Le poème du dimanche : ‘‘Bonjour l’amour’’ de Ghada Al-Samman

Née en 1942 à Damas, Ghada Al-Samman est poète, nouvelliste, romancière, journaliste, éditrice. Elle est l’une des pionnières de l’écriture féminine arabe libérée des tabous de la tradition.

Après des études à Damas, Beyrouth et Londres, Ghada Al-Samman s’installe, d’abord, à Beyrouth, puis après de la guerre au Liban, à Paris, en 1984.

Son œuvre se fait remarquer par une écriture audacieuse, directe, sans emphase, émancipée des interdits, affirmant la liberté de l’être féminin arabe, déjouant le discours conservateur et rétrograde. Elle est traduite dans différentes langues.

Quelques ouvrages (en arabe) : Tes yeux sont mon destin, 1962; Lettres d’amour de Ghassan Kanafani à Ghada Al Samman, 1992; Le bal masqué des morts, 2003  En français : Toutes les cimes sont mon ombre, traduction et présentation, Meriem Bekkali, L’Harmattan.

Tahar Bekri

Et croît entre nous enfant des vents
Cette affinité affamée
Ce sentiment intense aigu
Auquel je ne trouve de nom
Parmi ses noms l’amour
Depuis que je t’ai connu
Le bonheur est revenu m’habiter
Simplement parce que nous habitons la même planète
Et que brille sur nous le même soleil
Considère que je t’ai connu
Et t’ai nommé la joie

Chaque matin je me lève de ma cendre
Me réveille sur ma voix en te disant :
Bonjour l’amour ô la joie

…….

Et parce que j’aime
Tout ce que je touche de ma main
Devient lumière
Et parce que je t’aime
J’aime les hommes du monde entier
J’aime ses enfants ses arbres ses mers et ses êtres
Ses pêcheurs ses poissons ses criminels ses blessés
Les doigts des professeurs salis de craie
Les fenêtres des hôpitaux sans rideaux…
Parce que je t’aime
La folie revient m’habiter
Et la joie s’enflamme
Dans les continents de mon âme éteinte

….

Parce que je t’aime
Les couleurs reviennent au monde
Alors qu’elles étaient sombres et grises
Comme les vieux films muets et usés
Le chant est revenu aux gorges et aux champs
Mon cœur est revenu courir dans les forêts
Chantant essoufflé comme un petit faon rebelle 
Dans ta personnalité aux dimensions infinies
Un homme nouveau à chaque jour

J’ai avec toi à chaque jour un amour nouveau
Continuellement
Je te trahis avec toi
Je pratique le plaisir de te trahir

….

Tout est devenu ton nom
Devenu ta voix
Et même si j’essaie de te fuir
Vers les vastes aires du sommeil
Et que mon bras se trouve près de mon oreille
J’entends les tic-tacs de ma montre
Elle répète ton nom
Seconde par seconde
Je ne suis pas (tombée) dans l’amour
J’y suis allée avec des pas fermes
Les yeux ouverts jusqu’au bout
Je suis (debout) dans l’amour
Pas tombée dans l’amour
Je te veux

……

De toute ma conscience
(Ou avec ce qu’il en reste après t’avoir connu !)
J’ai décidé de t’aimer
Un acte de volonté
Non un acte de défaite
Me voici franchir ton être assiégé
De toute ma conscience (ou ma folie)
Je sais d’avance

Dans quelle planète je mets le feu
Quelle tempête je lance de la boite des péchés
Et te désire
Mes limites se perdent dans les tiennes
Nous nous baignons ensemble sur un nuage transparent
Et je t’appelle : ô moi-même …

…….

Tu pars à l’intérieur de mon corps
Comme les jeux de feu
Et quand tu t’en vas
Je compte sur mon corps
Les traces de tes caresses
Je les compte avec joie
Comme un berger son troupeau
Béni soit tout corps que tu as serré
Bénie soit toute femme que tu as aimée avant moi
Bénis les ventres qui ont porté tes enfants
Béni tout ce dont tu rêves
Tout ce que tu oublies

…..

Pour toi
L’herbe pousse dans les montagnes
Naissent les vagues
Se dessine la mer à l’horizon
Les enfants rient dans tous les villages éloignés
Pour toi
Les femmes se font belles

Pour toi
Le baiser fut inventé
Je me lève de ma cendre pour t’aimer !
Chaque matin
Je me lève de ma cendre
Pour t’aimer t’aimer t’aimer
Et crier à la face de la police
(Tout le monde est la police quand il s’agit de nous)
Je crie : Bonjour l’amour
Bonjour l’amour ô la joie

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

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