Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé la Tunisie à mettre fin à la répression croissante qui cible les organisations de la société civile, les journalistes, les défenseurs des droits humains, les figures de l’opposition, les militants et les membres du pouvoir judiciaire, par le biais de poursuites pénales et d’entraves administratives.
«La répression et les restrictions continues de l’espace civique par les autorités tunisiennes portent atteinte aux droits des personnes protégés par la Constitution du pays et ses obligations internationales en matière de droits humains», a déclaré M. Türk, dans n communiqué publié ce jeudi 7 mai 2026.
Parmi les exemples les plus récents de cette répression figurent les suspensions temporaires d’importantes organisations de défense des droits humains et de la société civile, lit-on encore dans le communiqué, qui précise que, mardi 5 mai, un tribunal a suspendu l’organisation internationale Avocats Sans Frontières pour 30 jours, invoquant un manquement réglementaire.
Cette décision intervient quelques jours après une suspension similaire prononcée contre la Ligue tunisienne des droits de l’homme.
Les autorités invoquent souvent des irrégularités de financement et d’audit pour justifier ces suspensions, qui peuvent paralyser complètement le travail essentiel des organisations en matière de droits humains.
«Nous constatons une tendance croissante des autorités tunisiennes à recourir à des sanctions judiciaires pour restreindre l’exercice du droit à la liberté d’association, sans tenir compte des principes de légalité, de nécessité et de proportionnalité requis pour que de telles restrictions soient admissibles», a souligné le responsable onusien.
Parallèlement, les restrictions gouvernementales imposées aux médias continuent de s’intensifier. Le 24 avril, le journaliste Zied El Hani a été arrêté en vertu d’une loi qui criminalise de manière vague l’utilisation des réseaux de télécommunications pour «nuire à autrui». Il demeure en détention provisoire. Vingt-huit autres journalistes, dont Mourad Zeghidi, ont été arrêtés l’année dernière, jugés et condamnés à diverses peines de prison pour des faits liés à leur activité professionnelle, sur la base des dispositions formulées en termes généraux d’un décret-loi de 2022 «relatif à la lutte contre les infractions liées aux systèmes d’information et de communication», et d’autres textes législatifs.
«J’exhorte les autorités tunisiennes à libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues ou emprisonnées pour avoir exprimé leurs opinions, protégées par le droit international des droits de l’homme, et à lever toutes les restrictions arbitraires aux libertés d’expression et d’association», a déclaré le Haut-Commissaire, ajoutant que l’absence d’une cour constitutionnelle fonctionnelle demeure une lacune institutionnelle majeure pour garantir des garanties effectives en matière de droits de l’homme.
«Les restrictions aux libertés fondamentales doivent demeurer exceptionnelles, fondées sur un droit clair, nécessaires et proportionnées à la poursuite d’un objectif légitime, non discriminatoires et assorties d’une procédure régulière et d’un contrôle judiciaire effectif. Le respect de l’État de droit en Tunisie exige des garanties institutionnelles renforcées, la protection de l’espace civique et une réforme législative inclusive et fondée sur les droits, conformément aux engagements internationaux du pays en matière de droits humains», souligne Türk.
«Les acquis démocratiques et en matière de droits humains de la Tunisie après 2011 doivent être préservés et non progressivement remis en cause», a-t-il rappelé, ajoutant que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme encourage les efforts déployés par les législateurs tunisiens pour modifier le décret-loi de 2022, utilisé pour criminaliser certaines formes d’expression protégées, notamment la critique des responsables publics.
Communiqué.



Donnez votre avis