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Gouverner autrement : Recette pour les sinistres de Tunisie

Manifs-Casseurs

La crise tunisienne, qui s’est traduite par les émeutes de la semaine dernière, n’est pas irrémédiable pour peu que l’on opte pour les bons remèdes.

Par Farhat Othman

Les événements dramatiques en Tunisie ne le sont pas pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils ne sont pas encore.
Ce qu’ils sont, c’est qu’ils étaient prévisibles, et même attendus, tellement le gouvernement est mal vu et le manque de confiance est abyssal entre le peuple, sa jeunesse surtout, et les élites.

Ce qu’ils ne sont pas encore, c’est de se résoudre en cette nécessité incontournable de gouverner autrement. Or, comment gouverner en usant de recettes d’un autre âge qui ne relèvent plus de l’ordre nouveau, ce monde réduit à un immeuble planétaire?

Inertie, mauvais choix et nullissime communication

On l’a vu, en pleine crise, le chef du gouvernement s’est senti obligé d’aller à Davos quémander de l’aide. Or, il ne s’agit pas de demander la charité, il nous faut exiger une aide qui est un dû. Car la Tunisie est un trésor pour nos partenaires européens qui n’ont pas intérêt à ce qu’elle bascule dans le chaos libyen.

Elle est à la fois trop pauvre en richesses matérielles pour faire d’un possible chaos la richesse des gourous du néolibéralisme et leurs acolytes islamistes. Dans le même temps, elle est riche de la matière grise de son peuple qu’on dilapide et de l’élan vital novateur de sa jeunesse qu’on encourage à aller sur les chemins de traverse quand on ne la transforme pas en munitions dans le pays même comme on le voit de nos jours.

Par son inertie, ses mauvais choix et sa nullissime communication, le gouvernement encourage les uns et les autres et entretient la durabilité des sinistres de Tunisie.

Il est donc temps de gouverner autrement. En trois apologues, voici une recette pour de tels sinistres dont le mérite est d’être opérationnelle immédiatement, notamment dans son élément national.

Dégât des eaux et moratoire de la dette

La Tunisie n’étant qu’une chambre de bonne dans un immeuble planétaire, elle connaît aujourd’hui un dégât des eaux. Peu importe sa cause dans l’immédiat; l’heure des comptes viendra; le plus important est d’y remédier. Or, pourra-t-elle le faire seule? Est-ce seulement imaginable?

Il est clair que ses voisins doivent se soucier aussi de ce sinistre et veiller surtout à le réparer. Il y va de leurs intérêts dans l’appartement Tunisie, mais aussi dans les leurs propres, autant d’appartements cossus situés en dessous du comble tunisien.

La seule proximité de la Tunisie de l’Europe, sans parler de l’imbrication structurelle de son économie dans celle de l’Union européenne, impose l’obligation d’une garantie de celle-ci à la démocratie naissante.

Comment donc l’Union européenne (UE) se retient-elle de réparer et d’indemniser ce dégât des eaux? Le faire ne serait que servir ses intérêts propres sur le long terme.

L’UE doit mettre sérieusement la main pour aider la Tunisie à sortir de son sinistre; car la petite Tunisie ne saurait le faire dans le cadre de ses rapports léonins actuels avec l’Union.

Un moratoire pour le moins de la dette doit être déclaré de suite. C’est la seule parade utile au dégât des eaux de Tunisie en attendant l’indemnisation qui doit être l’effacement de toute la dette scélérate de l’ancien régime.

Incendie et liberté de circulation

Il se trouve que la situation en Tunisie ne relève pas seulement du dégât des eaux; elle consiste en un incendie déclaré dans les combles de l’immeuble. Autant dire donc que c’est tout l’immeuble, ou du moins son aile méditerranéenne, qui est en péril.

Que font les voisins immédiatement concernés? Rien! Ils se contentent de se fortifier dans leurs appartements cossus, multipliant les dispositifs anti-incendie dans une inconscience coupable, car rien n’empêchera le feu, s’il se propage en Tunisie, de gagner les leurs malgré leurs vaines protections.

Celles-ci sont les frontières cadenassées qui, non seulement font les clandestins, mais cimentent l’esprit de rejet de l’Occident chez les jeunes et les moins jeunes. Or, la Tunisie est d’abord méditerranéenne; son peuple aime bouger et sa jeunesse, si elle est privée de mouvement, se le procure fatalement en choisissant les solutions extrêmes et les chemins de traverse.

Il importe donc que l’UE réalise que son intérêt, immédiat comme médiat, n’est plus dans un enfermement inefficace derrière des frontières poreuses, mais dans leur ouverture afin d’éradiquer le phénomène de la clandestinité. Ce faisant, elle sèmera et cultivera les graines de la confiance dans les têtes et de l’aménité dans les coeurs, seules armes contre la dérive terroriste dans laquelle glisse irrésistiblement le monde.

Acacia d’Afrique et moratoire des lois liberticides

Assurément, la richesse de la Tunisie est son peuple; et celui-ci est jeunesse. Elle est comme l’acacia d’Afrique, présent dans le beau pays qui a offert au monde cette conscience juste que fut Mandela.

En effet, cet arbre a la particularité d’avoir un feuillage qui devient amer et toxique à un certain moment alors qu’il ne l’est pas à l’origine. Il s’agit d’un phénomène naturel de protection contre les prédateurs que la science constate, mais ne comprend pas encore.

Scientifiquement prouvé, même s’il reste encore inexplicable rationnellement, un tel fait se retrouve chez notre jeunesse dans cette capacité qu’elle a de défense contre les agressions dont elle fait l’objet en Tunisie.

Aujourd’hui, celles-ci se manifestent par le harcèlement policier quotidien qui la cible, notamment au nom d’une morale qu’on dévergonde et qu’autorisent des lois scélérates héritées de l’ancien régime et de la colonisation.

Or, le gouvernement ne peut combattre les extrémismes en continuant à brimer ses jeunes, les empêchant de vivre et d’aimer à leur guise. Il lui faut choisir impérativement entre Éros et Thanatos.

Avoir les jeunes de son côté, c’est veiller à faire naître en eux la confiance nécessaire dans leurs dirigeants et qui en fera l’allié indispensable et non ce terreau pour les terroristes qu’elle est aujourd’hui.

Cela impose de décréter immédiatement un moratoire des lois liberticides. Car ce sont les textes scélérats en matière de libertés individuelles. Ce fut d’ailleurs l’une des exigences majeures du récent Collectif créé pour la défense des libertés individuelles.

C’est ce que le gouvernement doit faire toutes affaires cessantes, cette action salutaire étant immédiatement faisable et ayant des retombées immenses en termes de bénéfices dans l’inconscient collectif et l’imaginaire populaire.

Et qu’il n’invoque surtout pas la gravité de la situation dans le pays ou le péril terroriste pour se défausser de cette éminente responsabilité, tous les problèmes du pays venant en premier de la situation de non-droit de son État.
Que la volonté réformatrice et démocratique du gouvernement se manifeste donc déjà au niveau législatif ! Qu’il n’oublie surtout pas que la nature – surtout humaine et en Tunisie bien particulièrement — comme elle a horreur du vide, a encore plus horreur de l’injustice, particulièrement lorsqu’elle est flagrante et qu’on cherche à maintenir en la niant.

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