<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des OMar Ibn Al-Khattab - Kapitalis</title>
	<atom:link href="https://kapitalis.com/tunisie/tag/omar-ibn-al-khattab/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/omar-ibn-al-khattab/</link>
	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
	<lastBuildDate>Wed, 18 Jan 2023 07:32:23 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.8.3</generator>

<image>
	<url>https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/05/cropped-Logo-Kapitalis-32x32.png</url>
	<title>Archives des OMar Ibn Al-Khattab - Kapitalis</title>
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/omar-ibn-al-khattab/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Victor Hugo s’était-il vraiment converti à l’islam ?</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/18/victor-hugo-setait-il-vraiment-converti-a-lislam/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/18/victor-hugo-setait-il-vraiment-converti-a-lislam/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Jan 2023 07:32:21 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Afrique]]></category>
		<category><![CDATA[colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[Dr. Moktar Djebli]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[La Légende des siècles]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mahomet]]></category>
		<category><![CDATA[Victor Hugo]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=6112786</guid>

					<description><![CDATA[<p>Peut-on suivre des chercheurs arabes qui affirment que Victor Hugo s'était converti à l'islam ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/18/victor-hugo-setait-il-vraiment-converti-a-lislam/">Victor Hugo s’était-il vraiment converti à l’islam ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Certains chercheurs arabes ont affirmé que le célèbre poète français du XIXe siècle <a href="https://www.youm7.com/story/2018/2/26/%D9%87%D9%84-%D8%A7%D8%B9%D8%AA%D9%86%D9%82-%D9%81%D9%8A%D9%83%D8%AA%D9%88%D8%B1-%D9%87%D9%88%D8%AC%D9%88-%D8%A7%D9%84%D8%A5%D8%B3%D9%84%D8%A7%D9%85-%D9%88%D8%B3%D9%85%D9%89-%D9%86%D9%81%D8%B3%D9%87-%D8%A3%D8%A8%D9%88-%D8%A8%D9%83%D8%B1/3668553" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Victor Hugo s’était converti à l’islam</a> et qu’il se fît appeler «Abu Baker». Qu’en est-il au juste ?</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr. Moktar Djebli </strong>*</p>



<span id="more-6112786"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/01/Mokhtar-Djebli.jpg" alt="" class="wp-image-6112842" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/01/Mokhtar-Djebli.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/01/Mokhtar-Djebli-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/01/Mokhtar-Djebli-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure></div>


<p>Victor Hugo (1802-1885) a laissé une œuvre imposante, en prose comme en poésie, tels ‘‘<em>Les Misérables</em>’’, ‘‘<em>Notre Dame de Paris</em>’’, ‘‘<em>La Légende des siècles’’</em>&#8230; Ce dernier titre est considéré comme l’un de ses écrits les plus importants. C’est une énorme épopée, dans laquelle il a passé en revue l’histoire de l’humanité depuis Adam jusqu’à son temps, en passant par les prophètes, Moïse, Jésus, Mahomet et les dirigeants et empereurs romains, jusqu’aux sultans ottomans. Ce recueil comprend entre autres deux poèmes célèbres. L’un&nbsp;était dédié au prophète Mahomet, intitulé&nbsp;&nbsp;‘‘<em>L’An neuf de l’Hégire</em>’’, dans lequel il traitait la biographie du prophète de l’islam, en particulier ses derniers moments de vie parmi ses compagnons. Et l’autre a été consacré au 2<sup>e</sup>&nbsp;calife Omar Ibn Al-Khattab, intitulé ‘‘<em>Le</em>&nbsp;<em>Cèdre</em>’’.</p>



<p>Ces deux poèmes, où l’écrivain a montré une certaine fascination pour ces deux figures fondatrices de l’islam, ont amené certains chercheurs arabes à affirmer que Victor Hugo se soit converti à l’islam et qu’il se fît appeler <em>«Abu Baker»</em> ! Or, ce ne fut aucunement le cas. Rien, en tout cas, dans la riche littérature consacrée au poète français, ne le laisse supposer. Hugo n’a jamais embrassé l’islam, et ce pour plusieurs raisons.</p>



<p>D’abord, ce qu’il a relaté dans son poème sur le prophète Mahomet n&rsquo;était qu’une simple narration historique.</p>



<p>Ensuite, et à notre connaissance, il n’y a aucune source française, ancienne ou moderne, qui confirme ou laisse même supposer sa conversion à l’islam.</p>



<p>Par ailleurs, au début de son poème, Hugo décrit Mahomet, en agonie, en ces termes :</p>



<p class="has-text-align-center">&nbsp;<em> «À l’âge de soixante-trois ans, il avait de la fièvre,</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>&nbsp;Il relut le Koran de sa main même écrit»</em>.</p>



<p>Il est clair que, suivant ces deux vers, le poète considère que le Coran a été écrit par Mahomet de sa main propre, ce qu’aucun fidèle musulman sur terre ne s’autoriserait à dire.</p>



<p>En effet, pour les Musulmans, le Saint Coran est la parole de Dieu révélée, et Mahomet, son messager, analphabète, ne sachant ni lire ni écrire, n’avait pour mission que de le transmettre à <em>«toute l’Humanité»</em>.</p>



<p>Ainsi, suivant la tradition musulmane, le Coran, texte sacré, a été recueilli, au fur et à mesure de sa révélation, par les compagnons du Prophète, qui l’ont regroupé et classé en chapitres et sourates.</p>



<p>En outre, Victor Hugo, dans un texte manuscrit, écrit de ses propres mains trois jours avant sa mort, le 22 mai 1885, déclare qu’il croit en Dieu mais rejette les paroles de l’Église et déteste les clergés et les prêtres, sans la moindre allusion à une quelconque autre croyance.</p>



<p>Sur un autre plan, ce qui est surprenant et semble incroyable, surtout venant de l’auteur des <em>‘‘Misérables’’</em>, c’est son attitude vis-à-vis de l’Afrique. En effet, dans un discours prononcé au cours d’une réunion sur le continent noir, le 18 mai 1879, il manifestait, sans ambiguïté aucune, des sentiments de racisme envers les Noirs, du mépris pour l’Afrique et d’une forte sympathie pour la colonisation.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chantre de la colonisation de l&rsquo;Afrique</h2>



<p>Dans cette allocution, il annonçait, par exemple: «<em>L’Asie a son histoire, l’Amérique a son histoire et même l’Australie, elle-même, a son histoire; quant à l’Afrique, elle n’a pas d’histoire»&nbsp;!</em> Il ajoutait : «<em>L’Afrique a besoin de ses colons</em>»&nbsp; et, poursuivait :&nbsp;«<em>Au dix-neuvième siècle, le Blanc a fait du Noir un homme; au vingtième siècle, l’Europe fera de l’Afrique un monde. Refaire une Afrique nouvelle, rendre la vieille Afrique maniable à la civilisation, tel est le problème. L’Europe le résoudra». </em><em>Ou </em>encore, dans ce qui ressemble à une glorification de la colonisation :&nbsp;«<em>Allez, Peuples </em><em>[européens, bien entendu]</em><em> ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la… Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes,&nbsp;Dieu offre l’Afrique à l’Europe. Prenez-la</em>»<em>. </em><em>Avant</em><em> </em>de conclure&nbsp;:&nbsp;«<em>Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et du même coup résolvez&nbsp;vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites&nbsp;! Faites des routes, faites des ports, faites des villes;&nbsp;croissez, cultivez, colonisez, multipliez…</em>».<em>&nbsp;</em>(<em>Cf</em>. ci-dessous, lien 3, site de Radio France Info).</p>



<p>Telle est le côté caché de ce grand écrivain, célèbre pour son humanisme, pour ses attitudes révolutionnaires et pour son amour de la liberté; choses manifestement réservées à la seule Europe&nbsp;et ne dépassent guère ses frontières&nbsp;!</p>



<p>* <em>Ancien professeur à l’université Paris X-Nanterre.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/18/victor-hugo-setait-il-vraiment-converti-a-lislam/">Victor Hugo s’était-il vraiment converti à l’islam ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2023/01/18/victor-hugo-setait-il-vraiment-converti-a-lislam/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>9</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Les ferments de la discorde</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/22/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/22/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Apr 2022 13:17:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Dharr Al Ghifari]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Moussa Al Ach’ari]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Othman]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Malik Ibn AlHarith]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[Othman Ibn Affan]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Saad Ibn Abi Wakkas]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=388578</guid>

					<description><![CDATA[<p>Au bord du puits Aris au fond duquel il a perdu le sceau du prophète, le vieillard aux traits fins parsemés de traces de variole aimait de plus en plus revenir s’asseoir comme s’il espérait par un miracle finir par retrouver la bague du prophète. Par Farhat Othman Ce jour-là, caressant sa barbe fournie, guère...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/22/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Les ferments de la discorde</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Saad-Ibn-Abi-Wakkas.jpg" alt="" class="wp-image-388579"/><figcaption><em>Saad Ibn Abi Wakkas.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Au bord du puits Aris au fond duquel il a perdu le sceau du prophète, le vieillard aux traits fins parsemés de traces de variole aimait de plus en plus revenir s’asseoir comme s’il espérait par un miracle finir par retrouver la bague du prophète.</em></strong></p>



<p> Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388578"></span>



<p>Ce jour-là, caressant sa barbe fournie, guère fleurie depuis qu’il s’était mis à la teindre, Othmane songeait à la sournoise montée des périls autour de lui. Déjà, même sur les fronts de la conquête, les divisions tribales réapparaissaient et les victoires n’étaient plus invariablement au rendez-vous, les troupes musulmanes n’étant plus réputées invincibles. Mais comment la gangrène de la discorde trouva-t-elle un terrain propice au cœur même d’une communauté normalement soudée par sa religion autour de son chef suprême ? Comment cela commença-t-il ? Lancinante était la question dans sa tête. Tout devait avoir débuté en Irak, dans la ville d’AlKoufa.</p>



<p><strong>Certes, il y avait nommé un Omeyyade, Saïd Ibn Al’Ass ; le nouveau gouverneur pouvait cependant se prévaloir d’avoir été élevé par Omar Ibn Al Khattab.</strong> Au vrai, il était jeune, sans l’expérience de ses aînés, notamment parmi les Compagnons du prophète, mais il n’était pas sans un certain savoir-faire et surtout un talent de tribun qui lui valut, d’ailleurs, son surnom d’Éloquent. Il était vaillant aussi et avait de la ruse guerrière. On rapporta ainsi comment, lors de sa conquête de Mazandéran, sur les bords de la mer Caspienne, débaptisée Tabaristane, il obtint la reddition de la population à la condition de ne pas tuer une seule personne et qu’il tint sa parole en faisant passer par le fil de l’épée tout le monde à l’exception d’un seul prisonnier.</p>



<p>Malgré ses qualités, les gens n’aimèrent pas cependant sa prétention et son langage d’injures fleuri ; ne les qualifiait-il pas, sans cesse, de suppôts du désaccord et de la discorde ? Pourtant, Othmane finit par se plier à leurs desiderata en acceptant de le rappeler à Médine et de nommer à sa place l’homme plus âgé et vertueux qu’ils réclamaient : Abou Moussa Al Ach’ari.</p>



<p>Contre l’ancien gouverneur, la révolte a été fomentée par des personnalités de la ville, ses notables et surtout ses lecteurs, ces hommes de religion, mais de guerre aussi, qu’on n’appelait pas encore les encapuchonnés. Se fondant sur leur spécialisation dans la récitation du Coran, ils s’improvisaient ses plus acharnés défenseurs et, surtout, les gardiens zélés d’une certaine conception du Livre sacré conforme à leurs visions des choses, parfois même à leurs intérêts propres.</p>



<p>Certains parmi eux étaient chez le gouverneur qui, dans le feu de la conversation, se permit de leur dénier l’appartenance des terres environnantes, en rattachant la propriété à sa tribu Qoraïch. Il leur était inadmissible et intolérable de toucher à ce qu’ils considéraient comme un bien propre aux tribus de la région, acquis au fil de l’épée et grâce à leur sang versé sur le champ des batailles. Prompts à la riposte, sous son regard même, avant d’être mis dehors, ils s’en prirent à son chef de la police, réussissant à le molester. Prenant ensuite dare-dare la direction de la mosquée, ils ameutèrent les habitants de la ville et se mirent aussitôt à publiquement contester l’autorité du gouverneur. Celui-ci écrivit au calife pour se plaindre : <em>— J’ai auprès de moi des gens se prétendant des récitateurs et qui ne sont que des effrontés ; ils ont malmené le chef de ma police et m’ont manqué de respect.</em></p>



<p><strong>Les notables d’AlKoufa qui osèrent s’en prendre au gouverneur savaient que toute la ville était remontée contre lui. </strong>On ne lui pardonnait pas certaines de ses initiatives, dont la dernière en date fut de diviser par deux les dons publics revenant aux femmes. Dans la rue, vers la fin de son mandat, il était fréquent d’entendre les femmes déclamer leur haine et chanter les mérites de Saad Ibn Abi Wakkas, l’un de ses prédécesseurs appelé, par respect, Abou Ishaq, son surnom :</p>



<p><em>Si seulement Abou Ishaq nous gouvernait !</em></p>



<p><em>Et si seulement pour périr Saïd était le premier !</em></p>



<p><em>Il diminue les droits des nobles dames en se protégeant</em></p>



<p><em>Des lames, des lances acérées du corps de leurs enfants.</em></p>



<p>AlKoufa n’était pas la seule à exécrer Saïd Ibn Al’Ass ; à Médine, nombreuses étaient les personnalités qui ne le supportaient pas. Ali en faisait partie ; il le tolérait de moins en moins, tout comme il commençait à ne plus supporter le comportement du calife disséminant sa parentèle à la tête des services et des provinces.</p>



<p>Tant qu’il fut gouverneur, pourtant, Ibn Al’Ass ne manqua pas d’envoyer au cousin du prophète une part des biens et cadeaux qu’il adressait régulièrement à Médine. Ce jour où il lui fit dire que, hormis ce qui allait au Trésor du calife, il n’avait envoyé à personne d’autres plus que ce qu’il lui faisait parvenir, Ali ne sut retenir sa colère. Dérogeant à son silence habituel, en présence du messager du gouverneur, il se laissa aller haut et fort aux récriminations : <em>— Combien les Omeyyades sont prompts à posséder le patrimoine de Mohamed, que Dieu le bénisse et le salue ! Par Dieu, si seulement j’avais le pouvoir, je les dépouillerais à la manière d’un fauve dépiautant une brebis !</em></p>



<p><strong>Cherchant à réduire la contestation d’AlKoufa, Othmane écrivit aux meneurs leur enjoignant de rallier le front de Syrie</strong> pour participer à la guerre sainte. Ils se plièrent à son ordre et se présentèrent devant son gouverneur de Damas, Mouawiya Ibn Abi Soufiane, l’un de ses rares proches parents à ne pas lui devoir sa place obtenue depuis le règne d’Omar. Diplomate né, ambitieux et disposant de la ruse nécessaire à ses larges visées, Mouawiya les reçut bien. Sollicitant leur coopération, il chercha à désamorcer la crise par la douceur.</p>



<p>— <em>Vous êtes dans un pays dont les habitants ne savent qu’obéir,</em> leur dit-il; <em>je vous demanderais de ne pas discuter avec eux afin de ne pas les faire douter de leur foi.</em></p>



<p>Une forte personnalité, un chef de guerre qui avait pris part à la bataille de Yarmouk était parmi les hommes venus d’AlKoufa. Appelé Malik Ibn AlHarith, surnommé AlAchtar à cause de sa lèvre inférieure fendue, il fut parmi les plus virulents dans la contestation contre le gouverneur de sa ville. Au premier responsable de Damas, il répondit du tac au tac : <em>— Dieu, grand et puissant, a imposé aux détenteurs d’une science l’engagement de la faire connaître aux hommes et de ne pas la dissimuler. Si quelqu’un nous questionne sur ce que nous savons, nous ne le dissimulerons point.</em></p>



<p>Irrité, mais ne perdant pas moins son sang-froid, essayant de se donner, à son habitude, une chance d’atteindre son objectif par la maîtrise de soi, alliée à la patience et à la mansuétude, Mouawiya rétorqua : <em>— J’avais peur que vous ne prépariez ainsi la désunion ; craignez donc Dieu ! </em><em>«Et ne soyez pas comme ceux qui se sont divisés et ne se sont pas accordés après avoir reçu les preuves évidentes».</em></p>



<p>À l’extrait du verset 105 de la sourate <em>«La Lignée Amrâm»</em> par lequel le gouverneur finit sa réplique, l’un des récitateurs renchérit, hautain : <em>— Nous sommes ceux que Dieu a bien guidés !</em></p>



<p><strong>Perdant l’espoir d’arriver à ses fins par la négociation, Mouawiya se résolut de les mettre en prison pour un temps. </strong>Puis, cherchant à faire l’économie de difficultés que son flair d’animal politique lui faisait pressentir, il finit par les éloigner de sa province.</p>



<p>Ils s’en retournèrent dans leur ville où, du haut de la chaire de la mosquée, AlAchtar se mit de nouveau à vilipender Othmane à loisir, rappelant le bon exemple de ses prédécesseurs qu’il violait manifestement. Et c’est en ameutant les habitants d’AlKoufa qu’il réussit à en chasser le gouverneur et le peu de ses fidèles.</p>



<p>Le mécontentement allant partout crescendo dans des provinces où l’on n’arrêtait plus de lui reprocher d’utiliser exclusivement ses parents pour les postes de responsabilité, le vieux calife fut dans l’obligation de changer de politique — ou de faire mine d’en changer — afin de calmer la situation. Aussi proposa-t-il le choix par chaque province mécontente de son propre gouverneur&nbsp;; ce que ne manqua pas de faire AlKoufa, à la décision de laquelle il se plia. Cette concession ne calma la situation qu’un temps ; la contestation d’Irak eut en Égypte un large écho que prolongèrent des troubles au sein des troupes.</p>



<p>Des visages chargés de douloureux souvenirs revenaient à la mémoire d’Othmane et ne cessaient de le hanter. Abou Dharr Al Ghifari était l’un des Compagnons parmi les premiers croyants ; il était réputé pour sa vie de piété, d’ascèse, de mortification et était fort respecté. L’honora-t-il assez ? Autour de cet homme, en Syrie, pauvres, mendiants, gueux et va-nu-pieds, de plus en plus nombreux, se rassemblaient pour l’écouter réciter les dires du prophète. Le gouverneur damascène en eut peur et l’éloigna de sa province, le dirigeant vers Médine. Pour la même raison que son agent, le calife le bannit hors de la cité.</p>



<p>Abou Dharr avait une prédilection pour les propos du prophète blâmant les riches. Alerté par ses prêches virulents, craignant le risque d’émeute devenu réel, Mouawiya le convoqua et lui demanda de lui faire écouter ce qu’il récitait aux foules. Il lui fit une lecture de la fin du verset 34 de la sourate « La Résipiscence » : <em>«À ceux qui thésaurisent l’or et l’argent et ne les dépensent pas pour la cause de Dieu, annonce l’heureuse nouvelle d’un châtiment douloureux».</em></p>



<p>Le gouverneur garda un instant le silence, le temps de se remémorer le début du verset avant d’oser discuter de son sens. Il s’en souvenait parfaitement ; n’avait-il pas été parmi ceux qui consignaient la Révélation pour le prophète ? Il y était dit : <em>«Croyants ! Nombre de prélats et de moines usurpent trop les biens d’autrui par vanité et détournent de la cause de Dieu.»</em></p>



<p>Par-devers ce Compagnon versé dans la science religieuse, doctement, il s’autorisa une interprétation du texte coranique, protestant : <em>— Mais il ne concerne que les gens du Livre !</em></p>



<p>Simple et courte, ne supportant aucune contestation fut la réponse du vieil homme, sûr d’un savoir qu’il tenait d’un compagnonnage assidu et notoire : <em>— Il nous concerne autant qu’eux.</em></p>



<p>Et il prolongea son propos par une attaque en règle contre le gouverneur, son entourage de notables et de riches. Il lui reprocha notamment d’user de subterfuges pour détourner de leurs vrais destinataires les butins et les biens par les musulmans acquis. Au prétexte qu’ils étaient à Dieu, on se les réservait, en usant, en abusant. Et il martela : <em>— Les Riches n’ont point droit à ces biens destinés aux nécessiteux.</em></p>



<p>Avec une pareille assurance et tant de science, l’homme était en mesure de faire se soulever les nombreux déshérités de la province qui le traitaient déjà en saint. Aussi Mouawiya demanda-t-il au calife de le rappeler auprès de lui. Othmane savait bien que le malin fils d’Abou Soufiane lui faisait ainsi un cadeau empoisonné ; mais il ne pouvait lui opposer une fin de non-recevoir. De la famille alliée de Harb – le frère d’Abou Al’Ass, grand-père d’Othmane – Mouawiya était, après la disparition de son frère Yazid, la personne la plus en vue, dont l’avenir était prometteur. Pour cela, dès la deuxième année de son califat, il n’hésita pas à lui permettre de réunir sous sa férule le gouvernement de l’ensemble de la province syrienne.</p>



<p><strong>Recevant l’ascète à Médine, Othmane le pria de rester près de lui en abandonnant le prêche, </strong>lui assurant qu’en sa qualité de prince des croyants, il ne pouvait agir autrement que d’assumer ses devoirs. Ceux-ci consistaient à demander l’obéissance aux gouvernés, à leur recommander la guerre sainte et à leur conseiller l’épargne à la dépense ; en aucun cas, ils ne permettaient d’imposer qu’on fût ascète, qu’on se détournât des biens terrestres ! Martela-t-il. Refusant l’offre, Abou Dharr préféra s’isoler dans le désert, hors de la ville du prophète, pour finir sa vie en solitaire comme ce dernier le lui avait prédit. Le calife pouvait-il faire davantage que lui recommander à se garder de trop s’éloigner de la cité pour ne pas verser dans le nomadisme et mettre à sa disposition un troupeau de chameaux ainsi que deux esclaves ?</p>



<p>Abou Dharr était un homme au caractère aussi revêche que son choix de vie. Ce jour où il revint demander au calife de ne pas se contenter d’accepter que les gens ne fassent pas le mal, mais de les inciter au bien en sa qualité de dirigeant de la communauté, Othmane avait auprès de lui Kaab AlAhbar, l’ami d’Omar.</p>



<p>Quand l’ascète exigea que l’on ne se contentât pas de s’acquitter de l’aumône, mais aussi de faire la charité aux voisins et aux parents, Kaab intervint pour rappeler le principe selon lequel celui qui se conforme au précepte accomplit son devoir. À peine Kaab finit-il de parler qu’il reçut sur la tête un violent coup du gros bâton crochu qu’Abou Dharr avait toujours à la main, l’utilisant comme une béquille&nbsp;; le frappant, Abou Dharr éructait : <em>— Fils de Juive ! Mais qui tu es pour discuter de cela ?</em></p>



<p>Cette blessure ouvrait droit à réparation ou à la vengeance pour la victime. Cherchant à calmer les esprits, le calife obtint de son hôte qu’il lui abandonnât son droit et, pardonnant à son tour à l’agresseur, il le tança à peine quelque peu : <em>— Abou Dharr, crains Dieu et retiens ta main et ta langue !</em></p>



<p>Un autre visage revenait sous les yeux fatigués d’Othmane ; c’était celui d’un homme originaire de la ville d’AlKoufa. Lors du pèlerinage, près de la grande tente d’Aïcha, il le retrouva dans un groupe d’inconnus qui, à son passage, se mirent à le maudire à haute voix. Othmane n’eut pas le courage de s’adresser à tous les hommes, d’affronter leur nombre ; avisant le Koufite qui le dévisageait, il concentra sur lui toute sa fureur : <em>— Tu oses m’insulter, toi !</em></p>



<p>Plus tard, à Médine, mettant la main sur lui, il voulut prendre sa vengeance, jurant de lui donner cent coups de fouet comme s’il avait été coupable d’adultère selon la loi coranique. Les jurisconsultes réussirent à l’en dissuader, mais ne surent rien faire contre sa décision de le priver de la part qui lui revenait normalement du Trésor.</p>



<p>Dans la galerie visuelle des revenants s’invitant aux souvenirs du calife, il y avait aussi ce régisseur des biens de la ville d’AlKoufa, un honnête homme qu’il releva néanmoins de ses fonctions. Il était de sa parentèle, pourtant ; mais il eut le tort de dénoncer des malversations en révélant, un matin, aux habitants de la ville qu’on venait la veille de prélever sur le Trésor une grosse somme sans lui en donner quitus selon l’habitude, un reçu ou un écrit du calife.</p>



<p>Il y avait aussi ce messager qui accepta d’être le porteur d’une liste écrite des récriminations des gens. Ne se retenant plus à la fin de sa lecture, Othmane le poussa par terre et le foula aux pieds en s’écriant : <em>— Sois avili par Dieu et humilié !</em></p>



<p>Dans ses souvenirs, bien distincte était encore la voix de ce pauvre messager qui, bien qu’atteint, gardait ses esprits, lui répondant simplement mais hautainement : <em>— Ainsi, tu humilies Abou Bakr et Omar aussi !</em></p>



<p>Certes, il regretta sa colère et envoya quelqu’un à sa victime lui dire de choisir entre pardonner, prendre le prix du sang versé ou se venger. Mais, à la fois fier et orgueilleux, celui-ci n’accepta aucune des propositions, disant laisser à Dieu le soin de lui rendre justice.</p>



<p><strong>À ses oreilles, le calife avait aussi des vers du poète satirique AlHoutay’a </strong>racontant, à sa manière et par solidarité poétique, les frasques d’AlWalid Ibn Okba, le poète, gouverneur et guerrier :</p>



<p><em>AlHoutay’a témoignera le jour de sa mort,</em></p>



<p><em>Que, d’excuse, AlWalid est bien plus méritant.</em></p>



<p><em>Il leur cria, la prière terminée,</em></p>



<p><em>Je vous en rajoute ? Car, ivre, il était.</em></p>



<p><em>Ils refusèrent, Abou Wahb ; mais s’ils l’avaient autorisé,</em></p>



<p><em>À la Double de la matinée, tu aurais réuni l’Unique de la soirée.</em></p>



<p><em>On te retint la bride alors que tu as couru, et si seulement</em></p>



<p><em>On te l’avait relâchée, tu serais à courir encore.</em></p>



<p>Abou Wahb (AlWalid Ibn Okba), ce frère de par sa mère, très porté sur la boisson, fut nommé à AlKoufa en remplacement d’Ibn Abi Wakkas. Ce dernier était gouverneur de la ville depuis un an quand il se disputa avec son trésorier pour une somme empruntée dont il ne put s’acquitter. Confirmant le trésorier dans ses fonctions, Othmane destitua Saad et nomma à sa place ce parent qui était jusque-là gouverneur d’Omar pour les tribus arabes de la presqu’île. Les gens l’aimèrent bien, d’autant plus qu’il était lettré et généreux. Cela dura cinq ans pendant lesquels le gouverneur n’avait même pas eu besoin de mettre une porte à sa maison, ayant su conquérir le coeur de la masse, faisant bon usage du Trésor, en donnant aux hommes libres aussi bien qu’aux esclaves. On ne manqua pas d’entendre ces derniers le pleurer à l’arrivée de son successeur Saïd</p>



<p>Ibn Al’Ass :</p>



<p><em>Ô malheur ! AlWalid a été destitué ;</em></p>



<p><em>Et vint Saïd pour nous affamer ;</em></p>



<p><em>Il diminue le boisseau, ne sachant rien rajouter ;</em></p>



<p><em>Servantes et esclaves, ainsi, il a affamé.</em></p>



<p><strong>Comme tout homme politique, Ibn Okba ne manquait pas d’ennemis qui voulaient avoir sa peau.</strong> Cherchant le défaut de l’armure pour lui nuire, ils s’attaquèrent à sa vie privée sur laquelle la masse et tous ceux qui l’estimaient en tant qu’homme public fermaient les yeux, considérant que le vice n’était pas à blâmer tant qu’il était caché. On prétendit l’avoir vu présider la prière du matin soûl, faisant trois génuflexions au lieu de deux et, se retournant vers les hommes alignés en rang derrière lui, osant leur dire par bravade : <em>— Et si vous le voulez, je vous en rajouterai !</em></p>



<p>Bien évidemment, on assura aux faits un écho à Médine. Othmane suivit la procédure consacrée; devant la concordance des dires des témoins, il fit subir au coupable — qu’il révoqua — les coups de fouet prévus pour consommation d’alcool. Si, en la matière, son comportement fut sans reproche, le calife n’en sortit pas indemne pour autant ; on pointa ses choix mauvais pour les postes de responsabilité, sa confiance placée en des gens moralement corrompus, prévaricateurs, mécréants et impies.</p>



<p>Irréprochable, Othmane le fut aussi avec Amr Ibn Al’Ass, gouverneur d’Égypte, qui ne ménageait aucun effort, usant volontiers de rouerie, pour mettre la main sur les rentrées fiscales de la province. Pour cause de querelles incessantes avec le nouveau responsable des finances qui lui reprochait de gêner les rentrées fiscales et, qu’en retour, il accusait de casser l’outil de guerre, Othmane commença par lui enlever le service des impôts qu’il confia à un frère de lait avant d’oser le destituer, lui donnant tort dans ce différend. Amr ne le lui pardonna pas. De retour à Médine, portant un manteau fourré de coton yéménite, Ibn Al’Ass se présenta devant le calife, les traits renfrognés, l’œil méchant. Cherchant à le calmer, Othmane lui demanda de quoi était fourré son manteau, et il s’entendit répondre : <em>— De moi, Amr.</em></p>



<p>Saisissant la portée de la colère de cet homme qui n’oubliait pas avoir été à l’origine de son arrivée au pouvoir, mais tentant de l’ignorer, Othmane feignit la naïveté de la bonhomie : <em>— Je le savais bien fourré d’Amr. Je voulais plutôt savoir s’il était de coton ou d’autre chose !</em></p>



<p>Puis, au prix d’un grand effort sur lui-même, le calife se ravisa, décidant de ne pas se laisser intimider. Il fallait lui reprocher ses propos publics acerbes, voire insultants à son égard, ainsi que sa sympathie non dissimulée pour les fauteurs de troubles.</p>



<p>— <em>Que le col de ton manteau a été rapide à fourmiller de poux !</em> Lui dit-il sur son faux ton naïf, parlant volontiers à son tour par parabole.</p>



<p>Mais Amr n’était pas prêt à accepter la moindre critique ; il feignit une innocence revêche, prête à se défendre de toute attaque : <em>— Souvent est inexact ce que rapportent les gens sur leurs gouverneurs ; aussi, sois juste avec tes sujets !</em></p>



<p><strong>Refusant pour une fois de passer pour un idiot du fait de son excès de mansuétude, Othmane continua à se faire violence,</strong> persévérant dans le ton du reproche : <em>— Dieu m’est témoin ! Je t’avais nommé gouverneur malgré tes défauts et les critiques nombreuses à ton égard !</em></p>



<p>— <em>J’ai été un agent d’Omar Ibn AlKhattab et il était parti content de moi,</em> fit Amr, simulant une hautaine indifférence à la colère contenue du calife.</p>



<p>— <em>Par Dieu, si je t’avais châtié pour ce dont Omar te reprocha souvent, tu aurais été droit et probe ; mais j’ai adopté avec toi la souplesse et tu as tout osé contre moi, </em>répondit Othmane désabusé, ne sachant plus manifester une colère qui vite retombait comme un soufflet.</p>



<p>Il voulut bien évoquer sa noblesse et celle de sa famille, en tirer un motif de fierté selon la tradition arabe ; mais, sur ce terrain, Amr Ibn Al’Aass était bien plus fort que lui ; il était un fin connaisseur de la généalogie de Qoraïch et de ses plus nobles lignées.</p>



<p>En le voyant repartir de ce pas rapide des jours de colère, Othmane savait que cet homme qui l’avait pourtant aidé à gagner le pouvoir n’hésiterait pas à tout faire pour l’en déposséder. Et, pour arriver à ses fins, tel qu’il le connaissait, il s’allierait au diable, s’il le fallait ! Il le voyait bien exciter encore plus les gens contre lui et apporter son soutien à Ali, Talha et Azzoubeyr dans leurs critiques de moins en moins détournées et leurs prétentions de plus en plus affichées à prendre sa place. Ainsi, au moment où il en avait le plus besoin, ses plus proches soutiens l’abandonnaient et le raillaient !</p>



<p><strong>Dans les provinces, le nombre de ses détracteurs augmentait et touchait même des figures marquantes de l’Islam.</strong> Il eut beau ordonner à ses agents de faire subir à tout détracteur, quels que fussent son rang et sa qualité, le plus humiliant des traitements, comme de le fouetter cent fois, lui raser la tête et la barbe et le retenir en prison jusqu’à nouvel ordre. Cela ne servit qu’à envenimer la situation. À Médine, nombre d’anciens Compagnons ont écrit des lettres incendiaires à leurs alliés dans les armées aux confins de l’État. Les agents envoyés aux nouvelles dans les provinces étaient depuis peu nettement plus alarmistes que certains de leurs gouverneurs ; ils réussirent à lui faire parvenir une de ces missives. On osait y écrire :</p>



<p><em>«Vous n’êtes sortis qu’afin de combattre pour la gloire de Dieu, Puissant et Grand, et pour mériter de la religion de Mohamed ; or, derrière votre dos, la religion de Mohamed a été pervertie et délaissée. Revenez donc ici redresser la religion bafouée !»</em></p>



<p>Ses principaux gouverneurs rappelés à Médine pour consultation étaient divisés sur le traitement à appliquer. Autour de lui, il y avait tous ses agents auxquels il tint aussi à adjoindre deux de ses anciens gouverneurs, Saïd et Amr Ibn Al’Ass. Manifestement désemparé, il leur demanda : <em>— Conseillez-moi, les gens me veulent du mal et usent de menaces à mon égard.</em></p>



<p>Son gouverneur à Damas fut le premier à prendre la parole : <em>— Je suis d’avis que chacun des commandants de tes armées s’occupe des gens qui relèvent de sa province ; pour ce qui est des perturbateurs de la Syrie, j’en réponds.</em></p>



<p>Un autre lui fit part d’une recette infaillible : <em>— Il faut les mobiliser dans les armées que tu dirigeras vers les pays ennemis où tu les cantonneras ; ils y trouveront de quoi les occuper et te laisseront en paix.</em></p>



<p>Ses hommes se relayaient à proposer leurs solutions ; il en avait entrevu la plupart. L’un d’eux l’étonna, cependant, en se faisant d’une originalité frisant l’irrespect. Il avança une hypothèse à laquelle il n’osa jamais penser et à laquelle il ne s’attendait point venant d’un proche. C’était Amr Ibn Al’Ass qui, sur un ton sévère, visiblement affecté, tenait ces propos des plus étonnants : <em>— Othmane, tu as provoqué les gens avec ta politique familiale. Ils ont dit du mal de toi et tu en as dit autant d’eux. Tu t’es écarté du droit chemin tout comme ils en ont dévié. Sois donc juste et équitable ou alors démissionne ; et si tu le refuses, prends une décision ferme et tiens-toi à elle !</em></p>



<p>Il l’injuria, se demandant juste s’il était sérieux. Il le savait parfois facétieux et souvent roublard ; qu’avait-il en tête en se comportant de la sorte ? Une fois tout le monde parti, l’intéressé ne manqua pas de lui apporter la réponse. Il tint à rester seul avec lui pour s’expliquer : <em>— Tu es bien trop digne pour mériter ce que j’avais osé te dire&nbsp;; mais je savais qu’à ta porte, les gens nous épiaient et arrivaient à s’informer sur la teneur de nos entretiens. Aussi ai-je voulu que leur parvienne mon propos afin de les induire en erreur ; ainsi, ils ne me compteront pas parmi tes soutiens inconditionnels et, de la sorte, je garderai une certaine marge de manœuvre pour pouvoir te venir en aide, le cas échéant.</em></p>



<p><strong>Suivant les recommandations des plus sévères de ses hommes, Othmane mobilisa les contestataires dans les armées</strong> et se proposa même de priver les récalcitrants de ce que leur versait le Trésor. Mais cette réaction était par trop tardive ; elle ne fit qu’enflammer encore plus les provinces et il se sentit obligé de faire marche arrière, de jouer la carte de la conciliation. De la sanction, il passa aussitôt au pardon. C’est ce qu’il fit avec des conspirateurs se réclamant d’Ali, même si l’intéressé les reniait. Il s’agissait des fidèles d’AbdAllah Ibn Saba’a, un juif originaire de Sanaa, au Yémen, converti à l’islam après la mort d’Omar. Il sillonnait le Hijaz puis Basra et AlKoufa, en Irak, ensuite la Syrie et finalement l’Égypte où il s’assurait de l’écoute à ses prêches.</p>



<p>Ibn Saba’a affirmait qu’il serait étonnant de croire que Jésus put revenir à la vie et non pas Mohamed, citant en appui à ses dires un verset (le 85e) de la sourate «Le Récit». Il précisait ensuite que tous les prophètes précédant Mohamed ayant eu un successeur désigné, ce dernier aussi devait en avoir un nécessairement, et c’était Ali. Enfin, il assurait que, si Mohamed était bien le dernier des prophètes, Ali était aussi le dernier des successeurs désignés.</p>



<p>Aussi, il adjurait ses adeptes de hâter le règne d’Ali en critiquant la mauvaise conduite de leurs princes, en incitant les gens au bien et en désapprouvant tout acte illicite. Constituant autour de lui une poignée d’activistes zélés, il diffusa ses thèses par une propagande soutenue à travers les différentes tribus et les habitants des cités. En dressant minutieusement les torts et les injustices des gouvernants, ses fidèles réussissaient, pour le moins, à s’assurer de la sympathie pour leurs convictions.</p>



<p>On mit la main sur deux de ces activistes ; ils soutenaient être venus à Médine pour confondre le calife sur des questions fondamentales essentiellement religieuses et lui faire abandonner ses errements sinon attenter à sa vie. Othmane se hâta d’appeler pour une réunion à la mosquée tous les habitants majeurs de la ville et notamment les Compagnons du prophète. Debout près de la chaire, les deux hommes arrêtés à ses côtés entre leurs gardes, il dénonça leur mission à l’assistance. Alors, dans une mosquée qui semblait unanime dans la réprobation, des cris s’élevèrent : <em>— À mort ! Tue-les, Prince des croyants !</em></p>



<p>Sa nature lui fit choisir la magnanimité ; bon prince, il dit : <em>— Bien au contraire, nous pardonnerons et nous ferons tout l’effort nécessaire pour leur ouvrir les yeux. Nous ne les sanctionnerons pas tant qu’ils n’auront pas enfreint une loi ou manifesté une hérésie. Ces gens prétendent me confondre avec des inepties et je vais vous montrer leurs mensonges.</em></p>



<p>Reprenant les différents points censés servir les deux hommes comme angle d’attaque du calife sur sa pratique religieuse, il les démonta un à un, sollicitant et obtenant chaque fois l’assentiment de l’assemblée. Ali était parmi les présents et approuvait aussi. Pourtant, il s’était souvent fait l’interprète des mécontents ; nombre de fois, il fit des reproches au calife concernant la nomination de ses agents. Un jour, Othmane tenta une parade en citant les noms de certains de ses gouverneurs : <em>— Ils me reprochent de nommer ces parents et de ne pas être comme mon prédécesseur ; mais ne les avait-il pas lui-même nommés&nbsp;? Je n’ai fait que les maintenir en poste. Tu sais parfaitement bien que si Mouawiya est aujourd’hui gouverneur de Syrie, c’est bien Omar qui l’a voulu ainsi.</em></p>



<p>Son cousin, dont l’éloquence était proverbiale, avait parfois les réponses cinglantes ; ce jour-là, elle fut imparable : <em>— Omar tenait en laisse ceux qu’il nommait et, à la moindre incartade, il les sanctionnait de la plus sévère façon. Toi, par contre, tu les as laissés faire ; tu as été faible avec tes parents et ils ont abusé de cette faiblesse. Ainsi, et tu le sais bien, Mouawiya décide de tout sans te consulter en prétendant agir selon tes ordres et en ton nom ; tu n’oses le contredire. Tu sais bien aussi que Mouawiya avait peur d’Omar et le craignait beaucoup, bien plus que ne le redoutait son propre esclave.</em></p>



<p>— <em>Mais ce sont tes parents aussi, que je sache, répliqua Othmane, atteint, tentant une nouvelle parade pour se disculper.</em></p>



<p>— <em>C’est bien vrai ; mais les meilleurs ne sont pas nécessairement parmi eux ! Le cingla Ali, particulièrement cruel.</em></p>



<p><strong>Une autre fois, toujours de la part et au nom des mécontents et des adversaires, Ali revint le voir. </strong>Sa voix grave, aux intonations rigides comme les principes émaillant souvent ses paroles, résonnait encore aux oreilles d’Othmane : <em>— Les gens me harcèlent pour te parler. Par Dieu, je ne sais quoi te dire. Je ne sais rien que tu ne connais et je ne t’apprends rien que tu aurais ignoré. Abou Bakr n’était pas plus digne que toi de servir la vérité ni Omar n’était plus méritant du bien que toi. On ne t’ouvre point des yeux qui seraient fermés ; tu n’es nullement ignorant de ce qu’on t’apprend. Bien évidente et toute manifeste est la voie. Tu sais bien, Othmane, que le meilleur des hommes pour Dieu est un chef de file juste, bien guidé et guidant bien, faisant vivre une tradition connue et mettant un terme à toute nouveauté inconnue ; et tu sais que le pire des hommes pour Dieu est un chef de file qui est dans l’erreur, égaré et égarant, faisant vivre une nouveauté inconnue, mettant un terme à une tradition connue.</em></p>



<p>Son cousin était assez sévère avec lui ; nonobstant, il fit souvent appel à lui pour user de son influence en intermédiaire auprès de ses détracteurs. Outre Ali, il eut aussi recours à quelques bonnes volontés parmi les rares Compagnons qui acceptèrent d’intervenir en sa faveur auprès des troupes armées campant à l’entrée de la ville. Cette intercession permit d’éviter à la cité du prophète d’être profanée par les armes. Mais, à chaque intervention auprès des soldats, à plusieurs reprises, il fallut au calife s’engager à adopter un comportement et faire les plus fermes promesses pour s’y tenir.</p>



<p>Se laissant convaincre de se rendre à la mosquée et d’y faire amende honorable, il y tint, un jour, un discours fort émouvant, s’attirant du coup la sympathie du public. Puis, cédant à la pression de son entourage, davantage adepte des rodomontades et n’ayant en vue que ses propres intérêts, il ne tarda pas à faire volte-face, finissant par se laisser convaincre de ne rien céder de ses droits et de ses privilèges.</p>



<p>Il le reconnaissait volontiers ; il avait vieilli et était devenu facilement influençable. Écoutant tantôt les conseils d’Ali, se rangeant tantôt à l’avis de ses gens, il finit par donner l’impression d’être une girouette, ce qui fit encore plus de tort à sa personne et à la fonction incarnée.</p>



<p>À la mosquée, sur la même chaire où il fit le discours de la contrition et de la pénitence, il en fit un autre tout d’impénitence et de colère. Haranguant la foule réunie à ses pieds, il n’hésita pas à dire, cet autre jour : <em>— Il est pour toute chose un fléau ; à chaque objet, il est un vice. Le fléau de cette nation, le vice de sa prospérité sont ces critiques et ces détracteurs, calomniateurs et diffamateurs qui vous montrent ce qui vous plaît tout en susurrant ce qui vous déplaît. De creux propos, ils vous tiennent que vous répétez comme des animaux ; et eux-mêmes suivent le premier venu haineux, croassant. Vous avez critiqué et voué aux gémonies, venant de moi, ce que vous avez reconnu et admis, venant d’Omar. Vous avez été soumis à lui de gré et de force parce qu’il vous piétinait, vous tenant d’une main de fer, ne manquant pas de vous insulter. Moi, je me suis fait souple et flexible, je vous ai tendu la main et me suis retenu de vous faire du tort, physiquement ou verbalement ; alors vous vous êtes enhardis et vous avez osé vous attaquer à moi. Seulement, je suis bien plus digne que vous ne le pensez. Je ne suis pas dénué de partisans et ne manque pas de soutien ; il suffit que je le demande pour qu’afflue le secours d’armées d’hommes prêts à en découdre. Aujourd’hui, si je vous montre mes dents, c’est que vous m’avez mis dans des humeurs que je ne connaissais pas en me faisant tenir des propos qu’habituellement je ne tiens pas. Alors, retenez vos langues, cessez vos calomnies et arrêtez de diffamer vos gouverneurs&nbsp;; sinon je cesserai de m’interposer entre vous et ceux qui vous materaient si seulement je les laissais agir. Et soyez certains que je ne néglige point vos intérêts autant que ceux qui m’avaient précédé.»</em></p>



<p>Son secrétaire et cousin Marouane Ibn AlHakam se tenait à côté de la chaire. À peine Othmane eut-il fini qu’on le vit se lever et laisser s’exprimer librement dans l’intonation de sa voix et sa gesticulation une détermination farouche à s’accrocher au pouvoir et à ses privilèges : <em>— Et si vous le voulez, nous nous départagerons avec le glaive ! Par Dieu, nous et vous sommes comme dit le poète :</em></p>



<p><em>De notre honneur, nous vous avons pavé le sol ;</em></p>



<p><em>Incommode, vous l’avez trouvé pourtant,</em></p>



<p><em>Un tas de fumier lui préférant.</em></p>



<p>Descendant de la chaire en colère, Othmane le houspilla : <em>— Que tu sois muet ! Ferme-la et laisse-moi avec mes gens ; de quel droit tu t’y immisces ? Ne t’avais-je pas déjà dit de te taire ?</em></p>



<p><strong>Campant aux portes de la ville, les troupes venues d’Égypte étaient prêtes à l’investir </strong>; certains soldats s’y risquaient et annonçaient une arrivée imminente. De nouveau, Othmane fit demander aux intermédiaires habituels d’user de leur influence auprès de ces gens pour les empêcher de troubler la quiétude de la ville du prophète. Certains refusèrent ; Ali accepta et vint le voir. Il lui dit hésiter désormais à lui porter secours ; tant de fois, il le fit pour voir le bénéfice de ses efforts aussitôt annulés par l’influence néfaste de son entourage. Othmane insista, promettant de l’écouter dorénavant. Ali intercéda une nouvelle fois auprès des Égyptiens et réussit cette fois-ci à les éloigner de la ville. Certains dirent même les avoir vus rebrousser chemin vers leur province.</p>



<p>Pour témoigner sa reconnaissance à Ali, Othmane se mit un temps à l’écoute de ses conseils, allant jusque chez lui. Quand ce dernier lui demanda de faire, du haut de la chaire de la mosquée, une adresse publique à ses sujets en vue de prévenir l’éventualité d’autres marches militaires sur Médine, il n’hésita point. Improvisée, l’allocution fut forte en émotion&nbsp;; en parlant, des larmes perlaient dans ses yeux et se retrouvaient aussitôt dans ceux des auditeurs subitement acquis à la cause du calife, gagnés à lui par son excessive humilité. Ce jour-là, Othmane fit de la façon la plus spectaculaire son mea culpa : <em>— Ceux qui m’ont critiqué parmi vous n’ont pas déploré des choses que j’ignorais, car je n’ai nullement rien fait dont je n’étais conscient ; mais je me suis laissé aller à la fatuité et à la fausseté des apparences, y perdant ma raison. Or, j’ai entendu le prophète de Dieu – que Dieu le bénisse et le salue – dire : «Qui faute, qu’il se repente; qui se trompe, qu’il fasse amende honorable et qu’il ne persévère pas dans la perdition; car qui persévère dans l’injustice est bien loin du droit chemin. » Or, je suis le premier à en tirer leçon ; je demande pardon à Dieu de ce que j’ai fait et je reviens à Lui. Je ne suis pas le premier à fauter et à demander pardon. Dès ma descente de cette chaire, que les plus nobles d’entre vous viennent à moi me faire part de leurs opinions. Par Dieu ! Je m’asservirai volontiers comme le serviteur au service de la vérité.</em></p>



<p>Attendris, le prenant au mot, les gens vinrent nombreux chez lui sollicitant une entrevue. Il était honteux, non pas d’avoir eu à reconnaître ses torts, mais de devoir les assumer sans fin face à cette foule de visiteurs perdant patience sur le pas de sa porte. D’autant que ses familiers autour de lui faisaient tout pour lui faire regretter ce qu’ils considéraient comme un pur moment de faiblesse. Le plus critique était son cousin Marouane qui disait : <em>— J’aurais aimé que tu tiennes pareil discours en position de force ; je t’y aurais alors encouragé sans aucun doute. Mais tu as battu ta coulpe quand a débordé la coupe et que la situation, déjà très critique, est devenue désespérée. Dans ces conditions, demeurer dans le péché dont on demande à Dieu pardon est bien préférable à un repentir dont on craint les conséquences. Au demeurant, tu aurais pu te contenter de demander pardon sans reconnaître le moindre péché. Et, comme conséquence à tout cela, voilà à ta porte, comme une montagne, la foule qui t’attend !</em></p>



<p><strong>Othmane ne savait plus quoi faire ; il était las de tout ; surtout, il ne voulait voir personne </strong>; la honte se boit en solitaire. Aussi demanda-t-il à son secrétaire de recevoir à sa place les visiteurs. À peine le quitta-t-il que sa voix se fit entendre, si peu avenante, hurlant même : <em>— Que voulez-vous de nous pour vous réunir tous ici comme si vous veniez à un pillage ? Pensiez-vous nous enlever des mains notre pouvoir ? Allez-vous-en ! Par Dieu ! Si vous vous attaquez à nous, vous nous trouverez et vous le regretterez. Rentrez chez vous, nous ne nous laisserons pas faire !</em></p>



<p>Atterré était Othmane ! Il n’avait pas voulu que ces gens fussent ainsi accueillis ni même renvoyés de chez lui. Voulut-il sortir rattraper la bévue de son secrétaire ? Déjà, il était trop tard pour les ramener. Le mal était fait, bel et bien ! Bientôt, viendra Ali pour, encore une fois, le blâmer et, de nouveau, menacer de ne plus répondre à ses appels au secours. Lassé de ses sautes d’humeur, celui-ci se retint finalement de revenir auprès de lui, se contentant d’envoyer à sa place le petit-fils du prophète, AlHassan, son fils aîné.</p>



<p>Quand on vint à encercler sa demeure, AlHassan était là, devant sa porte, accompagné notamment de son frère AlHoussayn, mais aussi d’autres jeunes dont les fils d’Azzoubeyr et de Talha ; il tenait avec ses compagnons à protéger le calife contre toute agression. Othmane l’avait pourtant rabroué, une fois, l’amenant à déserter les lieux avant d’y revenir quand la situation devant la maison devint sérieuse du fait du siège. Ce jour, le calife était remonté contre Ali et il avait tenu à le dire à son fils : <em>— Ton père croit posséder un savoir que personne ne connaîtrait ; or nous savons ce que nous faisons bien plus que lui. Alors, qu’il arrête !</em></p>



<p>Même s’il n’avait pas rejoint leurs rangs, se gardant bien ostensiblement à l’écart, Ali ne pouvait s’empêcher de sympathiser avec les censeurs du calife au point qu’il se sentit obligé d’agir d’urgence afin de faire baisser l’ardeur sans cesse en ébullition de ses adversaires. Venant d’Égypte, le plus gros des mécontents souhaitait voir le vicariat du prophète confié au cousin du prophète. D’autres, qui les rejoignirent, ne voulaient plus d’Othmane non plus, mais souhaitaient un autre Compagnon. Certains préféraient l’apôtre du prophète, Azzoubeyr; ils étaient originaires d’AlKoufa pour l’essentiel. D’autres, venant surtout de Basra, penchaient pour celui qui était réputé pour sa bonté, le riche Talha, au nom duquel on accolait nombre de qualités morales.</p>



<p>Bien que sensibles aux reproches et aux arguments des révoltés, ces trois Compagnons se gardaient de le manifester publiquement et répugnaient à cautionner les démarches de leurs sympathisants dont ils n’hésitèrent pas à se désolidariser quand leurs chefs firent part à chacun d’eux de leur intention d’investir Médine en vue d’introniser l’un d’eux en lieu et place du calife. Ce triple refus essuyé, les troupes rebelles étaient revenues camper à quelques lieues de la ville. On crut à Médine qu’elles allaient se retirer. À ce moment, Othmane fit appeler le fils d’AlAbbas, l’oncle d’Ali. Quand il arriva auprès de lui, il le trouva en train d’implorer Dieu, répétant, par trois fois, d’une voix chevrotante : <em>— Ô Miséricordieux, aide-moi !</em></p>



<p>Se plaignant de son cousin, il le chargea de lui demander de cesser de le critiquer et de bien vouloir quitter la ville quelque temps. Ali voulut bien le faire, mais le pouvait-il ? Il se sentait encerclé tout autant que lui.</p>



<p>Puis, dans les rues de la cité, des cris ne tardèrent pas à s’élever. Les rebelles avaient fait volte-face; décidant de passer outre l’accord des Compagnons, ils investirent la ville, armés jusqu’aux dents. Le désordre le plus total qui y régnait et l’absence de la majorité des Renforts et des Émigrants, terrés chez eux, permirent aux révoltés de la contrôler rapidement. Ils firent savoir aux habitants qu’il ne serait fait de mal à personne si on ne les attaquait pas.</p>



<p>Le temps passé par les troupes insurgées aux abords de Médine leur permit de vérifier que celle-ci était bel et bien une ville ouverte. L’essentiel de ses défenseurs avait décidé, en effet, de refuser leur secours au calife, espérant le faire pousser, de la sorte, à la démission. Et Othmane ne tarda pas à envoyer un nouveau message à Ali ; c’était un appel au secours, cette fois-ci. Parsemant sa missive de vers, selon la meilleure des traditions et à son habitude d’en réciter régulièrement deux ou trois, il l’appelait à son secours : <em>— La coupe a débordé et même le plus poltron s’est enhardi contre moi ! Viens vite et sois ce que tu veux, pour moi ou contre moi, ami ou ennemi :</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Des mangeurs, sois le meilleur, si je suis à dévorer ;</em></p>



<p class="has-text-align-center"><em>Sinon, accours à moi avant que je ne sois démembré.</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong><em>À suivre&#8230;</em></strong></p>



<p><strong><em>Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières&nbsp;», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/22/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Les ferments de la discorde</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/22/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-les-ferments-de-la-discorde/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Un pouvoir oligarchique</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-pouvoir-oligarchique/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-pouvoir-oligarchique/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Apr 2022 06:22:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[Othman Ibn Affan]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Qoraïch]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=388403</guid>

					<description><![CDATA[<p>Houleuse fut la journée; si elle cristallisa davantage les lignes de fracture traversant la communauté musulmane, elle n’eut pas de suites immédiates. L’acceptation de Talha, dernier conseiller désigné par Omar, conforta le nouveau calife. Par Farhat Othman Au sein de Qoraïch, les partisans d’Ali, tout en regrettant son éviction, respectaient la discipline de leur chef...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-pouvoir-oligarchique/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Un pouvoir oligarchique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Ali-Ibn-Abi-Taleb-1.jpg" alt="" class="wp-image-388404"/><figcaption><em>Ali Ibn Taleb.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Houleuse fut la journée; si elle cristallisa davantage les lignes de fracture traversant la communauté musulmane, elle n’eut pas de suites immédiates. L’acceptation de Talha, dernier conseiller désigné par Omar, conforta le nouveau calife.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388403"></span>



<p>Au sein de Qoraïch, les partisans d’Ali, tout en regrettant son éviction, respectaient la discipline de leur chef de file. D’autres se dédouanaient de ne pas lui avoir apporté leur soutien en rapportant des propos entendus d’Omar manifestant sa réserve à son égard. Certes, celui-ci ne le croyait pas manquer de talent, de piété ou de justice et de grandeur d’âme ; il en serait même par trop pourvu. Non plus il ne le soupçonnait d’avoir une quelconque incapacité de réussir à plier sa tribu à sa volonté ; bien au contraire, il pensait qu’il était à même de la mener sur la juste voie, contre son gré s’il le fallait.</p>



<p>Cependant, il lui trouvait une tendance à volontiers verser dans une sorte de sottise, quelque chose comme de la stupidité qui entacherait un caractère au demeurant fort appréciable et digne d’éloges. Globalement, Ali était perçu bien plus comme un homme de guerre qu’un politicien. Plus âgé, Othmane semblait avoir plus d’expérience politique. Sa richesse et la noblesse de sa famille, qui lui avaient permis de vivre dans l’aisance, lui apprirent à user de ce qui a toujours fait le succès des hommes en compétition sociale ou politique&nbsp;: largesses et souplesse.</p>



<p><strong>Troisième calife dans l’ordre chronologique, Ali était issu d’Omeyya fils d’Abd Chams, le second fils d’AbdManaf</strong>, dont était issu également Hachem, le grand-père d’AbdAllah, père du prophète. Ce dernier était le fils d’Abd AlMouttalib qui eut aussi, entre autres, Hamza, AlAbbas et Abou Talib, le père d’Ali.</p>



<p>Si avec Abou Bakr et Omar, le califat échut à des clans secondaires de la tribu qoraïchite, l’arrivée au pouvoir d’Othmane permettait à sa principale famille d’en hériter, retrouvant du coup la prééminence qu’elle avait avant l’avènement de l’Islam.</p>



<p>Pour Ali qui avait nourri de la déception et même du ressentiment lorsqu’il fut écarté les deux premières fois de la succession de son cousin prophète, cela fut plus facile à supporter qu’à la troisième fois, le rang mineur des deux clans d’Abou Bakr et d’Omar relativisant leur choix. Il en allait différemment avec Othmane ; son choix était forcément lourd de conséquences. Omeyya était une dynastie habituée à gouverner. Abou Soufiane, son chef, petit-fils d’Omeyya, avait la responsabilité de la bannière de la tribu : AlOukab (l’Aigle).</p>



<p>Ainsi, elle reprenait à la dynastie rivale des Hachémites le pouvoir que cette dernière lui avait ravi à l’avènement de Mohamed. Outre le risque que cette famille ne lâchât plus ce qu’elle pouvait considérer comme son dû, Ali avait la plus grande peur qu’elle retrouvât ses mauvaises habitudes préexistant à l’Islam. Sans sous-estimer les qualités d’Othmane, il craignait qu’il ne fût incapable d’exercer le pouvoir de manière neutre comme ses prédécesseurs en se laissant, du fait de sa généreuse nature, aller à favoriser son clan.</p>



<p><strong>Cette crainte, le responsable du choix du nouveau calife, Abd ErRahmane Ibn Aouf, ne l’avait pas.</strong> Il pensait avoir agi en conscience pour le bien de tous. Othmane, du reste, commença son règne comme il l’annonça dans son discours à la mosquée lors de son investiture. Il y dit, notamment : <em>— Vous êtes dans une demeure temporaire&#8230; Que la vie dissimule de la vanité ! Ne la laissez pas vous duper et ne vous laissez pas gagner par la prétention ! Tirez une leçon de l’exemple de ceux qui sont passés, puis appliquez-vous et ne négligez rien, car Dieu vous a à l’oeil. Où sont passés ceux qui ont honoré la vie terrestre, en ont-ils profité ? Ne les a-telle pas vomis ? Rejetez la vie là où Dieu l’a jetée et recherchez l’au-delà&nbsp;!</em></p>



<p>Quand des faits ultérieurs seront venus donner raison aux appréhensions d’Ali, quand Othmane aura réservé le commandement de la plupart des provinces et la responsabilité des plus importantes charges aux siens, leur distribuant en plus biens et faveurs sur le compte du</p>



<p>Trésor public, Ibn Aouf en sera le premier surpris et marri. Certains ne manqueront pas de venir lui faire des reproches, le considérant, en dernier lieu, le premier responsable de la situation. Aussi, n’hésitera-t-il pas à aller voir l’intéressé et à le blâmer. Le retrouvant chez lui, il le tancera : <em>— Je t’avais choisi à la condition expresse de te comporter avec nous comme le firent Abou Bakr et Omar ; or tu n’as pas suivi leur exemple et tu as privilégié tes gens que tu as imposés aux musulmans.</em></p>



<p>— <em>Omar n’honorait pas sa parentèle et moi je le fais volontiers ; il n’y a pas de mal à cela, répondra Othmane sans sourciller.</em></p>



<p>— <em>Puisqu’il en est ainsi, je jure alors par Dieu de ne plus t’adresser la parole.</em></p>



<p><strong>Même lorsque le calife viendra lui rendre visite sur son lit de mort, il ne daignera pas le regarder </strong>et, le visage détourné vers le mur, ne répondra point à ses souhaits de bon rétablissement.</p>



<p>Othmane répétait volontiers que ses prédécesseurs étaient d’inégalables saints; qu’en ce qui le concernait, il vécut toujours dans l’aisance et disposait de moyens pour profiter de la vie sans toutefois faillir à ses devoirs religieux essentiels. Il assumait aussi la conception ancienne que l’individu n’était rien sans sa famille, hors son clan; il se réclamait de la tradition faisant l’individu redevable aux siens d’aide, de soutien et de privilèges.</p>



<p>La période de grâce dont il disposa les premières années de son règne aussitôt finie, on pointa du doigt sa conduite. On lui reprocha, notamment, d’avoir contredit le prophète en recevant chez lui son oncle AlHakam dont il avait pris le fils pour secrétaire. Le pauvre homme qui allait perdre la vue, sentait sa fin proche et souhaitait mourir à Médine. AlHakam Ibn Al’Ass avait été, en effet, interdit de Médine, exilé à Taèf, et Abou Bakr et Omar respectèrent à la lettre ce bannissement. Le prophète le trouvait impertinent, l’accusant d’espionner sa vie privée, d’en faire matière à gloser, à jaser. En plus de braver cet interdit, on déplora qu’il osât gratifier l’intéressé de sommes prélevées sur l’argent public et ce nombre de fois dont la dernière fut l’offrande du cinquième des richesses obtenues à la suite de la conquête de l’Ifriquiya (la Tunisie actuelle et une bande d’Algérie) qui devait normalement être versé au Trésor. On ne lui pardonna pas non plus de lui avoir donné en fief un terrain que le prophète réserva expressément à l’ensemble des musulmans.</p>



<p>Pareilles pratiques ne se limitant pas à ce familier et touchant la plupart des membres du clan omeyyade, les critiques ne cessèrent de se multiplier. Othmane n’en avait cure. Quand, parmi les protestataires à élever la voix, d’anciens Compagnons du prophète se signalèrent, il n’hésita pas à les bannir de Médine.</p>



<p><strong>L’État musulman commençait de fait à changer profondément. </strong>Après les transformations qui avaient touché son apparence, il passait en profondeur par une pleine mutation. Tout en gardant son imperium, la foi se relâchait ; les mœurs n’étaient pas les seules concernées, le pouvoir lui-même changeait ; hors l’apparence, il s’éloignait de plus en plus de l’humilité des débuts pour se doter des attributs de la puissance que sont l’apparat, les richesses et la terreur.</p>



<p>À Médine, de nouvelles pratiques apparaissaient et le jeu à la mode, malgré les interdits, était la chasse à l’arbalète des colombes. Les poètes osaient recouvrer leur liberté de ton et braver les interdits. L’un d’eux, Abd ErRahmane Al Joumahi, ne manqua pas de stigmatiser ce temps d’Othmane gros de périls sous-jacents :</p>



<p><em>Et, par Dieu, maître des vivants, je le jure bien :</em></p>



<p><em>En pure perte, Dieu ne légua rien.</em></p>



<p><em>Des désordres nous furent créés,</em></p>



<p><em>Toi de nous ou nous, avec toi, pareillement éprouvés.</em></p>



<p><em>Les deux Loyaux avaient pourtant posé,</em></p>



<p><em>Sur le droit chemin, un jalon de vérité ;</em></p>



<p><em>Par ruse, ils ne prirent point de pognon</em></p>



<p><em>Ni ne mirent dans le plaisir le moindre picaillon.</em></p>



<p><em>Toi, tu as donné à Marouane le cinquième revenant aux gens ;</em></p>



<p><em>Qu’il est bien loin de leur exemple ton rang !</em></p>



<p>À suivre&#8230;</p>



<p>*<strong> <em>«Aux origines de l’islam : Succession du prophète, ombres et lumières» ; roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient 2015</em></strong>.</p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes: </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="z1oJJ9xH2z"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : L’épreuve de la consultation</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : L’épreuve de la consultation » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/embed/#?secret=f1brVb2gDh#?secret=z1oJJ9xH2z" data-secret="z1oJJ9xH2z" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pW18xgtr2Y"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/embed/#?secret=BK9BxS53sG#?secret=pW18xgtr2Y" data-secret="pW18xgtr2Y" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="KC2VP9J534"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/">Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/embed/#?secret=ijPrnSG2bt#?secret=KC2VP9J534" data-secret="KC2VP9J534" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-pouvoir-oligarchique/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Un pouvoir oligarchique</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/21/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-pouvoir-oligarchique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : L’épreuve de la consultation</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 13:08:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Aïcha]]></category>
		<category><![CDATA[AlHassan]]></category>
		<category><![CDATA[AlHoussayn]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
		<category><![CDATA[Amr Ibn Al’Ass]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Oyhman]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Om Koulthoum.]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Qoraich]]></category>
		<category><![CDATA[Saad Ibn Abi Wakkas]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=388216</guid>

					<description><![CDATA[<p>Chez Aïcha, dans une pièce fermée, les cinq prétendants étaient accompagnés d’AbdAllah, fils d’Omar, comme conseiller sans voix et d’un Renfort, le chef de guerre Abou Talha, faisant office de gendarme; les instructions du calife décédé étaient ainsi suivies à la lettre. Par Farhat Othman On veilla à ne laisser personne trop se rapprocher de...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : L’épreuve de la consultation</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Al-Houssayn-Ibn-Ali.jpg" alt="" class="wp-image-388220"/></figure></div>



<p><strong><em>Chez Aïcha, dans une pièce fermée, les cinq prétendants étaient accompagnés d’AbdAllah, fils d’Omar, comme conseiller sans voix et d’un Renfort, le chef de guerre Abou Talha, faisant office de gendarme; les instructions du calife décédé étaient ainsi suivies à la lettre.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388216"></span>



<p>On veilla à ne laisser personne trop se rapprocher de la maison. Quand, malgré tout, Amr Ibn Al’Ass, alors encore en poste en Égypte, accompagné de son ami AlMoughira Ibn Cho’oba, en charge quant à lui d’AlKoufa, vinrent s’asseoir devant la porte, Saad Ibn Abi Wakkas sortit les prier de partir ; et comme les deux hommes renâclaient à se lever, il n’hésita pas à les chasser à coup de cailloux : <em>— Allez-vous-en ! Leur cria-t-il. Vous vouliez pouvoir dire : nous en étions ; nous fûmes de la consultation !</em></p>



<p>La délibération fut âpre, on ne s’arrêta sur aucun choix et les regards des cinq de plus en plus se concentrèrent sur deux d’entre eux ; ils étaient tous les deux beaux-fils du prophète. Othmane l’était même doublement, ayant épousé en premières noces Rokayya puis, après sa mort, sa sœur Om Koulthoum. Ali, pour sa part, était l’époux de Fatima, mère d’AlHassan et d’AlHoussayn que le prophète chérissait particulièrement.</p>



<p>Après le règne des beaux-pères, on serait à la veille de celui des beaux-fils. Abou Bakr et Omar avaient l’un et l’autre le prophète pour gendre, le premier étant le père d’Aïcha, l’épouse préférée de Mohamed et le second, celui de Hafsa, une de ses épouses.</p>



<p>Comme tous les natifs du signe astrologique du taureau, Mohamed appréciait les bonnes choses, dont les femmes, bien qu’il demeurât d’une totale fidélité à la première – Khadija – épousée alors qu’il avait la vingtaine et décédée quelque trois ans avant son départ de La Mecque pour Médine.</p>



<p>Ali et Othmane étaient des cousins éloignés, le premier étant en plus le cousin germain du prophète&nbsp;; et c’était particulièrement sur cette parenté qu’il se fondait pour affirmer ses prétentions à la succession. De sa paternité, il tirait une légitimité supplémentaire, AlHassan et AlHoussayn ayant été considérés par le prophète comme ses propres fils, lui qui, en dehors de trois garçons morts en bas âge, n’eut que des filles – quatre en tout – toutes issues de sa première épouse.</p>



<p>Opposés dans la compétition pour le pouvoir, appartenant à deux clans parents, mais traditionnellement déchirés par la sempiternelle question de la primatie tribale, ils étaient physiquement très différents aussi. De taille à peine au-dessus de la moyenne, Othmane avait les traits clairs et réguliers, légèrement marqués de la petite vérole. Ses épaules étaient larges et sa barbe bien fournie qu’il ne manquait jamais de teindre. Le milieu de sa tête était dégarni et, tout autour, longue et lisse était sa chevelure, flottante et grisonnante. Très brun, plutôt petit de taille, Ali était chauve et ventru et avait les yeux grands aux paupières lourdes.</p>



<p>Décidés étaient l’un et l’autre ! De ce qu’ils considéraient leur droit, ils ne voulaient rien céder ; et leurs trois concurrents ne voulaient pas être en reste. Aussi, serrés et tendus étaient les débats ; leur issue n’apparaissait pas évidente. Abou Talha, l’observateur qui faisait office de gendarme, en était tout étonné :</p>



<p><em>— J’avais bien plus peur que vous rejetiez la responsabilité du pouvoir que vous ne vous la disputiez ! Par celui qui nous a ravi Omar, non ! Vous n’aurez pas un jour de plus des trois qu’il avait décidés.</em></p>



<p>La situation était dans une totale impasse quand Abd ErRahmane Ibn Aouf osa une suggestion. Bien qu’il ne se retînt pas de participer aux discussions afin de contrecarrer les ambitions de certains, il était le moins désireux de ce pouvoir, objet de toutes les convoitises.</p>



<p><em>— Qui est prêt à se désister pour se charger de désigner le meilleur d’entre vous ?</em></p>



<p>Personne ne répondit. Il osa alors se proposer entraînant aussitôt une réaction positive d’Othmane :</p>



<p><em>— Je suis le premier à l’accepter. J’ai entendu le prophète dire « Abd ErRahmane est digne de confiance sur terre et au ciel»</em>.</p>



<p>À l’exception d’Ali qui gardait le silence, tous les autres acceptèrent. Alors, Abd ErRahmane Ibn Aouf s’adressa à lui :</p>



<p>— Qu’en dites-vous, Abou AlHassan ?</p>



<p><em>— Donne-moi l’engagement que tu opteras pour la vérité, que tu ne suivras pas la passion, que tu ne privilégieras pas ta parentèle et que tu ne manqueras point de conseiller au mieux la communauté.</em></p>



<p>S’adressant à l’ensemble de l’assistance, Abd ErRahmane Ibn Aouf dit en guise de réponse :</p>



<p><em>— Donnez-moi vos engagements d’être avec moi contre quiconque se rétractera et d’accepter ce que je vous aurai choisi.</em></p>



<p>L’issue semblant honorable à chacun, Ibn Aouf eut l’accord de tous les cinq qui le quittèrent plutôt satisfaits. Commençant aussitôt ses consultations, il demanda à voir Ali en aparté et lui demanda :</p>



<p><em>— Tu es le plus digne de cette charge eu égard à ta parenté, ton antériorité à embrasser l’islam et le bon exemple que tu donnes. Mais qui de ceux-là et après toi tu l’en penses digne ?</em></p>



<p><em>— Othmane</em>, répondit-il.</p>



<p>Se retrouvant ensuite avec Othmane, il eut de lui une réponse équivalente à celle d’Ali qui serait le méritant du pouvoir après lui. Il se réunit ensuite en tête-à-tête avec Saad Ibn Abi Wakkas à qui il demanda son préféré. <em>«Othmane»</em> répondit-il. Azzoubeyr Ibn AlAwwam, à qui il posa la même question, fit une réponse similaire.</p>



<p>En coulisses, les tractations allaient bon train. Ali avait les plus sérieuses craintes ; il appréhendait surtout que ne se liguent contre lui Ibn Aouf, Ibn AlAwwam et Ibn Abi Wakkas. Accompagné de ses deux fils AlHassan et AlHoussayn, il alla voir ce dernier :</p>



<p><em>— Au nom de la parenté avec le prophète de mes deux fils que voilà et de tes liens avec mon oncle Hamza, je t’implore de ne pas être contre moi, l’auxiliaire d’Abd ErRahmane en faveur d’Othmane ; je te suis bien plus proche que ce dernier.</em></p>



<p>Trois nuits durant, la cité vécut dans une étrange atmosphère, inconnue jusque-là, grosse d’appétits réveillant les rivalités ancestrales d’un assoupissement qu’on prenait pour mort, remettant au goût du jour les sentiments exécrables entretenus par les clans jaloux de leurs prérogatives et assoiffés d’autorité, de commandement, ou du moins du prestige qui en était le corollaire.</p>



<p>Ignorant l’agitation autour de lui, Abd ErRahmane Ibn Aouf cherchait à agir consciencieusement, avec méthode. Il passa ses jours et la majeure partie de ses nuits à faire le tour des notables de Qoraïch les sondant un à un sur leurs préférences. Elles allaient presque toutes vers Othmane et cela ne le surprenait point. L’homme était, en effet, riche, généreux et affable ; à Qoraïch, on avait même coutume de dire&nbsp;: « Je taime, par Dieu, de l’amour que porte Qoraïch pour Othmane ».</p>



<p>Cela lui rappelait ce qu’avait dit un jour Omar au neveu d’Ali, Ibn AlAbbas, l’oncle du prophète. Ces paroles résonnèrent souvent dans sa tête à l’occasion de ses consultations.</p>



<p><em>— Sais-tu, Ibn AlAbbas, pourquoi votre communauté vous refuse le mérite de la gouverner alors que vous appartenez au cercle intime du prophète ? Elle trouve que vous l’avez surpassée par la prophétie et se dit que si vous y ajoutiez le califat, il ne lui resterait rien ; et c’est ce qu’elle ne peut tolérer.</em></p>



<p>La veille du troisième jour, Ibn Aouf ne dormit pas ; il veilla à consulter encore et toujours. Au petit jour, à l’arrière de la salle de prière de la mosquée, il s’entretint avec Azzoubeyr Ibn AlAwwam auquel il demanda s’il voulait laisser l’affaire se jouer entre les fils d’AbdManaf; Azzoubeyr ne refusa pas, mais dit réserver la chance lui revenant pour Ali.</p>



<p>S’isolant ensuite avec Saad Ibn Abi Wakkas avec lequel il se sentait une certaine proximité, jugeant cet homme – qui, tout comme lui, n’avait ni parents ni enfants – droit et intègre, il lui dit :</p>



<p><em>— Nous sommes tous les deux sans héritiers ; nous ne pouvons qu’être désintéressés. Laisse-moi choisir pour toi !</em></p>



<p><em>— Si c’est pour te choisir toi-même, alors bien volontiers ; si c’est pour choisir Othmane, alors je lui préfère Ali, répondit Saad.</em></p>



<p>Les deux principaux candidats pressentis n’avaient pas manqué d’efforts pour maximiser leurs chances. Si Othmane, grâce au poids de sa famille dans la tribu, avait rallié la quasi-unanimité des notables de la ville, Ali réussit à augmenter ses appuis au sein du groupe de la consultation en usant de la corde sensible du mérite de sa lignée. Abd ErRahmane Ibn Aouf ne l’ignorait pas. Il se trouvait devant un dilemme : soit écouter le choix des principales têtes de la communauté et nommer Othmane, soit comptabiliser les votes des consultants et faire passer Ali.</p>



<p>Malgré son désintéressement et sa loyauté à s’acquitter de la charge qui lui incombait, il ne pouvait s’empêcher d’être pessimiste quant au sort de la fonction de calife, jugeant d’avance le futur responsable des intérêts de la communauté dans l’incapacité d’égaler l’exemple de ses prédécesseurs. Il résuma cette pensée dans une parabole qu’il eut en réponse à Ibn Abi Wakkas quand celui-ci conditionna son désistement par sa propre candidature :</p>



<p><em>— Je me suis vu dans un verger herbu et verdoyant quand un bel étalon noble et digne est venu à y passer ; il le traversa comme une flèche sans que rien des richesses environnantes ne l’arrêtât. Il fut suivi par un chameau qui marcha sur ses traces jusqu’à la sortie ; puis un pur-sang fort et robuste passa tirant sa bride, se tournant à droite et à gauche, mais allant toujours dans le sens des deux précédents jusqu’à quitter le verger. Un quatrième arrivant, un chameau, entra enfin dans le verger et se mit à paître. Par Dieu, non ! Jamais je ne serai ce quatrième chameau-là ! Après Abou Bakr et Omar, personne ne saura rallier l’assentiment des gens !</em></p>



<p>Ainsi conditionnée, sa vision le conduisait à se fixer des repères pour se faire un choix. Dans l’entourage d’Othmane, l’un des hommes réputés les plus malins de sa génération était aux aguets comme à son habitude. Amr Ibn Al’Ass surveillait les gestes et les paroles du préposé au choix du futur calife et réussit à décoder son système de pensée.</p>



<p>À la veille du jour décisif, toute la nuit d’Ibn Aouf passa à nouveau en conversations confidentielles, d’abord avec Ali, puis avec Othmane. Avec ce dernier, il resta jusqu’à l’appel à la prière du matin ; avec le premier, il ne fit ni ne dit rien de nature à ébranler sa certitude d’être l’élu.</p>



<p>La prière matinale venait de se terminer ; dans la mosquée, les pronostics allaient bon train avec, apparemment, un net avantage pour le cousin du prophète. Les uns soutenaient qu’il était le seul à pouvoir éviter la division des musulmans, sa lignée, mais aussi ses propres qualités humaines et sa connaissance approfondie du Coran militant en sa faveur et lui assurant une obéissance générale. Les autres rappelaient le poids de la tribu de Qoraïch et particulièrement celui de la famille d’Othmane, affirmant qu’il n’y avait pas de meilleur choix que celui d’Othmane pour éviter la division des musulmans.</p>



<p>Pleine à craquer était la mosquée et impatients étaient tous les présents de connaître le choix final. Abd ErRahmane Ibn Aouf arborait le turban que lui avait offert le prophète ; il avait réuni autour de lui les quatre hommes du groupe de la consultation et tenu à ce que tous ceux qui comptaient parmi les Émigrants et les Renforts fussent présents ainsi que les chefs des armées de conquêtes de passage en ville.</p>



<p><em>— La prière en réunion !</em></p>



<p>Le cri de rassemblement pour tout événement majeur venait d’être hurlé et l’on sentit la mosquée trembler ou presque. Les clans de Hachem et d’Omeyya étaient très fébriles ; dans leur soutien inconditionnel à leur chef de file, ils n’étaient pas loin d’en venir aux mains.</p>



<p>Sur la première marche de la chaire se tenait Ibn Aouf ; Saad Ibn Abi Wakkas était debout, à côté. En stratège avisé, habitué aux situations explosives, il s’adressa à lui, le pressant d’en finir. De ses mains, l’interpellé demandait le silence, sans oser encore parler.</p>



<p>— Ne tarde plus ou ils vont se laisser aller aux pires excès !</p>



<p>Dans le bruit environnant, Abd ErRahmane se mit alors à invoquer le nom de Dieu, se raclant la gorge à plusieurs reprises. Comme par enchantement, le silence se fit soudain et on l’entendit dire à voix haute :</p>



<p><em>— J’ai observé et consulté et vous recommande de ne point céder au péché de la discorde.</em></p>



<p>Puis, s’adressant à Ali qui se tenait à sa droite, lui prenant la main, il demanda :</p>



<p><em>— Prends-tu devant Dieu l’engagement de n’agir que selon le livre de Dieu, la tradition de son prophète et la pratique de ses deux califes ?</em></p>



<p><em>— J’agirai selon le degré de mon savoir et de mes efforts, répondit Ali.</em></p>



<p>Il se tourna alors vers Othmane, debout sur sa gauche, et lui posa la même question après lui avoir pris de même la main. Pour toute réponse, il eut simplement un oui net et direct, presque timide, dit du bout des lèvres.</p>



<p>Levant à ce moment-là haut la tête et les mains sans relâcher celle d’Othmane, il déclara aussitôt : <em>— Dieu m’est témoin ! Je place la responsabilité qui m’incombait autour du cou d’Othmane que je choisis.</em></p>



<p>Ali devint tout d’un coup rouge de colère ; surpris et désappointé, on l’entendit protester à haute voix : </p>



<p><em>— Tu l’as favorisé ! Ce n’est pas la première fois que vous vous mettez de connivence contre nous.</em></p>



<p><em>— Ali, ne te laisse pas gagner par la colère ! Rétorqua Ibn Aouf. J’ai observé et consulté les gens ; ils ne trouvaient personne à la hauteur d’Othmane.</em></p>



<p>Ali ne répondit point, lui tournant le dos, s’en allant déjà, essayant de fondre les masses qui s’agglutinaient autour de la chaire sur la première marche de laquelle se tenait désormais le nouvel élu. Il marmonnait : <em>— Toute destinée arrive à une fin !</em></p>



<p>Mais, récité tout haut, un verset du Coran rappelant le serment de fidélité prêté par les musulmans à leur prophète à un moment critique de l’histoire de la religion naissante le fit revenir en arrière :</p>



<p><em>«Ceux qui te prêtent serment d’allégeance le prêtent en fait à Dieu ; par-dessus leurs mains est la main de Dieu. Quiconque se parjure, c’est seulement à son détriment qu’il se parjure ; et celui qui tient son engagement, Dieu le gratifiera d’une récompense sublime.»</em></p>



<p>Avec ce dixième verset de la sourate de La Conquête (Al Fath), Ibn Aouf réussit à ramener Ali vers la chaire et le vit donner la main à son concurrent puis partir précipitamment sans s’empêcher de répéter rageusement :</p>



<p><em>— C’était un piège ; et quel piège !</em></p>



<p>Entre une forte minorité osant montrer sa joie et une majorité des présents, turbulente et excessive dans sa colère, la mosquée était sens dessus dessous. Ibn Aouf avait l’air ébahi ; il gardait cependant ses certitudes. À l’un de ses proches compagnons qui commentait son choix, lui reprochant d’avoir délaissé celui qui était capable d’user de justice et de vérité, il jura avoir essayé de servir au mieux les intérêts de la communauté. Son interlocuteur n’était pas convaincu et continuait :</p>



<p><em>— Je suis étonné comment Qoraïch délaisse un homme aussi noble, aussi juste et savant, aussi respectueux de la vérité. Ah ! Si seulement j’avais des hommes armés avec moi !</em></p>



<p><em>— Crains Dieu et ne te laisse pas aller à susciter des troubles ! Lui recommanda simplement Ibn Aouf.</em></p>



<p>À l’écart de la foule, l’air goguenard, l’oeil de malice pétillant, un homme ne se pressait pas pour donner sa voix à Othmane ; se frottant les mains, il savourait la réussite de son stratagème. À son habitude, Amr Ibn Al’Ass usa de sa science et réussit au-delà de tout espoir.</p>



<p>Lors des précédents jours, feignant d’agir pour ses intérêts, il s’évertua à convaincre Ali d’adopter la stratégie gagnante qu’il lui proposait. Prétendant qu’Abd ErRahmane Ibn Aouf était un homme réfléchi et posé, prisant plus la diligence et l’effort, les considérant comme la meilleure assurance pour mener à la vérité qu’une décision et une résolution souvent porteuses d’erreurs et de précipitation, il lui déconseilla de faire montre de sa détermination habituelle et de sa volonté débordante. Dans le même temps, à Othmane, il conseillait de se départir de la souplesse et de la flexibilité le caractérisant pour montrer davantage de volonté et de fermeté.</p>



<p>Plus tard, dans la journée, arriva enfin Talha, le dernier des six choisis par Omar. On l’informa du choix d’Othmane. Bien conseillé, ce dernier n’exigea pas de lui son accord, lui laissant la liberté de refuser, se disant même prêt à se désister en cas de refus. Talha vérifia seulement si tout Qoraïch avait accepté son choix, si tout le monde l’avait choisi et, fataliste, laissa tomber : <em>— J’accepte aussi ; je ne refuse point ce sur quoi les gens se sont réunis.</em></p>



<p>Othmane venait de s’assurer définitivement de la charge de deuxième prince des croyants, troisième vicaire du prophète ; il avait 72 ans. On était en l’an 23 de l’hégire, 644 de l’ère chrétienne.</p>



<p class="has-text-align-right"><em><strong>À suivre&#8230;</strong></em></p>



<p><em><strong>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières&rsquo;&nbsp;», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</strong></em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : L’épreuve de la consultation</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/19/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-lepreuve-de-la-consultation/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Le lourd héritage du pouvoir</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Apr 2022 12:51:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ali]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[Othman]]></category>
		<category><![CDATA[Qoraïchites]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=388082</guid>

					<description><![CDATA[<p>Kapitalis poursuit la publication du roman feuilleton ramadanesque racontant la mort du prophète Mohamed, les péripéties de sa succession, les divisions auxquelles elle a donné lieu parmi les proches compagnons du messager de l&#8217;islam, la stabilisation du pouvoir et la fondation d&#8217;un Etat et son expansion au-delà de la presqu&#8217;île arabique où il est né....</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Le-prophete-Mohamed-et-son-epouse-dans-une-miniature-persane.jpg" alt="" class="wp-image-388086"/><figcaption><em>Le prophète Mohamed et son épouse dans une miniature persane.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Kapitalis poursuit la publication du roman feuilleton ramadanesque racontant la mort du prophète Mohamed, les péripéties de sa succession, les divisions auxquelles elle a donné lieu parmi les proches compagnons du messager de </em></strong> <strong><em>l&rsquo;islam, la stabilisation du pouvoir et la fondation d&rsquo;un Etat et son expansion au-delà de la presqu&rsquo;île arabique où il est né.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-388082"></span>



<p>On avait fait venir le médecin; son verdict était sans appel. Les Émigrants et les Renforts venaient rendre le dernier salut au calife avant la fin si proche. Avec eux, il y avait son ami Kaab AlAhbar; quand il le vit entrer, Omar ne se retint pas de scander :</p>



<p><em>Et Kaab me promit trois jours qu’il avait préparés ;</em></p>



<p><em>Sans nul doute, ce que m’a dit Kaab était bien fondé.</em></p>



<p><em>À la mort, je ne prends garde ; je finis bien par décéder ;</em></p>



<p><em>Mais du péché, je me garde ; car il entraîne le péché.</em></p>



<p>Sans illusion sur sa fin, toute proche, son entourage lui demanda de penser à son testament politique ; il répondit que c’était déjà fait. Omar voulait désigner à sa place son compagnon Abd ErRahmane Ibn Aouf. Comme le prophète, comme Abou Bakr, il pensait faire accéder à la charge suprême celui qui fut chargé de la prière par le chef de son vivant. Il l’appela près de lui et dit :</p>



<p>— <em>Je veux te confier cette charge.</em></p>



<p>— <em>Prince des croyants, je veux bien si telle responsabilité est à conseiller, répondit Ibn Aouf, réticent.</em></p>



<p>— <em>Que veux-tu savoir, exactement ?</em></p>



<p>— <em>Par Dieu, je te demande si tu me la conseilles ?</em></p>



<p>— <em>Sincèrement, non.</em></p>



<p>— <em>Alors, jamais je ne l’assumerai.</em></p>



<p>Respectueux de ce refus qu’il comprenait et appréciait, dont il était même satisfait, n’attendant rien d’autre de son fidèle compagnon, Omar lui demanda de garder le silence jusqu’à ce qu’il eût arrêté sa décision.</p>



<p><strong>Parmi un certain nombre de gens dont le prophète était content à sa mort, Omar résolut de faire son choix. </strong>C’était une poignée de personnes, toutes de Qoraïch et des premiers Compagnons du prophète. Une à une, il les fit venir auprès de lui et leur fit des recommandations, notamment de ne pas imposer leur tribu ou la favoriser. Il connaissait trop les traditions des siens et leur solidarité clanique quasi atavique, aussi bien dans le bien que dans le mal, pour en redouter non seulement la résurgence mais aussi et surtout les excès.</p>



<p>De chacun de ces hommes, il avait une idée précise ; il les voyait presque tous attirés par le pouvoir et impatients de l’exercer. Loin de sous-estimer leurs qualités, il ne trouvait pas moins un défaut à chacun, une faille au moins dans le caractère ou le comportement. Ils n’étaient pas aussi parfaits qu’un Abou Obeïda Ibn Al Jarrah par exemple qu’il aurait volontiers désigné pour lui succéder. Hélas ! sur les terres de conquête, le commandant en chef des armées de Syrie était mort de la peste.</p>



<p>Son fils, AbdAllah, était réputé pour sa piété ; on le lui suggéra, mais il refusa fermement, estimant qu’il était suffisant pour sa famille que l’un de ses membres eût déjà à répondre devant Dieu de ses actes et de leur justesse.</p>



<p>Dans son intime conviction, il pensait que le ralliement des Arabes, conduits par leur principale tribu Qoraïch, sans laquelle rien de durable ne pouvait se décider, ne se ferait qu’en faveur des descendants d’AbdManaf. C’était l’ancêtre commun de la famille des Hachem et de celle des Omeyya ; la première étant prestigieuse du fait de l’appartenance du prophète et la seconde noble grâce à sa richesse, son pouvoir et son ascendant sur Qoraïch remontant loin dans le temps.</p>



<p><strong>Aussi, voyait-il Ali et Othmane les mieux placés pour lui succéder. </strong>Chez Ali, plus jeune et moins riche, il regrettait du badinage pouvant se résoudre en sottise. Il le trouvait malgré tout le plus apte à conduire les musulmans sur le droit chemin car, chez Othmane, plus âgé et plus aisé, il regrettait une trop grande souplesse.</p>



<p>Envisageant sérieusement de désigner Ali, il ne se décida finalement point. Quand, entouré par les hommes par lui pressentis pour lui succéder, il fit part de son testament politique et révéla par un signe cette hésitation :</p>



<p>— <em>J’ai bien pensé confier vos affaires à un homme avec l’espoir qu’il vous conduise de gré ou de force sur la juste voie, dit-il, la main dirigée dans la direction d’Ali ; mais j’ai finalement résolu de ne pas assumer mort cette lourde responsabilité après l’avoir supportée de mon vivant.</em></p>



<p>Omar était perclus par la peur d’avoir failli à ses responsabilités et de devoir en répondre devant Dieu. Durant ses derniers instants d’agonie, à un moment où il n’y avait avec lui que des intimes, il demanda à son fils AbdAllah de le placer par terre, la joue sur le sol.</p>



<p>Ni son fils ni aucun des présents ne bougèrent pour satisfaire cette terrible exigence ; sa lourdeur les tétanisait. Cela ne l’empêcha pas d’arriver à la position souhaitée par lui-même et de se mettre à gémir, tandis que son sang se remettait à couler :</p>



<p>— <em>Malheur à Omar et à sa mère si Dieu ne pardonne pas à Omar !</em></p>



<p><strong>En décidant de se libérer de la responsabilité du choix de son successeur, Omar la laissa en consultation à un groupe restreint de Qoraïchites</strong> qui étaient notoirement connus pour avoir été nommément cités par le prophète comme figurant parmi ceux qui avaient d’ores et déjà acquis leur place au paradis.</p>



<p>Ils étaient six. Outre Ali et Othmane, il y avait Abd ErRahmane Ibn Aouf et Saad Ibn Abi Wakkas, tous deux oncles du prophète, Azzoubeyr Ibn AlAwwam, son cousin – fils de sa tante – réputé aussi pour être son apôtre et enfin Talha Ibn ObeïdAllah qu’on surnommait aussi Talha la Bonté.</p>



<p>À part ce dernier, absent de Médine, ils étaient tous autour d’Omar. Il leur demanda d’aller délibérer sur le choix de l’un d’eux sans trop s’éloigner. D’une pièce voisine, on ne tarda pas à entendre s’élever leurs voix ; ils se disputaient et leur querelle s’envenimait, chacun excipant de ses titres à briguer la fonction.</p>



<p><strong>Entendant la dispute, Omar en était très affecté, mais ne disait rien, posant de temps en temps la tête sur l’oreiller, </strong>plus alourdie par ce qui blessait ses oreilles que par les douleurs de la fin proche. Debout à son chevet, son fils AbdAllah déplora à sa place :</p>



<p>— <em>Dieu soit loué ! Le prince des croyants n’est pas encore mort et ils se disputent déjà !</em></p>



<p><em>Et il l’entendit murmurer, parlant du pouvoir et d’Ali :</em></p>



<p>— <em>S’ils le confient au chauve, il saura les conduire sur la bonne voie.</em></p>



<p>— <em>Mais qu’est-ce qui vous empêche de le lui confier, lui demanda-t-il ?</em></p>



<p>— <em>Je déteste assumer cette responsabilité aussi bien vivant que mort, laissa-t-il tomber d’une voix fluette.</em></p>



<p>Puis, après un instant de silence, au prix d’un effort lui faisant manifestement très mal, il réussit à se ressaisir ; il rappela les intéressés et leur demanda d’attendre sa mort pour se décider. Il leur donna, ainsi qu’à des personnes de confiance chargées de veiller à l’aboutissement de la consultation, des instructions claires censées éviter les divisions. Fidèle à sa nature, ses recommandations étaient des commandements et ses instructions avaient la forme d’un ultimatum.</p>



<p>Il leur demanda d’obtenir l’accord d’Aïcha pour se retirer dans une pièce de sa demeure et de s’y choisir l’homme devant lui succéder. Il ne leur donnait pas plus de trois jours pour aboutir à un accord, le nouveau prince des croyants devant avoir été désigné au plus tard le quatrième jour. Son fils, qui en aucun cas ne pouvait être choisi, était invité à assister aux délibérations en la seule qualité de conseil. On n’aurait pas à attendre l’absent ; s’il arrivait avant l’expiration des trois jours, il participerait à la délibération ; sinon on décidera sans lui.</p>



<p>Les contraintes imposées au corps délibératif ne s’arrêtaient pas au calendrier. Par un geste rappelant le rôle éminent des Renforts dans l’aventure de l’islam, Omar demanda à l’un de leurs chefs d’entourer avec cinquante de ses fidèles armés le lieu de la réunion du groupe jusqu’au choix final.</p>



<p>Par ailleurs, il confia à l’homme chargé de présider la prière durant l’interrègne de trois jours la mission d’assister aux délibérations en gendarme, le munissant également de consignes précises. Il lui recommanda :</p>



<p>— <em>Si cinq s’accordent sur un même nom que refuse le sixième, fends-lui la tête avec ton épée. Si quatre tombent d’accord, mais que deux les refusent, coupe-leur la tête. Si trois choisissent un homme et les trois autres en choisissent un autre, faites arbitrer AbdAllah Ibn Omar. S’ils le refusent, vous opterez pour le choix de ceux avec qui se retrouvera Abd ErRahmane Ibn Aouf et si les autres rejettent ce choix, tuez-les.</em></p>



<p>Ce n’est qu’après s’être acquitté de son devoir d’homme politique à l’égard de sa communauté qu’Omar pensa enfin à lui-même en demandant à son fils AbdAllah d’obtenir de la femme du prophète l’autorisation d’être, dans la mort, au plus près de son illustre prédécesseur comme il le fut durant sa vie.</p>



<p><strong>Aïcha répondit qu’elle avait voulu pour elle-même la proximité du prophète pour dernière demeure,</strong> mais acceptait bien volontiers de lui céder sa place en guise d’hommage.</p>



<p>Dans la nuit du mardi à mercredi, trois jours avant la fin du mois de Dhoul-hijja de l’an 24 de l’hégire, après dix ans de califat, six mois et quelques jours, Omar rendit l’âme. On l’enterra dans la matinée. Au moment de la prière, on vit les deux principaux prétendants à sa succession presser le pas vers le corps par terre étendu ; Ali et Othmane cherchaient à bien se placer en vue de présider le rituel mortuaire ; l’un se mettant à sa tête, l’autre à ses pieds.</p>



<p>Abd ErRahmane Ibn Aouf railla leur empressement à gouverner en leur rappelant que le défunt avait désigné quelqu’un pour présider à la prière funèbre. Les deux cousins, descendants d’AbdManaf, étaient l’un et l’autre attirés par le magistère, estimant qu’il leur revenait de droit d’une certaine façon. Othmane fondait ses titres sur la tradition d’exercice du pouvoir par sa famille dans la tribu de Qoraïch ; Ali les appuyait à son appartenance à la maison du prophète.</p>



<p>Entre les deux hommes, c’était comme une compétition entre deux oligarchies ayant toutes deux une conception dynastique du pouvoir, l’une le reposant sur une sorte de noblesse de sang, la lignée du prophète en l’occurrence, l’autre sur une dignité prétorienne.</p>



<p><strong>Dans cette lutte, Ali pouvait se considérer comme désavantagé par le mécanisme de la solidarité ethnique. </strong>En effet, le principe admis depuis le choix d’Abou Bakr – à savoir que les califes devaient être de Qoraïch – ne faisait nullement référence à la famille du prophète&nbsp;; or le réflexe clanique dans cette tribu jouait en faveur de la famille des Omeyya et donc d’Othmane. Commentant les décisions d’Omar à son entourage, Ali ne manqua pas de relever ce désavantage, constatant amèrement :</p>



<p>— <em>Il a demandé qu’en cas de partage, le choix d’Abd ErRahmane Ibn Aouf prévale ; or celui-ci est, d’une part, le cousin de Saad Ibn Abi Wakkas qui ne le contredira pas et il est, d’autre part, le gendre d’Othmane et ils ne sauraient s’opposer. Donc, même si les deux autres sont avec moi, ils ne me serviraient à rien.</em></p>



<p>Pour autant, il ne voulut pas se tenir à l’écart de la consultation. Son oncle AlAbbas eut beau essayer de lui faire abandonner l’attitude conciliante qu’il tenait à afficher malgré son amertume et ses convictions contraires ; Ali acceptait de jouer le jeu défini par Omar ; c’était sa façon d’être loyal. Au moment où il s’apprêtait à rejoindre le groupe de consultation, sur le ton du plus vif reproche, AlAbbas lui dit encore :</p>



<p>— <em>Chaque fois que je t’ai poussé à bien agir, tu as mal agi ! À la mort du prophète, je t’avais bien conseillé de lui demander à qui revenait ce pouvoir ; mais tu as refusé. Après sa mort, je t’avais encore conseillé d’agir promptement, mais tu as de nouveau refusé. Et quand Omar t’a nommé, je t’ai conseillé de ne pas être dans la consultation, mais tu as encore une fois refusé&nbsp;! Retiens au moins ceci de moi : refuse tout ce qu’on te proposera jusqu’à ce qu’on te choisisse et méfie-toi de ce clan ; il n’aura de cesse de nous repousser du pouvoir jusqu’à ce que d’autres finissent par l’assumer en notre lieu et place.</em></p>



<p>Imperturbable, Ali fit sa réponse invariable :</p>



<p>— <em>Je n’aime pas la division.</em></p>



<p><em>Et, fort dépité, l’oncle lâcha :</em></p>



<p>— <em>Alors, tu finiras par avoir ce que tu n’aimes pas !</em></p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><em><strong> «Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières», de Farhat Othman, éd. Afrique Orient , Casablanca, Maroc 2015.</strong></em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le lourd héritage du pouvoir</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/18/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-lourd-heritage-du-pouvoir/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&#8217;islam» : La mort au rendez-vous</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Apr 2022 13:26:37 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=387992</guid>

					<description><![CDATA[<p>Nous poursuivons la publication du roman feuilleton ramadanesque qui raconte les derniers jours du prophète Mohamed, les péripéties de sa difficile succession, la stabilisation du pouvoir politique instauré par les adeptes de la nouvelle religion et l&#8217;expansion de l&#8217;islam et les principaux acteurs de cette saga historique et aventure humaine. Par Farhat Othman Kaab AlAhbar...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/">Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Cavalier-arabe.jpg" alt="" class="wp-image-387993"/></figure></div>



<p><strong><em>Nous poursuivons la publication du roman feuilleton ramadanesque qui raconte les derniers jours du prophète Mohamed, les péripéties de sa difficile succession, la stabilisation du pouvoir politique instauré par les adeptes de la nouvelle religion et l&rsquo;expansion de l&rsquo;islam et les principaux acteurs de cette saga historique et aventure humaine.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-387992"></span>



<p>Kaab AlAhbar dit à Omar : <em>— Prince des croyants ! Fais ton testament, tu mourras sous trois jours.</em> Nullement apeuré, même pas surpris, Omar demanda :</p>



<p>— <em>Qu’est-ce que t’en sais, toi ?</em></p>



<p>— <em>Je le trouve dans le livre de Dieu, Puissant et Grand, la Thora.</em></p>



<p>— <em>Grand Dieu ! Il est question d’Omar Ibn AlKhattab dans la Thora&nbsp;?</em></p>



<p>— <em>Non pas ; mais je trouve ta description et tes qualités. Ton heure est venue !</em></p>



<p><strong>Omar ne répondit pas. Il ne souffrait de rien et se savait n’être pas malade.</strong> Il pensa à ce qui s’était passé la veille, néanmoins; sans établir de lien avec les propos de son ami, il y songea aussi durant la nuit.</p>



<p>Rentrant chez lui, il avait répété à sa femme ce qu’il venait de dire, un peu plus tôt, au marché de la ville : <em>— Cet esclave m’a menacé tout à l’heure !</em></p>



<p>Il faisait référence à sa rencontre avec l’esclave chrétien de l’un de ses anciens gouverneurs de province, AlMoughira Ibn Cho’oba. C’était un Perse originaire de Nehavend qui avait déjà été fait prisonnier par les Byzantins avant d’être capturé par les musulmans chez ces derniers.</p>



<p>Omar faisait sa tournée habituelle au souk quand cet esclave répondant au nom de Fayrouz Abou Lou’lou’a (Turquoise Père de perle) l’aborda, plaintif : — Prince des croyants, aidez-moi contre AlMoughira Ibn Cho’oba ; je suis soumis à un impôt lourd.</p>



<p>— <em>De combien est ton impôt ? demanda Omar.</em></p>



<p>— <em>Deux dirhams par jour, répondit Abou Lou’loua.</em></p>



<p>— <em>Et c’est quoi ta profession ?</em></p>



<p>— <em>Menuisier, ciseleur et forgeron.</em></p>



<p>— <em>Je ne trouve pas l’impôt excessif par rapport à ce que tu fais comme profession. Mais, dis-moi ! on m’a rapporté que tu assurais avoir la capacité de produire non seulement le moulin à bras, mais aussi un moulin-à-vent. Est-ce bien vrai ?</em></p>



<p>— <em>Oui.</em></p>



<p>— <em>Fais-moi alors ce moulin !</em></p>



<p>— <em>Si je suis en bonne santé, je te ferai un moulin dont on parlera de l’Orient à l’Occident !</em></p>



<p><em>L’homme partit aussitôt, manifestement en colère ; Omar ne s’empêcha alors de se dire tout haut :</em></p>



<p>— <em>Il me menace, ma foi, cet esclave !</em></p>



<p><strong>Le lendemain, Kaab AlAhbar était arrivé avec la nouvelle de sa mort prochaine.</strong> Y avait-il une conspiration entre le chrétien et cet ancien juif ? Plus probablement, ce dernier avait-il eu vent d’une conjuration contre le calife ? Et, dans ce cas, l’esclave serait-il seul ou aurait-il des complices ?</p>



<p>Comme s’il voulait avertir d’un malheur imminent, Kaab AlAhbar revint le lendemain :</p>



<p>— Prince des croyants, insista-t-il, un jour est passé ; il en reste deux&nbsp;!</p>



<p>Et le surlendemain, il revint pour tenir à nouveau son décompte alarmiste :</p>



<p>— Deux jours sont passés et ne restent qu’un jour et une nuit ; cette dernière est à toi jusqu’à l’aube !</p>



<p>Malgré ses soupçons et ce qui pouvait apparaître comme des alertes déguisées de la part de ce compagnon, Omar ne céda pas à la panique. Certes, on le trouvait dur et il gouvernait avec une poigne de fer ; mais on le savait ne pas pratiquer un genre d’autoritarisme permettant tous les excès et faisant fi des principes et de la morale. Surtout, il ne s’en prenait pas aux gens au premier doute ou sur simple suspicion. Pourtant, les propos de l’esclave chrétien étaient bien clairs&nbsp;; manifestement, ils recelaient une menace évidente !</p>



<p><strong>Déjà, une fois, Omar avait fait un rêve ; il s’y était vu se faire picorer trois fois de suite par un coq au rouge plumage.</strong> Quelqu’un de son entourage connu pour l’interprétation des rêves y vit trois coups de poignard. Cette interprétation confirmait, par ailleurs, ce que pronostiqua un Yéménite, appartenant à une tribu réputée pour tirer les augures, qui vit sa mort violente quand, accidentellement, un caillou le blessa à la partie chauve de sa tête à l’occasion du rite du lancer des cailloux sur la Pierre noire lors de son dernier pèlerinage.</p>



<p>Ce matin suivant ledit pèlerinage, comme à son habitude, Omar sortait en vue de présider la prière. Ses hommes l’avaient déjà précédé pour aligner les hommes ; le prince des croyants n’entrait que lorsque tout le monde était enfin prêt. Parmi les hommes alignés, tout au premier rang, il y avait Abou Lou’loua ; sous le manche caché, un poignard à lame double était dans sa main.</p>



<p>En rang étaient les hommes ; Omar entra et dès qu’il s’approcha de la première ligne, l’esclave se rua sur lui et lui asséna six coups, dont un sous le nombril, vers le pubis, perforant le péritoine ; il fut mortel.</p>



<p>Abou Lou’loua eut le temps de tuer un autre homme qui suivait de près sa victime avant d’être saisi, quelqu’un de l’assistance ayant jeté sur lui son habit pour le maîtriser. Par terre couché, il réussit tout de même à se donner la mort de sa propre main, non sans avoir, au préalable, envoyé de vie à trépas d’autres personnes dans l’assistance.</p>



<p><strong>Le calife s’était affaissé ; il ne perdit pas connaissance, gardant tous ses esprits. </strong>La première chose à laquelle il pensa fut de s’enquérir sur la présence parmi l’assistance de l’un de ses proches compagnons, Abd ErRahmane Ibn Aouf, auquel il demanda de le remplacer pour la prière, tout au long de laquelle il demeura sur place, étendu par terre.</p>



<p>Une intense douleur lui tenaillait le ventre ; il la supporta trois jours durant, mais il se savait perdu. Quand on le porta chez lui le jour où il se fit frapper, il demanda à l’homme qu’il avait chargé de conduire la prière de venir auprès de lui. Il avait l’intention de lui confier l’immense charge de diriger la communauté après lui.</p>



<p>Encore une fois, son souci premier était la communauté ; son propre sort n’avait pas d’importance. Son assassin s’étant donné la mort, il lui importait peu de savoir s’il avait eu d’autres motivations que celles par lui affichées. Le concernant, la seule chose qu’il chercha à savoir fut de s’assurer que son meurtrier n’était ni Arabe ni musulman.</p>



<p>Dans l’entourage d’Omar, on n’avait pas sa vision des choses quant à son meurtre. On ne voulait pas se satisfaire de la mort de l’assassin&nbsp;; on pensait que sa main pouvait avoir été téléguidée, qu’il avait probablement des complices.</p>



<p><strong>À Médine, les étrangers non arabes avaient les habitudes des communautés minoritaires</strong>; ils se rendaient visite et étaient souvent ensemble. On raconta aux enfants d’Omar que, quelques jours avant l’assassinat de leur père, le meurtrier était en compagnie d’Al Hormouzan, un ancien dignitaire perse converti à l’Islam. Et on leur assura avoir vu dans la main de ce dernier le poignard avec lequel le calife trouva la mort.</p>



<p>Certains autres apportèrent des précisions : le Perse prit son poignard à son compatriote chrétien, l’examina et lui demanda à quoi il servait et l’autre répondit simplement qu’il le gardait juste sur lui. D’autres firent des comploteurs un trio, racontant qu’on avait surpris AlHormouzan, Abou Lou’loua ainsi qu’un inconnu en pleine confidence et que l’un d’eux, par l’effet de la surprise, fit tomber un poignard à deux lames.</p>



<p>Et de rappeler les conditions de la conversion à l’islam d’AlHormouzan. Quand il se rendit aux musulmans, on le ramena devant Omar, vêtu de sa prestigieuse tunique. Il savait qu’on allait le mettre à mort pour avoir tué au combat deux prestigieuses figures musulmanes. Il demanda alors à boire et, feignant la peur, demanda à Omar de lui promettre de ne pas être tué avant de boire. Omar lui assurant qu’il n’avait rien à craindre tant qu’il n’avait pas bu, il jeta le gobelet d’eau et reconnut avoir usé de ce stratagème pour avoir la vie sauve. N’était l’insistance de ses amis lui rappelant son engagement, Omar n’avait nullement l’intention de se laisser prendre à ce piège ; il finit par le laisser en vie à la condition de se convertir à la religion de Mohamed.</p>



<p><strong>ObeïdAllah, l’un des fils d’Omar, n’avait pas trop besoin de témoignages</strong>; il avait déjà la certitude que Fayrouz Abou Lou’loua n’était pas le seul impliqué dans le drame qui emporta son père ; il pensait qu’il y avait complot et que le complice du meurtrier était bien AlHormouzan. Aussitôt son père décédé, il alla le surprendre seul et lui planter son sabre au cœur, lui laissant à peine le temps d’expirer en laissant échapper de ses lèvres la profession de foi islamique. Dans son accès de folie vengeresse, ObeïdAlLah tua aussi le troisième complice supposé, un autre chrétien d’Irak.</p>



<p>La ville était encore sous le choc de la mort du calife et ne connaissait pas encore son successeur. Et ne voilà-t-il pas que son fils avait du sang sur les mains ! Sa soif de vengeance était même inextinguible ; après les deux hommes, il s’en prit également à la fille de l’assassin, la faisant périr. Il fallait, malgré tout, l’arrêter et le sanctionner. Accouru auprès de lui, un courtaud réussit à lui arracher son sabre et à le tirer par les cheveux ; c’était Saad Ibn Abi Wakkas qui le mit ainsi par terre et le maîtrisa. Il le garda prisonnier chez lui à la disposition du futur prince des croyants pour décider de son sort.</p>



<p><strong>La loi de la cité était claire : ayant tué, le fils d’Omar devait être mis à mort, </strong>sauf aux ayants droit des victimes d’accepter le prix du sang versé en lieu et place de sa vie. La majorité des habitants de Médine était d’avis pour appliquer la loi du talion ; c’était l’avis d’Ali considérant que seul le pardon des ayants droit pouvait éviter au criminel d’échapper à son sort. D’aucuns exprimèrent cependant leur objection, trouvant cruel qu’après l’assassinat du père, la veille, on tuât aussitôt le fils. On débattra du sort d’Obeïd Allah dès que le troisième calife sera investi.</p>



<p>Assis contre le mur de la mosquée, le nouveau prince des croyants fit venir le fils d’Omar. En sa présence, il demanda conseil à ses compagnons&nbsp;; on reproduisit l’opinion de la ville. Amr Ibn Al Ass qu’on disait faire partie des Arabes les plus rusés, fidèle à cette réputation, tenta une analyse : <em>— Prince des croyants, cet événement a lieu avant votre avènement ; il ne vous engage en rien.</em></p>



<p>Mais le nouveau calife ne voulait pas fuir ses responsabilités ; il répondit, parlant de la famille des victimes : <em>— Je suis leur tuteur. Je décide qu’il y a lieu à paiement d’une compensation financière ; et je m’en charge sur mes fonds propres.</em></p>



<p>Plus tard, les poètes de la ville railleront ObeïdAllah, considérant qu’il a bénéficié de la mansuétude du nouveau calife du fait que ses victimes n’étaient pas arabes. Quand il s’en plaindra auprès de ce dernier qui ordonnera alors aux poètes de se taire, on entendra comme un air de désenchantement sur le compte du second prince des croyants :</p>



<p><em>Pardonnes-tu, quand tu le fais, sans raison ?</em></p>



<p><a></a> <em>C’est bien parce que tu manques de cran !</em></p>



<p>Convoqué et réprimandé, l’auteur de ces vers de reproche, Ziyad Ibn Labid, sera éloigné de Médine.</p>



<p>Ayant eu la vie sauve au mépris de la loi par un fait du prince, ObeïdAllah saura se montrer reconnaissant en choisissant, plus tard, le camp de ceux qui feront, spectaculairement, une bannière de combat de la cause du troisième calife, Othmane. Entre-temps, choisi pour marcher sur les traces de ses deux prédécesseurs, celui-ci venait de montrer qu’il entendait finir par gouverner à sa guise.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre&#8230;</strong></p>



<p><strong>* <em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, ombres et lumières», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca , Maroc, 2015.</em></strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes : </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Gp4DRptPFN"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/16/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-naissance-dun-etat/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Naissance d’un État</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Naissance d’un État » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/16/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-naissance-dun-etat/embed/#?secret=1gJSaD1VoZ#?secret=Gp4DRptPFN" data-secret="Gp4DRptPFN" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="vcOKz2T9Mj"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/">Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une religion universelle</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une religion universelle » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/embed/#?secret=yg3D6e0YBE#?secret=vcOKz2T9Mj" data-secret="vcOKz2T9Mj" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="e0EodUhwhZ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/embed/#?secret=a0yvXYLQGe#?secret=e0EodUhwhZ" data-secret="e0EodUhwhZ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/">Roman-feuilleton du Ramadan «Aux origines de l&rsquo;islam» : La mort au rendez-vous</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/17/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-la-mort-au-rendez-vous/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&#8217;islam» : Une religion universelle</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Apr 2022 14:12:09 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Al Qadissya]]></category>
		<category><![CDATA[Egypte]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Othman]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Khalid Ibn Al Walid]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<category><![CDATA[Syrie]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=387802</guid>

					<description><![CDATA[<p>Était-il rancunier Omar ? Il ne pouvait oublier cette scène, à l’aube, chez Abou Bakr ; l’air conquérant, tout en arrogance, Ibn Al Walid venait d’avoir gain de cause auprès du calife. Entre de valeureux guerriers, au physique proche de surcroît, les gestes les plus anodins ont leur importance ; ceux de défi sont explosifs....</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/">Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une religion universelle</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Khalid-Ibn-Al-Walid.jpg" alt="" class="wp-image-387164"/><figcaption><em>Khalid Ibn Al-Walid.</em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Était-il rancunier Omar ? Il ne pouvait oublier cette scène, à l’aube, chez Abou Bakr ; l’air conquérant, tout en arrogance, Ibn Al Walid venait d’avoir gain de cause auprès du calife. Entre de valeureux guerriers, au physique proche de surcroît, les gestes les plus anodins ont leur importance ; ceux de défi sont explosifs.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Oyhman</strong></p>



<span id="more-387802"></span>



<p>Du temps de la Jahiliya, ces Temps obscurs – ainsi nommait-on la période anté-islamique de l’histoire arabe – l’un et l’autre étaient connus pour leur bravoure. Et si le ralliement d’Omar à la cause de l’Islam fût célébré comme une victoire par ses adeptes encore peu nombreux, Ibn Al Walid sut faire montre de son génie et de son savoir-faire militaire avant même sa conversion en remportant Ouhod, la seule bataille gagnée par Qoraïch aux dépens du prophète.</p>



<p><strong>Cette bataille a dû laisser des séquelles dans l’inconscient d’Omar. Le prophète y fut blessé et son oncle Hamza y trouva la mor</strong>t; éventré et mutilé, il eut même le foie arraché et à pleines dents mordu par Hind qui était encore la femme d’Abou Soufiane, chef de Qoraïch et père de Mouawiya, futur gouverneur à Damas.</p>



<p>Mais ce qui devait faire le plus de mal à Omar, c’était son propre comportement en cette journée néfaste. Nombre de musulmans périrent et le peu de survivants agirent en couards, pensant à sauver leur vie, se cachant dans les dunes, abandonnant à son sort leur prophète, lèvre fendue et front en sang. Ni lui ni Abou Bakr ne surent lui éviter ce calvaire.</p>



<p>Inconsciemment, il ne s’était jamais pardonné cette honte ; il avait une forte envie d’en punir le responsable ; et c’était l’artisan de la victoire de Qoraïch qui concentrait tout son ressentiment : Khalid Ibn Al Walid, cet homme physiquement si semblable à lui, mais moralement si dissemblable.</p>



<p>La conscience d’Omar ne pouvait cependant suivre ses impulsions sans des faits avérés et réfléchis, déliés de tout penchant personnel ou inconscient. À ses yeux, comme une obsession, il avait le parcours de ce guerrier, certes toujours valeureux, mais devenu encore plus cruel.</p>



<p>Sur chacun de ses passages coulait le sang ; les têtes dégringolaient aux pieds de troncs humains brûlés et remplaçaient, sous les marmites, les pierres comme points d’appui ; les palmiers s’ornaient de corps crucifiés et les piétailles de ses armées grossissaient de femmes et d’enfants en capture.</p>



<p>Ses victimes n’étaient pas toutes païennes ou ennemies de l’islam et des sanctuaires comme les couvents et des catégories de personnes protégées, comme les prêtres ou les enfants, n’échappaient pas au zèle de ses hommes au vu et au su de leur chef, si ce n’était avec son assentiment et sous ses ordres. Déjà, du vivant du prophète, Khalid ne se privait pas d’excès ; envoyé pour prêcher, il ne se retenait pas de tuer, amenant le prophète à déplorer ses actes, à les réparer, à s’en déclarer même dégagé devant Dieu.</p>



<p><strong>Omar avait une mémoire d’éléphant; il n’oubliait rien, surtout ce qui avait trait au prestige de vicariat et aux devoirs des chefs, </strong>et ce aussi bien en gestion publique qu’en préceptes moraux ou en conduite publique. Ainsi, ne pardonna-t-il pas à un ponte de Qoraïch une répartie jugée attentatoire à la dignité de la fonction califale.</p>



<p>C’était encore la période de résistance passive au choix d’Abou Bakr. Un mois après le décès du prophète, le gouverneur du Yémen Khalid Ibn Saïd Ibn Al ’Ass était de passage à Médine. En présence d’Omar et du calife, il eut l’indélicatesse de reprocher à Ali et à Othmane, les deux descendants d’AbdManaf, ascendant du prophète, de se désintéresser d’un pouvoir, censé être leur chose propre, et abandonné à autrui.</p>



<p>Cela mit dans tous ses états Omar. Aussi, fidèle à des mœurs frustes qu’il revendiquait volontiers, il appela à lui ses gens, les lâchant sur l’impertinent. Et la soutane de brocart que celui-ci portait fut aussitôt mise en pièces aux cris d’Omar : <em>— Déchirez-la sur lui ! Comment ose-t-il porter de la soie ? Elle est délaissée par nos hommes même en temps de paix !</em></p>



<p>La soutane en charpie, Khalid Ibn Saïd Ibn Al ’Ass était honteux, mais toujours provocateur, interpellant en vain les cousins AbdManaf : <em>— Ainsi vous dépossède-t-on par la force !</em></p>



<p>Ali, eut beau chercher à le calmer, il n’en continuait pas moins à exprimer une vive rancœur : <em>— S’agit-il de combat ou de vicariat ? S’interrogea inutilement Ali.</em></p>



<p><em>— Personne n’est mieux placé que vous pour se charger de cette affaire, clamait-il, s’attirant de sévères réparties</em> <em>d’Omar et s’assurant durablement son inimitié.</em></p>



<p><em>— Comme tu parles mal ! Par Dieu, seul un menteur débite ce genre de propos et de ce fait ne fait que se nuire à lui-même.</em></p>



<p><strong>Usant de sa magnanimité habituelle, demeurant impassible à ce genre d’incidents, Abou Bakr ne voulut pas tenir rigueur à Ibn Al ’Ass </strong>de sa sortie en lui faisant confiance lors des guerres d’apostasie, le nommant à la tête d’une armée. Mais Omar n’arrêtant pas de dénigrer l’homme, il finit par céder, revenant sur une décision le désignant à la tête du premier corps d’armée envoyé en Syrie au début de l’année 13 hégirienne, confiant finalement cette charge à Yazid Ibn Abi Soufiane.</p>



<p>À Khalid Ibn Al Walid, non plus, Omar ne pouvait pardonner ses excès malgré ses succès multiples l’auréolant d’un plus grand prestige. Celui-ci était proportionnel à ses victoires et le comportement rapporté de l’homme à ces occasions allait au-delà de toutes les limites raisonnables.</p>



<p>Lors du siège de Damas, au lendemain de la victoire d’AlYarmouk, alors qu’il n’était plus le commandant en chef des armées de Syrie, il osa se comporter comme s’il l’était toujours, se permettant d’écorner l’autorité de son remplaçant, éclaboussant par la même le prestige de l’islam.</p>



<p><strong>Abou Obeïda avait conclu avec les assiégés un traité de reddition et se faisait ouvrir les portes de la forteresse </strong>quand, au même moment, Khalid forçait les portes orientales et se lançait avec ses hommes dans la ville, tuant, pillant. Il ne se soucia ni de l’image des armées arabes ni de l’autorité du général en chef avec lequel il se permit le luxe d’une altercation avant de finir par lui céder et accepter de lui obéir.</p>



<p>Le premier courrier que le nouveau calife rédigea fut à l’intention des armées de Syrie. À Abou Obeïda, il écrivit qu’il lui donnait le commandement en lieu et place de Khalid. Mais, consciencieux et soucieux de ne pas laisser ses propres sentiments déborder son sens aigu de la justice, il entoura cette décision d’une condition stricte : que Khalid ne reconnaisse pas ses torts et ne fasse pas amende honorable, sinon il garderait ses prérogatives. Il le savait trop orgueilleux et trop fier pour accepter de se déjuger, reconnaître avoir osé mentir, mal agir.</p>



<p>Mis par le nouveau commandant des armées devant la nécessité du choix, Khalid hésita un moment et sollicita un temps de réflexion, la nuit pouvant porter conseil. Omar avait bien scénarisé sa vengeance ; il ne laissait le choix qu’en apparence, sachant pertinemment qu’on ne saurait se plier à pareille injonction, accepter de reconnaître publiquement ses torts pour garder le commandement, commenta la sœur de Khalid, consultée en la matière. Elle était même catégorique : <em>— Par Dieu, Omar ne t’aime point ! Il ne cherche qu’à te faire te démentir pour t’enlever quand même le commandement.</em></p>



<p>À la pertinence de son jugement, son frère acquiesça en l’embrassant sur la tête ; oui, elle avait raison ! Face à ses pairs et à ses soldats, au risque de subir devant eux la pire des humiliations, il ne se déjugera pas. Car dans sa soif de justice s’alimentant aux sources d’une vengeance inconsciente, Omar avait minutieusement prévu le protocole de dégradation.</p>



<p>Amis, rivaux et compagnons des armées de Syrie étaient tous réunis sous la tente du nouveau commandant ! En maître de cérémonie officiait le premier muezzin de l’Islam, Bilal, esclave affranchi d’Abou Bakr qui l’avait racheté à ses anciens maîtres pour le soustraire à son martyre. Il semblait plus zélé encore que le général en chef à appliquer les consignes d’Omar. Avait-il lui aussi à se libérer de quelque chose sur la conscience&nbsp;? Regretta-t-il le présent reçu alors qu’il était le chambellan d’Abou Bakr, l’assimilant finalement à de la corruption ?</p>



<p>Dans le lourd silence régnant sous la tente, d’une voix se voulant impassible et neutre, Bilal demanda à Abou Obeïda le rappel des ordres du nouveau calife : <em>— Que t’a-t-on ordonné concernant Khalid ?</em></p>



<p><em>— On m’a ordonné de mettre bas son turban et de partager avec lui tous ses biens.</em></p>



<p>Et Khalid s’exécuta, lui abandonnant la moitié de ce qu’il portait, jusqu’à la paire des chaussures. Plus tard, lorsqu’il rejoindra Médine, à chaque rencontre, il se fera houspiller par Omar : <em>— Khalid, sors les biens de Dieu de sous ton cul !</em></p>



<p>Il aura beau protester ne rien avoir, il n’aura la paix que lorsqu’il se sera décidé à proposer une transaction au calife.</p>



<p><em>— Prince des croyants, finira-t-il par lui demander un jour, estimes-tu ce que j’ai gagné durant ton règne à quarante mille dirhams ?</em></p>



<p><em>— J’accepte de t’estimer cela à cette somme, répondra Omar, ayant décidé d’être finalement conciliant.</em></p>



<p><em>— Elle est à toi, proposera Khalid.</em></p>



<p><em>— Je la prends, conclura Omar, mettant un terme au différend, considérant satisfaite sa soif de justice.</em></p>



<p><strong>On fera le décompte des biens d’Ibn AlWalid qui était moins pourvu en argent qu’en esclaves ;</strong> on obtiendra la somme de quatre-vingt mille dirhams dont Omar prélèvera la moitié qui sera versée au Trésor. Quand on suggérera un peu plus tard à Omar de rendre ses biens à Khalid, il répondra : <em>— Je ne suis que le commerçant des musulmans. Par Dieu, il ne les reprendra jamais !</em></p>



<p>Sa dette ainsi réglée, libéré de ce carcan, le guerrier Ibn AlWalid ne demeurera pas moins loin des champs de bataille. Il aurait eu cependant la satisfaction de la reconnaissance de sa valeur guerrière par Omar après la bataille de Qinnisrine, en Syrie. Remportée de la meilleure manière grâce à lui mais pour le compte du chef des armées Abou Obeïda, elle amena le calife à déclarer publiquement, lui rendant justice : <em>— Dieu ait pitié d’Abou Bakr ; il était bien meilleur connaisseur des hommes que moi ! Dieu m’est témoin, je ne l’ai pas démis par suspicion, mais bien de peur que la gloire ne lui tourne la tête.</em></p>



<p><strong>Né à La Mecque vers l’an 25 avant l’Hégire, Khalid décédera à Médine en 642 à l’orée de la quarantaine</strong>; ses hauts faits d’armes l’auraient trop tôt usé, à moins que ses démêlés avec Omar ne l’aient miné, comme les soucis sapent la santé à l’endetté du mercanti.</p>



<p>Se voulant commerçant de la communauté dont il était responsable, sans malhonnêteté, mais volontiers profiteur pour la cause religieuse, Omar était comme la plupart de ses compatriotes de Qoraïch, un commerçant à l’origine. Tout comme son prédécesseur, il abandonna son ancienne activité pour se consacrer aux affaires publiques.</p>



<p>Il n’était pas dupe des faiblesses humaines. Il se targua même de n’être ni perfide ni susceptible d’être dupé par un quelconque perfide. Aussi était-il convaincu que les guerriers de l’islam demeuraient des hommes et n’agissaient pas seulement au nom des principes et des hautes valeurs de leur religion, bien qu’ils fussent lancés à travers les vastes contrées entourant l’Arabie pour étendre les dimensions de la terre d’Allah, la maison de l’Islam.</p>



<p>Il savait aussi qu’ils ne sauraient trop longtemps résister au luxe et à son corollaire, la luxure. Autour de lui, il le visualisait au jour le jour et n’avait de cesse de lutter contre. Chez nombre de ses compatriotes et coreligionnaires, l’avidité l’emportait de plus en plus sur le sentiment religieux ; la foi n’était plus ce qu’elle était ; on se combattait de moins en moins pour Dieu et pour l’au-delà, mais bien davantage pour un paradis sur terre.</p>



<p><strong>En Mésopotamie, comme en Syrie, en Égypte et jusqu’en Afrique du Nord où l’on atteignit Barka et la Cyrénaïque, les conquêtes au nom de l’Islam s’enchaînaient,</strong> en effet. L’affaiblissement des Perses et des Byzantins au sortir de leurs guerres incessantes, leurs divisions internes et leurs luttes intestines, permirent aux Arabes musulmans de marquer d’éclatants succès malgré quelques rares défaites.</p>



<p>Outre leur foi nouvelle et leur vaillance si réputée, ils purent compter sur les sentiments d’hostilité animant les populations sous domination des empires perse et byzantin ainsi que sur l’esprit de solidarité ethnique de nombre d’Arabes non musulmans.</p>



<p>L’invitation du calife à se lancer à l’assaut de ces lions – comme les anciens Arabes les qualifiaient – était sans appel et généralisée, s’imposant de gré ou de force à tout musulman en mesure de combattre. À ceux qui cherchaient à s’y soustraire, on enlevait publiquement le turban et on les livrait à la réprobation générale.</p>



<p>Or, après avoir assaini la situation dans les armées en Syrie, Omar voulut lever de nouvelles troupes pour la Mésopotamie afin d’y appuyer l’effort de guerre ; il constata alors qu’il lui fallait plus de temps qu’avant pour réunir des troupes. Si, dans la perspective de rejoindre les armées se dirigeant en Syrie, les volontaires accouraient, ils traînaient les pieds en apprenant qu’on les appelait à rallier les troupes de Mésopotamie. On surestimait la puissance des Perses et on les redoutait davantage que les Byzantins, dont le pays leur semblait plus prospère, recelant davantage de richesses à glaner.</p>



<p><strong>À Médine, désormais, affluaient des richesses de toutes sortes, de l’or, de l’argent, des esclaves de tous âges et sexes et des animaux </strong>dans le cadre du cinquième légal réservé au Trésor et prélevé sur ce qui était partagé sur place entre les soldats et leurs chefs. À la tentation cédaient certains chefs militaires, à l’exemple d’Ibn AlWalid ou Amr Ibn Al ‘Ass.</p>



<p>Omar eut ainsi à s’en prendre à ce dernier qui, soumettant l’Égypte, voulut se l’approprier. Après avoir investi, à l’issue d’un siège de plus d’un mois, la ville d’Al Farma avec l’aide des Coptes égyptiens révoltés contre les Byzantins qui les maltraitaient, Ibn Al‘Ass fit chuter successivement Belbiss, Migdol, Oum Dannine et enfin Aïn Chams à partir de laquelle – une fois devenue siège du commandement arabe – se décida le siège et la prise ultérieurs de Bablioun et d’Alexandrie.</p>



<p>En conquérant du pays, Amr s’y arrogeait tous les droits du maître. Il y fondera Foustat, en fera la capitale de la province d’Égypte et réussira, presque sans discontinuité, à en être le gouverneur jusqu’à sa mort. Percevant les secrètes ambitions nourries par l’homme, Omar le surveilla de près, notamment quant à ses devoirs eu égard à l’impôt ; souvent, il ne manqua pas de le rappeler à l’ordre. Chaque fois qu’il tardait à lui envoyer ses rentrées, recourant à divers prétextes, il ne manquait pas de lui écrire des missives de rappel : <em>— Je m’étonne de trop t’écrire à propos de tes retards à me faire parvenir les rentrées des impôts ainsi que de tes écrits se limitant aux sujets secondaires. Je ne t’avais pas envoyé en Égypte pour que tu en fasses ton butin ou celui des tiens, mais pour veiller aux rentrées fiscales et pour bien gérer le pays. Aussi, dès l’arrivée de ce courrier, dépêche-toi de me porter tes rentrées fiscales qui sont la propriété des musulmans. Tu sais bien que je suis entouré de gens en difficulté et qui en ont le plus grand besoin.</em></p>



<p>Enturbanné, portant sur les épaules un manteau de coton raccommodé d’une dizaine de pièces en cuir et en coton, son inséparable badine à la main, Omar était sur sa chamelle rouge bardée d’un grand sac sur chaque flanc avec une outre d’eau sur la selle et une gamelle à provisions derrière lui ; un bédouin à pied tenait la bride de l’animal et, derrière, suivaient des guerriers farouches à l’aspect aussi rude.</p>



<p>Ainsi avança-t-il vers Jérusalem (Ilya) où il fut amené à se rendre pour signer en personne le traité de capitulation selon les termes de l’accord obtenu par ses troupes pour se faire livrer la ville sans combat.</p>



<p>Quand il vit l’escorte venue l’accueillir, il ne crut pas ses yeux ; les princes et les chefs des troupes étaient revêtus de brocart et de soie, et les selles de leurs montures étaient en argent. Seul leur commandant en chef, Abou Obeïda, montait une chamelle dont la bride était en poil et n’avait sur lui qu’un manteau de coton. Fou de colère, promptement, il mit pied à terre et, ramassant par poignées terre et cailloux, il les leur jeta dessus, en criant à tue-tête : <em>— Combien vous êtes rapides à changer de peau ! Et vous osez m’accueillir en pareille tenue ? Depuis deux ans à peine, vous avez mangé à votre faim, et vous voilà victimes de la gloutonnerie !</em></p>



<p>Sa colère ne retomba quelque peu que quand on lui assura que ces hommes portaient bien des armures et des armes en dessous du brocart.</p>



<p>Il se départit à peine de sa mauvaise humeur pour rendre la pareille au patriarche de la ville conquise, Sophronios, son magistrat suprême, qui lui fit un accueil digne de son rang, allant même jusqu’à se permettre de lui offrir un manteau neuf qu’il eut l’orgueil de refuser.</p>



<p><strong>Pour lui faire évacuer sa mauvaise humeur, les chefs de ses armées essayèrent de l’occuper par le projet d’une mosquée dans la ville devant porter son nom</strong>. Ils lui en firent tracer l’abside après la prière du vendredi du cinquième jour de son entrée dans la ville ; mais ceci ne lui fit pas perdre sa lucidité sur l’état d’esprit des membres de sa communauté.</p>



<p>Visitant avec le patriarche de la ville le site d’où le prophète fit son voyage céleste, découvrant les lieux saints chrétiens de la ville, il se trouvait dans l’église du Saint-Sépulcre quand arriva l’heure de la prière. À son hôte qui l’invitait à s’en acquitter sur place, il confia qu’il préférait dérouler le tapis en dehors de l’enceinte religieuse et ce de crainte que, plus tard, on en vienne à réclamer pour l’islam cet endroit au prétexte de cette prière.</p>



<p>Tout le long de ses dix jours de séjour, il n’arrêta pas de pester contre le dérèglement des mœurs de ses sujets. Même la nouvelle de la victoire d’Al Qadissya, qui lui parvint à Jérusalem, ne réussit qu’à peine à dérider les traits clairs de son visage légèrement hâlé ; ses yeux rougis étaient encore plus incandescents, ses joues aux poils clairsemés avaient en permanence des rictus et ses vertèbres, bien développées pourtant, semblaient écrasées par une invisible charge.</p>



<p>Durant son califat et dans la mesure du possible, Omar s’évertua à réprimer les penchants de ses sujets. Croyant à la vertu de l’exemple, il alla jusqu’à interdire aux Compagnons du prophète de quitter Médine pour s’installer dans les propriétés acquises sur les terres gagnées aux ennemis. Pourtant, il savait son combat voué à l’échec ; pouvait-il contenir trop longtemps une propension irrésistible incrustée dans la nature humaine ?</p>



<p>Petit à petit, la société arabe changeait ; imperceptiblement, l’État musulman naissait dans l’opulence et ses règles, ses contraintes devaient composer fatalement avec elle et ses excès. Omar contribua pour beaucoup à cette naissance ; il en fut même l’artisan ; mais il savait pertinemment qu’il n’en maîtriserait pas trop longtemps les implications.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong><em>À suivre&#8230;</em></strong></p>



<p><strong><em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète, Ombres et lumières», roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc.</em></strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes: </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="pgyc3wbZoJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Le choix du chef » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-le-choix-du-chef/embed/#?secret=UcZ5ml9TPR#?secret=pgyc3wbZoJ" data-secret="pgyc3wbZoJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="9ocIe2JeHL"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-si-court-magistere/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Un si court magistère</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Un si court magistère » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/14/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-un-si-court-magistere/embed/#?secret=Ml3gv3NI7N#?secret=9ocIe2JeHL" data-secret="9ocIe2JeHL" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="CsRNtMfJHq"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/embed/#?secret=rIEFS8OaNn#?secret=CsRNtMfJHq" data-secret="CsRNtMfJHq" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/">Roman-feuilleton du Ramadan- «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une religion universelle</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/15/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-religion-universelle/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : À la conquête du monde</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 12 Apr 2022 12:55:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Bakr]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Obeïda Ibn Al Jarrah]]></category>
		<category><![CDATA[Al Qadissiya]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Ibn Abi Taleb]]></category>
		<category><![CDATA[arabes]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Khalid Ibn Al Walid]]></category>
		<category><![CDATA[musulmans]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<category><![CDATA[prophète Mohamed]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=387412</guid>

					<description><![CDATA[<p>Six mois ont passé déjà ; Abou Bakr s’était enfin décidé à abandonner son commerce de draps et d’étoffes pour se consacrer tout entier aux intérêts de la communauté islamique. Il se réserva du trésor une somme annuelle de six mille dirhams, juste suffisante pour les strictes nécessités, dont le pèlerinage à La Mecque. Par...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Ali-Ibn-Abi-Talib.jpg" alt="" class="wp-image-387413"/><figcaption><em>Ali Ibn Abi Talib dans l&rsquo;iconographie populaire. </em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Six mois ont passé déjà ; Abou Bakr s’était enfin décidé à abandonner son commerce de draps et d’étoffes pour se consacrer tout entier aux intérêts de la communauté islamique. Il se réserva du trésor une somme annuelle de six mille dirhams, juste suffisante pour les strictes nécessités, dont le pèlerinage à La Mecque.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-387412"></span>



<p>À la veille de sa mort, à peine deux ans plus tard, il demandera de faire le décompte de tout ce qu’il aura pris du Trésor, et qui se sera monté à huit cent mille dirhams, en ordonnant à sa famille le remboursement intégral au Trésor public.</p>



<p>Son ministère à la tête du jeune État naissant ne fut certes pas long. Il eut cependant la satisfaction de ne pas quitter ce bas monde avant d’avoir eu la chance d’y agir pour faire resplendir la lumière de la nouvelle religion en lançant les troupes de l’islam à l’assaut des terres des anciens maîtres des abords de l’Arabie, les Perses et les Byzantins et leurs alliés arabes, souvent de confession chrétienne, dont notamment les Ghassanides, en Syrie, et les Lakhmides, en Irak.</p>



<p><strong>Aussitôt qu’il eut fini de mater la révolte des apostats à Yémama, Khalid Ibn Al Walid fut envoyé en Irak</strong> pour y étendre la nouvelle religion grâce à ce qu’on n’appelait pas encore la guerre sainte mais qui en avait déjà tous les attributs dont l’ardente obligation et le prestige de servir Allah et d’incarner sa foi en lui donnant une réalité toute concrète.</p>



<p>Cette extension devait se faire par l’une ou l’autre des trois manières suivantes proposées aux ennemis&nbsp;: la conversion spontanée à l’islam emportant un statut équivalent en droits et en devoirs à celui du croyant musulman auquel on est alors lié par un lien de fraternité dans la foi, le paiement d’une capitation autorisant le maintien de sa propre religion, mais dans une situation de soumission avec un devoir de protection s’imposant aux dirigeants musulmans, ou enfin la guerre et l’asservissement inévitable au vainqueur selon la loi de la guerre.</p>



<p>Les ternes descendants des Manadhira, rois d’Al Hira, furent prompts à s’acquitter du tout premier tribut payé en islam de la part des Arabes de la région. Leurs illustres ancêtres étaient présentés comme les vassaux des Perses, mais des vassaux turbulents, étant aussi célèbres pour leur avoir infligé une retentissante défaite à l’aube de l’islam naissant à Dhou Kar ; une victoire de laquelle tout Arabe n’hésitera pas à se réclamer pour toiser les Perses, même convertis à l’islam.</p>



<p>Aux dépens de ceux-ci, rapide fut la chronique de l’extension islamique, alternant quelques accords de paix et nombre de batailles sanglantes, mais décisives en faveur des armées conquérantes. Il faut dire que des querelles dynastiques, ajoutées aux retombées des guerres incessantes avec les Byzantins, firent de la force perse une pâle copie du prestige d’antan.</p>



<p>Si les Perses sassanides avaient pu compter dans leur défense désespérée sur certains alliés arabes non musulmans, les troupes musulmanes ont profité, pour leur part, de l’aide d’Arabes chrétiens ainsi que de populations non arabes, telles les masses paysannes perses saisissant l’aubaine pour secouer le joug de leurs maîtres et se révolter contre des exactions trop longtemps supportées.</p>



<p>Un phénomène similaire se produisit en Syrie où, quasiment dans le même temps, les musulmans — qu’on n’appelait pas encore ainsi mais bien plutôt du nom de leurs plus importantes tribus ou coalitions tribales — s’étaient répandus, prolongeant les incursions contre les Byzantins qui y avaient été faites de la vie du prophète déjà. N’avait-il pas promis à ses disciples le trône de l’empereur byzantin, Héraclius, outre celui de l’empereur des Perses, Chosroês ?</p>



<p><strong>Très certainement, la foi était derrière ces victoires successives;</strong> en flamme, sacrée qui plus est, elle embrasait tout, illuminant les énergies, leur âme guerrière, calcinant la moindre faiblesse pour un appétit redoublé de gloire.</p>



<p>Cependant, n’était pas en reste la perspective du gain, non seulement immatériel, chez les combattants musulmans aux rangs grossis de l’inévitable tourbe habituelle des conflagrations. Rompus aux guerres claniques, aux batailles sans fin, aux incursions et aux raids de pillage, nombre de tribus aux intentions troubles étaient promptes à s’enrôler, au service réel ou affiché de convictions religieuses ardentes ou encore en limbes, dans les armées conquérantes.</p>



<p>Celles-ci ne manquèrent pas de réserves prêtes à l’emploi en plus de groupes supplétifs qu’attirent toujours les troupes victorieuses, au point qu’Abou Bakr réussit à demeurer fidèle à sa règle érigée en principe absolu de tenir les apostats repentis à l’écart des troupes de conquête, ne leur pardonnant pas leur écart de conduite en les excluant des bénéfices des victoires musulmanes.</p>



<p>Chez ces armées, il y avait aussi un désir de revanche contre des peuples qui, longtemps, leur avaient fait subir leur mépris et une fierté excessive de leur civilisation, de leur passé de prestige. N’ayant été, de toujours, que des vassaux ou des peuplades sans Dieu ni maître, pauvres et divisées de surcroît, les Arabes n’étaient considérés que comme un ramassis d’incapables.</p>



<p>Leur atavisme guerrier, pourtant, les prédisposait à se lancer à la conquête des anciens maîtres et leurs conditions de vie misérables redoublaient une ardeur à posséder d’infinies richesses et d’avoir enfin le luxueux mode de vie des seigneurs. Passer de vie à trépas avec une chance de réaliser ce rêve ou, à défaut, de gagner le paradis, n’était donc pas mourir ; dans les deux cas, c’était ressusciter à une nouvelle vie : terrestre ou, encore mieux, dans l’au-delà.</p>



<p><strong>Le propos tenu par les chefs arabes à leurs ennemis avant d’engager bataille</strong> faisait invariablement référence à tous ces éléments&nbsp;; on le retrouvait résumé dans l’une des lettres d’Ibn Al Walid à ses adversaires : <em>«Au nom de Dieu clément et miséricordieux. De Khalid Ibn Al Walid aux satrapes de Perse. Faites-vous musulmans, vous serez hors de danger, ou acceptez mon pacte de sécurité en payant tribut ; sinon vous aurez affaire aux gens que je vous ai amenés, aimant mourir comme vous aimez vous enivrer»</em>.</p>



<p>Fulgurante fut ainsi l’expansion de l’islam et ses troupes volèrent de succès en succès. L’état de faiblesse dans lequel se trouvaient Perses et Byzantins au sortir de leurs guerres incessantes, ainsi que leurs divisions, aidèrent pour beaucoup les troupes de l’Islam.</p>



<p>Après une année passée en Irak, notamment à Al Hira, fertile en batailles et en traités de soumission, tantôt respectés, tantôt rompus pour déboucher sur une nouvelle bataille ou un autre accord de capitation, Khalid fut dirigé vers la Syrie commander les troupes qui y étaient déjà présentes. La guerre en Irak continuerait sans lui ; celle de Syrie – désignant aussi bien le Liban que la Jordanie et la Palestine – s’annonçait désormais autrement décisive.</p>



<p>Sur place, avant son arrivée, les armées combattaient séparément, chacune sous l’ordre d’un commandant. Sa nomination n’était pas du goût de tous ; les autres généraux pensant en être digne, s’accordant aussi à considérer l’un d’entre eux, Abou Obeïda Ibn Al Jarrah en l’occurrence, bien plus méritant que le nouveau venu. Abou Bakr ne le voulut pas moins le seul chef de toutes les troupes musulmanes.</p>



<p><strong>Grâce à sa stature, son courage et son sens tactique et stratégique, Ibn Al Walid avait acquis un prestige inégalable</strong>. Il n’hésitait pas à se comporter en prince, ne se refusant rien, usant autour de lui des largesses que les butins accumulés lui permettaient. Il savait, pourtant, qu’agissant de la sorte, il ne pouvait qu’irriter davantage Omar et ses principes nettement plus rigides en la matière que ceux d’Abou Bakr.</p>



<p>Mais la totale confiance du vicaire du prophète lui faisait tout oublier. Ainsi, avant de recevoir l’ordre de marcher sur la Syrie, sans en référer à personne, contrairement aux règles militaires et aux usages, il prit l’initiative de déléguer ses pouvoirs et de faire le pèlerinage de La Mecque en catimini.</p>



<p>Cela finit par se savoir et ne fit que décupler la colère d’Omar; il ne pouvait tolérer pareil manquement aux intérêts des soldats musulmans en guerre, ce comportement ayant pu exposer les troupes à des attaques ennemies en l’absence de leur chef. À cette faute militaire s’ajoutèrent des soupçons de prévarication, de concussion et de corruption.</p>



<p><strong>Abou Bakr, non plus, n’admit pas la légèreté du comportement stratégique </strong>et réprimanda son général à ce sujet. Concernant les accusations de malversation et de détournement de fonds, cependant, il ne pouvait se permettre de le soupçonner, n’ayant pas la certitude que la part du Trésor prélevée sur les butins de la guerre et envoyée à Médine ne correspondait pas réellement au cinquième légal et que les autres parts n’étaient pas intégralement réparties entre les troupes comme le soutenaient les ennemis de Khalid.</p>



<p>Déférant à l’insistance d’Omar, néanmoins, il consentit à éloigner son général de la Mésopotamie et de son casernement à Al Hyra, l’envoyant rejoindre les troupes de Syrie, mais en élargissant ses compétences. Sanctionnant indirectement son général sans le désavouer, le calife évita du coup que les accusations proférées à l’encontre de leur chef n’eussent affecté le moral des armées.</p>



<p>En se dirigeant vers les terres de conquête de Syrie, Ibn Al Walid laissait derrière lui un Irak en cours de soumission totale au fil de l’épée ou au prix de l’or et de l’argent. Des scènes de ses hauts faits d’armes lui reviendront en mémoire, rythmées par la permanente psalmodie de versets du Coran par les guerriers et les barrissements des éléphants, cette arme perse qui, longtemps, fit des ravages dans les rangs musulmans avant d’être finalement contrée.</p>



<p>Il ne sera pas le héros de la bataille décisive d’Al Qadissiya, à une trentaine de kilomètres de la future ville d’Al-Koufa, ni de la victoire de Jaloula et de celle de Nehavend, en l’an 21 de l’hégire – qualifiée de conquête des conquêtes par les musulmans – qui confirmera au dernier des Sassanides la fin de sa dynastie et le fit fuir à Merv où il périra des mains de l’un des siens.</p>



<p>Si le sang de ce dernier n’était pas versé par les envahisseurs arabes, il ne coulerait pas moins, plus tard, dans les veines de leurs descendants, des enfants des illustres Compagnons du prophète Abou Bakr et Ali qui donneront en épouses à leurs fils Mohamed et Al Houssayn les filles captives du souverain déchu, Yazdgard III.</p>



<p><strong>En Syrie, Khalid aurait-il d’autres occasions de s’illustrer </strong>et de faire état de son génie ? Les grands noms déjà présents, chargés d’une ville chacun, étaient jaloux de leurs prérogatives ; il savait donc qu’il n’allait pas de soi d’en être réellement le chef, de le leur faire admettre.</p>



<p>Parmi les généraux déjà sur ces terres, outre le paisible et respecté Abou Obaïda Ibn Al Jarrah que le prophète surnomma le Loyal de la communauté, il y avait le rusé Amr Ibn Al ‘Ass, l’Omeyyade Yazid Ibn Abi Soufiane, surnommé Yazid la Bonté, et Saad Ibn Abi Wakkas, le futur vainqueur de la terrible bataille de trois jours d’Al Qadissiya à laquelle il ne participera que de loin, pour cause de fistules l’empêchant de monter à cheval et le retenant hors du champ de la bataille.</p>



<p>Les deux premiers avaient déjà obtenu la capitulation sans combats de Bosra, première ville syrienne gagnée par les musulmans. Avant d’envahir l’Égypte et d’en tomber amoureux, Amr Ibn Al’Ass s’illustra, par ailleurs, à Ajnadin, localité entre ErRemla et Beit Jibrine en Palestine, désormais occupée à l’exception de Jérusalem et de Césarée ; cette dernière sera soumise plus tard par Yazid Ibn Abi Soufiane qui ne se savait pas le frère d’un futur calife.</p>



<p>Khalid avait d’autant plus à cœur de réussir sa mission qu’il se savait attendu au tournant par Omar qui n’hésiterait pas, le moment venu, à abattre sur lui sa terrible colère. Il savait que sa mutation était le résultat des menées incessantes de celui qu’il appelait le petit gaucher – Omar étant, en fait, ambidextre – qui l’aurait jalousé d’être l’artisan de la soumission du prestigieux pays des Perses. Grande était toutefois sa confiance en sa capacité à venir au bout de toutes les difficultés et, plus que tout, il se satisfaisait du maintien de l’estime et de la confiance d’Abou Bakr, malgré sa dernière colère contre lui et une récente maladie qui le diminuait.</p>



<p>Sur une rivière-frontière, entre la Syrie – stricto sensu – et la Jordanie, à Yarmouk, toutes les armées arabes s’étaient réunies face aux Byzantins ; la bataille s’annonçait terrible et les chefs arabes se disputaient l’honneur du commandement suprême.</p>



<p>Bien que contesté, Ibn Al Walid sut parler à ses pairs, leur proposant un commandement tournant et suggérant de le prendre le premier jour. Ils acceptèrent et ce fut juste suffisant au stratège pour, à la tombée de la nuit, conduire les hommes à la victoire.</p>



<p>En pleine bataille, tomba la nouvelle de la mort du calife ; elle était accompagnée de l’ordre de la destitution du commandant général. Mais Khalid sauvegarda les chances de ses troupes en leur cachant le contenu du message amené par le courrier de Médine, présenté comme venant apporter les nouvelles de renforts imminents.</p>



<p><strong>Abou Bakr avait désigné Omar pour lui succéder,</strong> et celui-ci ne manqua pas de destituer l’homme qui, depuis bien longtemps, ne lui inspirait plus confiance ; il le remplaça à la tête de toutes les armées sur le front syrien par le général en chef Abou Obaïda Ibn Al Jarrah.</p>



<p>On était en l’an 13 de l’hégire, 634 du calendrier chrétien. Depuis la onzième année hégirienne, date de l’arrivée d’Abou Bakr au califat, la conquête islamique avait commencé et continuait son expansion avec succès. La grande victoire sur l’affluent du Jourdain ouvrit toute la Syrie aux musulmans.</p>



<p class="has-text-align-right"><em><strong>À suivre&#8230;</strong></em></p>



<p> <strong>* <em>«Aux origines de l’islam. Succession du prophète. Ombres et lumières»; roman de Farhat Othman, éd. Afrique Orient, Casablanca, Maroc, 2015.</em></strong></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes du feuilleton&nbsp;:</em></h4>



<p><em><a href="http://kapitalis.com/tunisie/2022/04/11/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-5-5/">http://kapitalis.com/tunisie/2022/04/11/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-5-5/</a></em></p>



<p><em><a href="http://kapitalis.com/tunisie/2022/04/10/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-4-5/">http://kapitalis.com/tunisie/2022/04/10/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-4-5/</a></em></p>



<p><em>http://kapitalis.com/tunisie/2022/04/09/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-luttes-dinfluence-et-guerre-de-religion-3-5/</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : À la conquête du monde</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/12/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-a-la-conquete-du-monde/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&#8217;islam» : Coup de force au préau (1/2)</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/03/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-coup-de-force-au-preau-1-2/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/03/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-coup-de-force-au-preau-1-2/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 03 Apr 2022 13:08:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abou Baker]]></category>
		<category><![CDATA[Aws]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Othman]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[Khazraj]]></category>
		<category><![CDATA[les Ansars]]></category>
		<category><![CDATA[Médine]]></category>
		<category><![CDATA[Mouhajirouns]]></category>
		<category><![CDATA[musulmans]]></category>
		<category><![CDATA[OMar Ibn Al-Khattab]]></category>
		<guid isPermaLink="false">http://kapitalis.com/tunisie/?p=386381</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le préau de la famille Sa’ida, la plus en vue de Médine, là où avait l’habitude de se réunir les gens de la ville, grouillait singulièrement de monde ce jour-là. Blancs, poivre et sel ou comme du charbon ardent y étaient les poils sur les joues et les mentons des hommes; une foule de barbus...</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/03/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-coup-de-force-au-preau-1-2/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Coup de force au préau (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<div class="wp-block-image"><figure class="aligncenter size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/04/Abou-Baker-et-Omar-Ibn-Al-Khattab.jpg" alt="" class="wp-image-386382"/><figcaption><em>Abou Baker d&rsquo;après une miniature persane et Omar Ibn Al-Khattab sur une affiche de film. </em></figcaption></figure></div>



<p><strong><em>Le préau de la famille Sa’ida, la plus en vue de Médine, là où avait l’habitude de se réunir les gens de la ville, grouillait singulièrement de monde ce jour-là. Blancs, poivre et sel ou comme du charbon ardent y étaient les poils sur les joues et les mentons des hommes; une foule de barbus tenait réunion.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Farhat Othman</strong></p>



<span id="more-386381"></span>



<p>On y distinguait Abou Bakr avec sa chevelure et son menton aux poils touffus teints au henné, accompagné de son proche ami Omar dont la barbe était également traitée à la poudre de cette même plante tropicale. Collé à eux, la barbe clairsemée, le visage strié de veinules, un quadragénaire édenté, aussi grand homme qu’Omar, complétait le trio réputé être celui des amis préférés du prophète.</p>



<p>Couramment appelé de son surnom Abou Obeïda, par égards manifestes, Ameur Ibn Al Jarrah était allé avertir Omar de l’occurrence d’un événement grave, seul fait majeur ayant pu venir éclipser le drame incommensurable de la communauté. Aussi se sont-ils hâtés ensemble de quérir leur ami commun chez sa fille au chevet de l’illustre défunt.</p>



<p>À l’instant même de l’annonce du drame, une réunion impromptue se tenait, les Ansars — premiers soutiens de l’apôtre de la nouvelle religion, appelés depuis les Renforts tout court — s’apprêtaient à élire le premier d’entre eux pour régir les affaires de leur ville, succédant ainsi au prophète qui n’en avait expressément désigné aucun.</p>



<p>Des membres de la famille endeuillée, présents à son chevet, assurèrent qu’il voulut bien le faire à ses derniers instants ; mais la défiance de certains de son entourage l’en empêcha de peur que la maladie n’eût altéré son jugement ; il était dans ses ultimes moments et la fièvre, l’évanouissement avaient totale prise sur lui.</p>



<p><strong>Tenue le jour même de la mort de Mohamed</strong>, la réunion des Ansars avait lieu dans la cour à l’entrée de la maison des Sa’ida où ils s’étaient réunis autour du doyen Saad Ibn Oubada, chef des Khazraj, l’une des deux branches composant les tribus arabes de l’ancienne Yathrib.</p>



<p>Avec les Aws, l’autre tribu originaire comme eux du Yémen, ils eurent droit à leur surnom valorisant la geste des premiers clans arabes à secourir l’envoyé divin contre sa propre tribu Qoraïch, aux premiers moments, les plus durs de sa mission. Au bout de dix ans de prédication sans résultat parmi les siens ni grand nombre de convertis, ils l’accueillirent chez eux dans leur ville qui abandonna à l’occasion son ancien nom pour célébrer sa venue en devenant la Ville du prophète, puis Ville tout court (soit Médine) depuis qu’il s’y installa après une fuite de nuit de La Mecque. Ils le supportèrent, l’aidèrent à revenir conquérir sa ville, et ils en tiraient une légitime fierté, leur propre ville devenant la capitale de la prophétie ayant eu le pas sur le centre du monde arabe qu’était La Mecque du fait de son sanctuaire religieux.</p>



<p>Descendant d’un même ancêtre, cohabitant dans la même ville, les Aws et les Khazraj ne se supportaient guère pourtant, conformes en cela à un trait de caractère atavique chez les habitants de la péninsule arabique. Ce fut, d’ailleurs, pour sublimer leurs divisions, entre autres, qu’ils accueillirent chez eux ce prophète venu d’une tribu rivale qui allait fédérer les Arabes et les amener à dépasser leurs divisions pour prétendre à l’ambition de conquérir l’univers. Rêvant certainement moins de conquête du monde, que leur promettait la vision universaliste de leur illustre hôte et les réels dons divinatoires de son premier compagnon, que d’un primat en terre arabe, ils se furent les plus ardents défenseurs de la nouvelle religion, autant par foi et conviction que par opportunisme ou calcul politique.</p>



<p>Sur un tapis étendu, accoudé à un oreiller, Saad était engoncé dans ses vêtements ; il était fiévreux. La maladie avait ratatiné sa stature imposante que l’opulence et la tradition familiale de munificence, de prodigalités même, ajoutaient à sa magnificence. Calmement, toutefois, avec ce détachement caractéristique des nobles personnes pour ce qu’ils estiment leur dû, il attendait l’issue prévisible de la réunion avec une lassitude relevant autant de son état que de ce sentiment-là.</p>



<p><strong>Après les palabres de rigueur entre les membres des deux tribus</strong> de la ville, l’assemblée devait confirmer sa prétention à succéder à l’envoyé de Dieu. Cela, du coup, le consacrerait chef de toutes les tribus arabes ralliées à la religion naissante, voire de celles appelées à y adhérer tôt ou tard, le mouvement de conversion s’étendant et devant finir par prendre l’allure d’un raz de marée malgré quelques réticences et certaines oppositions violentes. Or, qui mieux que lui, notoirement réputé être l’homme parfait, dont la bravoure et la vaillance équivalaient à sa générosité proverbiale, pouvait s’acquitter de cette mission ?</p>



<p>Rien n’était encore décidé, toutefois ; Abou Bakr et ses deux compagnons arrivaient juste à temps ! Il leur fallait empêcher l’occurrence de ce qu’ils estimaient relever de l’erreur fatale. Confier l’héritage prophétique à quelqu’un d’autre qu’un membre éminent de la tribu mecquoise de Qoraïch était de nature à créer les pires divisions dans la communauté musulmane, pensaient-ils.</p>



<p><strong>Des dissensions étaient déjà apparues de la vie même de Mohamed</strong> et elles risquaient de s’aggraver et finir par se perpétuer si on ne laissait pas à la tribu abritant déjà le sanctuaire majeur, vers lequel tous les Arabes polythéistes se retournaient, cette même primauté avec la nouvelle religion. Les trois compagnons n’étaient en cela que représentatifs de l’état d’esprit des gens de leur tribu. Tout comme eux, l’ensemble des Émigrants ou Mouhajirouns, ces musulmans des premières heures issus de la tribu de Mohamed, ayant émigré avec lui, n’accepteraient en aucun cas que le successeur du prophète ne fût pas issu de leurs rangs.</p>



<p>Au-delà de la préséance et de la prééminence entre les tribus, c’était une question de principe&nbsp;; et Abou Bakr, le plus âgé des trois arrivants à la réunion des Ansars, allait devoir puiser dans sa sagesse pour l’expliciter à l’assistance afin d’avoir sa totale adhésion. Car il ne fallait surtout pas se diviser ni se déchirer en ce moment déjà suffisamment tragique par la disparition du fondateur de l’islam.</p>



<p>Il en allait de même pour le chef des Renforts, qui tenait pour évident le rejet des tribus arabes d’une réunion de la dignité prophétique et de la distinction politique dans une même tribu, les contestations de ce fait n’ayant déjà pas tardé à apparaître de la vie même du prophète. Or, qui d’autre est le plus digne de ces fonctions que le chef des premiers secours de la nouvelle religion, sans lesquels elle n’aurait peut-être pas fini par triompher ?</p>



<p>Sous les traits de l’analyse objective, Ibn Obada ne cachait pas moins son aversion pour la tribu du prophète qui, du jour au lendemain, était passée du statut de plus farouche adversaire à celui de plus ardent supporter de l’islam. Or, la haine dans le cœur des hommes, même chez les plus fervents musulmans parmi eux, ne s’efface que trop difficilement ! Le jour de la conquête de la Mecque, alors qu’il était, comme à son habitude lors de toutes les précédentes batailles de Mohamed, le porte-drapeau des Ansars, il avait nourri l’espoir d’assouvir sa vengeance, mais ne voilà-t-il pas que les anciens ennemis devenaient subitement des ralliés, que la demeure de leur chef était sanctuarisée et qu’on lui retirait même son oriflamme pour le confier à son propre fils, jugé plus diplomate, de peur qu’il ne se laissât aller à ses sentiments de haine !</p>



<p>Depuis ce jour, les Renforts se sont sentis comme trahis, l’ennemi combattu leur subtilisant la place de premiers défenseurs de l’islam, arrivant même à obtenir du prophète un traitement de faveur dans la répartition des prises de guerre. Certes, ce dernier, soupçonné par d’aucuns de favoriser les siens, a bien balayé par la parole et le geste toute suspicion en réaffirmant la place éminente des Ansars dans un discours émouvant et en gardant Médine comme résidence&nbsp;; le malaise n’en était pas moins resté vivace dans le faible cœur des hommes.</p>



<p>— Alors, que voit Abou Thabet ?</p>



<p><strong>S’adressant à Ibn Oubada, Abou Bakr l’appela sans surprise par son surnom</strong> selon la coutume arabe de respect pour l’interlocuteur, le valorisant ainsi en évitant de l’apostropher par son simple prénom ou son nom de famille. En cela, il en allait pour lui de bien plus que de simple diplomatie&nbsp;; c’était dans son caractère, sa manière d’être.</p>



<p>Tout autour, les alliés Khazraj de celui qui présidait la réunion étaient en nombre et scandaient son nom ; quelques autres de la tribu rivale de Médine auraient bien voulu se manifester et s’y opposer; mais entre estimer le pouvoir devant revenir aux Aws et le claironner haut et fort, il y avait la stature et le prestige de l’homme du jour que ne pouvait plus contester leur propre chef disparu lors de la bataille dite de la tranchée. Il fallait désormais compter avec Bouillie de farine — surnom de Qoraïch — et les Émigrants, avec l’arrivée inopinée de ses trois représentants&nbsp;; et cela créait une nouvelle donne.</p>



<p>— Je suis un homme d’entre vous.</p>



<p>Jouant la modestie, Saad répondait énigmatiquement. Il sentait bien la détermination des arrivants, en voyait le feu sur les visages, mâtiné de colère dans les yeux d’Omar dont le bras droit, la main toute proche d’un sabre bien en évidence dans son fourreau, était discrètement retenu par Abou Bakr. Pour lui, il ne faisait pas de doute&nbsp;; les éminents représentants de la grande tribu rivale venaient défendre bec et ongles une prééminence tribale bien moins que l’intérêt de la religion. Il voulait bien mettre cette réaction instinctive sur le compte de la confusion, créée par le terrible drame qu’ils venaient de vivre&nbsp;; lui, toutefois, prétendant rester toujours égal à lui-même, voulait rester calme, agir avec raison, loin de toute émotion.</p>



<p>Dans le brouhaha généralisé, la bousculade échauffait les esprits. L’un des présents qui affirmait garder aussi sa lucidité, se vantant d’avoir l’avis sûr — ce pour quoi il était, au reste, réputé — éleva la voix, péremptoire, usant de paraboles agrestes, se faisant à peine écouter par la foule grondant en grossissant. Il parvint, néanmoins, à faire entendre l’essentiel de ce qu’il voulait dire :</p>



<p>— Je suis celui dont l’avis s’est toujours révélé salutaire, vous le savez ! Un émir d’entre nous, un autre d’entre vous ; si l’Émigrant agit mal, le Renfort l’arrêtera et vice-versa. Écoutez, c’est l’opinion sensée !</p>



<p>C’était un Khazraj comme Saad. Il prétendait que, par deux fois, il avait eu l’oreille du prophète, la première fois lors de la bataille décisive de Badr, quelques années auparavant, et la deuxième, il y a juste quelques jours, au début de la maladie de Mohamed lorsqu’il en parla à ses compagnons, leur demandant leur avis. Il assurait qu’alors que ceux-ci lui tinrent le langage du coeur, manifestant leur attachement à sa présence parmi eux, lui seul lui tint le langage de la raison, lui disant de faire sien le choix qu’Allah aura fait pour lui.</p>



<p>Mais ni la science de l’homme ni ses images empruntées à la vie quotidienne pour illustrer sa clairvoyance n’eurent d’effet sur une assemblée désormais houleuse, des Mouhajirouns y ayant rejoint en nombre le trio initial. Omar se retenait avec peine ; sa fougue naturelle et son sens aigu des responsabilités le portaient à user de la force dont il se sentait porteur pour le bien général. On ne pouvait afficher pareil spectacle affligeant d’un appétit pour le pouvoir à pareil instant&nbsp;! C’était pis que de l’indécence, un flagrant manque de respect pour la mémoire du défunt&nbsp;; et les arguments relatifs aux dangers de vacance du pouvoir n’avaient nulle valeur à ses yeux.</p>



<p>Il s’apprêtait à protester de son indignation, mais s’arrêta net ; Abou Bakr le lui demandait. Et il se tut, instruit par l’épisode de la mosquée, convenant que son compagnon s’en sortirait bien mieux que lui, même s’il se sentait assez outillé cette fois-ci, ayant préparé mentalement une argumentation minutieuse. Il le regarda parler en opinant du chef, admettant en son for intérieur qu’Abou Bakr détaillait à merveille ce qu’il avait lui-même projeté de dire.</p>



<p>Avec sa douceur caractéristique, une voix presque mielleuse, Abou Bakrcaptait l’attention et ralliait à lui les plus dubitatifs d’entre les Renforts, le clan des Aws, particulièrement, pour qui la jalousie exacerbée amenait à faire de leurs frères des ennemis mettant en pièces les prétentions des autres.</p>



<p>— <strong>Nous, les Émigrants, nous avons été les premiers à embrasser l’islam.</strong> De lignée, nous sommes les meilleurs, appartenant à l’élite des tribus dont nous sommes les plus qualifiés des représentants&nbsp;; et nous sommes de la plus proche parenté du prophète, bénédiction et salut d’Allah sur lui. Vous êtes nos frères en islam, nos partenaires dans la religion ; vous avez été des supporteurs et des secoureurs, que Dieu vous en récompense bien. Nous sommes donc les émirs et vous êtes les vizirs ; car les tribus arabes n’obéiront qu’à ce clan de Qoraïch qui est le nôtre. Alors, ne disputez pas à vos frères les Émigrants leur mérite par Dieu reconnu. Car le prophète — bénédiction et salut d’Allah sur lui — a bien dit : « Les chefs de file sont de Qoraïch ». Aussi, je vous propose de choisir l’un de ces deux hommes : Omar Ibn AlKhattab et Abou Obeïda Ibn AlJarrah.</p>



<p>En s’effaçant devant ses deux compagnons, Abou Bakr ne faisait qu’obéir à une propension naturelle de modestie et de consensualisme; du même coup et involontairement, il agissait en incontestable stratège politique en faisant leçon aux présents, subitement honteux de se montrer avides du pouvoir en de telles circonstances particulières et en présence de pareilles personnalités réputées proches et si estimées de l’illustre défunt.</p>



<p>— Cela se pourrait-il advenir alors que tu es en vie ? Personne n’oserait t’ôter de la position à laquelle t’a placé le prophète, bénédiction et salut d’Allah sur lui !</p>



<p>Dans une cour où le vacarme, ajouté à la confusion, était à son comble, Omar, de sa voix haute, accompagnée de gestes secs, venait de répliquer aussitôt. Ayant relevé de son œil averti le subit flottement des pensées, il voulait se saisir promptement de l’instant qui lui semblait être de ceux où le destin bascule en faveur des plus audacieux. Il n’était pas le seul à avoir compris l’importance du moment, le Renfort avisé de tout à l’heure revenait à la charge, cherchant à rallier l’assemblée à sa proposition de partage du pouvoir&nbsp;:</p>



<p>— Je suis l’homme de la situation. Un chef d’entre nous et un autre parmi vous, gens de Qoraïch !</p>



<p>Sa voix insistante, contrant celle, bien retentissante d’Omar, venait aussi de réussir à se faire entendre dans le bruit assourdissant&nbsp;; mais le qoraïchiten n’y prêta aucune attention et topa en hâte, en signe de reconnaissance, la main d’Abou Bakr, prise d’autorité, entraînant derrière lui quelques-uns des présents, Abou Obeïda et les Émigrants en premier.</p>



<p>Et l’enchantement eut lieu ! Car, aussitôt, spontanément, comme par mimétisme, les premiers ralliés au choix d’Omar furent suivis par la plupart de l’assistance, la tribu rivale du président de séance surtout dont les représentants vinrent s’agglutiner autour d’Abou Bakr, lui prendre la main, trouvant en lui la meilleure alternative à une reconnaissance du frère ennemi qui équivalait plutôt à une reddition.</p>



<p>— Vous avez tué Saad !</p>



<p><strong>Dans la cohue générale, des cris fusaient maintenant</strong> et l’on entendit la même haute voix, d’autres aussi moins affirmées, déplorer l’outrage : le chef Aws venait d’être bousculé ; d’aucuns faillirent même le piétiner, par inadvertance, mais peut-être aussi intentionnellement.</p>



<p>— Tuez-le ! Que Dieu le tue ! C’est un séditieux !</p>



<p>Hurlant presque dans l’instant, sabre à la main, Omar répondait provocateur, faisant mine de se précipiter vers l’homme alité, aussitôt mieux entouré de ses intimes bousculés de toutes parts.</p>



<p>— Et si je t’écrasais, hein !</p>



<p>Sa haute stature aidant, Omar était pratiquement debout à la tête du chef malade, qu’il continuait à malmener verbalement, à faire mine de le menacer, dans un bouquet de bras et de mains nues ou armées faisant barrage entre les deux hommes. Nullement impressionné, Saad, par bravade, n’hésita pas à se saisir rageusement de la barbe fournie de son détracteur en grommelant&nbsp;; mais le brouhaha couvrit sa voix.</p>



<p>Les deux hommes, aussi braves l’un que l’autre, ne se supportaient guère&nbsp;; Omar n’aimait particulièrement pas le goût du luxe et la superbe de Saad qui ne pouvait que honnir les manières frustes et le caractère intransigeant, dénué de nuances d’Omar. Certes, ce dernier reconnaissait sa générosité et saluait la bonne tradition de sa maison de nourrir régulièrement les multitudes et, depuis l’arrivée des Émigrants, de se charger d’un groupe conséquent des petites gens réfugiées dans la mosquée. Il ne pouvait oublier cependant une scène qui dévalorisa à jamais l’homme à ses yeux.</p>



<p>C’était au lendemain de son arrivée à Médine; le prophète rendait visite à Ibn Oubada et, le saluant en entrant, ne reçut aucune réponse et dut répéter ses salutations plus d’une fois avant que l’orgueilleux chef Khazraj ne daignât répondre. Bien sûr, celui-ci prétendit après coup avoir répondu par devers lui, en silence, faisant cela dans l’intention de bénéficier du plus possible de saluts dans la bouche du prophète. Aux yeux d’Omar et de tout vrai croyant, une telle explication cachait mal l’affront fait au prophète et la vanité démesurée de son auteur.</p>



<p>N’ayant pas besoin de jouer des coudes, les gens s’effaçant devant lui, Abou Bakr intervint aussitôt pour séparer les deux hommes, s’adressant à son ami :</p>



<p>— Doucement Omar ! L’indulgence est de rigueur ici.</p>



<p>— Par Dieu, s’écria Saad, si j’avais eu la force, vous m’aurez entendu rugir ! Emportez-moi de ce lieu !</p>



<p>Et ses serviteurs l’extirpèrent péniblement de la confusion tumultueuse, s’en allant le transporter hors des lieux relevant désormais de l’atmosphère d’une vraie foire.</p>



<p>Saad enrageait. En lui, bien plus que la déception, c’était la rage de l’impuissance qui le rendait encore plus malade&nbsp;; cette incapacité physique et psychique où il était de peser sur le cours des événements. Il était moins déçu qu’on l’ait écarté de la succession du prophète que du fait de la tournure prise par les événements, et qui annoncerait les pires calamités. Sa candidature ne procédait pas d’une ambition personnelle&nbsp;; elle se voulait le résultat d’une analyse objective de la situation pour éviter les divisions, assurer la pérennité de la nouvelle religion.</p>



<p>Or, ce qu’il redoutait le plus venait d’avoir lieu par la faute surtout de cet homme à la barbe en éventail, au teint d’ivoire, au caractère exécrable. Il aurait voulu par sa candidature maintenir la religion naissante hors des ambitions du clan d’origine du prophète disparu, prolongeant au-delà de la vie de Mohamed le rôle majeur de principal secours des gens de Médine. À ses yeux, retirer la succession du prophète aux Ansars revenait à assurer, tôt ou tard, la mainmise des Qoraïchites sur les rouages de l’Etat naissant&nbsp;; ce qui finirait par déboucher sur les travers qu’on voulait justement éviter. Il n’était pas assuré que les Arabes obéiraient aux gens issus de la parentèle du prophète comme l’assura Abou Bakr, pas mieux en tout cas qu’ils n’obéiraient à ses principaux soutiens qui sauraient, bien plus que les Qoraïchites, tenir le pouvoir en dehors des querelles des familles rivales au sein d’un même clan, comme c’était le cas au sein même de la tribu qoraïchite, dont notamment celles se réclamant de la lignée prophétique.</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>À suivre..</strong>.</p>



<p><em><strong>«Aux origines de l’islam : Succession du prophète, Ombres et lumières», Farhat Othman, éd. Afrique Orient – Maroc, 2015.</strong></em></p>



<h4 class="wp-block-heading"><em>Précédents épisodes: </em></h4>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="7k3IGkXcGZ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/02/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-incroyable-fin/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une incroyable fin</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Une incroyable fin » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/02/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-une-incroyable-fin/embed/#?secret=NKz0JVhEDW#?secret=7k3IGkXcGZ" data-secret="7k3IGkXcGZ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="u1WbuSClPI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/01/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-2/">Roman-feuilleton du Ramadan : «Aux origines de l&rsquo;islam»</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan : «Aux origines de l&rsquo;islam» » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/01/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-2/embed/#?secret=rZHAfMl952#?secret=u1WbuSClPI" data-secret="u1WbuSClPI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>



<p><blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="ZkKn1sB8HF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/31/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam/">Roman-feuilleton du Ramadan : « Aux origines de l&rsquo;islam »</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Roman-feuilleton du Ramadan : « Aux origines de l&rsquo;islam » » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/03/31/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam/embed/#?secret=xrdZ12GPQH#?secret=ZkKn1sB8HF" data-secret="ZkKn1sB8HF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/03/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-coup-de-force-au-preau-1-2/">Roman-feuilleton du Ramadan &#8211; «Aux origines de l&rsquo;islam» : Coup de force au préau (1/2)</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/04/03/roman-feuilleton-du-ramadan-aux-origines-de-lislam-coup-de-force-au-preau-1-2/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
