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Procès d’une mystificatrice : Maya se faisait passer pour «la fille de Bouteflika»

Maya butinait dans toutes les mains qui se tendaient vers elle. Elle occupait la villa N°13 de la plage sélecte de Moretti, longtemps interdite au commun des mortels, en se faisant passer pour la «fille de Bouteflika». Elle avait ses entrées et des appuis haut placés. Son procès s’est ouvert la semaine dernière à Alger.

Par Hassen Zenati

Pour tous ceux qui la connaissaient, de près ou de loin, elle était la «fille cachée» du président déchu Abdelaziz Bouteflika, connu pour être un amateur de femmes, mais aussi un célibataire endurci, qui a refusé sa vie durant de se laisser mettre la bague au doigt. Mettant à profit la proximité de ses parents de l’ancien président, Maya a réussi, à l’issue d’une rencontre qu’elle avait provoquée pour égrener quelques souvenirs familiaux communs, à se faire passer pour la fille que l’ancien président avait eu d’un «lit naturel».

Elle a du bagout, de l’entregent et sait ensorceler ses interlocuteurs. L’affaire est enclenchée : venue réclamer un «coup de pouce» à la présidence pour monter une station de distribution de carburants à Oran, dans l’ouest algérien, la voilà «copain-copain» avec des responsables haut-placés à la présidence, dont le secrétaire personnel du président, Mohammed Rougab, qui lui servira de tremplin pour rencontrer le gros gibier de la nomenklatura.

Elle capitalise sur son nom, son bagout et son entregent

Ils viennent l’un derrière l’autre frapper à sa porte pour qu’elle intercède en leur faveur auprès de son «père», leur obtenir des rendez-vous avec des ministres ou peser pour qu’ils enlèvent un contrat de gré à gré avec les autorités, fort juteux en général. Elle capitalise sur son nom. À chaque coup réussi, elle touche une commission. Son champ de manœuvre: les BTP, qui ont fait le bonheur de plus d’un avant elle. Ses deux filles lui donnent un coup de main.

Lorsque le pot aux roses est découvert, en juillet 2019, quelques mois après la renonciation de Bouteflika à briguer un cinquième mandat présidentiel, Mme Maya – ainsi connue par ses familiers – avait ramassé un magot considérable. Dans la villa N°13 de Moretti, une plage sélecte aménagée par le «roi de la Trappe», le sénateur Borgeaud, sous la colonisation française, revenue à l’indépendance à l’Etat, qui l’a transformée en résidence d’Etat à l’usage de ses ministres et hauts responsables, la police a découvert un petit trésor : 270.000 euros, 30.000 dollars, 120 millions de dinars en liquide, 17 kg de bijoux en or et des faux passeports. 10.000.000 de dinars étaient emmurés dans une chambre à part, selon le dossier d’accusation.

Le «mystère de la villa N°13»

La proximité de Mme Maya de l’ancien directeur de la sûreté Nationale (DGSN), le général-major Abdelghani Hamel, condamné un douze ans de prison dans d’autres affaires séparées, lui a permis d’obtenir une garde policière devant sa villa de Moretti, dont on ignore comment elle a pu lui être attribuée. À la manière d’Agatha Christie, la presse algérienne parle du «mystère de la villa N°13» que le tribunal de Chéraga (banlieue d’Alger) est chargé de percer.

Mme Maya, deux anciens ministres, Mohamed Ghazi, ex-ministre du Travail, et Abdelghani Zaâlane, ex-ministre des Travaux publics, le général-major Abdelghani Hamel, et onze autres personnes sont poursuivis pour «violation de la réglementation, du règlement relatif au change et au mouvement des capitaux de et vers l’étranger», «abus de fonction», «obtention et octroi d’indus avantages» et «trafic d’influence».

Mme Maya déjà condamnée, ainsi que ses deux filles, à dix-huit mois de prison pour détention de faux passeports, sont en outre poursuivies pour «blanchiment d’argent dans le cadre d’une association criminelle organisée», «complicité d’abus de fonction», «violation de la réglementation des changes et des mouvements de capitaux de et vers l’étranger», «demande et acceptation d’indus avantages en recourant à un agent public» et «complicité dans l’octroi d’indus avantages». Elles ont été arrêtées au moment où elles s’apprêtaient à quitter le territoire sous de fausses identités.

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