La LTDH considère que les condamnations par contumace prononcées à l’encontre de militants écologistes, dont Khayreddine Debaya, animateur de la campagne Stop Pollution, à Gabès, «constituent un précédent dangereux dans la manière d’aborder les mouvements sociaux et écologistes, et reflètent une escalade inquiétante dans la politique de restriction de l’espace civil et de criminalisation de la protestation pacifique.» Nous publions ci-dessous une traduction de son communiqué publié à cet effet le 20 février 20265.
Le fait de juger et d’emprisonner des militants pour avoir participé à un sit-in pacifique en 2020 devant l’administration régionale du Complexe chimique tunisien, et la condamnation de 12 d’entre eux à un an de prison et d’un autre à huit mois, sans les informer ni leur permettre d’exercer leur droit à la défense, révèlent une tendance claire à la criminalisation de l’action civile et du mouvement social.
La Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH) affirme que ce qui se passe n’est pas simplement une poursuite judiciaire, mais plutôt l’utilisation de l’appareil judiciaire pour intimider les défenseurs des droits humains et envoyer un message de menace direct à toutes les voix qui critiquent les politiques environnementales et les choix de développement qui ont causé des dommages considérables aux habitants de Gabès pendant des décennies.
De plus, la délivrance de mandats de perquisition plusieurs années après les faits confère au dossier un caractère vengeur et renforce le sentiment d’inégalité des chances et d’absence de garanties d’un procès équitable. Elle s’inscrit également dans un contexte plus large caractérisé par une restriction croissante de l’espace civique et un étouffement du mouvement social par le biais de poursuites judiciaires, au lieu de s’attaquer aux racines de la crise environnementale et développementale à Gabès.
La Ligue rappelle que la défense du droit à la vie, à la santé et à un environnement sain est au cœur du travail des défenseurs des droits humains et ne peut en aucun cas être transformée en crime.
De même, la protection de la liberté de manifestation pacifique n’est pas un choix politique circonstanciel, mais une obligation constitutionnelle et internationale qui incombe à l’État.
En conséquence, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme :
– exprime sa solidarité absolue avec toutes les personnes condamnées, les militants du mouvement environnemental et les habitants de Gabès ;
– demande l’arrêt immédiat de l’exécution des peines et l’abandon des poursuites abusives ;
– appelle au respect du droit de manifester pacifiquement et à la protection de l’espace civil ;
– renouvelle son engagement à défendre le droit à la vie, à un environnement sain et à la dignité.
Pour le bureau directeur,
Le président Bassem Trifi



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