l’argument du progrès économique apporté par les colons ;</p>



<p>&#8211; l’idée que l’existence d’un État socialiste et moderne justifierait la dépossession nationale des Palestiniens.</p>



<p>Selon lui, même lorsqu’il y eut des achats réguliers de terres avant 1948, cela ne suffisait pas à légitimer une dépossession nationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Antisionisme et antisémitisme</h2>



<p>M. Rodinson revient à plusieurs reprises sur la confusion entretenue, selon lui, entre critique du sionisme et haine des Juifs.</p>



<p>Il reconnaît que certains mouvements antisionistes peuvent parfois dériver vers l’antisémitisme, notamment dans des contextes de guerre ou de mobilisation populaire.</p>



<p>Cependant, il rejette fermement l’idée selon laquelle toute opposition au sionisme serait antisémite.</p>



<p>Il écrit notamment : <em>«Les Arabes ne s’élèvent pas contre les Juifs en tant que Juifs. Ils s’élèvent contre les sionistes sur un territoire politique limité, celui de Palestine.»</em></p>



<p>Il accuse également certains dirigeants sionistes d’avoir cherché à identifier systématiquement tous les Juifs au projet politique israélien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une solution politique fondée sur deux droits</h2>



<p>A la fin de l’entretien, M. Rodinson développe sa vision d’une solution pacifique. Il estime qu’une solution exclusivement militaire ne pourrait conduire qu’à une catastrophe.</p>



<p>Il appelle les intellectuels progressistes à faire pression en faveur d’un règlement politique fondé sur la justice et la coexistence.</p>



<p>L’entretien se conclut sur un appel à la lucidité politique et à la distinction claire entre antisémitisme et antisionisme.</p>



<p>Enfin, les analyses et les positions de M. Rodinson, qui datent d’avril 1964, restent non seulement d’actualité, mais ôtent également le vernis idéologique aux discours d’un nombre non négligeable d’intellectuels et d’universitaires français qui, jusqu’à aujourd’hui, cherchent à camoufler académiquement et à légitimer politiquement le génocide du peuple palestinien et les crimes de l’État d’Israël.</p>



<p><em>* Professeur universitaire.</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="kt2pGWLtUs"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/11/28/histoire-aux-sources-lalliance-americano-israelienne/">Histoire : aux sources de l’alliance américano-israélienne</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Histoire : aux sources de l’alliance américano-israélienne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/11/28/histoire-aux-sources-lalliance-americano-israelienne/embed/#?secret=XJiuHR1EbZ#?secret=kt2pGWLtUs" data-secret="kt2pGWLtUs" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan : «Aux origines de l&#8217;islam»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 01 Apr 2022 13:25:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Al Faraj AI Isfahani]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire de l&#039;islam]]></category>
		<category><![CDATA[Maxime Rodinson]]></category>
		<category><![CDATA[Ramadan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire arabe est encore à explorer pour le large public populaire — mais pas seulement — et les jeunes générations, notamment, chez les Arabes eux-mêmes. Il en va de même pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux choses du monde arabe, particulièrement à la gloire passée ainsi qu’au déclin subséquent qui dure...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Islam-Origines-Islam.jpg" alt="" class="wp-image-386187"/><figcaption><em>Miniature persane représentant le prophète Mohamed conduisant la prière avec Abraham, Moïse, Jésus et d&rsquo;autres prophètes.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>L’histoire arabe est encore à explorer pour le large public populaire — mais pas seulement — et les jeunes générations, notamment, chez les Arabes eux-mêmes. Il en va de même pour ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux choses du monde arabe, particulièrement à la gloire passée ainsi qu’au déclin subséquent qui dure encore avec ses soubresauts tantôt tragiques tantôt grotesques. Or, la richesse, surtout manuscrite du fastueux temps jadis arabo-musulman, et l’indigeste présent culturel et politique, cruel de vacuité, mandent pareille exploration ; la commandent même !</em></strong></p>



<p class="has-text-align-right">Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-386185"></span>



<p>Pourtant, si patent que soit ce besoin, intimement voulu tôt ou tard par tout Arabe musulman, durablement ou fugacement épris de libre pensée, sa concrétisation relève encore de la quadrature du cercle. Cela tient aux réalités sociologiques et politiques ainsi qu’aux contingences économiques et géostratégiques alimentant des freins idéologiques, des impératifs moraux, des diktats théologiques. Sans parler d’un imaginaire réticent.</p>



<p>Malgré la téméraire dimension de cette mission quasi impossible en les temps présents faits de fallacieuses inimitiés culturelles, doutes, anathèmes et suspicions, l’auteur a essayé de relever le défi avec un groupe de jeunes scolaires. Animés par la saine fougue de l’adolescence, la force du rêve et cette ardeur indomptable de la liberté d’imaginer un avenir meilleur, ils ont osé revisiter un beau passé terni par le passage du temps et l’œuvre d’humains au large horizon subitement rétréci en des intérêts communautaires mesquins. Et ils l’ont fait avec la seule devise de n’avoir comme seule perspective que la vérité conçue en un horizon vers lequel l’on s’oriente, qu’il est hors de propos de croire atteindre, mais sur la voie duquel on doit cheminer pour progresser dans toute création humaine se voulant véridique.</p>



<p>Tout a commencé avec un légitime besoin irrépressible de retour aux sources d’une étendue commune d’eau vitale, tantôt rivière aux ondes claires, à la luxuriance de la vie, tantôt mare marécageuse aux odeurs nauséabondes. On voulait y quêter une renaissance à la véracité, une vérité toute vraie, rien qu’authentique en un monde de plus en plus d’illusion, où simulacre et faux-semblants en sont devenus le sceau distinctif.</p>



<p>Hétérogène et fondamentalement pluraliste dans les convictions idéologiques et les orientations philosophiques de ses membres venant des horizons divers et bigarrés de l’ère culturelle arabe lato sensu, c’était une équipe de lycéens avides du savoir et passionnés par l’histoire, soudée par une homogénéité de libre pensée, de curiosité scientifique et d’une saine volonté d’être utiles, faire œuvre bénéfique.</p>



<p>Réunie autour de l’auteur lors de séances de travaux pratiques en parallèle à leur cours de civilisation islamique, cette dizaine de lycéens aux origines variées, baignant pour le moins dans une tradition familiale arabe musulmane, a imaginé donc cette fresque. Ils l’ont fait en puisant dans l’histoire sans rejeter les atours de la fiction, découvrant autant que faisant découvrir les événements d’un passé, fondateurs d’une identité réclamée ou contestée par les uns, mais ignorée ou confuse chez d’autres, bien que souvent magnifiée ou même mythifiée.</p>



<p>L’encadrement fut particulièrement attentif au respect de la liberté de chacun à s’exprimer dans le total respect de sa sensibilité autant qu’à l’obtention de la synthèse la plus harmonieuse des positions. Souvent radicalement opposées au départ, celles-ci finissaient par converger vers des nuances et des formules de compromis, moyennant une franche discussion et une permanente bonne foi issue d’un esprit se voulant le plus scientifique possible. Avec pour objectif de refléter l’ensemble des croyances ou ne les négligeant point, le groupe a réussi à imaginer une romance d’un temps évanoui, et pourtant si présent dans les esprits.</p>



<p>L’auteur s’est attaché à en rendre compte d’une manière structurée, respectant la vérité historique et les canons du genre littéraire adopté, sans que personne au groupe n’ait eu à renier ses convictions différentes, parfois divergentes, en les mariant judicieusement dans un récit éclectique à l’image de leur culture — de la vraie vie, tout simplement, respectueuse de tous. Aussi la fresque historique se veut-elle une ouverture dans le sens de cette modernité-là (on dit désormais postmodernité) qui n’est que la garantie de toutes les différences fondées sur le droit de tout un chacun à une liberté déférente et respectée dans un vivre-ensemble paisible.</p>



<p>Introduction à une histoire méconnue, oubliée ou tue, c’est une oeuvre de vulgarisation en ce temps de négation ou de confusion des valeurs encore plus qu’un essai d’analyse ou de synthèse. Il s’agit, tout d’abord, d’un récit romancé, sans exclusion de la liberté et de la fantaisie inhérentes à ce genre de littérature, ne nourrissant pas la prétention de faire objet de science ou d’histoire. Pour autant, il n’est pas irrespectueux, quant à l’essentiel, des faits et des événements passés, méticuleusement recensés.</p>



<p>Comme pour toute introduction dans un domaine ayant souvent revêtu les oripeaux des passions, se saisissant avec la liberté de la romance de faits dont la relation est parfois variable et dont l’appréhension peut relever du tabou pour d’aucuns, cette oeuvre ne manquera pas toutefois de susciter des réactions. Aussi, le souhait ayant continuellement animé le groupe est qu’elle contribue à ouvrir la voie à une littérature féconde en l’objet, amenant aux débats fructueux — comme il y en eut en son sein — et que la raison y domine toujours la passion et la canalise ou en triomphe en cas extrême de rupture !</p>



<p>Dans ce travail, par un choix délibéré et de principe, il n’a pas été fait recours dans toutes les sources ayant servi de référence au corpus, bien riche pourtant, à des orientalistes et des chercheurs extérieurs au monde arabe musulman et ce pour la simple raison que, d’une part, ces derniers se sont simplement basés dans leurs travaux sur les mêmes sources de référence que nous avons sélectionnées et que, d’autre part, ils n’ont fait qu’interpréter ces sources selon leurs propres vues et critères.</p>



<p>Aussi, notre souci d’authenticité, dans le cadre bien défini de la romance bien entendu, nous commanda-t-il de revenir aux textes d’origine et de négliger ce à quoi ils ont donné naissance, quel que soit son intérêt, car ceux-ci ne sont, par rapport à ces sources, que des effluents. Ainsi, nous nous sommes situés bien à l’opposé de ce que d’aucuns, parmi nos contemporains, y ont pris habitude, ignorant les textes d’origine, faisant recours à des œuvres ultérieures, demeurant secondes et bien grosses d’interprétations dont le grand tort est de laisser peu de place à la libre réflexion, en conditionnant d’office la libre découverte des faits consignés par les textes originels, y compris dans leur possible fantaisie propre à leur époque, faisant leur charme et celui d’une fresque romancée.</p>



<p>Chaque groupe s’était chargé de la lecture, de l’analyse et du commentaire d’ouvrages sélectionnés parmi les incunables de l’histoire arabo-musulmane, plusieurs groupes pouvant se charger des ouvrages volumineux dont les tomes étaient alors répartis entre eux, dont les notes de lecture établies et les résumés élaborés étaient confrontés, discutés et harmonisés lors de séances plénières de débat, de compréhension et d’échange de vues qui donnaient lieu à une synthèse générale utilisée dans la mise en forme ultérieure du travail final romancé. De telle sorte que si la fiction gardait son rôle majeur, elle se greffait sur un socle de véridicité nourri des références les plus sérieuses et les moins sujettes à caution. Car l’histoire romancée dont il s’agit était voulue une lecture dans le texte, mais une lecture critique et éclairée.</p>



<p>À titre d’exemple, furent notamment sollicités les ouvrages suivants cités par ordre alphabétique et non d’importance, d’usage ou d’inspiration et dont le lecteur attentif retrouvera l’esprit et la trace dans l’oeuvre finale, nuancés par l’éclectisme de la méthode choisie se voulant la moins dogmatique, la plus rationnelle avec le zeste de la romance : Abou Al Faraj AI Isfahani (<em>Aghani</em>), Balladhouri (<em>Généalogies des nobles, Conquêtes des pays</em>), Chahrestani (<em>Milal et Nihal</em>), Ibn Abd Rabbih (<em>Le collier</em>), Ibn Al Athir (<em>Tarikh</em>), Ibn Asakir (<em>Tarikh Dimashq</em>), Ibn Habib (<em>Muhabbar</em>), Ibn Hajar (<em>Isaba</em>), Ibn Hisham (<em>Sira</em>), Ibn Kahldoun (<em>Prolégomènes</em>), Ibn Saad (<em>Tabaqat</em>), Tabari (<em>Annales, Exégèse</em>), Yakout (<em>Udaba</em>), Yaqubi (<em>Tarikh</em>), Wakidi (<em>Maghazi</em>), etc.</p>



<p>Voulant magnifier symboliquement leur travail commun, les membres du groupe, sous la méticuleuse orientation de leur mentor, ont fini par se mettre unanimement d’accord pour retenir, comme une sorte d’exergue de leur création, mais discrètement placé en fin de présentation du travail, la pensée suivante de Maxime Rodinson, extraite de sa postface à l’ouvrage de Bernard Lewis <em>Comment l’islam a découvert l’Europe</em>.</p>



<p>Ce choix est hautement symbolique dans sa signification eu égard aux réserves inspirées à certains par la personnalité de l’auteur américain et l’adhésion d’autres aux travaux du Français au-delà de toute nouvelle évaluation critique de l’œuvre orientaliste désormais exhaustive avec sa pertinente analyse menée par l’universitaire américano-palestinien Edward Saïd.</p>



<p><em>Il n’est pas de peuple qui soit toujours et partout innocent&#8230;</em></p>



<p><em>Les délires des uns sont souvent conditionnés par les erreurs ou les crimes passés des autres.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Addenda</h2>



<p>Écrite, pour l’essentiel, avant la révolution salutaire qui secoue tout le monde arabe depuis son déclenchement victorieux en Tunisie, cette préface se voit complétée tout logiquement dans les faits par l’action concrète et sur le terrain de la jeunesse arabe qui, faisant écho à l’effort intellectuel du groupe à l’origine de la présente fresque, le prolonge — et de quelle manière ! — sur le plan des réalités politiques et sociales.</p>



<p>Il n’est ainsi pas étonnant que le changement de la condition arabe soit l’œuvre, d’abord et avant tout, de la jeunesse, car elle représente la portion des populations arabes la plus sensible à la vacuité de son espace sociologique et à la stérilité actuelle de ses référents psychologiques malgré une fabuleuse richesse passée, certes dénuée d’utilité immédiate, mais non de valeur et surtout pas de sens, gardant la symbolique puissante, apte à se substituer à l’indigence du présent, sinon en réalité du moins en idéal.</p>



<p>Un fil invisible, comme une vibration magnétique, une radiation électrique, relie en effet les aspirations les plus intimistes et les réalisations concrètes des uns et des autres qui, fatalement, se rencontrent un jour pour faire sens de la plus belle façon, celle dont sont faites les réalisations les plus spectaculaires de l’histoire des hommes.</p>



<p>Il n’en reste pas moins que les unes, essentiellement de pure cogitation, et les autres, fondamentalement faites d’extrospection et d’extraversion, sont interdépendantes, s’alimentant mutuellement, s’inspirant et se prolongeant réciproquement.</p>



<p>Ainsi se fait l’histoire; ainsi est le cours du temps; nos destinées véritables sont l’œuvre de la Providence, les humains étant dans la vie, au fond, en pilotage providentiel, comme on le dirait d’un avion, en pilotage automatique.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><strong><em>«Aux origines de l’islam : Succession du prophète, Ombres et lumières », de Farhat Othman, éd. Afrique Orient 2015, Casablanca, 1915.</em></strong></p>



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