Dans ses relations avec la Tunisie, l’Union européenne (UE) a continuellement privilégié, sous le discours de la «coopération», les intérêts agricoles, l’accès aux marchés et les impératifs de stabilité de l’Europe elle-même, a souligné Mohamed Sassi dans son ouvrage intitulé «Les relations Tunisie-Union européenne: six décennies d’histoire» paru en 2025 aux éditions Nirvana, à Tunis. Mais la Tunisie a-t-elle jamais fait preuve, vraiment de capacité de négociation pour la défense de ses intérêts vitaux ? Aujourd’hui, elle demande la révision des termes des accords passés avec l’UE, mais alors que Bruxelles se dit prêt à moderniser l’Accord d’association avec Tunis, Tunis s’est-il vraiment préparé à s’y engager avec des idées et des programmes clairs ?
Latif Belhedi
L’UE se dit prête à entamer un dialogue avec la Tunisie en vue de moderniser l’Accord d’association de 1995, afin de l’adapter aux nouveaux défis économiques, technologiques et énergétiques, tout en renforçant les investissements et l’intégration industrielle entre les deux rives de la Méditerranée.
C’est ce qu’a déclaré l’ambassadeur de l’UE à Tunis, Giuseppe Perrone, lors d’une intervention aujourd’hui sur les ondes d’Express FM, tout en soulignant que, trente ans après la signature de cet accord, il est devenu nécessaire de mettre à jour un cadre initialement conçu principalement pour les échanges commerciaux, en l’étendant à des domaines tels que l’intelligence artificielle, les services numériques, la transition énergétique et les nouvelles chaînes de valeur.
Mettre à jour le cadre du partenariat
Bruxelles a déjà noué des contacts préliminaires avec les autorités tunisiennes et confirme sa volonté d’engager des discussions, mais aucun calendrier de négociation ni aucune proposition formelle de révision n’ont encore été annoncés.
La position européenne s’inscrit dans le débat initié par les autorités tunisiennes, qui réclament un rééquilibrage de l’accord. Elles souhaitent favoriser un meilleur accès des produits agricoles au marché européen, attirer des investissements à haute valeur ajoutée et permettre une participation accrue des entreprises locales aux chaînes de production internationales.
En mai dernier, le ministre des Affaires étrangères, Mohamed Ali Nafti, avait réaffirmé la nécessité d’un partenariat plus équitable, respectueux des priorités économiques nationales.
Perrone a rappelé que l’UE demeure le principal partenaire commercial de la Tunisie. En 2025, les exportations tunisiennes vers les pays européens ont atteint environ 44 milliards de dinars, contre 37 milliards d’importations, soit un excédent commercial d’environ 7 milliards de dinars (équivalent à 2,1 milliards d’euros). On dénombre quelque 3 400 entreprises européennes présentes dans le pays, lesquelles assurent plus de 400 000 emplois directs.
Cap sur les énergies renouvelables
L’énergie figure parmi les priorités du partenariat, avec un soutien européen au développement des énergies renouvelables, à la modernisation de la Société nationale d’électricité (Steg) et au projet Elmed, une interconnexion électrique sous-marine entre la Tunisie et l’Italie.
Cette infrastructure, développée par Terna et la Steg, prévoit une liaison bidirectionnelle d’environ 220 kilomètres, dotée d’une capacité de 600 mégawatts. En juin dernier, un contrat d’environ 770 millions d’euros a été attribué à Hitachi Energy pour la réalisation des stations de conversion en Sicile et sur la péninsule tunisienne du cap Bon. Selon Perrone, ce projet permettra de renforcer la sécurité des approvisionnements et l’intégration des marchés électriques euro-méditerranéens, tout en facilitant le recours aux énergies renouvelables. Le diplomate a fait état d’avancées significatives dans la préparation financière et technique, laissant entrevoir un début des travaux, sans toutefois en préciser la date.
En matière d’investissements, Bruxelles vise à renforcer la coopération dans les secteurs de l’automobile, du textile, de l’agroalimentaire, du numérique et des technologies environnementales. Perrone a toutefois souligné la nécessité d’une plus grande prévisibilité réglementaire et d’une amélioration du climat des affaires en Tunisie.
L’ambassadeur a par ailleurs rappelé l’existence d’un soutien budgétaire européen de 80 millions d’euros, destiné aux mesures sociales en faveur des familles vulnérables, et a annoncé la préparation d’un forum euro-méditerranéen sur l’investissement et le développement durable, prévu au printemps 2027 dans le cadre du nouveau Pacte pour la Méditerranée. L’objectif affiché par Bruxelles est de transformer le partenariat avec Tunis en un levier d’intégration économique et industrielle accrue, dépassant ainsi une coopération fondée essentiellement sur les échanges commerciaux.
Bref, l’UE sait ce qu’elle peut tirer de sa coopération avec la Tunisie. Elle sait aussi ce qu’elle peut y apporter et semble prête à un nouveau round de négociation. On attend de la Tunisie qu’elle montre le même degré de préparation et la même capacité de proposition avant le démarrage des négociations, et n’y vienne pas seulement, comme souvent, avec de grandes idées et des récriminations.
A bon entendeur…



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