Marginalisée par le pouvoir exécutif, exclue du dialogue social dont elle fut historiquement l’un des principaux piliers et son influence considérablement réduite sur la scène politique, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) tente d’exister, tant bien que mal, en s’invitant, de temps en temps, dans le débat national, par des déclarations de ses dirigeants à peine relayées par les médias, en attendant des jours meilleurs. (Photo: Slaheddine Selmi, SG de l’UGTT).
Latif Belhedi
L’organisation s’est rappelée au souvenir des Tunisiens, hier, samedi 1er août 2026, en communiquant sur un document de son département d’études intitulé «La Tunisie à la croisée des chemins : défis majeurs et clés pour surmonter la crise», qui souligne le caractère désormais structurel des difficultés du pays.
La Tunisie dispose des ressources nécessaires pour renouer avec la croissance, mais cela nécessite des réformes structurelles, une stratégie économique à long terme et un dialogue national sur les grands choix économiques et sociaux, a-t-elle souligné dans ledit document, qui insiste sur les enjeux clés de la crise : le poids de la dette publique (qui dépasse 80% du PIB), la faiblesse de l’investissement, la dépendance énergétique, notamment du gaz algérien, la perte de pouvoir d’achat, la fuite des compétences et la pression sur les ressources hydriques.
Selon l’UGTT, le rythme de la croissance (entre 1,5 et 2,5 %, bon an mal an) demeure insuffisant pour réduire le chômage et financer adéquatement les services publics.
Au chapitre des recommandations, la centrale syndicale appelle l’Etat à soutenir l’investissement productif, à simplifier les procédures administratives et à développer les énergies renouvelables ainsi que les secteurs à forte valeur ajoutée, en renforçant les liens entre universités, instituts de recherche et entreprises.
Le rapport appelle également à la réforme des entreprises publiques sur la base d’objectifs vérifiables, tout en maintenant le contrôle de l’État sur les secteurs stratégiques. Position du reste partagée par le président de la république Kaïs Saïed, qui rejette catégoriquement toute idée de cession, totale ou partielle, de ces entreprises qui croulent sous les déficits et les dettes et pèsent lourdement sur les finances publiques.
Concernant les ressources en eau, l’UGTT appelle à prendre des mesures contre le gaspillage et prône le recours au dessalement et aux eaux usées traitées.
Les réformes relatives aux subventions, à la fiscalité et aux entreprises publiques, ils ne peuvent être adoptées unilatéralement ; elles doivent faire l’objet de discussions avec les partenaires sociaux et s’accompagner d’une répartition équitable des coûts, souligne l’organisation syndicale, Prix Nobel de la Paix en 2015 pour son rôle important dans la conduite du dialogue national, mais qui peine à retrouver le rôle central qui fut le sien dans le dialogue politique et social dans le pays.
La Tunisie, conclut l’UGTT, peut tirer parti de sa proximité avec les marchés européens et africains, de son capital humain qualifié et de ses infrastructures relativement développées.
Toutefois, la relance dépendra de la capacité à bâtir un nouveau modèle fondé sur l’investissement, la productivité, la bonne gouvernance et la justice sociale.
Vers une réconciliation nationale globale
Intervenant, samedi, dans l’émission ‘‘Houna Tunes’’, sur Diwan FM Ahmed Jaziri — secrétaire général adjoint chargé du département des études et de la documentation au sein de l’UGTT — a souligné que la Tunisie fait face à des défis majeurs et que les conditions nécessaires à un niveau de vie décent ont disparu, notant que les citoyens se plaignent de plus en plus de la cherté de la vie.
M. Jaziri a ajouté que la situation actuelle du pays a incité le département des études et de la documentation de l’Union à présenter le document analytique intitulé «La Tunisie à la croisée des chemins : défis majeurs et clés pour résoudre la crise», dans le but de trouver des solutions aux problèmes de la nation, affirmant : «Le syndicat travaille jour et nuit pour trouver des solutions aux problèmes de la Tunisie.»
M. Jaziri a souligné au passage la nécessité pour toutes les parties concernées par la recherche de solutions à la crise multisectorielle que traverse le pays de s’unir et de parvenir à une réconciliation nationale globale. Rejetant les démarches unilatérales, qui caractérise le pouvoir exécutif depuis le 25 juillet 2021, date de la proclamation de l’état d’exception, il a prôné un dialogue inclusif associant toutes les organisations et la société civile pour faire face à la situation — une crise nécessitant, selon lui, l’instauration de l’état d’urgence pour remettre la Tunisie sur la bonne voie — tout en rappelant que le pays a actuellement besoin de toutes ses compétences professionnelles, dont beaucoup le quittent pour des cieux plus cléments.
M. Jaziri a ajouté que ce message s’adresse à l’actuel gouvernement qui, a-t-il affirmé, refuse d’engager le dialogue avec l’Union et d’autres organisations, insistant sur le fait que la situation exige un effort concerté de toutes les parties.
Tout en soulignant que le syndicat a ses propres idées et sa propre stratégie, et que la Tunisie ne manque de rien, le responsable syndical a affirmé que toute crise peut être résolue et que «les fardeaux partagés sont légers» (comme le dit l’adage).
Par ailleurs, M. Jaziri a soutenu que la mauvaise gouvernance, le manque de suivi et la négligence ont conduit les institutions étatiques à la ruine, citant la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) comme exemple flagrant.
En réponse à ceux qui imputent la crise actuelle du pays au syndicat, M. Jaziri a déclaré que l’UGTT est marginalisée depuis cinq ans et que ses propositions sont restées sans réponse. «Aujourd’hui, on rejette tout sur le syndicat, qui est une force positive et un vecteur de dialogue», a-t-il déclaré, qualifiant cette tentative de rejeter la responsabilité des problèmes du pays sur le syndicat de «fuite en avant» etune tentative d’éluder les véritables problèmes.



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