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Fakhfakh va-t-il oser tailler les salaires et les pensions ?

Face à l’aggravation de la crise économique, à cause des impacts de la pandémie du Covid-19, le chef du gouvernement Elyes Fakhfakh a affirmé qu’il pourrait être amené à sabrer les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités. Cette mesure, s’il venait à la prendre, est injuste et risque de se retourner contre son gouvernement comme un boomerang. Déjà les syndicats apprécient moyennement.

Par Mohamed Rebai *

Alors qu’il aurait été profitable de chercher l’argent là où il est, et non pas là où il est facile d’en prendre, le gouvernement semble peu porté à réfléchir sur cette question qui pourrait être débattue lors d’un dialogue national en dehors des sentiers battus.

Chercher l’argent où il se trouve

L’argent, il sait très bien où le trouver, mais il fait semblant de l’ignorer. S’il s’attaque aux dossiers ci-dessous énumérés, il va pouvoir lever des sommes équivalentes à 5 fois le budget annuel de l’Etat :

-les contrebandiers qu’il protège;

-les barons de la corruption qu’il craint et qu’il sert;

-les politiciens véreux et les cadres administratifs corrompus jusqu’à la moelle;

-les dons recueillis au profit du fonds de lutte contre le coronavirus;

-les crédits contractés après des banques locales et des bailleurs de fonds internationaux, et dont on aimerait savoir comment ils ont été dépensés;

-les crédits irrécouvrables ou difficilement recouvrables généreusement octroyés aux hommes d’affaires et notamment les hôteliers;

-les biens confisqués à l’ancien clan au pouvoir avant 2010 «dilapidés» dans des procès longs et dispendieux;

-les entreprises publiques déficitaires et inefficientes, et qui tardent à être restructurées, réformées ou, plus simplement, privatisées;

-la caisse de compensation qui profite aux contrebandiers, aux riches et aux visiteurs étrangers;

-l’agriculture dont les ressources sont mal exploitées et qui ne nourrit plus son homme;

-les professions libérales qui gagnent le plus et paient le moins… le fisc;

-le train de vie dispendieux de l’Etat et de l’administration publique employant le double de leurs besoins et dispensant des services minorés;

-l’économie informelle qui joue un rôle prédominant dans l’économie nationale en marge (ou avec la complicité) des services de l’Etat.

Monsieur le chef du gouvernement, je vous livre gratis, sans vous demander un salaire et des privilèges de conseiller, quelques pistes qui devraient être explorées au plus vite pour trouver l’argent dont l’Etat a besoin. Malheureusement, vous tremblez à l’idée de réformer quoi que ce soit. Ensuite, votre esprit est complètement obnubilé par le maintien à votre poste et les avantages dont vous en tirez, directement ou indirectement.

Les solutions de facilité sont des palliatifs provisoires

Tous les gouvernements successifs ont pointé du doigt ces maux qui ont rongé et rongent encore l’économie du pays et qui sont une source de misère et de sous-développement pour les populations. Mais ils ont tous échoué à mettre en route les réformes nécessaires pour relancer la machine économique, le seul moyen, en définitive, pour mobiliser des ressources dont a besoin l’Etat pour garantir des services publics de qualité.

Tous les gouvernements, sans exception, ont toujours cherché des solutions de facilité, en s’attaquant aux bons contribuables, recourant ainsi à des palliatifs temporaires, qui n’améliorent pas la situation des classes démunies et qui réduisent le niveau de vie des classes moyennes, en voie de paupérisation.

* Economiste.

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