Phosphate tunisien | Relance réelle ou wishful thinking ?    

Les exportations tunisiennes de phosphates et ses dérivés ont enregistré, en 2025, une hausse de 15%, contre une baisse de 26,3% en 2024, qui avait impacté les équilibres financier et commercial du pays, selon les données de l’Institut national de la statistique (INS). Est-ce le début d’une véritable reprise d’un secteur sinistré depuis 2011 ? Attendons la confirmation de cette tendance pour en juger !

Cette amélioration pourrait contribuer au renforcement des recettes en devises du pays et à la réduction de son déficit commercial abyssal. Cependant, avec une moyenne de 3,5 millions de tonnes au cours de la dernière décennie, la production des phosphates tarde encore retrouver son niveau de 2010, à savoir 8 millions de tonnes. A l’époque, le secteur minier représentait 4% du PIB et 9% des exportations de la Tunisie. Mais aujourd’hui il présente le visage d’un secteur sinistré et qui peine à redémarrer.

On peut certes se féliciter, comme le fait le gouvernement, d’une amélioration de la production du phosphate entre 2024 et 2025, mais on passe à côté de l’essentiel, si on se contente d’une autosatisfaction injustifiée et on ne se donne pas pour objectif de réformer le secteur et d’y relancer l’activité d’extraction, de transformation et d’exportation pour, au moins, retrouver sa situation de 2010.

On peut aussi se raconter des histoires et tirer des plans sur la comète en parlant, comme le fait le gouvernement, d’un plan ambitieux pour atteindre une production de 14 millions de tonnes (pas moins ?) à l’horizon de 2030. Il serait plus judicieux de s’interroger sur les moyens qu’on a concrètement mis en place pour multiplier la production par 3 en moins de 4 ans, alors qu’on a assisté à sa division par 3 pendant 15 ans… sans broncher.

La soi-disant «volonté politique» que l’on agite à tout bout de champ ne suffit plus, il faut des moyens financiers, techniques et de gestion rigoureuse pour espérer inverser la tendance.

On attendra donc de connaître les performances du secteur à la fin de l’année en cours pour pouvoir juger du sérieux des annonces gouvernementales sur «le renforcement de l’investissement dans la production des dérivés de phosphates à forte valeur ajoutée», et autres wishful thinking du même genre contenus dans le plan d’action du secteur pour la période 2025-2030.

I. B.

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