<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Archives des Salah Ben Youssef - Kapitalis</title>
	<atom:link href="https://kapitalis.com/tunisie/tag/salah-ben-youssef/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/salah-ben-youssef/</link>
	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Apr 2026 12:10:13 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=6.9.4</generator>

<image>
	<url>https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2022/05/cropped-Logo-Kapitalis-32x32.png</url>
	<title>Archives des Salah Ben Youssef - Kapitalis</title>
	<link>https://kapitalis.com/tunisie/tag/salah-ben-youssef/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>Le 9 avril 1938 &#124; Quand le Destour devient Néo</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/le-9-avril-1938-quand-le-destour-devient-neo/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/le-9-avril-1938-quand-le-destour-devient-neo/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 09 Apr 2026 12:10:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[9 avril 1938]]></category>
		<category><![CDATA[Ali Belhouane]]></category>
		<category><![CDATA[Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Slimane Ben Slimane]]></category>
		<category><![CDATA[Youssef Rouissi]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=18605597</guid>

					<description><![CDATA[<p>Pourquoi les émeutes 9 avril 1938 ont marqué un point de rupture dans l’histoire du mouvement nationaliste tunisien ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/le-9-avril-1938-quand-le-destour-devient-neo/">Le 9 avril 1938 | Quand le Destour devient Néo</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Le 9 avril 1938 marque un point de rupture dans l’histoire du mouvement nationaliste tunisien.&nbsp;Rappel de quelques faits historiques sur ce tournant décisif dans le mouvement national tunisien…</em></strong></p>



<p><strong>Pr Moncef Ben Slimane</strong> *</p>



<span id="more-18605597"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/12/Moncef-Ben-Slimane.jpg" alt="" class="wp-image-374492"/></figure>
</div>


<p>Quelques jours, avant les manifestations, le 4 avril,&nbsp;Slimane Ben Slimane&nbsp;et Youssef Rouissi sont arrêtés à Souk El Arba (actuelle Jendouba) alors qu’ils organisaient&nbsp;une réunion pour appeler à la désobéissance civile. Le 9 avril, les manifestations sont violemment réprimées. Des figures majeures du mouvement, comme&nbsp;Ali Belhouane,&nbsp;Habib Bourguiba&nbsp;ou encore Salah Ben Youssef sont arrêtées. La direction du Néo-Destour est jugée au cours du fameux procès de Guérin, de Cayla&nbsp;puis emprisonnée pour plusieurs années au Fort Saint-Nicolas, à Marseille. La confrontation avec le pouvoir colonial est désormais ouverte.&nbsp;</p>



<p>Dans la Tunisie des années 1930, tous les ingrédients d’une crise majeure sont réunis. La situation économique se dégrade, frappant durement ouvriers, paysans et artisans. En parallèle, les autorités du protectorat français durcissent leur politique et multiplient les atteintes à l’identité nationale. Une compagnie de naturalisation de Tunisiens est lancée, soutenue par les oulémas&nbsp;de la Zitouna avec leur tête le cheikh Tahar Ben Achour.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Du réformisme à la désobéissance civile</h2>



<p>Dans ce contexte tendu, une nouvelle génération de militants nationalistes s’impose. Portée notamment par des figures comme&nbsp;Ali Belhouane, elle remet en cause les méthodes jugées trop prudentes du Destour de Abdelaziz Thaâlbi et prône une action directe contre la domination coloniale.</p>



<p>Au sein du Néo-Destour, les débats s’intensifient. Faut-il continuer à négocier des réformes ou rompre définitivement avec toute forme de compromis ?</p>



<p>Mais la fracture devient politique. Une partie des dirigeants néo-destouriens rejette toute solution d’autonomie sous contrôle français et revendique l’indépendance totale. Cette position s’accompagne d’un changement de stratégie : la mobilisation populaire et la désobéissance civile remplacent progressivement les démarches réformistes.</p>



<p>Avril 1938 vient cristalliser cette évolution. Face à l’agitation croissante, les autorités coloniales choisissent la manière forte. Arrestations massives, manifestations réprimées dans le sang, procès politiques : la répression est brutale et systématique.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="600" height="430" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/02/Slimane-Ben-Slimane-Habib-Bourguiba.jpg" alt="" class="wp-image-15564605" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/02/Slimane-Ben-Slimane-Habib-Bourguiba.jpg 600w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/02/Slimane-Ben-Slimane-Habib-Bourguiba-300x215.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/02/Slimane-Ben-Slimane-Habib-Bourguiba-580x416.jpg 580w" sizes="(max-width: 600px) 100vw, 600px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Slimane Ben Slimane et Habib Bourguiba: restituer la mémoire nationale. </em></figcaption></figure>
</div>


<h2 class="wp-block-heading">Construire une mémoire nationale</h2>



<p>C’est en cela qu’avril 1938 fait date. Non seulement parce qu’il révèle la violence du système colonial, mais parce qu’il consacre une certitude chez les nationalistes tunisiens : l’indépendance ne se négocie pas, elle s’imposera.</p>



<p>Et pourtant, près d’un siècle plus tard, certaines mémoires continuent d’être reléguées dans l’ombre. J’espère que la direction du Centre national de la traduction prendra le temps de lire ces lignes, elle qui refuse de traduire en langue arabe les&nbsp;‘‘<em>Souvenirs politiques’’</em>&nbsp;de&nbsp;Slimane Ben Slimane, au motif de <em>«Qui c’est ce monsieur !? on ne traduit que les choses importantes pour l’histoire de la Tunisie»</em>.</p>



<p>Mais au-delà de cette réaction banale et classique de l’administration, une autre question demeure : celle de la mémoire. Car une nation ne se construit pas seulement par les luttes qu’elle mène, mais aussi par la manière dont elle choisit de les raconter, de les transmettre et de les reconnaître.</p>



<p>Construire une mémoire nationale exige une démarche rigoureuse, lucide et juste — une démarche qui ne sélectionne pas, n’efface pas, mais restitue la pluralité des engagements, des parcours et des voix qui ont façonné l’histoire de la Tunisie.</p>



<p>À défaut, ce ne sont pas seulement des hommes que l’on oublie, mais des pans entiers de ce qui fait la vérité d’une nation.</p>



<p><em>* Universitaire.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/le-9-avril-1938-quand-le-destour-devient-neo/">Le 9 avril 1938 | Quand le Destour devient Néo</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/09/le-9-avril-1938-quand-le-destour-devient-neo/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 02 Aug 2025 12:14:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelaziz Bouteflika]]></category>
		<category><![CDATA[Algérie]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Chatty]]></category>
		<category><![CDATA[Haouari Boumediene]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Masmoudi]]></category>
		<category><![CDATA[Néo-Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Raouf Chatty]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=17144539</guid>

					<description><![CDATA[<p>Parution des ‘Mémoires  de Habib Chatty sur la Tunisie et le Moyen-Orient’’, plus de trente ans après sa mort. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/">Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Plus de trois&nbsp;décennies après son décès en mars 1991, l’ancien ministre des Affaires&nbsp;étrangères et ancien secrétaire général de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) a publié ses mémoires en France sous le titre ‘‘Mémoires&nbsp; de Habib Chatty sur la Tunisie et le Moyen-Orient’’, retraçant son riche parcours politique étalé sur une cinquante ans de 1938&nbsp;à&nbsp;1988.</em></strong> <a href="https://www.youtube.com/watch?v=AoqY9xGDPxE" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Vidéo.</a></p>



<p><strong>Raouf Chatty *</strong></p>



<span id="more-17144539"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/05/Raouf-Chatty.jpg" alt="" class="wp-image-347685"/></figure>
</div>


<p>L’auteur parle d’abord de sa jeunesse&nbsp;dans&nbsp;son village natal M’saken&nbsp;dans le Sahel tunisien, de sa scolarité&nbsp;au collège Sadiki à Tunis, de son renvoi définitif de ce collège pour&nbsp;ses activités politiques&nbsp;favorables au Néo-Destour&nbsp;alors qu’il n&rsquo;avait que dix-sept ans et était en&nbsp;classe de seconde. Il évoque,&nbsp;tour à tour, sa vie de jeune militant&nbsp;pour l’indépendance de la Tunisie depuis&nbsp;1938&nbsp;au sein du&nbsp;Néo-Destour, de journaliste professionnel&nbsp;de langue française&nbsp;au quotidien <em>Le Petit Matin</em> durant vingt ans servant la cause nationale, de co-fondateur avec Habib Cheikhrouhou, sous l’impulsion du secrétaire général du&nbsp;Néo-Destour Salah Ben Youssef du quotidien <em>Assabah</em>, d’ambassadeur de la jeune République Tunisienne, de 1957 à 1970 successivement en Syrie, en Irak, auprès de la Ligue Arabe au Caire, au Liban, en Turquie, en Iran, au Maroc, en Algérie, dans un monde arabe&nbsp;instable et très mouvementé, de directeur du cabinet du président Habib Bourguiba, (1971/1974 ), de&nbsp;ministre des Affaires étrangères (1974/1977) et enfin&nbsp;de personnalité internationale de haut rang, suite à son&nbsp; élection au poste de secrétaire général de l’OCI,&nbsp;aux Nations Unies&nbsp;à New-York, à l’unanimité&nbsp;des quarante-quatre États&nbsp;membres&nbsp;de cette organisation, alors qu’un&nbsp;autre Tunisien&nbsp;occupait le poste de Secrétaire général de la Ligue des États Arabes, Chedly Klibi en l’occurrence.</p>



<p>De la lecture de ces mémoires, il ressort&nbsp;que la vie politique&nbsp;de Habib Chatty&nbsp;était intimement liée&nbsp;à celle du Néo Destour, et du leader Habib Bourguiba en particulier&nbsp;dont il était très&nbsp;proche,&nbsp;comme à beaucoup d’événements politiques majeurs qui ont&nbsp;marqué&nbsp;l’histoire contemporaine de la Tunisie.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-17144790" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2025/08/Habib-Chatty-1er-ambadssadeur-de-Tunisie-au-Liban.jpg 1200w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>Habib Chatty 1er ambassadeur de Tunisie au Liban présente ses lettres de créances au président Camille Chamoun, en 1957.</em></figcaption></figure>
</div>


<p></p>



<h2 class="wp-block-heading">Dans les tourmentes du Maghreb et du Machrek</h2>



<p>L’auteur explique son parcours politique tout à fait exceptionnel par sa volonté, son travail, son amour&nbsp;pour son pays, sa haine du colonialisme, sa détermination et son sens politique comme&nbsp;à sa lecture pragmatique&nbsp;des événements.</p>



<p>Habib Chatty&nbsp;traite, tour à tour, du Néo-Destour, du nationalisme du monarque Moncef&nbsp;Bey,&nbsp;de la présence&nbsp;française&nbsp;et italienne en Tunisie, des relations&nbsp;entre les nationalistes tunisiens et la France, de la prépondérance&nbsp;de Habib Bourguiba au sein du parti et dans le pays, du combat&nbsp;extraordinaire de Bourguiba pour la Tunisie, de la force politique, du tact&nbsp;et&nbsp;des capacités d’encadrement et d’organisation&nbsp;de Salah Ben Youssef dont&nbsp;il était&nbsp;également très proche.&nbsp;</p>



<p>Il donne&nbsp; un aperçu sur le désaccord&nbsp;Ben Youssef/Bourguiba; les accords sur l’autonomie interne&nbsp;de la Tunisie; le Congres&nbsp;du Néo-Destour à Sfax qui&nbsp;a tranché en faveur du leadership de Bourguiba; le rôle qu’il a personnellement joué dans&nbsp;ce congrès; la condamnation&nbsp;à&nbsp;mort&nbsp;de Ben Youssef; les confidences que lui a faites ce dernier au sujet&nbsp;de ses rapports personnels&nbsp;avec Bourguiba;&nbsp;l’œuvre&nbsp;majeure d’Ahmed Ben Salah, ses réalisations économiques et les raisons&nbsp;de l’échec&nbsp;de l’expérience collectiviste, ainsi que la responsabilité&nbsp;de Bourguiba&nbsp;en la matière; le rejet&nbsp;total&nbsp;de la politique&nbsp;collectiviste&nbsp;par les Tunisiens; les circonstances ayant permis l’ascension&nbsp;de Hedi Nouira; les rapports&nbsp;étroits&nbsp;entre le colonel libyen Kadhafi et Mohamed Masmoudi,&nbsp;son prédécesseur&nbsp;au ministère des Affaires étrangères; le rôle clé&nbsp;de celui-ci dans&nbsp;le projet&nbsp;d’union mort-née entre la Tunisie et la Libye en janvier 1974; la maladie grave que traîne Bourguiba depuis 1969 et son état psychique lorsqu’il a co-signé&nbsp;avec Kadhafi l’acte d’union des deux&nbsp;pays&nbsp;à Djerba; la destitution de Mohamed Masmoudi; son rôle personnel et celui de Hedi Nouira dans le rétablissement&nbsp;de la situation antérieure; le rejet&nbsp;catégorique de ce projet par le président algérien Houari Boumediene et le souverain marocain Hassan II; les menaces militaires sérieuses&nbsp;lancées par Boumediene contre la Tunisie; l’entretien&nbsp;houleux qu’il eut durant quatre heures à Alger&nbsp;avec Bouteflika au sujet de l’attitude&nbsp;agressive&nbsp;de Boumediene et du rejet&nbsp;total&nbsp;de Bourguiba de cette ingérence, entre autres faits historiques qui n’ont pas tous été élucidés à ce jour. &nbsp;</p>



<p>Habib Chatty traite également dans ses mémoires de l’ascension&nbsp;de Mohamed&nbsp;Sayah et de&nbsp;son adoption&nbsp;par Bourguiba; de la fuite&nbsp;en Algérie d’Ahmed Ben Salah, du refus&nbsp;de l’Algérie de le livrer à la Tunisie où il aurait retrouvé la prison; des enjeux de l’affaire&nbsp;du plateau continental ayant opposé la Tunisie à la Libye, de la toute-puissance de Wassila Ben Ammar, l’épouse&nbsp;de Bourguiba,&nbsp;favorisée&nbsp;par la grave maladie&nbsp;de l’ancien président de la République; du rôle&nbsp;majeur&nbsp;joué par celle-ci&nbsp;dans les affaires de l&rsquo;Etat&#8230;</p>



<h2 class="wp-block-heading">&nbsp;L’homme&nbsp;de confiance&nbsp;de Bourguiba&nbsp;</h2>



<p>Au plan&nbsp;international, Habib Chatty se présente&nbsp;comme&nbsp;l’homme&nbsp;de confiance&nbsp;de Bourguiba&nbsp;et le&nbsp;porte-voix&nbsp;de la&nbsp;sagesse et du pragmatisme&nbsp;politique&nbsp;et diplomatique de ce leader dans&nbsp;un monde arabe déprimé par l’enlisement&nbsp;de la cause&nbsp;palestinienne. Il traite aussi des manœuvres de l’Occident, dans&nbsp;un espace politique arabe déboussolé,&nbsp;pris en tenaille&nbsp;par les puissances extérieures, miné par les complots&nbsp;militaires et traversé&nbsp;par&nbsp;la volonté hégémonique du président&nbsp;égyptien&nbsp;Gamal Abdel Nasser et ses ingérences dans&nbsp;les affaires intérieures&nbsp;de tous les pays arabes.&nbsp;</p>



<p>Tour à tour, l’ancien ministre des Affaires étrangères retrace les péripéties&nbsp;complexes&nbsp;et difficiles de la confrontation Nasser/Bourguiba, leurs divergences de vue; la rupture des relations diplomatiques de la Tunisie avec l’Égypte; le discours historique de Bourguiba à Jéricho en Jordanie, sa demande franche aux Palestiniens de reconnaître&nbsp;Israël&nbsp;et le plan de partage de l’Onu&nbsp;entre deux États, Palestinien et Israélien&nbsp;; la tournée&nbsp;du même Bourguiba au Moyen-Orient&nbsp;en 1965; la Guerre&nbsp; des six jours; les relations entre Bourguiba et Hassan II; la reconnaissance par Bourguiba de la Mauritanie et son refus de s’aligner&nbsp;sur la position&nbsp;de l’Égypte condamnant l’agression militaire marocaine contré l’Algérie deux années après l’indépendance&nbsp;de l’Algérie; la guerre d’octobre&nbsp;1973&nbsp;au Moyen-Orient; l’avortement&nbsp;du projet de visite officielle de Bourguiba en Union Soviétique&nbsp;suite à&nbsp;l’invitation officielle du Kremlin et l’exigence&nbsp;de Bourguiba d’être reçu par le secrétaire général du parti communiste Leonid Brejnev et non par le ministre des affaires étrangères&nbsp;Andreï Gromyko; l’alignement de Bourguiba&nbsp;sur la position politique&nbsp;des États arabes&nbsp;condamnant la visite historique&nbsp;du président égyptien Sadate&nbsp;à Jérusalem.&nbsp;</p>



<p>Habib Chatty&nbsp;parle&nbsp;également&nbsp;dans ses mémoires,&nbsp;entre autres sujets, de&nbsp;son&nbsp;entretien difficile&nbsp;avec le colonel Kadhafi&nbsp;suite à l’avortement du projet d’union entre la Tunisie et la&nbsp;Libye.&nbsp;Il y fait état des circonstances de son élection&nbsp;à l’unanimité au poste de secrétaire général de l’OCI, de son œuvre durant cinq ans pour la consolidation&nbsp;du rôle politique international de cette organisation,&nbsp;de ses rencontres avec le président irakien&nbsp;Saddam Hussein&nbsp;dans&nbsp;le cadre de sa médiation&nbsp;entre l’Irak et l’Iran&nbsp;au cours de la première guerre du Golfe, de l’activité de&nbsp;l’OCI lors de l&rsquo;invasion&nbsp;de l‘Afghanistan par l&rsquo;Union soviétique.&nbsp;</p>



<p>En somme, un document&nbsp;de première importance&nbsp;sur une&nbsp;période cruciale de l’histoire&nbsp;de la Tunisie apporte davantage&nbsp;d’éclairages sur notre pays et son rôle&nbsp;dans&nbsp;son espace naturel maghrébin et arabe. Une&nbsp;lecture à la fois utile et passionnante&#8230;</p>



<p><em>* Ancien ambassadeur.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/">Habib Chatty raconte 50 ans d’histoire de la Tunisie contemporaine</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2025/08/02/habib-chatty-raconte-50-ans-dhistoire-de-la-tunisie-contemporaine/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>‘‘Le tissu des souvenirs’’&#8230; ou le voile des omissions</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/22/le-tissu-des-souvenirs-ou-le-voile-des-omissions/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/22/le-tissu-des-souvenirs-ou-le-voile-des-omissions/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 22 Dec 2024 07:51:06 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Béji Caïd Essebsi]]></category>
		<category><![CDATA[Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Farhat Rajhi]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Lazhar Karoui Chebbi]]></category>
		<category><![CDATA[Ordre des avocats]]></category>
		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Youssef Chahed]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=14945111</guid>

					<description><![CDATA[<p>Les souvenirs d'une grande figure du barreau et grand patriote, du combat pour l’indépendance jusqu’à l’État issu de la Révolution. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/22/le-tissu-des-souvenirs-ou-le-voile-des-omissions/">‘‘Le tissu des souvenirs’’&#8230; ou le voile des omissions</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>L’auteur est une grande figure du barreau, un grand patriote, du combat pour l’indépendance jusqu’à l’État issu de la Révolution, en passant par la guerre interne dans le Destour, il n’a cessé d’être&nbsp;présent&nbsp; aux grandes heures de l’Histoire du pays, parfois en tant qu’acteur, d’autres comme témoin. </em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia *</strong><strong></strong></p>



<span id="more-14945111"></span>



<p>Je demeure personnellement reconnaissant à Lazhar Karoui Chebbi pour l’assistance juridique qu’il a bien voulu m’apporter à un moment dramatique de ma vie, en 1988, il y a 37 ans.&nbsp;Il n’a pas hésité au temps du protectorat à hisser le drapeau tunisien sans le drapeau français au sommet du minaret d’une grande mosquée; et c’est peu&nbsp;dire. Il a été enlevé par les comités de vigilance de Bourguiba. Il en a été à tort accusé de meurtre.</p>



<p>D’emblée, dans son récit, le militant se situe comme un fils du sud profond arabo-musulman, Zitounien par accident pour cause de seconde guerre mondiale, sans se renier, et il choisit lors de la décolonisation le camp de sa famille et de ses aînés, celui du secrétariat général du Destour derrière <em>«le Grand Leader»</em>&nbsp; Salah Ben Youssef.</p>



<p>Le premier hiatus dans le récit est l’amalgame rapporté chez les Bourguibistes entre les étudiants Zitouniens et le <em>«Grand Leader»</em>, que l’auteur situe en 1950, lorsque ce dernier, devenu ou en passe de devenir ministre de la Justice du second gouvernement Chenik, vient haranguer les premiers lors de leur grève générale, ce qui aurait déclenché leur répression. Par qui? A cette époque, le Destour ne contrôlait en effet pas les organes répressifs du protectorat.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La querelle Bourguibistes/Youssefistes &nbsp;</h2>



<p>Cet amalgame ne se fera donc que quelques&nbsp;années plus tard lorsque le conflit fratricide ravagera les rangs du parti et le pays et que les Zitouniens&nbsp;deviendront suspects après les harangues enflammées à la mosquée Zitouna du secrétaire général, converti du passage graduel à l’indépendance que sous-tendait sa participation à un gouvernement sous l’autorité du protectorat, au panarabisme intégral.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="6X8BBjReb8"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/">La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La vraie fausse affaire Ben Youssef où la chasse aux fantômes » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2019/05/24/la-vraie-fausse-affaire-ben-youssef-ou-la-chasse-aux-fantomes/embed/#?secret=ae20xj35T0#?secret=6X8BBjReb8" data-secret="6X8BBjReb8" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>L’auteur prend la défense de Ben Youssef: il ne s’est pas enfui de Tunisie parce qu’il était un lâche, mais parce qu’il était soucieux que les Tunisiens ne s’entretuent pas, et que l’appareil répressif du protectorat sous la férule du ministre de l’Intérieur Mongi Slim <em>«le leader bien-aimé»</em> appuyait Bourguiba. Le récit de la grande manifestation Youssoufiste de la Marsa demandant la destitution de ce dernier&nbsp; par le Bey qui n’avait aucune autorité à le faire, acquiert ainsi un côté démagogique qui ne plaide pas en faveur du sérieux de ses organisateurs.&nbsp;</p>



<p>On apprend néanmoins&nbsp;que la majorité des cellules du parti avaient fait allégeance au secrétariat général [dirigé par Ben Youssef, Ndlr], ce que l’on croit volontiers, abstraction faite des télégrammes faisant foi, que l&rsquo;auteur déclare avoir eu en mains, sans en conserver de listes ni de copies. Pas plus qu’il ne conservera bien plus tard aucune trace écrite du projet des accords de Carthage qui auraient dû écarter Youssef Chahed du Gouvernement, et cela laisse dubitatif. Mais, gage d’objectivité, il prend soin de préciser que son cousin, le grand avocat Abdelaziz Chebbi, le père de Ahmed Nejib, qui s’était enfui avec Ben Youssef à Tripoli, décide de rompre avec lui et de rentrer en Tunisie à l’indépendance, en estimant&nbsp; qu’il n’y avait plus aucun contentieux entre lui même et Bourguiba, pour reprendre sa profession d’avocat. Il se verra néanmoins retirer l’affiliation à la cour de cassation d’une manière parfaitement&nbsp;arbitraire et offensante.&nbsp;</p>



<p>Par ailleurs, le grand militant, le Docteur Slimane Ben Slimane, le seul avant son exclusion du Destour à oser contredire Bourguiba sans encourir ses foudres, se voit cité en tant qu’exemple d’engagement politique sincère, et ce n’est que justice. Néanmoins, c’est le Maroc qui a tiré bénéfice du combat des deux chefs du Destour en se voyant accorder l’indépendance sans le passage par l’autonomie interne.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le combat des avocats pour l’indépendance de la justice &nbsp;</h2>



<p>Le livre est d’autre part&nbsp; très instructif sur le développement de la Justice en Tunisie, depuis les Capitulations, jusqu’à la première Constitution de 1861 par Ahmed Bey et le premier système judiciaire moderne, reniés par son successeur.</p>



<p>Enfin, la profession d’avocat apparaît comme le cheminement d’un long processus qui part du Défendant, passe par le Mandataire, la distinction entre les avocats détenteurs de diplômes français et tunisiens, avant d’aboutir à l’unification du titre. Cela met évidemment en exergue la rivalité professionnelle traduite sur le plan politique, qui a opposé à certains moments aux francophones des facultés françaises les arabisants issus de la Zitouna, dont le mari&nbsp;de feu ma tante paternelle Alya, le regretté Mohammed Kablouti, qui fut une figure marquante du Youssefisme, chose que j’ignorais complètement.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="yEEpBY7Tmu"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/">‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« ‘‘Les trois décennies Bourguiba’’ : aux fondations d’un Etat pérenne » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/03/03/les-trois-decennies-bourguiba-aux-fondations-dun-etat-perenne/embed/#?secret=V1MnxpczpS#?secret=yEEpBY7Tmu" data-secret="yEEpBY7Tmu" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi l’affrontement fratricide dans le Destour avait eu comme bien souvent ailleurs des fondements économiques aussi importants. Mais l’auteur prend bien soin de souligner que l’indépendance de l’ordre des avocats a été instaurée en 1952&nbsp; par Salah Ben Youssef alors ministre de la Justice de M. Chenik, ce que évidemment Bourguiba n’a eu de cesse de remettre en question.</p>



<p>Le récit met donc en exergue cet affrontement souvent héroïque de la profession refusant de renoncer à ses franchises avec le régime, ayant abouti à la détention du bâtonnier&nbsp;Chedli Khalladi en 1961, la répartie de Azzouz Rebai pourtant bourguibiste face au doyen parachuté&nbsp; Abdennabi sur les <em>«têtes du marché de Halfaouine»</em> à envoyer à Bourguiba pour satisfaire sa demande , les machinations de Ezzedine Chérif&nbsp;préférant être investi par le pouvoir que par ses collègues, et l’audace de Said Chebbi face au juge militaire Hamzaoui, qui sans l’intervention du Premier ministre Mohammed Mzali, aurait pu lui coûter la prison.</p>



<p>Chaque grand procès du régime, celui du complot de Lazhar Chraiti, de Perspectives, de l’UGTT, du Mouvement de la tendance islamique, met ainsi aux prises les cours spéciales symboles de l’arbitraire du régime avec l’Ordre des Avocats, dont la marge de manœuvre &nbsp;s’avère souvent étroite.</p>



<p>L’article 17 régissant la Cour Spéciale est ainsi une véritable épée de Damoclès suspendue sur la tête de la défense puisqu’il permet&nbsp; au régime de se substituer à la structure ordinale pour sanctionner ceux des avocats par qui elle estime avoir été offensée. Maître Noureddine Boudali reçoit ainsi un blâme. Un autre de ses collègues est suspendu d’activité professionnelle pour une année, sanction non suivie d’effet car non communiquée par écrit. Il avait osé transmettre le blâme adressé par son ordre professionnel à la Cour spéciale pour avoir menacé en début de procès d’user de l’article décrié contre les défenseurs.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="F4gAuSEmOq"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/">Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : ‘‘Le procès des responsables des événements du 26 janvier 1978’’ » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/02/18/tunisie-le-proces-des-responsables-des-evenements-du-26-janvier-1978/embed/#?secret=u6joVikIVH#?secret=F4gAuSEmOq" data-secret="F4gAuSEmOq" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Les avocats sont donc astreints à s’accrocher à des vices de procédure ou à étudier la jurisprudence&#8230; égyptienne, ainsi que le rapporte l’auteur lors du procès du 26 Janvier 1978, en compagnie de son stagiaire Maître Mondher Trad, un cousin de ma mère, pour démontrer le caractère inéquitable de ces procès, ce qui a surtout des répercussions à l’extérieur du pays, l’opinion publique locale n’étant que peu sensible aux arguties juridiques.&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La muraille infranchissable des non-dits</h2>



<p>Il me semble que là s’est située et de loin la partie la plus intéressante de l’ouvrage. La suite, celle de la participation contre son gré de l’auteur au gouvernement en tant que ministre de la Justice, soulève en effet plus de questions qu’elle n’apporte de réponses.</p>



<p>On n’apprend en effet pas par qui les dizaines de postes de police ont été brulés, ou les 15 000 détenus libérés, ou les voies de chemin de fer du phosphate interrompues. Aucune hypothèse n’est émise. On en parle comme s’il s’agissait d&rsquo;une catastrophe naturelle. La question des snipers n’est pas abordée. <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/09/08/rajhi-etait-il-fautif-une-machination-politique-sous-le-gouvernement-provisoire-de-la-revolution/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">L’affaire Farhat Rajhi</a> est ignorée, tout comme celle des jeunes envoyés se battre via la Turquie, en Syrie et en Irak. Le seul sujet dont il a daigné parler est celui de l’Indépendance de la Justice qui semble avoir été sa principale préoccupation durant son mandat et des problèmes rencontrés avec les Juges ou les gardiens des prisons. Sinon le passage sur les assassinats de Chokri Belaid ou Mohamed Brahmi, ou bien sur le parti Nidaa ne confirment que ce que l’on savait déjà. Idem pour le mandat du président Béji Caid Essebsi (BCE) auquel l’auteur semble vouer une dévotion sans bornes au point de s’abstenir de le critiquer sur la nomination de Habib Essid, puis sa révocation, puis le choix de Youssef Chahed, un homme dénué d’expérience, comme Premier ministre malgré son échec au congrès de Sousse, enfin l’apparition de nulle part des manigances de son fils Hafedh. </p>



<p>BCE est ainsi dépeint comme ayant pris ses distances avec Bourguiba du fait de son exercice autoritaire du pouvoir; cela ne l’avait pas empêché d’occuper de hautes fonctions sous Ben Ali, qui n’était pas moins autoritaire. Et c’est Rached Ghannouchi qui l’aurait empêché de rétablir par le renvoi de Youssef Chahed la situation économique et financière compromise par l’injection de 120 000 Nahdhaouis dans l’administration publique.</p>



<p>Enfin, la mort de BCE est abordée d’une manière autocentrée, ignorant complètement le contexte à l’ARP, en particulier la participation supposée de certains députés à un complot visant à priver Mohammed Ennaceur de la succession intérimaire du président.</p>



<p>Le livre se termine d’ailleurs avec la démission de l’auteur de son poste de conseiller à la présidence, et aucun commentaire n’est fait sur le nouveau président ni les changements considérables qui ont anéanti le régime instauré auparavant et auquel il avait lui-même contribué en instaurant&nbsp;l’indépendance de la justice. L’ancien ministre semble ainsi s’être imposé un devoir de réserve et sans doute de fidélité qui l’a réduit à une rhétorique vide de sens sur sa participation au pouvoir, un parler pour ne rien dire, et à un mutisme sur l’avenir de son pays que son passé de militant et de grand avocat eût dû nous épargner.</p>



<p>On a ainsi la curieuse impression d’une remontée des souvenirs à contre-courant : les mieux conservés sont les plus anciens, les plus altérés en sont les plus récents; ceux portant sur l’actualité sont purement et simplement effacés. Entre l’avocat de l’histoire et le ministre sans histoires se dresse la muraille infranchissable du non-dit, celle de la politique.&nbsp;</p>



<p>* <em>Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><strong><em>‘‘Le tissu des souvenirs’’ (en arabe نسيج الذكريات), de Lazhar Karoui Chebbi, éd. Atabesques, Tunis 2023, 363 pages.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/22/le-tissu-des-souvenirs-ou-le-voile-des-omissions/">‘‘Le tissu des souvenirs’’&#8230; ou le voile des omissions</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2024/12/22/le-tissu-des-souvenirs-ou-le-voile-des-omissions/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Oct 2024 07:10:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Mestiri]]></category>
		<category><![CDATA[Bahi Ladgham]]></category>
		<category><![CDATA[Béji Caid Essbsi]]></category>
		<category><![CDATA[Congrès de Monastir]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Driss Guiga]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Mzali]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=14282061</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’histoire reconnaîtra le rôle immense de Ahmed Mestiri dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><em><strong>L’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri dont l’histoire reconnaîtra le rôle immense dans la fondation de l’État de l’indépendance, même si le destin fût injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de son pays.</strong></em></p>



<p><strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-14282061"></span>



<p>Nous autres Tunisiens avons l’exagération innée, comme tous les descendants de Latins. Tel le dis-je au risque de choquer nombre de mes compatriotes. Lors de la dernière campagne présidentielle, l’un des candidats s’était vu attribuer l’épithète d’homme d’Etat, évidemment par ses partisans, alors que rien dans son parcours politique ne le justifiait. On aurait pu tout aussi bien comprendre que, plus que le valoriser, il s’agissait de disqualifier ses adversaires conformément à l’adage <em>«Au royaume des aveugles les borgnes sont rois»</em>. Mais il est peu probable que telle en fût l’intention, même si en fin de compte l’idée générale était bien de le faire ressortir comme le plus capable d’assumer les charges de l’auguste fonction, du fait de ses antécédents ministériels. Il s’avère ainsi que pour beaucoup, les hautes fonctions dans l’Etat font l’homme d’Etat, une opinion qui en réalité est carrément erronée.&nbsp;</p>



<p>L’homme d’État est celui qui a passé une bonne partie de sa vie,&nbsp;en assumant les plus hautes charges, et qui lui a consacré toute son énergie et son imagination en lui imprimant un effet&nbsp; patent et durable,&nbsp;souvent reconnu comme bénéfique.</p>



<p>Dès lors un homme d’Etat commence par être un homme politique clairement conscient des mécanismes qui régissent les rapports à l’autorité et au pouvoir d’abord dans un parti politique, ensuite dans son pays. Si on s’en réfère à cette définition, il est clair qu’une bonne partie des ministres dans le monde ne furent pas des hommes politiques, et peu parmi ces derniers furent des hommes d’Etat. Pour ne citer que celui-là, l’un des exemples les plus significatifs de l’homme d’État en Tunisie demeure incontestablement le regretté Ahmed Mestiri.</p>



<p>Militant du Néo Destour, responsable de l’appareil secret du Parti, membre de la commission intérimaire provisoire, résistant entré dans la clandestinité, avocat, Ahmed Mestiri se place du côté de Bourguiba contre Ben Youssef. Il devint à l’indépendance et logiquement malgré son jeune âge le ministre qui a assumé avec brio la tâche complexe de tunisifier la structure de la justice, d’établir le Code du statut personnel (CSP) en collaboration avec des Cheikhs éclairés de la mosquée Zitouna. Il se voit ensuite confier le ministère des Finances et réalise la difficile tâche de sortir le pays de la zone franc.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Chez les Soviétiques et les Nassériens</h2>



<p>Nommé ambassadeur à Moscou à sa demande, Ahmed Mestiri y établit des relations précieuses, il explique à ses interlocuteurs les carences des communistes maghrébins qui sont toujours demeurés subordonnés à leurs camarades français. Il obtient la collaboration des Soviétiques à des projets agricoles en Tunisie, à des taux avantageux. Il est ensuite nommé ambassadeur au Caire lors de la grande vague du Nassérisme, mais il s’attire l’antipathie de ses hôtes lorsque, à la suite de la sécession de la Syrie de la République Arabe Unie, il demande en public pourquoi on continue de nommer l’Egypte d’après une entité politique qui n’existe plus. Et il doit faire de son mieux pour arrondir les angles entre Nasser et Bourguiba qui se détestent, et l’assassinat de Salah Ben Youssef suivi de son enterrement en Egypte n’arrange pas les choses.</p>



<p>Après le séjour égyptien, c’est la nomination à Alger, à l’heure de l’indépendance. Ben Bella avec ses lubies révolutionnaires n’est pas un hôte de tout repos, d’autant que la Tunisie a misé sur le mauvais cheval en faisant le choix des trois colonels, Boussouf, Ben Tobbal, et Krim Belkacem. Et la borne 233 dans le sud à la frontière ajoute un autre sujet de discorde dont les deux pays se seraient passés.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="BZCJGDkHAI"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/">Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Mestiri : Le grand président que la Tunisie n&rsquo;a jamais eu » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/26/ahmed-mestiri-le-grand-president-que-la-tunisie-na-jamais-eu/embed/#?secret=WCML4eaLL4#?secret=BZCJGDkHAI" data-secret="BZCJGDkHAI" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>En fin de compte Ben Bella est renversé par Boumediene, le patron de l’armée des frontières, et le nouveau régime s’avère plus accommodant, puisqu’un compromis sur la frontière est finalement trouvé dans les années 70. Puis Ahmed Mestiri doit encore affronter une nouvelle crise et est rappelé à Tunis lorsque&nbsp;Bourguiba dénonce un complot militaire soutenu par Alger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Travailleur, modeste et souvent objectif</h2>



<p>Il est ensuite nommé au ministère de la Défense qu’il semble reprendre en main, l’armée étant&nbsp; démoralisée, et s’active pour la former, l’instruire et l’équiper, grâce à la collaboration d’officiers compétents, en lui insufflant la discipline et le respect de l’autorité civile. Mais il est rattrapé par la politique.</p>



<p>Il demeure modeste et souvent objectif. Il reconnaît ne pas avoir eu le courage en son temps de défendre Tahar Ben Ammar contre l’injustice qui le frappait. Il salue l’apport fondamental de Bahi Ladgham dans la création de l’armée nationale, après lui avoir rendu hommage dans le déblocage avec la partie française lors de la rédaction des accords de l’Indépendance, et s’oppose ainsi à la thèse de Bourguiba, prétendant&nbsp;en être l’artisan exclusif. Il a d’autant plus de raisons de le faire en abordant l’époque des coopératives auxquelles il s’oppose.</p>



<p>Puis vient le procès Ahmed Ben Salah, qui selon&nbsp;Mestiri doit se situer au niveau politique dont tout le gouvernement assume la responsabilité au même titre que l’accusé, et non pas pénal.&nbsp;Il présente sa démission du ministère, puis il est exclu du parti dont une fois réintégré il se voit confier le ministère de l’Intérieur.</p>



<p>C’est l’époque printemps tchécoslovaque, du doute, et les libéraux dont Mestiri est la figure de proue ont beau jeu de réclamer la démocratisation du parti dont le fonctionnement autoritaire n’a pas su empêcher les dérives du socialisme de Ben Salah.</p>



<p>En 1971 le Congrès de Monastir semble entamer la libéralisation du Parti mais c’est mal connaître Bourguiba qui prétend nommer lui même les membres du bureau politique et qui remet en question les décisions du Congrès. M. Mestiri démissionne du ministère de l’Intérieur après que des gouverneurs et des fonctionnaires aient été nommés sans son consentement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le passage tumultueux dans l’opposition</h2>



<p>C’est alors&nbsp; l’époque de l’opposition qui commence et qui aboutit en 1978, en pleine crise de l’UGTT, à la fondation du journal <em>Errai</em>. En 1980 c’est l’affaire de Gafsa. Puis en 1981 c’est celle des élections truquées. M. Mestiri et ses amis sont spoliés de leur victoire par Driss Guiga dont il n’évoque jamais le nom. Il est vrai que pour lui l’ennemi, c’est le système, les personnes n’étant que des exécutants. En 1984 ce sont les émeutes du pain, et en 1986 la destitution de Mohamed Mzali.</p>



<p>Entretemps, M. Mestiri a obtenu la reconnaissance de son Parti, le Mouvement des démocrates socialistes, appelé ainsi selon les vœux d’Habib Boularès, ainsi qu’il tiendra à la préciser, sans doute pour ne pas en assumer la responsabilité. Et en effet lui-même tient dès le début&nbsp;à qualifier son opposition de libérale, plus en phase avec ses origines et sa profession, alors que&nbsp;la social démocratie possède une toute autre histoire.</p>



<p>Néanmoins il reçoit&nbsp; les encouragements du Roi Hassan II et de Lionel Jospin, secrétaire général du Parti socialiste français. C’est l’époque d’une certaine libéralisation, le Parti communiste tunisien et quelques autres étant légalisés. L’opposition a pignon sur rue, publie des journaux, mais ne participe pas au pouvoir.</p>



<p>En 1987 a lieu le coup d’Etat médico-légal du Général Ben Ali. M. Mestiri ne désapprouve pas et attend de voir la suite. Il est déçu par la tournure autoritaire du régime nettement en retrait par rapport au Manifeste du 7 Novembre, et alors que les élections se profilent, il décide de ne pas participer. Il quitte alors la vie politique définitivement et met fin à ses activités dans son propre Parti. Sa carrière, quoique fort prestigieuse, se conclut ainsi sur un goût d’inachevé.</p>



<p>Qu’il ait été un homme d’état, nul ne le conteste; le pays garde encore de nombreuses traces bénéfiques de son passage, en particulier le CSP, la tunisification&nbsp;de la justice, de la monnaie, et la nationalisation des biens français. On peut même le qualifier de Grand&nbsp;homme d’État.</p>



<p>Cependant c’est dans le Parti Destourien qu’il fit souvent preuve d’approximation, et il est vrai que la présence de Bourguiba, ainsi que ses origines tunisoises, ne lui rendirent pas les&nbsp; choses faciles, tout comme la présence dans la dissidence de camarades prêts à retourner la veste à la première occasion, comme Béji Caïd Essebsi, ou Dali Jazi.&nbsp;</p>



<p>D’autre part son esprit légaliste et loyal à ses fonctions ne lui fut pas d’une grande aide. Il ne tenta jamais de noyauter les ministères qu’il dirigea par ses partisans, et en dépit des accusations de ses adversaires, il ne participa à aucun complot.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8NOzc7xrNJ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/">In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« In memoriam : Ahmed Mestiri ou le long combat pour la démocratie » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/23/in-memoriam-ahmed-mestiri-ou-le-long-combat-pour-la-democratie/embed/#?secret=etMqr7W9db#?secret=8NOzc7xrNJ" data-secret="8NOzc7xrNJ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Fait étonnant, bien qu’étant le gendre de M. Chenik, il se rangea contre son ancien ministre Salah Ben Youssef dont les prétentions panarabes lui apparaissaient&nbsp;irréalistes et dangereuses. Cependant, quelques côtés de son parcours demeurent contrastés. Ainsi, alors ministre de la Défense, il envoya les étudiants contestataires de Mai 68 accomplir leur service militaire, une mesure perçue par l’opinion publique comme particulièrement dure et qui eut souvent des répercussions sur les études des personnes concernées. Il se justifia plus tard par les nécessités de leur épargner l’incarcération. Il dirigea par ailleurs le ministère de l’Intérieur à une époque où le régime n’était pas un parangon de libéralisme, mais à sa décharge il démissionna parce qu’il n’y eut pas les coudées franches.</p>



<p>Eu égard à cela, sa venue aux vertus de la démocratie fut plutôt tardive. Il y eut donc nécessairement un moment où le cours de sa vie politique bascula d’une extrême à une autre. Les raisons n’y transparaissent pas clairement dans son livre. Peut-être son interlude diplomatique à Moscou, au Caire, à Alger, lui fit-il perdre toutes les illusions qu’il pouvait entretenir sur les vertus du parti unique, ou du pouvoir autoritaire. Sa tentative de démocratiser le parti unique fut tout aussi vaine que plus tard celle de Gorbatchev, qui lui avait les pleins pouvoirs.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une quête demeurée vaine de la démocratie</h2>



<p>On perçoit chez l’auteur une certaine lassitude de la personnalité pesante de Bourguiba, de ses crises autoritaires, de ses sautes d’humeur. Il y aurait eu ainsi une époque où Bourguiba était supportable, une autre où il ne le fut plus, peut être à cause de sa maladie et de son âge. L’âge? Il s’agit visiblement d’un argument à posteriori, après le 7 novembre 1987, dont Béji Caïd&nbsp;Essebsi démontrera&nbsp;plus tard le manque de pertinence en accédant à la présidence à 89 ans. D’ailleurs le Pr Amor Chadli le rejettera en bloc.</p>



<p>Les raisons pour lesquelles M. Mestiri a bien accueilli le coup d’État de Ben Ali, à l’instar de la majorité du peuple tunisien, il faut l’avouer, ne supportent donc pas l’épreuve des faits. Et d’ailleurs il reconnaît s’être trompé sur la question au point de se retirer de la vie politique, et pas après le départ de Ben Ali, ce qui est tout à son honneur. Mis à part cela, un certain nombre de faits importants sont passés sous silence dans son témoignage.</p>



<p>A titre d’exemple, alors que les relations tumultueuses entre l’Algérie et la Tunisie sont développées d’une manière assez exhaustive, jusqu’à l’affaire de Gafsa, et on peut le comprendre venant d’un ancien ambassadeur à Alger, la tentative de coup d’État&nbsp;du colonel Tahar Zbiri contre Houari Boumediene est totalement occultée. C’est d’autant plus étonnant lorsque le chef des putschistes se réfugie en Tunisie. M. Mestiri ne pouvait donc pas tout simplement l’ignorer. Est-ce une nouvelle preuve de la méconnaissance des affaires de nos voisins, ou les nécessités du devoir de réserve?&nbsp;</p>



<p>La politique algérienne de la Tunisie apparaît autant&nbsp;&nbsp;comme une succession&nbsp; de mauvais calculs sur les rapports de forces y prévalant, d’imprévoyances, et même de malentendus quand des maquisards algériens sont soupçonnés d’avoir assassiné le militant destourien Houcine Bouzayane. Et les lubies de Bourguiba concernant la borne 233 ne peuvent pas tout expliquer.</p>



<p>Un autre sujet d’étonnement&nbsp;est évidemment les prises de positions relativement au parti islamiste Ennahdha, et immanquablement, le processus démocratique interrompu chez nos voisins de l’Ouest par l’armée, et y ayant marqué le début de la décennie noire. On peut concevoir que l’armée algérienne soit&nbsp;&nbsp;intervenue pour éviter de se voir écarter du pouvoir, tout comme le fera plus tard l’armée égyptienne. Mais si elle ne l’avait pas fait, que serait-il advenu aujourd’hui, alors que la sédition kabyle pointe?</p>



<p>Néanmoins, ainsi que le démontre l’Histoire du Liban, cette démocratie des communautés religieuses, ou l’exemple du printemps arabe, la contestation de l’ordre établi quelle qu’en&nbsp;soit la raison aboutit souvent à l’implosion des États, et l’instauration de la <em>«liberté»</em> à leur morcellement. Les cas de la Syrie, de l’Irak, de la Libye, devraient à cet effet pousser à une réflexion salutaire sur la relation parfois conflictuelle entre démocratie et raison d’état dans nos pays.</p>



<p>L’auteur a salué l’arrivée du Printemps Arabe en Tunisie, qui semblait consacrer le triomphe&nbsp;définitif de ses idées. Malheureusement, il en a été maintenu soigneusement à l’écart par Béji Caïd Essebsi qui avait été son camarade dans la dissidence destourienne avant de faire partie du groupe du journal <em>Errai</em>, ainsi qu’il avait été pudiquement qualifié pour taire la réalité d’une partie de l’opposition <em>«démocrate»</em> toujours prête à se compromettre contre une participation à quelque pouvoir que ce soit.</p>



<p>On ne connaîtra malheureusement pas l’opinion définitive de l’auteur sur le bilan de l’expérience<em> «démocratique»</em> en Tunisie, et la responsabilité de Béji Caïd Essebsi allié à Rached Ghannouchi dans le dérapage du processus. L’alliance avec les islamistes avait&nbsp;nettement été détournée à leur profit par ces derniers, démontrant l’inanité de la domestication par la pratique démocratique du terrorisme et de ceux dont l’objectif primordial ne peut jamais être autre que l’application de la chariâa.</p>



<p>Il est vrai que l’auteur reconnaît l’apport du texte religieux dans la législation, en interdisant ce qui est licite, et selon lui en ne permettant jamais l’illicite, ce que la législation sur les spiritueux contredit aisément. Mais peut-être se limitait-il par cet argument au seul CSP. Ce faisant l’auteur se révèle politiquement conservateur en accord avec ses origines sociales ainsi que les liens de sa famille avec le premier Destour de Abdelaziz Thaalbi. Cela peut expliquer sa tolérance du parti Ennahdha&nbsp;et sa relativisation du fait islamiste.</p>



<p>Pour conclure, la forte personnalité de Ahmed Mestiri ne pouvait se satisfaire de jouer éternellement&nbsp;les seconds rôles derrière Bourguiba.&nbsp;Le despotisme ambiant l’a sans doute égaré vers la quête demeurée vaine de la démocratie,&nbsp;mais cela valait encore mieux que les joutes de succession que d’autres ont choisi de livrer sans aucune considération pour les intérêts du pays. L’histoire reconnaîtra son rôle immense dans la fondation de l’État de l’Indépendance, mais&nbsp; le destin demeurera injuste à son égard, en lui interdisant l’accession à la magistrature suprême,&nbsp;qui aurait couronné une carrière hors du commun au service de la Tunisie.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><em>« <strong>Témoignage pour l&rsquo;histoire</strong></em><strong><em>« , de Ahmed Mastiri, Sud Editions, Tunis, 1er janvier 2023.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/">‘‘Témoignage pour l’histoire’’ : Ahmed Mestiri, un fondateur d’Etat au destin inachevé</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2024/10/20/temoignage-pour-lhistoire-ahmed-mestiri-un-fondateur-detat-au-destin-inacheve/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Tunisie : Bourguiba, ombres et lumières  </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/16/tunisie-bourguiba-ombres-et-lumieres/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/16/tunisie-bourguiba-ombres-et-lumieres/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 16 Apr 2024 08:47:14 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[bataille de Bizerte]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Léopold Sédar Senghor]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Salah El-Gharbi]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=12479112</guid>

					<description><![CDATA[<p>Vingt-quatre ans après sa mort, Bourguiba continue à être l’objet de houleux débats. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/16/tunisie-bourguiba-ombres-et-lumieres/">Tunisie : Bourguiba, ombres et lumières  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Vingt-quatre ans après sa mort, Bourguiba continue à être l’objet de houleux débats, à alimenter les polémiques et à cliver. Dès qu’on en évoque la mémoire, on est constamment dans l’outrance, jamais dans un discours apaisé et serein. Ainsi, si ses détracteurs, qui sont loin d’être de vrais démocrates, ne voient en lui qu’un «méchant despote», ses zélateurs ne jurent que par le «père de la nation», «le libérateur de la femme», le «réformateur», lequel, selon une «militante» qui claironnait l’autre jour à la télé, d’une manière éhontée, aurait été «le premier à avoir créé des hôpitaux et des écoles» dans notre pays.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Salah El-Gharbi</strong> *</p>



<span id="more-12479112"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/06/Salah-El-Gharbi.jpg" alt="" class="wp-image-301778"/></figure>
</div>


<p>Ces deux narratifs partisans, qui depuis treize ans dominent le discours politique, au lieu de nous éclairer sur notre passé pour mieux construire l’avenir, n’ont fait que troubler notre perception de l’histoire contemporaine du pays et contribuer, ainsi, à abuser les nouvelles générations en leur offrant de notre passé politique une image contrastée d’un Bourguiba, <em>«immaculée»</em>, pour les uns et<em> «sombre»</em>, pour les autres.</p>



<p>Pis encore, depuis, le 14/01/2011, la mémoire de Bourguiba est souvent entretenue pour être instrumentalisée et utilisée, par certains, afin de donner une certaine légitimité à leurs discours. Devenue un instrument d’autopromotion médiatique, cette mémoire est souvent réduite à un ensemble de stéréotypes qu’on débite dans l’espoir de titiller l’imaginaire d’une partie des seniors dont on solliciterait les suffrages.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Plusieurs <em>«Bourguiba»</em></h2>



<p>Aujourd’hui, après les débats sectaires et les discours brumeux de la dernière décennie, il est temps que les passions cèdent la place à la raison, que la lucidité l’emporte sur l’aigreur et le dépit et qu’on tourne le dos à ces récits débilitants qui tendent à nous vanter, souvent d’une manière caricaturale, le supposé glorieux règne de Bourguiba.</p>



<p>D’ailleurs, c’est faute d’avoir fait un diagnostic sincère, minutieux et serein du régime <em>«Bourguiba-Ben Ali»</em> et de ne pas avoir établi un vrai bilan de ses manquements durant 55 ans, que la transition démocratique a échoué d’une manière lamentable, puisqu’au bout de 14 années de tâtonnement, de tergiversation, on a le sentiment de patauger, voire, diraient certains, d’avancer en reculant.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Par conséquent, il est temps d’admettre qu’il y avait plusieurs <em>«Bourguiba»</em>. Outre le leader et le stratège politique, il y avait aussi l’homme de pouvoir qui, il faut le reconnaître, s’était imposé à la tête de la nation avec les prérogatives d’un<em> «Bey républicain»</em>, lequel allait être, plus tard, sacré à vie. Fragilisé par son conflit avec Salah Ben Youssef, il était condamné à manœuvrer pour ne pas perdre la main. Mais, il se trouve que ses réponses n’étaient pas les plus judicieuses : la bataille de Bizerte provoquée pour se rabibocher avec les yousséfistes avait été un fiasco total dont les conséquences étaient dramatiques pour le pays.</p>



<p>Certes, les positions de Bourguiba et ses réformes sur les questions sociétales étaient, bel et bien, avant-gardistes. Mais cela ne suffit pas pour nous faire oublier le raidissement du régime et la fragilisation du pouvoir central au profit d’une cour cupide et opportuniste dont les agissements n’avaient contribué qu’à accélérer la faillite politique du<em> «Zaïm»</em>.</p>



<p>Trahi par sa santé, enivré par une sorte de mégalomanie, Bourguiba avait fini par perdre de sa clairvoyance. Il a échoué, là où Léopold Sédar Senghor, son contemporain, a réussi. Ce dernier, tout en étant dur, avait su doter son pays d’institutions stables et fiables qui lui ont survécu et qui ont permis d’assurer à l’Etat une certaine stabilité politique. Si le mois dernier, suite à la décision de l’ex-président de reporter les élections, le Sénégal a réussi à surmonter une grave crise politique, cela est dû aussi bien à la vigilance populaire qu’à une certaine culture démocratique et institutionnelle, fruit d’un long et laborieux travail en amont assuré par Senghor.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Miné par les contradictions</h2>



<p>Ni le 7/11/1987, ni 14/01/2011 n’auraient jamais eu lieu, si le pouvoir bourguibien n’était pas arrogant, insouciant et, par conséquent, irresponsable. Le plus tragique, c’est que cette attitude désinvolte semble avoir fait des émules et tous ceux qui, depuis le départ du <em>«Président»</em>, ont occupé le Palais de Carthage ne semblaient pas avoir tiré de leçons de la fin peu glorieuse du <em>«Combattant suprême»</em>.</p>



<p>Certes, <em>«Bourguiba&nbsp;avait libéré la femme»</em>, mais avait-il libéré le Tunisien, fait de lui un citoyen actif, mâture et responsable et non un <em>«sujet»</em>&nbsp;? Certes, il avait <em>«généralisé l’enseignement»</em>, lutté contre l’ignorance et les traditions rétrogrades qui accablaient la population, mais lui, l’ancien avocat, n’aurait-il pas dû choisir, plutôt que d’édifier un régime répressif, méprisant l’Etat de droit, de protéger les citoyens contre l’arbitraire d’un régime policier brutal et inique?&nbsp;</p>



<p>Ces derniers temps, il est surprenant d’apprendre que certains intellectuels cherchent à donner une assise doctrinaire à la gestion bourguibienne de la chose publique comme de faire, à titre d’exemple, un rapprochement entre les choix politiques du fondateur du Néo-Destour et la pensée de Tocqueville. D’autres vont encore plus loin et se risquent même allant jusqu’à parler de <em>«philosophie bourguibienne»</em>.</p>



<p>Loin de ces extrapolations, il faudrait reconnaître que Bourguiba était un homme pragmatique et non un homme de réflexion. De nature complexe, il est miné par les contradictions, ballotté entre rationalité et passion, certitude et doute, tendresse et violence…</p>



<p>En fait, cet homme fougueux et tourmenté, à la destinée singulière, est un vrai personnage de roman. Désormais, au-delà de l’homme politique, c’est dans les méandres de l’âme de l’individu qu’il faudrait aller dénicher les secrets.</p>



<p>Par conséquent, malgré le nombre important d’ouvrages consacrés à Bourguiba, la vraie biographie qui éclairerait, sans parti pris, les zones d’ombres, celles qui entourent aussi bien l’homme que le politique, reste à écrire.</p>



<p><em>* Romancier et analyste politique.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/16/tunisie-bourguiba-ombres-et-lumieres/">Tunisie : Bourguiba, ombres et lumières  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/16/tunisie-bourguiba-ombres-et-lumieres/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>3</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Tunisie : les leçons de 70 ans d’autoritarisme politique  </title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/13/la-tunisie-les-lecons-de-70-ans-dautoritarisme-politique/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/13/la-tunisie-les-lecons-de-70-ans-dautoritarisme-politique/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Jan 2024 11:10:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[14  janvier 2011]]></category>
		<category><![CDATA[autoritarisme]]></category>
		<category><![CDATA[Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[destouriens]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Salah El-Gharbi]]></category>
		<category><![CDATA[tout sécuritaire]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=11233018</guid>

					<description><![CDATA[<p>L’autoritarisme politique ne saurait, à long terme, que fragiliser le pouvoir au lieu de le renforcer.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/13/la-tunisie-les-lecons-de-70-ans-dautoritarisme-politique/">La Tunisie : les leçons de 70 ans d’autoritarisme politique  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Treize ans après la fameuse nuit du 14  janvier 2011 (chute de Ben Ali, Ndlr), la bouillonnante expérience démocratique auquel le «coup d’éclat» politique du 25 juillet 2021, a mis un terme, mérite qu’on s’y attarde pour en faire le bilan sans se laisser entraîner dans des polémiques stériles. Il s’agit surtout de penser ce moment inédit de notre histoire contemporaine d’une manière sereine et de l’évaluer avec beaucoup de recul.</em></strong> <em>(Illustration : la police tunisienne réprimant une manifestation, Ph. Wissem Souissi, Reuters).</em></p>



<p>Par <strong>Salah El-Gharbi</strong> *</p>



<span id="more-11233018"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/06/Salah-El-Gharbi.jpg" alt="" class="wp-image-301778"/></figure>
</div>


<p>Certes, pour certains, il est difficile de parler de cette expérience fragile sans accabler le parti islamiste en l’accusant d’être à l’origine de la débâcle politique qui allait conduire au retour à la case de départ, celle d’avant le 14/01.</p>



<p>En fait, et au-delà des conflits de chapelles, la responsabilité est collective. Car, ce 14/01, ni le pays, ni ses élites n’étaient préparés à tenter cette aventure parsemée d’embuches, à pouvoir, tout à coup, endosser l’habit de démocrates et faire preuve de suffisamment de maturité politique pour mener à bien ce projet exaltant et inédit.&nbsp;&nbsp;</p>



<h2 class="wp-block-heading">La démocratie ne se décrète pas&nbsp;&nbsp;&nbsp;</h2>



<p>D’abord, la démocratie ne se décrète pas ni se greffe. Elle est l’aboutissement d’un long processus historique, exigeant et laborieux, qui traduit le degré de maturité culturelle et politique d’une communauté donnée.</p>



<p>En outre, et contrairement à ce que pensent nos ethno-gauchistes, le libéralisme économique reste un des fondamentaux de tout système démocratique puisqu’il libère les énergies, émancipe l’individu et freine l’appétit de l’Etat qui a, souvent, tendance à élargir ses prérogatives pour imposer insidieusement son hégémonie.</p>



<p>Et puis, si nous avons raté le coche, c’est qu’on a été rattrapés par cette fatalité historique, ce péché originel, commis par les Destouriens, qui, dès les premiers jours de l’Indépendance, avaient été dans l’incapacité de régler d’une manière apaisée le conflit épineux qui opposait Bourguiba à Ben Youssef. Car, en ratant cette épreuve démocratique, ces derniers ne pouvaient soupçonner qu’ils allaient, de ce fait, déterminer d’une manière irrémédiable la nature future du pouvoir et engager, ainsi, le pays dans une aventure politique incertaine.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Parti, l’Administration et la Police</h2>



<p>Depuis, dans cette atmosphère de tension permanente, le pouvoir central, peu rassuré, constamment sur le qui-vive, devait s’organiser afin de parer à tout ce qui pouvait remettre en question aussi bien sa légitimité que son autorité, en adoptant un dispositif coercitif et préventif qui reposerait sur un solide et imposant <em>«trépied»</em>, lequel n’avait rien à envier aux régimes communistes des pays de l’Est européen, à savoir : le Parti, l’Administration et surtout la Police. Et ce fut la convergence de ces trois instances qui allait permettre à la force publique de disposer d’un maillage resserré et efficient du territoire et de faire de sorte que le régime puisse tenir d’une main de fer le pays durant des décennies.</p>



<p>D’ailleurs, tout ce dispositif avait pour mission davantage de protéger un pouvoir paranoïaque que de prévenir les actes de délinquance ou de criminalité qui menaceraient la tranquillité des citoyens.</p>



<p>Ainsi, la police, au pouvoir tentaculaire, très bien implantée, disciplinée, mais aussi relativement bien outillée, disposait d’une grande capacité d’écoute et de grandes possibilités de manœuvres. Elle avait, pour elle, le <em>«savoir»</em>. Et cette <em>«science»</em> lui assurait une certaine ascendance, la rendait fortement utile, voire vitale, non pas pour la population mais, pour le régime en place, lequel n’hésitait pas à s’en servir contre les ennemis potentiels de l’intérieur, supposés menaçants.</p>



<p>La tentative du coup d’État de 1962, les jacqueries provoquées par la généralisation de la collectivisation, les remous estudiantins, l’activisme des mouvements gauchistes ou islamistes, alertèrent le pouvoir, ébranlèrent son assurance et l’amenèrent à sévir encore plus en réduisant les libertés, et, par conséquent, à aliéner encore davantage le rôle principal qui incombait aux forces de police, celui d’assurer la sécurité publique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’autoritarisme fragilise le pouvoir au lieu de le renforcer</h2>



<p>Alors que sous le règne de Bourguiba, l’autorité de l’État était excessivement <em>«paternaliste»</em>, elle devint, sous son successeur, aussi bien cynique que machiavélique. D’une institution <em>«centrale»</em>, la police, devait, ainsi, se transformer progressivement en un <em>«État dans l’État»</em>. Ainsi, la menace du <em>«péril vert»</em> [islamiste, Ndlr], réelle ou supposée, offrit au pouvoir un prétexte afin de resserrer l’étau sans pour autant susciter de réelles exaspérations chez les classes moyennes, désormais, excitées par la fièvre de la consommation et préoccupées plutôt par l’amélioration de leur qualité de vie que par les questions des libertés individuelles.</p>



<p>En somme, durant les deux décennies précédant le 14 janvier 2011, plus le pouvoir politique se sentait menacé et plus il étouffait les libertés, plus il avait tendance à recourir au service de sa police et plus il s’aliénait et se mettait à la merci de cette institution, laquelle tendait à devenir le supplétif à la légitimité ternie du régime.</p>



<p>En effet, en cédant à la tentation du<em> «tout sécuritaire»</em>, le pouvoir <em>«destourien»</em>, dans sa version <em>«RCD»</em>, finit, à son insu, par se fragiliser, étant devenu captif de son appareil sécuritaire.</p>



<p>S’il y avait une leçon à tirer de ces deux épisodes de notre histoire contemporaine, c’est que l’autoritarisme politique ne saurait, à long terme, que fragiliser le pouvoir au lieu de le renforcer, que l’arrogance et le narcissisme ne sauraient être un programme politique et que la confiance en soi se mesure uniquement à la capacité qu’on a à accepter le débat et la confrontation des idées et à faire preuve d’ouverture d’esprit et ce, pour le grand bien de l’avenir de notre pays.</p>



<p><em>* Universitaire  et écrivain. </em>  </p>



<p><strong><em>Du même auteur dans Kapitalis:</em></strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Tkeal4qhEp"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/26/kais-saied-entre-lurgence-des-reformes-et-le-frein-des-calculs-electoraux/">Kaïs Saïed entre l’urgence des réformes et le frein des calculs électoraux  </a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Kaïs Saïed entre l’urgence des réformes et le frein des calculs électoraux   » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/06/26/kais-saied-entre-lurgence-des-reformes-et-le-frein-des-calculs-electoraux/embed/#?secret=RYCjE34UhI#?secret=Tkeal4qhEp" data-secret="Tkeal4qhEp" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/13/la-tunisie-les-lecons-de-70-ans-dautoritarisme-politique/">La Tunisie : les leçons de 70 ans d’autoritarisme politique  </a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2024/01/13/la-tunisie-les-lecons-de-70-ans-dautoritarisme-politique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Gafsa ou la cité perdue</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/gafsa-ou-la-cite-perdue/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/gafsa-ou-la-cite-perdue/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Dec 2023 09:38:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ben Ali]]></category>
		<category><![CDATA[Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Gafsa]]></category>
		<category><![CDATA[Gafsiens]]></category>
		<category><![CDATA[piscines romaines]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=10972386</guid>

					<description><![CDATA[<p>Gafsa, ville du sud-ouest tunisien, jadis prospère, est aujourd’hui abandonnée à son sort. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/gafsa-ou-la-cite-perdue/">Gafsa ou la cité perdue</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Gafsa, ville du sud-ouest tunisien, jadis prospère, est aujourd’hui abandonnée à son sort et délaissée par ses enfants même. Une lente décadence programmée par les régimes successifs qui ne saurait durer. &nbsp;&nbsp;</em></strong></p>



<p>Par <strong>Noura Bensaad</strong></p>



<span id="more-10972386"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/03/Noura-Bensaad.jpg" alt="" class="wp-image-6953143" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/03/Noura-Bensaad.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/03/Noura-Bensaad-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/03/Noura-Bensaad-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p>Gafsa, site exceptionnel, berceau de la civilisation capsienne, et qui fut, au fil de son évolution, marquée par une histoire certes chaotique mais riche en épisodes épiques car pendant très longtemps cette cité pourvue en sources naturelles fut aussi le carrefour d’axes routiers et un emplacement militaire important.</p>



<p>Si l’on a la curiosité de consulter le site de la Bibliothèque nationale de Tunisie, on comprend, à la seule lecture des titres, le caractère essentiel de cette ville et de sa région : ils renvoient à des domaines aussi divers que l’archéologie, la géologie, l’hydrologie, l’agriculture, sans oublier les patrimoines urbanistiques et culturels.</p>



<p>Pourtant, et paradoxalement, Gafsa a conservé peu de vestiges de sa mémoire. Peut-être cela s’explique-t-il par une volonté d’autonomie par rapport au pouvoir central et ces tentatives finissaient presque toujours par des reconquêtes sous forme d’expéditions punitives et donc destructrices. On peut considérer que le dernier exemple en date remonte au tout début de l’indépendance du pays lorsque Bourguiba a fait démonter les vieux remparts de Gafsa pour la restauration de monuments historiques de Monastir, sa ville natale. Une vengeance mesquine du <em>zaïm</em> qui n’a jamais pardonné aux Gafsiens d’avoir choisi de suivre son rival Salah Ben Youssef dans le combat pour l’indépendance.</p>



<p>La richesse de Gafsa n’est pas dans son patrimoine archéologique ou architectural mais dans son emplacement (cela vaut pour le passé et restera à prouver pour l’avenir) et dans son sol ou plus exactement dans sous-sol qui l’a pourvue en sources abondantes puis, au-delà de son périmètre immédiat, en gisements de phosphates, cette deuxième richesse entraînant malheureusement au fil du temps une raréfaction de la première. Ainsi El-Bekri l’a-t-il décrite en ces termes au 11<sup>e</sup> siècle :&nbsp;<em>«Dans les environs de la ville, on compte plus de 200 villages florissants, bien peuplés et arrosés, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, par les eaux.»</em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Une lente descente aux enfers&nbsp;</h2>



<p>À partir de l’indépendance, on peut dire que Gafsa a connu une lente descente aux enfers. Abandonnée à elle-même par les pouvoirs successifs de Bourguiba et de Ben Ali qui ne voyaient aucun intérêt à développer cette ville à la fois rebelle et<em> «hors circuit»</em>. Pour l’anecdote, mon père qui est d’origine gafsienne, nous rapportait que Ben Ali, lorsqu’il a commencé d’être détesté par l’ensemble des Tunisiens, était le sujet de critiques publiques sarcastiques de la part des Gafsiens sans que cela l’incommode le moins du monde car son désintérêt ou son mépris pour la ville et ses habitants était tel qu’il jugea sans doute ces critiques peu dangereuses pour son pouvoir.&nbsp;</p>



<p>Puis il y eut la révolution de 2011 qui fit naître tant d’espoirs mais ce <em>changement</em>, pour reprendre l’expression chère à Ben Ali, n’entraina, hélas, aucune amélioration, bien au contraire. À parcourir aujourd’hui cette ville, on éprouve un sentiment de désolation : ses rues et ses routes asphaltées se comptent sur le doigt des deux mains et tout le reste, depuis toujours, n’est que pistes qui se transforment en ornières lorsqu’il pleut et en artères poussiéreuses lorsque souffle le vent.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-1024x538.jpg" alt="" class="wp-image-10972432" style="width:800px" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-1024x538.jpg 1024w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-300x158.jpg 300w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-768x403.jpg 768w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-580x305.jpg 580w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-860x452.jpg 860w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2-1160x609.jpg 1160w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2023/12/Gafsa-2.jpg 1200w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption"><em>L&rsquo;agriculture se meurt à Gafsa. </em></figcaption></figure>
</div>


<p>Les deux piscines romaines qui faisaient autrefois la fierté des Gafsiens et qui étaient source d’amusement pour les enfants qui s’y baignaient sont désormais asséchées et si l’on y contemple quelque chose, ce n’est plus l’eau pure mais un amas de détritus. Idem pour la piscine de Sidi Ahmed Zarrouk qui est fermée au public.</p>



<p>La médina, quant à elle, est soit dans un état de ruine avancée soit défigurée par des ajouts qui ne respectent en rien l’architecture originale. Car les anciennes demeures désertées par leurs propriétaires sont aujourd’hui occupées par une population originaire de l’exode rural et orner les ruelles de la médina de plantes ne changera rien au désastre urbain&nbsp;! Dar Loungo, cette maison patricienne siège de l’association de sauvegarde de la médina de Gafsa depuis des décennies, tient portes closes. Et pour parfaire ce tableau bien triste, on peut y ajouter l’état de saleté qui règne dans toute la ville et qui fait qu’on se demande où sont passés les services de la municipalité. Lorsque l’on se poste sur l’une des hauteurs naturelles pour une vue panoramique, ce ne sont qu’habitations à pertes de vue car si la révolution a changé quelque chose dans l’évolution de Gafsa, cela se passe au niveau de son tissu urbain avec le surgissement de nouveaux quartiers érigés sans permis de construire. Des quartiers anarchiques qui, s’ils donnent aux populations de l’exode rural l’espoir d’une vie meilleure, enlaidissent par ailleurs la ville. Pour ce qui est des rues non asphaltées, je me suis souvent posée cette question : qu’est-ce que les villes du centre du pays ont de moins que les villes côtières pour ne pas mériter une infrastructure routière digne de ce nom?</p>



<h2 class="wp-block-heading">Voir ailleurs si l’herbe est plus verte</h2>



<p>Gafsa, je la connais depuis que je suis petite et je peux dire que j’en ai suivi l’inexorable décadence jusqu’au désastre d’aujourd’hui, on ne peut qualifier autrement l’état dans lequel elle se trouve. Au fur et à mesure de sa triste évolution, c’est devenu une ville campement où s’entassent les populations des exodes successifs, ce qui n’est pas nouveau. Au début du vingtième siècle, une partie de la tribu de mon père qui vivait dans les environs est venue s’y installer pour finalement la fuir un siècle plus tard, ce qui fait qu’aujourd’hui presque tous les membres de ma famille pourtant nombreuse a quitté Gafsa pour aller voir ailleurs si l’herbe est plus verte.</p>



<p>En dehors de l’agriculture ou d’un emploi au sein de la compagnie de phosphates de Gafsa, quelles sont les perspectives d’avenir offertes par cette ville&nbsp;? Aucune pour le moment mais il est urgent d’en créer de nouvelles. Dans le domaine du tourisme par exemple car si Gafsa est loin de la mer et du désert, elle n’en possède pas moins un très bel environnement naturel fait de montagnes et d’oasis.</p>



<p>Il faudrait faire en sorte aussi que cette ville et sa région deviennent un haut lieu de culture ce qui permettrait de redynamiser son patrimoine et de redonner de l’espoir à sa population.</p>



<p>Oui, agir vite avant que Gafsa ne devienne une cité perdue&nbsp;!</p>



<p>* <em>Ecrivaine</em>. </p>



<p><strong><em>Article de la même auteure dans Kapitalis : </em></strong></p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="PSvYcW1kaz"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/15/tunisie-mon-pays-est-africain-dirait-kais-saied/">Tunisie : «Mon pays est africain», dirait Kaïs Saïed</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : «Mon pays est africain», dirait Kaïs Saïed » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/15/tunisie-mon-pays-est-africain-dirait-kais-saied/embed/#?secret=pbqwKD1MYt#?secret=PSvYcW1kaz" data-secret="PSvYcW1kaz" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/gafsa-ou-la-cite-perdue/">Gafsa ou la cité perdue</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2023/12/20/gafsa-ou-la-cite-perdue/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Mar 2023 10:19:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Ahmed Ben Salah]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Helal Jelali]]></category>
		<category><![CDATA[Mansour Moalla]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Rached Ghannouchi]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=6753347</guid>

					<description><![CDATA[<p>Depuis 1956, ce sont 67 ans de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/">Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>De l’échec du collectivisme des années 1960 à la révolution confisquée de 2011, en arrivant aux élections de 2019, marquée par la défiance et le rejet d’une élite dévoyée, sans oublier le deal de la honte – Béji Caïd Essebsi &#8211; Rached Ghannouchi – ou celui qui a instauré la deuxième «Troïka» composée d’Ennahdha, Qalb Tounes, et Al-Karama&#8230;, ce sont 67 années de gâchis et de désespérance pour les Tunisiens.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Helal Jelali</strong> *</p>



<span id="more-6753347"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2020/08/Helal-Jelali.jpg" alt="" class="wp-image-311626"/></figure>
</div>


<p>Avant de décliner les détails des errances politico-économiques depuis l’indépendance en 1956, ne faudrait-il pas constater que toute notre élite et même le peuple se sont noyés dans le «<em>récit national» </em>construit par les pouvoirs successifs sans presqu’aucun sens critique. </p>



<p>Certes, un <em>«récit national»</em> est nécessaire pour forger les liens au sein d’une communauté ou d’une nation, mais il ne pourrait se substituer à la réalité des faits et à la vérité de l’Histoire. Le travail historique ne peut aussi se bâtir sur l’émotion, l’esquive et le discours teinté d’ambivalence et d’ambiguïté. </p>



<p>Le récit national se construit autour de la mémoire collective et des sentiments, souvent&nbsp;irrationnels. Il fait appel plus à l’affect qu’à l’entendement qui permet à tout homme d’appréhender la vérité.&nbsp;Mais la démarche mémorielle ne pourrait jamais remplacer la réalité historique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une postindépendance marquée par la violence</h2>



<p>Dès le début de l’indépendance, les accros avaient commencé entre Lamine Bey et son Premier ministre Habib Bourguiba à propos des<em> «comités d’éveil»</em>, une milice armée créé par le Néo-Destour.</p>



<p>Le Bey évincé, voilà qu’une petite guerre civile menaçait le pays entre les Bourguibistes et les Youssefistes, partisans du chef du parti Salah Ben Youssef. Le bilan est lourd : assassinat de ce dernier à l’étranger et de nombreux morts à l’intérieur du pays parmi ses partisans&#8230; <em>«J’ai sacrifié le peu pour sauver le tout»</em>, dira cyniquement celui qui se fera appeler le Combattant Suprême.</p>



<p>Au Congrès du Néo-Destour de Sfax en 1955, Bourguiba, sans aucun programme économique, livre le dossier à l’UGTT pour éviter que les syndicalistes rejoignent la dissidence de Salah Ben Youssef. Ainsi l’UGTT devient le premier décideur économique du pays avec, bientôt, la <em>«débâcle collectiviste»</em>&#8230;</p>



<p>Jusqu’à ce jour, de nombreux historiens continuent d’afficher leur déni: <em>«Mais, il n’y avait pas de menace de famine, le collectivisme nous a permis de construire des infrastructures»</em>. Ce fut en vérité des années perdues et des espoirs trahis&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="76qLleKvzy"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/">Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» !</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Je ne voudrais point du «Peuple qui veut» ! » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/08/24/je-ne-voudrais-point-du-peuple-qui-veut/embed/#?secret=RWZpVkOIcT#?secret=76qLleKvzy" data-secret="76qLleKvzy" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Arguties pour un «récit national» imaginaire.</h2>



<p>Le collectivisme de l’ancien ministre Ahmed Ben Salah a arrêté tout investissement étranger et ouvert la porte de l’exode pour certains entrepreneurs tunisiens qui avaient fait fortune après la deuxième guerre mondiale. Le processus de modernisation de l’industrie manufacturière a été gelé. Et aucun historien n’a fait le bilan des dégâts infligés à l’agriculture. Au contraire, les cadres retraités de cette époque continuent d’afficher leur fierté pour un travail bien accompli et bien réussi&#8230; L’outrecuidance n’a pas de limite.</p>



<p>Il n’y avait pas dans l’équipe de Bourguiba un seul économiste digne de ce nom. Le meilleur économiste après la guerre était un autodidacte M’hamed Chenik, ancien chef du gouvernement beylical (1942 et 1950-1952), qui avait créé la première banque <em>«indigène»</em> : la Coopérative tunisienne de crédit (1922-1935). Une banque que la France avait tout fait pour la faire couler. Il présidait également la Chambre tunisienne du commerce durant une vingtaine d’années 1922-1940. M’hamed Chnik maîtrisait, avec beaucoup de sagacité, les dossiers de l’industrie manufacturière et de l’agriculture. Sa contribution financière au Néo-Destour n’était pas négligeable. Mais Bourguiba n’a pas voulu faire appel à ses talents, car il le jugeait trop proche du Bey destitué. </p>



<p>C’est ainsi que pour la création de Société Tunisienne de Banque (STB), le nouveau pouvoir issu de l’indépendance a-t-il fait appel à Serge Guetta, qui terminera sa carrière à la Banque Mondiale.</p>



<p>A la création de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), le Zaïm fera appel à Hedi Nouira, associé à un brillant énarque, Mansour Moalla, mais, avec leurs conceptions libérales, ces derniers étaient des extra-terrestres face à l’entregent et à la mainmise sur le secteur du super ministre Ahmed Ben Salah et aux diktats de l’UGTT qui avait <em>«institutionnalisé»</em> la cogestion des services publics et des entreprises nationales.</p>



<p>La suite n’était pas rose non  plus : au Congrès du Néo-Destour de Monastir en 1971, le Zaïm est malade, assez malade et il refuse des élections internes au sein du parti unique. On lui souffle que les gauchistes menacent la sécurité de l’Etat. Qu’à cela ne tienne : on lâchera les islamistes du MTI dans les campus, les lycées et les salles de prière dans les usines. Bientôt, Rached Ghannouchi pourra boire son café avec un nouveau directeur de la sûreté au ministère de l’Intérieur nommé en 1978 par le Premier ministre Hedi Nouira : il s’agit bien de Zine El-Abidine Ben Ali (voir Kapitalis <em>«<a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/08/25/tunisie-les-dessous-de-lalliance-historique-entre-les-destouriens-et-les-islamistes/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les dessous de l’alliance entre le Néo Destour et les islamistes</a>»</em>).</p>



<p>La fin de règne de Bourguiba était marquée par la <em>«stratégie de la tension»</em> et la menace islamiste montée en épingle dans la bataille des clans entre Tunisois et Sahéliens, entre les larbins de Wassila Bourguiba et ceux de Saïda Sassi.</p>



<p>Le gâchis de l&rsquo;alternance est catastrophique. Ben Ali, avec l’aide directe de puissances étrangères – notamment l’Italie de Bettino Craxi qui terminera sa vie à Hammamet où il est enterré – prend le pouvoir (voir à ce sujet les mémoires de l’amiral italien Fulvio Martini, ancien chef des services secrets Sismi).</p>



<p>L’embellie économique sous le règne de Ben Ali n’a pas profité aux plus pauvres et a été l’œuvre d’un homme qui n’avait adhéré au RCD qu’en 2002. Un expert en équilibre macro-économique : il s’agit de l’ancien Premier ministre Mohamed Ghannouchi. Il faut dire que l’embargo occidental contre la Libye suite à l’affaire de Lockerbie a été une aubaine pour l’économie tunisienne.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="VCx2y792IT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/">Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Kaïs Saïed courtise l&rsquo;électorat islamiste » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/10/tunisie-politique-kais-saied-courtise-lelectorat-islamiste/embed/#?secret=9Pa0Dxr7Ua#?secret=VCx2y792IT" data-secret="VCx2y792IT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Une diplomatie&nbsp; chaotique</h2>



<p>Dans l’affaire de Bizerte, en 1961, l’ami américain s’est abstenu et a refusé de condamner Paris.</p>



<p>La politique de voisinage était turbulente : avec le président  Houari Boumediene, Bourguiba a choisi une politique glaciale. Bourguiba Jr a même demandé à J. F. Kennedy une <em>«coopération militaire intégrée»</em>, presque une adhésion totale à l’Otan : refus du président américain pour ne pas fâcher le Général De Gaulle.</p>



<p>Tous les pays du sud étaient contre la guerre du Viêtnam. Mais le père de l’indépendance tunisienne, que dérangeait le leadership arabe et tiers-mondiste de Nasser, a préféré soutenir ses <em>«amis»</em> Américains.</p>



<p>Dans les années&nbsp;1970, alors que le monde entier avait pris la route des pays du Golfe pour aider à construire les infrastructures de ces monarchies, le pouvoir&nbsp;en Tunisie est entré en confrontation avec l’Arabie Saoudite.</p>



<p>Dans ces pays, nouveaux riches, les conseillers politiques, les médecins, les banquiers, les pilotes et les ingénieurs étaient Egyptiens, Libanais, Syriens, Palestiniens, Américains, Turcs, mais les Tunisiens étaient quasiment absents&#8230; Ils tenteront de se rattraper à partir des années 1980-1990. Mais ils avaient perdu du temps précieux et beaucoup de terrain. </p>



<p>Par ailleurs, de 1962 à 1967, presque aucun ministre tunisien n’avait mis les pieds officiellement en France, notre premier partenaire économique. La raison est simple : Bourguiba monopolisait avec son ambassadeur tous les dossiers bilatéraux.</p>



<p>Aujourd’hui, certains diplomates retraités continuent à embellir le <em>«récit  national»</em> avec les prétendues grandes réussites de diplomatie bourguibienne, passant sous silence les couacs et les ratés.</p>



<p>Quelle diplomatie du mythe de la <em>«neutralité positive»</em> quand le Combattant Suprême déclare que la Jordanie n’existe pas et qu’elle est la création de la colonisation britannique (<a href="https://youtu.be/mjzGsbbKOA0" target="_blank" rel="noreferrer noopener">voir vidéo de son discours y afférent</a>)? Cela n’est certes pas faux, mais de tels propos ne pouvaient être tenus par un chef d’Etat soucieux des intérêts de son peuple. </p>



<h2 class="wp-block-heading">La politique est un abîme pour les novices</h2>



<p>Un ministre avait demandé à Bourguiba <em>«un peu d’argent»</em> pour le distribuer dans une région que l’ancien président projetait de visiter. La réponse du Zaïm fut cinglante : <em>«La pauvreté n’est pas un programme politique»</em>.</p>



<p>Nous y voilà : depuis la révolution de 2011, on n’a fait que des promesses pour aider les pauvres: des matelas et des pâtes de Nabil Karoui aux fêtes de mariages et de circoncisions organisés par Rached Ghannouchi, en passant par les candidats pour les législatives se promenant avec une camionnette de moutons à distribuer… La charité pour tout programme politique…</p>



<p>Etait-il sérieux, Béji Caïd Essebsi, alors Premier ministre, lorsqu’il a demandé au Sommet de Deauville, en 2011, un crédit de 25 milliards de dollars sur 5 ans, un montant représentant le double du budget tunisien ?</p>



<p>Etait-il réaliste le ministre des Finances de l’époque, Jalloul Ayed, lorsqu’il a déclaré au micro du journaliste Jean-Pierre Boris de RFI qu’il allait <em>«attirer 100 milliards de dollars d’investissement»&nbsp;</em>? Il n’a pas attiré le centième de cette somme!!!</p>



<p>Avec la montée de l’islamisme, en 2011, nous avons assisté au début du populisme et du poujadisme violent avec l’apparition des Ligues de protection de la révolution et des groupes extrémistes, comme Ansar Charia.&nbsp;&nbsp;</p>



<p>Aujourd’hui, personne ne reconnaîtrait que la majorité de l’élite politique des années 2011/2014 faisait le sourire zygomatique au parti Ennahdha. La cupidité a été la grande épidémie de ces années durant lesquelles le chiffre d’affaires des grands restaurants tunisois et ceux de la banlieue nord de Tunis avait battu des records. </p>



<p>Depuis 2011, aucune réforme, digne de ce nom, n’a été engagée et encore moins menée à terme. La majorité des gouvernements étaient des gouvernements <em>«sparadrap»</em> : ils tenaient la boutique et géraient les affaires courantes, sans vision ni programme ni méthode&#8230; </p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="UiMCGHfSHK"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/">Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie &#8211; Politique : Abir Moussi, un feu de paille? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/22/tunisie-politique-abir-moussi-un-feu-de-paille/embed/#?secret=fOIW7IdtS1#?secret=UiMCGHfSHK" data-secret="UiMCGHfSHK" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La rupture démocratique&nbsp;</h2>



<p>La promesse démocratique ayant rapidement fait pschitt, c’est à la rupture démocratique que nous avons commencé à assister… dès 2011 : les militants du défunt RCD ayant vite rejoint les Nahdhaouis et les Nidaïstes. Et tout a fini par capoter.  </p>



<p>La genèse de cet échec généralisé est facile à identifier : Bourguiba avait importé la <em>«modernité»</em> en oubliant sa colonne vertébrale : la démocratie. Ladite révolution de 2011 a tenté d’instaurer une démocratie, mais sans le civisme censé la pérenniser.</p>



<p>Le civisme, on le sait, met l’intérêt public et la cohésion nationale au cœur de la démocratie. Quant à la citoyenneté, elle est forgée, d’abord, par un esprit de responsabilité, les droits viennent nécessairement après. Montesquieu parlait, à juste titre, de <em>«l’amour du bien public», </em>lequel nous a dramatiquement manqué depuis 1956. </p>



<p><em>Ancien rédacteur en chef dans une radio internationale à Paris</em>.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/">Tunisie : soixante-sept ans d’erreurs</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2023/03/02/tunisie-soixante-sept-ans-derreurs/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Tahar Ben Ammar, le combattant subtil de l’indépendance de la Tunisie</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/20/tahar-ben-ammar-le-combattant-subtil-de-lindependance-de-la-tunisie/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/20/tahar-ben-ammar-le-combattant-subtil-de-lindependance-de-la-tunisie/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Nov 2022 07:30:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[CULTURE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[béchir ben yahmed]]></category>
		<category><![CDATA[Chedly Ben Ammar]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Hedi Nouira]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Masmoudi]]></category>
		<category><![CDATA[Néo-Destour]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<category><![CDATA[Tahar Ben Ammar]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=5063360</guid>

					<description><![CDATA[<p>Retour sur le destin d'un homme, Tahar Ben Ammar, l'un des principaux architectes de l'indépendance de la Tunisie. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/20/tahar-ben-ammar-le-combattant-subtil-de-lindependance-de-la-tunisie/">Tahar Ben Ammar, le combattant subtil de l’indépendance de la Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>En 1969, après le désastre des coopératives, Habib Bourguiba en larmes trouva utile de tirer Tahar Ben Ammar de sa retraite pour le décorer. Geste bien tardif, quand on sait l’humiliation que le Combattant suprême fit subir au Combattant subtil, dont l’unique tort fut, aux yeux de son rival, d’avoir signé l’accord de l’indépendance, le 20 mars 1956, à Paris.   </em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia </strong>*</p>



<span id="more-5063360"></span>



<p>Si Tahar Ben Ammar (1889-1985) n’avait pas existé, il aurait fallu l’inventer. Président de la Chambre d’Agriculture, du groupe tunisien au sein du Grand Conseil, membre du Conseil consultatif pour l&rsquo;Afrique du Nord, président du Front National, ami du Prince Fayçal d’Arabie, de l’Agha Khan, Edgar Faure, François Mitterrand, Richard Nixon, le Sultan Mohamed V du Maroc au bénéfice de qui&nbsp;il intercéda&nbsp;afin d’en obtenir le retour d’exil, ses références et son carnet d’adresses ont de quoi impressionner. Il avait ce don rare de susciter des amitiés, et de les conserver.</p>



<p>Architecte de l’autonomie interne puis de l&rsquo;indépendance de la Tunisie, c’est lui qui en tant que chef du gouvernement de la régence avait conduit des négociations dures sans concessions avec la partie française, avec en toile de fond l’hostilité du lobby colonial français, la rivalité entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef, et les manœuvres du palais beylical et de la résidence générale française.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le porte-parole de la Tunisie en France</h2>



<p>Tahar Ben Ammar, dès 1921, avait été le porte-parole de la Tunisie en France en faveur d’une Constitution ouvrant la voie vers la reconnaissance ultérieure de la souveraineté nationale en accord avec&nbsp;la déclaration du président américaine&nbsp;Wilson.</p>



<p>Il avait été en 1920 l’un des membres fondateurs du Parti libéral constitutionnel (Destour) présidé par Abdelaziz Thaalbi et s’en était retiré pour garder sa marge de manœuvre. D’une manière générale, et lors du cheminement vers l’indépendance, il avait été en symbiose avec Habib Bourguiba.</p>



<p>L’auteur du livre laisse penser que son père jouissait d’une large marge de manœuvre, sinon d’une liberté totale, et qu’en général, il informait plus qu’il ne consultait le président du parti Néo-Destour, qui quoique souvent en détention ou en résidence surveillée, détenait la réalité du pouvoir au sein du mouvement national tunisien.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="7nHAp8yyOl"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/">Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ahmed Rahmouni, le conjuré rescapé des tréfonds de la mémoire » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/09/ahmed-rahmouni-le-conjure-rescape-des-trefonds-de-la-memoire/embed/#?secret=pWRlU8WbHB#?secret=7nHAp8yyOl" data-secret="7nHAp8yyOl" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi contre Salah Ben Youssef, Tahar Ben Ammar, adepte de la réalisation des objectifs par étapes, se situa toujours fort logiquement dans le camp de Habib Bourguiba et il se prêta même à la manœuvre (c’en était bien une!) qui poussa le secrétaire général du Néo-Destour déchu à s’enfuir en Libye en janvier 1956. Cela mit fin à la guerre civile qui menaçait d’emporter le pays.</p>



<p>Malgré cela et après les accords de l’indépendance, il tenta de le convaincre de revenir, estimant que la principale pomme de discorde entre les deux hommes&nbsp;avait disparu. Mais c’était méconnaître l’hostilité implacable qui désormais séparait irrémédiablement les deux têtes du Néo-Destour. Et quand Bourguiba prit entre ses mains les rênes du pays, personne n’imaginait la suite, avec l’emprisonnement&nbsp;en 1958 de Tahar Ben Ammar et de son épouse pour une histoire scabreuse montée de toutes pièces, d’un recel de bijoux et d’argent appartenant à la famille du Bey.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le Combattant Suprême et&nbsp;le Combattant Subtil</h2>



<p>En refusant de s’insérer dans les basses manœuvres dont le but était de justifier l’abolition du Beylicat devant le souverain marocain, Tahar Ben Ammar s’exposa ainsi à la vindicte de Bourguiba dont le caractère ombrageux et la rancune n&rsquo;ont pas peu contribué à l’instauration de son pouvoir personnel et son emprise sur le parti.</p>



<p>Ainsi parmi tous les membres du Néo-Destour qui comptaient, seuls Bechir Ben Yahmed et Mohamed Masmoudi osèrent critiquer l’injustice flagrante, au risque d’en subir des conséquences durables. Et les maquisards qui se souvenaient comment il leur avait fait parvenir des cargaisons d’armes lors de la lutte armée et qui se proposaient de protester pour le soutenir furent priés de garder leur calme, de préserver la paix civile, et de le laisser se défendre seul.&nbsp;</p>



<p>En fin de compte, Tahar Ben Ammar&nbsp;a subi&nbsp;un redressement fiscal, auquel cas les services du ministère des Finances&nbsp;eussent dû suffire pour faire l’économie d’un mauvais procès conduit par une justice d’exception, et&nbsp;cinq mois d’emprisonnement avec son épouse pour les soi-disant besoins de l’enquête, mais cette affaire marqua sa fin politique, et Bourguiba eut ainsi le champ libre pour remodeler l’Histoire et les mémoires à son image.</p>



<p>Jalousie? Orgueil? Accuser un fin politique comme le chef du Néo-Destour de mégalomanie ne suffirait pas à convaincre. Le plus probable est que le Combattant Suprême craignît&nbsp;le Combattant Subtil, en raison de l’étendue de ses relations françaises et internationales, de son influence, son rayonnement à l’intérieur même du pays, sa forte personnalité.</p>



<p>Lors du procès, si on peut qualifier ainsi la mascarade dont il fit l’objet, Tahar Ben Ammar fut questionné à propos d’un document obtenu par le résident général dont Habib Bourguiba&nbsp;était le détenteur, de Mohamed Salah Mzali, et du projet de réforme limitée du résident général Voizard, soutenu par le Bey et/ou son fils Chedli,&nbsp;avec un gouvernement et un parlement tunisiens incluant <em>«de jure»</em> des Français. Ce projet avait visiblement déboussolé un militant aussi chevronné que Hédi Nouira, au point de le&nbsp;pousser à démissionner des instances dirigeantes du Néo-Destour. Or, Voizard aurait été, tout comme Mzali, franc-maçon, selon l’auteur du livre.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Nationalisme ombrageux et nationalisme apaisé</h2>



<p>Sans doute,&nbsp;lors du procès, voulait-on insinuer que Tahar Ben Ammar le fût également, mais il s’est toujours opposé aux menées du résident général visant à empêcher l’émergence&nbsp; d’institutions tunisiennes homogènes, c’est- à dire réservées&nbsp;aux seuls Tunisiens de souche. Quelle souche? Il compta de nombreux juifs tunisiens parmi ses amis et collaborateurs et il ne faut pas oublier ses contacts avec Elie Cohen Hadria ou André Duran Angliviel, le rôle déterminant que joua un homme comme l’avocat Albert Bessis omniprésent lors des négociations avec la France, ni les liens tissés avec Lucie Faure, l’épouse d’Edgar, qui avait trouvé refuge à Nabeul durant l’occupation allemande de la France et qui lui ouvrit souvent les colonnes de sa revue <em>La nef</em>.&nbsp; Il n’en fut pas pour autant un cosmopolite, son engagement en faveur de l’indépendance totale du pays fut immanent, jamais contredit par les faits ou les évènements.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="munpA20jxm"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2017/09/28/tahar-ben-ammar-une-biographie-subjective/">Tahar Ben Ammar : Une biographie subjective</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tahar Ben Ammar : Une biographie subjective » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2017/09/28/tahar-ben-ammar-une-biographie-subjective/embed/#?secret=f07glUBmsn#?secret=munpA20jxm" data-secret="munpA20jxm" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Ainsi,&nbsp;face au nationalisme ombrageux et au réformisme radical de Bourguiba, d’expression populiste, Tahar Ben Ammar représentait le nationalisme apaisé et le réformisme modéré des milieux d’affaires et des grands propriétaires terriens entretenant des relations cordiales avec le capitalisme étranger, qui se serait volontiers accommodé d’une monarchie parlementaire de type britannique, sinon on peut le supposer&nbsp;proche du modèle marocain. Bref, il constituait une alternative politique crédible, et cela, un régime nationaliste autoritaire tirant sa légitimité de l’adhésion des masses ne pouvait pas le tolérer.</p>



<p>En 1969, après le désastre des coopératives, un Bourguiba en larmes trouva utile de le tirer de sa retraite pour le décorer. Néanmoins, on se posera toujours la question de savoir comment le fils d’un agriculteur et éleveur aisé ayant quitté le lycée Carnot avant le baccalauréat pour diriger les affaires de sa famille, aura pu maîtriser de cette manière la langue de Molière ainsi que les subtilités de la politique nationale et internationale, et sera vu ouvrir toutes les portes, y compris celles du président américain Wilson en 1921, au point de devenir l’interlocuteur indispensable lors des négociations pour l’indépendance de son pays. Il y a là un mystère qui n’altère en rien le charme et la grandeur du personnage trente sept ans après sa mort.&nbsp;</p>



<p><em>* Médecin de libre pratique. </em></p>



<p><strong><em>‘‘Tahar Ben Ammar, le combat d’un homme, le destin d’une nation’’ (en arabe), par Chedly Ben Ammar, Tunis, 2015.</em></strong></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/20/tahar-ben-ammar-le-combattant-subtil-de-lindependance-de-la-tunisie/">Tahar Ben Ammar, le combattant subtil de l’indépendance de la Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/20/tahar-ben-ammar-le-combattant-subtil-de-lindependance-de-la-tunisie/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>2</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>De Bourguiba à Adams : Réflexions sur la politique, la guerre et la paix</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/</link>
					<comments>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 13 Nov 2022 08:05:54 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Dr Mounir Hanablia]]></category>
		<category><![CDATA[Ennahdha]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Gerry Adams]]></category>
		<category><![CDATA[Grande-Bretagne]]></category>
		<category><![CDATA[Habib Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[Irlande]]></category>
		<category><![CDATA[Salah Ben Youssef]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://kapitalis.com/tunisie/?p=4952284</guid>

					<description><![CDATA[<p>Gerry Adams fût-il, en Irlande, ce que fût Habib Bourguiba en Tunisie ?</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/">De Bourguiba à Adams : Réflexions sur la politique, la guerre et la paix</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p><strong><em>Gerry Adams fût-il, en Irlande, ce que fût Habib Bourguiba en Tunisie ? Abstraction faite du contexte politique différent, les deux leaders nationalistes avaient beaucoup de points communs et suivi des stratégies similaires dans leurs combats respectifs. A la notable différence qu’à la fin Bourguiba, obtint l’indépendance pleine et entière de son pays ainsi que le départ des troupes étrangères, alors qu’Adams n’obtint, lui, ni l’une ni l’autre.</em></strong></p>



<p>Par <strong>Dr Mounir Hanablia</strong></p>



<span id="more-4952284"></span>



<p>Gerry Adams fut même plus machiavélique en étant à la fois le chef d’une organisation terroriste et le porte-parole d’un parti politique officiel. Mais à la fin Bourguiba obtint l’indépendance pleine et entière de son pays ainsi que le départ des troupes étrangères.</p>



<p>L’histoire du mouvement national tunisien a été remise en question depuis l’arrivée au pouvoir du parti Ennahdha et la réactualisation de thèses du Parti destourien (vieux), reprises par le courant Yousséfiste (référence à Salah Ben Youssef, Ndlr), relativement à une supposée collusion entre Bourguiba et la France, après les accords d’autonomie interne de 1955 précédés par le désarmement des maquisards fin octobre 1954, immédiatement après le déclenchement de la lutte de libération nationale en Algérie.</p>



<p>En quoi les dissensions rencontrées par le mouvement national tunisien lui ont-elles été spécifiques, et d’une manière plus générale à partir de quel moment la voie de la négociation expose-t-elle ses promoteurs à l’accusation de trahison au risque de déclencher des luttes ouvertes dans un mouvement de libération nationale?</p>



<p>L’étude du conflit irlandais aidera à mieux cerner la complexité de la question. L’Irlande est certes ce pays qui a réussi à se désengager de la guerre et des attentats qui ont durant 36 années, fait 5000 morts, plusieurs milliers de blessés, et conduit des dizaines de milliers de personnes en prison souvent arbitrairement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Combat politique et/ou lutte armée</h2>



<p>Cependant, les particularités du processus de négociation officieusement débuté en 1982 ainsi que les délais&nbsp; importants entre le cessez-le-feu décrété par l’IRA, l’Armée républicaine irlandaise, en 1994, et son auto désarmement en 2005, intriguent et appellent certaines remarques, même si au final, un accord politique mettant définitivement un terme au conflit a été signé entre deux ennemis considérés au départ comme irréductibles, et a abouti à un gouvernement réunissant le parti nationaliste Sinn fein de Gerry Adams , aux <em>«loyalistes»</em> envers la couronne britannique de l’Ulster Unionist Party du pasteur Ian Pesley.</p>



<p>Une telle issue, mettant un terme à un long conflit d’origine coloniale, est-elle envisageable et peut elle servir de modèle à la résolution de situations comparables, telle celle opposant Israéliens et Palestiniens?</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="x4aPbcsQJc"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/17/unfinished-business-le-brexit-sera-chaud-en-irlande/">«Unfinished Business»: Le Brexit sera chaud en Irlande</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« «Unfinished Business»: Le Brexit sera chaud en Irlande » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/07/17/unfinished-business-le-brexit-sera-chaud-en-irlande/embed/#?secret=eP4jWCt1iF#?secret=x4aPbcsQJc" data-secret="x4aPbcsQJc" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Après la partition de l’Irlande, pour les nationalistes, le travail n’avait pas encore été réalisé, à savoir la réunification de l’île sous une autorité politique unique indépendante de celle du Royaume Uni. C’est d’ailleurs dans ce but que l’IRA a été créée, en usant de la lutte armée pour atteindre l’objectif. Et l’armée britannique ainsi que les milices des Irlandais loyalistes, en règle protestantes, victimes de ce qu’ils considéraient comme des actes terroristes, ont organisé des actions de représailles collectives de plus en plus dures contre les catholiques qu’ils assimilaient aux soutiens des nationalistes irlandais.</p>



<p>&nbsp;Mais en 1969 un schisme s’est produit au sein de l’IRA, et il y eut désormais deux organisations, l’officielle et la provisoire. La raison en avait été l’orientation de la direction de l’organisation (officielle)&nbsp; vers le combat politique au détriment de la lutte armée, et son incapacité à repousser les attaques et les destructions occasionnées par les milices protestantes dont les habitants catholiques de certains quartiers nationalistes de la capitale Belfast avaient fait les frais.</p>



<p>L’IRA provisoire réussit à défendre la population contre les milices loyalistes et s’attira ainsi son soutien. Mais face à la recrudescence des actes terroristes des nationalistes contre les forces de l’ordre et les milices, en particulier après le vendredi noir qui avait vu les explosions presque simultanées de près de vingt voitures piégées dans le centre de Belfast, le gouvernement britannique au cours des années 70 durcit la législation anti terroriste, et les prisonniers nationalistes furent considérés comme des droits communs. Des grèves de la faim furent donc entreprises et une dizaine de prisonniers trouvèrent la mort, sans voir satisfaites leurs revendications de jouir d’un régime carcéral spécial.</p>



<p>L’IRA provisoire avait reçu des cargaisons clandestines d’armements de la part du colonel Kadhafi , mais un bateau, l’Eksund , avait été arraisonné au large des côtes françaises, portant un coup d’arrêt au projet d’offensive contre l’armée britannique, et soulevant l’éventualité de l’existence au plus haut échelon de l’organisation d’un informateur opérant pour le compte des Britanniques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Négociations secrète et règlement politique</h2>



<p>Mais à partir de 1982, Gerry Adams, un dirigeant de l’IRA Provisoire, avait entamé des négociations demeurées secrètes avec le premier ministre de la République d’Irlande sur l’éventualité d’un accord de paix avec les Britanniques. Mais pour ce faire, il avait dû éliminer progressivement ses rivaux pour qui toute solution autre que le départ des troupes britanniques de l’île était considérée comme une trahison. La grève de la faim et la mort des prisonniers dans les prisons, dont l’un, Bobby Sands, avait été élu membre du parlement d’Irlande du Nord alors qu’il était en prison, lui servit d’alibi pour faire accepter la nécessité de participer aux élections parlementaires et municipales en République d’Irlande. Une telle éventualité avait toujours été refusée par son organisation qui ne reconnaissait pas la partition de l’île. Et c’est ainsi qu’il s’est lui-même présenté, en tant que membre d’un parti politique civil, le Sinn fein. Mais après s’être assuré la majorité au Conseil de l’Armée de l’IRA, Gerry Adams put imposer un cessez-le-feu à son organisation à partir de 1993 qui fut reconduit de mois en mois et finalement, avec la participation des hommes d’affaires américains d’origine irlandaise et du gouvernement Clinton, aboutit à la signature en 1998 de l’accord dit&nbsp; du Good Friday stipulant la participation des nationalistes aux élections en échange de l’abandon de la lutte armée.</p>



<p>Cependant la question du désarmement de l’organisation, prônée par le plan du sénateur américain Mitchell, restait posée, d’autant  qu’en 2004, une attaque effectuée contre le siège de la police de Belfast aboutissait à la récupération par les assaillants des documents secrets révélant l’identité de tous les agents opérant pour les comptes des Britanniques, et qu’un hold-up dans une banque avec prise d’otages rapportait aux auteurs un butin considérable de 26 millions de Livres. Mais l’exécution de mouchards ou considérés comme tels, dont une mère de huit enfants, portait un coup sévère à l’image de marque du Sinn fein, en particulier en Amérique, et était responsable de ses échecs électoraux dans les deux Irlande.</p>



<figure class="wp-block-embed is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="qJkioy5iuX"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/01/peut-on-rehabiliter-ben-youssef-sans-vouer-bourguiba-aux-gemonies/">Peut-on réhabiliter Ben Youssef sans vouer Bourguiba aux gémonies ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Peut-on réhabiliter Ben Youssef sans vouer Bourguiba aux gémonies ? » &#8212; Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/01/peut-on-rehabiliter-ben-youssef-sans-vouer-bourguiba-aux-gemonies/embed/#?secret=9C7UrU0BEp#?secret=qJkioy5iuX" data-secret="qJkioy5iuX" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p>Cependant, après les attentats du 11 septembre 2001 et face à la menace des Américains d’empêcher désormais toute aide financière aux nationalistes irlandais, l’IRA acceptait finalement de détruire son stock d’armements, et cela assurait en 2005 la participation du Sinn fein au gouvernement d’Irlande du nord en tant que second parti, en compagnie de ses ennemis les plus acharnés, les Unionistes.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La duplicité stratégique de Gerry Adams &nbsp;</h2>



<p>Qui fut vraiment Gerry Adams et fut-il un agent britannique ? La manière avec laquelle en tant que président du Sinn fein, il nia toujours avoir été le principal membre du commandement militaire de l’IRA peut aujourd’hui surprendre. Les négociations secrètes qu’il entreprit à l’insu de tous et la manière opportuniste avec laquelle il élimina ses opposants dans les votes de l’organisation interpellent. Pour cela, il bénéficia du soutien du gouvernement irlandais, mais aussi, c’est un fait établi, britannique dont les services secrets déjouèrent des projets d’attentats le visant.</p>



<p>Les adversaires d’Adams, et ils sont nombreux, l’ont accusé d’avoir délibérément laissé mourir les grévistes de la faim pour assurer le succès électoral de son parti, et il prétendit un moment que l’IRA ne pourrait plus poursuivre la lutte faute de moyens alors que ses stocks étaient remplis de matériel de guerre fourni par le colonel Kadhafi.</p>



<p>Il aurait également laissé se prolonger indûment un état de guerre sans nécessité en prétendant ne jamais avoir été prévenu des opérations armées souvent sanglantes dont en tant que membre du Comité de l’Armée, il n’aurait pas pu ne pas avoir eu connaissance. Et il n’a pas hésité à tenir un double langage tendant à laisser entendre aux membres de son organisation que ses propositions de paix étaient purement tactiques, que les engagements qu’il prenait publiquement ne seraient pas tenus, et que la lutte armée continuerait.</p>



<p>En fin de compte, les accords qu’il a finalement signés et le désarmement de l’IRA n’ont fait qu’entériner la pérennisation de la présence britannique en Irlande du Nord, ainsi que l’échec de la tentative de réunification de l’île, qui avait toujours été l’objectif des nationalistes irlandais militants depuis 1921.</p>



<p>Gerry Adams n’eut jamais à répondre des crimes commis par son organisation, et en 2014 après son interrogatoire par la police relativement à une plainte d’une des familles d’une victime, il fut relâché. La Libye, elle, fut soumise à un embargo sévère après avoir injustement été accusée d’avoir fait placer une bombe dans l’avion de la Panam qui s’était écrasé à Lockerbie en 1988, dont en réalité les responsables étaient les Iraniens, et Kadhafi connut en 2011 cette fin ignominieuse, que rien n’aurait pu justifier, hormis une rancune tenace, une soif inextinguible de vengeance, et la volonté de faire un exemple.</p>



<p>Gerry Adams fut-il un nouveau Bourguiba? Abstraction faite du contexte politique différent, tous deux furent emprisonnés et firent étalage d’un sens de la survie et d’une capacité de se débarrasser de leurs adversaires et de convaincre leurs militants, hors du commun. Tous deux firent la part entre le souhaitable et le possible. Tous deux virent un engagement américain en leur faveur.</p>



<p>Gerry Adams fut même plus machiavélique en étant à la fois le chef d’une organisation terroriste et le porte-parole d’un parti politique officiel. Mais à la fin Bourguiba obtint l’indépendance pleine et entière de son pays ainsi que le départ des troupes étrangères. Gerry Adams n’obtint, lui, ni l’une ni l’autre. Cela fait toute la différence !</p>



<p><em><strong>‘‘A secret history of the IRA”, essai de Ed Moloney, 512 pages, octobre 2002.</strong></em></p>



<p><em>* Médecin de libre pratique.</em> </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/">De Bourguiba à Adams : Réflexions sur la politique, la guerre et la paix</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://kapitalis.com/tunisie/2022/11/13/de-bourguiba-a-adams-reflexions-sur-la-politique-la-guerre-et-la-paix/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
