Crevette rouge | Bruxelles appelle Tunis à respecter ses quotas de pêche

La Commission européenne a confirmé que l’interdiction d’importation dans l’Union européenne (UE) de crevettes rouges tunisiennes destinées au marché italien est liée au dépassement des quotas de pêche attribués à la Tunisie dans le cadre de la Commission générale des pêches pour la Méditerranée (CGPM), quotas dont la Tunisie demande la révision sur la base de statistiques actualisées.

En réponse à une demande de commentaire de l’Agenzia Nova, un porte-parole de la Commission a expliqué que «les quotas de 2026 pour la crevette rouge ont été arrêtés par l’organisation régionale de gestion des pêches compétente — à savoir la Commission générale des pêches pour la Méditerranée, CGPM — lors de sa 48e session annuelle en 2025». Ces quotas, a souligné Bruxelles, «représentent les limites de capture officielles que toutes les parties contractantes de la CGPM doivent respecter, y compris la Tunisie».

Selon la Commission, les données actualisées transmises par les autorités tunisiennes font apparaître des niveaux de capture supérieurs au quota attribué. «Les données révisées sur les captures et la production soumises par la Tunisie dépassent le quota alloué et ne sont donc pas conformes aux limites établies par la CGPM», a déclaré le porte-parole à Nova.

Les informations communiquées par Tunis seront désormais examinées dans le cadre des mécanismes prévus par l’organisation régionale elle-même.

Bruxelles a également précisé que l’interdiction d’entrée des crevettes rouges tunisiennes sur le marché européen découle directement de l’application de la réglementation européenne contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN).

Bruxelles : «La pêche sans quota constitue une pêche illicite»

Cette législation met en place un système visant à empêcher l’entrée sur le marché de l’UE de produits de la pêche obtenus en violation des règles internationales. «Conformément au cadre établi par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la pêche sans quota constitue une pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN)», a expliqué la Commission.

À ce titre, les États membres de l’UE «sont légalement tenus de refuser les importations issues de la pêche INN afin de protéger le marché européen et de garantir une concurrence loyale aux opérateurs qui respectent les règles». C’est sur cette base juridique qu’ont été refusées les exportations de crevettes rouges tunisiennes vers l’Italie.

Cette question revêt une importance particulière pour le secteur halieutique tunisien, qui considère la crevette rouge comme un produit d’exportation à forte valeur ajoutée. Ces derniers jours, les autorités tunisiennes et les acteurs du secteur ont exprimé leurs préoccupations quant à l’impact économique de l’interdiction d’importation de la part de l’UE, appelant à des discussions avec les institutions européennes.

Dans une réponse écrite à une question parlementaire de la députée Fatma Mseddi, le ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche a fait valoir que les limites actuelles reposaient sur des «données statistiques incomplètes et non représentatives des niveaux de capture réels» du pays. Selon le ministère, le plan de gestion de la crevette rouge dans le détroit de Sicile, adopté par la CGPM en 2022, prévoyait des quotas distincts pour la Tunisie et l’UE sur une période transitoire allant de 2023 à 2025, impliquant une réduction annuelle de 3 % des captures autorisées. Toutefois, Tunis soutient que le quota national a été calculé à partir de données initialement issues de la base de données de la FAO — et vérifiées ultérieurement en octobre 2022 — qui ne reflétaient pas l’activité de pêche réelle du pays.

Tunis demande la révision des quotas sur des données actualisées

Les autorités tunisiennes affirment qu’«un examen des statistiques officielles a révélé des captures réelles nettement supérieures à celles précédemment déclarées ; ces chiffres ont été corrigés et saisis dans le système officiel de la CGPM le 6 mars 2024».

Le document souligne en outre que, malgré les corrections statistiques, la répartition des quotas est restée «inchangée, car elle reposait également sur des données historiques présentées par la partie européenne».

Le ministère estime que cela a désavantagé la Tunisie, dont le système national de collecte de données était encore en phase de développement, alors que l’UE disposait d’une base statistique plus solide.

Selon Tunis, la partie européenne n’a soulevé aucune objection quant à l’application effective des quotas durant la période transitoire, laissant ainsi penser que le dossier faisait toujours l’objet de négociations.

Pour faire face à la situation, les autorités tunisiennes ont mis en place une cellule de crise chargée de coordonner les initiatives techniques et diplomatiques, et engagé des consultations avec le ministère des Affaires étrangères et les professionnels du secteur. Elles ont aussi entamé des échanges avec les autorités européennes afin de trouver une solution permettant la reprise des exportations de crevettes rouges vers le marché italien.

Parallèlement, Tunis a soumis «des demandes formelles à la CGPM en vue d’une révision du quota national fondée sur des données actualisées concernant la production réelle déclarée en avril 2026», tout en réclamant un «réexamen des limites de pêche fixées dans la recommandation actuelle».

Bruxelles confirme que «des contacts sont en cours avec les autorités tunisiennes ainsi qu’avec celles des États membres concernés». L’exécutif européen précise en outre que l’UE «se tient prête à soutenir la Tunisie dans le respect de ses obligations».

S’agissant d’une éventuelle révision du quota alloué à la Tunisie, la Commission laisse ouverte la possibilité de décisions futures dans le cadre de la CGPM, sans toutefois indiquer de position arrêtée.

Une décision concernant les nouveaux niveaux de capture pour la crevette rose du large, dans le cadre du plan de gestion pluriannuel pour le détroit de Sicile (CGPM/45/2022/5), pourrait être adoptée lors de la prochaine session annuelle de la CGPM, prévue pour octobre 2026. C’est à ce moment-là que l’UE définira et présentera sa position de négociation.

L’issue de la réunion d’automne pourrait ainsi s’avérer décisive pour toute éventuelle actualisation des quotas de pêche dans le détroit de Sicile, si de nouvelles données scientifiques et de production fournies par les parties contractantes — y compris la Tunisie — justifiaient une révision des limites de capture.

D’ici là, toutefois, les quotas actuellement approuvés par la CGPM ainsi que les obligations découlant de la législation européenne de lutte contre la pêche INN demeureront en vigueur.

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