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Finance: Les flux des capitaux à l’épreuve de la séduction et du risque

Investissement

Les flux et reflux des capitaux entre les puissances occidentales et les pays émergents et leur impact sur un pays comme la Tunisie.

Par Hamdi Hmaidi

De 2003 à 2007, le flux des capitaux vers les économies émergentes a été multiplié par 5. Ce phénomène nouveau de l’internationalisation financière dans ce type d’économie s’explique par la conjonction de plusieurs facteurs.
Il s’agit en premier lieu d’une consolidation du positionnement des non-résidents sur les titres nationaux, consolidation consécutive à la libéralisation du compte capital.

Il y a lieu de citer en second lieu l’assaisonnement budgétaire qui a conduit au tassement des primes de risque sur les titres souverains locaux et a ainsi généré des dividendes.

Il faut également noter que cela n’aurait pas été possible sans les soubresauts qu’a connus le cycle financier international. Les crises qui se sont succédé en occident ont en effet mis les économies émergentes sur le devant de la scène.

Un double mouvement
C’est dans ces conditions qu’un double mouvement a été perçu: d’un côté présence de plus en plus forte des non-résidents dans les économies émergentes et de l’autre positionnement de plus en plus accentué des résidents sur le marché extérieur.

C’est à l’analyse de cette problématique que s’est attelé l’économiste Moez Labidi dans une étude intitulée «Pays émergents entre flux et reflux de capitaux: Quelles leçons pour l’économie tunisienne?», parue dans le n° 21 de ‘‘Billet Économique’’ (mai 2015) publié par l’intermédiaire en bourse Mac SA. L’intérêt de cette analyse réside dans la focalisation sur un phénomène qui affecte l’économie mondiale mais aussi sur l’impact qu’a ce phénomène sur l’économie tunisienne.

L’auteur de l’étude montre qu’au sein du flux des capitaux entre économies avancées et économies émergentes, le flux de la dette se caractérise par trois tendances. La première correspond à une occupation du terrain par les émissions d’obligations et les prêts bancaires suite un recul de la part des IDE (investissements directs à l’étranger). La seconde consiste en un positionnement des non résidents sur les marchés domestiques suite à la manifestation de certaines données telles que la visibilité politique (instauration de la démocratie), la maîtrise du risque inflationniste, la solidité du système bancaire, l’importance accrue des montants des dettes souveraines libellées en monnaie locale aux dépens de ceux en devises, l’attractivité des rendements (en 2012, les obligations en monnaie locale ont atteint 27% du portefeuille des non résidents et la dette totale des pays émergents en monnaie domestique est passée de 4900 millions de dollars en 2008 à 9100 millions). Quant à la troisième tendance, elle est incarnée par la présence des entreprises originaires du monde émergent sur le marché obligataire international, présence qui s’explique par la recherche d’un financement à taux d’intérêt faible et le besoin croissant d’un financement en devises.

Moez Labidi s’attelle également à la description de la réaction du monde des finances dans les pays industrialisés aux crises qui ont secoué ces pays et à la mise en évidence de ses conséquences sur l’économie à l’échelle mondiale. Il note ainsi que les grands fonds ont déserté le territoire américain et européen (où le taux de croissance avoisine le 0%) pour s’orienter vers les pays émergents (où le taux de croissance atteint parfois les 7%). Cela a bien entendu nettement profité aux places financières émergentes mais a abouti à la pénalisation des monnaies locales et, par là même, à l’augmentation de l’inflation.

De plus, l’annonce par la FED d’une politique ultra-accommodante a engendré une sortie massive des capitaux injectés dans les économies émergentes et le retour de ces capitaux vers l’économie américaine.

S’adapter aux aléas des finances internationales

Les résultats catastrophiques ne se sont pas fait attendre: effondrement des marchés de capitaux dans le monde émergent, flambée des primes de risque sur la dette extérieure, dépréciation des monnaies locales, tensions sur les rendements obligataires en monnaie domestique.

Quel comportement l’économie tunisienne doit elle adopter face aux aléas des finances internationales? La Tunisie n’étant pas à l’abri des fluctuations de la conjoncture économique, Moez Labidi donne les recommandations suivantes:

– faire preuve de plus de professionnalisme dans les opérations de sortie sur les marchés internationaux ;

– accorder la priorité aux investissements longs et à la diversification géographique ;

– renforcer la solidité des fondamentaux: maîtrise de l’inflation et des déficits budgétaires, dette à structure rassurante (poids limité de la composante à court terme, répartition entre les différents choix, bonne réserve de change);

– adopter une bonne gouvernance (application des textes de lois, moins de restrictions sur les flux étrangers d’investissement de portefeuille) afin de développer le marché obligataire.

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