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	<title>Archives des Dr Sadok Zerelli - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des Dr Sadok Zerelli - Kapitalis</title>
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		<title>Embellie de l’économie de la Tunisie &#124; Le vrai du faux</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/30/embellie-de-leconomie-de-la-tunisie-le-vrai-du-faux/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 Oct 2025 09:20:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les discours officiels qui enjolivent la réalité économique de la Tunisie ne sont pas confirmés par les chiffres réels de son économie.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/30/embellie-de-leconomie-de-la-tunisie-le-vrai-du-faux/">Embellie de l’économie de la Tunisie | Le vrai du faux</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Entre les déclarations et discours officiels qui affirment que l’économie tunisienne a connu en 2025 un «redressement économique tangible» et a entamé une phase de «croissance durable» et se félicitent même du succès, selon ces responsables, de la «stratégie du&nbsp;compter sur soi» mise en œuvre par le gouvernement sous l’impulsion et les directives du Président Kais Saïd pour sortir l’économie de l’impasse où elle trouve depuis des années d’un côté, et les difficultés de plus grandes que rencontrent au quotidien les ménages et les opérateurs économiques de l’autre côté, où se trouve la vérité&nbsp;? La réponse d’un économiste universitaire et expert international pour éclairer ce débat*</em></strong></p>



<p><strong>Dr Sadok Zerelli</strong></p>



<span id="more-17769811"></span>



<p>Lors de sa récente participation aux assemblées annuelles de la Banque Mondiale et du FMI à Washington, le Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Fethi Zouhair Nouri, a déclaré, devant les représentants de plusieurs banques et institutions financières internationales, que «<em>la Tunisie traverse une phase de redressement économique tangible, illustrée par les résultats réalisés en 2025</em>», qui illustre, selon lui, «<em>la résilience de l’économie tunisienne» et «la capacité de la Tunisie</em> <em>à maintenir une croissance durable</em>».</p>



<p>Le première remarque à faire est qu’en faisant de <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/18/nouri-brosse-un-tableau-reluisant-de-leconomie-tunisienne/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">telles déclarations</a>, M. Nouri est tout à fait dans son rôle de Gouverneur d’une banque centrale, dont la première mission est de rassurer les investisseurs et les bailleurs de fonds et rétablir la confiance dans les institutions et la politique économique et financière de son pays.</p>



<p>La deuxième remarque est que ces déclarations, qui, le moins qu’on puisse dire, sont «<em>optimistes» </em>pour ne pas dire «<em>euphoriques»</em>, peuvent passer et être crues si elles sont faites à un média audiovisuel local à destination de l’opinion publique tunisienne, dont la culture économique et financière laisse malheureusement beaucoup à désirer, mais peuvent faire sourire des experts d’institutions internationales qui savent lire les chiffres et analyser les équilibres structurels d’une économie.</p>



<p>Qu’en est-il vraiment et dans quelle mesure les déclarations du gouverneur de notre banque centrale sont justifiées et crédibles ou peuvent être considérées comme telles par un auditoire d’experts internationaux chevronnés&nbsp;?</p>



<p>Pour répondre objectivement à cette question, je vais reprendre un à un les arguments que le gouverneur de la BCT avance pour justifier ses déclarations et analyser leurs significations et portées réelles.</p>



<p>Parallèlement et en vue de faciliter la lecture des chiffres par un public non spécialisé, je vais indiquer quelques comparaisons internationales avec des pays dont la taille et la structure économique sont similaires à ceux de la Tunisie.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Croissance du PIB en 2025</h2>



<p>C’est le premier argument sur lequel le gouverneur de la BCT fonde ses déclarations.</p>



<p>Il est vrai que la BM a révisé son taux de croissance de l’économie tunisienne, qui était estimé à 1,9%, pour le porter à 2,6% pour l’année 2025. Cette «<em>embellie</em>» relative de la croissance économique attendue pour l’exercice 2025 est due principalement à une bonne saison touristique et une bonne récolte agricole, ainsi qu’à une conjoncture internationale exceptionnellement favorable (baisse du prix du pétrole et baisse du dollar).</p>



<p>Il est vrai aussi que, comparé aux maigres 1,4% de croissance réalisés en 2024, un tel résultat représente une <em>«performance»</em> qui ne peut que réjouir tous les Tunisiens, moi inclus.</p>



<p>Mais ce que M. Nouri oublie ou feint d’oublier, mais que tous les experts internationaux qui l’écoutaient savent certainement, est que le FMI prévoit une croissance de 2,1 % en 2026 et&nbsp;pas plus que 1,4% de 2027 à 2030, soient des taux de croissance extrêmement faibles et légèrement plus élevés que le taux de croissance démographique (1,1%). Cela signifie, que même si l’inflation sera nulle, il ne faut pas s’attendre jusqu’à l’horizon de 2030 au moins à une amélioration significative du niveau de vie de la population, puisque l’accroissement de la production nationale suffira à peine à nourrir les nouvelles populations.</p>



<p>D’autre part, un taux de croissance économique nettement plus faible que le taux d’inflation qu’une économie génère (5% en glissement annuel au mois de septembre 2025, voir plus loin) signifie une dépréciation continue de la valeur de la monnaie nationale et donc une baisse de la compétitivité de nos entreprises, un plus grand déficit commercial, un plus grand endettement, etc.</p>



<p>Enfin comparé aux 3,6% selon la BM et 4,4% voire 4,6% selon d’autres sources, attendus pour le Maroc en 2025 par la BM ou aux 7,1% attendus selon le FMI pour le Rwanda durant la même année, le moins qu’on puisse dire est qu’avec 2,6% attendus par la Tunisie pour 2025, il n’y a vraiment pas lieu de pavoiser et de parler de «<em>capacité de la Tunisie</em> <em>à maintenir une croissance durable</em>», si on veut être pris au sérieux par une assistance formée d’experts internationaux</p>



<h2 class="wp-block-heading">Maîtrise de l’inflation</h2>



<p>Il y a quelque chose de pathétique à voir les responsables de la BCT se précipiter chaque début de mois pour s’attribuer les mérites d’une baisse même infime de l’indice de l’Indice des prix à la consommation (IPC) publié par l’INS. Il en a été ainsi lorsqu’il est passé en glissement annuel de 5,3% en juillet, à 5,1% en août et à 5% en septembre, soit une baisse de quelques déciles de point à chaque mois.</p>



<p>Ce faisant, les responsables de la BCT passent sous silence l’inflation galopante que leur politique monétaire trop restrictive et catastrophique pour les investissements et la croissance économique (en raison d’un taux directeur très élevé et injustifié de 8% pendant plus de deux ans et de 7,5% actuellement) a engendré : +8,3% en 2022; +9,3% en 2023; +7,0% en 2024 et +6,1% attendus pour 2025, soit <strong><em>une inflation cumulée et donc une perte du pouvoir d ‘achat des ménages de 30,7% en trois ans seulement !</em></strong><em> </em>Si on intègre dans le calcul l’inflation officielle subie en 2019 (+6,7%), en 2020 (+5,6%) et 2021 (+5,7%), on se rend compte que le pouvoir d’achat des ménages a baissé pratiquement de moitié (48,7%) depuis l’élection du Président Kais Saied en 2019, et ceci sans la prise en compte de l’inflation subie par les producteurs et les entreprises !</p>



<p>Par ailleurs, le gouverneur de la BCT, économiste de formation et même <em>«professeur des universités»</em>, n’ignore pas que l’IPC constitue un indice de l’inflation partielle et non pas globale puisqu’il qui ne prend en compte que l’évolution des prix des biens et services consommés par les ménages, à l’exclusion des biens et services utilisés par les entreprises et les producteurs (par exemple, l’augmentation des prix des aliments pour bétail n’est pas prise en compte dans le calcul de l’IPC alors que c’est elle qui explique que le prix des viandes rouges avoisine les 60 dinars et celui des viandes blanches les 20 dinars, ou celle des semences et fertilisants utilisés par les agriculteurs qui explique que le prix d’un kilo de pomme de terre avoisine les 3 dinars).</p>



<p>D’autre part, s’agissant d’un indice statistique composé du type <em>«Laspeyres»</em>, les prix sont pondérés par des poids qui sont loin de refléter la structure réelle des dépenses des ménages (par exemple, le poids des dépenses d’alimentation n’est que de 28%, de sorte que même si les prix des produits alimentaires frais augmentent considérablement (22,3% au mois de septembre dernier), leur impact sur la valeur finale de l’IPC se trouve minimisé (voir mon dernier article dans Kapitalis&nbsp;: <em>«<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/10/baisse-de-linflation-en-tunisie-realite-ou-mensonge-detat/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Baisse de l’inflation&nbsp;: un mensonge d’Etat</a>»</em>)</p>



<p>Enfin, M. Nouri n’ignore pas que l’INS ne dispose pas d’un appareil qui lui permet de mesurer avec une précision scientifique et au centième ou millième près l’inflation. En fait, il procède par estimation statistique sur la base de milliers d’informations recueillies mensuellement (33&nbsp;000 selon un responsable de l’INS) collectées par des milliers d’enquêteurs dans des centaines de points de vente, marchés, épiceries, etc. Or, toute estimation basée sur des techniques statistiques comporte forcément une marge d’erreur qui est la somme de deux sources d’erreur possibles&nbsp;: les erreurs de relevés sur le terrain et les erreurs de saisies et traitement des données recueillies.</p>



<p>Bref, pour un statisticien ou un économiste qui se respecte, la baisse d’un pour mille observée entre août et septembre ou de deux pour mille observée entre juillet et août n’est statistiquement pas significative d’une baisse réelle et rentre dans la marge d’erreur de ce genre d’estimation par échantillonnage. En tirer des leçons pour affirmer qu’elle traduit une baisse réelle de l’inflation et l’attribuer même à <em>«l’efficacité de la politique monétaire menée par la BCT»,</em> comme le fait le gouverneur de notre BCT, n’est pas sérieux et n’est pas digne d’un homme de sciences comme l’est M. Nouri.</p>



<p>En termes de&nbsp;comparaisons internationales, le triomphalisme en matière de lutte contre l’inflation affiché par le gouverneur de la BCT sur la base des 5% d’inflation enregistrés au mois de septembre 2025 est d’autant plus déplacé que le Maroc a enregistré 0,4% et la Jordanie 2,6% pour le même mois de septembre 2025, sans parler de l’Algérie qui, avec -0,28% enregistrés durant le même mois, a pu éradiquer totalement l’inflation et entamer même un processus de déflation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Remboursement de la dette extérieure</h2>



<p>Il y a quelques semaines, l’agence Tap, pourtant une agence gouvernementale qui est censée ne publier que les informations officielles et de sources fiables, a rapporté que la Tunisie a remboursé 125% de l’encours de sa dette extérieure pour l’année 2025, y compris vis-à-vis du FMI. Vérification faite auprès du FMI, notamment par Sadok Rouai, ex-représentant de la Tunisie au FMI en retraite et ex-cadre de la BCT, il s’avère qu’il s’agit d’une <em>«fake news»</em> puisque la Tunisie doit encore rembourser 309 millions de dinars au FMI, comme le prouve une copie d’un document interne du FMI.</p>



<p>Plus encore, le remboursement des échéances de la dette extérieure de 2025, qui est certes à saluer et ne peut que nous réjouir tous, s’est fait malheureusement au détriment de l’importation d’un certain nombre de produits de base, tels que les médicaments, et au prix d’une baisse inquiétante des réserves en devises détenues par la BCT&nbsp;: le nombre de jours d’importation, qui était de 130 il y a quelques mois a atteint 105 actuellement et devrait même baisser jusqu’à 91 jours d’ici la fin de l’année 2025, selon une étude récente de l’IACE.</p>



<p>En réalité, et selon le ministère des Finances, le volume total de la dette de l’État à la fin de l’année 2026 n’a pas baissé et devrait même augmenter à 156 704 MDT, contre 145 032 MDT en 2025, soit une augmentation de 11 672 MDT. Cette hausse est attribuable au financement du déficit budgétaire (11 015 MDT – voir plus loin) et en raison de l’impact des taux de change (650 MDT), précise le rapport du ministère relatif au projet de budget de l’État pour l’année 2026.</p>



<p>En termes de pourcentage par rapport au PIB, la dette de l’État devrait atteindre 83,41% à la fin de l’année 2026 contre 84,02% prévus pour l’année 2025 et 84,9% enregistrés en 2024.</p>



<p>Là encore et comme pour l’indice de l’inflation, une amélioration d’à peine de 1% du niveau d’endettement de l’Etat n’est pas vraiment significative d’un redressement réel des finances publiques. Ce sont des niveaux d’endettement qui restent alarmants et sont supérieurs à ceux des pays voisins tels que l’Algérie (50% du PIB en 2024), ou le Maroc (70% du PIB) en 2024.</p>



<p>Ce qui est encore plus inquiétant pour la solvabilité du pays est que, selon le ministère des Finances même, une hausse de 1% des taux de change des devises étrangères par rapport au dinar entraînerait une augmentation du volume de la dette de l’État d’environ 593 MD, soit 0,32% du PIB. Lorsqu’on sait que 60% de la dette publique totale est libellée en euros et en dollars, ces chiffres illustrent la vulnérabilité des finances publiques, car une dépréciation du dinar, même modérée, suffit ainsi à alourdir mécaniquement le poids du service de la dette, qui absorbe déjà une part importante du budget de l’État.</p>



<p>En tout état de cause, les chiffres officiels de la dette publique, que les experts internationaux connaissent certainement, ne vont pas dans le sens d’un<em> «redressement économique tangible», </em>ni d’une<em> «résilience» </em>de l’économie tunisienne, que le gouverneur évoque dans son discours à Washington</p>



<h2 class="wp-block-heading">Accroissement du déficit commercial</h2>



<p>C’est un des déséquilibres structurels de notre économie que le gouverneur de la BCT s’est bien gardé d’évoquer mais que les experts internationaux à qui il s’adressaient doivent avoir bien présent en tête. En effet, depuis toujours et de plus en plus, la balance commerciale de la Tunisie enregistre un déficit courant de plus en plus élevé<strong>. </strong>Ainsi, durant les neuf premiers mois de 2025, le déficit commercial a atteint <strong>-16&nbsp;728 MD</strong>, contre -13 497 MD sur la même période en 2024, soit une augmentation de +23,9%. Le taux de couverture (exportations/importations) décline également, baissant à 73,5 % à fin septembre 2025 contre 77,5 % un an auparavant.</p>



<p>Cela veut dire une chose très simple&nbsp;à comprendre <em>: <strong>nous continuons à être tributaires des importations parce que nous continuons à consommer davantage que ce que nous produisons, et même de plus en plus.</strong></em></p>



<p>En termes de pourcentage du PIB, le déficit commercial attendu pour l’année 2025 est estimé à 11,5%, contre 5,9%en 2020.</p>



<p>Face à ces chiffres de source INS, parler de redressement et de résilience de l’économie tunisienne devant une assemblée d’experts internationaux et de représentants des bailleurs de fond qui ne les connaissent que trop bien est pour le moins «<em>téméraire»,</em> pour ne pas employer d’autres mots blessants pour notre gouverneur.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La BCT, vache à lait de l’Etat</h2>



<p>Le projet de loi des finances pour l’année 2026 (PLF2026) prévoit un déficit budgétaire de <strong>11,015 milliards DT</strong>, soit 4,9% du PIB, un taux largement supérieur à la norme en matière de bonne gestion des finances publiques, qui s’élève, selon l’Union européenne (UE), à 3% du PIB (critère de Maastricht).</p>



<p>Plus grave encore, en vertu de l’article 12 de cette LPF2026, la totalité de ce déficit budgétaire sera financé par la BCT sous forme de facilités de trésorerie à accorder sans intérêt au Trésor, remboursables sur 15 ans, dont 3 ans de grâce (en plus des <strong>19 milliards DT</strong> d’emprunts intérieurs, et <strong>6,8 milliards DT</strong> d’emprunts extérieurs prévus pour satisfaire les besoins de financement de l’Etat, soit <strong>27 milliards de DT</strong>) &nbsp;C’est exactement ce qu’on appelle le «<em>mécanisme de la planche à billet»</em> qui est un processus hautement inflationniste puisqu’il consiste à créer, après un jeu d’écriture comptable, une nouvelle quantité de monnaie sans aucune contrepartie réelle (accroissement de la production ou des exportations ou des flux invisibles).</p>



<p>A ce sujet, j’ai été l’un des rares économistes du pays à défendre dans plusieurs articles publiés dans Kapitalis, l’idée de révision de la loi 35 de 2016 relative au statut d’indépendance de la BCT, dont l’article 25 lui interdisait de souscrire aux bons du trésor lancé par l’Etat pour couvrir son déficit budgétaire et l’obligeait à passer par les banques commerciales, qui prélèvent au passage des taux de rémunération exorbitants (jusqu’à 9,75% pour les titres à échéance de dix ans). J’avais même publié un article pour féliciter le chef de l’Etat lorsqu’il a eu la lucidité économique et le courage politique de réformer le statut de la BCT en établissant une nette distinction entre son «<em>autonomie»</em> administrative et financière et son «<em>indépendance de décision» </em>en tant qu’institution publique qui doit être au service de la stratégie de développement économique et social décidé par l’Etat, avant toute autre considération ( Voir&nbsp;: <em>«<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/25/plaidoyer-en-faveur-de-lamendement-de-la-loi-sur-lindependance-de-la-bct/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Plaidoyer en faveur de l’amendement de la loi sur l’indépendance de la BCT</a></em>»)</p>



<p>Mais mes recommandations incluaient la mise en place de garde-fous, sous forme d’un pourcentage maximum du déficit budgétaire à financer directement par la BCT sous forme d’avances au Trésor (j’avais proposé entre 5% et 10%), proposition qui malheureusement n’a pas été retenue puisque dans la PLF 2026, la BCT est appelée à financer 100% du déficit budgétaire et devenir en quelque sorte la vache à lait de l’Etat&nbsp;: il peut financer par ce biais toutes les dépenses qu’il veut, justifiées ou non.</p>



<p>C’est un virage de politique économique et financière très dangereux non seulement en termes d’accroissement de la dette publique et d’aggravation des déséquilibres macro-économiques, mais aussi en termes de justice sociale&nbsp;: l’Etat reprend de la main gauche sous forme d’inflation, qui est un impôt déguisé qui se traduit par une baisse du pouvoir d’achat, ce qu’il a accordé de la main droite sous forme de salaires et de dépenses sociales supplémentaires.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le gouverneur de la BCT croit-il à ses propres déclarations&nbsp;?</h2>



<p>La question mérite à mon sens d’être posée, parce que le gouverneur est réputé pour être un économiste compétent, du moins selon les médias audiovisuels dont il était <em>«le chouchou»</em> et sur lesquels il intervenait presque tous les jours pour commenter l’actualité économique, avant qu’il ne soit nommé à la tête de la BCT. En tant que tel, il aurait été mieux inspiré de parler d’<em> «accalmie» </em>ou de «<em>stabilisation</em> <em>des déséquilibres &nbsp;macroéconomiques»</em> dont souffre l’économie tunisienne, ce qui est vrai, plutôt que de parler de de<em> «redressement économique tangible» ou de «la capacité de la Tunisie</em> <em>à maintenir une croissance durable</em>», ce que l’analyse des chiffres officiels que j’ai effectuée plus haut ne confirme pas et que les experts internationaux dont je fais partie savent certainement.</p>



<p>Une des raisons qui me fait douter de la sincérité des déclarations de notre gouverneur est qu’en matière d’inflation par exemple, la baisse annoncée de celle-ci ne s’est pas traduite par une baisse du taux directeur de la BCT, alors qu’en toute logique, elle devrait l’être puisque le taux d’intérêt réel (différence entre taux directeur et taux d’inflation) est devenu encore plus positif.</p>



<p>L’explication que je trouve est que les responsables de la BCT ne croient pas eux-mêmes à une baisse réelle et irréversible de l’inflation malgré la baisse de l’IPC et n’excluent pas qu’elle puisse reprendre de plus belle sous l’effet de chocs extérieurs ou même intérieurs tels que le financement à 100% du déficit budgétaire par le mécanisme de la planche à billet.</p>



<p>Mon sentiment personnel est qu’il n’a fait qu’obéir aux instructions du chef de l’Etat qui l’avait reçu avant son départ pour Washington et qui a manifestement <em>«un compte à régler»</em> avec le FMI dont il avait refusé l’aide pour la remplacer par sa stratégie du <em>«compter sur soi»</em> dont il tient à montrer au monde entier le succès ou ce que le gouverneur de la BCT lui avait présenté comme tel.</p>



<p>Une autre explication possible est que, pour garder son poste à la tête de la BCT, le gouverneur a fait de telles déclarations volontairement triomphalistes afin de montrer à ses pairs et en particulier au chef de l’Etat, qui est juriste de formation et ne maîtrise donc pas les mécanismes complexes d’évaluation de l’équilibre macro-économique d’un pays, que depuis qu’il préside la BCT, l’économie du pays se porte beaucoup mieux et tous les indicateurs sont au vert.</p>



<p>Mais, que la vérité se trouve dans l’une ou l’autre explication, une chose est certaine&nbsp;: de tels discours qui enjolivent la réalité et ne sont pas confirmés par les chiffres réels affectent la crédibilité des discours politiques tenus par <em><strong>tous </strong></em>les responsables et la confiance de la population dans ses gouvernants. &nbsp;</p>



<p>* <em>Economiste universitaire et consultant international.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/10/30/embellie-de-leconomie-de-la-tunisie-le-vrai-du-faux/">Embellie de l’économie de la Tunisie | Le vrai du faux</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Dix questions aux auteurs de la nouvelle loi sur les chèques</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/04/dix-questions-aux-auteurs-de-la-nouvelle-loi-sur-les-cheques/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Feb 2025 10:06:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[carte bancaire]]></category>
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		<category><![CDATA[virement bancaire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L'auteur pose dix questions directement aux auteurs de la nouvelle loi sur les chèques et les met au défi d’y répondre.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/04/dix-questions-aux-auteurs-de-la-nouvelle-loi-sur-les-cheques/">Dix questions aux auteurs de la nouvelle loi sur les chèques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En partant de l’idée que la fiction révèle quelquefois la réalité et d’un scénario «noir» où l’auteur est victime d’un accident cardiovasculaire en plein milieu de la nuit, il génère dix questions qu’il pose directement aux auteurs de cette nouvelle loi sur les chèques et les met au défi d’y répondre.</em></strong> <strong><em>L’approche est originale, l’argumentation imparable et le jugement impitoyable.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Sadok Zerelli *</strong></p>



<span id="more-15410448"></span>



<p>La nouvelle loi sur les chèques vient d’entrer en vigueur, malgré les multiples critiques dont elle a fait l’objet de la part de plusieurs observateurs, analystes et experts, dont moi-même (voir plusieurs de mes articles publiés sur ce sujet dans Kapitalis), tant sur le plan économique (ralentissement des activités commerciales, baisse de la consommation intérieure et donc aggravation de la récession économique que le pays traverse depuis déjà plusieurs années), que social (privation des ménages à faibles et moyens revenus de la possibilité de paiement par facilité sous forme de chèques antidatés), que politique (violation par la plateforme TuniCheque du principe constitutionnel de protection des données personnelles, dont figure en premier lieu le solde du compte bancaire d’un citoyen, que rien n’empêchera la Banque centrale de Tunisie en tant que gérante de cette plateforme ni les autorités fiscales, donc l Etat, de connaître)</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’espoir est permis</h2>



<p>Cependant, on peut toujours espérer que le président Kais Saïed, qui suit certainement de près la vie économique et sociale dans le pays et se préoccupe particulièrement des difficultés de survie des classes sociales à faibles revenus, décide, en vertu des pouvoirs que la Constitution de 2022 lui accorde, de prendre un décret pour annuler sinon suspendre l’application de cette loi en attendant son plus grand examen&nbsp;par les différents départements ministériels concernés (commerce, économie, industrie, agriculture,&nbsp;etc.) et les principaux&nbsp; acteurs de la société civile (associations de défense des consommateurs , des économistes tunisiens, des banques , Utica, UGTT, etc.), examen et débat contradictoire qui malheureusement n&rsquo;ont pas eu lieu avant la promulgation de cette loi.</p>



<p>Dans cet espoir auquel il ne faudrait pas renoncer, étant donné les graves perturbations pour ne pas dire bouleversements que cette loi ne manquera d’introduire dès les prochaines semaines dans la vie de tous les jours de tous les Tunisiens, j’ai préparé, pas en tant qu’expert ou d’économiste , mais en tant que simple citoyen parmi douze millions d’autres, dix questions auxquelles j’ose espérer que l’un des députés qui ont rédigé cette loi voudrait bien me répondre, non pas par une interview sur des plateaux de télévision ou une radio locale face à un journaliste qui n’a aucune formation économique ou financière ou juridique pour le contredire, mais par écrit soit dans la rubrique des commentaires en bas de cet article soit, ce qui serait encore mieux, par un autre article argumenté publié dans ce même média ou un autre.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="iZ0QVS3e3x"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/28/la-nouvelle-loi-sur-les-cheques-ou-lart-de-mettre-une-economie-en-peril/">La nouvelle loi sur les chèques ou l’art de mettre une économie en péril</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La nouvelle loi sur les chèques ou l’art de mettre une économie en péril » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/28/la-nouvelle-loi-sur-les-cheques-ou-lart-de-mettre-une-economie-en-peril/embed/#?secret=oo4UZjIjqq#?secret=iZ0QVS3e3x" data-secret="iZ0QVS3e3x" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le scénario d’un AVC au milieu de la nuit&nbsp;</h2>



<p>J’ai élaboré mes questions à partir d’un scénario <em>«noir»</em>,&nbsp; mais qui pourrait malheureusement devenir réalité aussi bien pour moi que pour des centaines voire même de milliers de citoyens même plus jeunes: c’est celui d’un accident cardiovasculaire (AVC) survenu au milieu de la nuit (que Dieu m’en préserve et en préserve tous les&nbsp;lecteurs et lectrices), à la suite duquel je devrais être admis en urgence dans une clinique privée de la capitale pour y subir une lourde opération chirurgicale suivie probablement d’un long séjour&nbsp;en réanimation.</p>



<p>Supposons que selon la clinique je devrais effectuer un dépôt de garantie d’un montant disons&nbsp;de 40&nbsp;000 dinars voire de 50 000 dinars, étant donné le coût très élevé de ce type d&rsquo;opération et des séjours en réanimation et les tarifs très élevés appliqués par nos cliniques où, dès qu’on y met les pieds, on n’en sortira pas sans y laisser plusieurs milliers de dinars et ceci quel que soit le mal dont on souffre&nbsp;!</p>



<p><strong>Comment effectuer le dépôt de garantie avec un ou plusieurs chèques</strong>?</p>



<p><strong><em>Ma première question est</em></strong> : en supposant que je dispose d’une telle somme dans mon compte courant bancaire et d’un chéquier nouveau format que ma banque a bien voulu m’accorder, mais que par malchance, il ne m’en reste plus ce jour-là qu’un seul chèque, comment pourrais-je effectuer ce dépôt de garantie sachant que la nouvelle loi fixe un montant plafond de 30 000 par chèque?</p>



<p>Pire, que va-t-il se passer dans le scénario où je ne dispose pas d’une telle somme dans mon compte courant bancaire et que je ne pourrais payer que par des facilités de paiement sous la forme de plusieurs chèques antidatés et étalés sur plusieurs mois, une pratique qui est désormais interdite en vertu de cette nouvelle loi qui stipule que tous les chèques émis doivent être encaissables immédiatement sinon ils seront rejetés par la plateforme TuniCheque avant même leur acceptation?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Impossibilité de payer par des traites ou virement bancaire </h2>



<p>La réponse d’un député qu’il serait possible d’effectuer le paiement d’un tel dépôt de garantie par une ou plusieurs traites&nbsp;exigibles à une ou plusieurs dates différentes est irrecevable parce que, selon les pratiques en vigueur depuis la publication de cette nouvelle loi, même si elles ne reposent sur aucune base légale, la signatures des traites doit être légalisée à une municipalité, chose que je ne serais évidemment pas en état physique de pouvoir faire,&nbsp;sachant par ailleurs que mon compte est établi à &nbsp;mon seul nom et que personne d’autre que moi ne pourrait aller à la municipalité pour signer cette ou ces traites à ma place, ni un ami ni un parent.</p>



<p>Quant à la possibilité sortir de la clinique dans l’état où je suis, aller à ma banque et remplir un formulaire de virement bancaire, n’en parlons pas, d’autant plus qu’il fait nuit et que toutes les banques sont fermées.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Impossibilité de retirer des espèces de mon compte bancaire&nbsp;</h2>



<p><strong><em>Ma deuxième question est</em></strong> : supposons que je dispose dans mon compte courant bancaire de la somme demandée par la clinique et d’un chéquier nouveau format et que, ne pouvant pas payer par chèque ou par traites ou par virement, je suis suffisamment conscient pour signer un chèque au profit de ma femme et lui demander d’aller à ma banque pour retirer de mon compte en espèces la somme demandée. Eh bien, elle ne pourrait le faire même si la banque était ouverte, en vertu de cette nouvelle loi qui interdit l’encaissement des chèques au guichet d’une banque, à moins de présenter une demande justificative écrite et signée par le titulaire du compte.&nbsp;Comment vais-je rédiger une telle lettre alors que je serais entre la vie et la mort<em>? Quel est le sens même de cette disposition dans une loi qui vise, selon ses auteurs même, à lutter contre l’émission de chèques en bois et comment une telle interdiction de l’encaissement des chèques aux guichets des banques pourrait-elle aider à atteindre cet objectif? J’ai beau chercher une réponse mais je n’en trouve pas et j’espère qu’un des députés qui ont voté cette loi éclairera ma lanterne.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le risque pour moi de finir à la prison de Mornaguia est le même !&nbsp;</h2>



<p><strong><em>Ma troisième question est</em></strong> : supposons que par miracle j’ai pu quitter la clinique pour aller signer mes traites dans une municipalité (en supposant qu’elle soit ouverte en plein milieu de la nuit) et que, suite à des complications opératoires imprévues qui augmenteront la facture finale ou par simple mauvais calcul de ma part, l’une ou l’autre de ces traites est revenue impayée. Sachant que la nouvelle loi prévoit une peine de prison de deux ans pour chaque traite impayée, en quoi cette nouvelle loi aurait été bénéfique pour moi puisqu’elle dépénalise l’émission de chèques sans provision pour les chèques d’un montant inférieur ou égal à 5000 dinars mais pénalise lourdement l’émission de traites sans provision et ceci sans limitation de montant ?</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="cf8OMQ7u4M"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/25/de-lincoherence-de-la-nouvelle-loi-sur-lemission-de-cheques/">De l’incohérence de la nouvelle loi sur l’émission de chèques</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« De l’incohérence de la nouvelle loi sur l’émission de chèques » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/25/de-lincoherence-de-la-nouvelle-loi-sur-lemission-de-cheques/embed/#?secret=xhjPCeCQgc#?secret=cf8OMQ7u4M" data-secret="cf8OMQ7u4M" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Pourquoi un plafond de 30 000 dinars par chèque ?&nbsp;</h2>



<p><strong><em>Ma quatrième question est</em></strong> : sur quelles bases le montant plafond de 30 000 dinars par chèque a été fixé? Est-ce que nos députés ont réalisé des études socio-économiques pour l’estimer? Pourquoi pas 10 000 dinars ou 50 000 dinars ou même 100 000 dinars? Si le montant de 30 000 dinars peut être important et même fait rêver des ménages à faibles revenus, il peut s&rsquo; avérer dérisoire pour certains autres qui ont un haut niveau de vie ou pour certains commerçants et professions tels que les entrepreneurs de travaux publics ou grossistes en matériaux de construction ou même certains agriculteurs et éleveurs de bétail (il paraît que le prix d’une seule vache laitière de race hollandaise peut attendre les 15 000 dinars, de sorte qu’un agriculteur ne pourra en acheter que deux vaches par chèque, et s&rsquo;il veut en acheter 60, il lui faudra signer 30 chèques soit plus que n’en contient un chéquier, juste parce nos-législateurs ont décidé qu’il en sera ainsi, ceci même quand le vendeur dispose d’un compte courant bancaire pour y domicilier son chèque et que l’acheteur en dispose d’un aussi et que sa banque a bien voulu lui accorder un chéquier au nouveau format, ce que les banques ne feront pas&nbsp;facilement compte tenu de leur prudence extrême et leur aversion au risque bien connues).</p>



<h2 class="wp-block-heading"> Comment vont faire 65% de Tunisiens qui n’ont pas de compte courant bancaire?</h2>



<p><strong><em>Ma cinquième question est</em></strong> : <em>sachant que selon une étude récente de l’OCDE, seuls 35% des Tunisiens ont un compte courant bancaire ou postal (à l’exclusion des comptes d’épargne et à terme), comment vont faire les 65% restants que leur patron ou entreprise a payés par chèque mais qu’ils ne pourront ni domicilier dans leur compte bancaire ou postal puisqu’ils n’en disposent pas, ni l’encaisser au guichet d’une banque puisque la nouvelle loi l’interdit? J’attends avec impatience la réponse d’un des députés à cette question.</em></p>



<p>Quant aux chèques au porteur qui étaient si pratiques pour les commerçants et circulaient de l’un à l’autre parce que facilement endossables, ils ont été carrément interdits par la nouvelle loi.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Comment vont faire les 85% de Tunisiens qui n’ont pas de cartes bancaires ?</h2>



<p><strong><em>Ma sixième question est</em></strong> : selon une étude réalisée récemment par <a href="https://www.operanewsapp.com/tn/fr/share/detail?news_id=ba299aa71906ef016011f25e7f57467a&amp;news_entry_id=5b78366f241103fr_tn&amp;open_type=transcoded&amp;from=news#34;client=newsHYPERLINK&amp;request_id=share_request&amp;share_from=" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Fitch Solutions</a>,  seuls 15% des Tunisiens ont une carte bancaire. Comment vont faire les 85% autres même quand ils ont un compte courant bancaire, sachant que l’autre moyen de paiement théoriquement possible, à savoir le paiement par virement bancaire, nécessite d’aller à sa banque (si elle est ouverte, ce qui n’est pas le cas hors des horaires administratifs et durant les weekends et jours fériés), remplir un formulaire et payer des commissions coûteuses et proportionnelles au montant à virer ?</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="LLiNwCs2pe"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/30/la-plateforme-tunischeque-ne-viole-t-elle-pas-les-donnees-personnelles/">La plateforme TunisChèque viole-t-elle le principe constitutionnel de protection des données personnelles ?</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La plateforme TunisChèque viole-t-elle le principe constitutionnel de protection des données personnelles ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/30/la-plateforme-tunischeque-ne-viole-t-elle-pas-les-donnees-personnelles/embed/#?secret=ECBE7xk49T#?secret=LLiNwCs2pe" data-secret="LLiNwCs2pe" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Quelle sera l’efficacité réelle de la plateforme TuniCheque ?</h2>



<p><strong><em>Ma septième question est</em></strong> : à quoi peut servir cette fameuse plateforme électronique <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/01/30/la-plateforme-tunischeque-ne-viole-t-elle-pas-les-donnees-personnelles/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">TuniCheque</a>, sur laquelle repose tout le nouveau système, si la transaction a lieu dans un lieu non couvert par le réseau Wifi (souk, bourgade, etc.), ou que le vendeur n’a pas un smartphone, ou qu’il en a mais ne sait pas l’utiliser pour se connecter à cette plateforme, ouvrir un compte en son nom et effectuer l’opération de vérification du solde du tireur et le blocage de la provision à son profit? Nos députés ne savent-ils pas qu’il existe encore beaucoup de personnes analphabètes ou presque et des personnes âgées qui ont raté le train du téléphone portable, d’internet etc., notamment parmi les populations rurales.</p>



<p><em>En imaginant un tel système, ne font-ils pas preuve d’une surprenante et coupable nativité pour des députés censés bien connaitre le niveau culturel et les conditions de vie de leurs électeurs dans leurs régions ?</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Quel est le rôle des chèques certifiés dans la nouvelle loi ?</h2>



<p><strong><em>Ma huitième question est</em></strong> : pourquoi élaborer une telle loi au risque de compliquer la vie de tous les citoyens, qu’ils soient des ménages ou des opérateurs économiques, d’accroître la bureaucratie dans ce pays alors que tout le gouvernement ne cherche qu’à la simplifier (à part le fait que les bénéficiaires de traites&nbsp; exigent par excès de prudence leur signature légalisée à une municipalité, il faudrait faire une demande par écrit à sa propre banque pour justifier tout encaissement d’un chèque même nominatif) et ralentir les activités économiques et aggraver ainsi la récession économique, alors qu’il existe depuis belle lurette une procédure très efficace qui a fait ses preuves en matière de lutte contre l’émission de chèques sans provision : la procédure des chèques certifiés. Il est vraiment bizarre qu’en parcourant le texte de cette nouvelle loi, le mot même de <em>«chèque certifié»</em> n’y figure pas et aucune référence n’y est faite, comme si cette procédure n’existait pas déjà.</p>



<p><em>Pourtant, il suffisait de généraliser l’usage de cette procédure de certification des chèques par une loi&nbsp;d’une seule phrase qui fixerait à partir de quel pontant elle sera obligatoire. C’est quand même malheureux et frustrant même qu’aucun de nos législateurs amateurs n’y a pensé !</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">De la contradiction naît la vérité</h2>



<p>Il ne s’agit pas d’une question mais d’une citation célèbre du philosophe allemand Hegel, père de la dialectique matérialiste. Elle m’est venue à l’esprit parce que j’ai lu quelque part qu’une loi aussi discutable qui a été&nbsp;élaborée par une trentaine de députés, a été votée pratiquement l’unanimité des députés, sauf deux qui se sont prononcés contre et un seul qui s’est abstenu.</p>



<p>Dans un pays véritablement démocratique et où les députés sont véritablement représentatifs, une telle loi qui porte sur des enjeux aussi importants pour l’économie nationale et peut donner lieu à beaucoup de controverses, aurait fait l’objet de batailles rangées entre des députés de différents partis et courants politiques et n’aurait été votée qu’en troisième ou quatrième lecture et après y avoir introduit plusieurs amendements. Dans notre ARP, elle est passée «<em>comme une lettre à la la poste</em>», comme si les autres députés n’ont pas d’avis sur un sujet aussi brûlant qui risque d’affecter directement la vie de tous les jours de leurs électeurs.</p>



<p><em>Que les parties prenantes tels que les différents départements ministériels concernés ou même la société civile n&rsquo;ont pas été consultées, soit, mais qu’une telle loi n’a pas donné lieu à un débat contradictoire au sein même de l’ARP, ni dans les médias ni au sein même du gouvernement, j’en reste bouche bée. Et là, je ne parle pas du président de la République qui l’a reçue le 30 juillet et l’a promulguée le 2 août, soit deux jours après, à se demander s’il a pris le temps même de la lire.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Des députés dont la représentativité populaire est pour le moins douteuse&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;&nbsp;</h2>



<p><strong><em>Ma dixième question n’est pas</em></strong><em> <strong>une,</strong> </em>mais une réponse aux neuf autres questions. Elle est d’ordre politique, un terrain sur lequel je déteste m’aventurer, mais auquel me ramène pratiquement toutes les analyses et études que j’ai effectuées, pourtant d’ordre économique et même académique.</p>



<p>Dans le cas de cette loi, la conclusion à laquelle j’arrive personnellement est que nos députés, il ne faut pas&nbsp;l’oublier, car c’est là où se trouve à mon avis la clef explicative de tout, n’ont été élus que par un Tunisien en âge de voter sur dix ( selon l’Isie même, le taux de participation aux dernières élections législatives n’ayant pas dépassé 11%), s’avèrent des amateurs en politique et des citoyens lambda venus d’horizons divers (agriculteurs, commerçants, médecins , ingénieurs, enseignants du primaire, du secondaire, etc.) qui ont su certes faire du lobbying local parmi leurs amis, voisins de quartiers, cousins du premier, deuxième et même troisième degré&#8230; pour se faire élire, mais qui n’ont manifestement pas la formation ni économique, ni juridique, ni financière nécessaire pour légiférer sur des sujets aussi&nbsp; complexes que les mécanismes de financement d’une économie.</p>



<p>Je saisis l’occasion de cet article pour leur rappeler que ce sujet a fait l’objets de plusieurs ouvrages universitaires d’économie monétaire et de plusieurs thèses de doctorat en sciences économiques, qu’ils auraient bien fait de lire avant de rédiger une telle loi. Malheureusement et comme je l’ai écrit dans l’un de mes précédents articles traitant du même sujet, le proverbe populaire que m’inspire la lecture de cette loi qu’ils ont élaborée est qu’ils sont en train «<em>d&rsquo;apprendre la coiffure sur la tête des orphelins»</em> que nous sommes tous !&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une compagne médiatique qui ne trompe personne&nbsp;</h2>



<p>Il ne suffit pas d’affirmer sur les radios et plateforme de télévision, face à des journalistes eux-mêmes ignorants de la chose économique et financière, que&nbsp;c’est une loi avant-gardiste, qui va assurer la transparence des transactions, moderniser les moyens de paiement, relancer l’activité et la croissance économique, etc.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>En effet, il n’est pas nécessaire d’être un <em>«Professeur des Universités»</em> en sciences économiques pour deviner que, devant de tels obstacles de délais de validité d’un chèque, de procédure de délivrance d’un chéquier, de montant plafond, etc., qui finiront par tuer le chèque en tant que moyen de paiement, la majorité des opérateurs économiques&nbsp;n’auront pas d’autres choix que le recours massif, légal ou illégal, aux paiements en espèces dans des sacs en plastique remplis de billets de banque, résultat exactement contraire à ce que nos législateurs ont cherché à atteindre et à ce qu’on observe dans les économies modernes où les chèques disparaissent au profit de la monnaie électronique et digitale et non pas de la monnaie fiduciaire (billets de banque), ce qui va à mon avis arriver certainement chez nous à cause de cette loi.</p>



<p>Il ne suffit pas non plus de faire appel à&nbsp;certains <em>«experts»</em>&nbsp;ou ceux prétendent l’être qui, je le fais remarquer au passage, sont toujours les mêmes à occuper le devant de la scène médiatique, pour donner raison aux auteurs de cette loi et cautionner leurs fausses analyses, sans jamais organiser de débats publics contradictoires avec d’autres experts qui ne partagent pas leurs opinions comme moi-même et bien d’autres. Ce faisant, ils insultent l’intelligence des Tunisiens et sous-estiment leur capacité à reconnaître les discours en <em>«langue de bois»</em> auxquels ils se sont habitués depuis des décennies qu’on leur sert.</p>



<p><em>La réalité sera malheureusement tout autre, comme je le crains et comme je suis le premier à le regretter, en particulier pour les jeunes de ce pays qui voient les horizons chaque jour se boucher davantage devant eux,&nbsp;à cause de la mauvaise gouvernance économique qui y règne dans tous les secteurs, de l’incompétence de nos législateurs et ce type de loi.</em></p>



<p><em>* Economiste consultant international.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/02/04/dix-questions-aux-auteurs-de-la-nouvelle-loi-sur-les-cheques/">Dix questions aux auteurs de la nouvelle loi sur les chèques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Kaïs Saïed a-t-il raison de mettre en cause les modalités de calcul du PIB?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/22/kais-saied-a-t-il-raison-de-mettre-en-cause-les-modalites-de-calcul-du-pib/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Oct 2024 08:36:39 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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		<category><![CDATA[Dr Sadok Zerelli]]></category>
		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Lorsque Kaïs Saïed remet en question le PIB comme un indicateur de la croissance économique et du niveau de vie d’une population dans un pays. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/22/kais-saied-a-t-il-raison-de-mettre-en-cause-les-modalites-de-calcul-du-pib/">Kaïs Saïed a-t-il raison de mettre en cause les modalités de calcul du PIB?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’accroissement produit intérieur brut (PIB) est-il un bon indicateur de la croissance économique et du niveau de vie d’une population dans un pays ou faut-il le remplacer par un autre PIB qui serait le produit intérieur du bonheur comme le suggère le président Kaïs Saïd? Une question qui ferait un beau sujet de thèse de doctorat pour un étudiant en sciences économiques ou en sociologie. Éléments de réponse pour animer le débat.</em></strong></p>



<p><strong>Dr Sadok Zerelli</strong></p>



<span id="more-14308660"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/03/Sadok-Zerelli.jpg" alt="" class="wp-image-200552" style="width:200px;height:auto"/></figure></div>


<p>Lors de l’audience que le président Kais Saïed a accordée la semaine dernière au gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT) avant son voyage à Washington pour participer aux assemblées générales de la Banque Mondiale (BM) et du Fonds monétaire international (FMI), il lui a donné, d’après le communiqué officiel publié par la présidence de la république, <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/18/tunisie-kais-saied-denonce-un-systeme-economique-mondial-injuste/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">deux principales instructions</a>, à savoir :</p>



<p>&#8211; refuser les <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/22/solutions-pour-sortir-du-bras-de-fer-entre-kais-saied-et-le-fmi/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">diktats du FMI </a>en matière d’orientation de la politique économique et sociale de la Tunisie pour des considérations politiques de souveraineté nationale;</p>



<p>&#8211; revoir les modalités de calcul du PIB en tant qu’indicateur de la croissance économique. &nbsp;</p>



<p><strong>Refus des diktats du FMI&nbsp;</strong></p>



<p>Sur le premier point, on ne peut que donner raison au président de la république, car il ne fait pas de&nbsp;doute&nbsp;que le FMI est dirigé par des économistes&nbsp;néolibéraux&nbsp;qui préconisent le retour&nbsp;aux enseignements de la théorie économique classique de «<em>la main invisible</em>» d’Adam Smith qui dominait la pensée économiqueaux&nbsp;XVIIIe&nbsp;et XIXe siècles (concurrence pure et parfaite, pas de rôle économique ou social pour l’Etat, libre fonctionnement des marchés qui sont censés aboutir à des prix qui permettront la maximisation de la satisfaction des consommateurs et des bénéfices des producteurs ainsi que la réalisation&nbsp;d’un optimum économique de plein emploi à long terme – ce à quoi l’économiste anglais Keynes a répondu par une boutade&nbsp;restée célèbre&nbsp;: «<em>Même si c’est vrai, à long terme on sera tous morts</em>!»)</p>



<p>Ces économistes et experts du FMI recommandent les mêmes recettes de politique économique et monétaire à tous les pays et&nbsp;exigent d’eux les mêmes réformes structurelles pour leur accorder un prêt, sans tenir compte&nbsp;ni&nbsp;des spécificités de leurs économies,&nbsp;ni des caractéristiques&nbsp;socioculturelles&nbsp;de leurs populations,&nbsp;ni de leur histoire et civilisation&#8230;</p>



<p>Un bon exemple à ce sujet est la politique monétaire restrictive basée sur l’<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/05/24/tunisie-augmentation-du-taux-directeur-de-la-bct-un-remede-pire-que-le-mal/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">augmentation du taux directeur</a> de la banque centrale pour juguler l’inflation, politique qui a bien réussi dans les pays développés tels que les Etats-Unis et la France où il existe un bon mécanisme de transmission entre l’économie réelle et l’économie monétaire mais qui a complètement échoué en Tunisie depuis qu’elle est appliquée par la BCT sur recommandation du FMI, à cause de la faiblesse d’un tel mécanisme de transmission en raison de l’importance du secteur informel dans notre économie (environ 54% du PIB selon certains experts) et où les transactions se font essentiellement en cash donc hors du système bancaire [voir l’article publié sur ce sujet par l’ auteur dans Kapitalis : <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/01/le-maintien-du-taux-directeur-de-la-bct-une-decision-irresponsable/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">‘‘<em>Le maintien du taux directeur de la BCT : une décision irresponsable?’’</em></a>).</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="WHL05zJ7Av"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/18/tunisie-kais-saied-denonce-un-systeme-economique-mondial-injuste/">Tunisie : Kaïs Saïed dénonce un système économique mondial «injuste»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : Kaïs Saïed dénonce un système économique mondial «injuste» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/18/tunisie-kais-saied-denonce-un-systeme-economique-mondial-injuste/embed/#?secret=pCnNrEeaxE#?secret=WHL05zJ7Av" data-secret="WHL05zJ7Av" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Révision des modalités de calcul du PIB&nbsp;</h2>



<p>En ce qui concerne la deuxième directive du chef de l’Etat, à savoir,&nbsp;revoir les modalités de calcul du PIB en tant qu’indicateur de la croissance économique réalisée en Tunisie, j’imagine l’embarras du&nbsp;gouverneur de la BCT pour lui répondre (je n’aurais pas&nbsp; aimé être à sa place!), sachant que tous les économistes&nbsp;utilisent cet agrégat économique ou d’autres du même type – voir plus loin – pour estimer le taux&nbsp;croissance d’une économie et analyser ses équilibres structurels et&nbsp;qu’aucun n’a pu à ce jour développer d’autres instruments de mesure de la croissance économique qui soient plus pertinents.</p>



<p><em>Le présent&nbsp;article est une tentative de réponse à cette deuxième directive du président Saïed, basée sur une approche pédagogique et les enseignements de la science économique, loin de toute considération de politique intérieure.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">La dimension politique des agrégats</h2>



<p>La première remarque à faire est que la problématique soulevée par le président Saïed n’est pas vraiment nouvelle puisqu’elle a été soulevée par plusieurs dirigeants et hommes politiques altermondialistes, notamment en Amérique latine, qui refusent par idéologie de s’insérer dans le système capitaliste mondial, qu’ils trouvent injuste en termes de répartition des richesses entre les pays riches et les pays pauvres et entre classes sociales&nbsp;et régions d’un même pays.</p>



<p>Ainsi, il faut savoir en premier lieu que le PIB et d’autres agrégats économiques du même type, sont établis par la Comptabilité nationale (matière enseignée à l’université pour les étudiants en licence de sciences économiques) de chaque pays, selon des méthodologies et règles comptables qui ont fait l’objet d’une résolution des Nations unies dès 1966, pour s’assurer justement que tous les pays membres calculent leurs agrégats macroéconomiques selon les mêmes méthodes de calcul, afin de pouvoir effectuer des comparaisons internationales.</p>



<p>Cela n’exclut pas que ces agrégats macroéconomiques comportent une&nbsp;dimension politique évidente, qui peut justifier à priori le scepticisme dont le chef de l’Etat fait preuve à ce sujet.&nbsp; A titre d’exemple, on se rappelle tous le scandale international soulevé par la Grèce qui a surestimé ses agrégats économiques pour remplir les conditions d’entrée à l’Union Européenne et bénéficier ainsi de son programme de soutien.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="o9vBIs6nMs"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/04/tunisiens-arretons-de-mendier-et-mettons-nous-au-travail/">Tunisiens, arrêtons de mendier et mettons-nous au travail!</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisiens, arrêtons de mendier et mettons-nous au travail! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/04/tunisiens-arretons-de-mendier-et-mettons-nous-au-travail/embed/#?secret=ZwzFaFrBP0#?secret=o9vBIs6nMs" data-secret="o9vBIs6nMs" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>D’autre part, ces agrégats permettent d’établir des classifications&nbsp;internationales entre pays riches et pays pauvres, pays développés et&nbsp;pays du&nbsp;tiers-monde, etc., et sont cruciaux notamment pour la répartition de l’aide internationale au développement et le bénéfice de prêt à des taux d’intérêt bonifiés de la part des bailleurs de fonds internationaux.</p>



<p>Il n’en demeure pas moins que la méthodologie de calcul du PIB et des autres agrégats macroéconomiques souffre de plusieurs lacunes et insuffisances qui limitent leurs significations en tant&nbsp;qu’indicateurs de la croissance économique réalisée dans un pays, comme le chef de l’Etat s’en doute.</p>



<p><em>L’exposé de ces lacunes et insuffisances ne peut&nbsp;se faire sans le rappel d’un certain nombre de définitions et de concepts économiques de base, que certains lecteurs trouveront probablement trop techniques, mais qui sont indispensables si on veut apporter une réponse objective et scientifique à la problématique soulevée par le Chef de l’&nbsp;Etat, ce qui est l’objectif de cet article.</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Le concept de valeur ajoutée</h2>



<p>Selon la comptabilité nationale, la contribution d’un agent économique au PIB se mesure par sa valeur ajoutée (production moins consommation intermédiaire) et non pas par la valeur de sa production sur le marché ou&nbsp;son chiffre d’affaires. Par exemple, un menuisier qui fabrique une porte d’une valeur sur le marché de 600 dinars, en achetant et en transformant 400 dinars de bois, sa production qui rentre dans le calcul du PIB est de 200 dinars seulement et non 600.</p>



<p>La valeur ajoutée sert à rémunérer les facteurs de production; tels&nbsp;que&nbsp;les salaires pour le facteur travail, les intérêts bancaires pour le facteur capital et les impôts indirects à payer à l’Etat. Le reliquat constitue le Résultat brut d’exploitation (RBE) qui, après paiement des impôts directs, constitue le Résultat net d’exploitation ou le bénéfice réalisé par le producteur.&nbsp;Ce&nbsp;concept de valeur ajoutée joue un rôle fondamental pour éviter les doubles emplois dans le processus de production et le calcul des agrégats macroéconomiques, dont le PIB.</p>



<p><strong>Le PIB ou la PIB ?</strong>&nbsp;</p>



<p>Il y a une nette différence entre <em>«la»</em> PIB (Production intérieure brute) et <em>«le»</em> PIB (Produit intérieur brut).&nbsp;Le premier agrégat ne prend en compte que la production (au sens de somme des valeurs ajoutées) des biens et services marchands, c’est-à-dire&nbsp;pour lesquels il existe un marché pour fixer leur prix (produits divers et services des banques, assurances, transports, télécom, enseignement privé, soins&nbsp;de santé en clinique, etc.) alors que le second prend en compte aussi les services administratifs (administration centrale ou régionale, enseignement public, santé publique, etc.).</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="3y9QxplHrS"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/18/leconomie-expliquee-a-kais-saied-en-quatre-lecons/">L’économie expliquée à Kaïs Saïed en quatre leçons</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’économie expliquée à Kaïs Saïed en quatre leçons » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/18/leconomie-expliquee-a-kais-saied-en-quatre-lecons/embed/#?secret=QwqvGzXMgi#?secret=3y9QxplHrS" data-secret="3y9QxplHrS" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>Une première difficulté pour le calcul du PIB apparaît : comment évaluer les services administratifs puisqu’ils sont par définition gratuits?&nbsp;La règle préconisée par les Nations unies et adoptée par la comptabilité nationale de tous les pays est d’estimer la contribution d’un fonctionnaire au PIB de son pays par son salaire brut annuel. Il est clair que cette méthode de calcul milite en faveur du président Saïed qui doute de la fiabilité du PIB en tant qu’indicateur de la vraie croissance économique, puisqu’il suffit d’augmenter les salaires des fonctionnaires pour faire apparaître un PIB plus élevé, alors que la production réelle de biens et de services n’a pas augmenté.</p>



<p>Par exemple, il suffit d’augmenter de 100 dinars bruts par mois le salaire d’un agent de la police de circulation pour que sa contribution au PIB de cette année augmente automatiquement de 1200 dinars, alors qu’il effectue exactement le même nombre d’heures&nbsp;de travail par jour et au même rond-point. La même remarque est à faire pour l’enseignant qui effectue le même nombre d’heures d’enseignement&nbsp;mais qui voit son salaire augmenter suite à une grève. On relève à ce sujet qu’une bonne partie de la croissance réalisée durant la <em>«décennie noire» [2011-2021]</em>, en particulier sous le gouvernement de Youssef Chahed où le taux de croissance a atteint 3 à 4%, est en fait artificielle puisqu’elle est&nbsp;due&nbsp;aux augmentations massives des salaires des fonctionnaires arrachées par l’UGTT à coup de grèves légales ou illégales&#8230; Inversement, le blocage relatif des salaires des fonctionnaires depuis que Saïed est au pouvoir explique en partie la faiblesse des taux de croissance du PIB enregistrés&nbsp;sous sa présidence.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Limites de signification du PIB&nbsp;</h2>



<p>Une autre limite non négligeable du PIB en tant qu’indicateur de la croissance économique est qu’il ne comptabilise pas la production réalisée par le secteur informel qui représente selon certains experts jusqu’à 54% de la production en Tunisie. Il est clair que si l’essentiel de la croissance économique se produit dans ce secteur qui ne cesse de se développer, les taux de croissance officiels du PIB apparaîtront plus faibles.</p>



<p>Une autre difficulté d’ordre méthodologique aussi pour le calcul du PIB est de définir quels agents sont productifs et quels agents ne le sont pas. Le problème se pose particulièrement pour les femmes au foyer : certains pays les excluent du calcul du PIB alors que d’autres, comme l’ex-URSS&nbsp;et&nbsp;les pays scandinaves,&nbsp;les considèrent comme productives. Leur idée de base est que, sans les sacrifices qu’elles font pour s’occuper de leurs foyers et éduquer leurs enfants, leurs maris ne pourraient pas partir travailler et le PIB du pays ne serait&nbsp;pas&nbsp;ce qu’il est.</p>



<p>Quant à la méthode d’estimation de la valeur de la production de ces femmes au foyer, elle repose sur le concept économique de coût d’opportunité, c’est-à-dire le montant&nbsp;des salaires des femmes de ménage et&nbsp;les&nbsp;gardes d’enfants qu’il aurait fallu payer, si les femmes au foyer décidaient&nbsp;de partir travailler. Si la Tunisie décidait d’appliquer la même approche dans le calcul de son PIB, celui-ci augmenterait considérablement. Mieux encore, plus il y aura de femmes au foyer, à cause du chômage plus élevé parmi la population féminine, plus le taux de croissance du PIB apparaîtra comme plus élevé!</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le PNB (Produit national brut)</h2>



<p>Une quatrième limite de signification du PIB qui tend à justifier le scepticisme du chef de l’Etat quant à la fiabilité de cet agrégat, en tant qu’indicateur de la croissance économique réelle réalisée en Tunisie, est qu’il s’agit, comme son nom l’indique, de la production «<em>intérieure», </em>c’est-à-dire réalisée à l’intérieur&nbsp;des frontières nationales, y compris par les entreprises étrangères installées dans le pays.</p>



<p>Pour le cas de la Tunisie, la délocalisation d’un grand nombre d’entreprises étrangères et même&nbsp;tunisiennes vers d’autres pays tels que le Maroc, suite aux perturbations générées pendant et après la révolution de 2010, a&nbsp;certainement&nbsp;contribué à&nbsp;décélérer&nbsp;les taux de croissance du PIB officiels enregistrés particulièrement ces dernières années.</p>



<p>En raison de cette dernière limite, la&nbsp;comptabilité&nbsp;nationale calcule le PNB qui est égal au PIB moins la production des entreprises étrangères installées en Tunisie plus la production des entreprises tunisiennes installées à l’étranger. Le PNB est déjà un agrégat plus fiable que le PIB pour mesurer l’effort de production réalisé par les opérateurs économiques nationaux, à l’exclusion de celle réalisée par les opérateurs étrangers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Revenu national&nbsp;</h2>



<p>Mais comme une partie de la production nationale mesurée par le PIB ou le PNB doit servir en premier lieu au remplacement des équipements utilisés et amortis durant le processus de production, la comptabilité nationale&nbsp;calcule aussi le PNN (Produit national net)<em>,</em> qui est égal par définition au PNB moins la Formation brute de capital fixe (FBCF).&nbsp;</p>



<p>Enfin, étant donné que tant le PIB que le PNB que le PNN sont calculés aux prix du marché TTC et qu’il suffit donc d’un changement de la fiscalité, en particulier des taux de la TVA, pour réduire ou gonfler artificiellement la valeur finale de ces agrégats, la comptabilité nationale&nbsp;calcule <em>le PNN</em> <em>aux coûts des facteurs</em> (PNN moins les taxes indirectes plus les subventions),&nbsp;appelé&nbsp;aussi le <em>Revenu national</em>.</p>



<p>C’est ce dernier agrégat qui constitue le meilleur instrument de mesure la production réalisée par la population d’un pays et du volume des richesses qu’elle a créées durant une année donnée.</p>



<p>Mieux encore, comme le volume de ces richesses dépend de la taille de la population qui les a créées, on calcule le Revenu national par tête d’habitant qui est de loin le meilleur indicateur des performances d’une économie et de son niveau de développement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Saïed a-t-il raison de douter de la fiabilité du PIB pour mesurer la croissance économique?&nbsp;</h2>



<p>En conclusion de cette analyse des modalités de calcul du PIB et d’autres agrégats macroéconomiques, que certains lecteurs trouveront à juste raison un peu trop technique, on&nbsp;ne peut pas ne pas partager le scepticisme du président de la république quant à la fiabilité de cet agrégat pour refléter la croissance économique réelle en Tunisie.</p>



<p>En effet, comme expliqué plus haut,&nbsp;il existe bel et bien d’autres agrégats macroéconomiques dont certains sont plus précis et plus fiables que le PIB, tel que le Revenu national. Maïs on doit relever aussi que tous les agrégats macroéconomiques calculés par la comptabilité nationale, qu’il s’agisse du PIB ou d’autres, sont basés sur le concept fondamental de valeur ajoutée, seul indicateur de mesure du véritable volume des richesses créés par un opérateur économique et de sa contribution réelle à la croissance économique.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Dans ce sens, les réserves exprimées par le chef de l’Etat à ce sujet, bien que justifiées sur le fond, sont difficiles à satisfaire parce que les économistes ne disposent pas à ce jour d’autres instruments de mesure du volume des richesses créées par un opérateur économique.</p>



<p>D’un autre côté, la Tunisie ne peut pas se permettre d’établir ses propres instruments de mesure de la croissance économique et ses propres règles de comptabilité nationale, dont les résultats ne seraient pas reconnus par ses partenaires sur le plan international et en particulier par les Nations unies qui préconisent des règles précises même si elles loin d’être parfaites comme le président l’a relevé à juste raison.</p>



<h2 class="wp-block-heading">PIB : Produit intérieur brut ou Produit intérieur du bonheur?</h2>



<p>Pour un économiste, dont le métier est à la base d’élaborer et d’analyser des chiffres, en oubliant souvent que derrière ces chiffres il y a des êtres humains avec leurs problèmes quotidiens (ce que le président n’a pas manqué de relever et de dénoncer lors de son entretien avec le gouverneur de la BCT), la proposition du président de remplacer le calcul du Produit intérieur brut&nbsp; par le calcul du Produit intérieur du bonheur, apparait comme utopique et semble relever davantage de l’anecdote que d’une proposition sérieuse qui pourrait être mise en œuvre.&nbsp;</p>



<p>En effet, s’il est vrai qu’il existe bien un <em>World Hapiness Report</em> qui donne chaque année le classement mondial des pays où les gens sont les plus heureux ou du moins se déclarent comme tels, l’approche utilisée pour établir ce classement n’a rien de scientifique et encore moins d économique, puisqu’elle repose sur des sondages d’opinion dont la fiabilité est plus que douteuse. Sinon, comment expliquer qu’en Finlande, qui arrive la première pour la troisième année consécutive, le taux de suicide est l’un des plus élevés au monde?</p>



<p>Dans ce domaine de la recherche du bonheur plutôt que de la croissance économique comme objectif ultime de la politique générale du gouvernement, on peut citer le cas du <a href="https://www.nationalgeographic.fr/voyage/bhoutan-le-bien-etre-comme-devise-nationale" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Bhoutan</a>, un petit pays montagneux enclavé entre l’Inde et la Chine, où le Roi a décrété que la devise de son règne est la maximisation du BNB (Bonheur national brut), un nouvel agrégat créé dans ce but, plutôt que celle du PIB.</p>



<p>D’autres pays comme les Emirats Arabes Unis où Singapour ont bien créé au sein de leurs gouvernements des ministères du bonheur et y ont&nbsp;nommé&nbsp;des ministres chargés du bonheur de leurs concitoyens. Encore faut-il que le bonheur soit une affaire de production et de consommation maximales de biens et de services, de qualité des infrastructures et des services publics, de sécurité et de propreté des villes, de protection de l’environnement&#8230;&nbsp;</p>



<p>C’est une question d’ordre métaphysique que je laisse à chacun(e) le soin d’y répondre, car elle dépend du sens que chacun(e) donne à la vie sur terre, de ses rapports avec les autres et la nature et même de ses convictions religieuses. Pour certain(e)s, le bonheur est peut-être de consommer le maximum de produits et services ou rouler dans une voiture de luxe ou vivre dans un palais, pour d’autres, le bonheur se trouve dans la beauté d’un paysage, ou dans l’amour passionné d’une femme ou dans la lecture d’&nbsp;un poème&#8230;, toutes choses que la croissance économique, aussi élevée soit-elle, ne pourrait&nbsp;leur apporter.</p>



<p><em>* Economiste, consultant international.</em> </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/22/kais-saied-a-t-il-raison-de-mettre-en-cause-les-modalites-de-calcul-du-pib/">Kaïs Saïed a-t-il raison de mettre en cause les modalités de calcul du PIB?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>De l’incohérence de la nouvelle loi sur l’émission de chèques</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/25/de-lincoherence-de-la-nouvelle-loi-sur-lemission-de-cheques/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Sep 2024 06:27:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[banque centrale]]></category>
		<category><![CDATA[chèque sans provision]]></category>
		<category><![CDATA[code de change]]></category>
		<category><![CDATA[Code du commerce]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Sadok Zerelli]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La procédure des chèques certifiés constitue le moyen le plus efficace pour lutter contre l’émission de chèques sans provision,</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/25/de-lincoherence-de-la-nouvelle-loi-sur-lemission-de-cheques/">De l’incohérence de la nouvelle loi sur l’émission de chèques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La nouvelle législation sur le chèque sans provision, qui entrera en vigueur dès janvier 2025, va bouleverser le monde des affaires, décourager davantage les investissements et donner du «fil à retordre» à tous les économistes et experts financiers qui suivent l’actualité économique et monétaire du pays et évaluent ses performances. Tout ça pour ça ?</em></strong></p>



<p><strong>Dr Sadok Zerelli *</strong></p>



<span id="more-14059624"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/03/Sadok-Zerelli.jpg" alt="" class="wp-image-200552"/></figure></div>


<p>Dans tous les manuels universitaires spécialisés et dans tous les pays du monde, le chèque est considéré comme un moyen de paiement «à vue», c’est-à-dire que sa simple émission lors d’une transaction commerciale ou personnelle libère le débiteur de sa dette vis-à-vis du créancier, exactement comme la remise d’une somme d’argent en espèces.</p>



<p>A telle enseigne que, selon la théorie monétaire, l’agrégat de la masse monétaire en sens strict (M1) est égal par définition à la somme du volume des billets de banques en circulation (appelée monnaie <em>«fiduciaire»</em> car elle repose sur la confiance des agents économiques dans l’Institut d’Emission) et des écritures au crédit des comptes courants des clients dans les&nbsp; banques commerciales, qu’ils proviennent de dépôts effectués par les clients ou de crédits qui leur sont accordés par leur banque (appelée &nbsp;monnaie <em>«scripturale»</em>).</p>



<p>A noter également que l’agrégat de la masse monétaire au sens courant (M2) égal par définition à M1 + le volume de la <em>«quasi-monnaie»</em> (dépôts en compte d’épargne), tandis que l’agrégat monétaire au sens large (M3) est égal à M2 + volumes des actifs mobilisables à court terme (bons de caisse, bons du trésor, Sicav etc.).</p>



<p>Ce sont là quelques définitions de base qui proviennent des manuels d’économie monétaire, que j’ai personnellement enseignées pendant des années à mes étudiants de l’IHEC et qui se trouvent remises en cause sinon contredites par l’esprit et la lettre de la nouvelle loi 41-2024, portant sur la révision de certaines dispositions du Code de Commerce, promulguée par l’ARP en date du 30 juillet 2024 et publiée par le Jort en date du 2 août 2024, après promulgation par le président de la république.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Perturbations des mécanismes de financement</h2>



<p>En effet, cette loi, votée par des députés ignorants de la chose économique et financière et qui entrera en vigueur dès janvier 2025, va bouleverser le monde des affaires, décourager davantage les investissements et donner du «<em>fil à retordre</em>» à tous les économistes et experts financiers qui suivent l’actualité économique et monétaire du pays et évaluent ses performances par une multitude d’agrégats monétaires et macroéconomiques bien définis.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="jWnSbRQSUb"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/04/tour-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-la-nouvelle-loi-relative-aux-cheques-sans-provision/">Tout ce que vous voulez savoir sur la nouvelle loi relative aux chèques sans provision</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tout ce que vous voulez savoir sur la nouvelle loi relative aux chèques sans provision » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/04/tour-ce-que-vous-voulez-savoir-sur-la-nouvelle-loi-relative-aux-cheques-sans-provision/embed/#?secret=SijQANWt4M#?secret=jWnSbRQSUb" data-secret="jWnSbRQSUb" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Avant d’exposer ces bouleversements et perturbations des mécanismes de financement de l’activité économique que cette loi ne manquera pas de provoquer, rappelons brièvement ses principales dispositions&nbsp;:</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Plafonnement du montant des chèques à 30 000 DT;</li>



<li>Limitation de la date de validité des chèques;</li>



<li>Tous les chèques doivent être par défaut barrés (sauf demande justifiée par le bénéficiaire), donc non encaissables aux guichets des banques;</li>



<li>Mise en place par la Banque Centrale d’une plateforme électronique qui permettra à tout bénéficiaire d’un chèque de vérifier en «<em>temps réel»</em> et avant même l’acceptation du chèque, la disponibilité d’une provision suffisante dans le compte bancaire du tireur et demander à sa banque de la bloquer à son profit;</li>



<li>Les chèques sans provision d’un montant inférieur à 5000 Dinars ne donneront plus lieu à des poursuites judiciaires et les banques seront tenues de les honorer dans un délai de 8 jour ouvrable, sans que le tireur ne fournisse la provision requise;</li>



<li>Tout titulaire d’un compte courant n’aura plus droit automatiquement à la délivrance d’un chéquier: il appartiendra à la banque d’étudier sa capacité d’honorer ses engagements et d’en décider. Autrement dit, l’octroi d’un chéquier sera assimilé à l’octroi d’un crédit, alors qu’il s’agit d’un moyen de mobilisation des ressources que le client a déposé lui-même dans son compte!</li>



<li>Obligation pour les banques d’allouer au moins 8% des bénéfices annuels pour accorder des crédits honorifiques de microfinancement à court terme sans intérêt ni garanties.</li>
</ul>



<p>Cette loi comporte d’autres dispositions d’ordre pénal, telles que la limitation des peines d’emprisonnement à deux ans par chèque et la possibilité de cumuler les peines, le procureur de la république ne pourra plus poursuivre automatiquement les émetteurs de chèques sans provisions et seuls les bénéficiaires de ces chèques peuvent décider de poursuivre l’émetteur s’ils ne sont pas payés dans un délai de 7 jours, etc.</p>



<p>Au-delà de l’aspect pénal et qui n’est pas l’angle d’analyse de cet article, il y a lieu de souligner les entraves au commerce, les incohérences et la porte ouverte à la fraude et aux magouilles de tout genre que cette loi ne manquera pas d’introduire dans la vie de tous les agents économiques, qu’ils soient ménages ou entreprises ou investisseurs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Porte ouverte à la fraude et à la magouille</h2>



<p>Ainsi, pour un économiste universitaire, toutes les dispositions de cette loi qui plafonnent le montant d’un chèque, limite sa durée de validité ou soumettent son émission et son encaissement à des conditions particulières, sont contraires à tout ce qu’il a lu dans les ouvrages spécialisés de théorie monétaire et enseigné à ses étudiants en licence de sciences économiques. En effet, selon cette nouvelle loi, le chèque n’est plus un moyen de paiement à vue, mobilisable à tout moment et pour n’importe quel montant, comme c’est le cas dans tous les pays du monde.</p>



<p>Pour les experts financiers nationaux ou internationaux, tels que ceux du FMI ou des agences de notation, ainsi que pour les décideurs de la politique monétaire au niveau de la Banque Centrale, le calcul et la signification des agrégats monétaires se trouvent complètement faussés. Ainsi, la masse monétaire M1 n’est plus égale à la somme du volume de la monnaie fiduciaire en circulation et le volume de la monnaie scripturale, puisqu’une partie de cette dernière n’est plus mobilisable que sous certaines conditions restrictives. Si le calcul de M1 est faussé, le calcul de M2 et M3 le sera aussi et il ne sera plus possible d’estimer correctement les agrégats monétaires qui permettent d’appliquer les enseignements de la théorie quantitative de la monnaie de Friedman, et en particulier la fameuse équation quantitative de la monnaie (équation de Cambridge) pour lutter efficacement contre l’inflation.</p>



<p>Pour un investisseur qui souffre déjà de la pression fiscale, de la complexité et lenteur des procédures administratives et de la corruption généralisée, cette loi constituera un handicap supplémentaire pour mobiliser ses ressources et réaliser ses investissements.</p>



<p>Pour les entreprises et les commerçants, elle va compliquer leurs procédures d’approvisionnement et leurs rapports avec leur clientèle en compliquant les transactions et en leur causant de lourdes pertes de part de marché, notamment parmi leurs gros clients qui effectuent des transactions d’un montant supérieur à 30000 dinars.</p>



<p>Pour les ménages, elle va leur compliquer, pour ne pas dire empoisonner, davantage la vie en les obligeant à payer une grande partie de leurs achats par espèces ou par carte bancaire, ce dont très peu de ménages disposent, ou par virement bancaire, ce qui est impossible durant les weekends et jours fériés ou hors des horaires d’ouverture des banques.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ojbvkLdfxY"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/01/loi-sur-les-cheques-dans-provision-une-avancee-pour-leconomie-tunisienne-mais/">Loi sur les chèques sans provision : une avancée pour l&rsquo;économie tunisienne, mais…  </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Loi sur les chèques sans provision : une avancée pour l&rsquo;économie tunisienne, mais…   » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/08/01/loi-sur-les-cheques-dans-provision-une-avancee-pour-leconomie-tunisienne-mais/embed/#?secret=5bfyxvhjR8#?secret=ojbvkLdfxY" data-secret="ojbvkLdfxY" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Pour les banques, ce sont elles qui vont payer le plus lourd tribut de cette loi sous forme de chèques d’un montant égal ou inférieur à 5000 dinars qu’elles doivent payer sous huit jours ouvrables même si le tireur ne dispose pas de la provision requise et refuse d’approvisionner son compte, de l’affection de 8% de leurs bénéfices pour accorder des crédits sans intérêt à des individus qui s’avèreront souvent insolvables n’ayant pas fourni d’autres garanties qu’une déclaration sur l’honneur, de pénalités qu’elles doivent payer en cas d’émission d’un chèque sans provision par l’un de leurs clients etc.&nbsp;</p>



<p>Pour la Banque Centrale, mettre en place cette fameuse plateforme électronique, qui est au cœur du système mis en place par cette nouvelle loi afin que les bénéficiaires de chèques puissent la consulter pour s’assurer en temps réel que le tireur dispose bien d’une provision suffisante, ne sera pas chose facile et représente un défi à relever avant l’entrée en vigueur de cette loi en janvier prochain. Sans parler des pannes du système Internet bien fréquentes chez nous, une telle plateforme accessible au grand public viole le sacro-saint principe du secret bancaire sur lequel repose tout le système bancaire.</p>



<p>Mais, peut être que le plus grave inconvénient de cette loi est qu’elle ouvre la porte à tout type de fraude et de magouille pour la détourner : celui qui va émettre un chèque par exemple de 150 000 dinars émettra 5 chèques de 30 000 chacun pour détourner le plafond de 30 000 dinars fixé par cette loi, celui qui veut conclure une transaction de 10 000 ou 15 000 dinars émettra 2 ou 3 chèques de 5000 dinars chacun, afin d’obliger sa banque à les payer même s’il n’a pas de provision, etc.</p>



<p>On peut imaginer même un scenario pire : la transaction est fictive et le tireur et le bénéficiaire du chèque se sont entendus pour partager les montants des chèques de moins de 5000 dinars que les banques seront obligées de payer selon cette loi&#8230;</p>



<p>Bref, dans le domaine de la magouille et de l’arnaque, on peut faire confiance aux Tunisiens dont le <em>«génie»</em> dans ces domaines n’est plus à démontrer !</p>



<h2 class="wp-block-heading">A quoi servent donc les chèques certifiés&nbsp;?</h2>



<p>Du côté des avantages, le seul avantage tangible de cette loi est qu’elle dépénalise relativement le délit d’émission de chèque sans provision et qu’elle va permettre de vider progressivement les prisons de ces milliers d’hommes d’affaires, commerçants, gérants de PME, etc., que la faillite de leurs entreprises ou projet laissé à découvert.</p>



<p>A noter cependant qu’il aurait été possible d’atteindre ce même résultat par une simple loi qui s énoncerait en une seule phrase : TOUS LES CHÈQUES AU DELA D’UN CERTAIN MONTANT DOIVENT ÊTRE CERTIFIÉS !&nbsp;En effet, selon la procédure des chèques certifiés, qui existe déjà et qui constitue le moyen le plus efficace pour lutter contre l’émission de chèques sans provision, c’est au tireur du chèque lui-même de demander à sa banque de bloquer la provision du chèque qu’il compte émettre et ainsi le délit d’émission de chèques sans provision n’existera plus et personne n’irait plus en prison.</p>



<p>C’est vraiment étonnant qu’aucun député et aucun des conseillers du président de la république ou le président lui-même qui a promulgué cette loi n’y a pensé. Au lieu de cela, une poignée de députés, élus par une poignée de citoyens (le taux de participation aux dernières élections législatives n’a pas dépassé 11%, soit à peine un Tunisien en âge de voter sur dix !) ont <em>«pondu»</em> cette nouvelle loi, qui va empoisonner (encore&nbsp;! diraient certains) la vie des citoyens, des entreprises et des investisseurs, comme si elle ne l’est pas déjà assez avec une administration tatillonne, une inflation galopante, une détérioration de tous les services publics et, cerise sur le gâteau, une dette extérieure et intérieure qu’il faudrait plusieurs générations pour la rembourser.</p>



<p>Comme quoi, ce ne sont pas les impérialistes, les traîtres et les conspirateurs dans l’ombre qui sont responsables de la dérive inexorable que connaît notre économie, comme on l’entend tous les jours, mais bien l’incompétence, pour ne pas dire l’ignorance, de nos législateurs et de nos dirigeants&nbsp;!</p>



<p>Comme conclusion à ce sombre tableau que cette loi ne manquera d’engendrer, je dirais qu’un jour, nos enfants et petits-enfants nous demanderons des comptes pour le chaos dans lequel on leur laisse ce pays. Ce jour-là, même ceux qui n’y ont pas contribué directement mais qui, par leur silence ont laissé faire, en particulier tous les économistes de ce pays, auront du mal à se regarder dans une glace.</p>



<p><strong><em>Post-scriptum </em></strong>: il paraît, selon la presse écrite, que nos <em>«éminents»</em> députés vont élaborer une nouvelle loi de change ! Bonjour les dégâts&#8230;</p>



<p><em>* Economiste consultant international. </em></p>



<p><strong><em>Articles du même auteur : </em></strong></p>



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<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pvIRr889TD"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/27/la-banque-centrale-de-tunisie-ou-la-politique-de-la-fuite-en-avant/">La Banque centrale de Tunisie ou la politique de la fuite en avant</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Banque centrale de Tunisie ou la politique de la fuite en avant » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/27/la-banque-centrale-de-tunisie-ou-la-politique-de-la-fuite-en-avant/embed/#?secret=XGuSjVba5C#?secret=pvIRr889TD" data-secret="pvIRr889TD" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/25/de-lincoherence-de-la-nouvelle-loi-sur-lemission-de-cheques/">De l’incohérence de la nouvelle loi sur l’émission de chèques</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Tunisie : les batailles perdues à l’avance de Kaïs Saïed </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/04/tunisie-les-batailles-perdues-a-lavance-de-kais-saied/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Sep 2023 11:28:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
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		<category><![CDATA[Kaïs Saïed]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Pourquoi les batailles que le président Kaïs Saïed veut livrer sont-elles perdues à l’avance? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/09/04/tunisie-les-batailles-perdues-a-lavance-de-kais-saied/">Tunisie : les batailles perdues à l’avance de Kaïs Saïed </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>La stratégie du président Kaïs Saïed qui transparaît de ses monologues repose essentiellement sur un certain nombre de batailles qu’il veut livrer pour tenir les engagements qu’il a pris vis-à-vis de ses électeurs et améliorer les conditions de vie de la population, en particulier celles des couches les plus défavorisées.&nbsp;L’objet de cet article est de montrer le caractère idéaliste sinon utopique cette stratégie et d’expliquer, le plus clairement et le plus objectivement possible, pourquoi les batailles qu’il veut livrer sont, de l’avis d’un humble économiste, perdues à l’avance.</em></strong>&nbsp;</p>



<p>Par <strong>Dr Sadok Zerelli</strong>&nbsp;*</p>



<span id="more-9641190"></span>



<p>Comme tout citoyen tunisien (du moins un certain nombre d’entre eux), je suis l’actualité politique, économique et sociale dans mon pays. En particulier, j’écoute non pas les discours du président Kaïs Saïed puisque son auditoire se limite à autrefois une et maintenant un chef de gouvernement qui ne font, l’une et l’autre, qu’opiner de la tête, mais plutôt ses monologues diffusés sur la première chaîne nationale ou dans les médias.&nbsp;</p>



<p>Comme tout citoyen tunisien, j’essaie de déchiffrer ces monologues, d’y déceler une logique s’il y en a une et la vision de notre président sur l’avenir de ce pays dont il a pris la responsabilité, devant Dieu et les générations futures, de diriger seul.&nbsp;</p>



<p>Au niveau de la forme de ces monologues, je relève un ton professoral qui me rappelle mes années d’étudiant à l’université où certains enseignants (heureusement peu nombreux) débitent leurs cours sur un ton monotone que les étudiants doivent noter mot à mot sans discuter et surtout sans chercher à comprendre et encore moins à contester. &nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Aversion des chiffres</h2>



<p>J’y relève aussi l’aversion de notre président pour les chiffres qu’il ne cite presque jamais pour argumenter son raisonnement et convaincre les auditeurs. Quand il lui est arrivé d’en citer quelques uns, il a quelquefois confondu entre millions et milliards de dinars ou indiqué des montants astronomiques et manifestement irréalistes.</p>



<p>Ainsi, je n’ai jamais entendu notre président évoquer des taux de croissance économique ou d’inflation ou de chômage ou des montants d’investissement ou de déficit budgétaire ou de dette extérieure, etc.</p>



<p>Personnellement, je mets cette aversion des chiffres sur le dos de la discipline qu’il a enseignée durant toute sa carrière universitaire, le droit constitutionnel, qui est une matière qu’on peut apprendre de A à Z et y faire les recherches les plus approfondies sans avoir besoin à aucun moment de manipuler aucun chiffre, à part des dates ou des numéros d’articles de telle ou telle constitution.</p>



<p>Cette aversion des chiffres est compréhensible vue la formation juridique de notre président, mais frustrante pour les auditeurs, surtout pour ceux de formation économique comme moi-même, qui ne comprennent que le langage des chiffres et des agrégats, seuls indicateurs objectifs pour refléter fidèlement la réalité économique et sociale dans un pays.&nbsp;</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="i6UsgFXUom"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/18/leconomie-expliquee-a-kais-saied-en-quatre-lecons/">L’économie expliquée à Kaïs Saïed en quatre leçons</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« L’économie expliquée à Kaïs Saïed en quatre leçons » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/08/18/leconomie-expliquee-a-kais-saied-en-quatre-lecons/embed/#?secret=jD1tnSEygJ#?secret=i6UsgFXUom" data-secret="i6UsgFXUom" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Sur le plan des thèmes qu’il développe dans ses monologues, je relève, ainsi que certainement tous les Tunisiens qui l’écoutent, qu’il s’agit des mêmes messages et des mêmes slogans qu’il répète en boucle depuis qu’il est devenu président de la république et quelques fois même depuis 2012, quand il a commencé à apparaître à la télé comme expert juridique pour commenter l’actualité politique de l’époque. J’en cite quelques uns à titre illustratif et non exhaustif : <em>«il y a des traîtres et ennemis du peuple qui veulent semer le chaos», «des corrompus qui veulent affamer le peuple», «la Tunisie n’est pas à vendre», «le peuple sait ce qu&rsquo;il veut»</em>, etc.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">Populisme, idéalisme, imprécision &nbsp;</h2>



<p>Personne, moi en premier, ne doute des bonnes intentions et de la sincérité de notre président. Cependant, force est de relever le caractère flou de ces slogans et ces messages (il ne cite jamais les noms&nbsp; et n’apporte aucune preuve de ce qu’il avance) populistes (ils s’adressent avant tout à la base électorale qui l’a élu), et ce qui est plus grave, qui divisent les Tunisiens en bons citoyens (les pauvres et les marginaux) et en mauvais citoyens (les politiciens, les hommes d’affaires et les intellectuels).&nbsp;&nbsp;</p>



<p>En tout état de cause, ces déclarations enflammées et ces discours belliqueux ne constituent pas un programme de gouvernement et ne présentent aucune vision ou stratégie du président pour sauver le pays de la grave impasse dans laquelle il se trouve, tant sur le plan politique qu’économique et social.&nbsp;</p>



<p>Plus exactement, la stratégie qui transparaît de ces monologues repose essentiellement sur un certain nombre de batailles qu’il veut livrer pour tenir les engagements qu’il a pris vis-à-vis de ses électeurs et améliorer les conditions de vie de la population, en particulier celles des couches les plus défavorisées.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>L’objet de cet article est de montrer le caractère idéaliste sinon utopique de la stratégie choisie par notre président et d’expliquer, le plus clairement et le plus objectivement possible, pourquoi les batailles qu’il veut livrer sont, à mon humble avis d’économiste, perdues à l’avance.&nbsp;</p>



<p><strong><em>1- L’exigence de la révision des accords de Bretton Woods, comme condition pour accepter le prêt de 1,9 Milliards de dollars du FMI :</em></strong></p>



<p>La pratique dans tout système financier international, ou même national, est que le prêteur impose ses conditions à l’emprunteur pour s’assurer que celui-ci sera capable de rembourser dans les délais le prêt qu’il va lui accorder. L’emprunteur est libre d’accepter ces conditions et de contracter le prêt ou de les refuser et&nbsp;renoncer au prêt.</p>



<p>Déjà, le fait que notre président inverse les rôles et veut poser ses propres conditions pour qu’il veuille bien accepter que le FMI nous accorde le prêt de 1,9 milliards de dollars dont nous avons si besoin pour financer le gap de notre budget pour l’année 2023, constitue en soi une première dans les annales de la finance internationale et dénote une méconnaissance totale des mécanismes de fonctionnement du système financier international et des procédures d’octroi de crédits des bailleurs de fonds.</p>



<p>Mais là où cela surprend encore plus et rend cette bataille encore plus perdue à l’avance est qu’il demande pas moins que la révision du système monétaire international et la réforme du FMI, basés sur les accords de Breton Woods. Ce faisant, il ne semble pas réaliser que&nbsp; toute la puissance économique et donc militaire des États -Unis repose sur ce système monétaire international et le rôle qu’y joue le Dollar et qu’en proposant de le démanteler, il déclare en quelque sorte la guerre aux Etats-Unis. Pour bien expliquer cela, un bref rappel de l’évolution historique du système monétaire international est nécessaire pour les lecteurs et les lectrices qui ne sont pas familier(e)s avec ces questions.&nbsp;</p>



<p>Pendant très longtemps, le système monétaire international était basé sur ce qu’on appelle un système d’<em>«étalon-or»</em> c’est-à-dire un système dans lequel la monnaie de chaque pays était définie par rapport à l’or et selon une parité fixe.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="X9D1PQ43RM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/04/tunisiens-arretons-de-mendier-et-mettons-nous-au-travail/">Tunisiens, arrêtons de mendier et mettons-nous au travail!</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisiens, arrêtons de mendier et mettons-nous au travail! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/07/04/tunisiens-arretons-de-mendier-et-mettons-nous-au-travail/embed/#?secret=kS3eSYND56#?secret=X9D1PQ43RM" data-secret="X9D1PQ43RM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>A la suite du crash économique de 1929 et juste à la fin de la deuxième guerre mondiale, les représentants des pays vainqueurs de cette guerre, sauf l’ex-URSS, se sont réunis en 1944 dans la petite ville américaine du nom de Bretton Woods et ont mis en place un nouveau système monétaire international qu’on appelle système de <em>«change-or»</em> selon lequel seul le dollar américain est défini par rapport à l’or par une parité fixe ( 35 $ valent une once d’or, unité de mesure anglaise qui correspond à environ 33 grammes) et toutes les monnaies des autres pays sont définies par rapport au dollar, donc indirectement à l’or, selon des taux de change flexibles qui résultent de l’offre et de la demande de leurs monnaies par rapport au dollar.</p>



<p>Dans ce nouveau système, la Banque Centrale de chaque pays est libre de détenir ses réserves en dollars ou en or en demandant à tout moment à la Fed (banque centrale américaine) leur conversion des dollars qu’elle détient en or que les Etats-Unis s’engagent à honorer selon la parité fixée de 35 $ valant une once d’or.</p>



<p>C’est ainsi que fut créé le FMI qui avait à l’origine pour mission principale de faciliter le fonctionnement de&nbsp;ce système de change-or, tandis que la Banque Mondiale fut créée en même temps avec pour mission le financement des projets d’investissement dans les pays en développement.&nbsp;</p>



<p>Ce nouveau système monétaire international donne un avantage exorbitant aux Etats-Unis qui est le seul pays au monde à pouvoir disposer d’autant de dollars qu’il veut sans avoir besoin de produire et d’exporter davantage de marchandises ou d’extraire/acheter davantage d’or, alors que tous les autres pays du monde y sont astreints.</p>



<p>Les Américains ont abusé de cet avantage et ont inondé le monde de dollars sans respecter la parité fixe de 35 $ valant une once d’or, notamment pour financer les guerres de Corée et du Vietnam.</p>



<p>Réalisant que la quantité de dollars mis en circulation dans le monde dépasse de loin la quantité d’or que la Fed détenait, le président Nixon décida en 1973 &nbsp;d’une façon unilatérale de suspendre définitivement la convertibilité du dollar en or. Cela&nbsp;n’empêcha pas le dollar de continuer de bénéficier du privilège d’être la principale monnaie de paiement des transactions internationales, notamment dans les secteurs stratégiques du pétrole, du gaz et de certains produits et métaux précieux.</p>



<p>Face à ce privilège sur lequel repose toute la puissance économique américaine, les pays européens ont créé l’Euro en espérant s’affranchir de la mainmise du dollar sur leurs économies. De leur côté, les pays émergents les plus importants ont créé en 2009 les Brics (voir&nbsp; le point suivant) dans l’objectif déclaré de <em>«dédollariser»</em> leurs économies&nbsp;en payant leurs exportations et importations réciproques avec leurs propres monnaies nationales plutôt qu’en dollars.&nbsp;</p>



<p>Vue sous cet angle historique de confrontation géopolitique entre les grandes puissances, par système monétaire international interposé, la demande du président Saïed de réviser les accords de Bretton Woods et réformer le FMI apparaît, pour le moins qu’on puisse dire, candide sinon naïve.</p>



<p>En effet, ce que notre président semble ignorer est que les Etats-Unis n’hésiteront pas à déclencher une troisième guerre mondiale pour défendre leur puissance économique, basée sur le dollar comme moyen de paiement des transactions internationales, dont ils peuvent contrôler à leur avantages la quantité en circulation et donc le taux de change par rapport aux autres monnaies, surtout dans un contexte de confrontation avec&nbsp; la Chine et la Russie regroupées au sein des Brics. C’est d’ailleurs ce que les Etats-Unis ont déjà commencé à faire en inondant les Ukrainiens de centaines de milliards de dollars et des armes les plus sophistiquées en espérant qu’ils gagnent la guerre contre la Russie parce que celle-ci a justement osé s’attaquer au règne du dollar sur l’économie mondiale.</p>



<p>Toujours est-il, ce n’est pas avec des boutades tirées des films de Charlie Chaplin, telles que <em>«Moi c’est Laurel et toi c’est Hardy»</em>, comme l’a fait notre candide président lors de la conférence internationale sur ce sujet à Paris,&nbsp;qu’il va réussir à changer le système mis en place à Bretton Woods.</p>



<p>Vu le rapport des forces et les enjeux géopolitiques planétaires qu’il y a derrière ce système, c’est une bataille perdue à l’avance, même si elle est justifiée en termes de domination des pays les plus riches sur les pays les plus pauvres.&nbsp;</p>



<p><strong><em>2- L’entrée aux Brics comme alternative au FMI pour le financement du déficit budgétaire :</em></strong></p>



<p>Personnellement, je n&rsquo;ai pas entendu le président Saïed évoquer dans l’un de ses monologues ce scénario (je ne suis même pas sûr qu&rsquo;il connaît la signification du mot Brics et les enjeux géostratégiques qu’il recouvre).</p>



<p>Cependant, plusieurs de ses supporters et hommes politiques évoquent ce scénario comme une sortie de secours possible après le refus de Saïed d’accepter les conditions du FMI qu’il considère comme des <em>«diktats»</em> incompatibles avec sa conception de la souveraineté nationale.</p>



<p>A ce sujet, il faut savoir que les Brics regroupent les plus grands pays émergents du monde, qui connaissent une croissance économique rapide et dont le poids démographique ou le PIB pèsent lourd dans l’économie mondiale : Brésil, Russie, Inde, Chine, et Afrique du Sud. Ces cinq pays représentent à eux seuls plus de la moitié de la population du globe et 34% du PIB mondial. L’objectif déclaré de leur création est de contrebalancer la puissance économique et politique des pays industriels regroupés dans le G7, afin d’imposer un autre ordre économique international plus équitable.&nbsp;</p>



<p>Lors du dernier sommet tenu en Afrique du Sud, six autres pays y ont été admis à partir du 1<sup>er</sup> Janvier 2024 : l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Argentine et l’Iran.&nbsp;</p>



<p>Tous ces nouveaux pays ont la particularité d’avoir soit d’importantes réserves de pétrole et de gaz, soit d’importantes populations. Quand on sait que l’Algérie qui était officiellement candidate n’a pas été admise aux Brics malgré ses énormes ressources de pétrole et de gaz et ses liens privilégiés avec la Russie, il y a peu de chance que la Tunisie le sera un jour, car toute sa population de 12 millions d’habitants&nbsp;ne tiendrait pas dans une seule ville comme le Caire ou Lagos qui comptent chacune plus de 15 millions d’habitants. Quant à ses ressources naturelles, à part quelques gisements de phosphate qu’on est incapable d’exploiter correctement, la Tunisie n’a aucun atout pour intégrer les Brics un jour. Autant dire que c&rsquo;est un rêve qui ne se réalisera jamais et une bataille de plus, perdue à l’avance.&nbsp;&nbsp;</p>



<p><strong><em>3- La récupération de l’argent spolié au peuple, pour financer les investissements en infrastructures et le déficit budgétaire de l’Etat :</em></strong></p>



<p>C’est une idée fixe du président Saïed à laquelle il continue de croire, depuis qu’il l’a évoquée pour la première fois en 2012, malgré l’échec de toutes les tentatives et toutes les commissions qu’il a créées pour y arriver. Ce faisant, il fait preuve d’une méconnaissance totale des mécanismes juridiques et comptables extrêmement complexes de création de sociétés-écrans qui fonctionnent comme des poupées russes: en ouvrant l’une on découvre une autre au visage presque identique à un détail près qu’il est difficile de déceler.</p>



<p>Dans cette bataille pour récupérer l’argent spolié au peuple, Saïed s’attaque en fait à la législation internationale en matière de secret bancaire et aux lois d’un certain nombre de pays qu’on appelle des <em>«paradis fiscaux»</em> qui ont bâti toutes leurs économies sur un système très permissif et très peu regardant sur l’origine des fonds déposés dans leurs banques et l’identité des actionnaires d’une même société, tels que les Îles Vierges Britanniques, Panama, et même la Suisse et le Luxembourg.</p>



<p>Même des exemples historiques tels que la fortune de Bokassa, ex-empereur de la Centrafrique ou celle de Kadhafi, ex-guide suprême de la Libye, que leurs pays n’ont jamais réussi à récupérer malgré tous leurs efforts, n’ont pas dissuadé notre président et ne l’ont pas convaincu que la récupération de l’argent pillé durant ou avant la décennie noire, qu’il chiffre à des milliers de milliards de dinars (sic !) est une bataille, perdue à l’avance, aussi noble et juste soit-elle.&nbsp;</p>



<p><strong><em>4-&nbsp; La bataille contre&#8230; l’ IA&nbsp;:&nbsp;</em></strong></p>



<p>L’Intelligence artificielle (IA) est le dernier <em>«ennemi du peuple»</em> que notre président a découvert et contre lequel il veut engager une bataille. Ainsi, il n’a pas hésité à déclarer, durant la dernière Journée du Savoir, à la crème de nos bacheliers et diplômés de l’enseignement supérieur reçus au Palais de Carthage que <em>«l’IA est un danger imminent qui ne menace pas que la science mais toute l’humanité»</em>.&nbsp;</p>



<p>Avec une telle déclaration, il ne pouvait pas faire mieux pour décourager nos jeunes avides de poursuivre des études et faire des recherches dans de nouveaux domaines tels que l’IA.</p>



<p>Certes, comme l’ont souligné les concepteurs mêmes de l’IA, dont Elon Musk lui-même, qui ont signé une pétition pour demander un moratoire de six mois sur la recherche dans ce domaine en espérant que les États interviennent pour réglementer ce nouveau champ de recherche, l’IA comporte le risque&nbsp;que le robot dépasse le maître qui l’a créé et échappe à son contrôle.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="TlyzPswpPr"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/22/solutions-pour-sortir-du-bras-de-fer-entre-kais-saied-et-le-fmi/">Solutions pour sortir du bras de fer entre Kaïs Saïed et le FMI</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Solutions pour sortir du bras de fer entre Kaïs Saïed et le FMI » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/22/solutions-pour-sortir-du-bras-de-fer-entre-kais-saied-et-le-fmi/embed/#?secret=kyoDOl319L#?secret=TlyzPswpPr" data-secret="TlyzPswpPr" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>L’utilisation de l’IA pour des intentions malveillantes est un risque que beaucoup d’experts signalent également. Mais si Saïed partage ses craintes, ses opinions en tant qu’individu ou universitaire doivent être distinguées de celles d’un chef &nbsp;d’Etat, dont chaque mot traduit la politique officielle de l’Etat.</p>



<p>Une telle déclaration de sa part en tant que chef de l’Etat détourne la recherche scientifique en Tunisie dans ce domaine, alors que partout dans le monde les chercheurs réfléchissent et travaillent sur la manière d’apprivoiser&nbsp;l’IA pour la mettre au service de la généralisation du savoir et du développement de l’humanité, tout en réduisant les risques qu’elle peut comporter.</p>



<p>J’ai lu par exemple qu’une équipe de recherche dans une université en Norvège est en train de développer un logiciel qui permet de distinguer un texte écrit par une IA de celui écrit par un être humain, pour limiter la triche des étudiants dans leurs thèses et mémoires de recherche !</p>



<p>Partout dans le monde et surtout dans les domaines de la médecine et de&nbsp;l’enseignement, les recherches se développent à grande vitesse pour tirer le maximum de profit de cette percée technologique révolutionnaire. Pourquoi chez nous, notre président veut naviguer à contre-courant de l’innovation technologique et veut nous entraîner avec lui?&nbsp;</p>



<p>La conclusion de cet article est difficile à faire parce que, personnellement, je ne sais plus quelle&nbsp;est la part de la fatalité et quelle est celle de la politique dans ce qui nous arrive&nbsp;? Je laisse à chacun(e) des lecteur.rice.s le soin d’en juger par lui/elle-même.</p>



<p>Cependant, il y a une question qui me trotte dans la tête depuis quelque temps déjà et que je saisis l’occasion de cet article pour la poser à qui de droit : notre président, chef de tout l’Etat qu’il l’est, étant un être humain qui, comme tout un chacun, peut attraper une grippe ou une angine ou, que Dieu l’en préserve, même faire un AVC, qu’adviendra-t-il dans ce cas des 12 millions de Tunisiens qu’il gouverne seul sans partage et sans même avoir un vice-président ou un véritable chef de gouvernement qui pourrait prendre immédiatement la relève et combler l’énorme vide du pouvoir que notre président laisserait en cas d’une simple maladie même de quelques semaines ?</p>



<p>Qu’a-t-il prévu dans sa constitution de 2022 et quelles dispositions a-t-il pris pour que le prochain président, quel qu’il soit, n’abuse pas de la concentration de tous les pouvoirs entre ses mains que lui accorde la constitution élaborée par Saïed pour faire ce que bon lui semble de ce pays et l’entraîner dans l’abîme, si cela n’arrivera pas d ici là?&nbsp;</p>



<p><em>* Economiste-consultant international.</em></p>
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