Depuis la révolution du 14 janvier 2011, il y a plus de 15 ans, aucun gouvernement n’a réussi à résoudre le problème que pose la production, la transformation et l’exportation du phosphate en Tunisie. Au point que le secteur se trouve aujourd’hui dans l’impasse, incapable non seulement d’évoluer et d’augmenter ses recettes, mais même de payer les salaires de ses innombrables employés.
Atef Hannachi *

Cette ressource, qui générait d’importantes recettes en devises, contribuait jadis aux équilibres financiers et macroéconomique de la Tunisie. Mais, aujourd’hui, le secteur s’est tellement dégradé sur tous les plans que la Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) a du mal à trouver des fonds pour payer les salaires de ses employés dont le nombre a explosé au cours des 15 dernières années, avec des emplois fictifs et/ou de complaisance, visant à acheter la paix sociale dans le bassin minier de Gafsa. La CPG, estimons-nous, est quasi cessation de paiement.
La Tunisie qui était le 5e plus grand producteur de phosphate avant la Révolution de 2011 a depuis perdu ce rang au profit du Brésil pour se classer désormais à la 8e place, avec une part de 2,27% de la production mondiale.
Au Maroc, en revanche, notre concurrent direct sur les plans régional et international, ce secteur n’a jamais été florissant. Et pour cause, au cours des 20 dernières années, ce pays a beaucoup investi dans la modernisation des procédés d’extraction et de transformation du phosphate pour en maximiser la valeur ajoutée et augmenter ainsi les recettes de son exportation, au lieu de l’exporter en vrac et d’en tirer de maigres recettes.
Un objectif impossible à atteindre
Dernièrement le gouvernement tunisien a annoncé son ambition d’atteindre, à la fin de cette année, une production de 7 millions de tonnes, pour tenter de rattraper la production de 2010, qui était de 8 millions de tonnes. Nous estimons, pour notre part, que cet objectif ambitieux, eu égard la vétusté des équipements et les problèmes de gouvernance du secteur, est impossible à atteindre par la CPG.
Le principal problème qui handicape l’entreprise et l’empêche d’évoluer et de rattraper son retard par rapport à ses concurrents, anciens et nouveaux, c’est la masse salariale importante qui alourdit ses dépenses, grève son budget et réduit considérablement ses marges, malgré la hausse continue des cours du produit sur le marché international.
Le nombre des salariés de la CPG est, en effet, passé de 902 en 2010 (pour une production de 8 millions de tonnes) à 3006 en 2024 (pour une production divisée par deux).

Ces dépenses faramineuses et, surtout, improductives, ont empêché l’entreprise d’envisager l’investissement nécessaire à la modernisation de ses équipements, rattrapés par la vétusté, l’augmentation de sa production et l’accroissement de son chiffre d’affaires.
Le budget de la compagnie étant consommé par la rémunération du personnel, aucun nouvel investissement digne de ce nom et susceptible de soutenir sa croissance n’a été effectué depuis très longtemps.
Pour un schéma de partenariat public-privé
En plus de cela, étant une entreprise publique, la CPG est soumise à des contrôles tâtillons et parfois inutiles et des autorisations administratives qui la mettent dans des situations de blocage fonctionnel peu propices à l’agilité commerciale dont elle a besoin pour négocier avec ses clients à l’échelle internationale. Elle se trouve d’ailleurs parfois dans l’incapacité de faire face à ses engagements envers ses clients et ses fournisseurs, qui plus est, dans un marché international qui ne supporte plus les lourdeurs et les rigidités.
L’Etat étant lui-même dans l’incapacité d’investir pour restructurer et moderniser la compagnie, la seule solution, à notre avis, réside dans l’adoption d’un schéma de partenariat public-privé (PPP), donc dans l’ouverture du capital aux privés, qu’ils soient nationaux ou étrangers.
* Expert comptable.



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