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L’Aleca risque de constituer le coup de grâce pour l’agriculture tunisienne

La Tunisie a célébré avant-hier, dimanche 12 mai 2019, la Journée nationale de l’agriculture, un secteur malade et en mal de réformes. Notre pays dispose de terres agricoles pouvant nourrir 40 millions de personnes, mais il peine à en nourrir le quart. Le ver est dans le fruit…

Par Mohamed Rebai *

La Tunisie dispose de plus de 10 millions d’hectares (ha) de terres agricoles représentant 62% de sa superficie totale. La superficie agricole utile est estimée à 5,3 millions d’ha dont 4,9 millions d’ha (93%) sont labourables et le reste (387.300 ha) sont des terres de parcours et de pâturages.

L’agriculture tunisienne souffre d’un déséquilibre structurel de taille : 75% des agriculteurs détiennent des exploitations de moins de 10 ha, tandis que 25% d’entre eux gèrent des exploitations de plus de 10 ha !

Cette paresse qui nous ronge et nous dévore

Il existe de gros propriétaires terriens qui ne travaillent pas suffisamment la terre et mènent une vie de grands bourgeois dans la banlieue huppée de Tunis. Les petits qui survivent difficilement s’occupent de petites exploitations de plus en plus morcelées à cause du phénomène de l’hérédité. C’est par là qu’il faut commencer à réformer.

Même les terres confisquées aux colons français et confiées à l’Office des terres domaniales (OTD) dès 1961 ne produisent plus rien de significatif (156.000 ha répartis sur 30 agro-combinats et unités agro-industrielles).

Notre pays est capable de nourrir quarante millions de personnes voire plus si chacun y met du sien et combat la paresse qui nous ronge et nous dévore. Les politiques qui veillent aux destinées de l’agriculture sont des plus ganaches.

L’Aleca pourrait signer l’arrêt de mort de notre agriculture

Je pense que l’Accord de libre échange complet et approfondi (Aleca) qui est en cours de négociation (5e round) avec l’Union européenne va nous aliéner davantage. Déjà l’Accord de libre échange (ALE) conclue entre la Tunisie et l’Europe en 1996 a donné des résultats plus que décevants.

À cause de la concurrence déloyale près de 10.000 entreprises tunisiennes, la moitié du tissu industriel employant 400.000 personnes, ont mis la clef sous le paillasson. Le budget de l’État a perdu entre 1996 et 2008 près de 24 milliards de dinars (2 milliards de dinars par an) du fait du manque à gagner en matière de taxes douanières non appliquées aux marchandises européennes.

Les entreprises tunisiennes familiales de type «atelier» n’ont pas tenu le coup face aux multinationales qui ont des traditions industrielles et commerciales bien lointaines. Et l’on s’attend à notre arrêt de mort en signant cette année l’Aleca qui doit englober les produits agricoles et les services.

Nous allons bientôt devoir consommer des céréales, des huiles végétales, des viandes rouges et du lait européens. C’est même perçu dans certains milieux comme une reproduction du pacte colonial de 1881. D’ici quelques années, il y aura au moins 250.000 agriculteurs qui vont disparaître. C’est la principale mission des politiques qui ont débarqué de Paris et Londres en 2011.

* Economiste.

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