Tunisie | Vers une utilisation sûre des eaux usées traitées en agriculture

La Tunisie, avec le soutien de la FAO, renforce son système de sécurité sanitaire pour la réutilisation des eaux usées traitées en agriculture, une ressource considérée comme stratégique dans un pays confronté à un stress hydrique croissant.

Un atelier consacré à l’examen du plan d’amélioration progressive de l’utilisation sûre des eaux usées traitées s’est tenu à Sousse, dans le cadre de l’Initiative régionale sur la rareté de l’eau (WSI), promue par la FAO en collaboration avec le ministère tunisien de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et l’Office national de gestion de l’eau (Onas).

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’un projet pilote mené à Zaouiet Sousse, fondé sur la planification de la sécurité sanitaire, une méthodologie visant à identifier, évaluer et maîtriser les risques tout au long de la chaîne : de la collecte au traitement des eaux usées, du transport au stockage, jusqu’à leur utilisation en agriculture irriguée. L’objectif est de garantir une réutilisation compatible avec la protection de la santé publique, de l’environnement, des sols et des cultures.

Selon les organisateurs, la méthode adoptée fédère les principaux acteurs de la gestion des ressources : services des eaux, installations d’assainissement, secteur agricole, autorités environnementales, techniciens locaux et utilisateurs finaux.

Le projet vise également à définir les actions prioritaires, les responsabilités opérationnelles, les besoins financiers et les outils de suivi afin de rendre la réutilisation des eaux traitées plus sûre et plus reproductible.

Sinan Bacha, coordinateur national du projet WSI, a souligné que la réutilisation des eaux usées traitées est une priorité de la stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050.

Le gouverneur de Sousse, Soufien Tanfouri, a insisté sur l’importance des volumes produits dans la région et sur la volonté d’étendre cette expérience à d’autres régions du pays.

Cette question est cruciale pour la Tunisie, où l’agriculture demeure le principal consommateur d’eau et où les ressources conventionnelles sont de plus en plus exposées à la sécheresse, à la pression démographique et aux effets du changement climatique.

Selon le Rapport national sur le secteur de l’eau 2024, l’Onas exploitait 127 stations d’épuration et traitait 295,7 millions de mètres cubes d’eaux usées, pour un volume de production de 309 millions de mètres cubes.

Toutefois, l’utilisation agricole des eaux usées traitées reste limitée : 11,3 millions de mètres cubes en 2024, soit 3,8 % du total des eaux usées traitées.

Renforcer la sécurité sanitaire est donc une étape indispensable pour accroître la confiance des agriculteurs et des consommateurs, améliorer la qualité des effluents et transformer cette ressource encore sous-utilisée en un outil d’adaptation à la rareté de l’eau.

La Banque mondiale a inscrit la collecte, le traitement et la réutilisation des eaux usées parmi les prochaines priorités de son programme décennal pour la sécurité et la résilience de l’eau en Tunisie.

Pour la FAO, l’expérience tunisienne s’inscrit dans une initiative régionale plus vaste au Proche-Orient et en Afrique du Nord, visant à promouvoir des solutions non conventionnelles et des pratiques agricoles plus résilientes. La Tunisie, la Jordanie et la Palestine figurent parmi les pays qui s’emploient à adapter cette méthodologie aux contextes arabes, avec le soutien des institutions nationales, d’experts et d’acteurs locaux.

I. B.

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