Pénuries en Tunisie : manœuvres des lobbys et inaction du gouvernement

En Tunisie, une série de pénuries alimentaires met en lumière des dysfonctionnements profonds au sein des institutions du pays. Ces manques, affectant des produits de première nécessité tels que le blé, le sucre, le café, le lait et le riz, soulèvent des questions sérieuses sur l’intégrité et l’efficacité de l’Office du commerce de la Tunisie (OCT), l’entité étatique monopolisant l’importation de ces denrées.

Par Leith Lakhoua *

L’OCT a un rôle crucial dans la régulation de l’approvisionnement en produits essentiels. Cependant, ce monopole semble avoir été détourné par des intérêts particuliers. Des responsables au sein de l’administration publique, en collusion avec des lobbys d’intérêts, sont accusés d’utiliser leur position pour manipuler le marché. Ces agissements ne se limitent pas à de simples irrégularités commerciales, mais semblent faire partie d’une stratégie plus large visant à créer un climat d’insatisfaction parmi la population.

Corruption et gaspillage de l’argent public

C’est ce que le président de la république Kaïs Qaïed ne cesse d’ailleurs de dénoncer, et pas plus tard que la semaine dernière, lors de sa visite inopinée au siège de l’OCT à Tunis, au cours de laquelle il a dénoncé, dossiers à l’appui, des cas de corruption relevés au sein de cet établissement public.  

Il est allégué que des responsables corrompus au sein de l’OCT et d’autres institutions publiques détournent des fonds à des fins personnelles, exacerbant ainsi les difficultés économiques du pays. Ces actions, qui s’apparentent à un abus envers le peuple tunisien, sont d’autant plus préoccupantes qu’elles semblent servir les intérêts de l’opposition politique, désireuse de saper le gouvernement actuel.

Le 25 juillet 2021, date de la proclamation de l’état d’exception par le président Saïed, tournant politique majeur, a offert une opportunité pour réformer et assainir ces institutions. Cependant, le président, plutôt que d’adopter une démarche proactive pour démanteler les structures susceptibles de fomenter la discorde, a opté pour une approche plus conservatrice. Sa manière de «naviguer à vue» est perçue par certains comme un manque de volonté de s’attaquer aux racines du problème, risquant ainsi d’aggraver les tensions sociales.

En attendant des mesures concrètes

La situation actuelle en Tunisie illustre la complexité des défis auxquels le pays est confronté. Les pénuries alimentaires ne sont pas seulement le résultat de facteurs économiques, liés à la conjoncture nationale (sécheresse, dévaluation du dinar, difficultés des finances publiques…) ou internationale (pandémie du Covid-19, guerre russo-ukrainienne…) mais aussi d’une conjugaison d’autres facteurs (corruption administrative, manipulation politique, inaction gouvernementale…).

Pour avancer, il est impératif que des mesures concrètes soient prises pour réformer l’OCT et d’autres institutions clés, afin de restaurer la confiance du peuple tunisien envers ses dirigeants et d’assurer une distribution équitable des ressources vitales.

* Expert consultant en logistique et organisation industrielle, conseiller auprès de l’Amen Bank.


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