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	<title>Archives des TRIBUNE - Kapitalis</title>
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	<description>L&#039;actualité en Tunisie et dans le monde</description>
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	<title>Archives des TRIBUNE - Kapitalis</title>
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	<item>
		<title>La transition numérique en Tunisie et le syndrome «My TT»</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2026 08:29:23 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le grand flou communicationnel autour du récent piratage de Tunisie Telecom révèle une grave faillite de gouvernance publique. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/30/la-transition-numerique-en-tunisie-et-le-syndrome-my-tt/">La transition numérique en Tunisie et le syndrome «My TT»</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>À l’heure où la Tunisie amorce son Plan de développement 2026-2030, une vérité s’impose, aussi brutale qu’incontournable : on ne résout pas ce qu’on refuse de mesurer. Les récentes secousses sécuritaires et le grand flou communicationnel autour du récent piratage de l’application My TT de l’entreprise publique Tunisie Telecom ne relèvent pas du simple incident technique isolé ; ils agissent comme le révélateur d’une faille voire d’une faillite de gouvernance profonde qui ronge nos institutions publiques.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelwaheb Ben Moussa *</strong></p>



<span id="more-18834841"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa.jpg" alt="" class="wp-image-18394138" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa-120x120.jpg 120w" sizes="(max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Face à l’urgence de la relance économique, la transformation technologique se heurte à une paralysie structurelle où l’audace stratégique est systématiquement sacrifiée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En mettant en exergue la mécanique du <em>«triangle interdit»</em> au sein de nos banques publiques — ce conflit permanent entre performance managériale, rigidité administrative et diktat syndical —, cette tribune démontre que sans une refonte radicale des circuits décisionnels, la transition numérique et l’intégration de l’Intelligence artificielle (IA) resteront de pieux mirages.</p>



<h2 class="wp-block-heading">My TT : le naufrage d’une souveraineté de façade</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le piratage récent de l’application My TT de l’opérateur historique a agi comme un violent électrochoc dans le paysage numérique tunisien. Le détournement des notifications push pour diffuser massivement un message politique contre le régime en place, couplé aux versions contradictoires d’une communication institutionnelle oscillant lamentablement entre <em>«opération de maintenance»</em> et aveu tardif de cyberattaque, met à nu les angles morts de la gouvernance de nos grandes structures publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cet épisode critique prouve qu’une souveraineté de façade ne suffit plus : lancer des projets ambitieux sur le papier sans une maîtrise absolue des infrastructures sous-jacentes, des protocoles de sécurité stricts et d’une ligne hiérarchique claire nous expose à des humiliations technologiques majeures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Être souverain en 2026, ce n’est pas multiplier les effets d’annonce ou aligner les slogans à la mode ; c’est piloter avec une rigueur de fer les architectures et la donnée qui dictent notre productivité nationale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce décalage flagrant entre l’affichage moderniste de l’État et la réalité opérationnelle du terrain n’est pas une exception. Il s’agit de la manifestation visible d’une même matrice de blocage qui paralyse le cœur financier de notre économie : le secteur bancaire public, totalement pris au piège du <em>«triangle interdit»</em>.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="86EWX7wndB"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/25/quand-tunisie-telecom-se-laisse-pirater/">Quand Tunisie Telecom se laisse pirater&#8230;  </a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Quand Tunisie Telecom se laisse pirater…   » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/25/quand-tunisie-telecom-se-laisse-pirater/embed/#?secret=SNi80KQE0e#?secret=86EWX7wndB" data-secret="86EWX7wndB" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Anatomie du «triangle interdit» ou la culture du parapluie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le Plan de développement 2026-2030 dessine les contours d’une Tunisie tournée vers l’économie du savoir et une souveraineté numérique affirmée. Pourtant, sur le terrain, l’exécution de cette stratégie demeure prisonnière d’un conflit d’intérêts institutionnels que l’on doit nommer le <em>«triangle interdit»</em>.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au cœur de nos institutions financières publiques s’affrontent trois forces divergentes :</p>



<p class="wp-block-paragraph">1. la logique managériale portée par l’impératif théorique de rentabilité, d’agilité et de réactivité pour répondre aux besoins urgents des PME&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">2. la logique administrative garante d’une conformité réglementaire pointilleuse et de procédures étatiques rigides, qui s’enferme trop souvent dans la protection absolue du cadre contre le risque juridique&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">3. la logique sociale et représentative axée sur la préservation des acquis et l’égalitarisme rigide&nbsp;; elle est portée en interne par une représentation syndicale puissante, historiquement ancrée dans la cogestion et la défense du statu quo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tout comme dans l’incident de My TT, où les flottements hiérarchiques et la dilution des responsabilités ont rendu la gestion de crise illisible, l’absence d’une matrice d’arbitrage claire entre ces trois pôles paralyse chaque décision au sein des banques publiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En l’absence de règles du jeu explicites, la gouvernance stratégique abdique face aux corporatismes. Le résultat est une dilution systématique de la responsabilité au centre du triangle, sacrifiant l’efficacité économique sur l’autel d’un <em>«consensus acceptable par tous»</em> — comprenez : un consensus dicté par la peur du conflit avec les partenaires sociaux et la hantise du risque réglementaire. Cette dynamique engendre une médiocrité institutionnalisée où la culture du parapluie et la paix sociale à court terme l’emportent systématiquement sur la performance technologique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le coût de l’immobilisme : du turnover au mirage de l’IA</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ce dysfonctionnement systémique engendre une hémorragie silencieuse de nos forces vives. Face à une culture managériale qui étouffe l’initiative, refuse de mesurer sa propre efficacité et privilégie l’ancienneté au détriment de la compétence, les cadres à haut potentiel — spécialistes de la donnée, experts en cybersécurité, analystes risques — refusent de servir de variables d’ajustement. Ils <em>«votent avec leurs pieds»</em> et fuient massivement vers le privé ou l’étranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plus grave encore, le syndrome My TT guette notre transition promise vers l’IA.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intégrer l’IA dans le back-office bancaire public n’est pas un défi technique, c’est un acte de souveraineté décisionnelle pour automatiser les processus et traquer l’évasion fiscale. Or, comment entraîner des modèles prédictifs fiables quand les circuits décisionnels et les bases de données d’une organisation sont fragmentés, opaques ou soumis à des arbitrages et veto constants de la représentation interne ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans une clarification radicale de notre gouvernance, l’IA ne sera qu’un gadget coûteux, un vernis technologique de plus sur des structures obsolètes. Installer un système d’information de pointe dans une organisation sans en réformer les circuits décisionnels revient simplement à numériser le dysfonctionnement. Nos institutions financières publiques ne peuvent plus se contenter d’être de simples locataires passifs de solutions technologiques étrangères dont elles ne maîtrisent pas les clés.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="lBLRsDH1NF"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/23/tunisie-le-numerique-ultime-frontiere-de-la-souverainete/">Tunisie | Le numérique, ultime frontière de la souveraineté</a></blockquote><iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Le numérique, ultime frontière de la souveraineté » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/23/tunisie-le-numerique-ultime-frontiere-de-la-souverainete/embed/#?secret=2IhYbEeWvt#?secret=lBLRsDH1NF" data-secret="lBLRsDH1NF" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Fin de la diplomatie interne : place à la clarification</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour que l’horizon 2030-2035 ne soit pas le récit d’une énième occasion manquée, nous devons urgemment passer de la diplomatie interne et du pacte de non-agression syndical à une véritable souveraineté d’exécution articulée autour de trois piliers de rupture :</p>



<p class="wp-block-paragraph">1. la délimitation explicite des compétences par l’imposition d’une matrice de responsabilités (Raci) claire et opposable pour définir sans ambiguïté <em>«qui décide quoi»</em> et dans quels délais, en sortant définitivement les prérogatives managériales des zones de cogestion informelle&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">2. la traçabilité impérative des arbitrages par la documentation systématique des critères techniques et économiques guidant les choix des comités pour éliminer l’opacité et les pressions d’intérêt particulier&nbsp;;</p>



<p class="wp-block-paragraph">3. l’opposabilité réelle des procédures par la protection juridique du décideur qui respecte les règles établies, afin de restaurer la capacité d’agir, d’innover et de trancher face aux blocages.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un pays ne se développe pas avec des intentions, mais avec des institutions capables de les exécuter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’affaire My TT a sonné l’avertissement. Sans un bris radical des chaînes du <em>«triangle interdit»</em> au sein de nos banques publiques, les ambitions de la Tunisie pour 2030 resteront un vœu pieux. On ne réforme pas une économie en ménageant les conservatismes administratifs ou syndicaux, on la sauve en imposant la clarté.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ingénieur informatique, cadre d’une banque publique.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>NDLR</em></strong> : <em>Les analyses et opinions exprimées dans cette tribune n’engagent que leur auteur et ne sauraient en aucun cas refléter la position officielle d’une autorité publique ou d’une institution privée.</em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="nguD6Amf2p"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/21/tunisie-vers-une-independance-technologique-et-economique/">Tunisie | Vers une indépendance technologique et économique</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Vers une indépendance technologique et économique » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/03/21/tunisie-vers-une-independance-technologique-et-economique/embed/#?secret=iy539jg69X#?secret=nguD6Amf2p" data-secret="nguD6Amf2p" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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			</item>
		<item>
		<title>Les véritables raisons de l’«addiction» des Tunisiens au cash</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/30/les-veritables-raisons-de-laddiction-des-tunisiens-au-cash/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 May 2026 07:20:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
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		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[monnaie fiduciaire]]></category>
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					<description><![CDATA[<p> Trop de cash en circulation en Tunisie. Est-ce vraiment la faute du citoyen qui préfère les billets froissés au virement électronique ? </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/30/les-veritables-raisons-de-laddiction-des-tunisiens-au-cash/">Les véritables raisons de l’«addiction» des Tunisiens au cash</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>29,7 milliards de dinars de <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/25/tunisie-nouveau-record-de-cash-en-circulation/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">monnaie en circulation</a>. Le chiffre tombe comme une sentence et, aussitôt, la presse financière tunisienne sort la même rengaine : trop de cash, culture du liquide, faiblesse de la digitalisation, Aïd Al-Adha oblige. Le diagnostic est propre, le coupable désigné : le citoyen tunisien, ce primitif monétaire qui préfère les billets froissés au virement électronique. Circulez, il n’y a rien à voir du côté des banques. </em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Moktar Lamari</strong>, Ph.D.</p>



<span id="more-18834599"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Sauf qu’il y a tout à voir. Et le rapport BMI/Fitch Solutions sur le secteur des télécommunications tunisiens (avril 2026), croisé avec les données de la Banque centrale de Tunisie (BCT) et les statistiques d’inclusion financière, permet de crever l’abcès avec une précision chirurgicale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Erreur n°1 : Confondre cause et symptôme — la digitalisation n’est pas le problème</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les médias évoquent pour expliquer la préférence au cash, et accusant <em>«le retard des efforts de digitalisation des paiements»</em> et <em>«le août développement du mobile banking»</em> comme si le problème était un retard technologique à combler. Erreur de diagnostic fondamentale. On ne peut pas digitaliser l’argent de quelqu’un qui n’a pas de compte bancaire. Or 66 % des adultes tunisiens — soit environ 8 millions de personnes — sont non-bancables. Pas par goût du billet craquant. Parce que les banques tunisiennes les ont jugés insolvables, non-bancables, indignes du moindre RIB.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ces exclus du système bancaire formel sont majoritairement des femmes — surreprésentées parmi les travailleurs informels, les micro-entrepreneures sans statut, les agricultrices sans titre foncier — et des ruraux, dont les exploitations agricoles et les activités de subsistance ne rentrent dans aucune grille d’évaluation des risques conçue par un banquier de La Marsa. Pour eux, le cash n’est pas une préférence culturelle : c’est la seule monnaie légale accessible. Leur reprocher de <em>«rouler au cash»</em> revient à reprocher à un piéton de ne pas prendre l’autoroute.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="662qdAlEzQ"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/12/cash-en-tunisie-et-si-le-probleme-etait-la-banque/">Cash en Tunisie | Et si le problème était la banque ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Cash en Tunisie | Et si le problème était la banque ? » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/12/cash-en-tunisie-et-si-le-probleme-etait-la-banque/embed/#?secret=XD7KLRb70b#?secret=662qdAlEzQ" data-secret="662qdAlEzQ" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Erreur n°2 : Absoudre les banquiers de toute responsabilité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">La presse du sérail parle de <em>«pression sur la BCT»</em> comme si la banque centrale était une victime passive de comportements populaires irrationnels. Elle omet soigneusement de mentionner que les banques tunisiennes elles-mêmes entretiennent activement la culture du cash — non par archaïsme, mais par intérêt bien calculé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Première preuve </em>: les banques tunisiennes refusent couramment les chèques. Le chèque, instrument de paiement scriptural par excellence, est traité avec méfiance par des établissements qui préfèrent détenir du cash sonnant, des devises étrangères — le nerf de la guerre depuis la crise de change de 2022-2023 — et des actifs liquides comme gages de solidité bilancielle. La BCT elle-même documente l’explosion des avoirs en devises des ménages et des entreprises : les banques instrumentalisent cette thésaurisation en devises comme indicateur de performance. Autrement dit, elles encouragent subrepticement la sortie des dinars du circuit formel tout en pleurant sur le taux de bancarisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Deuxième preuve</em> : le coût prohibitif des transactions bancaires. Facturer jusqu’à 7 % sur certaines opérations de virement ou de transfert — comme le dénonce un nombre croissant d’utilisateurs et comme le confirment des relevés de tarification publiés par plusieurs établissements — tout en rationnant les services associés (délais, plafonds, interfaces défaillantes), c’est organiser soi-même la désaffection des clients. Quand le service coûte cher et fonctionne mal, les gens retirent du cash. C’est de la microéconomie élémentaire, pas de l’anthropologie culturelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Erreur n°3 : Ignorer l’effet inflationniste sur les volumes nominaux</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Les médias ignorent <em>«la hausse continue des prix à la consommation»</em> mais la mentionne comme un facteur secondaire, presque anecdotique. C’est pourtant le facteur arithmétique central. Quand l’inflation cumule plusieurs points sur douze mois, la même quantité de transactions réelles exige mécaniquement plus de billets. Une progression de 5,7 milliards de dinars de la masse fiduciaire d’une année sur l’autre doit d’abord être corrigée de l’effet-prix avant d’être interprétée comme une fuite vers le liquide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les journalistes comparent des chiffres nominaux sans déflater. Résultat : on grossit artificiellement le <em>«problème comportemental»</em> tout en minimisant la responsabilité de la politique monétaire accommodante de la BCT, qui a injecté massivement pour financer un déficit budgétaire chronique.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Erreur n°4 : Exonérer l’État de son propre rôle dans l’informalité</strong></p>



<p class="wp-block-paragraph">Le secteur informel représente entre 38 % et 42 % du PIB tunisien selon les estimations récentes — dont une étude publiée dans l’African Development Review (Jerbi, Schneider &amp; Abdennour, 2026) qui en cartographie la géographie et les dynamiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce secteur informel ne paie pas de TVA, ne déclare pas ses salaires, et ne peut donc pas fonctionner autrement qu’en cash. Or, qui entretient ce secteur informel ? L’État lui-même, qui tolère et parfois subventionne indirectement des activités non-déclarées pour maintenir la paix sociale dans des régions abandonnées par l’investissement public.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tant que l’État ne formalise pas — par une fiscalité proportionnelle, un statut de micro-entrepreneur accessible, une couverture sociale universelle — le cash restera le lubrifiant naturel d’une économie à deux vitesses.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="nyFp1sJi70"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/">Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Ce jeu de cash-cache qui étiole l’économie tunisienne » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/11/ce-jeu-de-cash-cache-qui-etiole-leconomie-tunisienne/embed/#?secret=76wcO9ZCcr#?secret=nyFp1sJi70" data-secret="nyFp1sJi70" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le cash est un miroir, pas une maladie</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les 29,7 milliards de dinars de monnaie en circulation sont moins le reflet d’un retard culturel que d’un système à trois défaillances imbriquées : une exclusion bancaire massive et délibérée, une défiance institutionnelle nourrie par des années de mauvaise gouvernance financière, et un État qui sous-traite à l’informel sa politique sociale. Vouloir <em>«réintégrer ces flux dans le circuit formel»</em> — comme le préconise mollement les économistes du sérail — sans s’attaquer à ces trois ressorts structurels, c’est vouloir assécher une inondation (un tsunami) avec une éponge.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le vrai record historique, ce n’est pas les 29,7 milliards de dinars fiduciaires. C’est la persistance d’un discours économique qui, depuis quinze ans, diagnostique les effets sans jamais nommer les causes. Par incompétence, ou pas complaisance, va savoir…</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Economiste universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Blog de l’auteur</em></strong> : <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>.</p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/30/les-veritables-raisons-de-laddiction-des-tunisiens-au-cash/">Les véritables raisons de l’«addiction» des Tunisiens au cash</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Nouveau choc mondial &#124; Argent rare pour les pays en développement</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2026 09:26:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
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		<category><![CDATA[Yahya Ould Amar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Nous vivons dans un monde où le capital devient plus rare, plus cher et plus capté par les priorités du Nord aux dépens des pays en développement. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/29/nouveau-choc-mondial-argent-rare-pour-les-pays-en-developpement/">Nouveau choc mondial | Argent rare pour les pays en développement</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Depuis plusieurs mois, un signal majeur traverse le marché obligataire américain — c’est-à-dire le marché de la dette des États-Unis — sans être encore pleinement déchiffré par les capitales du Sud global. Elles auraient pourtant tort de le considérer comme une affaire lointaine de banquiers centraux, de traders ou d’économistes spécialisés. Ce signal engage leur avenir financier plus directement, et plus durablement, que celui des États-Unis eux-mêmes.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Yahya Ould Amar </strong>*</p>



<span id="more-18831054"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2021/02/Ould-Amar-Yahya.jpg" alt="" class="wp-image-335526"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce signal, il faut accepter d’entrer dans le langage technique des marchés parce que c’est précisément dans ces indicateurs, souvent réservés aux salles de marché, que se lit désormais la géopolitique réelle du développement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe d’abord une courbe des taux classique, qui indique le coût de l’argent selon la durée de l’emprunt — deux ans, cinq ans, dix ans ou plus. Mais les marchés construisent aussi une courbe des taux <em>«forward»</em>, qui exprime non pas seulement les taux d’aujourd’hui, mais les taux implicites attendus pour des périodes futures.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux réel forward à <em>«dix ans dans dix ans»</em> des bons du Trésor américain correspond ainsi au taux d’intérêt réel que les marchés anticipent pour un prêt de dix ans commençant dans dix ans. Parce qu’il regarde au-delà des turbulences immédiates ou passagères, il est souvent lu comme un indicateur du niveau auquel les taux réels de long terme pourraient durablement se stabiliser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Or ce taux réel vient d’atteindre son plus haut niveau depuis plus de vingt ans. Cela signifie que le mouvement actuel ne peut être réduit au choc pétrolier provoqué par la fermeture du détroit d’Ormuz, puisque l’effet de l’inflation est corrigé – le signal est plus profond. Il révèle une transformation structurelle du prix mondial du capital, dans un monde où les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique, tandis que l’épargne disponible demeure limitée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour le Sud global, l’enjeu est immense, car il risque de payer, par un argent plus rare et plus cher, la nouvelle puissance productive du Nord.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La grande ruée vers le capital</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour saisir l’ampleur de ce qui se joue, il faut d’abord comprendre ce que les économistes appellent le taux d’intérêt réel neutre. Ce concept désigne le taux d’intérêt réel compatible avec une économie à son plein potentiel, sans surchauffe ni récession. C’est, en quelque sorte, le taux d’équilibre naturel du capital, ni trop cher pour décourager l’investissement, ni trop bas pour alimenter une bulle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant trente ans — des années 1990 jusqu’à la pandémie — ce taux neutre mondial a chuté inexorablement. Les banquiers centraux, les fonds de pension et les trésoriers d’État du monde entier s’y sont adaptés, construisant leurs modèles budgétaires, leurs stratégies de dette et leurs projets d’investissement dans un monde structurellement à taux bas. Ce monde est terminé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux réel forward à dix ans dans dix ans des bonds du Trésor constitue la meilleure approximation en temps réel, du taux d’intérêt réel neutre de long terme que les marchés anticipent. Quand il monte fortement — comme c’est le cas aujourd’hui — cela signifie que les investisseurs collectivement jugent que le taux neutre mondial s’est durablement réinstallé à un niveau structurellement plus élevé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est donc important de comprendre, pourquoi les forces profondes qui déterminent le coût à long terme du capital dans le monde ont changé de régime — et qui paiera le prix de ce changement&nbsp;?</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="MnZWN7YdOT"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/01/choc-petrolier-quelle-reponse-des-pays-du-sud-global/">Choc pétrolier | Quelle réponse des pays du Sud Global ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Choc pétrolier | Quelle réponse des pays du Sud Global ? » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/04/01/choc-petrolier-quelle-reponse-des-pays-du-sud-global/embed/#?secret=kMkfn1Ll33#?secret=MnZWN7YdOT" data-secret="MnZWN7YdOT" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Quand le Nord aspire l’épargne du monde</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La réponse tient à une réalité simple que les grandes puissances financent simultanément leur réindustrialisation, leur réarmement, leur transition énergétique et leur révolution technologique. Toutes ces priorités consomment l’épargne mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aux États-Unis, les grands plans industriels, les dépenses de défense et les investissements massifs dans l’intelligence artificielle (IA) mobilisent des centaines de milliards de dollars. En Europe, la guerre en Ukraine a réveillé l’urgence énergétique et militaire. Partout, le rapatriement des chaînes de valeur — relocalisation industrielle de capacités autrefois transférées vers l’Asie — exige de reconstruire usines, infrastructures et compétences.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le choc de demande de capital est donc immense. Mais il est capté d’abord par les économies qui attirent déjà l’essentiel de l’épargne institutionnelle mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sud global entre dans cette compétition avec des monnaies plus fragiles, des marchés financiers moins profonds, des notations d’agences dégradées et des primes de risque plus lourdes. Il emprunte plus cher au moment même où le Nord aspire davantage de capital.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quand la demande de capital augmente plus vite que l’épargne disponible, son prix monte. Ce prix, c’est le taux d’intérêt réel. Et pour les pays en développement, cette hausse survient au pire moment, lorsqu’ils doivent financer à la fois leur industrialisation, leur transition énergétique et leur souveraineté économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le taux neutre, révélateur d’une fracture de croissance potentielle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La hausse du taux réel neutre révèle une fracture plus durable, celle de la croissance potentielle. Ce taux est lié à la capacité d’une économie à croître durablement sans inflation, grâce à sa démographie, son capital et sa productivité. Lorsqu’il augmente, les marchés anticipent donc, implicitement, une économie plus productive demain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est là que l’IA change l’équation. Si elle produit ne serait-ce qu’une partie des gains annoncés, les pays qui en maîtrisent les infrastructures — puissance de calcul, semi-conducteurs, modèles de fondation, données, applications industrielles — verront leur croissance potentielle s’élever.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le problème est géographique. L’essentiel des investissements de l’IA se concentre aux États-Unis, en Chine et dans quelques économies avancées. L’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique latine risquent fortement de rester à la périphérie – non productrices de cette révolution, mais clientes de technologies conçues ailleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sud global pourrait ainsi subir la hausse du coût mondial du capital sans bénéficier des gains de productivité qui la justifient. Il achèterait l’IA des autres, en paierait le prix financier, mais n’en capterait pas les dividendes.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="2iEiTFLYzM"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/xxi%e1%b5%89-siecle-ce-que-nous-avons-appris-et-ce-qui-sannonce/">XXIᵉ siècle | Ce que nous avons appris, et ce qui s’annonce</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« XXIᵉ siècle | Ce que nous avons appris, et ce qui s’annonce » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/12/18/xxi%e1%b5%89-siecle-ce-que-nous-avons-appris-et-ce-qui-sannonce/embed/#?secret=21KZ5JZLn9#?secret=2iEiTFLYzM" data-secret="2iEiTFLYzM" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<h2 class="wp-block-heading">Quand la dette devient une mécanique de dépendance</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La soutenabilité budgétaire obéit à une règle simple, formulée par Evsey Domar qui indique que lorsque le taux d’intérêt réel payé sur la dette publique dépasse durablement le taux de croissance réelle de l’économie, le ratio dette/PIB augmente mécaniquement, sauf à dégager des excédents budgétaires politiquement difficiles à maintenir (fiscalité…).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette contrainte pèse déjà sur les États-Unis eux-mêmes. Un taux réel forward à dix ans dans dix ans de trois et demi pour cent est difficilement compatible avec une économie dont la croissance réelle de long terme est estimée autour de deux et demi pour cent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est précisément pour cette raison que les marchés commencent à émettre des signaux sur la solvabilité américaine — dont le plus troublant est que les obligations souveraines chinoises libellées en dollars se négocient désormais quarante points de base <em>en dessous</em> des bons du Trésor américain de maturité comparable. Le marché dollar lui-même juge implicitement la Chine plus solvable que les États-Unis dans leur propre monnaie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais pour le Sud global, l’équation est autrement plus insupportable. Une économie africaine qui croit à un taux réel de 4 %, mais empruntant en dollars à 6 ou 8 % en termes réels, voit sa dette diverger par simple mécanique financière. Ce n’est pas nécessairement une faute de gestion, c’est l’arithmétique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La contradiction fondamentale du financement climatique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ici réside une hypocrisie structurelle que la diplomatie internationale préfère ne pas formuler trop clairement, mais qui devient chaque année plus intenable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les engagements de financement climatique du G7 — cent milliards de dollars par an dans un premier temps, trois cents milliards dans les engagements plus récents — ont été conçus dans un monde à taux zéro ou négatifs, où les institutions multilatérales pouvaient lever des fonds à très faible coût et les recycler en financements concessionnels (<em>prêts à taux inférieurs aux taux de marché</em>). Ce monde n&rsquo;existe plus. Les institutions de Bretton Woods — FMI, Banque mondiale et banques régionales de développement — opèrent sur des bilans et des mandats conçus dans l’ère de l’abondance monétaire post-2008. Leur capacité de prêt concessionnel est structurellement insuffisante face à l’ampleur des besoins dans un environnement de taux réels durablement élevés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La transition énergétique que les pays du G7 demandent au Sud global — abandonner les énergies fossiles, sauter directement vers les renouvelables, atteindre la neutralité carbone selon des calendriers négociés dans des salles climatisées de Paris, Londres ou New York — coûtera, selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 2000 milliards de dollars par an dans les économies en développement d’ici 2030. À un taux réel de financement de six à huit pour cent, le coût actualisé de cet effort devient mathématiquement insoutenable pour la majorité des budgets souverains concernés.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, le capital privé institutionnel — fonds de pension, compagnies d’assurance, véhicules d’infrastructure — qui était censé être mobilisé par effet de levier observe que le taux réel sans risque de référence américain est à trois et demi pour cent. Pour qu’il investisse dans une centrale solaire au Sahel, avec son risque de change (<em>la perte potentielle liée aux fluctuations de la monnaie locale face au dollar</em>), son risque politique, ses incertitudes réglementaires et son risque de construction, il faudra lui offrir un rendement ajusté du risque significativement supérieur. Ce rendement implique des tarifs d’électricité que les économies concernées ne peuvent pas absorber. Le bouclage financier est brisé — structurellement, pas accidentellement.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La géographie du taux neutre comme nouvelle carte de la vulnérabilité</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut insister sur un point que les économistes des institutions internationales tendent à oublier, le taux neutre mondial n’est pas une réalité unique que tous les pays subissent également.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le taux réel américain est le plancher implicite du système. Au-dessus, les marchés empilent des primes de risque (<em>des majorations de taux exigées pour compenser le risque supplémentaire perçu</em>) qui varient selon la solidité institutionnelle, la profondeur des marchés locaux, la liquidité des actifs, la crédibilité de la politique monétaire et la dynamique de la dette.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce que la hausse actuelle du taux neutre américain fait, concrètement, c’est déplacer vers le haut toute cette architecture de primes. Un pays qui empruntait à quatre pour cent en réel emprunte désormais à six pour cent en réel, voire plus. La différence, sur un horizon de dix à vingt ans, est la différence entre une trajectoire de développement soutenable et une décennie perdue consacrée à rembourser — ou à renégocier — une dette excessive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sont, ironiquement, les pays qui ont le mieux géré leur politique économique — ceux qui ont accédé aux marchés internationaux, réduit leur dépendance aux dons et aux prêts bilatéraux, développé leurs marchés obligataires domestiques — qui sont les plus directement exposés à cette transmission. Ils avaient joué selon les règles du système libéral. Le système vient de changer les règles.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="jHa8u5CfAk"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/23/le-divorce-nord-sud-la-fracture-du-siecle/">Le divorce Nord-Sud | La fracture du siècle ?</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le divorce Nord-Sud | La fracture du siècle ? » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2025/07/23/le-divorce-nord-sud-la-fracture-du-siecle/embed/#?secret=2WeqA2PJ3P#?secret=jHa8u5CfAk" data-secret="jHa8u5CfAk" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Quatre réponses pour ne pas subir le nouvel ordre du capital</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Face à cette nouvelle géographie du capital, le Sud global ne peut se contenter de demander de meilleures conditions. Il doit imposer une autre architecture financière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le premier impératif est d’exiger une recapitalisation massive des banques multilatérales de développement, assortie d’une réforme réelle de leur gouvernance. Le G7 ne peut mobiliser des milliers de milliards pour sa réindustrialisation et son réarmement tout en laissant sous-financées les institutions censées porter le développement, ni conserver des droits de vote hérités d’un ordre conçu avant la décolonisation d’une grande partie du Sud global.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le second est une indexation rigoureuse et contraignante des conditionnalités climatiques imposées au Sud global sur la réalité des conditions de financement. L’injonction d’abandonner le charbon d’ici 2030 formulée dans un monde à taux zéro n’a plus le même sens dans un monde à taux réel de plus de six pour cent. Les délais, les montants et les instruments doivent être recalibrés en conséquence — pas dans les discours, dans les engagements contractuels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le troisième, relève de la souveraineté économique des pays concernés eux-mêmes. Le développement systématique des marchés obligataires en monnaie locale (<em>permettant à un État d’emprunter auprès d’investisseurs dans sa propre devise, éliminant le risque de change</em>), la réduction de l’exposition au financement externe en dollars, la construction de partenariats financiers diversifiés — incluant, avec discernement, les nouvelles institutions multilatérales non occidentales — ne sont plus des options idéologiques. Elles sont des nécessités prudentielles dans un monde où le coût de financement de référence vient d’être durablement réévalué à la hausse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le quatrième impératif est de distinguer radicalement la dette qui entretient la dépendance de la dette qui construit la puissance. Dans un monde de taux réels élevés, chaque dollar emprunté doit être orienté vers des actifs capables d’accroître la productivité future : énergie, ports, logistique, irrigation, éducation technique, infrastructures numériques&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, le Sud global doit comprendre que la hausse des taux réels américains n’est pas un simple accident de marché, c’est le signal d’un monde où le capital devient plus rare, plus cher et plus capté par les priorités du Nord — réindustrialisation, défense, IA, transition énergétique. Si rien ne change, les pays du Sud financeront indirectement la puissance des autres tout en voyant se refermer l’espace financier nécessaire à leur propre développement. La souveraineté économique se jouera dans la capacité à accéder à un capital long, stable et soutenable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le Sud global doit dès lors cesser de subir le prix mondial de l’argent, il lui faut réformer l’ordre financier multilatéral, bâtir ses propres marchés de capitaux et refuser que l’accès au capital devienne le nouveau visage de l’inégalité mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Economiste, banquier et financier. </em><em></em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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			</item>
		<item>
		<title>La nationalité tunisienne n’est pas accordée à un enfant étranger du fait de sa naissance en Tunisie</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 28 May 2026 12:18:32 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Code de la nationalité]]></category>
		<category><![CDATA[enfant étranger]]></category>
		<category><![CDATA[état civil]]></category>
		<category><![CDATA[Nafaâ Laâribi]]></category>
		<category><![CDATA[nationalité tunisienne]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A propos de la polémique sur les enfants nés en Tunisie de parents subsahariens et leur prétendu droit à la nationalité tunisienne.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/28/la-nationalite-tunisienne-nest-pas-accordee-a-un-enfant-etranger-du-fait-de-sa-naissance-en-tunisie/">La nationalité tunisienne n’est pas accordée à un enfant étranger du fait de sa naissance en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Dans sa publication Facebook que nous traduisons ici de l’arabe, l’auteur, avocat de son état, aborde le débat actuel concernant le nombre élevé de naissances en Tunisie d’enfants de migrants illégaux et leur prétendu droit, du fait de leur naissance en Tunisie, à la nationalité tunisienne.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Nafaâ Laâribi</strong> *</p>



<span id="more-18826947"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Nafaa-Laaribi.jpg" alt="" class="wp-image-18826952" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Nafaa-Laaribi.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Nafaa-Laaribi-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/05/Nafaa-Laaribi-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Face à la polémique actuelle concernant le taux de natalité élevé en Tunisie chez les enfants de migrants illégaux, j’estime qu’il est de mon devoir, en tant que juriste, de rappeler certains faits juridiques relatifs à une question qui a manifestement suscité un vif intérêt sur les réseaux sociaux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, il est devenu très facile de propager l’ignorance et la désinformation depuis son smartphone et de diffuser des avis juridiques sur des points mineurs sans même lire un seul texte… Que Dieu nous guide et nous éclaire&nbsp;!</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’état civil est une chose et la nationalité en est une autre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Mesdames et Messieurs, soyons clairs&nbsp;: le droit tunisien ne repose pas sur le principe <em>«quiconque né en Tunisie est Tunisien»</em>. Absolument pas&nbsp;! Naître en Tunisie ne suffit pas. L’enregistrement à l’état civil est une chose, la nationalité en est une autre… Ce sont deux textes juridiques distincts par leur objet, leur contenu et leur contexte&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’enregistrement des naissances est une procédure légale et administrative qui atteste qu’un enfant est né à une date et un lieu précis. C’est une obligation pour tout nouveau-né, quelle que soit la nationalité de ses parents.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, la nationalité tunisienne n’est pas accordée du seul fait qu’un enfant soit né dans un hôpital tunisien ou enregistré dans une commune tunisienne.<br>Le Code de la nationalité tunisienne définit précisément cette question, et on peut la résumer en trois points.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premièrement&nbsp;: un enfant est Tunisien s’il est né d’un père Tunisien ou d’une mère Tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici, le critère est la filiation, et non le lieu de naissance. Cela signifie qu’un enfant est tunisien même s’il est né hors de Tunisie, dès lors que l’un de ses parents est tunisien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxièmement&nbsp;: un enfant est Tunisien s’il est né en Tunisie et si son père et son grand-père paternel y sont également nés. Il ne s’agit pas d’une règle générale, mais d’une condition spécifique et restrictive&nbsp;: l’enfant doit être né en Tunisie, le père doit être né en Tunisie et le grand-père paternel doit également être né en Tunisie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisièmement&nbsp;: un enfant est Tunisien s’il est né en Tunisie de parents apatrides, à condition que les deux parents aient résidé en Tunisie pendant au moins cinq ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est important de préciser ici que le terme <em>«apatride»</em> ne signifie pas <em>«étranger»</em> ou <em>«migrant en situation irrégulière»</em>, mais désigne une personne qui ne possède la nationalité d’aucun pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’aimerais développer ce point&nbsp;: depuis son adhésion aux Nations Unies, la Tunisie a pris des engagements internationaux, notamment celui de réduire le nombre d’apatrides. Les apatrides appartiennent à des groupes ethniques, tribaux et claniques présents partout dans le monde, y compris en Afrique. Cela s’explique par le fait qu&rsquo;il s’agit de groupes ethniques nomades aux frontières terrestres limitées. Un exemple frappant est celui des Touaregs. Présents en Libye, au Niger, au Mali et en Algérie, ils ont acquis la nationalité de ces pays malgré leur mode de vie nomade, ce qui atténue les problèmes liés à l’apatridie. Je ferme ici la parenthèse&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatrièmement : un enfant né en Tunisie de parents inconnus est considéré comme Tunisien. Mais il s’agit là d’une mesure visant à protéger les enfants de filiation inconnue et non d’une autorisation automatique d’octroyer la nationalité à tout enfant né sur le territoire tunisien (voir également les engagements de l’État tunisien en matière de protection des droits de l’enfant).</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinquièmement : un enfant trouvé en Tunisie est présumé y être né jusqu’à preuve du contraire. Il s’agit également là d’une mesure légale visant à protéger l’enfant, et non d’une règle arbitraire d’attribution de la nationalité.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un enfant né en Tunisie de parents étrangers n’acquiert pas automatiquement la nationalité tunisienne</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Toutefois, un enfant né en Tunisie de parents étrangers connus et possédant la nationalité d’un autre pays n’acquiert pas automatiquement la nationalité tunisienne lors de son enregistrement à la naissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour ceux qui sont encore perplexes, la conclusion est simple&nbsp;: un acte de naissance atteste la naissance… la nationalité est déterminée par la loi. Lorsque l’État enregistre la naissance d’un enfant étranger, il ne lui <em>«octroie»</em> pas la citoyenneté, mais remplit une obligation administrative, légale et humanitaire, au même titre qu’un décès, un mariage ou tout autre changement d’état civil.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Par conséquent, avant de crier au scandale, consultons d’abord la loi. C’est la loi, et non Facebook, qui définit qui est Tunisien&nbsp;et qui ne l’est pas !</p>



<p class="has-text-align-right wp-block-paragraph"><em>Traduit de l&rsquo;arabe. </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Avocat.</em></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/28/la-nationalite-tunisienne-nest-pas-accordee-a-un-enfant-etranger-du-fait-de-sa-naissance-en-tunisie/">La nationalité tunisienne n’est pas accordée à un enfant étranger du fait de sa naissance en Tunisie</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Terres en friche &#124; Le rendez-vous manqué du foncier tunisien</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 08:22:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Bourguiba]]></category>
		<category><![CDATA[bureaucratie]]></category>
		<category><![CDATA[Djemaïa des Habous]]></category>
		<category><![CDATA[Domaines de l’Etat]]></category>
		<category><![CDATA[mainmorte]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Des millions d’hectares de terres sont inexploitées pendant que la Tunisie importe des céréales et que ses jeunes partent en mer.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/26/terres-en-friche-le-rendez-vous-manque-du-foncier-tunisien/">Terres en friche | Le rendez-vous manqué du foncier tunisien</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Il y a soixante-dix ans, presque jour pour jour, la Tunisie indépendante faisait ce que beaucoup de nations n’osent pas : elle s’attaquait à la terre. Pas avec une pioche, mais avec un décret. Le 31 mai 1956, à peine deux mois après l’indépendance, Bourguiba et ses juristes liquidaient la Djemaïa des Habous. Un an plus tard, le décret du 18 juillet 1957 abolissait définitivement les habous privés et mixtes. Environ un million d’hectares fut ainsi remis dans le circuit économique.</em></strong><strong><em></em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Moktar Lamari, Ph.D</strong></p>



<span id="more-18818357"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Grande ambition. Beau geste. Et pourtant, soixante-dix ans après, une large partie de la terre tunisienne reste figée, stérile, et invisible aux yeux des marchés. La terre promise n’a pas tenu toutes ses promesses.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Terres collectives, terres en friche</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Pour comprendre ce paradoxe, il faut d’abord saisir ce qu’était le habous — ce système juridico-religieux par lequel une personne se dépouillait d’un bien foncier, le consacrait à perpétuité à une œuvre pieuse ou charitable, et le sortait irrémédiablement du marché. Baux perpétuels (l’<em>enzel</em>), locations à rente variable (le <em>kirdar</em>), terres figées dans une mainmorte séculaire — voilà le décor. Les habous représentaient plus du tiers des terres cultivables en Tunisie au moment de leur abolition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En langage économique contemporain, on appellerait cela un gigantesque problème d’allocation inefficiente des ressources, illustré par le théorème de Coase : quand les droits de propriété sont flous ou aliénés, les transactions mutuellement bénéfiques n’ont pas lieu, et la richesse collective en pâtit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réforme de 1956-1957 avait donc une logique imparable. Parmi les réformes visant à libérer les forces vives du pays et à booster l’économie figuraient en bonne place l’abolition du régime des terres habous, aux côtés du Code du statut personnel, de la création de la Banque centrale et du dinar tunisien.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="zjowIXf7ER"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/26/31-mai-1956-abolir-les-habous-pour-liberer-la-societe/">31 mai 1956 | Abolir les habous pour libérer la société</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« 31 mai 1956 | Abolir les habous pour libérer la société » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/26/31-mai-1956-abolir-les-habous-pour-liberer-la-societe/embed/#?secret=9GhoZjveNK#?secret=zjowIXf7ER" data-secret="zjowIXf7ER" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Les errements du juridisme a-économique</h2>



<p class="wp-block-paragraph">C’était un projet de modernisation global, cohérent, presque vertigineux. À juste titre, l’économiste Hernando de Soto aurait reconnu là les prémices de sa thèse centrale : transformer le capital mort en capital vif, donner un titre, une valeur marchande, une capacité de levier à des actifs qui dormaient dans le silence juridique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pourtant. L’État tunisien, en absorbant les terres habous dans son domaine, n’a pas seulement libéré la terre — il l’a changée de prison. D’une mainmorte religieuse, on est passé à une mainmorte étatique, bureaucratique, lente, et parfois corrompue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La superficie des terres agricoles en Tunisie est estimée à 10 millions d’hectares répartis entre propriété privée, terres domaniales (dites <em>amiri</em>) d’un demi-million d’hectares, et terres collectives tribales d’environ 3 millions d’hectares.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Terres dominicales, un crime d’État</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Au cours des deux dernières décennies, la mauvaise gestion des terres agricoles domaniales s’est aggravée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’État a cessé de vendre, a commencé à louer sans stratégie, et les terres les plus fertiles ont été confiées à des locataires dont la priorité était rarement l’investissement à long terme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais le vrai scandale économique — le serpent de mer du foncier tunisien — ce sont les terres collectives. Celles-ci constituaient un casse-tête chronique pour l’État jusqu’à ce qu’il décide de tenter d’y répondre par une loi d’août 2016 réglementant leur système primaire de gestion. Néanmoins, cette loi n’a pas abordé les questions en profondeur et n’a pas fourni de solutions claires dans les cas complexes.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="6mEpGMNEZq"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2016/10/14/terres-domaniales-et-revolution-verte-en-tunisie-2/">Terres domaniales et révolution verte en Tunisie</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Terres domaniales et révolution verte en Tunisie » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2016/10/14/terres-domaniales-et-revolution-verte-en-tunisie-2/embed/#?secret=k6lchnRgJ8#?secret=6mEpGMNEZq" data-secret="6mEpGMNEZq" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">3 millions d’hectares dans l’indivision</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Trois millions d’hectares, soit 30 % de l’ensemble du foncier agricole tunisien, restent dans l’indivision tribale, soumis à des droits collectifs flous, non immatriculés, non cessibles, non mobilisables comme garantie bancaire. Trois millions d’hectares qui baillent aux corneilles, pendant que la Tunisie importe des céréales et que ses jeunes partent en mer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En termes économiques, l’indivision est l’ennemi juré de l’investissement. Quand une parcelle appartient à une collectivité de cent héritiers disséminés entre Tunis, Paris et Montréal, nul ne peut décider d’y planter des oliviers, d’y forer un puits ou d’y construire un hangar agricole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est la tragédie des communs revisitée par Garrett Hardin, augmentée d’un contentieux successoral et d’une administration foncière sous-staffée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’insuffisance de la mise en valeur des exploitations due à l’existence de conflits inhérents à la copropriété et à l’indivision, et l’absence d’une législation permettant de préserver le capital foncier des unités de production et d’éviter le morcellement, constituent des facteurs de blocage du développement des exploitations.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une équation cruelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Morcellement + indivision + insécurité foncière = investissement nul.  L’équation est cruelle, mais elle est vraie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les chiffres donnent le vertige. Le secteur agricole contribue à hauteur de 9 % du PIB, représente 7,5 % du total des investissements, 8 % des importations et 9 % des exportations totales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour un pays disposant de 10 millions d’hectares de terres agricoles, c’est une performance anémique. Environ 75 % des terres agricoles exploitées ont une superficie inférieure à 10 hectares. Les petits agriculteurs constituent l’épine dorsale du secteur, mais sont les plus pauvres et les moins capables d’obtenir des fonds.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et pendant ce temps, la croissance tunisienne plafonne à 1,4 % en 2024, avec un chômage des jeunes de moins de 25 ans culminant à 40,5 % — des jeunes qui, pour beaucoup, vivent dans des régions rurales entourées de terres qui ne leur appartiennent pas, ne leur rapportent rien, et ne peuvent pas être mobilisées pour financer leur avenir.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La brèche et les incohérences</h2>



<p class="wp-block-paragraph">On dira que la réforme de 1956 fut une nécessité historique — et c’est vrai. En brisant la mainmorte religieuse, Bourguiba a ouvert une brèche dans une immobilité séculaire. Mais la brèche s’est refermée d’elle-même, faute d’avoir été prolongée par une politique foncière cohérente, courageuse et continue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Malgré les campagnes organisées pour encourager l’immatriculation, la moitié des terres seulement ont été immatriculées. L’État a été plutôt lent dans la privatisation des terres collectives. Soixante-dix ans de lenteur, c’est un luxe que la Tunisie ne peut plus se payer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Que faire ? Cinq chantiers s’imposent, sans délai.</p>



<p class="wp-block-paragraph">1- Premier chantier : accélérer l’apurement foncier. Environ 340 000 hectares à vocation arboricole n’ont pas encore été attribués à titre individuel, sans compter les terres pastorales collectives.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un programme national d’immatriculation accéléré, doté de moyens humains et budgétaires réels, doit être lancé — non pas comme vœu pieux dans un Plan d’Action Annuel, mais comme priorité de l’exécutif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">2- Deuxième chantier : créer un mécanisme de sortie d’indivision simplifié. Dans de nombreux pays méditerranéens, des procédures judiciaires ou administratives allégées permettent à une majorité qualifiée d’indivisaires de décider d’une mise en valeur ou d’une cession. La Tunisie a besoin d’un équivalent : pragmatique, encadré, respectueux des droits de chacun.</p>



<p class="wp-block-paragraph">3- Troisième chantier : permettre la mobilisation du foncier comme garantie bancaire. Une terre immatriculée mais non mobilisable est un capital mort de Soto : elle existe sur le papier, elle ne produit rien dans la réalité. Ouvrir l’accès au crédit agricole par une réforme des sûretés réelles foncières est une condition sine qua non de la modernisation agricole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">4- Quatrième chantier : redonner à la société civile et aux collectivités locales un rôle dans la gestion des terres collectives, en sortant de la logique purement centralisatrice héritée de 1956. Les conseils de gestion des terres collectives existent sur le papier ; il faut leur donner une autonomie réelle, des ressources, et une obligation de résultats.</p>



<p class="wp-block-paragraph">5- Cinquième chantier : lancer une fiscalité du foncier agricole non exploité. En France, en Espagne, au Maroc, des mécanismes fiscaux pénalisent la mise en jachère délibérée des terres arables. En Tunisie, ne rien faire avec sa terre ne coûte rien. Cela devrait changer.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Casser une institution sans la remplacer</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Il faut ici rendre justice à Bourguiba et aux juristes de 1956 : ils ont eu l’audace rare de trancher dans le vif d’une institution millénaire. Mais l’économie du développement enseigne une vérité têtue — il ne suffit pas de casser l’ancienne cage pour que l’oiseau s’envole. Il faut encore lui apprendre à voler dans un espace ouvert, balisé, sécurisé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Soixante-dix ans après le décret libérateur, des millions d’hectares tunisiens attendent encore que quelqu’un leur tende cette main- là. Ni mainmorte religieuse, ni mainmorte étatique — une main vivante, investisseuse, citoyenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La terre est là. Elle est fertile. Elle est tunisienne. Il ne lui manque qu’un titre, un droit, et une décision politique digne de 1956.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Economiste universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Blog de l&rsquo;auteur</em></strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>. </p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="8ATgpN0xjR"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2022/05/14/tunisie-une-fete-de-lagriculture-au-gout-amer/">Tunisie : une fête de l’agriculture au goût amer</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie : une fête de l’agriculture au goût amer » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2022/05/14/tunisie-une-fete-de-lagriculture-au-gout-amer/embed/#?secret=bSCDz36JxJ#?secret=8ATgpN0xjR" data-secret="8ATgpN0xjR" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>31 mai 1956 &#124; Abolir les habous pour libérer la société</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 26 May 2026 06:05:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[SOCIETE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelhamid Larguèche]]></category>
		<category><![CDATA[décret du 18 juillet 1957]]></category>
		<category><![CDATA[Djemaïa des Habous]]></category>
		<category><![CDATA[terres habous]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Soixante-dix ans après leur suppression, il est légitime de s’interroger sur le vide institutionnel et culturel laissé par les Habous.</p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/26/31-mai-1956-abolir-les-habous-pour-liberer-la-societe/">31 mai 1956 | Abolir les habous pour libérer la société</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Le 31 mai 1956, à peine deux mois après l’indépendance, le jeune État tunisien prenait l’une des décisions les plus audacieuses de son histoire : la liquidation de la Djemaïa des Habous et le transfert des habous publics au domaine de l’État. Un an plus tard, le décret du 18 juillet 1957 abolissait définitivement les habous privés et mixtes.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelhamid Larguèche</strong> *</p>



<span id="more-18817812"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Abdelhamid-Largueche-Timbre.jpg" alt="" class="wp-image-18218829" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Abdelhamid-Largueche-Timbre.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Abdelhamid-Largueche-Timbre-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/01/Abdelhamid-Largueche-Timbre-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Soixante-dix ans après, cette réforme continue de diviser. Fut-elle une nécessité historique ou une violence infligée à une institution pluriséculaire profondément enracinée dans la société tunisienne ? A-t-elle permis, au contraire, l’entrée véritable de la Tunisie dans la modernité politique et économique ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant des siècles, le système des habous avait constitué l’une des structures vitales de la société. Il finançait mosquées, zaouïas, médersas, fontaines et œuvres charitables. Il organisait le monde rural, protégeait des terres collectives et préservait parfois les patrimoines familiaux. Au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, les terres habous représentaient près du tiers des surfaces cultivables.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un réseau de protection sociale avant la lettre</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Instrument de cohésion sociale et de solidarité dans une société où l’État intervenait peu, les habous formaient, à travers confréries et fondations pieuses, un véritable réseau de protection sociale avant la lettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourtant, dès le XIX<sup>e</sup> siècle, ses faiblesses devenaient criantes. Mal gérés, souvent improductifs, parfois ruinés, de nombreux biens habous freinaient le développement. Les réformateurs eux-mêmes — de Kheïreddine à Mohamed Bayram V — en avaient conscience. La création de la Djemaïa des Habous en 1874 visait déjà à rationaliser cette immense richesse foncière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La colonisation aggrava la crise. Le protectorat utilisa les mécanismes du habous, notamment l’<em>enzel</em>, pour faciliter la spoliation des terres au profit de la colonisation européenne. Dans le même temps, l’agriculture moderne introduisait des techniques et une productivité qui rendaient plus visible encore l’immobilisme d’une partie du monde rural traditionnel.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le contraste devint saisissant : tandis que les médinas s’enfonçaient dans la dégradation, les nouveaux quartiers modernes s’étendaient souvent sur d’anciens terrains habous. Ce qui avait été un facteur d’organisation sociale apparaissait désormais comme un puissant facteur d’inertie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">C’est dans ce contexte que s’inscrit la décision de 1956. Loin d’être une mesure improvisée ou purement idéologique, elle faisait partie d’un projet global de transformation de la société : enseignement moderne, réforme du statut personnel, unification judiciaire, construction d’un État social et développementaliste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sur le plan économique et social, l’abolition visait à libérer la terre de contraintes juridiques qui entravaient sa mise en valeur. Dans les campagnes, il s’agissait de transformer l’occupant précaire en propriétaire investi. Dans les villes, il fallait redonner de la fluidité à un tissu urbain paralysé par l’enchevêtrement des statuts fonciers.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le modèle centralisateur de l&rsquo;Etat moderne </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Cette réforme n’en demeure pas moins ambiguë. En absorbant les habous, l’État moderne a certes acquis les moyens d’une politique nationale ambitieuse, mais il a aussi privé la société civile d’instruments anciens d’action collective et de solidarité autonome. Le modèle centralisateur tunisien a accompli des progrès remarquables en éducation, santé et émancipation, tout en réduisant considérablement les espaces d’initiative citoyenne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aujourd’hui, il ne s’agit plus de regretter l’ancien système, devenu largement inadapté, ni de le réhabiliter tel quel. L’histoire ne repasse pas les plats. Il est cependant légitime de s’interroger sur le vide institutionnel et culturel laissé par la disparition de ces formes d’organisation sociale intermédiaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sociétés contemporaines redécouvrent partout la valeur des fondations, des associations et des initiatives citoyennes dans les domaines de la solidarité, de la culture et du patrimoine. La Tunisie gagnerait à créer un cadre juridique moderne qui permette à la société civile de retrouver une capacité d’initiative réelle, tout en respectant les exigences contemporaines de transparence, de gouvernance et de rationalité économique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’abolition des habous fut une rupture nécessaire en 1956. Elle a permis à la Tunisie de briser des structures devenues obstacles à la modernisation. Mais toute rupture appelle, avec le temps, un nouvel équilibre&nbsp;; entre État et société, entre rationalité publique et vitalité civile, entre modernisation et enracinement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Historien.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/26/31-mai-1956-abolir-les-habous-pour-liberer-la-societe/">31 mai 1956 | Abolir les habous pour libérer la société</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>L’IA et l’ingénieur de demain</title>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 May 2026 06:51:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[biotechnologies]]></category>
		<category><![CDATA[intelligence artificielle]]></category>
		<category><![CDATA[Mohamed Férid Herelli]]></category>
		<category><![CDATA[Mohsen Gharsi]]></category>
		<category><![CDATA[robotique]]></category>
		<category><![CDATA[Sofiene Hemissi]]></category>
		<category><![CDATA[Taoufik Halila]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La Tunisie doit se doter d'un Observatoire national de l’IA pour anticiper et accompagner les mutations technologiques liées à l'IA.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/25/lia-et-lingenieur-de-demain/">L’IA et l’ingénieur de demain</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Pour tirer pleinement profit de l’évolution rapide de l’Intelligence artificielle (IA), la Tunisie doit mettre en place un Observatoire national de l’IA, placé sous la tutelle de la plus haute autorité gouvernementale. Il aurait pour mission principale d’anticiper les mutations technologiques, d’accompagner les politiques publiques liées à l’IA, de promouvoir une approche innovante, éthique et durable au service du développement global et d’assurer la coordination et la synergie entre les différentes institutions et parties prenantes concernées.</em></strong> <em>(Photo: Mohsen Gharsi, doyen des ingénieurs tunisiens). </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Taoufik Halila &amp; Mohamed Férid Herelli *</strong><strong></strong></p>



<span id="more-18813977"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2024/03/Taoufik-Halila-Ferid-Herelli-i.jpg" alt="" class="wp-image-12164922"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Dans le cadre du cycle es Samedis de l’Ingénieur, le doyen des ingénieurs, Mohsen Gharsi, a accueilli, le samedi 22 mai 2026 à la Maison des ingénieurs, Sofiene Hemissi, ministre des Technologies de l’information et de la communication, en présence d’une pléiade d’ingénieurs venus de toutes les régions de la Tunisie. Cet événement a offert un espace d’échange, de réflexion et de prospective sur les grands défis de notre époque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’intervenant, lui-même ingénieur de formation, a captivé l’auditoire par une allocution à la fois spontanée et inspirante. Il a mis en lumière les axes prioritaires pour préparer les jeunes générations aux défis majeurs de l’intelligence artificielle (IA), tout en soulignant l’importance de concilier innovation technologique, maîtrise des outils numériques et amélioration continue de la qualité des services publics. L’objectif : apporter des réponses concrètes aux préoccupations quotidiennes des citoyens et contribuer à un mieux-être collectif.</p>



<p class="wp-block-paragraph">De son côté, le Doyen des ingénieurs a rappelé avec force que les nations qui n’investissent pas dès aujourd’hui dans l’intégration et la maîtrise des applications de l’IA risquent d’être rapidement dépassées par les mutations en cours et de rester en marge des grandes transformations technologiques et économiques mondiales.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette journée a également été marquée par une parfaite organisation de l’équipe de communication l’Ordre des ingénieurs tunisiens (OIT) à travers des panels d’intervenants de très haut niveau, particulièrement enrichissants.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Un nouveau modèle d’ingénieur </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi, le XXI<sup>e</sup> siècle marque une rupture comparable aux grandes révolutions industrielles qui ont transformé les civilisations humaines. Après la mécanisation, l’électricité et l’ère numérique, nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle phase dominée par l’IA, la robotique avancée, les méga données, les biotechnologies et les systèmes intelligents autonomes. Cette transformation n’est pas seulement technologique, elle est économique, sociale, culturelle, géopolitique et même philosophique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans ce contexte, l’ingénieur devient une figure centrale de la société contemporaine. Pourtant, le profil classique de l’ingénieur spécialisé dans une seule discipline technique ne répond plus aux exigences du monde actuel. Les défis contemporains&nbsp;– changement climatique, crises énergétiques, cybersécurité, transition numérique, souveraineté technologique, sécurité alimentaire, santé mondiale – exigent un nouveau modèle d’ingénieur : créatif, multidisciplinaire, éthique et visionnaire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En effet, l’enseignement supérieur scientifique se voit confier une mission résolument tournée vers l’avenir : préparer des générations capables non seulement d’utiliser les technologies intelligentes, mais surtout de concevoir une société durable, équitable et innovante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’université moderne doit devenir un laboratoire d’anticipation du futur et un moteur de transformation socio-économique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’IA : une mutation civilisationnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA représente aujourd’hui l’un des bouleversements les plus profonds de l’histoire contemporaine. Son impact dépasse largement l’automatisation des tâches. Elle modifie les modes de production, les systèmes de communication, les structures du travail, les mécanismes de décision, les modèles économiques et les relations humaines.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA possède une capacité unique : apprendre, analyser, prédire et parfois prendre des décisions autonomes à partir de quantités massives de données. Cette capacité transforme progressivement tous les secteurs de l’économie mondiale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’apparition de l’IA générative accélère encore cette révolution en touchant désormais la recherche scientifique, l’éducation, la médecine, la création artistique, l’ingénierie, la finance et les médias. Nous assistons à l’émergence d’une économie fondée sur la connaissance, les données et l’innovation permanente.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="Cj3BRxVXwe"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/12/developpement-de-lintelligence-artificielle-en-tunisie-les-retards-a-rattraper/">Développement de l’intelligence artificielle en Tunisie : les retards à rattraper</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Développement de l’intelligence artificielle en Tunisie : les retards à rattraper » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2021/05/12/developpement-de-lintelligence-artificielle-en-tunisie-les-retards-a-rattraper/embed/#?secret=FnO6bWU0fR#?secret=Cj3BRxVXwe" data-secret="Cj3BRxVXwe" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p class="wp-block-paragraph">Les nations les plus avancées investissent massivement dans l’IA, les semi-conducteurs, le calcul de haute performance, la cybersécurité, les technologies quantiques, la robotique et les biotechnologies. La compétition mondiale ne repose plus uniquement sur les ressources naturelles, mais sur le capital intellectuel, la recherche scientifique, la maîtrise des données et la capacité d’innovation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans cette nouvelle donne, les universités et les centres de recherche deviennent des instruments stratégiques de souveraineté nationale.</p>



<h2 class="wp-block-heading">De l’ingénieur technicien à l’ingénieur stratège</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’ingénieur du futur ne sera plus seulement un spécialiste des calculs techniques. Il devra devenir analyste de systèmes complexes, innovateur, gestionnaire de projets intelligents, entrepreneur, chercheur et médiateur entre technologie et société. Son rôle consistera à concevoir des solutions globales intégrant performance technologique, durabilité environnementale, impact social, sécurité numérique et responsabilité éthique. Ce qui exige des compétences fondamentales tournées vers le futur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; L’ingénieur moderne devra maîtriser l’IA, la data science, la programmation avancée, le cloud computing, le cybersécurité, l’Internet des objets, la robotique, la simulation numérique et le calcul scientifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Face à l’automatisation croissante, les qualités humaines prennent une importance stratégique : créativité, pensée critique, capacité d’adaptation, intelligence émotionnelle, leadership, travail collaboratif et communication scientifique. Les machines peuvent calculer rapidement, mais l’humain conserve la capacité d’interprétation, d’innovation et de jugement éthique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; L’ingénieur du futur devra réfléchir aux conséquences humaines des technologies : protection des données personnelles, biais algorithmiques, surveillance numérique, dépendance technologique, exclusion sociale et responsabilité environnementale. La formation scientifique ne peut plus être séparée de la réflexion philosophique et éthique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À ce propos, il y a lieu de rappeler, la recommandation de la Fédération internationale des organisations des travailleurs de la métallurgie&nbsp;(Fiom), qui a suggéré d’appliquer la règle (40-40-20) soit, sur 220 jours de travail par an, les ingénieurs actifs consacreraient 100 jours aux travaux pratiques en atelier ou sur chantier, 100 jours de travail au bureau, et 20 jours participation à des stages, séminaires de formation continue et recyclage pour actualiser leurs connaissances.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Transformer les modèles pédagogiques</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l’enseignement supérieur, le modèle traditionnel fondé sur les cours magistraux et la mémorisation devient insuffisant. Les écoles d’ingénieurs et les universités doivent évoluer vers l’apprentissage par projets, les laboratoires expérimentaux, les simulations numériques, l’enseignement hybride, les plateformes intelligentes et les environnements collaboratifs. L’étudiant doit devenir un acteur engagé à part entière de sa formation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’université du futur doit être connectée à l’écosystème économique : entreprises technologiques, centres de recherche, startups, industries innovantes et institutions publiques. Les établissements doivent encourager l’incubation de projets, les brevets, la recherche appliquée, les startups universitaires et l’entrepreneuriat scientifique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La science moderne est universelle. Les universités et écoles d’ingénieurs doivent renforcer les partenariats internationaux, les doubles diplômes, la mobilité étudiante, les laboratoires collaboratifs et les réseaux scientifiques mondiaux. Les pays qui investissent dans la coopération scientifique augmentent leur capacité d’innovation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&nbsp;Comment devenir avant-gardiste dans le domaine scientifique ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Être avant-gardiste signifie anticiper les mutations futures avant qu’elles ne deviennent dominantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Anticiper les métiers du futur</em></strong> : les établissements doivent identifier les professions émergentes : ingénieur en IA, architecte Cloud, spécialiste cyber sécurité, ingénieur biomédical, expert en énergie verte, data scientist, ingénieur robotique, spécialiste des villes intelligentes. Former aujourd’hui pour les besoins de demain constitue un enjeu stratégique majeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Introduire la culture de la recherche  finalisée dès les premières années </em></strong>: la recherche scientifique  finalisée ne doit plus être réservée aux doctorants. Les étudiants doivent participer tôt aux projets expérimentaux, compétitions technologiques, publications, conférences scientifiques et hackathons. Cette culture stimule l’innovation et l’autonomie intellectuelle.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les grandes innovations naissent souvent de la rencontre entre plusieurs disciplines :</em></strong> IA et médecine, informatique et agriculture, robotique et environnement, data science et économie, ingénierie et sciences sociales&#8230; Le cloisonnement académique doit être dépassé.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Les secteurs prioritaires du futur sont l’IA et les technologies numériques, qui représentent le cœur de la transformation mondiale :</em></strong> IA générative, automatisation industrielle, vision par ordinateur, systèmes autonomes, analyse prédictive&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aussi, la protection des infrastructures numériques devient-elle essentielle pour les États et les entreprises. Les besoins futurs concernent la cryptographie, la sécurité des données, l’intelligence défensive et la protection des réseaux critiques.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le changement climatique impose, quant à lui, une transformation profonde des systèmes énergétiques : énergie solaire, hydrogène vert, réseaux intelligents, stockage énergétique, mobilité électrique…</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA révolutionne, également, la médecine grâce au diagnostic assisté, à la médecine personnalisée, à la bio-informatique, à la robotique médicale et à la génomique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’agriculture du futur utilisera drones, capteurs intelligents, IA climatique, irrigation intelligente et agriculture de précision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les usines intelligentes reposeront sur la robotique collaborative, la maintenance prédictive, l’automatisation avancée, la fabrication additive et les jumeaux numériques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Défis socio-économiques pour les pays en développement</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Les pays émergents font face à plusieurs difficultés : fuite des cerveaux, insuffisance des investissements scientifiques, fracture numérique, chômage des diplômés et dépendance technologique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cependant, l’IA offre aussi une opportunité historique de rattrapage technologique. Pour réussir cette transition, plusieurs priorités s’imposent : modernisation des universités, financement de la recherche, création de pôles technologiques, partenariat université-industrie et soutien aux startups innovantes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’université du futur ne doit plus être uniquement un lieu d’enseignement. Elle doit devenir centre de production du savoir, incubateur d’innovation, laboratoire social, acteur du développement durable et moteur de compétitivité économique. La société de demain sera construite autour de la connaissance scientifique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Vers une civilisation de l’intelligence augmentée</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’objectif n’est pas de remplacer l’humain par la machine, mais de construire une intelligence augmentée où l’IA assiste la créativité humaine, la technologie améliore la qualité de vie, la science sert le développement durable et l’innovation réduit les inégalités. Le défi majeur réside dans la capacité des systèmes éducatifs à préparer cette transition de manière responsable et inclusive.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’IA constitue une révolution globale qui redéfinit profondément le rôle de l’ingénieur et la mission de l’enseignement supérieur. Les universités sont appelées à devenir des espaces d’anticipation stratégique capables de former des générations créatives, multidisciplinaires et éthiquement responsables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ingénieur de demain devra maîtriser les technologies intelligentes tout en comprenant les enjeux humains, environnementaux et géopolitiques du monde contemporain. Être avant-gardiste signifie aujourd’hui investir dans la recherche, l’innovation, la coopération scientifique et le développement des compétences du futur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les sociétés qui réussiront seront celles qui placeront la science, l’éducation et l’intelligence collective au cœur de leur projet de développement. L’avenir ne dépendra pas uniquement des machines intelligentes, mais surtout de la capacité humaine à orienter la technologie vers le progrès de la civilisation.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, pour tirer pleinement profit de l’évolution rapide de l’IA, il apparaît indispensable de mettre en place un Observatoire national de l’IA, placé sous la tutelle de la plus haute autorité gouvernementale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette structure aurait pour mission principale d’assurer la coordination et la synergie entre les différentes institutions et parties prenantes concernées, tout en veillant à l’élaboration d’une vision stratégique claire et prospective. Elle contribuerait également à anticiper les mutations technologiques, à accompagner les politiques publiques liées à l’IA et à promouvoir une approche innovante, éthique et durable au service du développement national.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Conseillers du Doyen des Ingénieurs Tunisiens (OIT). </em></p>



<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>Les enseignements de Ned Phelps que la Tunisie continue d’ignorer</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/24/les-enseignements-de-ned-phelps-que-la-tunisie-continue-dignorer/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 10:50:08 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[BCT]]></category>
		<category><![CDATA[chômage]]></category>
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		<category><![CDATA[épargne]]></category>
		<category><![CDATA[inflation]]></category>
		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[Ned Phelps]]></category>
		<category><![CDATA[taux directeur]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les monétaristes de la Banque centrale de Tunisie ne lisent pas le grand économiste Ned Phelbs, dont ils continuent d'ignorer les leçons.  </p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Edmund “Ned” Phelps nous a quittés la semaine dernière, à 92 ans, avec la sérénité des grands esprits qui ont eu le temps de voir l’Histoire leur donner raison. Économiste américain né à Evanston en 1933, lauréat du Prix Nobel d’économie en 2006, Phelps fut l’un des rares savants à avoir compris, avant tout le monde, pourquoi l’inflation est une bête aussi vicieuse que sournoise. Sa thèse, formulée dans deux articles publiés en 1967 et 1968 — quand la Tunisie était encore dans l’euphorie de son indépendance économique — a révolutionné la macroéconomie mondiale. En Tunisie, on ne le lit guère, on ne le cite pas. Et ça se voit. Un économiste, un vrai…</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Moktar Lamari</strong>, Ph.D. *</p>



<span id="more-18810526"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
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<p class="wp-block-paragraph">Qu’a-t-il dit, ce géant aux cheveux blancs qui jouait de la trompette en terminale ? Essentiellement ceci : l’inflation n’est pas seulement un problème de monnaie en circulation, c’est d’abord un problème d’anticipations. Autrement dit, si les gens s’attendent à ce que les prix montent demain, ils agissent dès aujourd’hui comme si les prix avaient déjà monté — les travailleurs réclament des hausses de salaires, les managers gonflent leurs marges, et la spirale est enclenchée. L’inflation nourrit l’inflation. C’est la boucle infernale, ou si vous préférez en tunisien : <em>«Ennâr tzid ennâr»</em> — le feu attise le feu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Phelps a démontré, contre l’orthodoxie keynésienne de son époque, qu’il est illusoire de vouloir acheter du chômage en bas en payant de l’inflation en haut. Un banquier central qui maintient artificiellement l’emploi au-dessus de son niveau naturel finit inévitablement par déclencher une surchauffe inflationniste. Le remède devient le poison.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L’anticipation rationnelle</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Sa conclusion était limpide : la meilleure politique monétaire est celle qui ancre solidement les anticipations d’inflation, quitte à accepter une hausse temporaire du chômage. C’est inconfortable politiquement. C’est néanmoins la seule voie économiquement crédible. Ce cadre conceptuel n’est pas resté dans les bibliothèques. Il est devenu la colonne vertébrale du ciblage d’inflation que pratiquent aujourd’hui toutes les grandes banques centrales du monde — la Fed américaine, la BCE européenne, la Banque d’Angleterre. Et c’est précisément ce cadre intellectuel qui a permis aux banques centrales du Nord de piloter un atterrissage en douceur après les turbulences inflationnistes du Covid-19. Phelps, depuis sa chaise à Columbia, avait souri : il l’avait dit en 1967.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant ces contributions majeures, l’économiste avait aussi développé la <em>«règle d’or»</em> de la formation du capital : pour maximiser la consommation des générations futures, le taux d’épargne doit égaler la part du revenu allant au capital. Simple à énoncer, difficile à appliquer — surtout quand un pays dilapide son capital productif dans les dépenses courantes et les subventions électorales.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ses 4 vérités</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Que peut-on retenir de Ned Phelps pour les économistes du gouvernement tunisien et de la Présidence ? Quatre enseignements, nets et sans filtre :</p>



<p class="wp-block-paragraph">Premier enseignement : les anticipations comptent plus que les décisions. Ce que les agents économiques croient que vous ferez demain détermine leur comportement aujourd’hui. Si les Tunisiens anticipent que l’État va monétiser sa dette, que le dinar va se déprécier, que les prix vont grimper — ils agissent en conséquence, et leurs anticipations deviennent réalité. La communication de politique économique n’est pas un luxe de riches : c’est un outil de stabilisation à coût zéro, si tant est qu’on ait quelque chose de crédible à communiquer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Deuxième enseignement : on ne peut pas acheter de la croissance avec de l’inflation. Les promesses de relance par l’argent facile ne tiennent pas. Injecter des dinars sans contrepartie productive, c’est taxer les pauvres par l’érosion de leur pouvoir d’achat. Phelps l’a démontré mathématiquement. Carthage n’a pas besoin de le démontrer empiriquement — le pays a déjà payé ce prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième enseignement : la crédibilité institutionnelle est un capital. Une banque centrale perçue comme indépendante ancre les anticipations. Une banque centrale perçue comme le trésorier de l’État alimente les doutes, et donc l’inflation. Ce capital se construit sur des décennies. Il se détruit en une décision.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quatrième enseignement : le chômage d’équilibre n’est pas une malédiction à combattre par la planche à billets. Il se combat par les réformes structurelles — formation, flexibilité du marché du travail, qualité de l’investissement productif. Phelps y a consacré toute sa vie intellectuelle tardive, notamment dans son livre <em>‘‘Mass Flourishing de 2013’’</em> : la prospérité durable naît de la créativité, de l’initiative, du défi relevé — pas de la rente, pas de la subvention, pas de la commande publique gonflée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Qu’aurait dit Phelps à Kais Saied ?</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Et maintenant, parlons de la Banque Centrale de Tunisie. Franchement, sans ménagement — comme Phelps l’aurait voulu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La BCT commet, en ce moment même (et depuis au moins cinq ans), trois infractions majeures à la doctrine de cet économiste que le monde entier cite en référence. Première infraction : elle finance directement le Trésor tunisien, contournant ainsi le marché et se transformant en imprimante à billets honoris causa.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Phelps avait été explicite : lorsque la banque centrale cède aux pressions du Trésor, elle perd sa crédibilité anti-inflationniste, et avec elle, sa capacité même à ancrer les anticipations. La BCT ne joue plus le rôle d’un arbitre monétaire. Elle est devenue partie prenante du problème budgétaire qu’elle est censée isoler. Deuxième infraction : elle ne communique pas de cible d’inflation crédible et transparente. Le ciblage d’inflation — héritage direct des travaux de Phelps — suppose un engagement public, chiffré, assumé, et un bilan régulier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La BCT publie des communiqués, organise des conférences de presse protocolaires, mais ne s’engage sur rien de précis, ne s’explique sur rien de difficile, et ne rend de comptes à personne. Les anticipations inflationnistes des ménages et des entreprises tunisiennes sont donc libres de vagabonder — ce qu’elles font allègrement, autour de 7 à 9% depuis trois ans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Troisième infraction : la BCT maintient des taux d’intérêt réels négatifs ou nuls dans un contexte d’inflation persistante, protégeant les banques commerciales qui préfèrent prêter à l’État sans risque plutôt que financer l’économie productive. Résultat : l’investissement privé s’effondre, la formation brute de capital fixe plafonne à des niveaux historiquement bas, et la Tunisie s’endette pour consommer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Phelps, lui, avait plaidé toute sa vie pour que l’épargne soit orientée vers la production, pas vers la rente souveraine. Il avait passé sa vie à expliquer, avec la patience des vrais pédagogues, que la stabilité monétaire n’est pas une contrainte imposée par les méchants marchés — c’est la condition sine qua non du bien-être des citoyens ordinaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les pauvres ne se protègent pas de l’inflation avec des actifs immobiliers ou des comptes en devises. Ils la subissent, nue et directe, dans le couffin du marché et à la caisse du pharmacien. Il est mort à 92 ans, la conscience tranquille. La BCT, elle, a encore du chemin à faire — si tant est qu’elle décide, un jour, d’emprunter le bon.</p>



<p class="wp-block-paragraph">* <em>Economiste universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em><strong>Blog de l’auteur </strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>.  </em></p>
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		<title>Tunisie &#124; Quand un communiqué de l’armée devient un test de vérité</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/24/tunisie-quand-un-communique-de-larmee-devient-un-test-de-verite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 24 May 2026 07:21:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[POLITIQUE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[Abdelwahab Ben Moussa]]></category>
		<category><![CDATA[armée tunisienne]]></category>
		<category><![CDATA[défense]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La question n’était pas ce qu’a voulu dire l’armée tunisienne le 21 mai 2026, mais ce que certains médias ont voulu lui faire dire.  </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/24/tunisie-quand-un-communique-de-larmee-devient-un-test-de-verite/">Tunisie | Quand un communiqué de l’armée devient un test de vérité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Et si la question n’était pas ce qu’a voulu dire l’armée tunisienne le 21 mai 2026, mais ce que certains médias ont voulu lui faire dire ? Entre un journal d’opinion européen à l’agenda non dissimulé et un relais numérique tunisien qui amplifie sans vérifier, un fait institutionnel solide a failli se noyer sous un récit fabriqué.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Abdelwahab Ben Moussa *</strong></p>



<span id="more-18808864"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="200" height="200" src="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa.jpg" alt="" class="wp-image-18394138" srcset="https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa.jpg 200w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa-150x150.jpg 150w, https://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2026/02/Abdelwahab-Ben-Moussa-120x120.jpg 120w" sizes="auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px" /></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le 21 mai 2026, le ministère de la Défense nationale a rompu un silence traditionnel pour rappeler, dans un <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/21/le-ministere-de-la-defense-reaffirme-la-neutralite-de-linstitution-militaire/" target="_blank" rel="noreferrer noopener">communiqué </a>au ton inhabituellement ferme, les fondements républicains de l’armée tunisienne : sa neutralité, son refus d’être impliquée dans des <em>«tiraillements politiques»</em>, son attachement aux lois de l’État. C’est un fait. Plusieurs organes de presse tunisiens l’ont confirmé et reproduit intégralement. Sur ce terrain-là, rien à redire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Là où le bât blesse, c’est dans l’interprétation qui a suivi. Car un communiqué rare attire les lectures rapides — et les projections idéologiques.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le biais qui ne dit pas son nom</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un quotidien d’opinion européen, proche d’une formation gouvernementale nationaliste dont le pays entretient avec Tunis des accords migratoires stratégiques, a publié à chaud un article affirmant que le communiqué n’émanait pas du ministère de la Défense en tant qu’institution, mais d’une initiative personnelle du chef d’état-major — un message direct adressé au chef de l’État. Quelles sont ses sources&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Documents internes : aucuns. Déclarations attribuables : aucune. Ce que ce journal présente comme un <em>«signal politique historique»</em> n’est, rigoureusement parlé, qu’une hypothèse habillée en scoop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un média qui a un intérêt géopolitique dans la lecture qu’il fait d’un pays n’est pas disqualifié pour autant — mais il doit être lu avec le recul que mérite toute source intéressée. Ce n’est pas de la méfiance : c’est du journalisme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une page de veille médiatique tunisienne, très suivie sur les réseaux sociaux, a repris cet article sans lien, sans auteur, sans date précise, et surtout sans la moindre confrontation avec les sources officielles tunisiennes disponibles. Résultat : une tribune d’opinion étrangère s’est transformée, en quelques partages, en <em><u>«révélation»</u></em> sur la situation politique intérieure tunisienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce glissement — de l’hypothèse étrangère au fait établi local — est précisément ce qui fragilise notre espace public informationnel. Nous avons collectivement appris à identifier la désinformation frontale. Nous sommes encore vulnérables à la désinformation par omission de distance critique.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Ce que le texte dit — les trois lectures possibles</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Lisons le communiqué tel qu’il est, sans projeter ce que nous voudrions qu’il soit. Trois lectures s’imposent, également compatibles avec son contenu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’armée peut avoir mis en garde des forces d’opposition tentant de l’associer à leurs critiques de l’exécutif — c’est la lecture littérale. Elle peut avoir réaffirmé son équidistance institutionnelle dans un contexte de polarisation croissante — c’est la lecture institutionnelle. Elle peut enfin avoir adressé un signal implicite au pouvoir exécutif lui-même — c’est la lecture politique avancée par le journal européen.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La question n’est pas de savoir laquelle est juste. C’est de reconnaître qu’elles coexistent — et que le journalisme sérieux expose cette coexistence au lieu de la refermer au profit d’une narrative unique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pour mémoire, voici ce que les faits permettent d’établir : la réalité du communiqué officiel est confirmée par plusieurs sources de référence ; son caractère inhabituellement ferme est fondé et indéniable ; l’initiative personnelle du chef d’état-major n’est étayée par aucun document ; le message ciblant le président de la République demeure purement spéculatif ; la neutralité éditoriale de la source étrangère est affectée d’un biais structurel évident ; la rigueur du relais numérique tunisien est insuffisante au regard des standards journalistiques élémentaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’armée tunisienne a pris la parole. C’est un signal institutionnel qui mérite analyse rigoureuse et respect du texte. Ce qu’elle a voulu signifier appartient encore au domaine de l’hypothèse — et cette incertitude est précisément ce que nous devons préserver, sans la combler à la hâte par des certitudes importées. Dans un pays où chaque mot officiel est désormais lu comme un acte politique, confondre la conjecture avec le fait n’est pas une simple erreur de méthode. C’est céder la souveraineté narrative à ceux qui n’ont pas nos intérêts en tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Ingénieur informaticien, cadre d&rsquo;une banque publique.  </em></p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="P72LrGNwnp"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/21/le-ministere-de-la-defense-reaffirme-la-neutralite-de-linstitution-militaire/">Le ministère de la Défense réaffirme la neutralité de l&rsquo;institution militaire</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Le ministère de la Défense réaffirme la neutralité de l’institution militaire » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/21/le-ministere-de-la-defense-reaffirme-la-neutralite-de-linstitution-militaire/embed/#?secret=DpF7bIafi0#?secret=P72LrGNwnp" data-secret="P72LrGNwnp" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
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<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/24/tunisie-quand-un-communique-de-larmee-devient-un-test-de-verite/">Tunisie | Quand un communiqué de l’armée devient un test de vérité</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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		<title>Tunisie &#124; Pour une économie politique de l’investissement</title>
		<link>https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/23/tunisie-pour-une-economie-politique-de-linvestissement/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[webmaster kapitalis]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 May 2026 08:18:29 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A LA UNE]]></category>
		<category><![CDATA[ECONOMIE]]></category>
		<category><![CDATA[TRIBUNE]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[carburants]]></category>
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		<category><![CDATA[investissement]]></category>
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		<category><![CDATA[Moktar Lamari]]></category>
		<category><![CDATA[productivité]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>La formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui. </p>
<p>L’article <a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/05/23/tunisie-pour-une-economie-politique-de-linvestissement/">Tunisie | Pour une économie politique de l’investissement</a> est apparu en premier sur <a href="https://kapitalis.com/tunisie">Kapitalis</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Pendant que la Nouvelle-Zélande signe des pactes d’urgence avec Singapour pour sécuriser vivres et carburants, pendant qu’Australie et Japon mutualisent leurs terres rares et leurs engrais, pendant que l’Union européenne constitue discrètement des stocks stratégiques de fertilisants, la Tunisie, elle, stocke quoi ?&nbsp; Ses complaintes. Ses décrets. Et ses excuses.</em></strong></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Moktar Lamari</strong>, Ph.D *</p>



<span id="more-18802636"></span>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="http://kapitalis.com/tunisie/wp-content/uploads/2019/10/Moktar-Lamari.jpg" alt="" class="wp-image-246439" style="width:200px"/></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Le <em>Financial Times</em> titrait ce matin sur ce qu’il appelle la <em>«nouvelle mode du thésaurisation»</em>, ce réflexe de nations prévoyantes qui anticipent une ère de rareté globale. Des gouvernements lucides — Wellington, Canberra, Bruxelles — ont compris que le monde post-mondialisation ne pardonnera pas l’impréparation. Ils investissent dans les molécules : cuivre, eau, lithium, béton, terres agricoles.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils misent sur le Hard Asset, Local Operations — ce que les Anglo-Saxons appellent désormais le trade Halo.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pendant ce temps, la Tunisie mise sur quoi ? Sur la rente de position géographique, sur les transferts de la diaspora, et sur la bienveillance du l’Union européenne (UE). Autrement dit, sur la charité organisée.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le chiffre qui gifle : 12 % de FBCF/PIB</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Voici la vérité nue, sans anesthésie : la formation brute de capital fixe (FBCF) de la Tunisie a chuté de près de 25 % du PIB dans les années 2000 à moins de 12 % aujourd’hui.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">En vingt ans, la Tunisie a réduit de moitié sa capacité à se doter de machines, d’infrastructures, d’usines, de recherche et développement. C’est le taux d’investissement d’une économie en dépression, pas en transition.</p>



<p class="wp-block-paragraph">À titre de comparaison : le Maroc investit autour de 30 % de son PIB. L’Éthiopie, pays parmi les plus pauvres du continent, dépasse 35 %. La Chine, au même stade de son décollage économique, était à 40 %. Et la Tunisie ? Elle se gargarise de ses plages et de son <em>«potentiel»</em>. Le potentiel non investi, c’est un moteur qui rouille dans un garage fermé.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="sYffkdZ8Vm"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/22/tunisie-remettre-linvestissement-prive-au-coeur-de-la-croissance/">Tunisie | Remettre l’investissement privé au cœur de la croissance</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« Tunisie | Remettre l’investissement privé au cœur de la croissance » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2026/02/22/tunisie-remettre-linvestissement-prive-au-coeur-de-la-croissance/embed/#?secret=nzEodSwIA3#?secret=sYffkdZ8Vm" data-secret="sYffkdZ8Vm" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">La rente de la sieste</h2>



<ul class="wp-block-list">
<li></li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph">Il existe en Tunisie une économie politique de la siesta — structurelle, culturelle, institutionnelle. On préfère la fiesta de la consommation importée à la sueur de la production locale. On applaudit la demande, on punit l’offre. On subventionne le gaspillage énergétique, on taxe l’initiative entrepreneuriale. On protège les rentes des <em>incumbents</em> ** — publics ou privés — on décourage les entrants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Jeff Currie, stratégiste chez Carlyle, cité dans le <em>FT</em>, note que les investisseurs ont été si éblouis par les services numériques qu’ils ont négligé pendant des décennies les actifs physiques — énergie, matériaux, agriculture. L’erreur est coûteuse.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La réalité physique finit toujours par prendre sa revanche, selon l’expression de Robert Rubin, ex-secrétaire américain au Trésor. En Tunisie, cette revanche n’est pas une menace future : elle est déjà là, quotidienne, sous forme de délestages, de pénuries de médicaments, d’écoles qui s’effondrent et de routes que les pluies emportent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Pas de salut sans investissement </h2>



<p class="wp-block-paragraph">Le modèle de Solow — accessible dans n’importe quel manuel de licence — est formel : la croissance à long terme d’une économie dépend de son stock de capital et de sa productivité totale des facteurs.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y a pas d’alternative. Ni la démagogie, ni le nationalisme économique, ni les discours sur la souveraineté ne remplacent une grue sur un chantier ou un brevet déposé dans un laboratoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Kais Saïed a raison de parler de souveraineté. Mais la souveraineté sans capital fixe, c’est un drapeau planté sur des ruines.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La vraie indépendance économique passe par deux passerelles incontournables, et aucune oraison populiste ne peut les court-circuiter : la productivité d’abord, l’investissement ensuite — ou plutôt simultanément. L’une nourrit l’autre. Une économie productive attire le capital. Un capital bien alloué génère de la productivité.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie a besoin des deux, maintenant, ensemble.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une politique de l’offre, pas de la demande</h2>



<p class="wp-block-paragraph">L’erreur stratégique des quinze dernières années est d’avoir cherché la croissance par la demande — augmentations salariales dans la fonction publique, subventions généralisées, crédit à la consommation — sans jamais réformer l’appareil productif. C’est une politique procyclique dans les bons moments et catastrophique dans les crises.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie a besoin d’un choc de l’offre : réduction des délais administratifs d’obtention des permis de construire et d’investir, réforme foncière, fiscalité favorable au réinvestissement des bénéfices, zones économiques spéciales réellement fonctionnelles, et un système bancaire qui prête aux PME plutôt qu’aux bons du Trésor.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une politique contracyclique et proactive, c’est investir dans les infrastructures quand l’activité ralentit, réformer quand la pression sociale est gérable, innover quand le monde se réorganise. Pas attendre. Pas gérer la pénurie. La prévenir.</p>



<figure class="wp-block-embed alignleft is-type-wp-embed is-provider-kapitalis wp-block-embed-kapitalis"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<blockquote class="wp-embedded-content" data-secret="JyRHe5dH0R"><a href="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/12/la-tunisie-peine-a-relancer-linvestissement-dans-un-climat-de-suspicion-generalisee/">La Tunisie peine à relancer l’investissement dans un climat de suspicion généralisée</a></blockquote><iframe loading="lazy" class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted"  title="« La Tunisie peine à relancer l’investissement dans un climat de suspicion généralisée » — Kapitalis" src="https://kapitalis.com/tunisie/2024/04/12/la-tunisie-peine-a-relancer-linvestissement-dans-un-climat-de-suspicion-generalisee/embed/#?secret=j8EQNZEQWU#?secret=JyRHe5dH0R" data-secret="JyRHe5dH0R" width="600" height="338" frameborder="0" marginwidth="0" marginheight="0" scrolling="no"></iframe>
</div></figure>



<h2 class="wp-block-heading">Le monde change : la Tunisie somnole</h2>



<p class="wp-block-paragraph">La crise du détroit d’Ormuz, les tensions sur les terres rares, le réarmement logistique des nations sérieuses — tout cela recompose la géoéconomie mondiale à une vitesse vertigineuse. Des pays émergents repositionnent leur appareil productif, diversifient leurs sources d’énergie, sécurisent leurs chaînes d’approvisionnement.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie, elle, attend son prochain rapport du FMI.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est temps de dire aux Tunisiens ce que personne n’ose dire avec clarté : la prospérité ne se réclame pas, elle se produit. Elle ne vient pas de Bruxelles, ni de Washington, ni du Golfe. Elle vient du travail mieux organisé, de l’innovation systématique, de l’investissement courageux dans les secteurs à haute valeur ajoutée — numérique, agroalimentaire, pharmaceutique, énergies renouvelables, tourisme culturel premium.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’ère de la rareté globale est une opportunité pour les nations qui produisent. Elle est une sentence pour celles qui consomment à crédit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La Tunisie a tous les ingrédients d’un rebond : une population jeune, une position géographique stratégique, une diaspora compétente, un tissu d’entrepreneurs résilients.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu’elle n’a pas encore, c’est une politique d’investissement crédible, une gouvernance économique cohérente, et un leadership qui dit aux citoyens la vérité : on ne sort pas de la crise par la siesta.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le réveil est une question de survie nationale. Et il a déjà trop tardé.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>* Economiste universitaire.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>** Le titulaire actuel d’une fonction, d’un emploi ou d’un poste politique et qui cherche à conserver son mandat.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong><em>Blog de l&rsquo;auteur </em></strong>: <a href="https://www.facebook.com/groups/375846620757494" target="_blank" rel="noreferrer noopener">E4T</a>.</p>
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