L’interventionnisme économique des États reprend de plus belle !

Partout dans le monde, les responsables politiques manifestent un regain d’enthousiasme pour prendre possession des entreprises privées. Si les méthodes employées varient, allant de prises de participation limitées par l’État à la nationalisation pure et simple, la tendance générale est sans équivoque.

Imed Bahri

Que ce soit par crainte pour la résilience des chaînes d’approvisionnement, la sécurité nationale, le déclin du secteur manufacturier, la prétendue «cupidité des entreprises» ou une combinaison de ces facteurs, comme c’est souvent le cas, l’État joue un rôle croissant dans l’économie et il est peu probable que cela se termine bien, note le comité éditorial de Bloomberg.

Le retour de la nationalisation malgré ses échecs

L’histoire montre que la propriété publique, forme la plus radicale d’intervention de l’État, est presque toujours vouée à l’échec.

Si les objectifs affichés des acquisitions publiques peuvent parfois être légitimes, une régulation fondée sur le marché, associée au maintien d’une séparation claire entre les entreprises et l’État, demeure le moyen le plus efficace d’atteindre ces objectifs. De plus, les vagues successives de nationalisation se sont souvent soldées par des déceptions, suivies d’un recul progressif de ces politiques.

Il semble que ce soit une leçon de l’histoire qu’il faudra réapprendre. Le gouvernement américain a récemment acquis des participations dans des dizaines d’entreprises, allant de la bio-métallurgie aux semi-conducteurs.

Au Royaume-Uni, le nouveau Premier ministre Andy Burnham entend renationaliser les services publics précédemment privatisés, tels que l’eau, l’électricité et les transports. Ce phénomène s’est répandu à l’échelle mondiale, avec des actifs nationalisés pour une valeur allant jusqu’à 500 milliards de dollars au cours de la dernière décennie.

Les responsables politiques avancent diverses justifications pour accroître l’intervention de l’État dans l’économie. La pandémie de Covid-19 a mis en lumière les risques liés à la dépendance aux approvisionnements étrangers en biens et matières premières essentiels.

Pourquoi l’intervention de l’État fait-elle son retour ?

Aux États-Unis et en Europe, les mouvements populistes attribuent la baisse du niveau de vie au déclin de l’activité industrielle causé par la mondialisation des échanges. Les plaintes concernant «l’exploitation» des consommateurs par certains fournisseurs monopolistiques contribuent également à cette tendance, alimentant le sentiment anti-marché.

Les guerres en Ukraine et en Iran ont renforcé les arguments en faveur d’un contrôle étatique plus strict des investissements stratégiques, fondé sur des considérations de sécurité nationale.

Pour toutes ces raisons, les politiques industrielles de toutes sortes ont repris de l’ampleur, notamment les droits de douane, les subventions publiques, l’orientation de l’activité économique et même la nationalisation.

Cependant, bien qu’il soit important d’encourager l’innovation, de soutenir les industries vitales pour la sécurité nationale, de renforcer l’économie et de réglementer les monopoles pour lutter contre la spéculation, la nationalisation n’est pas l’outil adéquat pour atteindre ces objectifs. En réalité, elle les compromet souvent plutôt qu’elle ne les favorise.

La nationalisation nuit à la concurrence. La raison est simple. Le défi permanent de la politique industrielle est d’éviter de tomber sous l’influence des producteurs, dont les intérêts priment sur ceux de leurs clients et sur l’intérêt général. Or, la nationalisation, loin de résoudre ce problème, l’aggrave, les décideurs politiques devenant de fait leurs propres régulateurs.

Les responsables politiques accordent souvent un soutien financier non déclaré et non justifié, dont les bénéfices profitent à leurs alliés politiques, ou ils compensent les pertes de certains secteurs par des charges fiscales cachées. De plus, les ministères des Finances créent des incitations financières visant à affaiblir la concurrence et à favoriser les entreprises publiques.

Inefficacités et sous-performances chroniques

Comme le confirment des décennies d’expérience, ces politiques finissent par exacerber les inefficacités et engendrer une sous-performance chronique.

Il est vrai que les organismes de réglementation peuvent aussi faillir, comme l’ont démontré certaines privatisations mal gérées au Royaume-Uni. Toutefois, une surveillance réglementaire qui maintient une séparation claire entre l’État et les entreprises garantit une plus grande transparence et une meilleure responsabilisation, augmentant ainsi ses chances de succès.

L’idée selon laquelle le soutien public à certains fournisseurs implique nécessairement une prise de participation au capital pour compenser les contribuables du coût de ce soutien est tout aussi trompeuse.

Si les entreprises subventionnées apportent un avantage public qui serait autrement insuffisant, cela constitue en soi une compensation. Si le fournisseur réalise un bénéfice, il paiera des impôts, ce qui représente une autre forme de compensation.

Si des innovations essentielles sont freinées par un manque de capitaux, l’État peut octroyer des subventions ou des prêts pour remédier à ce problème. La propriété directe des entreprises, avec tous ses inconvénients inhérents, est inutile.

La concurrence et le secteur privé sont les clés de la réussite économique et c’est un fait qu’il est parfois nécessaire de redécouvrir.

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