La Tunisie en bas du classement mondial du débit de connexion internet

La Tunisie, qui a abrité en 2005 le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), est classée en janvier 2024 par Speedtest.net* au 40e rang parmi les pays africains et 168e au niveau mondial en termes de débit de connexion internet. Est-ce un classement acceptable et comment est-on arrivé là ?  

Par Imed Bahri

Cette «performance» a été enregistrée «à l’heure où des pans entiers de l’économie mondiale dépendent du débit de la connexion internet et que les services reliés à l’internet (internet related services) ont été déjà développés par l’Inde depuis plus d’un quart de siècle comme un vecteur d’attraction d’investissements étrangers et de création d’emplois», rappelle le diplomate Elyes Kasri dans un post sur sa page Facebook. Et il ajoute, pour montrer l’ampleur du retard qu’a encore notre pays dans ce domaine : «Alors que le débit affiché par Speedtest pour la Tunisie en janvier 2024 serait de 9,02 MPBS (Megabyte par seconde), la Somalie offrirait un débit de 13,68 MPBS et le Maroc 26,58 MPBS, tandis que l’Egypte caracole en tête du classement africain avec 62,94 MPBS.» **

Pour le classement des villes, Tunis arrive au 185e rang mondial (et dernier en Afrique du Nord) en débit de connexion internet avec une vitesse de 9,63 MPBS. Comparativement, Le Caire est 138e (36,77 MPBS), Casablanca 145e (31,13 MPBS) , Nouakchott 158e (22,32 MPBS), Alger 170e (14,68 MPBS), Tripoli 173e (13,74 MPBS).

«Notre seul et unique espoir est que ce classement soit faux, mal intentionné et devrait être lu à l’envers», conclut M. Kasri avec une amère ironie. Le classement, qui peut être visualisé sur ce lien, ne nous laisse malheureusement pas beaucoup d’espoir.

La cause de ce retard n’a rien à voir avec les capacités scientifiques et techniques de nos ingénieurs, dont beaucoup quittent le pays où ils ne trouvent plus les conditions de leur épanouissement professionnel et personnel et certains d’entre eux font les beaux jours de plusieurs opérateurs internationaux.

C’est, d’abord, un problème de volonté politique : les gouvernements qui se sont succédé depuis la révolution de 2011 ne semblent pas accorder la même importance au secteur des technologies de l’information que leur accordait l’ancien régime dictatorial de Ben Ali.

C’est, ensuite, un problème de moyens : notre pays qui traverse une crise financière persistante et qui a du mal à s’approvisionner en produits de première nécessité (énergie, céréales, etc.), n’a pas les moyens pour acquérir les équipements les plus sophistiqués auprès des meilleurs fournisseurs, et lorsqu’il parvient à s’équiper, ses moyens ne lui permettent pas d’acquérir ce qu’il y a de meilleur et de plus performant sur le marché. Bref, il pare au plus urgent, et au moindre coût. Les résultats ne tardent pas à s’afficher.

Est-ce qu’après la promulgation d’une énième constitution en 2022 et la mise en place, prévue dans les semaines à venir, d’une seconde chambre parlementaire, l’Assemblée des régions et des districts, entre autres «révolutions» annoncées par le président Kaïs Saïed, nous allons pouvoir améliorer tout ça ?

Il faut dire que l’échelle des priorités et des urgences ne semble pas être la même pour nos dirigeants que pour le reste de leurs homologues du reste du monde. C’est ce qui explique peut-être que nous soyons aujourd’hui largués dans plusieurs domaines où, pourtant, nous étions en avance sur nos voisins il y a seulement dix ou quinze ans. Qui va pouvoir arrêter cette chute et comment (et à quel prix) pourrions-nous rattraper notre retard qui s’accumule? Bien malin celui qui qui a réponse à cette question.

* D’après Wikipedia, Speedtest.net, également connu sous le nom de Speedtest by Ookla, est un service Web qui fournit une analyse de la performance d’un accès à Internet, c’est-à-dire du débit de connexion et de la latence. Il s’agit du produit d’appel d’Ookla, une société de test Web et de diagnostic réseau fondée en 2006 et basée à Seattle aux États-Unis.

** Examinés ce matin, les débits et les classements des pays cités ci-haut sont comme suit : Egypte 46e (63,43 MPBS), Maroc 129e (26,92 MPBS), Somalie 159e (13,19 MPBS) et Tunisie 169e (9,41 MPBS).

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