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Bloc-notes : Oser le nu pour rénover l’islam

« Le hammam », peinture de Jellal Ben Abdallah (Ecole de Tunis).

Figure imposée aux beaux-arts académiques, le nu serait une figure de style utile à la rénovation de l’islam, emblématique pour ses sciences et arts ayant bien besoin d’une mise à jour majeure.

Par Farhat Othman *

Pour juger de la pureté d’exécution de tout art, il n’y a pas mieux qu’une figure artistique imposée; c’est valable aussi pour l’islam qui se présente non seulement en science, mais aussi sa quintessence qu’est l’art.

Or, cette foi comme art scientifique de croire a été dévergondée par une lecture faussée selon des figures non pas imposées, mais importées, n’incarnant aucunement ni l’âme de l’islam ni celle de la langue des Arabes avec leur fibre libertaire.

Parmi les plus symboliques des figures de style, le nu est aujourd’hui, en islam, le meilleur crible pour juger de la pureté de cette foi, sa proximité de l’esprit des origines en ce temps de mensonges à outrance où l’Antéislam qu’est Daech ose non seulement se réclamer islamique, mais trouver aussi des esprits confus pour lui donner raison. N’a-t-on pas vu le chef du parti islamiste en Tunisie, supposé modéré, prétendre qu’il ne s’agissait que d’un islam juste en colère? Quelle idée a donc M. Ghannouchi de l’islam? Serait-ce une barbarie, pour lui?

La crise de l’islam : un logiciel à mettre à jour

Il est une certitude ne faisant plus nul doute, étant au reste partagée par tous les musulmans justes de voix et de voie, c’est que l’islam est en crise. Bien évidemment, cela ne surprend guère, toute idéologie, même religieuse, étant soumise à une telle loi, la crise étant l’occasion salutaire de se régénérer pour ne pas risquer de disparaître.

Toutefois, s’agissant d’islam, ce qui ne manque de surprendre c’est l’incertitude quant à la nature de l’oeuvre nécessaire en vue d’une sortie sûre d’une telle crise. Ainsi, d’aucuns se trompent en situant le problème au cœur même de l’islam, son texte sacré, vilipendant le Coran et ce qui serait son caractère belliqueux. Or, en cela, il n’est guère différent de la Bible; il l’est même nettement moins; aussi, il ne saurait avoir un autre sort que de se rénover de l’intérieur, comme ce fut exactement le cas des deux autres religions monothéistes.

Pour parler un langage de nos jours, tout se passe pour l’islam comme avec un logiciel ou un progiciel, le Coran étant un système d’exploitation à la manière d’un Windows ou encore mieux un Mac OS. Par conséquent, on ne peut le jeter au prétexte qu’il serait devenu obsolète, alors qu’il suffit d’une mise à jour logicielle, même si elle se doit d’être majeure.

Le problème de l’islam n’est pas le texte sacré, mais l’usage qui en est fait. Il vient des musulmans fondamentalistes qui, partant du vrai, versent dans le faux. Le vrai est un légitime souci de défendre leur identité; le faux est de faire une mauvaise exégèse de l’islam, anachroniquement littérale et qui le défigure, omettant ses visées, les seules éternelles. Tout se passe comme si des informaticiens PC avaient refusé de faire ce qui a finalement eu lieu : faire évoluer l’interface de Microsoft, la passant de MS-DOS à Windows 95 puis 98, et arrivant aux systèmes 7 et puis 8; et le reste est à l’avenant.

Soutenus par des forces civiles obscurantistes d’Occident à qui elles doivent leur présence au pouvoir, imposée aux masses, les fondamentalistes islamistes usent et abusent d’un logiciel obsolète de l’islam au service de leurs fins propres en totale opposition avec les attentes avérées des masses populaires qui n’en peuvent mais. Et que peuvent-elles dans un environnement de contraintes légales augmentées de dictature morale prétendument exercée au nom de l’islam? Aussi jouent-elles la comédie que je qualifie de «jeu du je» et, par lassitude, se laissent aller à la confusion généralisée des valeurs.

Un tel état des choses est périlleux pour le monde entier, car la version obsolète d’un système toujours en usage facilite la propagation des virus informatiques aux dangers contre lesquels il est difficile de se prémunir, quel que soit le degré de sophistication des antivirus. On le voit bien avec Daech et le terrorisme, physique comme mentale, ne manquant pas d’adeptes en cet islam caricaturé, vidé de son essence véritable.

Oeuvre de Mohamed Ben Slama.

Le nu pour sortir de l’impasse mentale

Les musulmans sont dans une totale confusion axiologique qui nécessite une sorte d’électrochoc afin de toiletter leur mentalité d’une sorte de terrorisme mental faussement attribué à leur religion. Nous le démontrons par l’exemple emblématique et paroxystique du nu nullement prohibé en islam.

Nous disons donc qu’après le bisou où l’on a vu des célébrités s’embrasser pour défendre ce droit inaliénable de tout humain, il nous faut oser lever le voile sur les corps, ne plus nous retenir de l’afficher, du moins ce qui en est esthétiquement beau. En un mot, en parabole pour les libertés, il nous faut oser le nu ! Et on ne le fera pas contre la morale et la religion, mais bien en leur nom et celui de l’islam enfin correctement interprété.

Il est impératif d’arrêter de mélanger érotisme et pornographie comme il nous faut arrêter de prendre pour musulman ce qui a été à l’origine judéo-chrétien. Car le péché de la chair n’existe pas en islam ou le péché originel est inconnu. Pareillement, le nu n’y est point une honte, encore moins une turpitude. Le plus vicieux n’est pas d’oser la nudité en islam, mais de mettre son interdiction sur son compte tout autant que d’un mythique conservatisme social alors qu’elle ne fait que cacher les complexes sexuels de nos élites relativement à une libido, énergie de vie pourtant, mal assumée.

En islam pur, la nudité ne fait pas l’objet d’interdit; elle est même une tradition arabe bien ancrée au point que le pèlerinage se faisait généralement nu. On sait que cela fut aussi le cas sous l’islam triomphant pour son tout premier pèlerinage après la conquête de la Mecque. D’ailleurs, si après, sous l’influence pudibonde de la tradition judéo-chrétienne, on a interdit la circumambulation à poil, on n’a pas moins maintenu le principe de se dévêtir, même si cela ne l’était plus intégralement.

Au vrai, l’esprit arabe est libertaire et c’est ce que nous vérifions dans la société tunisienne. Aussi, prétendre qu’elle est conservatrice n’est qu’un mensonge utilisé par les autorités pour brimer la société, refuser de tenir compte de son libéralisme en matière de mœurs afin de ne pas se résoudre aux avancées législatives impératives dans le domaine des mœurs, au diapason du libéralisme économique incontournable.

Le nu et les scènes d’amour sont des thèmes récurrents des miniatures persanes.

La nudité en islam n’est pas un péché

En islam, en matière de dogme, le Coran est la seule référence absolue, n’en déplaise aux jurisconsultes qui n’ont aucune légitimité en une religion qui s’honore de n’avoir pas d’église, le lien étant direct entre Dieu et ses fidèles. Or, s’agissant du nu, il n’est aucun anathème de Coran jeté sur une pratique des Arabes, admise dans l’enceinte de leur plus sacré lieu.

En érigeant en péché la nudité, les jurisconsultes musulmans, dont la plupart avaient l’imaginaire et l’inconscient influencé par la tradition judéo-chrétienne, n’ont fait qu’introduire en islam ce qui n’y existe pas. Ils ont innové, mais en mal, violentant et l’esprit de l’islam et la mentalité arabe. S’agissant du premier, en faisant un péché de la nudité qui y relève de l’innocence originelle qui était au paradis et qui pourrait se retrouver sur terre en un retour à l’état de pureté originelle, tel qu’on le voit avec les adeptes du naturisme. La nudité serait alors une épreuve de purification.

S’agissant de la seconde, la mentalité arabe, en voyant dans le nu ce qui n’y est pas nécessairement, soit lubricité et luxure qui ont pour siège la tête et non le corps, la nudité pouvant même être l’occasion pour se dominer, dominer ses pulsions. C’est ce que les soufis ont compris en assimilant la nudité, souvent liée à une situation de pauvreté, à de la sainteté. N’est-ce pas l’état dans lequel arrive au monde l’être humain et retrouve son créateur, nu comme un ver ? Comment donc un bon musulman peut-il s’offusquer d’une nudité que Dieu impose au jour du Jugement dernier?

Pour finir, précisons que, contrairement à la Bible, il n’est mention du nu dans le Coran qu’en deux occurrences et ce dans un pur but de bienséance, savoir-vivre et observance des règles de civilité selon l’esprit de l’époque; ce qui laisse bien évidemment la porte ouverte aux évolutions (cf. sourate La Lumière, versets 31, où il est question des gens autorisés dans l’intimité des femmes du prophète, et 58, où il s’agit de l’intimité du prophète.

Tout le contraire est le cas de la Bible où les mentions sont nombreuses, vilipendant sinon diabolisant la nudité. Ainsi, dans l’Ancien Testament : Exode. XX, 26 (interdiction de se montrer nu), Genèse, IX, 21-27 (péché du nu), Isaïe, XLVII, 2-3 et Jérémie XIII, 26 (honte du nu). Dans le Nouveau Testament, la nudité est en plus vue comme preuve de culpabilité : Seconde Épître de Paul aux Corinthiens : II Cor., V, 2-3 et son Épître aux Éphésiens : V, 12.

* Ancien diplomate, écrivain.

 

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