Moungi Bawendi et la question de la double nationalité en Tunisie

La question de la double nationalité ne devrait pas être un critère discriminatoire, comme elle l’est aujourd’hui en Tunisie, notamment dans la législation**, mais un vecteur d’enrichissement mutuel dans un monde plus que jamais interconnecté et  métissé.

Par Khémaïs Gharbi *

C’est avec fierté que les Tunisiens ont appris, mercredi 4 octobre 2023, l’attribution du Prix Nobel de chimie 2023 à l’un de leurs compatriotes, Moungi Bawendi, ou présumé tel.

Citoyen américain, né en France d’un père d’origine tunisienne, Salah Baouendi, scientifique lui aussi, et d’une mère française, Moungi Bawendi est un scientifique de renommée internationale, actuellement professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT) aux États-Unis. Sa carrière exemplaire et ses contributions exceptionnelles dans le domaine des nanoparticules et des points quantiques lui ont valu cette prestigieuse reconnaissance.

Ce prix, qui lui a été décerné conjointement avec un Américain et un Russe, met en lumière le fait que l’excellence transcende les frontières nationales.

Les mérites au-delà de la nationalité

L’histoire de Moungi Bawendi incarne l’importance de reconnaître les mérites au-delà de la nationalité, un sujet au cœur de notre réflexion aujourd’hui.

Il est indéniable que l’attribution du Prix Nobel de 2023 à des binationaux souligne une question fondamentale : la reconnaissance des mérites et des compétences au-delà des frontières nationales. Certains pays ont compris depuis longtemps que les prix, qu’ils soient petits ou grands, doivent être attribués en fonction des réalisations et des contributions significatives des lauréats, qu’ils soient citoyens à part entière ou binationaux.

Dans un monde de plus en plus interconnecté, il est essentiel de reconnaître que le talent, la créativité et l’expertise ne se limitent pas à une nationalité unique. Les avancées scientifiques, littéraires, économiques et artistiques sont le fruit d’une collaboration internationale, où les individus talentueux transcendent les frontières pour apporter des contributions précieuses à l’humanité.

La question de la double nationalité ne devrait pas être un critère discriminatoire**, et pas seulement lors de l’attribution de prix prestigieux. Au contraire, elle devrait être perçue comme une richesse, une diversité qui renforce la qualité des réalisations et des découvertes.

Il est temps que notre pays embrasse cette perspective et sélectionne ses lauréats en se basant sur leur compétence et leur mérite plutôt que sur leur lieu de résidence ou l’absence de la possession d’une autre nationalité.

La voie à une société plus inclusive

Prenons l’exemple du sport : lorsqu’un sportif réalise un exploit, personne ne se soucie de sa résidence, de sa nationalité, ou de son lieu de naissance. On se concentre simplement sur l’exploit qu’il a accompli en franchissant la ligne d’arrivée en premier. Le même principe devrait s’appliquer dans d’autres domaines, que ce soit la science, la littérature, l’art, l’économie ou même la politique.

En reconsidérant nos critères de sélection, nous ouvrons la voie à une société plus inclusive, où les talents de nos compatriotes binationaux, qui brillent à l’étranger, peuvent contribuer pleinement au développement de notre pays. Il est temps de moraliser ceux qui hésitent à reconnaître la valeur des compétences au-delà des frontières nationales et de célébrer l’excellence où qu’elle se trouve.

C’est ainsi que nous pourrons véritablement tirer profit de toutes les compétences qui brillent pour la renommée de notre nation, quelles que soient leurs origines. D’autant plus que les expatriés contribuent énormément aux équilibres financiers extérieurs de notre pays, grâce à leurs envois de fonds, première source de devises étrangères depuis plusieurs années.

* Enseignant supérieur à la retraite, Bruxelles.

** L’article 89 de la Constitution tunisienne promulguée en 2022 par le président Kaïs Saïed stipule: «La candidature au poste de Président de la République est un droit reconnu à tout tunisien ou tunisienne, qui n’est pas titulaire d’une autre nationalité, né(e) de père et de mère, de grands-pères paternel et maternel tunisiens, demeurés tous de nationalité tunisienne sans discontinuité.» Ce qui exclut de fait les binationaux du droit de se porter candidat à la plus haute charge de l’Etat.



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