La Tunisie va-t-elle dans le mur ?

Le gouvernement Najla Bouden attend toujours des concessions de la part de l’UGTT sur ses prétentions en termes d’augmentations salariales dans le secteur et la fonction publics, seul moyen pour faire aboutir un accord de prêt qui a pris du retard avec le FMI, lequel, de son côté, attend d’y voir plus clair dans les capacités de l’Etat tunisien à faire accepter par la centrale syndicale la politique d’austérité préconisée dans ses engagements solennels envers ses bailleurs de fonds internationaux.

Par Imed Bahri

La dernière séance de négociation entre le gouvernement et l’Union générale tunisienne du travail e (UGTT) s’est achevée hier, lundi 12 septembre 2022, vers minuit, après un marathon de propositions et de contre-propositions et quelques interruptions de séances pour consultations, sans aboutir à un accord. C’est ce qu’a affirmé le site Echaab News, organe de l’UGTT et qui était attendu, eu égard les fortes divergences entre les deux parties.

L’accord a achoppé surtout, et sans surprise, sur le plus important point à l’ordre du jour, à savoir les hausses salariales pour les employés du secteur et de la fonction publics. «La délégation syndicale s’est heurtée à une proposition qui n’avait pas été négociée auparavant», a écrit Echaab News, sans préciser la nature et le contenu de cette proposition.

L’impasse d’un impossible accord

«Malgré cela, la délégation syndicale a soumis une proposition visant à lever l’obstacle à la conclusion d’un accord et il a fallu attendre que la partie gouvernementale calcule le coût et les implications financières de cette proposition. Après quelques heures d’interruption, la séance a repris dans la soirée sur un raisonnement injustifié qui attribue le blocage à des facteurs extérieurs au cadre de la négociation», explique Echaab News, laissant comprendre que la contre-proposition de l’UGTT relative au taux de l’augmentation salariale proposée a été rejetée par le gouvernement.

La session de négociation s’est donc terminée sans résultat et sans la fixation d’une nouvelle date pour une reprise des discussions. «Toutes les options restent ouvertes», a conclu le journal, dans ce qui ressemble à une menace de nouvelle grève générale dans le secteur et la fonction publics pour faire bouger les lignes de la négociation avec le gouvernement.

C’est à croire que la manœuvre de la dernière chance tentée par le président de la république Kaïs Saïed, qui avait reçu, hier, au palais de Carthage, Noureddine Taboubi, secrétaire général de l’UGTT, après une longue période marquée par une brouille entre les deux hommes, n’a pas aidé à faire dorer la pilule d’un accord à minima pouvant être accepté par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de ses négociations avec la Tunisie pour un nouveau prêt.

Il faut dire que Carthage est obligé de respecter les engagements de la Tunisie auprès des bailleurs de fonds internationaux et à leur tête le FMI, notamment celui qui consiste à réduire la masse salariale dans le secteur et de la fonction publics, dont la part dans le PIB du pays est l’une des plus élevées au monde.

Le ministre de la Formation professionnelle et de l’Emploi et porte-parole du gouvernement, Nasreddine Nsibi était d’ailleurs clair à ce sujet en soulignant aujourd’hui, mardi 13 septembre, l’impact des négociations avec le syndicat sur les négociations du gouvernement avec le FMI. «Pour être clair, ce sont les touches finales de l’accord avec notre partenaire social qui nous aideront à ajuster l’accord avec le Fonds monétaire international», a-t-il lancé, en laissant entendre que le gouvernement attend des concessions de la part de l’UGTT sur ses prétentions en termes d’augmentations salariales, seul moyen pour faire aboutir un accord de prêt qui a pris du retard, le FMI attendant d’y voir plus clair dans les capacités de l’Etat tunisien à faire accepter par la centrale syndicale la politique d’austérité préconisée dans ses engagements écrits vis-à-vis de ses bailleurs de fonds internationaux.

Directement dans le mur

De là à conclure que le pays se trouve dans une impasse socio-économique à quelques semaines des élections législatives anticipées, fixées au 17 décembre prochain, sur lesquelles le président Saïed met beaucoup d’espoir pour faire avancer son projet de réforme politique, et qu’une bonne partie de la classe politique s’apprête à boycotter, il y a un pas que les observateurs feraient volontiers.

Dans ce même contexte, ceux parmi les opposants à M. Saïed qui misent sur une explosion sociale que provoqueraient incessamment les énormes difficultés financières de la Tunisie doivent se frotter les mains : l’impasse actuelle travaille pour leur scénario catastrophe. Et ce qui étonne le plus dans cette affaire, c’est l’absence de conscience chez le président de la république des menaces et des enjeux auxquels fait face le pays et qui transparaît de ses faits et gestes, redondants à souhait. La stratégie du train direct qu’il a adoptée depuis la proclamation des dispositions spéciales, le 25 juillet 2021, va-t-elle le mener – et le pays avec lui – dans le mur ? L’enfer, on le sait, est pavé de bonnes intentions.

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