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	<title>Archives des Moktar Lamari - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Moktar Lamari - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>Cash en Tunisie &#124; Et si le problème était la banque ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 12 Apr 2026 07:00:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Meriam Jerbi]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[Naamen Bouhamed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pour un petit artisan ou un commerçant du souk en Tunisie, payer en cash est plus simple, plus rapide et plus fiable.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/12/cash-en-tunisie-et-si-le-probleme-etait-la-banque/">Cash en Tunisie | Et si le problème était la banque ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Cet article est une réponse qui se veut «constructive» à celui de l’économise Moktar Lamari publié hier par Kapitalis, <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</a>. L’auteur y plaide pour une lecture économique réaliste du cash, bouc émissaire ou solution de survie ?</em></strong></p>



<p><strong>Naamen Bouhamed *</strong></p>



<span id="more-18614723"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Naamen-Bouhamed1.jpg" alt="" class="wp-image-18614746" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Naamen-Bouhamed1.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Naamen-Bouhamed1-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/04/Naamen-Bouhamed1-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>En réponse à l’article de Moktar Lamari ainsi qu’aux analyses de l’étude réalisée par Meriam Jerbi et ses collègues qu’il cite, force est de constater que celle-ci, bien que documentée, oublie une question essentielle : pourquoi le cash reste-t-il une composante centrale de l’économie tunisienne ?</p>



<p>Ce n’est pas par hasard, ni par <em>«préférence pour l’ombre»</em>. C’est parce que, face à un système bancaire défaillant, le cash est devenu une solution de flexibilité, voire de survie.</p>



<p><strong>1. Le cash comme libérateur face à une bureaucratie bancaire paralysante</strong></p>



<p>L’article dépeint le <em>«cash-cache»</em> comme un fléau qui étiole l’économie. Mais renversons la perspective : et si le cash était la preuve que la banque a échoué ?</p>



<p>Pour un commerçant ou un artisan tunisien, le système bancaire formel rime avec lenteur administrative (des semaines pour ouvrir un compte ou obtenir un transfert), frais cachés (des commissions qui grignotent les marges) et traçabilité intrusive (chaque transaction peut devenir un motif de contrôle fiscal).</p>



<p>À l’inverse, le cash offre une transaction instantanée, sans commission, sans justification immédiate. Pour un petit artisan ou un commerçant du souk, payer en cash est plus simple, plus rapide et plus fiable.</p>



<p>Rappelons que plus de 85 % de l’économie tunisienne repose sur des micros et petites entreprises.</p>



<p><strong>2. Le cash permet d’investir quand la banque dit «non»</strong>: </p>



<p>L’étude note que la politique monétaire (taux directeur) n’affecte pas l’informel. C’est vrai… et c’est justement sa force.</p>



<p>Quand la Banque centrale augmente ses taux, elle asphyxie l’investissement formel : les crédits deviennent hors de prix. L’investisseur intelligent va alors chercher du cash dans le circuit informel : épargne familiale, prêts informels, revenus non déclarés.</p>



<p>Grâce au cash, il peut financer un projet sans audit bancaire intrusif, payer des fournisseurs à des prix négociés (avec ou sans TVA), et saisir une opportunité en quelques heures, là où une banque mettrait des jours ou des semaines.</p>



<p>Le cash est le <em><u>«private equity»</u></em> du petit investisseur tunisien. Il pallie les défaillances d’un système bancaire incapable de financer l’économie réelle et réactive.</p>



<p><strong>3. Un ratio M0/M2 élevé : un référendum contre la banque, pas un choix de l’ombre</strong>:</p>



<p>L’article parle de <em>«crise de confiance»</em> et de <em>«vote silencieux»</em>. C’est exact. Mais les Tunisiens ne fuient pas la banque par amour du billet. Ils la fuient par peur et lassitude : peur d’un gel administratif pour une anomalie fiscale mineure&nbsp;et des contrôles fiscaux faciles sur l’argent bancarisé&nbsp;; et lassitude des procédures kafkaïennes pour retirer ou déposer des sommes importantes.</p>



<p>Pour un artisan ou une petite entreprise, le cash sous le matelas est plus accessible et moins risqué (administrativement) que de l’argent coincé dans une banque aux règles absurdes ou complexes.</p>



<p>L’étude elle-même admet que l’informel <em>«compense le chômage»</em> et <em>«absorbe les chocs»</em>. C’est une fonction sociale et économique que la banque formelle ne remplit pas.</p>



<p><strong>4. La «spirale infernale» vue par l’article est, en réalité, un «cercle vertueux de survie»&nbsp;:</strong></p>



<p>L’article décrit une boucle : informel → cash → affaiblissement de la politique monétaire. Mais du point de vue microéconomique, l’informel crée des revenus (même non imposés). Ces revenus en cash circulent et financent dépenses et petits investissements. Et ce circuit parallèle maintient une activité que l’État et les banques ont abandonnée.</p>



<p>Prenons un exemple : un Tunisien veut ouvrir un petit atelier de confection. Sans garanties, la banque refuse le prêt. Il économise en cash, achète ses machines d’occasion en cash (moins cher), paie ses premières employées en cash. Grâce au cash, son investissement devient possible. La banque, elle, n’aurait rien financé.</p>



<p><strong>5. L’Europe du Sud l’a fait avant nous – et elle s’en est mieux portée&nbsp;:</strong></p>



<p>L’Italie des années 1990 est un exemple frappant. Face à un taux élevé de non-déclaration dans le secteur des machines-outils, les autorités italiennes n’ont pas brutalisé l’informel. Elles ont proposé un deal pragmatique : <em>«Sur six machines que vous utilisez, vous en déclarez quatre. En échange, vous augmentez un peu vos déclarations fiscales globales.»</em></p>



<p>Résultat : les recettes fiscales ont augmenté (mieux vaut 4 machines déclarées que 0), l’industrie a survécu, et l’Italie a rejoint l’euro sans effondrement. Ce n’est pas de la fraude. C’est du réalisme économique de transition.</p>



<p>La Tunisie peut-elle s’en inspirer ? Oui, si elle cesse de vouloir traquer chaque billet et commence à composer avec son tissu économique réel.</p>



<p><strong>6. Le vrai problème n’est pas le cash, c’est la faible valeur ajoutée&nbsp;:</strong></p>



<p>Depuis des décennies, on vend la Tunisie comme une destination à bas coût de main-d’œuvre. Résultat : des investissements à faible valeur ajoutée, des chaînes d’assemblage, de la sous-traitance fragile.</p>



<p>Pourtant, la Tunisie possède les meilleurs ingénieurs d’Afrique et du monde arabe. Ce capital humain exceptionnel est sous-employé car on ne lui propose que des salaires de misère et des banques qui ne financent pas ses projets.</p>



<p>Si l’État changeait de logiciel – en attirant des investissements à forte valeur ajoutée (technologie, numérique, R&amp;D) – les revenus augmenteraient mécaniquement. Plus de valeur ajoutée = plus de gains = plus de recettes fiscales, sans avoir à traquer chaque dinar cash.</p>



<p><strong>7. Propositions concrètes pour un mix économique tunisien&nbsp;:</strong></p>



<p>Voici ce qu’il faudrait faire, selon cette contre-analyse à partir d’exemples ayant réussie ailleurs :</p>



<p><strong>&#8211; </strong><em>légaliser et encadrer intelligemment une partie du cash&nbsp;:</em> comme en Italie ou au Portugal, autoriser des seuils de transactions en cash plus élevés pour les petites entreprises, en contrepartie d’une déclaration forfaitaire simplifiée et un taux d’imposition forfaitaire de 15-20% comme en Irlande&nbsp;;</p>



<p><strong>&#8211; </strong><em>mettre en place des «deals de transition» sectoriels&nbsp;:</em> dans le textile, l’artisanat, la petite métallurgie, proposer des taux de déclaration négociés (ex. 70 % du réel) pendant 3 à 5 ans&nbsp;;</p>



<p><strong>&#8211; </strong><em>créer un guichet bancaire «cash-friendly»</em>&nbsp;: la Banque Postale dédiée aux micros et petits investisseurs pourrait accepter des justificatifs allégés&nbsp;;</p>



<p><strong><em>&#8211; </em></strong><em>changer la stratégie d’investissement&nbsp;</em>: arrêter de vendre la Tunisie comme <em>«low cost»</em>, et vendre les compétences, les ingénieurs, la stabilité relative, la proximité européenne.</p>



<p><strong>Le cash n’est pas l’ennemi, c’est un signal d’alarme&nbsp;:</strong></p>



<p>L’étude de Mme Jerbi et collègues et l’article de M. Lamari ont le mérite d’alerter sur les dérives. Mais leur conclusion est trop moralisatrice et trop orthodoxe.</p>



<p>La Tunisie n’est pas la Suisse. Elle ne deviendra pas propre en réprimant le cash. Elle deviendra plus forte en composant avec sa réalité – comme l’ont fait l’Italie, l’Espagne, le Portugal et bien d’autres.</p>



<p>Le mix économique, avec une part assumée et régulée d’informel transitoire, n’est pas une honte. C’est une méthode. Et si l’État accepte de ne pas vouloir tout contrôler du jour au lendemain, il y gagnera en recettes, en paix sociale et en attractivité.</p>



<p>Le vrai débat n’est pas cash ou pas cash. Il est : quel État, quelle banque, quelle stratégie industrielle pour accompagner ceux qui créent de la richesse réelle, billet par billet ?</p>



<p><em>* Consultant international.</em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8a9nANSvbM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/">Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/embed/#?secret=ro8gGe1Bxk#?secret=8a9nANSvbM" data-secret="8a9nANSvbM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 11 Apr 2026 06:02:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[banque centrale]]></category>
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		<category><![CDATA[Friedrich Schneider et Faouzi Abdennour]]></category>
		<category><![CDATA[marché informel]]></category>
		<category><![CDATA[Meriam Jerbi]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, la vraie banque centrale c’est le souk informel. Le souk où le cash règne en maître en dehors de toutes traçabilité.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/">Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En Tunisie, la vraie banque centrale c’est le souk informel. Le souk, dans tous les sens du terme. C’est aussi pour cela que la politique monétaire, basée uniquement sur la hausse du taux directeur, n’arrive pas à atteindre ses objectifs, créant à son tour des effets pervers, dans cette même spirale infernale…</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-18614026"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Les dernières années, les économistes tunisiens ont tous constaté le dérapage incontrôlé de la logique du cash, dans les transactions économiques. Une logique qui enfante toujours plus de billets en circulation (et plus d’inflation), avec un écosystème hors des circuits bancaires classiques, échappant ainsi de facto à toutes les politiques publiques fiscales, monétaires et économiques, à l’œuvre en Tunisie.</p>



<p>Spécificité tunisienne, le débat entre les économistes est dominé par la rhétorique et le&nbsp;narratif verbeux, sans pouvoir mesurer le phénomène, ses tenants et ses aboutissant.</p>



<p>Dans la foulée, une étude économétrique a été publiée récemment, à ce sujet, pour le cas de la Tunisie. Et cette étude mesure l’ampleur des enjeux, chiffres à l’appui.&nbsp; Que retenir…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le secteur informel carbure au cash</h2>



<p>Il y a des économies où la monnaie circule. Et puis il y a la Tunisie, où elle cavale. À découvert. Hors radar. Sous le manteau. L’étude récente de &nbsp;Meriam Jerbi, Friedrich Schneider et Faouzi Abdennour (<em>“Off the Radar: Estimating the Size of the Shadow Economy in Tunisia”</em>,<em>African Development Review,</em> 2026) met les chiffres là où ça fait mal : près de 39 % du PIB en moyenne échappe aux radars officiels. Et surtout, elle met le doigt sur un thermomètre monétaire aussi discret que révélateur : le ratio M0/M2.</p>



<p>Pour les non-initiés, traduction rapide : M0, c’est le cash qui circule (billets, pièces). M2, c’est l’ensemble de la masse monétaire incluant dépôts et épargne. Donc le ratio M0/M2, c’est la part de cash dans la masse monétaire totale. Plus il monte, plus l’économie préfère les billets à la traçabilité bancaire. En clair : plus ça sent l’informel. Et là, le verdict est sans appel…</p>



<p>L’étude montre une relation positive et statistiquement significative entre la taille du secteur informel et ce ratio, avec un coefficient estimé à 0,18. Traduction économique : une hausse du secteur informel entraîne mécaniquement une hausse du cash en circulation.</p>



<p>C’est une élasticité modérée, mais robuste. Un multiplicateur discret mais têtu : l’économie de l’ombre fabrique du cash, et le cash nourrit l’économie de l’ombre. Bienvenue dans la boucle…</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quand l’économie fuit la lumière</h2>



<p>La littérature économique est claire depuis des décennies : l’économie informelle adore le cash. Pourquoi ? Parce que le cash ne laisse pas de trace, ne paie pas d’impôts, et échappe à la bureaucratie.</p>



<p>Dans les modèles monétaires classiques, une hausse anormale de la demande de monnaie fiduciaire est souvent interprétée comme un signal d’activités non déclarées.</p>



<p>C’est ce qu’on appelle l’approche monétaire de l’informel : si la monnaie circule trop hors des circuits bancaires, ce n’est pas par amour du billet, mais par peur du fisc et des contrôles douaniers, et autres mesures étatiques.</p>



<p>L’étude de Jerbi et al. confirme cette intuition, mais va plus loin : elle ne se contente pas d’une corrélation, elle établit une relation structurelle via un modèle Mimic. En d’autres termes, ce n’est pas juste une coïncidence : le secteur informel cause une augmentation du cash, et pas l’inverse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Petit détour pédagogique : l’indicateur de l’élasticité</h2>



<p>Mais que signifie exactement ce fameux 0,18 ? Derrière ce chiffre apparemment sage se cache une mécanique bien réelle. Il s’agit d’une élasticité, c’est-à-dire un rapport entre deux variations en pourcentage.</p>



<p>Dit autrement : si le secteur informel augmente de 1 % (en proportion du PIB), alors le ratio M0/M2 augmente de 0,18 %. Ce n’est donc ni un doublement, ni une explosion. C’est une dérive. Lente, mais systématique et statistiquement significative.<br>Pour rendre cela plus concret : si l’économie informelle grossit de 10 % (par exemple elle passe de 30 % à 33 % du PIB), alors la part du cash dans la masse monétaire augmente d’environ 1,8 %.</p>



<p>Et là, soudain, le chiffre parle. Ce n’est pas spectaculaire à court terme, mais c’est redoutable dans la durée.<br>Car l’économie tunisienne n’avance pas par bonds, mais par glissements. Et ces glissements, répétés année après année, finissent par transformer le paysage monétaire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les deux facettes de la même pièce</h2>



<p>En Tunisie, cette mécanique prend une ampleur quasi caricaturale. Le secteur informel ne se contente pas d’exister : il prospère. Il absorbe les chocs (révolution de 2011, Covid-19), compense le chômage, et contourne un État jugé trop gourmand et trop lent.</p>



<p>Résultat ? Une économie schizophrène. D’un côté, une économie officielle (55% à 60% du PIB), pilotée par la Banque centrale, avec son taux directeur, ses instruments, ses modèles DSGE bien propres. De l’autre, une économie parallèle (45%), liquide, rapide, sans TVA ni déclaration, qui fonctionne… au billet. Et entre les deux ? Presque rien.</p>



<p>Quand l’étude montre que le coefficient liant informel et M0/M2 est de 0,18, cela signifie concrètement que chaque expansion de l’ombre se traduit par une fuite vers le cash. Une sorte de <em>«bank run silencieux»</em>, permanent, mais dirigé vers les poches, pas vers les banques.</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>Une politique monétaire</strong> édentée</h2>



<p>Et c’est là que la chronique devient mordante. Parce que pendant que l’économie réelle se cashise, la Banque centrale, elle, continue de manier son taux directeur comme un chef d’orchestre… sans musiciens.</p>



<p>Pourquoi ? Parce que le taux d’intérêt directeur agit surtout sur l’économie formelle : crédit, investissement, consommation déclarée. Mais dans une économie où près de 40 % du PIB échappe au système, l’efficacité de cet instrument devient… théorique.</p>



<p>Vous pouvez monter les taux directeur autant que vous voulez :</p>



<p>1- le vendeur de cigarettes de contrebande ne lit pas les communiqués de politique monétaire ;</p>



<p>2- le changeur de devises (<em>sarraf</em>) au marché noir, ou sur les bords de la route des régions du Sud tunisien, ne suit pas l’inflation core ;</p>



<p>3- le maçon payé en cash ne se refinance pas à la banque&nbsp;;</p>



<p>4- les dizaines de milliers commerçants des souks hebdomadaires fonctionnent au cash, sonnant et trébuchant, ici et maintenant, dans toutes les villes et villages du pays.</p>



<p>Résultat : la transmission monétaire est cassée. L’inflation ? Elle persiste. Le crédit ? Il ralentit… mais seulement dans le formel. Le cash ? Il explose.</p>



<p>Autrement dit, la Banque centrale veut freiner une voiture… dont la moitié des roues ne touchent pas la route, et qui échappent à son contrôle. D’où les dérapages fréquents et continus de la politique monétaire en Tunisie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’élasticité du chaos</h2>



<p>Le fameux coefficient de 0,18 n’est pas spectaculaire en apparence. Mais il est redoutable en dynamique. Parce qu’il s’inscrit dans un système où les causes de l’informel — fiscalité (0,95), chômage (0,88), corruption (0,11) — sont elles-mêmes explosives.</p>



<p>Donc chaque choc (hausse des taxes, crise sociale, perte de confiance) alimente l’informel, qui alimente le cash… qui affaiblit la politique monétaire, qui laisse filer l’inflation et qui alimente à nouveau l’informel. Une spirale presque élégante. Si elle n’était pas aussi destructrice. Et surtout, une spirale cumulative : 0,18 % aujourd’hui, 0,18 % demain, 0,18 % après-demain… et au bout de quelques années, ce n’est plus une dérive, c’est une transformation structurelle.</p>



<p>Le cash cesse d’être un instrument de transaction pour devenir un refuge. Et quand la monnaie devient un refuge, la politique monétaire devient un commentaire négligeable pour les acteurs fonctionnant au cash.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le cash est pervers</h2>



<p>Au fond, cette histoire de ratio M0/M2 raconte quelque chose de plus profond : une crise de confiance. Quand les citoyens préfèrent le cash à la banque, ce n’est pas juste une préférence technique. C’est un vote. Silencieux, mais massif. Un vote contre la surimposition des entreprises. Un vote contre la complexité bureaucratique. Et un vote contre une corruption systémique. Et une fuite en avant… Et tant que cette défiance persiste, la masse monétaire officielle ne sera qu’une illusion comptable, gonflée par une réalité qui lui échappe.</p>



<p>En Tunisie, la vraie banque centrale c’est le souk informel. Le souk, dans tous les sens du terme.</p>



<p>C’est aussi pour cela que la politique monétaire, basée uniquement sur la hausse du taux directeur, n’arrive pas à atteindre ses objectifs, créant à son tour des effets pervers, dans cette même spirale infernale…</p>



<p><em>* Economiste. </em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/">Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
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		<title>Afif Hendaoui, ou la rigueur comme héritage</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/01/afif-hendaoui-ou-la-rigueur-comme-heritage/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Apr 2026 06:10:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
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		<category><![CDATA[Afif Hendaoui]]></category>
		<category><![CDATA[économie]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En la personne de Afif Hendaoui, la Tunisie a perdu l’un de ses économistes les plus exigeants et les plus profondément engagés dans la compréhension de ses fragilités. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/01/afif-hendaoui-ou-la-rigueur-comme-heritage/">Afif Hendaoui, ou la rigueur comme héritage</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En la personne de Afif Hendaoui **, la Tunisie a perdu, lundi 30 mars 2026, l’un de ses esprits les plus solides, les plus exigeants, les plus profondément engagés dans la compréhension de ses fragilités économiques. Avec lui disparaît une voix rare, celle d’un économiste qui n’a jamais cédé ni à la facilité des slogans, ni à la complaisance des diagnostics convenus.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-18568346"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Formé en Belgique, dans une tradition académique rigoureuse où l’économie n’est pas un simple outil de gestion mais une grille d’analyse du réel, Afif Hendaoui avait très tôt acquis ce qui distingue les grands économistes des techniciens : une capacité à articuler théorie et terrain, chiffres et société, modèles et vécu. Cette double culture, européenne par la formation et profondément tunisienne par l’engagement, a irrigué toute son œuvre.</p>



<p>Professeur respecté, puis recteur, il n’a jamais réduit l’université à une machine à diplômes. Il en défendait une vision autrement plus ambitieuse : celle d’un lieu de production de savoir, d’esprit critique, de confrontation intellectuelle. À une époque où l’enseignement supérieur tunisien commençait déjà à subir les premières tensions de massification, il plaidait pour la qualité, pour la recherche, pour l’exigence méthodologique. Il savait, mieux que beaucoup, que sans une université forte, aucune économie ne peut prétendre à la transformation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Rationalité économique et décision publique</h2>



<p>Son passage comme ministre dans les années 1990 n’a pas entamé cette exigence. Au contraire, il a tenté, dans un contexte politique contraint, d’introduire une rationalité économique dans la décision publique. Ceux qui ont travaillé à ses côtés se souviennent d’un homme peu enclin aux compromis faciles, attaché aux faits, aux équilibres macroéconomiques, et surtout à la soutenabilité des politiques publiques. Il n’était pas de ceux qui promettent sans compter ; il était de ceux qui calculent, anticipent, alertent.</p>



<p>Mais c’est sans doute dans ses écrits que son héritage est le plus précieux. Afif Hendaoui a beaucoup publié, dans des revues, des tribunes, des contributions académiques où il disséquait, avec une précision chirurgicale, les contradictions de l’économie tunisienne. Il écrivait sur la croissance sans emploi, sur les déséquilibres régionaux, sur la dépendance extérieure, sur les illusions de réforme. Il dénonçait les politiques conjoncturelles déguisées en stratégies, les rustines budgétaires présentées comme des visions.</p>



<p>Sa plume était claire, directe, sans fioritures. Il n’écrivait pas pour plaire, mais pour éclairer. Et souvent pour déranger. Car Afif Hendaoui faisait partie de cette catégorie trop rare d’économistes qui refusent de servir d’alibi intellectuel. Il n’était ni un économiste de cour, ni un commentateur de plateau. Il était un analyste. Et un analyste libre. Dans un pays où la parole économique est souvent instrumentalisée, cela relevait presque de l’exception.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sans recherche, l’économie navigue à vue</h2>



<p>Son engagement pour la recherche en sciences économiques en Tunisie mérite, à lui seul, un chapitre. Il n’a cessé de plaider pour des institutions de recherche solides, pour des financements pérennes, pour une reconnaissance du travail scientifique. Il alertait sur le décrochage progressif de la Tunisie en matière de production académique, sur la fuite des cerveaux, sur la marginalisation des chercheurs. Pour lui, une économie sans recherche est une économie qui navigue à vue.</p>



<p>Et c’est précisément ce qu’il redoutait : une Tunisie sans cap, sans diagnostic partagé, sans capacité à produire sa propre lecture de ses défis.</p>



<p>Aujourd’hui, au moment de sa disparition, une question s’impose avec une certaine brutalité : qui pour reprendre ce flambeau ? Qui pour porter cette exigence intellectuelle, cette indépendance, cette rigueur ? Les économistes ne manquent pas en Tunisie. Mais les économistes de cette trempe, capables de conjuguer savoir académique, expérience institutionnelle et liberté de ton, sont rares. Très rares.</p>



<p>Afif Hendaoui laisse derrière lui bien plus qu’une carrière. Il laisse une méthode. Une manière de penser l’économie comme une discipline exigeante, indissociable du réel, et profondément ancrée dans les enjeux de la société. Il laisse aussi une forme d’éthique : celle de ne jamais céder à la facilité, de ne jamais travestir les chiffres, de ne jamais simplifier à outrance des réalités complexes.</p>



<p>Dans un pays en quête de repères économiques, son absence se fera sentir. Non pas comme une nostalgie, mais comme un manque. Un vide. Et peut-être, aussi, comme une injonction : celle de retrouver, dans le tumulte des discours, un peu de cette rigueur qu’il incarnait.</p>



<p>Car au fond, la meilleure manière de lui rendre hommage n’est pas seulement de saluer l’homme. C’est de continuer à penser, à écrire, à analyser – avec la même exigence que lui. Sans concession. &nbsp;</p>



<p><em>* Economiste universitaire.</em></p>



<p><em>** Décédé à l&rsquo;âge de 77 ans, Afif Hendaoui était président de l’Université de Tunis. Homme politique, &nbsp;il avait été tour-à-tour ambassadeur en Suède, en Finlande et en Islande, avec résidence à Stockholm (1996-2000), ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des droits de l&rsquo;homme, de la communication et des relations avec la Chambre des députés (2000 -2001), ambassadeur en Autriche, en Hongrie et en Slovaquie, représentant permanent de la Tunisie auprès des organisations internationales à Vienne (2001- 2004), et ambassadeur auprès de la Confédération suisse et auprès du Vatican (2004 -2006). De retour à Tunis, il a été directeur de l’Ecole nationale d’administration</em></p>



<p>.</p>
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			</item>
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		<title>La Tunisie doit renégocier les dividendes du gazoduc Transmed</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/30/la-tunisie-doit-renegocier-les-dividendes-du-gazoduc-transmed/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 30 Mar 2026 07:22:04 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que le gaz algérien vaut de l’or sur le marché européen, la Tunisie doit renégocier le tarif de transit de ce gaz par son territoire. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/30/la-tunisie-doit-renegocier-les-dividendes-du-gazoduc-transmed/">La Tunisie doit renégocier les dividendes du gazoduc Transmed</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et elle se tourne vers l’Algérie qui joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, par où transite encore (et peut-être pas pour longtemps, en attendant la mise en place du nouveau gazoduc Galsi&nbsp;qui reliera directement l&rsquo;Algérie à l’Italie via la Sardaigne) la plus grande partie du gaz algérien vers l’Europe, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane dans les tuyaux— sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent.</em></strong><em> (Photo: Tracé du gazoduc Transmed Algérie-Tunisie-Italie).</em></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-18542547"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>L’Europe a froid et a besoin de se chauffer. Pas métaphoriquement — enfin, si, un peu — mais surtout énergétiquement. Depuis que la guerre impérialiste lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran a transformé le détroit d’Ormuz en bouchon géopolitique géant, bloquant 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL qatari, le Vieux Continent court dans tous les sens, carnet de chèques à la main, à la recherche de gaz. Tous les moyens sont bons, même les plus vilains.</p>



<p>Et pendant ce temps, Washington observe la scène avec un sourire de vendeur de voitures d’occasion : achetez américain ou vous perdrez notre accès <em>«favorable»</em> au GNL.</p>



<p>Ce n’est pas une métaphore. C’est ce qu’a littéralement déclaré l’ambassadeur américain auprès de l’Union européenne cette semaine, exhortant Bruxelles à ratifier<em>«rapidement»</em> un accord commercial avec Washington sous peine de se voir couper l’herbe sous le pied énergétique.<br>Christophe Grudler, député européen centriste, a eu le bon réflexe de qualifier cela de <em>«chantage inacceptable»</em>. Il a raison. Mais les chantages inacceptables, quand on a froid et que les factures d’électricité explosent, finissent souvent par être acceptés.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’Italie court à Alger, l’Espagne supplie, la Tunisie dort</h2>



<p>Face à cette panique organisée, les Européens ont redécouvert une évidence que la géographie leur rappelle depuis des siècles : l’Algérie est là, elle a du gaz, et elle est stable. Giorgia Meloni s’est précipitée à Alger cette semaine. Le ministre espagnol des Affaires étrangères l’a suivie le lendemain — sans détour, sans diplomatie de façade, à corps et à cris, comme un locataire en retard de loyer qui frappe à la porte de son bailleur. Le président algérien Tebboune, magnanime, a confirmé que son pays resterait un <em>«partenaire stratégique et fiable.»</em></p>



<p>Les chiffres donnent le vertige : les exportations algériennes vers l’Italie ont dépassé les 23 milliards de mètres cubes par an en 2022, 2023 et 2024, représentant plus d’un tiers de la consommation annuelle italienne.</p>



<p>L’Algérie est ainsi devenue, depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le premier fournisseur de gaz de l’Italie — détrônant Moscou avec le sourire.</p>



<p>Et tout ce gaz — ou presque — passe par un tuyau qui traverse un pays dont on parle peu dans ce grand théâtre énergétique : la Tunisie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La Tunisie, percepteur discret qui sous-facture ses services</h2>



<p>Le gazoduc Transmed, artère vitale de l’énergie européenne, relie l’Algérie à l’Italie en traversant le territoire et les eaux tunisiennes. En échange de ce transit, la Tunisie perçoit des droits en nature : une redevance calculée en volume de gaz, estimée historiquement à environ 5,25 % des volumes transportés, soit plusieurs centaines de millions de mètres cubes par an.</p>



<p>À titre indicatif, sur 23 milliards de mètres cubes annuels, cela représente plus de 1,2 milliard de mètres cubes de gaz — une manne considérable pour un pays qui importe plus de 60% de son énergie et dont la facture énergétique pèse lourd dans une balance commerciale déjà sous tension.</p>



<p>C’est bien. Ce n’est pas suffisant. Et voilà le cœur du problème.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que la Tunisie devrait faire — et ne fait pas encore</h2>



<p>La Tunisie est dans la position enviable d’un propriétaire de foncier que tout le monde veut traverser. Sauf qu’elle se comporte encore trop souvent comme un simple gardien de tuyau, alors qu’elle pourrait être un acteur stratégique à part entière. Voici, pédagogiquement, ce que la logique commande :</p>



<p>Premièrement, renégocier le tarif de transit. Dans un contexte où le gaz algérien vaut de l’or sur les marchés européens et où aucune alternative crédible ne peut le remplacer à court terme, la Tunisie dispose d’un levier de négociation inédit. Un relèvement même modeste du taux de redevance — de 5,25 % à 7 ou 8 % — représenterait des revenus supplémentaires considérables, sans que personne ne puisse raisonnablement s’y opposer.</p>



<p>Deuxièmement, valoriser le gaz perçu en nature. Plutôt que de simplement consommer ce gaz dans le mix énergétique national — ce qui est certes utile — la Tunisie pourrait envisager d’en revendre une partie sur les marchés spot européens, aux prix actuels particulièrement élevés. Un arbitrage intelligent qui transformerait une rente passive en revenus actifs.</p>



<p>Troisièmement, se positionner comme hub régional. La Tunisie dispose d’une position géographique unique entre l’Afrique et l’Europe. Développer des capacités de stockage, d’interconnexion et de regazéification lui permettrait de passer du statut de couloir à celui de carrefour — avec tout ce que cela implique en termes d’investissements, d’emplois et d’influence diplomatique.</p>



<p>Quatrièmement, jouer sa carte de stabilité. Dans un Maghreb traversé de tensions, la Tunisie reste un interlocuteur prévisible. C’est une valeur rare — et monnayable. Rome, Madrid, Bruxelles ont besoin de garanties : la Tunisie peut les offrir, à condition de le faire avec méthode et ambition.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ne pas laisser les autres écrire le contrat</h2>



<p>L’Europe se noie dans sa dépendance énergétique et les États-Unis lui tendent une corde — payante, bien sûr. L’Algérie joue ses cartes avec calme et assurance. La Tunisie, elle, regarde passer les trains — ou plutôt les molécules de méthane — sans toujours mesurer ce que vaut le rail sur lequel elles circulent.</p>



<p>L’histoire énergétique mondiale est en train de se réécrire. Ce serait dommage d’en être le décor plutôt que l’auteur. La passerelle plutôt la plateforme…</p>



<p>* <em>Economiste universitaire.</em></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="cZ8ZIA9thb"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/24/la-tunisie-et-le-hub-energetique-mediterraneen/">La Tunisie et le hub énergétique méditerranéen</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie et le hub énergétique méditerranéen » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/24/la-tunisie-et-le-hub-energetique-mediterraneen/embed/#?secret=sNlC6XLbXL#?secret=cZ8ZIA9thb" data-secret="cZ8ZIA9thb" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>La Tunisie face au risque de pénuries alimentaires </title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 08:06:02 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[choc énergétique]]></category>
		<category><![CDATA[guerre d’Iran]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[pénuries alimentaires]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsque le prix du pétrole flambe, ce sont aussi les équilibres fragiles qui remplissent — ou vident — les assiettes.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/23/la-tunisie-face-au-risque-de-penuries-alimentaires/">La Tunisie face au risque de pénuries alimentaires </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>On ne peut qu’être perplexe face à l’incroyable placidité du gouvernement en Tunisie, pays qui importe 60% de ses besoins énergétiques, face à l’actuelle crise de l’énergie dans le monde, avec un prix du baril de Brent à 111 dollars ce lundi 23 mars 2026, alors que budget de l’Etat pour l’actuelle exercice tablait sur un cours moyen d&rsquo;environ 63,3 dollars. &nbsp;</em></strong><em>(Photo : Ruptures de stocks. <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/user/100001984528404" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>)</em>.  </p>



<span id="more-18509456"></span>



<p>L’économiste Moktar Lamari n’est pas le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme en espérant que le gouvernement se réveille enfin de sa torpeur, regarde la situation en face et nous explique ce qu’il entend faire pour passer ce très mauvais cap sans gros dégât, sachant que sa marge de manœuvre budgétaire et financière est étriquée. </p>



<p>Dans un article publié sur son blog <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/user/100001984528404" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>, sous le titre <em>«Pétrole en feu, assiettes sous tension : risques de pénurie alimentaire en Tunisie»</em>, il avertit : <em> «Ce n’est plus une hypothèse théorique, mais un risque vraisemblable et tangible. L’escalade militaire autour de l’Iran, les menaces répétées sur le détroit d’Ormuz — par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial — et la volatilité extrême des marchés de l’énergie dessinent une perspective inquiétante : celle d’un choc d’approvisionnement et une explosion des prix qui pourrait rapidement atteindre les foyers tunisiens.»</em></p>



<p>Rappelant le principe de précaution, qui doit inspirer tout acte de gouvernance, l’économiste ajoute&nbsp;à qui veuille entendre : <em>«Dans un pays structurellement dépendant des importations alimentaires et énergétiques, l’équation est simple : quand le pétrole flambe, l’assiette trinque.»</em> Eh oui, explique-t-il, <em>«la transmission du choc est mécanique. Une hausse durable du baril au-delà de 100 dollars renchérit immédiatement les coûts de transport maritime, qui représentent une part significative du prix final des denrées importées. Elle alourdit également la facture énergétique de l’agriculture mondiale — irrigation, engrais azotés (fortement dépendants du gaz), transformation industrielle — et désorganise des chaînes logistiques déjà fragilisées par les crises successives.»</em>&nbsp;Ce qui ne tarde pas de perturber l’approvisionnement, de créer des pénuries de certains produits et &nbsp;des hausses de prix <em>«jusque dans les épiceries de quartier»</em>.</p>



<p>Et Moktar Lamri de rappeler que la Tunisie importe plus de la moitié de ses besoins en énergie et en céréales, dépend à 100 % des importations de soja et de larges volumes de maïs, et reste fortement exposé aux marchés internationaux pour les huiles végétales. Ainsi que pour le blé, le lait, la viande, le sucre le café, etc.</p>



<p>Qu’a prévu le gouvernement pour faire face à ce choc qui s’annonce aussi dur que celui provoqué il y a quelques années par la pandémie de Covid 19&nbsp;? Comme il n’a pas communiqué&nbsp;(ou pas encore) sur ce sujet d’une extrême gravité, on peut craindre qu’il soit à court d&rsquo;idées et de solutions.</p>



<p><em>«Se préparer, ce n’est pas céder à l’alarmisme. C’est reconnaître une réalité : dans un monde instable, la sécurité alimentaire devient une responsabilité partagée. Entre État et citoyens, entre marchés et ménages. Car lorsque le pétrole s’embrase, ce ne sont pas seulement les barils qui flambent. Ce sont aussi les équilibres fragiles qui remplissent — ou vident — les assiettes»</em>, conclut Moktar Lamari.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>I. B.</strong></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="QGpUrzdG4h"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/11/economie-tunisienne-et-crise-energetique-7-milliards-de-dinars-a-trouver/">Economie tunisienne et crise énergétique | 7 milliards de dinars à trouver</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Economie tunisienne et crise énergétique | 7 milliards de dinars à trouver » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/11/economie-tunisienne-et-crise-energetique-7-milliards-de-dinars-a-trouver/embed/#?secret=qbyVR3geEs#?secret=QGpUrzdG4h" data-secret="QGpUrzdG4h" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="has-text-align-right"><strong> &nbsp;</strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/23/la-tunisie-face-au-risque-de-penuries-alimentaires/">La Tunisie face au risque de pénuries alimentaires </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie &#124; Une « révolution » qui a cannibalisé l’économie</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/22/tunisie-une-revolution-qui-a-cannibalise-leconomie/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 22 Jan 2026 08:27:24 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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		<category><![CDATA[Zine El Abidine Ben Ali]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie post-2011 a réussi l’exploit de transformer une révolution en catastrophe économique intégrale.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/22/tunisie-une-revolution-qui-a-cannibalise-leconomie/">Tunisie | Une « révolution » qui a cannibalisé l’économie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><span><em style="font-weight: bold;">Le 14 janvier 2011, la Tunisie écrivait une page glorieuse de son histoire. Zine el-Abidine Ben Ali fuyait le pays, emportant avec lui des richesses spoliées et le destin pathétique d</em></span><strong><em>e finir ses jours et d’être enterré en Arabie Saoudite, loin du pays qu’il avait gouverné pendant vingt-trois ans. Ce jour-là, Tunis vibrait d’espérance. Les poètes proclamaient que «le destin répondrait aux aspirations du peuple». Le monde entier applaudissait ce petit pays maghrébin qui osait défier la tyrannie. Quinze ans plus tard, le bilan est d’une brutalité insoutenable : la Tunisie post-2011 a réussi l’exploit de transformer une révolution en catastrophe économique intégrale.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari</strong> *</p>



<span id="more-18273412"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Comparez la Tunisie de 2011 avec la Serbie de 2000, et vous mesurerez l’abîme qui sépare une vraie transition d’une mascarade. Lorsque Slobodan Milošević est tombé, le nouveau gouvernement serbe a agi avec détermination : rétablissement des relations avec le FMI, réouverture du commerce, stabilisation macroéconomique immédiate. L’inflation a chuté de moitié, la croissance a explosé à 6% par an, les capitaux étrangers sont revenus en masse. Les Serbes ont cru que les règles avaient changé, et l’économie a répondu.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La paix sociale à crédit</h2>



<p>La révolution du jasmin, elle, a accouché d’un monstre. Des élections compétitives, certes. Une constitution démocratique, effectivement. Mais l’économie ? Totalement sacrifiée sur l’autel de la lâcheté politique et du clientélisme généralisé. Les gouvernements successifs – qu’ils soient islamistes, laïques, technocrates ou populistes – ont tous adopté la même stratégie suicidaire : acheter la paix sociale à crédit.</p>



<p>La masse salariale du secteur public a explosé, passant de 12% du PIB en 2010 à plus de 15% aujourd’hui. Des dizaines de milliers de postes ont été créés non pas pour améliorer les services publics, mais pour calmer les manifestants.</p>



<p>L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), ce syndicat mafieux déguisé en défenseur des travailleurs, a obtenu tout ce qu’elle voulait : augmentations salariales, primes garanties, impunité totale pour ses adhérents. Résultat ? Un État obèse, paralysé, incapable de fournir le moindre service décent malgré une armée de fonctionnaires payés à ne rien faire.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un suicide économique par consensus</h2>



<p>Pendant ce temps, les choix difficiles ont été systématiquement reportés. Les subventions – cette drogue économique qui représente aujourd’hui 6,3% du PIB – n’ont jamais été réformées. Pire : elles ont augmenté. L’essence, le pain, l’électricité, l’eau et même le gaspillage… tout est subventionné. Pas pour aider les pauvres, qui en bénéficient proportionnellement moins, mais pour éviter les émeutes. La Tunisie dépense des milliards de dinars pour subventionner les 4&#215;4 des classes aisées pendant que les hôpitaux publics manquent de gaze. Et depuis peu de médicaments vitaux.</p>



<p>Les entreprises publiques ? Toujours là, toujours aussi inefficaces, toujours aussi corrompues, toujours aussi irrespectueuses du droit citoyen à un service public digne de nom. La Tunisair perd des centaines de millions chaque année. La Steg, la Sonede, la Pharmacie centrale – toutes au bord de la faillite, toutes maintenues en vie par perfusion budgétaire. Et l’économie doit payer la facture, par une sur-fiscalisation honteuse.</p>



<p>Aucun gouvernement n’a osé les privatiser, les restructurer, ou même simplement exiger qu’elles cessent de saigner les finances publiques. Aucune évaluation sérieuse de ces vampires des taxes des contribuables. Pourquoi ? Parce que l’UGTT menace de grève générale au moindre murmure de réforme.</p>



<p>La rigidité du marché du travail ? Intacte. Le Code du travail tunisien, cette relique protectionniste des années 1960, rend le licenciement quasiment impossible. Résultat : les entreprises privées n’embauchent plus, ou embauchent au noir.</p>



<p>Le chômage des jeunes – le grief initial qui a déclenché la révolution – stagne autour de 40% dans certaines régions. Les diplômés universitaires attendent des années un emploi public qui ne viendra jamais, pendant que le secteur privé étouffe sous les contraintes réglementaires. Leurs diplômes ne valent plus rien, tellement l’UGTT a bourré le système éducatif par les moins compétents.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La corruption viscérale</h2>



<p>Et la corruption ? Ah, la corruption ! Le régime de Ben Ali était une kleptocratie familiale organisée. Au moins avait-elle une certaine efficacité : tu payais la famille Trabelsi, et ton business fonctionnait.</p>



<p>Depuis 2011, la corruption s’est démocratisée. Elle est devenue diffuse, décentralisée, tentaculaire. Chaque parti politique, chaque administration, chaque niveau de gouvernement a développé ses propres réseaux de prédation.</p>



<p>En 2018, la confiance dans le gouvernement avait chuté de moitié par rapport à 2011. Les investisseurs ont compris que la <em>«nouvelle Tunisie»</em> n’était que l’ancienne en pire : plus instable, plus corrompue, plus paralysée.</p>



<p>Les IDE se sont effondrés. En 2010, malgré la dictature, la Tunisie attirait 1,5 milliard de dollars d’investissements étrangers. En 2023, après treize ans de <em>«démocratie»</em>, ce chiffre peinait à atteindre 800 millions.</p>



<p>Les investisseurs ont vu de nouvelles politiques s’empiler sur l’ancienne économie sans rien changer au fond. Pire encore : ils ont vu l’instabilité politique détruire la seule chose que Ben Ali offrait – la prévisibilité. Sous la dictature, on savait à quoi s’attendre.</p>



<p>Depuis 2011, personne ne sait rien. Les gouvernements tombent tous les dix mois. Les politiques changent au gré des coalitions et humeurs de leur patron. Les promesses ne valent rien.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du chaos démocratique au chaos autoritaire</h2>



<p>Puis vint Kaïs Saïed. Élu triomphalement en 2019 avec 73% des voix, porté par le ras-le-bol généralisé envers la classe politique. Le 25 juillet 2021, il suspend le parlement, concentre tous les pouvoirs, promet de <em>«nettoyer»</em> le système. Les Tunisiens fatigués applaudissent. Enfin, quelqu’un va agir !</p>



<p>Quatre ans plus tard, le verdict est sans appel : Saïed a encore plus enfoncé le sens du travail et du mérite. Une catastrophe intégrale véhiculée par encore moins de compréhension des principes fondamentaux de l’économie. On détruit les institutions démocratiques sans rien construire à la place. On écarte les partis politiques sans proposer d’alternative. On dissout le parlement sans améliorer la gouvernance. On concentre tous les pouvoirs pour… ne rien faire, comme réforme structurante, courageuse et conçues à l’aune des résultats.</p>



<p>Ou plutôt si : on a aggravé la situation. On a rejeté l’accord avec le FMI, ce qui aurait au moins apporté 1,9 milliard de dollars et imposé des réformes structurelles. Et pour quel argument ?</p>



<p>La <em>«souveraineté nationale»</em> et le refus des <em>«diktats néolibéraux»</em>. Noble posture. Sauf qu’il n’a aucun plan B.</p>



<p>La dette publique atteint 81% du PIB. Le service de la dette engloutit 14% du PIB – de l’argent qui ne va ni dans l’éducation, ni dans la santé, ni dans les infrastructures. Les réserves en devises fondent à vue d’œil. Les pénuries de produits de base se multiplient.</p>



<p>Pendant ce temps, l’État donne des discours surréalistes sur les <em>« complots étrangers »</em> et les «&nbsp;<em>traîtres à la nation »</em>. Il arrête des opposants politiques. Il musèle les médias. Il persécute les migrants subsahariens dans des raids racistes dignes des heures les plus sombres.</p>



<p>Et l’économie ? Elle continue de sombrer dans l’indifférence la plus totale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le naufrage en chiffres</h2>



<p>Les chiffres sont implacables. Catastrophiques. La croissance moyenne post-2011 ? Misérable 1,5% par an, contre 4-5% sous Ben Ali. Le chômage ? Passé de 13% en 2010 à plus de 16% aujourd’hui, et toujours autour de 40% pour les jeunes diplômés. L’inflation ? Chroniquement supérieure à 7-8% ces dernières années, atteignant 10% en 2023. Les salaires réels ? En baisse constante depuis quinze ans. La paupérisation ronge les classes moyennes, alors que les affaires proposèrent pour les plus aisés à Tunis et sa banlieue nord.</p>



<p>La Tunisie de 2026 est objectivement plus pauvre, plus endettée, plus désespérée qu’en 2010. Le PIB par habitant en termes réels a à peine progressé d’un iota.</p>



<p>Des centaines de milliers de Tunisiens – souvent les plus qualifiés – ont fui le pays. Les <em>boat people</em> se noient par centaines en Méditerranée chaque année, fuyant ce paradis démocratique que le monde entier leur envie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’ancre institutionnel, ce chaînon manquant</h2>



<p>Le problème fondamental ? L’absence totale de crédibilité institutionnelle. Une rupture politique ne produit des résultats économiques que si elle établit un point d’ancrage clair : qui décide, selon quelles règles, et pour combien de temps.</p>



<p>La Tunisie post-2011 n’a jamais fourni cette clarté. Gouvernements éphémères (une quinzaine de premiers ministres et plus de 750 ministres), coalitions fragiles, constitution réécrite, institutions détruites puis reconstruites puis détruites de nouveau.</p>



<p>Aucun investisseur sensé ne peut miser sur un pays où les règles du jeu – notamment fiscales – changent tous les dix-huit mois. Aucune entreprise ne peut planifier quand elle ne sait pas si le gouvernement tiendra encore l’année prochaine. Aucun citoyen ne peut investir dans l’avenir quand cet avenir est illisible.</p>



<p>L’économie de la rupture est une question de crédibilité. La Tunisie post-2011 a détruit méthodiquement toute crédibilité. Chaque gouvernement a promis des réformes avant de capituler face à l’UGTT. Chaque coalition a juré de réduire la dépense publique avant d’augmenter les salaires pour acheter la paix sociale. Chaque président a proclamé la guerre à la corruption tout en laissant prospérer les réseaux clientélistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le verdict final</h2>



<p>La révolution tunisienne n’a pas échoué par accident. Elle a été consciemment sabotée par une classe politique incapable, lâche et corrompue.</p>



<p>Des islamistes d’Ennahdha aux laïcs de Nidaa Tounes, des technocrates aux populistes, tous ont préféré leur survie politique immédiate à l’intérêt national à long terme. Tous ont refusé les choix difficiles. Tous ont bradé l’avenir pour acheter le présent.</p>



<p>Et les Tunisiens ? Ils paient cash. Quinze ans après avoir renversé un dictateur, ils sont plus pauvres, plus désespérés, plus impuissants. Le destin devait répondre à leurs aspirations. Il leur a craché au visage.</p>



<p>La révolution tunisienne restera dans l’histoire comme la preuve éclatante qu’un changement de régime sans transformation économique structurelle ne produit qu’une chose : le chaos stérile.</p>



<p>La Tunisie post-2011 est un cimetière d’espoirs, un monument à l’incompétence collective, une démonstration grandeur nature que la démocratie sans responsabilité économique mène droit à l’abîme. Le jasmin est mort. Il ne reste que les épines du cactus (el hindi) qui entouraient le Jasmin… de l’espoir !</p>



<p><em>* Economiste universitaire.</em></p>



<p><strong><em>Blog de l’auteur </em></strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Economics for Tunisia</a>.</p>



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		<item>
		<title>L’économie de la truffe de Tataouine… à 200 dinars le kg</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 11:31:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CONSO]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Entre les dunes et les plateaux rocheux de Tataouine, se cache un trésor culinaire ancestral : la truffe du désert ou terfess.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/19/leconomie-de-la-truffe-de-tataouine-a-200-dinars-le-kg/">L’économie de la truffe de Tataouine… à 200 dinars le kg</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Dans les étendues arides du sud tunisien, entre les dunes ocres et les plateaux rocheux de Tataouine, se cache un trésor culinaire ancestral : la truffe du désert, appelée localement «terfess». Aujourd’hui, elle se vend à presque 200 dinars le kg (60 euros). Loin des truffes noires du Périgord, les terfess de Tataouine, ces champignons mystérieux du Sahara, constituent depuis des siècles une ressource précieuse pour les populations nomades et sédentaires de la région. Que faut-il savoir ?</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-18258646"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Contrairement aux truffes européennes qui poussent en symbiose avec les chênes, les truffes de Tataouine appartiennent principalement au genre Terfezia et Tirmania.</p>



<p>Ces champignons hypogés se développent en association avec des plantes du désert, notamment les hélianthèmes (Helianthemum), petites plantes vivaces aux fleurs jaunes qui parsèment les zones semi-arides.</p>



<p>La truffe du désert présente une apparence bien différente de sa cousine européenne : sa chair est généralement blanche à beige, parfois rosée, avec une texture ferme et une peau lisse ou légèrement rugueuse. Sa taille varie de celle d’une noix à celle d’une orange, pouvant atteindre 200 à 300 grammes pour les plus beaux spécimens.</p>



<p>Le cycle de développement de ces champignons dépend entièrement des précipitations hivernales. Après les pluies de novembre à février, les spores germent et le mycélium se développe sous terre, donnant naissance aux truffes entre février et avril. Sans pluie, pas de récolte – un phénomène qui rend certaines années exceptionnelles et d’autres totalement stériles.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un savoir-faire millénaire</h2>



<p>La récolte des truffes de Tataouine est une tradition profondément ancrée dans la culture locale. Dès les premières lueurs de l’aube, les cueilleurs, souvent des Bédouins connaissant parfaitement leur territoire, partent sonder le désert. <em>«Mon grand-père m’a appris à lire les signes du sol»</em>, témoigne Ahmed, ramasseur de truffes depuis vingt ans.<em> «Quand la terre se craquelle d’une certaine façon, avec de petites fissures en étoile, c’est qu’il y a une truffe en dessous. On observe aussi les plantes hôtes, leur vigueur nous indique la présence du champignon»</em>, ajoute-t-il.</p>



<p>Contrairement à la pratique européenne qui utilise des chiens ou des cochons truffiers, la récolte à Tataouine se fait principalement à l’œil nu et au bâton. Les ramasseurs scrutent le sol à la recherche de gonflements caractéristiques ou de fissures révélatrices. Une fois repérée, la truffe est délicatement extraite à la main ou avec un petit outil, en prenant soin de ne pas endommager le mycélium pour préserver les récoltes futures.</p>



<p>Certains cueilleurs expérimentés peuvent récolter entre 5 et 15 kilogrammes par jour lors des bonnes années, tandis que d’autres rentrent bredouilles. La moyenne régionale oscille entre 200 et 500 tonnes par an pour l’ensemble de la Tunisie, selon les années et les précipitations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De la terre à l’assiette</h2>



<p>Une fois récoltées, les truffes doivent être rapidement nettoyées. <em>«On les brosse délicatement sous l’eau froide pour enlever le sable»</em>, explique Fatma, cuisinière dans un restaurant de Tataouine. Et s’empresse d’avertir&nbsp;: <em>«Il ne faut jamais les laisser tremper, elles perdraient leur texture et leur goût.»</em></p>



<p>En cuisine tunisienne, la truffe du désert se prépare de multiples façons. Le plat le plus traditionnel est le <em>«kamé bil beid»</em>, où les truffes sont mijotées avec des œufs, de l’huile d’olive, du cumin et du carvi.</p>



<p>Coupées en lamelles ou en dés, elles peuvent également être intégrées dans des tajines, des couscous, ou simplement sautées à la poêle avec de l’ail et du persil.</p>



<p><em>«Le goût est subtil, terreux, avec des notes de noisette»</em>, décrit Fatma. Qui ajoute&nbsp;:<em> «C’est moins puissant que les truffes noires d’Europe, mais tout aussi délicieux. La texture reste ferme même après cuisson, ce qui les rend parfaites pour les plats mijotés.»</em></p>



<p>Les truffes fraîches se conservent au réfrigérateur pendant environ une semaine, enveloppées dans du papier absorbant. Certaines familles les congèlent ou les font sécher pour en profiter toute l’année.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une économie précieuse </h2>



<p>Le prix des truffes de Tataouine varie considérablement selon les années et la qualité. Sur les marchés locaux, elles se vendent entre 150 et 210 dinars tunisiens le kilogramme (environ 50 à 60 euros), un prix monte en flèche, pour se vendre en Europe, compétitionnant avec les truffes européennes qui peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros le kilo, mais significatif pour une population souvent modeste.<em> «Certaines années, la récolte représente l’essentiel de nos revenus de printemps»</em>, confie Ahmed. <em>«Mais le changement climatique nous inquiète. Les pluies deviennent imprévisibles, et certaines zones autrefois productives ne donnent plus rien»</em>, ajoute-t-il.</p>



<p>Les autorités tunisiennes et plusieurs ONG travaillent aujourd’hui à la préservation de cette ressource, encourageant des pratiques de récolte durables et étudiant la possibilité de cultures contrôlées. Car au-delà de son importance économique, la truffe du désert représente un patrimoine culturel et gastronomique unique, témoin de l’ingéniosité des populations sahariennes qui ont su, depuis des millénaires, tirer profit des moindres présents de leur environnement hostile.​​​​</p>



<p>​​​​​​​​​​​Le ministère du Commerce doit aider la région à protéger son produit par une appellation d’origine contrôlée (AOC), pour un meilleur <em>branding</em> de vente sur les marchés internationaux. Un patrimoine à défendre aussi au sein des institutions de l’Unesco… et des autres systèmes d’appellations brevetées… Si rien n’est fait, il y aura toujours un Français qui va venir voler le label de ce produit rare, spécifique et succulent…</p>



<p><em>* Economiste universitaire.</em> </p>



<p><strong><em>Blog de l’auteur </em></strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Tunisie &#124; Peut-on réduire la pauvreté sans s’attaquer aux inégalités ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/17/tunisie-peut-on-reduire-la-pauvrete-sans-sattaquer-aux-inegalites/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 17 Jan 2026 12:21:44 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[aides sociales]]></category>
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		<category><![CDATA[Mahmoud Ben Romdhane]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[pauvreté]]></category>
		<category><![CDATA[répartition des revenus]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En Tunisie, la question de la lutte contre la pauvreté se pose avec acuité et dans une hypocrisie collective, structurelle et bien huilée.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/17/tunisie-peut-on-reduire-la-pauvrete-sans-sattaquer-aux-inegalites/">Tunisie | Peut-on réduire la pauvreté sans s’attaquer aux inégalités ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En Tunisie, la question de la lutte contre la pauvreté se pose avec acuité et dans une hypocrisie collective, structurelle et bien huilée. En apparence, il y a une unanimité politique : tout le monde veut réduire la pauvreté, ici et maintenant. Aucun parti, aucun gouvernement, aucun responsable public n’ose dire le contraire. Mais dans les faits, personne ne veut toucher aux «acquis» et inégalités structurelles qui génèrent cette pauvreté avilissante, bien ancrée partout en Tunisie.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-18248332"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Depuis quinze ans, chaque plan de développement, chaque loi de finances, chaque discours officiel promet la protection des plus vulnérables et promeut un modèle social généreux et inclusif. Un beau discours, et de belles envolées rhétoriques, mais qui restent lettres mortes, des mots qui se diluent dans l’ambiance et le vacarme des instabilités gouvernementales, ministres, partis, lois, réglementations éphémères.</p>



<p>Ce faisant, la pauvreté progresse, s’installe, se banalise. Ce n’est pas un accident. C’est le résultat logique d’un système politique qui parle de justice sociale sans jamais vouloir en payer le prix politique et institutionnel.</p>



<p>La première vérité dérangeante est celle-ci : la Tunisie post-2011 ne lutte pas contre la pauvreté, elle la gère. Elle la contient quand elle peut, la compense quand elle déborde, mais elle ne s’attaque jamais aux mécanismes qui la produisent. Pourquoi ? Parce que cela impliquerait de toucher aux inégalités. Et les inégalités, en Tunisie, sont un sujet tabou.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Gini, le chiffre que les politiques occultent</h2>



<p>Il existe pourtant un indicateur simple, froid, têtu et implacable : le coefficient de Gini. Il mesure la répartition des revenus&nbsp;: 0 signifie l’égalité parfaite, 1 l’inégalité extrême.</p>



<p>En Tunisie, ce coefficient oscille depuis plus de vingt ans entre 0,32 et 0,35. Avant 2011, après 2011, avant et après les plans de développement. Autrement dit : la révolution n’a rien, absolument rien modifié la structure des écarts de revenus. Et ce depuis 15 ans…</p>



<p>Cela pose une question fondamentale : comment prétendre réduire durablement la pauvreté dans un pays où les inégalités restent structurellement intactes ?</p>



<p>La réponse est simple : on ne peut pas. On peut distribuer des aides, faire des discours enflammés, repousser les seuils, maquiller les chiffres et engueuler les institutions internationales qui utilisent ces indicateurs. Mais tant que la répartition des revenus ne change pas, la pauvreté revient, sort dans la vie au quotidien, mécaniquement, au moindre choc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">2016-2020 : l’illusion de la croissance inclusive</h2>



<p>Le Plan de développement 2016–2020 est un cas d’école. Il promettait une croissance de 5 %, la création de centaines de milliers d’emplois et une réduction de la pauvreté sous les 10 %. Pour devenir ministre, l’économiste Mahmoud Ben Romdhane a prévu un décollage vertical avec 7% de taux de croissance. Et ce type d’expert domine les élites et les penseurs censés être dignes, neutres et objectifs.</p>



<p>Dans la réalité, la croissance moyenne a plafonné autour de 2 % (avec une moyenne annuelle de 0 durant la décennie des Frères musulmans en Tunisie), l’inflation cumulée a dépassé 20 %, et le taux de pauvreté a franchi la barre des 20 %. Le dinar a perdu plus de 60 % de sa valeur de change, en 15 ans, et le tout suit, et devient plus cher et plus inaccessible aux plus démunis.</p>



<p>Mais le plus grave n’est pas l’échec des objectifs. C’est l’absence totale d’autocritique. À aucun moment, le débat public n’a porté sur la fiscalité, sur les rentes, sur la redistribution, sur la concentration des revenus. On a expliqué l’échec par la conjoncture, la crise mondiale, le terrorisme, la pandémie. Tout, sauf les choix structurels.</p>



<p>Pendant ce temps, le coefficient de Gini est resté stable. Traduction : les riches n’ont pas perdu, les pauvres ont augmenté. La crise n’a pas nivelé. Elle a élargi la base.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Après 2021 : le renoncement assumé</h2>



<p>Le Plan de développement 2023–2025 marque une rupture, mais pas celle qu’on croit. Ce n’est pas une rupture économique, c’est une rupture morale. On ne promet plus de réduire significativement la pauvreté. On promet de la&nbsp;<em>«stabiliser»</em>.</p>



<p>Autrement dit : on accepte qu’un Tunisien sur cinq vive sous le seuil de pauvreté, et qu’un Tunisien sur deux vive dans la peur d’y tomber.</p>



<p>Avec une inflation cumulée dépassant 25 % en trois ans, cette promesse est déjà intenable. Les aides sociales augmentent, mais moins vite que le coût de la vie. Les salaires réels baissent. Les subventions sont rationalisées. Et les responsables politiques continuent d’affirmer que les catégories vulnérables sont protégées.</p>



<p>C’est ici que la contradiction devient insupportable : on affirme protéger les pauvres tout en laissant l’inflation faire le travail inverse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La grande lâcheté : refuser la redistribution</h2>



<p>Pourquoi le coefficient de Gini ne baisse-t-il pas ? Parce que personne ne veut le faire baisser. Les gouvernements préfèrent parler d’aides ciblées plutôt que de fiscalité progressive. De compensation plutôt que de redistribution. De solidarité abstraite plutôt que de transferts réels.</p>



<p>La fiscalité tunisienne reste faiblement progressive. L’évasion fiscale est massive. L’économie informelle prospère sans contribuer équitablement à l’effort collectif. Et l’essentiel de la charge repose sur les salariés formels et les entreprises structurées — c’est-à-dire sur une classe moyenne qui s’effondre lentement.</p>



<p>Voilà la vérité que le discours politique refuse d’assumer : la Tunisie finance la lutte contre la pauvreté en appauvrissant ses classes moyennes, tout en préservant les rentes.</p>



<p>Les propulseurs de la lutte contre la pauvreté sont en quasi-panne. Le système éducatif produit des docteurs et des ingénieurs inemployables et voués au chômage, et on laisse faire, pour éviter les choses qui fâchent l’UGTT.</p>



<p>L’accès au logement social est à son minimum, et les Tunisiens ne peuvent pas payer des taux d’intérêt usuraires de 12 à 15% pour construire ou acquérir un logement. Entassement dans les logements, ce qui réduit le bien-être, et des conditions minimales pour permettre l’épanouissement et le travail pour les enfants, les familles, les aînés et les malades…</p>



<p>Les systèmes éducation, santé et services sociaux sont en état de délabrement continu et leurs prestations deviennent simplement honteuses pour un pays qui a fait sa révolution, justement pour plus de dignité et de prospérité.</p>



<p>Pourquoi la pauvreté ne recule jamais&nbsp;?</p>



<p>Parce que les politiques publiques traitent les symptômes, jamais la cause. Les leaders traitent du sujet avec des discours populistes et de la pensée magique.</p>



<p>Parce qu’on ajoute des programmes sans changer les règles du jeu.</p>



<p>Parce qu’on évite soigneusement tout débat sur la concentration des richesses.</p>



<p>Le coefficient de Gini est absent des discours, absent des objectifs, absent des bilans. Comme si l’égalité n’était pas un indicateur de performance politique. Or, tant que ce chiffre reste stable, toute promesse de réduction durable de la pauvreté est mensongère.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La vraie question est politique</h2>



<p>La vraie question n’est donc pas technique. Elle est politique : les dirigeants tunisiens veulent-ils réellement réduire les inégalités, ou simplement éviter une explosion sociale ?</p>



<p>Gérer la pauvreté permet de survivre politiquement. Réduire les inégalités oblige à affronter les intérêts établis. Et jusqu’ici, le choix est clair.</p>



<p>La pauvreté en Tunisie n’est pas une fatalité. Elle est le produit d’un choix collectif : celui de préserver l’ordre économique existant tout en multipliant les discours compassionnels. Les plans de développement échouent parce qu’ils sont conçus pour ne pas déranger.</p>



<p>Tant que le débat public refusera de parler clairement de redistribution, de fiscalité équitable, de rentes et d’inégalités mesurées — tant que le coefficient de Gini restera un chiffre honteux qu’on cache sous le tapis — la pauvreté continuera d’augmenter, avec une régularité presque exemplaire.</p>



<p>La Tunisie n’a pas un problème de diagnostic. Elle a un problème de courage. Au sujet de la lutte contre la pauvreté, les leaders politiques et les médias de Tunis n’ont pas un problème d’auditoire, ils ont un problème de crédibilité… quand il s’agit de parler de pauvreté… ou de l’inégalité telle que mesurée par le coefficient Gini.</p>



<p><em>* Economiste universitaire. </em></p>



<p><strong><em>Blog de l&rsquo;auteur </em></strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494">Economics for Tunisia</a>.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="nXfcwc0T2B"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/04/18/zawali-la-belle-allegorie-tunisienne-de-la-pauvrete/">Zawali, la belle allégorie tunisienne de la pauvreté </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Zawali, la belle allégorie tunisienne de la pauvreté  » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/04/18/zawali-la-belle-allegorie-tunisienne-de-la-pauvrete/embed/#?secret=3Vf4nROqhG#?secret=nXfcwc0T2B" data-secret="nXfcwc0T2B" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/01/17/tunisie-peut-on-reduire-la-pauvrete-sans-sattaquer-aux-inegalites/">Tunisie | Peut-on réduire la pauvreté sans s’attaquer aux inégalités ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Le pouvoir d’achat réel des Tunisiens a baissé de 11% depuis 2019</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/23/le-pouvoir-dachat-reel-des-tunisiens-a-baisse-de-11-depuis-2019/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Oct 2025 09:15:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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		<category><![CDATA[pouvoir d’achat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Selon un rapport de Fitch-Solutions le pouvoir d’achat moyen des Tunisiennes et Tunisiens a fortement reculé depuis 2019. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/23/le-pouvoir-dachat-reel-des-tunisiens-a-baisse-de-11-depuis-2019/">Le pouvoir d’achat réel des Tunisiens a baissé de 11% depuis 2019</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Énorme perte en temps et en effort en 6 ans. C’est Fitch-Solutions qui le confirme, preuve à l’appui, dans son plus récent rapport intitulé ‘‘Consommation et revenus des ménages tunisiens’’ publié le 22 octobre 2025). L’arbre se juge à ses fruits…</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari </strong>*</p>



<span id="more-17718732"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>L’agence londonienne annonce que le pouvoir d’achat moyen des Tunisiennes et Tunisiens a fortement reculé depuis 2019, malgré toutes les annonces et promesses gouvernementales voulant axer ses politiques sur le social et le bien-être des laissés-pour-compte, les couches dites défavorisées, souvent illettrées et habitées par la confiance aveugle.</p>



<p>Que disent les chiffres&nbsp;?</p>



<p>Dans son rapport de 44 pages (réservé aux abonnés et publié uniquement en anglais), l’année de 2019, celle de l’élection de Kaïs Saïed, est utilisée comme année de référence. Pas de hasard de calendrier, tout est calculé, et soupesé à la virgule près. Et cela permet de livrer plusieurs indicateurs de rendement sur les impacts des politiques des 6 gouvernements constitués, et qui ont tous gouverné la Tunisie, sous les directives indicatives d’un président élu en 2019 et réélu en 2024.</p>



<p>On fait la synthèse de ce rapport en 5 points complémentaires.</p>



<p><strong>1- Pouvoir d’achat.</strong> Comparativement à 2019, le pouvoir d’achat réel de 2025 (hors inflation) a baissé de 11,1% par rapport à 2019. Fitch doute du réalisme des promesses présidentielles relatives à la mise en place de politiques publiques axées sur le social et les couches vulnérables.</p>



<p>Pis, Fitch prévoit que si rien ne changera avant à la fin du deuxième mandat du président Saïed en 2028, la Tunisie ne retrouverait pas la moyenne du pouvoir d’achat réel d’il y a 6 ans (base 100 en 2019). Un constat qui appelle à des actions concrètes et urgentes sur ce front.</p>



<p><strong>2- Consommation versus croissance.</strong> Un autre constat majeur apporté par ce rapport concerne une anomalie économique structurelle : un taux de croissance annuel global moyen du PIB qui croit d’environ 2%, alors que le taux de croissance de la consommation des ménages croit annuellement de 3,8%.</p>



<p>C’est dire que le pays vit au-dessus de ses moyens. Et qu’au final, la propension moyenne de la consommation (rapportée au revenu) évolue plus vite et plus fort que la propension moyenne à l’épargne.</p>



<p>3- <strong>Chômage. </strong>Les niveaux de chômage, 6 ans après l’élection présidentielle de 2019, sont plus élevés qu’ils ne l’étaient avant 2019. C’est un autre constat sans appel quant aux prétentions des politiques publiques d’avoir mis le social au cœur de ses préoccupations.</p>



<p>Ce constat en dit long sur l’absence de vision stratégique dans les processus budgétaires, la faiblesse des incitations fiscales pour la création d’entreprises et d’emplois. Le projet des entreprises communautaires prôné par le président Saïed est à l’évidence inapproprié, ou mal conçu et mal réfléchi depuis sa mise en chantier en 2021.</p>



<p><strong>4- Dépenses non essentielles</strong>. Le rapport de Fitch décrit la structure des dépenses des ménages tunisiens, et arrive à des résultats différents de ceux de l’Institut national de la statistique (INS). On apprend que les dépenses non essentielles (tabac, alcool, restaurant et internet) frôlent ensemble les 9% des dépenses des ménages.</p>



<p>A titre comparatif, Fitch estime les dépenses des ménages en éducation ne dépassent les 1,2% du total des dépenses. Dans les dépenses des ménages, le tabagisme engloutit 4,9 milliards de dinars tunisiens en 2025. Ce poste de dépenses croit à 11% par an.</p>



<p>Un poste de dépenses atypique&nbsp;: les chaussures. Fitch trouve trop élevées les dépenses en chaussure per capita qui est de 463 dinars par an. Selon, cette estimation, une famille de 4 personnes dépenserait presque 2000 dinars par an en chaussure. Il faut le faire, surtout quand on connaît les autres urgences et priorités.</p>



<p><strong>5- Pauvreté.</strong> Les auteurs du rapport ont aussi décrit le revenu disponible des ménages selon 3 intervalles. Ils ont recensé un total de 3334 ménages en Tunisie, avec 2,5 actifs occupés par ménage.</p>



<p>Le revenu moyen par ménage est de 30 765 dinars par an en moyenne. En revanche, le revenu disponible (après imposition et prélèvements estimés à 7%) tombe à 10 092 dinars per capita en 2025.</p>



<p>La classe ayant un revenu disponible annuel moyen par ménage (inférieur à 10 000$ par an) a grimpé jusqu’à 95% du total des ménages. Les plus riches, avec un revenu annuel disponible supérieur à 50 000$ par an constituent 2% du total des ménages.</p>



<p>Les plus pauvres (revenu inférieur à 5 000 dollars par ménage et par an) constituent presque 20% du total des ménages (666 000 ménages, ou 2 400 000 personnes).</p>



<p>A se demander si les politiques sociales prônées par le président Saïed arrivent à cibler et à lister de manière crédible et efficace ces populations indigentes et précaires pour les sortir de leur indigence.</p>



<p>Les personnes âgées, les personnes en perte de mobilité, les femmes et surtout celles de la GenZ sont les plus impactées par ces inégalités et déséquilibres socio-économiques. Des enjeux qu’on ne peut pas gérer par la répression, ni par les discours ou autres juridismes caduques et inefficaces.</p>



<p>* <em>Economiste universitaire.</em></p>



<p><strong><em>Blog de l&rsquo;auteur</em></strong> : <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/23/le-pouvoir-dachat-reel-des-tunisiens-a-baisse-de-11-depuis-2019/">Le pouvoir d’achat réel des Tunisiens a baissé de 11% depuis 2019</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<item>
		<title>UGTT, faillite d’un syndicalisme vindicatif et contreproductif</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/20/ugtt-faillite-dun-syndicalisme-vindicatif-et-contreproductif/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Aug 2025 08:26:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[compétitivité]]></category>
		<category><![CDATA[Houssine Dimassi]]></category>
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		<category><![CDATA[productivité]]></category>
		<category><![CDATA[travail]]></category>
		<category><![CDATA[UGTT]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le plus gros dégât de l’action syndicale de l’UGTT a trait à la dégradation du capital social et du sens du travail de manière générale en Tunisie.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/20/ugtt-faillite-dun-syndicalisme-vindicatif-et-contreproductif/">UGTT, faillite d’un syndicalisme vindicatif et contreproductif</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Créée en 1946 à l’époque coloniale, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) s’est construite pour optimiser la rémunération des travailleurs, mais aussi pour saboter les entreprises coloniales, afin de chasser les colons. Les ancrages idéologiques de cette approche bicéphale n’ont pas totalement disparu aujourd’hui, 70 ans après l’indépendance.</em></strong></p>



<p><strong>Moktar Lamari *</strong></p>



<span id="more-17292042"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p>Aujourd’hui encore, l’UGTT s’emploie à optimiser les salaires, de façon indifférente à l’état de l’économie, insouciante de la compétitivité des entreprises, et rétive qu’elle est aux impératifs de la productivité du travail.</p>



<p>Son (in)action a fait reculer le sens du travail, a détérioré le capital social et a renforcé les systèmes rentiers. Il faut comprendre le fonctionnement du <em>«business model»</em> de l’UGTT pour mesurer ses réels impacts sur le marché du travail en Tunisie. C’est ce qu’on propose ici, chiffres à l’appui.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vampiriser les extrants, saccager les intrants</h2>



<p>Quelques mois avant son décès cette année, l’économiste Houssine Dimassi a qualifié l’UGTT de vestige anarcho-féodal. Et il n’a pas tort lui qui connaît très bien le fonctionnement de l’UGTT pour avoir longtemps été l’un de ses conseillers économiques. Ce n’est pas rien, il faut en parler franchement, les yeux dans les yeux, et sans détours.</p>



<p>Le modèle d’affaire de l’UGTT est devenu avec le temps contreproductif, anachronique voire suicidaire pour l’économie tunisienne. Ce modèle n’arrivant plus à se ressourcer et à se moderniser pour suivre les évolutions et les changements dans la société et l’économie tunisienne.</p>



<p>Aujourd’hui, les tensions sont à leur summum, la veille d’un coup de force de l’UGTT, pour une marche de protestation, le 21 août, et probablement une grève générale.</p>



<p>Pour schématiser et simplifier nos propos aux lecteurs, on peut dire que les processus de production (dans les entreprises publiques ou privées, dans le gouvernement ou dans les organisations à but non lucratif) fonctionnent en deux volets : celui des intrants (travail, capital, technologie, organisation) et celui des extrants (production, rentabilité, productivité, compétitivité). Le processus productif consiste à transformer les intrants en extrants, dans un contexte sociopolitique et technologique donné.</p>



<p>Les revendications syndicales de l’UGTT ont toujours ciblé et parfois aveuglément les augmentations de salaires des travailleurs, canalisant ses revendications sur les extrants des processus productifs, empêchant parfois les entreprises d’investir ou d’innover.</p>



<p>Rien n’est fait par contre par l’UGTT pour renforcer les entreprises et les intrants de la machine productive d’une économie et d’un tissu d’entreprises principalement tuniso-tunisiens. Les investisseurs étrangers restent prudents face au caractère anarchiste et aléatoire de la gouvernance de cette centrale syndicale.</p>



<p>Ce modèle d’affaires est désuet et ne fonctionne plus dans les pays et sociétés modernes d’aujourd’hui. Ce modèle pénalise l’économie, puisqu’il vampirise les extrants et sabote les intrants de l’économie dans son ensemble. Il détruit ainsi le capital social, affaiblit la compétitivité des entreprises et sabote les infrastructures physiques et humaines.</p>



<p>Les problèmes du recul de la productivité et de la dévalorisation du sens du travail sont au cœur de la faillite de ce modèle de fonctionnement, devenu ipso facto improductif et très dommageable à l’économie et à la croissance en Tunisie.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="q4sCQewrLo"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/15/tunisie-la-dissolution-de-lugtt-est-elle-deja-actee/">Tunisie | La dissolution de l’UGTT est-elle déjà actée  ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | La dissolution de l’UGTT est-elle déjà actée  ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/15/tunisie-la-dissolution-de-lugtt-est-elle-deja-actee/embed/#?secret=dUv44T8Tvd#?secret=q4sCQewrLo" data-secret="q4sCQewrLo" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’UGTT a saccagé le sens du travail</h2>



<p>Depuis Ahmed Ben Salah, les différentes élites, équipes et directions à la tête de l’UGTT ont fermé les yeux sur la déperdition du sens du travail ainsi que sur le recul de la productivité du travail (et multifactorielle), de manière générale.</p>



<p>L’UGTT a tort de penser que la productivité ne relève pas de ses responsabilités globales, elle qui a fait des droits des travailleurs son fonds de commerce. Elle, qui est omniprésente dans la sphère politique, nationale et internationale. Devenant un méga-syndicat, presque un parti politique.</p>



<p>L’UGTT ne s’est pas intéressée non plus au potentiel productif de la population en âge actif (15-65 ans). Elle a occulté les aspirations et la vie misérable des centaines de milliers de jeunes en chômage, des femmes malmenées, abusées dans les champs agricoles de tous les territoires du pays. L’UGTT jette le bébé avec l’eau du bain, prétextant que cela ne relève pas de son mandat, ni de sa responsabilité sociétale.</p>



<p>Les chiffres sont têtus et la responsabilité de l’UGTT est irréfutable.</p>



<p>1- Dit simplement, pour les 3,7 millions d’actifs occupés dans l’ensemble des secteurs formels, les gains de productivité ont été proche de zéro durant les dernières années. La productivité du capital mis à leur disposition a aussi enregistré un léger recul durant la 2015-2024.</p>



<p>2- Selon plusieurs études, le Tunisien moyen occupé et rémunéré travaille en moyenne pas plus 5 heures par jour, au lieu de 7 à 8 heures. Un tiers de temps payé n’est pas travaillé, sérieusement du moins. Dans de nombreuses organisations gouvernementales, cette durée effectivement travaillée ne dépasse pas deux heures par jour.</p>



<p>3- La durée effective du travail ne dépasse pas une la moyenne annuelle de 1 350 heures payées. En France et en moyenne annuelle, les travailleurs font 1 680 heures pour les salariés à temps complet (données 2019), au Canada, 1890 heures par an (2022). La moyenne européenne est à 1846 heures, soit 40% de plus que la moyenne annuelle en Tunisie.</p>



<p>4- Un taux d’emploi insuffisant, puisque la proportion de personnes demandant un emploi parmi celles en âge de travailler (15-64 ans) est de 43% seulement. Le taux d’emploi mesure la capacité d’une économie à utiliser de manière efficace son capital humain. Ce taux est pratiquement la moitié de ce qui est observé dans les pays occidentaux. Dans les pays européens ce taux oscille entre 62 à 80%. Pour l’ensemble de l’Union européenne (UE), la moyenne est de 70%. Les Pays-Bas sont à 81%, le Japon à 79%, l’Allemagne à 77% de même que le Danemark et la Suède, le Royaume-Uni et le Canada à 75%, les Etats-Unis à 71%.</p>



<p>5- Trois femmes sur quatre en âge actif sont sans emploi. Deux millions de femmes sont sur le carreau, dépendantes de leur conjoint et enfants pour vivre décemment. Elles se font exploiter, maltraiter… L’UGTT ne fait rien, et laisse faire, ses dirigeants ne se prononcent pas sur le sujet. Ils ferment les yeux et occultent l’enjeu, et aucun écrit ne permet de saisir les positions syndicales au sujet du travail des femmes et des enfants.</p>



<p>6- L’UGTT ne se préoccupe pas non plus des travailleurs du secteur informel, qui sont pourtant très nombreux, opérant dans des activités pénibles, mal payées, sans cotisation sociale, sans couverture médicale en cas d’accident ou imprévu.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vr2e2zvVfw"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/12/ugtt-grandeur-et-decadence-dune-organisation-jadis-populaire/">UGTT | Grandeur et décadence d’une organisation jadis populaire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« UGTT | Grandeur et décadence d’une organisation jadis populaire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/12/ugtt-grandeur-et-decadence-dune-organisation-jadis-populaire/embed/#?secret=RHMhgahbLw#?secret=vr2e2zvVfw" data-secret="vr2e2zvVfw" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">L’UGTT a accentué les inégalités sociales</h2>



<p>On sait que l’organisation syndicale est fortement discréditée par la corruption qui la gangrène à feu doux. On sait aussi que plusieurs de ses dirigeants croient encore à la lutte des classes, voire à l’anarchie créative. Mais, ce qu’on ne sait pas c’est que les élites syndicales des quarante dernières années ont été prévenues de l’impasse et de l’essoufflement du modèle en vigueur.</p>



<p>Pour l’histoire, et je sors de ma réserve pour révéler ici qu’un rapport à ce sujet a été soumis à la haute direction de l’UGTT en novembre 1990.</p>



<p>J’ai été associé, à tire de jeune professeur d’économie à l’université de Sousse, à une réflexion évaluative des impacts économiques de l’action de l’UGTT. Sous la direction du professeur à l’Enit, Mohamed Tahar Chebbi (décédé en juillet 2025), coordonnateur du Bureau d’études de l’UGTT, un groupe de travail restreint a été créé, constitué des professeurs Houssine Dimassi (décédé), Raouf Ridane (décédé), Abdjellil Bedoui, Chedly Ayari (décédé), Abdelfatah Ghorbel, Jameledine Ziadi… avec des invités occasionnels, tous des économistes. Une jeune journaliste du journal <em>Echaab</em> assistait aussi aux travaux et faisait la synthèse des contributions.</p>



<p>Nous avons travaillé pour plus de six mois, en se réunissant pendant un séjour bloqué de 2 jours par mois, dans un hôtel de Hammamet. Nous avons proposé, dans notre rapport écrit, un ajustement structurel des approches syndicales de l’UGTT. Cet ajustement se basait sur l’extension des mandats de l’UGTT à la valorisation du sens du travail, de l’extension de la durée du travail, de l’importance de la formation professionnelle, du renforcement de la productivité et de la compétitivité des entreprises publiques et privées.</p>



<p>Ce rapport, produit il y a 35 ans, a documenté les défis, et illustré avec des statistiques les dangers d’une action syndicale qui dénigre la valeur du travail, qui sacrifie la productivité et qui prône une rémunération paramétrique, mur-à-mur, sans indemnisation fondée sur la performance et le rendement. Ce rapport en papier a été tabletté, et probablement oublié avec le temps.</p>



<p>Nous avons démontré dans ce rapport que les augmentations salariales, si elles ne sont pas accompagnées par des gains de productivité finissent par devenir un fardeau destructeur pour des dizaines de milliers d’entreprises (surtout des PME) et des centaines de milliers d’emplois avec.</p>



<p>Peine perdue, rien de ce qui a été proposé n’a eu une suite, l’institution est restée prisonnière de son radicalisme d’antan et s’enfonçait de plus en plus dans le déni de la valeur du travail et de la productivité.</p>



<p>L’UGTT a préféré continuer dans son action dévastatrice sur les intrants des processus productifs (sabotage, blocage, démolition, casse, etc.) élargissant les ambitions de ses dirigeants privilégiés, pour progressivement étendre ses pouvoirs et l’implication dans les domaines politiques et partisans, tant avec Ben Ali qu’avec ses successeurs à l’ère post-2011.</p>



<p>Elle a pris du poids et accentué son pouvoir, de par son statut de monopole et omniprésent dans les régions, tous les secteurs et de mèche avec divers lobbyistes et groupes de pressions (médias notamment).</p>



<p>Un déni qui favorise l’optimisation des hausses salariales et donc de la ponction sur les extrants, négligeant les intrants et leur importance dans la création de la richesse collective incontournable pour le progrès et la prospérité du pays.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Faire le lien entre rémunération et productivité du travail</h2>



<p>D’importants secteurs économiques ont ainsi été saccagés. Il suffit de voir le sens du travail dans les sociétés publiques, dont le transport. Les 600 000 ha de terres domaniales ont été mis en friche par ce syndicalisme anarchiste, féodal entre autres. L’UGTT refuse de faire un lien entre rémunération et productivité du travail.</p>



<p>Le plus gros dégât de l’action syndicale de l’UGTT a trait à la dégradation du capital social et du sens du travail de manière générale en Tunisie.</p>



<p>L’UGTT a besoin d’une révolution interne, elle a besoin d’une prise de conscience et d’un encadrement éthique anti-corruption, assortis d’un engagement pour la réhabilitation du sens du travail et de la productivité. C’est incontournable.</p>



<p>Avec plus de croissance, et de richesses créées, les salaires, le pouvoir d’achat des citoyens et l’accès à l’emploi ne peuvent que suivre, et évoluer vers la hausse, pas vers la baisse comme on le constate aujourd’hui.</p>



<p>La question qui se pose est la suivante : une telle révolution interne peut-elle être initiée de façon endogène et démocratique au sein de l’organisation, ou au contraire de façon exogène et top down. L’avenir nous le dira.</p>



<p>* <em>Economiste universitaire.  </em></p>



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<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="mkjXw60Ka8"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/10/tunisie-lheure-de-verite-pour-lugtt/">Tunisie | L’heure de vérité pour l’UGTT</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | L’heure de vérité pour l’UGTT » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/10/tunisie-lheure-de-verite-pour-lugtt/embed/#?secret=njPnXi2ubs#?secret=mkjXw60Ka8" data-secret="mkjXw60Ka8" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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